De quoi le Liban est-il devenu le nom?

Cette photo prise le 28 juillet 2021 montre une vue d'une sculpture en acier de 25 mètres de haut surnommée "Le geste" par l'artiste libanais Nadim Karam, fabriquée à partir de débris résultant de l'explosion dans le port de la capitale libanaise Beyrouth qui a eu lieu le 4 août 2020, suspendu à une grue sur le site de l'explosion du port près des désormais emblématiques silos à grains endommagés. JOSEPH EID / AFP
Cette photo prise le 28 juillet 2021 montre une vue d'une sculpture en acier de 25 mètres de haut surnommée "Le geste" par l'artiste libanais Nadim Karam, fabriquée à partir de débris résultant de l'explosion dans le port de la capitale libanaise Beyrouth qui a eu lieu le 4 août 2020, suspendu à une grue sur le site de l'explosion du port près des désormais emblématiques silos à grains endommagés. JOSEPH EID / AFP
Short Url
Publié le Mardi 21 septembre 2021

De quoi le Liban est-il devenu le nom?

  • Les Libanais savaient que l’accumulation de la négligence, du favoritisme et de la corruption allait les mener vers quelque chose d’irrémédiable
  • Selon Hazem Saghieh, l’éditorialiste d’Asharq al-Awsat, l’explosion du 4 août constitue le «couronnement» et «l’ultime expression de l’état de putréfaction atteint par la classe politique» libanaise

De quoi le Liban est-il devenu le nom?

Nul ne peut le dire avec précision au regard de l’ampleur de la dégradation qui n’épargne aucun aspect de la vie. C’est un monticule de problèmes accumulés au fil des décennies, un pays exsangue, un bateau à la dérive, une entité nécrosée où seuls les membres de la classe politique se portent bien.

Englué dans une crise à multiples visages, le pays s’apprête à célébrer un funeste anniversaire, celui de l’explosion du 4 août 2020. Ce jour-là, le sol a tremblé sous les pieds de tous les Libanais, du nord au sud. Ce jour-là, les habitants de Beyrouth ont vu leur ville s’effondrer sur eux.

L’explosion de plusieurs tonnes de nitrate d’ammonium stockées dans le port de la capitale depuis des années a été l’apothéose d’un délitement plus généralisé, celui de la gouvernance et des institutions.

Cette explosion était inévitable; elle était également prévisible, sauf dans sa forme et son ampleur.

Les Libanais savaient, les Libanais sentaient que l’accumulation de la négligence, du favoritisme et de la corruption au détriment de la citoyenneté et du civisme allait les mener vers une catastrophe grave, vers quelque chose d’irrémédiable. Ce qu’ils ignoraient, néanmoins, c’est qu’ils allaient être visés par une explosion d’une violence sans précédent, qui a engendré des centaines de morts et des milliers de blessés, sans compter les dégâts matériels.

beyrouth
Dans cette photo d'archive prise le 6 août 2020, une vue partielle du port dévasté de Beyrouth est photographiée depuis le quartier voisin de Mar Mikhael, deux jours après une explosion massive qui a secoué la capitale libanaise. PATRICK BAZ / AFP

Ce n’est pas tant l’explosion elle-même qui a suscité le désarroi des Libanais, mais plutôt son ampleur et sa cause.

Les journalistes-éditorialistes interrogés à ce sujet par Arab News en français sont unanimes là-dessus.

Pour le rédacteur en chef du quotidien libanais Nidaa Al-Watan, Béchara Charbel, la destruction de Beyrouth est «le résultat naturel de l’alliance entre la mafia locale, la corruption et l’existence d’armes illégales», allusion faite aux armes du parti chiite du Hezbollah.

charbel
Le rédacteur en chef du quotidien libanais Nidaa Al-Watan, Béchara Charbel. (Photo fournie).

Charbel a certes été surpris par l’envergure de la déflagration, considérée comme étant parmi les plus violentes au monde, mais il estime que «tout laissait prévoir l’imminence d’un tel acte».

L’éditorialiste du quotidien panarabe Asharq al-Awsat, Hazem Saghieh, met l’accent sur une dimension plus grave, qui consiste à isoler le Liban, «l’isolement étant la revendication la plus saillante de tous les mouvements radicaux». Selon lui, l’explosion du 4 août constitue le «couronnement» et «l’ultime expression de l’état de putréfaction atteint par la classe politique» libanaise.

liban
L’éditorialiste du quotidien panarabe Asharq al-Awsat, Hazem Saghieh. (Photo fournie).

Pour un pays comme le Liban, où l’économie tourne autour du commerce et des services, l’explosion du port constitue une «manière de briser la colonne vertébrale de Beyrouth», le but étant «d’isoler le pays du reste du monde» et de «couper ses liens culturels, économiques et sociaux avec l’Occident».

beyrouth
Sur cette photo d'archives prise le 4 août 2020, des blessés sont photographiés devant un hôpital à la suite d'une explosion dans la capitale libanaise Beyrouth. IBRAHIM AMRO / AFP

Les témoignages se succèdent et se rejoignent autour du même constat empreint de tristesse et de désolation.

Diana Mkalled, journaliste du site d’information Daraj, a pour sa part vécu l’explosion comme «un moment apocalyptique», «une fin», la fin d’un cycle excessivement pénible «d’horizons obstrués».

liban
Diana Mkalled, journaliste du site d’information Daraj. (Photo fournie)

Dans des moments pareils, dit-elle, «la raison est subjuguée par les émotions»; elle était incapable de ne pas sombrer; les choses sont arrivées à leur terme, «tout est fini».

Elle a réussi toutefois à se préserver en se réfugiant dans le travail et en allant quotidiennement sur le terrain pour filmer et recueillir des témoignages.

À ce jour, Mkalled se dit incapable de qualifier l’horreur de ce qu’elle a vu après l’explosion. Pour elle, Le 4 août restera à jamais comme «une charnière indescriptible».

Un an plus tard, la tristesse est visible sur tous les visages à Beyrouth, et la larme pointe inévitablement dès que le sujet de l’explosion est abordé. Un an plus tard, les dégâts de l’explosion sont toujours visibles dans certains quartiers de la ville; les blessés chanceux sont guéris, d’autres garderont des séquelles irréversibles, mais la douleur est là pour tous.

beyrouth
Dans cette photo d'archive prise le 6 août 2020, le producteur de télévision libanais Tony Ahwaji est assis blessé sur le balcon de son appartement endommagé dans le quartier de Mar Mikhael à Beyrouth, deux jours après qu'une explosion chimique massive a secoué le port. PATRICK BAZ / AFP

Le deuil quant à lui semble impossible, surtout pour les parents des victimes qui continuent à se démener face aux requins de la politique qui se protègent les uns les autres. À ce jour, pas d’enquête concluante, pas de coupables, pas de responsables, mis à part quelques seconds couteaux ou boucs émissaires.

C’est ce qui fait dire à Mkalled que l’après-4 août est encore plus pénible à vivre que l’explosion dans toute son horreur. «La vie politique a continué comme si de rien n’était», assure-t-elle. On ne dirait pas qu’il s’agissait de la destruction d’une ville, causée par l’explosion d’une substance dont «tous étaient au courant de l’existence», ou d’un crime «dont les responsables sont connus».

Ces responsables ne sont autres que la classe politique libanaise qui, elle, n’est autre «qu’un concentré de massacreurs, de criminels et de bandits» dépourvus de toute vergogne ou décence. Ceux-là même qui mènent leur vie en toute impunité sans renoncer «à leurs tentatives vaines de nous convaincre de leur intégrité», affirme Mkalled.

Charbel estime que l’équipe au pouvoir «persiste dans la négation de son crime» et se protège au moyen des leviers communautaires, alors que la pression internationale n’a toujours pas réussi à faire plier le pouvoir.

«Nous sommes face à un pouvoir muni d’une force extraordinaire», alors «l’impasse perdure entre une bande de dominants qui n’ont rien perdu de leurs éléments de force et un mouvement populaire qui se cherche».

Sur la base de ce sombre pronostic, Saghieh dit que ce qu’il ressent aujourd’hui c’est de la colère, mais cette colère, constate-t-il avec désolation, «ne mène nulle part». Le crime du port n’a pas réussi à «déstabiliser les citadelles communautaires» qui sont restées homogènes et qui empêchent l’élaboration d’une alternative politique.


«Flottille pour Gaza»: un ministre d'extrême droite choque avec une vidéo de militants à genoux et mains liées

Le ministre d'extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l'étranger en publiant une vidéo de militants d'une nouvelle "flottille pour Gaza" agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer. (AFP)
Le ministre d'extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l'étranger en publiant une vidéo de militants d'une nouvelle "flottille pour Gaza" agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer. (AFP)
Short Url
  • Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a jugé de telles images "pas conformes avec les valeurs d'Israël"
  • Et son ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a accusé son collègue d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux"

ASHDOD: Le ministre d'extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l'étranger en publiant une vidéo de militants d'une nouvelle "flottille pour Gaza" agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a jugé de telles images "pas conformes avec les valeurs d'Israël". Et son ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a accusé son collègue d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux".

"Non, vous n'êtes pas le visage d'Israël", a insisté le chef de la diplomatie, M. Ben Gvir défendant au contraire "une grande source de fierté".

Les forces israéliennes, qui avaient intercepté lundi au large de Chypre les bateaux de la flottille, ont entamé mercredi le transfert et le placement en détention, dans le sud d'Israël, des centaines de militants propalestiniens qui se trouvaient à bord.

"Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous", lance, triomphant, Itamar Ben Gvir sur des images publiées sur sa chaîne Télégram, avec l'hymne national israélien en musique de fond.

On y voit des dizaines de militants agenouillés les uns à côté des autres, visages collés au sol et mains liées, sur le pont d'un bateau de la marine israélienne. Une jeune femme qui crie "Libérez la Palestine" au passage du ministre, se retrouve la tête pressée vers le sol par les services de sécurité.

"Monstrueux" 

Les réactions étrangères, tout particulièrement de pays comptant des ressortissants arrêtés, n'ont pas tardé. Le traitement réservé aux détenus a été jugé "inadmissible" par Rome qui a exigé "des excuses", "monstrueux, indigne et inhumain" par Madrid, "odieux" par Ottawa.

Dublin s'est dit "consterné et choqué", alors que la sœur de la présidente irlandaise Catherine Connolly figure parmi les participants à la flottille.

La France a convoqué l'ambassadeur israélien pour les "agissements inadmissibles" du ministre Ben Gvir, coutumier des outrances, tout comme la Belgique qui a jugé les images "profondément troublantes", l'Espagne, l'Italie, les Pays-Bas et la Nouvelle-Zélande.

L'Allemagne, qualifiant l'épisode de "totalement inacceptable", s'est réjouie d'entendre des voix israéliennes critiques du ministre, dont l'ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee a critiqué les "actes méprisables".

La Turquie, d'où était précisément partie la flottille, s'est montrée la plus virulente en dénonçant la "mentalité barbare" du gouvernement israélien.

"Vous n'avez pas le droit de traiter ainsi des citoyens polonais qui n'ont commis aucun crime. Dans le monde démocratique, nous n'abusons pas des personnes détenues et nous ne réjouissons pas à leurs dépens", s'est indigné le chef de la diplomatie polonaise Radoslaw Sikorski en exigeant des "conséquences" pour M. Ben Gvir.

La ministre australienne des Affaires étrangères Penny Wong a qualifié d'"humiliant" le traitement infligé par Israël aux militants et dénoncé des images "choquantes et inacceptables".

 "Au service du Hamas" 

Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël.

"Ayant mis le cap sur Gaza pour y apporter de l'aide humanitaire et contester le blocus illégal, ces participants civils ont été enlevés de force dans les eaux internationales", a fustigé l'organisation de défense des droits humains Adalah.

Une cinquantaine de navires avaient quitté la Turquie la semaine dernière avec pour objectif de briser le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza, ravagée par deux ans de guerre.

S'il a critiqué le comportement de son ministre, Benjamin Netanyahu a appelé à expulser les militants "dès que possible". "Israël a pleinement le droit d'empêcher de provocatrices flottilles de partisans terroristes du Hamas d'entrer dans nos eaux territoriales et d'atteindre Gaza", a-t-il jugé dans un communiqué.

Pour le ministère des Affaires étrangères, cette initiative n'est "rien de plus qu'un coup de communication au service" du mouvement islamiste palestinien qui a mené l'attaque sans précédent contre Israël en octobre 2023, déclenchant la guerre à Gaza.

Le Hamas a également fustigé mercredi la vidéo, en dénonçant la "dépravation morale" d'Israël.

Israël contrôle tous les points d'entrée vers la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis 2007.

Pendant la guerre à Gaza, où une trêve fragile est en vigueur depuis octobre 2025, le territoire a connu de graves pénuries de nourriture, de médicaments et d'autres biens essentiels, Israël ayant parfois complètement interrompu les livraisons d'aide humanitaire.

Une précédente flottille avait été interceptée en avril dans les eaux internationales au large de la Grèce et la plupart des militants expulsés vers l'Europe.


L'armée israélienne appelle à évacuer de nouveaux villages du sud du Liban

L'armée israélienne a appelé mardi à évacuer douze villages du sud du Liban, en prévision de nouvelles attaques contre le Hezbollah malgré un cessez-le-feu en cours. (AFP)
L'armée israélienne a appelé mardi à évacuer douze villages du sud du Liban, en prévision de nouvelles attaques contre le Hezbollah malgré un cessez-le-feu en cours. (AFP)
Short Url
  • La majorité des villages énumérés par M. Adraee sont situés au-delà de la "ligne jaune", qui délimite une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur dans le sud du Liban à l'intérieur de laquelle l'armée israélienne poursuit ses opérations
  • Israël et le Hezbollah pro-iranien poursuivent leurs affrontements malgré la trêve, principalement dans le sud du Liban, et l'armée israélienne a déjà mené des frappes au-delà de cette "ligne jaune"

JERUSALEM: L'armée israélienne a appelé mardi à évacuer douze villages du sud du Liban, en prévision de nouvelles attaques contre le Hezbollah malgré un cessez-le-feu en cours.

"Les violations répétées de l'accord de cessez-le-feu par le Hezbollah obligent l'armée israélienne à opérer", écrit sur son compte X le porte-parole de l'armée, Avichay Adraee, quelques jours après la tenue de discussions à Washington entre représentants israéliens et libanais et l'annonce de la prolongation de la trêve entre les deux pays.

La majorité des villages énumérés par M. Adraee sont situés au-delà de la "ligne jaune", qui délimite une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur dans le sud du Liban à l'intérieur de laquelle l'armée israélienne poursuit ses opérations afin de protéger la population du nord d'Israël des tirs du Hezbollah.

Israël et le Hezbollah pro-iranien poursuivent leurs affrontements malgré la trêve, principalement dans le sud du Liban, et l'armée israélienne a déjà mené des frappes au-delà de cette "ligne jaune".

Selon l'agence nationale d'information libanaise ANI, des frappes israéliennes ont visé mardi "plusieurs localités dans le sud" du pays.

Le mouvement pro-iranien Hezbollah a pour sa part affirmé dans un communiqué avoir visé un rassemblement de soldats et de véhicules dans le nord d’Israël avec "un essaim de drones d'attaque".

Depuis le début de la guerre, les frappes israéliennes ont tué plus de 3.000 personnes au Liban selon les autorités libanaises.

Côté israélien, 20 soldats et un contractuel travaillant pour l'armée ont été tués au Liban depuis le début de la guerre, le 2 mars.


Le trafic de pétroliers dans le détroit d'Ormuz remonte

La télévision d’État iranienne a indiqué vendredi que les Gardiens de la Révolution autorisaient davantage de navires à transiter par le détroit, après avoir rapporté la veille que "plus de 30 navires" avaient été autorisés à passer. (AFP)
La télévision d’État iranienne a indiqué vendredi que les Gardiens de la Révolution autorisaient davantage de navires à transiter par le détroit, après avoir rapporté la veille que "plus de 30 navires" avaient été autorisés à passer. (AFP)
Short Url
  • Au total, 55 navires transportant des cargaisons de matières premières ont traversé cette voie maritime stratégique entre le 11 et le 17 mai, selon les données de la société de suivi maritime Kpler arrêtées à lundi matin
  • Cela représente une forte hausse par rapport à la semaine précédente, lorsque seulement 19 navires avaient franchi le détroit — le chiffre hebdomadaire le plus bas depuis les premières frappes américano-israéliennes contre l’Iran, le 28 février

LONDRES: Le trafic dans le détroit d’Ormuz a légèrement augmenté la semaine dernière, revenant à des niveaux conformes à la moyenne enregistrée depuis le début du conflit au Moyen-Orient, après avoir atteint un plus bas en temps de guerre.

Au total, 55 navires transportant des cargaisons de matières premières ont traversé cette voie maritime stratégique entre le 11 et le 17 mai, selon les données de la société de suivi maritime Kpler arrêtées à lundi matin.

Cela représente une forte hausse par rapport à la semaine précédente, lorsque seulement 19 navires avaient franchi le détroit — le chiffre hebdomadaire le plus bas depuis les premières frappes américano-israéliennes contre l’Iran, le 28 février.

La télévision d’État iranienne a indiqué vendredi que les Gardiens de la Révolution autorisaient davantage de navires à transiter par le détroit, après avoir rapporté la veille que "plus de 30 navires" avaient été autorisés à passer.

Malgré cette hausse, les traversées de la semaine dernière restent globalement conformes aux moyennes observées en temps de guerre. Depuis le 1er mars, Kpler a recensé 663 navires de marchandises transitant par le détroit, soit une moyenne de 55 par semaine.

Environ la moitié des pétroliers ayant traversé la semaine dernière transportaient des liquides. Parmi eux figuraient trois superpétroliers, vraisemblablement à destination de la Chine, d’Oman et du Japon.

Les données de Kpler montrent également que 15 vraquiers de matières premières sèches et 16 méthaniers de gaz de pétrole liquéfié (GPL) ont franchi le détroit la semaine dernière. Un seul méthanier de gaz naturel liquéfié transportant du gaz qatari vers le Pakistan a traversé, le 12 mai. Cela porte à huit le nombre total de traversées de méthaniers GNL depuis le début de la guerre.

En temps de paix, le détroit d’Ormuz assure le transit d’environ un cinquième des expéditions mondiales de pétrole et de GNL, ainsi que d’autres matières premières majeures, dont les engrais.

L’Iran a répété à plusieurs reprises que le trafic maritime dans ce couloir ne "reviendrait pas à son niveau d’avant-guerre".

Lundi, Téhéran a annoncé la création d’un nouvel organisme chargé de superviser le détroit et de faire payer des droits de passage aux navires, ce que l’Iran aurait commencé à faire dès le début de la guerre.

Des responsables iraniens ont déclaré jeudi que des navires chinois avaient été autorisés à transiter, après un ralentissement constaté la semaine précédente.

Selon Kpler, seuls trois navires de marchandises liés à la Chine par leur pavillon, leur propriétaire ou leur cargaison ont franchi le détroit la semaine dernière. Deux navires battant pavillon de Hong Kong ont également transité et se dirigeaient vers Oman et les Émirats arabes unis.

Les données ne donnent toutefois pas nécessairement une image complète, les navires ne déclarant pas toujours leur destination finale au moment de la traversée.

Depuis le début de la guerre, le trafic dans le détroit dépend de la nationalité, l’Iran ayant indiqué le 10 mai que les pays respectant les sanctions américaines contre la République islamique rencontreraient des difficultés pour traverser.

Depuis le début du conflit, la Chine et l’Inde figurent parmi les destinations ou points de départ non situés dans le Golfe les plus fréquemment signalés pour les navires de marchandises empruntant le détroit.

Parmi les autres destinations hors Golfe mentionnées dans les données de Kpler figurent le Brésil, le Pakistan, la Thaïlande et la Malaisie, tandis que relativement peu de navires déclarent des pays occidentaux comme destination.

Le contrôle exercé par l’Iran sur le détroit d’Ormuz demeure l’un des enjeux centraux des négociations avec les États-Unis, qui n’ont toujours pas débouché.