L’hommage du peintre algérien Chemsou Belarbi à ses «frères» de Beyrouth

L’histoire de Chemsou, on aurait pu en faire un film. Photo fournie.
L’histoire de Chemsou, on aurait pu en faire un film. Photo fournie.
Short Url
Publié le Mercredi 04 août 2021

L’hommage du peintre algérien Chemsou Belarbi à ses «frères» de Beyrouth

  • L’histoire de Chemsou, on aurait pu en faire un film
  • En menant ses recherches afin de peindre le portrait de chaque personne emportée par cette catastrophe, il a l’impression de participer aux opérations de secours

BEYROUTH: Si les dirigeants libanais semblent toujours sourds à la souffrance de leurs compatriotes depuis la double explosion au port de Beyrouth, le 4 août 2020, l’écho n’en résonne pas moins aux quatre coins de la planète. Il arrive aux oreilles de Chemsou Belarbi qui en est bouleversé. Depuis son Algérie natale, il se lance dans une recherche assidue pour archiver le portrait de chaque victime et leur offre ce qu’il a de mieux à offrir: un grand dessin en forme de prière en hommage à ces morts auxquels le lie un instinctif sentiment de fraternité.

Sur le sable, avec un bout de bois

L’histoire de Chemsou, on aurait pu en faire un film. Mais il a préféré se tenir du côté le plus modeste de l’univers du cinéma: celui des peintres d’affiches traditionnels dont il est le dernier représentant. «Mon nom complet est Shams el-Din Belarbi et mon nom d'artiste est Chemsou Belarbi, né le 14 février 1987. Au début, j'habitais un petit village de Mostaganem, dans l'Ouest algérien, dans la commune d'Aïn Tedles, où je gardais des moutons avec mon oncle, que Dieu lui fasse miséricorde»: ainsi commence le récit de cet artiste atypique qui, à l’âge de cinq ans, croit encore que l’univers se limite aux sentiers caillouteux le long desquels il guide ses chèvres.

chemsou
Le 4 août 2020, Chemsou Belarbi est chez lui, en Algérie, quand il voit défiler dans les médias les premières images d’une explosion monstrueuse qui vient de détruire une partie de Beyrouth. Photo fournie.

Mais il faut croire que les contes de fées prennent source dans le réel. Un jour, l’enfant découvre, jetées au milieu de ce nulle part dont il connaît chaque grain de poussière, les pages d’un magazine où brillent, telles de nouvelles étoiles à son monotone horizon, des stars de cinéma. Il est fasciné au point de vouloir immortaliser cette découverte. À l’aide d’un bout de bois, il tente d’esquisser dans le sable ces visages entourés de lumière. L’année suivante, il est envoyé à l’école. Il a six ans, il découvre la ville, et ses instituteurs constatent son talent de dessinateur qu’ils s’attachent à cultiver au détriment des autres matières, sachant que pour l’écolier pauvre, le temps de la vie scolaire est compté.

La pluie délave ses toiles

Et en effet, à peine adolescent, il quitte l’école pour subvenir aux besoins de sa famille. La rue est son nouveau lieu de travail. Il y prête son pinceau pour divers travaux de peinture et de décoration. «J’ai été abusé par des gens sans scrupules qui ont pompé mon énergie artistique. Il m’est même arrivé de travailler pour des employeurs qui me menaçaient quand j’osais demander mon salaire. Mais il arrivait aussi que d’autres personnes prennent soin de moi et me donnent un coup de main. J’ai longtemps travaillé sous un soleil ardent qui chauffait les escaliers en fer sur lesquels je travaillais et me brûlait les mains», raconte Chemsou.

Longtemps, au retour de son labeur, le jeune artiste s’arrête à l’entrée des salles de cinéma et admire ces affiches qui le fascinent depuis qu’il est gamin. De retour chez lui, dans la misérable maison où toute la famille s’entasse dans une même pièce qui sert aussi de cuisine, où l’on suffoque l’été et gèle l’hiver, Chemsou dessine, et la pluie qui traverse le toit ruine ses dessins.

Le succès quand tout semble perdu

Bientôt lui vient l’idée de sortir de cette misère en envoyant par la poste ses fameuses affiches traditionnelles qu’il est le dernier à peindre à la main, à de grandes sociétés de production de films. Il croit en son talent, Chemsou et, pourquoi pas, à sa bonne étoile. «Les gens me traitaient de fou, mais je comptais sur Dieu. S’il m’a donné ce talent, c’est bien pour que je persévère!», confie l’artiste qui, pourtant, ne reçoit jamais de réponses à ses courriers.

Ses conditions de vie ruinent sa santé. Il est atteint d’une grave maladie gastrique qui le cloue trois mois à l’hôpital. Au moment où son état commence à s’améliorer, il reçoit une lettre d’un producteur argentin qui travaille pour Hollywood. Chemsou est enfin lancé. Il reçoit des commandes et réalise de nombreuses affiches pour des films internationaux. Ses affiches sont présentées au festival de Cannes et aux Oscars. Il est invité au World Film Festival. Il y rencontre et se lie d’amitié avec l’acteur, réalisateur (Extrême force) et champion d’arts martiaux, Mohamed Qissi, qui incarne, entre autres, Tong Po dans Kickboxer. Il devient également l’ami de Jimmy Ramdan Gourad (champion de boxe et acteur) qui lui rend visite en Algérie et donne une fête en son honneur.

Sous le choc

Le 4 août 2020, Chemsou Belarbi est chez lui, en Algérie, quand il voit défiler dans les médias les premières images d’une explosion monstrueuse qui vient de détruire une partie de Beyrouth. Il suit de près la situation politique au Liban et compte de nombreux amis libanais qui l’ont aidé dans son domaine; il considère ce pays comme le foyer des arts dans le monde arabe. Chemsou se sent proche des Libanais en qui il perçoit de nombreux points communs avec les Algériens, notamment la chaleur humaine et l’amour de la liberté. Il est sous le choc. Aussitôt, il décide d’exprimer sa solidarité et sa compassion à travers une toile sur laquelle il entend dessiner le portrait de chaque victime.

chemsou
Chemsou décide d’exprimer sa solidarité et sa compassion à travers une toile sur laquelle il entend dessiner le portrait de chaque victime. Photo fournie.

En menant ses recherches afin de peindre le portrait de chaque personne emportée par cette catastrophe, il a l’impression de participer, dans les décombres, aux opérations de secours. Chaque matin, plusieurs mois durant, il ajoute à sa toile le visage d’une personne qu’il a ainsi le sentiment de sauver de l’oubli. Il connaît désormais chaque victime de la double explosion au port de Beyrouth. Il leur dédie en bannière un rosier où s’épanouissent deux roses, sous le regard de la providence. Ou peut-être est-ce le sien. Ou peut-être celui de la justice, terrestre ou divine, qui ne tardera pas à venir. Un gage d’amour, tout simplement.

 

Analyse
Liban: l’impunité en guise d’identité?
Par Lélia Mezher -
Chronologie: Le Liban depuis le 4 août 2020
Par Arab News en français -

Netanyahu affirme que la menace du Hezbollah impose la poursuite de l'action militaire au Liban

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a affirmé lundi que la menace des roquettes et drones du Hezbollah pro-iranien imposait la poursuite de l'action militaire au Liban, où les deux camps ont revendiqué de nouvelles attaques sur leurs positions respectives. (AFP)
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a affirmé lundi que la menace des roquettes et drones du Hezbollah pro-iranien imposait la poursuite de l'action militaire au Liban, où les deux camps ont revendiqué de nouvelles attaques sur leurs positions respectives. (AFP)
Short Url
  • Le président libanais Jospeh Aoun, et le mouvement chiite ont pour leur part échangé des accusations, au sujet des négociations directes prévues entre Israël et le Liban
  • Sur le terrain, de nouvelles frappes israéliennes ont visé lundi des localités dans le sud du Liban, selon l'agence nationale d'information (Ani, officielle)

BEYROUTH: Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a affirmé lundi que la menace des roquettes et drones du Hezbollah pro-iranien imposait la poursuite de l'action militaire au Liban, où les deux camps ont revendiqué de nouvelles attaques sur leurs positions respectives.

Le président libanais Jospeh Aoun, et le mouvement chiite ont pour leur part échangé des accusations, au sujet des négociations directes prévues entre Israël et le Liban.

M. Aoun a souligné que leur objectif était de mettre fin au conflit, ajoutant à l'intention du Hezbollah que la véritable "trahison" était d'avoir entraîné le Liban dans la guerre.

Le chef du Hezbollah, Naïm Kassem, avait auparavant accusé les autorités libanaises d'avoir fait "des concessions gratuites et humiliantes".

"Naïm Qassem joue avec le feu, et ce feu brûlera le Hezbollah et tout le Liban", a averti le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, lors d'une rencontre avec l'envoyée de l'ONU au Liban.

Sur le terrain, de nouvelles frappes israéliennes ont visé lundi des localités dans le sud du Liban, selon l'agence nationale d'information (Ani, officielle).

L'armée israélienne a annoncé avoir commencé à frapper "des sites d'infrastructures du Hezbollah" dans la vallée de la Bekaa (est) et dans d'autres zones du sud.

Elle a affirmé avoir "détruit au cours des derniers jours plus de cinquante infrastructures terroristes dans le sud du Liban, y compris un complexe souterrain utilisé par le Hezbollah" pour des attaques contre Israël.

Le Hezbollah a pour sa part revendiqué de nouvelles attaques contre les troupes israéliennes déployées dans des localités frontalières du sud,  notamment contre un char Merkava à Kantara, et un bulldozer qui "démolissait des maisons dans la ville de Bint Jbeil".

"10% des missiles" 

Les deux parties s'accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu, entré en vigueur le 17 avril puis prolongé de trois semaines le 23 avril, après deux sessions de pourparlers à Washington au niveau des ambassadeurs libanais et israélien.

Selon M. Netanyahu, il "reste encore deux menaces principales venant du Hezbollah: les roquettes de type 122 et les drones. Cela exige une combinaison d'actions opérationnelles et technologiques", a-t-il affirmé devant des gradés.

Selon lui, le mouvement dispose encore "d’environ 10% des missiles" qu'il détenait au début de la guerre, déclenchée le 2 mars par des tirs du Hezbollah sur Israël en riposte à l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.

Au terme de l'accord de cessez-le-feu, rendu public par le département d'Etat américain, Israël "se réserve le droit de prendre, à tout moment, toutes les mesures nécessaires en légitime défense contre des attaques planifiées, imminentes ou en cours".

Ses forces ont délimité par une "ligne jaune" une zone le long de la frontière pour, selon le gouvernement, assurer la sécurité des Israéliens.

"Pas d'accord humiliant" 

"Mon objectif est de parvenir à la fin de l'état de guerre avec Israël", a affirmé M. Aoun, assurant qu'il "n'accepterait pas un accord humiliant".

"Ce que nous faisons n'est pas une trahison, la trahison est plutôt commise par ceux qui entraînent le pays dans une guerre au profit d'intérêts étrangers", a-t-il rétorqué au mouvement chiite.

Ce dernier, qui dénonce une "capitulation" et se pose en défenseur de la souveraineté territoriale du Liban, "refuse catégoriquement de négocier directement avec Israël", a réaffirmé lundi son chef, dans un communiqué lu par la chaîne al-Manar, affiliée au mouvement.

Il a demandé au gouvernement libanais de renoncer à "un grave pêché qui place le Liban dans un cycle d'instabilité", ajoutant que son mouvement, dont Israël exige le désarmement, ne renoncerait pas à ses armes.

Le chef d'état-major de l'armée israélienne, Eyal Zamir, a pour sa part affirmé que 2026 "pourrait encore être une année de combats" sur tous les fronts.

Selon des chiffres de l'AFP fondés sur des sources officielles libanaises, les opérations israéliennes ont fait depuis le début de la trêve au moins 36 morts, dont 14 dimanche.

Depuis le 2 mars, la campagne militaire israélienne a tué 2.521 personnes et en a blessé 7.804 blessées, selon le dernier bilan du ministère de la Santé.

Côté israélien, 16 soldats ont été tués au Liban depuis le 2 mars, dont un dimanche, selon les autorités.


Le chef de la diplomatie iranienne accuse depuis Saint-Pétersbourg les Etats-Unis de l'échec des discussions au Pakistan 

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. (AFP)
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. (AFP)
Short Url
  • "Les approches américaines ont fait que le précédent cycle de négociations, malgré des progrès, n'a pas atteint ses objectifs en raison d'exigences excessives"
  • Il a également affirmé que "la sécurité du passage dans le détroit d'Ormuz est une question mondiale importante", alors que les Etats-Unis et l'Iran poursuivent leurs blocus sur ce détroit stratégique

TEHERAN: Le ministre iranien des Affaires étrangères a accusé lundi les Etats-Unis d'être responsables de l'échec des pourparlers de paix au Pakistan, après son arrivée en Russie où il doit rencontrer le président Vladimir Poutine.

"Les approches américaines ont fait que le précédent cycle de négociations, malgré des progrès, n'a pas atteint ses objectifs en raison d'exigences excessives", a-t-il déclaré, cité par les médias d'Etat iraniens. Il a également affirmé que "la sécurité du passage dans le détroit d'Ormuz est une question mondiale importante", alors que les Etats-Unis et l'Iran poursuivent leurs blocus sur ce détroit stratégique.

 

 


Liban: le Hezbollah refuse «catégoriquement» les négociations directes avec Israël

Israël et le Liban ont déjà tenu deux sessions de pourparlers au niveau des ambassadeurs à Washington, à propos de la guerre dans laquelle le Liban a été entraîné le 2 mars par des tirs du Hezbollah contre son ennemi juré israélien, en soutien à l'Iran visé par une offensive israélo-américaine. (AFP)
Israël et le Liban ont déjà tenu deux sessions de pourparlers au niveau des ambassadeurs à Washington, à propos de la guerre dans laquelle le Liban a été entraîné le 2 mars par des tirs du Hezbollah contre son ennemi juré israélien, en soutien à l'Iran visé par une offensive israélo-américaine. (AFP)
Short Url
  • "Nous refusons catégoriquement de négocier directement avec Israël" et il est de la responsabilité du pouvoir libanais d'éviter une "erreur dangereuse qui entraîne" le pays "dans un cycle d'instabilité"
  • Le président libanais dit au Hezbollah que "la trahison" est d'entraîner le pays dans la guerre

BEYROUTH: Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a réaffirmé lundi son refus des négociations directes entre Beyrouth et Israël, estimant qu'elles risquaient d'entraîner le Liban dans un "cycle d'instabilité".

"Nous refusons catégoriquement de négocier directement avec Israël" et il est de la responsabilité du pouvoir libanais d'éviter une "erreur dangereuse qui entraîne" le pays "dans un cycle d'instabilité", a déclaré le chef du groupe pro-iranien dans un communiqué lu par la chaîne al-Manar, qui lui est affiliée.

Israël et le Liban ont déjà tenu deux sessions de pourparlers au niveau des ambassadeurs à Washington, à propos de la guerre dans laquelle le Liban a été entraîné le 2 mars par des tirs du Hezbollah contre son ennemi juré israélien, en soutien à l'Iran visé par une offensive israélo-américaine.