Brexit : l'UE annonce une chute de ses importations venues du Royaume-Uni

Un camion embarque le W.B. Yeats Ferry, exploité par Irish Ferries, avant son départ vers l'Irlande depuis le port de Cherbourg, dans le nord-ouest de la France, le 2 février 2021. (Sameer al-Doumy/AFP)
Un camion embarque le W.B. Yeats Ferry, exploité par Irish Ferries, avant son départ vers l'Irlande depuis le port de Cherbourg, dans le nord-ouest de la France, le 2 février 2021. (Sameer al-Doumy/AFP)
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Publié le Vendredi 13 août 2021

Brexit : l'UE annonce une chute de ses importations venues du Royaume-Uni

  • Selon Eurostat, les exportations britanniques vers l'UE, en valeur, ont chuté de 18,2% sur les six premiers mois de l'année, par rapport à la même période de 2020
  • Les administrations européenne et britannique utilisent des méthodologies différentes pour mesurer le commerce transfrontalier, ce qui peut conduire à des évaluations divergentes

BRUXELLES : Les importations de l'Union européenne en provenance du Royaume-Uni se sont effondrées de 18% sur un an au premier semestre, après l'accord commercial post-Brexit et son application au 1er janvier, selon des statistiques officielles européennes publiées vendredi.

Selon Eurostat, les exportations britanniques vers l'UE, en valeur, ont chuté de 18,2% sur les six premiers mois de l'année, par rapport à la même période de 2020.

Des chiffres qui contrastent avec les performances dévoilées jeudi par le Bureau national des statistiques, qui avait affirmé que les exportations de biens vers l'UE, hors métaux précieux, avaient été supérieures en mai et juin à leur niveau d'avant le Brexit.

Les administrations européenne et britannique utilisent des méthodologies différentes pour mesurer le commerce transfrontalier, ce qui peut conduire à des évaluations divergentes.

En sens inverse, les exportations de l'UE vers le Royaume-Uni ont gonflé de 5,5% sur un an au premier semestre, selon Eurostat.

En conséquence, l'excédent commercial des Vingt-Sept avec leur voisin d'outre-Manche a bondi à 69,6 milliards d'euros sur la période, contre 47,8 milliards au premier semestre de l'année précédente.

Parmi les dix principaux partenaires commerciaux de l'UE, le Royaume-Uni (au 3e rang) fait figure d'exception: tous les autres (Chine, Etats-Unis, Suisse, Russie, Turquie, Japon, Norvège, Corée du sud et Inde) ont vu leurs exportations vers le bloc européen augmenter.

En sens inverse, les exportations de l'UE ont progressé à destination de chacun de ces dix pays.

Dans l'ensemble, les statistiques d'Eurostat font état d'une envolée de 22,3% des exportations européennes en juin sur un an, à 188,3 milliards d'euros. Dans le même temps, les importations de l'UE grimpaient de 29,6% à 173,5 milliards d'euros.


Les multinationales américaines aux prises avec l'envolée du dollar

L'ascension rapide du dollar depuis le début de l'année est à double tranchant (AF
L'ascension rapide du dollar depuis le début de l'année est à double tranchant (AF
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  • La forte remontée des taux décidée par la banque centrale américaine pour combattre l'inflation, combinée à l'afflux de placements aux Etats-Unis d'investisseurs à la recherche de valeurs sûres en ces temps incertains, a dopé le dollar
  • Pour une société américaine qui exporte, les produits écoulés en dollars deviennent plus onéreux, au risque de perdre des clients

NEW YORK : L'ascension rapide du dollar depuis le début de l'année est à double tranchant pour les multinationales américaines qui, pour limiter les retombées, peuvent se couvrir ou repositionner leurs activités à l'étranger.

Pour une entreprise qui importe, la flambée du billet vert face à l'euro, le yen ou la livre britannique est une aubaine puisque les produits lui reviennent moins cher.

Mais pour une société américaine qui exporte, les produits écoulés en dollars deviennent plus onéreux, au risque de perdre des clients. Sans compter la perte de valeur des revenus dégagés à l'étranger quand ils sont convertis en dollars.

Plusieurs multinationales ont déjà révisé leurs prévisions pour l'année, à l'instar du géant de l'informatique Microsoft qui a prévenu que son chiffre d'affaires trimestriel allait être amputé de 460 millions de dollars et son bénéfice net de 250 millions à cause des effets de change.

Adobe, Salesforce, Biogen, Pfizer ont tous averti que la rapide montée du dollar en début d'année allait avoir un impact plus important que prévu sur leurs comptes.

- 40 milliards -

Les sociétés qui dégagent la majeure partie de leurs revenus en dehors des Etats-Unis sont logiquement les plus exposées, à commencer par les géants de la tech, les fabricants d'équipements médicaux et les sociétés de services, selon Kyriba, une plateforme de gestion de liquidités des entreprises.

Les effets de change pourraient affecter les résultats des entreprises du S&P 500 à hauteur de 40 milliards de dollars au total au premier semestre, prédit Kyriba.

La forte remontée des taux décidée par la banque centrale américaine pour combattre l'inflation, combinée à l'afflux de placements aux Etats-Unis d'investisseurs à la recherche de valeurs sûres en ces temps incertains, a dopé le dollar.

Le billet vert a pris 13% face à l'euro sur les douze derniers mois, s'approchant ainsi de la parité avec la monnaie unique, ou encore 22% face au yen.

«A court terme, c'est une bonne nouvelle pour les Etats-Unis car cela rend les importations moins chères, et peut donc ralentir l'inflation», remarque Desmond Lachman, du centre de réflexion American Enterprise Institute.

A moyen terme, l'effet sur l'économie américaine est plus nuancé car si les exportations s'affaissent, «cela augmente le déficit commercial des Etats-Unis, et donc sa dette extérieure».

Mais les multinationales «n'ont pas vraiment de contrôle» sur ces éléments, remarque-t-il.

Elles peuvent en revanche atténuer l'impact des fluctuations des devises étrangères dans lesquelles elles établissent leurs prix et leurs factures, en adoptant des instruments de couverture (hedging).

La plupart des multinationales disposent de tels programmes, qu'elles font évoluer chaque trimestre, voire chaque mois, parfois en tentant de prédire l'évolution des devises, explique Bob Stark, de Kyriba.

Ce n'est pas une science exacte, reconnaît-il. Surtout dans une période de grande incertitude sur la direction de l'inflation, des taux d'intérêt, la possibilité d'une récession etc.

- Changer de pays -

Mais «depuis le début de la pandémie, les directeurs financiers sont devenus bien meilleurs pour envisager de multiples scénarios et agir en fonction», estime Bob Stark. «Si vous pouvez évaluer l'impact des différents scénarios sur vos prévisions de flux de trésorerie, alors vous pouvez prendre de meilleures décisions».

Nike, par exemple, a prévenu lundi que les effets de change allaient plomber son chiffre d'affaires annuel de plusieurs points de pourcentage. Ils devraient aussi affecter sa marge brute mais dans une bien moindre mesure, en raison de «taux de couverture favorables».

L'actuelle forte volatilité des devises signifie aussi qu'il revient plus cher de se couvrir. Certaines entreprises choisissent de ne pas se protéger pour ne pas avoir à payer les primes.

Parmi les autres instruments à leur disposition, les multinationales peuvent aussi réduire leur exposition en ajustant leurs pratiques: en payant leurs fournisseurs japonais en dollars par exemple, en renégociant les prix, voire en changeant de pays pour s'approvisionner.

Elles peuvent aussi attendre un repli du billet vert avant de rapatrier leurs profits aux Etats-Unis.

«Après coup», une fois que le dollar est déjà monté, les marges de manoeuvre des entreprises sont limitées, estime toutefois Nikolai Roussanov, professeur de finances à l'université de Pennsylvanie. Surtout quand les prix grimpent aussi à cause des problèmes de chaîne d'approvisionnement et des coûts de l'énergie.

«Si vous tentez de réagir à quelque chose qui s'est déjà passé, cela peut vous revenir à la figure dans la mesure où certains de ces mouvements sont temporaires», avance-t-il.


Contourner la censure en Russie, grâce aux outils financés par les Etats-Unis

Depuis le début de l'invasion de l'Ukraine, Moscou a intensifié sa propagande et restreint drastiquement l'accès aux sources d'informations non officielles -- c'est-à-dire les médias qui parlent de la guerre et non d'une «opération spéciale» contre des «nazis». (AFP)
Depuis le début de l'invasion de l'Ukraine, Moscou a intensifié sa propagande et restreint drastiquement l'accès aux sources d'informations non officielles -- c'est-à-dire les médias qui parlent de la guerre et non d'une «opération spéciale» contre des «nazis». (AFP)
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  • En début d'année, le réseau virtuel privé (VPN) Psiphon, qui permet de contourner la censure, enregistrait environ 48 000 connexions par jour en Russie
  • Elles ont été multipliées par 20 mi-mars, à la période où le gouvernement a interdit Facebook, Instagram et Twitter. Et aujourd'hui, le réseau affirme compter plus de 1,45 million d'utilisateurs quotidiens en moyenne

SAN FRANCISCO: Le gouvernement américain finance des outils de contournement de la censure en Russie devenus essentiels pour de nombreux citoyens et militants, qui risqueraient autrement de se retrouver coupés du monde.

Depuis le début de l'invasion de l'Ukraine, Moscou a intensifié sa propagande et restreint drastiquement l'accès aux sources d'informations non officielles -- c'est-à-dire les médias qui parlent de la guerre et non d'une "opération spéciale" contre des "nazis".

En début d'année, le réseau virtuel privé (VPN) Psiphon, qui permet de contourner la censure, enregistrait environ 48 000 connexions par jour en Russie.

Elles ont été multipliées par 20 mi-mars, à la période où le gouvernement a interdit Facebook, Instagram et Twitter. Et aujourd'hui, le réseau affirme compter plus de 1,45 million d'utilisateurs quotidiens en moyenne.

"La télévision russe ne diffuse qu'une propagande horrible d'incitation à la haine et au meurtre", affirme Natalia Krapiva, juriste de l'ONG américaine Access Now.

Les outils informatiques anti-censure sont donc devenus essentiels pour consulter d'autres informations, mais aussi pour communiquer librement avec ses proches.

"Les logiciels doivent être faciles à utiliser et sûrs. Sinon les utilisateurs risquent d'être repérés et mis sous surveillance", ajoute l'experte.

Sans le soutien financier de l'administration américaine, "nous n'aurions simplement pas les moyens de fournir des outils aussi sophistiqués, et donc d'avoir un tel impact", indique Dirk Rodenburg, un directeur de Psiphon.

Psiphon, comme Lantern et nthLink, est soutenu par l'OTF (Open Technology Fund), un fonds du gouvernement, qui dépense quelque 3 à 4 millions de dollars par an pour financer des VPN dans le monde, au nom de la liberté d'expression.

Formation chinoise 

L'organisation a confirmé qu'elle avait débloqué des fonds supplémentaires d'urgence dans la foulée de l'invasion de l'Ukraine cette année.

Elle estime qu'environ 4 millions de personnes en Russie se servent actuellement de ces trois réseaux privés pour naviguer sur internet -- gratuitement, car les sanctions internationales ont obligé les services de paiement à se retirer du pays.

"Nous ne sommes pas vraiment un VPN, plutôt un outil anti-censure", souligne un porte-parole de Lantern à l'AFP.

"Les VPN classiques sont cryptés, pour que les censeurs ne puissent pas lire les contenus consultés, (...) mais ils sont faciles à bloquer pour un pays comme la Russie", détaille-t-il. Psiphon et Lantern ont recours à des méthodes plus complexes "pour faire en sorte que nos serveurs ne soient pas détectés".

Les start-up ont tiré parti de leur expérience dans d'autres pays aux régimes autoritaires, du Bélarus à la Birmanie.

"Il y a deux ans la Chine a changé de niveau, elle s'est donné beaucoup de mal pour essayer de tout bloquer. Nous devions mettre au point de nouveaux protocoles toutes les semaines. Donc nous étions au point pour la Russie", explique le porte-parole de Lantern.

Avant la guerre en Ukraine, Moscou avait plus recours à l'intimidation politique des opposants qu'aux méthodes informatiques.

"Ils n'étaient pas prêts à bloquer quoi que ce soit", remarque le porte-parole de Lantern. "Il y avait clairement un parallèle entre l'incompétence militaire russe et l'incompétence sur internet."

Résistance russe 

De l'avis des différents experts interrogés, les autorités russes ont rattrapé leur retard, mais les outils anti-censure tiennent le choc.

Et même s'ils ne sont utilisés que par un faible pourcentage de la population, ils sont essentiels à la résistance, expliquent-ils.

En mars, la Russie a adopté une loi punissant les "fausses informations" discréditant l'armée russe.

Selon Natalia Krapiva, les arrestations restent rares pour l'instant, mais beaucoup de journalistes et militants qui ont reçu un premier avertissement des autorités choisissent de s'exiler.

"Certains avocats restent sur place et gardent le silence pour pouvoir défendre ceux qui continuent de s'exprimer. D'autres partent. Beaucoup d'organisations ont des personnes sur place et d'autres à l'étranger, et doivent trouver des moyens de fonctionner", élabore la spécialiste.

Sans les VPN et autres outils, impossible d'organiser la résistance.

"Il se passe beaucoup de choses, en ligne mais aussi dans la vie réelle", raconte-t-elle. Des militants "diffusent des messages anti-guerre ou informent sur les moyens légaux d'échapper au service militaire, d'autres essaient de bloquer les trains qui emmènent des équipements militaires en Ukraine".

Difficile de savoir si le maintien de l'accès à l'internet mondial a une influence sur la population russe au-delà des poches de résistance.

"La technologie n'est pas une solution magique", reconnaît Natalia Krapiva. "Mais c'est pire quand internet se retrouve complètement censuré."


Appel de 84 dirigeants d'entreprise pour la sobriété énergétique

Des militants des ONG Attac, Extinction Rebellion et Youth for Climate participent à une action dans le cadre de l'initiative «Debt for Climate» à Paris (Photo, AFP).
Des militants des ONG Attac, Extinction Rebellion et Youth for Climate participent à une action dans le cadre de l'initiative «Debt for Climate» à Paris (Photo, AFP).
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  • Parmi les signataires figurent aussi quelques dirigeants de grosses structures
  • Cet appel s'adressait aux particuliers comme aux entreprises

PARIS: "Passer d'une sobriété d'urgence à une sobriété organisée": 84 dirigeants d'entreprise, appartenant pour beaucoup à l'économie sociale et solidaire ou au milieu associatif veulent "parfois faire moins, pour toujours faire mieux", selon une tribune parue dans le Journal du Dimanche.

Parmi les signataires figurent aussi quelques dirigeants de grosses structures comme Jean-Bernard Lévy d'EDF, Hélène Bernicot du Crédit Mutuel Arkéa et Pascal Demurger de l'assureur MAIF.

"Une sobriété durable passera obligatoirement par un partage de la valeur équitable et par une intégration du temps long au sein de l'entreprise, et donc par des évolutions de gouvernance", affirme le texte.

Dimanche dernier, les patrons des trois énergéticiens français TotalEnergies, EDF et Engie avaient appelé les Français à réduire immédiatement leur consommation de carburant, de pétrole, d'électricité et de gaz face au risque de pénurie menaçant "la cohésion sociale" l'hiver prochain.

Cet appel s'adressait aux particuliers comme aux entreprises, mais restait limité à la consommation d'énergie.

L'appel des 84 dirigeants va plus loin en voulant intégrer au coeur de la stratégie des entreprises les "démarches d'économie circulaire, d'économie d'usage, de relocalisation, de régénération de la biodiversité, ou encore d'alignement des réductions carbone de l'entreprise avec l'accord de Paris" sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Selon les auteurs de la tribune, "la sobriété économique organisée est un moyen de ne pas faire peser le poids de la transition sur les plus démunis".

Ils espèrent "faire évoluer notre modèle global de compétitivité" afin de "sortir enfin les entreprises d'une perpétuelle injonction contradictoire" entre objectifs financiers d'un côté, climatique et sociaux de l'autre.

Ils affirment enfin qu'ils proposeront ce "choix collectif" le 30 août lors "des Universités d'été de l'économie de demain" à Paris. Ce forum se tiendra séparément, mais concomitamment, de l'université d'été de la première organisation patronale française, le Medef, rebaptisée Rencontre des entrepreneurs de France (REF).