Ethiopie: l'ONU s'inquiète des récoltes au Tigré sur fond de criants besoins alimentaires

Quelque 5,2 millions de personnes, soit plus de 90% de la population du Tigré , vivent grâce à l'aide extérieure, selon l'ONU pour qui 400 000 personnes y connaissent la famine. (Photo, AFP)
Quelque 5,2 millions de personnes, soit plus de 90% de la population du Tigré , vivent grâce à l'aide extérieure, selon l'ONU pour qui 400 000 personnes y connaissent la famine. (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Samedi 07 août 2021

Ethiopie: l'ONU s'inquiète des récoltes au Tigré sur fond de criants besoins alimentaires

  • Les travailleurs humanitaires se plaignent qu'en dépit de la déclaration d'un cessez-le-feu fin juin, l'accès de l'aide au Tigré reste difficile, perturbé par l'insécurité et les blocages administratifs
  • Le Tigré a plongé dans la violence en novembre dernier, lorsque le Premier ministre Abiy Ahmed a envoyé l'armée dans la région pour destituer les autorités locales du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF)

GENEVE : Le besoin crucial d'aide alimentaire dans la région éthiopienne du Tigré, en proie à un violent conflit, devrait persister en 2022 en raison du manque de récoltes attendu cette année, a indiqué vendredi le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les Affaires humanitaires, Martin Griffiths.

"J'ai eu de nombreuses discussions avec les administrateurs locaux au Tigré sur ce dont ils ont besoin, et ils ont besoin de nourriture", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à l'ONU à Genève, de retour d'une visite de six jours en Ethiopie, incluant un déplacement au Tigré (nord).

"Les récoltes, qui ont récemment été plantées, devraient seulement produire entre un quart et au maximum la moitié de la production habituelle. Donc le besoin de nourriture va perdurer jusqu'à l'année prochaine", a-t-il estimé.

M. Griffiths tire de sa visite une conclusion principale: le besoin de parvenir à faire entrer 100 camions d'aide par jour au Tigré. Les dirigeants éthiopiens "m'ont tous parlé de manière constructive sur leurs efforts pour que cela puisse fonctionner", a-t-il dit.

Les travailleurs humanitaires se plaignent qu'en dépit de la déclaration d'un cessez-le-feu fin juin, l'accès de l'aide au Tigré reste difficile, perturbé par l'insécurité et les blocages administratifs. 

Quelque 5,2 millions de personnes - soit plus de 90% de la population du Tigré - vivent grâce à l'aide extérieure, selon l'ONU pour qui 400 000 personnes y connaissent la famine.

"Jusqu'à aujourd'hui, 178 camions, qui avaient été bloqués dans la région voisine d'Afar, ont pu atteindre Mekele", la capitale régionale du Tigré, a indiqué M. Griffiths. "Il y en a encore une quarantaine d'autres qui attendent de partir", a-t-il ajouté.

M. Griffiths a en outre réitéré son appel à mettre fin au conflit.

"La guerre doit s'arrêter et le cessez-le-feu humanitaire est une nécessité flagrante", a-t-il insisté.

Le Tigré a plongé dans la violence en novembre dernier, lorsque le Premier ministre Abiy Ahmed a envoyé l'armée dans la région pour destituer les autorités locales du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) à la suite, selon lui, de l'attaque de camps militaires par des forces tigréennes.

Abiy Ahmed avait rapidement déclaré victoire après la prise par les soldats éthiopiens de Mekele, avec l'aide de l'Erythrée voisine, ennemi ancestral du TPLF, au pouvoir en Ethiopie durant trois décennies avant l'avènement d'Abiy Ahmed en avril 2018.

Les forces tigréennes ont néanmoins continué leur lutte et repris Mekele et plusieurs autres villes du Tigré en juin. Après un cessez-le-feu décrété par Abiy Ahmed et le retrait des soldats éthiopiens, les forces tigréennes ont poursuivi leur offensive vers les régions voisines Amhara et Afar.


Pour la directrice du think thank Rusi, les critiques sur la partialité de l’Occident sont «justes»

La directrice générale du Royal United Services Institute (Rusi), Karin von Hippel, prenant la parole lors du Forum économique mondial. (Photo fournie, WEF)
La directrice générale du Royal United Services Institute (Rusi), Karin von Hippel, prenant la parole lors du Forum économique mondial. (Photo fournie, WEF)
Short Url
  • Les réfugiés syriens et afghans «n’ont clairement pas été traités de la même manière que ceux qui fuyaient le conflit en Ukraine», affirme Karin von Hippel
  • «La dimension supplémentaire en Ukraine est la possession par la Russie d’armes nucléaires et d’une forte quantité de carburants dont dépendent de nombreux pays», précise-t-elle

DAVOS: Les accusations de partialité dans l’approche occidentale du conflit ukrainien et de l’afflux de réfugiés qui en résulte, en comparaison avec d’autres conflits dans le monde, sont justifiées, estime la directrice générale du Royal United Services Institute (Rusi), un groupe de réflexion britannique spécialisé dans la défense et la sécurité.

Cependant, la différence fondamentale dans le conflit ukrainien est qu’il implique la Russie, une puissance nucléaire et l’un des plus grands fournisseurs d’énergie au monde, ajoute Karin von Hippel.

«Je pense que c’est une critique juste (de l’Occident). Les nombreux réfugiés afghans et syriens  n’ont clairement pas été traités de la même manière», affirme-t-elle à Arab News lors du Forum économique mondial. «Le Liban, la Jordanie et la Turquie ont accueilli des réfugiés syriens, mais maintenant, la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie font de même avec les Ukrainiens. C’est le cours normal des choses, mais la dimension supplémentaire dans le conflit ukrainien est la possession par la Russie d’armes nucléaires et d’une grande quantité de carburants dont dépendent de nombreux pays», poursuit-elle.

«Les armes nucléaires pourraient causer d’énormes dégâts. C’est donc un conflit pour l’Europe, et l’Europe y fait face du mieux qu’elle peut.» Bien que l’UE, les États-Unis et le Canada aient activement soutenu et armé l’Ukraine, Mme von Hippel souligne qu’une pression mondiale plus forte devrait être exercée sur le Kremlin pour qu’il cesse les hostilités.

«Je pense que la communauté internationale devrait, comme elle l’a fait pour la Syrie, déployer davantage d’efforts pour faire pression sur la Russie, notamment sur les pays du Moyen-Orient qui ont une influence sur la Russie, afin de mettre un terme à cette guerre et de faire savoir aux Russes que tuer des civils de cette manière n’est pas un comportement acceptable au XXIe siècle», indique-t-elle. «Les pays ont exercé une pression très forte sur Bachar al-Assad. Cela n’a pas fonctionné avec lui, mais ils ont réussi à l’isoler.»

«Ce qui m’inquiète après ce conflit, c’est de savoir comment Poutine va être réintégré dans le concert des nations. J’espère qu’il pourra rester un paria international et qu’il se retrouvera dans une position similaire à celle d’Assad. Il est allé trop loin, tout comme le président syrien a dépassé les limites», assure-t-elle.

Mme Von Hippel a établi des similitudes entre l’éventuelle reconstruction en Ukraine et le cycle de reconstruction au Liban. Elle a également exprimé l’espoir que les niveaux de corruption observés dans les efforts de reconstruction de l’Afghanistan puissent être évités en Ukraine. «Si nous regardons le Liban, j’y étais en 2007 lorsque les Israéliens ont bombardé les zones du Hezbollah, une grande partie de ce pays a déjà été reconstruite. Le Liban a été reconstruit plusieurs fois», rappelle-t-elle.

«Les fonds pour la reconstruction seront une injection saine dans l’économie ukrainienne. La question de la corruption se pose, surtout si l’on se précipite pour faire entrer des flux d’argent», précise-t-elle. «Le monde entier sera aux aguets, mais ce ne sont pas seulement les gouvernements qui dépensent l’argent. Toutes sortes d’entreprises obtiennent des contrats. Nous l’avons vu en Afghanistan: toutes ces compagnies américaines ont dépensé beaucoup plus d’argent que prévu sans que cela n’aboutisse vraiment à des résultats.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com
 


Brésil: le bilan de l'opération policière à Rio s'alourdit à 21 morts

La police patrouille devant un hôpital après une descente dans une favela de Rio de Janeiro. (Photo, AFP)
La police patrouille devant un hôpital après une descente dans une favela de Rio de Janeiro. (Photo, AFP)
Short Url
  • Une opération policière dans une favela du nord de Rio de Janeiro (Brésil) a fait 21 morts mardi
  • La police militaire assure avoir été accueillie par des tirs alors qu'elle entamait une opération destinée à «localiser et capturer» des narcotrafiquants

RIO DE JANEIRO: Une opération policière dans une favela du nord de Rio de Janeiro (Brésil) a fait 21 morts mardi, selon un nouveau bilan des autorités sanitaires qui a pratiquement doublé en quelques heures, de nombreux corps ayant été retrouvés dans l'après-midi. 

La police militaire assure avoir été accueillie par des tirs alors qu'elle entamait une opération destinée à "localiser et capturer" des narcotrafiquants présumés dans la favela de Vila Cruzeiro. 


Géorgie, acte II: Trump redescend dans l'arène pour des primaires cruciales

Donald Trump a investi une grande partie de son propre capital politique dans la course et joue gros: une défaite de son candidat soulèverait de sérieux doutes sur la mainmise qu'il a encore sur son parti. (AFP)
Donald Trump a investi une grande partie de son propre capital politique dans la course et joue gros: une défaite de son candidat soulèverait de sérieux doutes sur la mainmise qu'il a encore sur son parti. (AFP)
Short Url
  • Donald Trump remet une nouvelle fois en jeu son influence sur le parti républicain lors d'importantes élections primaires en Géorgie
  • C'est dans cet Etat américain de 10 millions d'habitants que Trump concentre depuis un an et demi ses efforts pour tenter de prouver que l'élection présidentielle lui a été «volée»

ATLANTA: Il tente de prendre sa revanche sur ceux qui lui avaient résisté: Donald Trump remet une nouvelle fois en jeu son influence sur le parti républicain lors d'importantes élections primaires en Géorgie.

C'est dans cet Etat américain de 10 millions d'habitants, remporté d'un cheveu par Joe Biden en novembre 2020, que le milliardaire républicain concentre depuis un an et demi ses efforts pour tenter de prouver que l'élection présidentielle lui a été "volée" en raison de supposées "fraudes massives", jamais prouvées.

Dans ce feuilleton électoral, Donald Trump fustige sans cesse le rôle du républicain Brian Kemp, qui a refusé de renverser les résultats du scrutin de 2020, et tente mardi de le déloger de son poste de gouverneur.

«Laissé tomber»
"Brian Kemp a laissé tomber la Géorgie", dénonçait-il encore dans un communiqué mardi matin appelant les "militants Trump" de cet Etat du sud-est des Etats-Unis à s'opposer en nombre à sa candidature. 

A la place, l'ex-locataire de la Maison Blanche a offert son parrainage à l'ancien sénateur David Perdue, bien plus friand des théories "d'irrégularités électorales", à laquelle croient encore des millions d'Américains.

"David Perdue a mon soutien le plus complet", a assuré mardi l'ex-président, qui a injecté plus de 2,5 millions de dollars de ses propres fonds de campagne dans la candidature de ce septuagénaire.

Le pari de Donald Trump sera-t-il gagnant? 

Cela est loin d'être sûr.

Plusieurs experts assurent qu'une certaine forme de lassitude a commencé à gagner ceux qui se battent encore pour refaire le match de 2020, plus de 18 mois après le scrutin.

Ils citent un sondage réalisé en avril par l'université de Géorgie, selon lequel près de 60% des électeurs républicains se disent confiants dans le fait que les élections de mi-mandat de novembre prochain seront justes.

Donald Trump a investi une grande partie de son propre capital politique dans la course et joue gros: une défaite de son candidat soulèverait de sérieux doutes sur la mainmise qu'il a encore sur son parti.

«Avant que ce soit cool»
Mike Pence, l'ancien vice-président de Donald Trump à qui l'on prête des ambitions présidentielles, l'a bien compris. 

Le sexagénaire, qui a refusé comme Brian Kemp de bloquer la certification de la victoire de Joe Biden à la présidentielle, s'est rendu cette semaine en Géorgie pour faire personnellement campagne pour le gouverneur-candidat. 

"Je soutenais Brian Kemp avant que ce soit cool", a-t-il lancé depuis un petit aéroport de la banlieue d'Atlanta.

En plus de choisir un candidat au poste de gouverneur, les électeurs de Géorgie sont aussi appelés à se prononcer sur toute une série de sièges locaux. Et à chaque fois, c'est une version du match opposant ces deux types de candidats -- ceux qui ont empêché de renverser l'élection de 2020 à ceux qui crient à la fraude -- qui se rejoue. 

Au coeur de toutes les convoitises, le poste de secrétaire d'Etat de Géorgie, la personne chargée de superviser le bon déroulé des élections et dont bon nombre d'Américains ignoraient probablement l'existence avant la dernière présidentielle.

Et pour cause, Brad Raffensperger, l'homme qui avait refusé de "trouver" près de 12 000 bulletins de vote au nom de Donald Trump malgré un coup de fil stupéfiant du milliardaire, risque son poste. 

Selon les dernières enquêtes d'opinion, il est au coude-à-coude face à Jody Hice, un homme soutenu par l'ancien président qui -- comme des dizaines d'autres à travers le pays -- promettent de "rétablir l'intégrité" des scrutins aux Etats-Unis.