Quels sont exactement les liens entre les talibans et Al-Qaida?

Un combattant taliban (2G) avec des habitants à Pul-e-Khumri le 11 août 2021 après que les talibans ont capturé Pul-e-Khumri, la capitale de la province de Baghlan à environ 200 km au nord de Kaboul. (Archive/AFP)
Un combattant taliban (2G) avec des habitants à Pul-e-Khumri le 11 août 2021 après que les talibans ont capturé Pul-e-Khumri, la capitale de la province de Baghlan à environ 200 km au nord de Kaboul. (Archive/AFP)
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Publié le Jeudi 09 septembre 2021

Quels sont exactement les liens entre les talibans et Al-Qaida?

  • S'il existe un point commun qui a permis aux talibans et à Al-Qaïda de garder une présence forte dans le pays, c'est leur capacité à survivre de manière unie comme groupes militants
  • Les États-Unis et l'ONU affirment que les talibans n'ont pas rompu leurs liens avec les talibans. Ils ont fourni les noms des membres d’Al-Qaïda, morts dans différentes provinces d'Afghanistan, alors qu'ils combattaient aux côtés du groupe

PESHAWAR: En privé, les dirigeants talibans afghans affirment qu'ils ont fait suffisamment de sacrifices dans l’intérêt d'Al-Qaïda, bien qu'ils n'aient jamais reconnu publiquement avoir jamais accueilli le groupe, son ancien chef, Oussama ben Laden, ou que l'Afghanistan ait été utilisé pour préparer les attentats du 11-Septembre, ou d'autres opérations.

Ils soutiennent également qu'ils ont perdu le pouvoir en Afghanistan en résistant à l'invasion américaine après les attentats du 11-Septembre, lorsque l'administration Bush a lancé un assaut pour venger les milliers de morts en octobre 2001. Elle voulait détruire Al-Qaïda, et chasser les talibans du pouvoir, pour avoir accueilli Oussama ben Laden sur leur sol.

11 septembre
Une capture d'écran (G) prise le 29 octobre 2004 à partir d'une bande vidéo diffusée par la chaîne d'information Al-Jazeera montre le chef d'Al-Qaïda Oussama ben Laden. (Archive AFP)

L'écart entre les positions adoptées en privé et en public montre que le groupe islamiste, fondé par le mollah Mohammed Omar, ne veut pas assumer la responsabilité des attaques sur les Twin Towers. Les démentis des talibans indiquent qu’ils se considèrent surtout en réalité  comme une victime de l’invasion de l'Afghanistan par les Américains.

Vingt ans plus tard, on ignore toujours véritablement si les talibans sont associés à Al-Qaïda. Cependant, les États-Unis ainsi que l'ONU continuent d'affirmer que les talibans n'ont pas rompu leurs liens avec ce groupe. Ils ont fourni les noms des membres et des affiliés à Al-Qaïda, qui sont morts dans différentes provinces d'Afghanistan, alors qu'ils combattaient aux côtés des talibans.

11 sept
Des combattants fidèles au gouverneur de Kandahar Gul Agha se tiennent dans l'épave de l'enceinte de l'ancien chef des talibans, le mollah Mohammad Omar, le 14 décembre 2001. (Archive/AFP)

Les talibans ont dénoncé ces allégations comme étant de la propagande, et ils ont présenté des démentis catégoriques. Cette réaction n'est pas surprenante, sachant qu'aux termes de l'accord de paix de Doha du 29 février 2020 entre les talibans et les États-Unis, le groupe doit se dissocier d'Al-Qaïda.

Dès le départ, les talibans ont entretenu une relation trouble et controversée avec Al-Qaïda. Il n’était pas évident de savoir qui contrôlait les autres. En Occident, on considérait généralement qu'Al-Qaïda finançait et gérait les talibans. Les dirigeants du groupe afghan ont toujours contesté cette affirmation, assurant qu’étant au pouvoir en Afghanistan, ce sont eux qui dictaient les règles.

La relation entre les deux groupes a toujours été assez étrange: d’un côté, les talibans étaient des Afghans, connus pour leurs talents de combattants, et avec la réputation de résister avec succès aux envahisseurs, dont trois superpuissances (la Grande-Bretagne, l'Union soviétique et les États-Unis). Les membres d'Al-Qaïda, quant à eux, étaient pour la plupart des Arabes venant de différents pays, inspirés par diverses causes, et attirés en Afghanistan par l'appel de la guerre.

11 sept

Curieusement, la première rencontre entre Ben Laden et la direction des talibans s'est déroulée dans un climat de suspicion. Elle s'est tenue à Jalalabad quelques jours seulement avant la chute de Kaboul aux mains des talibans, le 26 septembre 1996. Une délégation des talibans, conduite par l'un de leurs commandants, le mollah Mohammed Sadiq – qui avait perdu son fils dans les combats contre les moudjahidine de la province de Logar quelques jours plus tôt – a été envoyée chez Ben Laden, à la périphérie de Jalalabad, pour le rencontrer, et comprendre ses objectifs.

Ils ne savaient pas si Ben Laden resterait à Jalalabad, quitterait l'Afghanistan, ou accompagnerait les moudjahidine afghans qui tentaient de s'échapper, après avoir été vaincus par les talibans. Ces derniers venaient alors tout juste de s'emparer de la ville et se dirigeaient vers Kaboul.

Des combattants talibans montent la garde dans un véhicule au bord de la route à Kaboul le 16 août 2021, après une fin étonnamment rapide à la guerre de 20 ans en Afghanistan. (Archive/AFP)
Des combattants talibans montent la garde dans un véhicule au bord de la route à Kaboul le 16 août 2021, après une fin étonnamment rapide à la guerre de 20 ans en Afghanistan. (Archive/AFP)

J'ai été témoin de la conversation entre le mollah Sadiq, le mollah Mohammed Rabbani, chef adjoint des talibans à l'époque, et le mollah Borjan, le plus haut commandant militaire des talibans, organisée afin de définir une position unifiée avant les négociations avec Ben Laden.

Tous ont exprimé leurs réserves sur ses intentions, et ont décidé d’adopter une position ferme avant de décider de laisser le chef d'Al-Qaïda rester dans les zones contrôlées par les talibans. Finalement, le problème a été résolu lorsqu'il a donné l'assurance qu'il resterait fidèle aux talibans et accepterait le mollah Omar comme «Commandeur des croyants» (amir al mou’minin). Peu de temps après, il prêtait allégeance au mollah Omar, information qui fut ensuite transmise au chef taliban lors d'une interview que j'avais réalisée.

Le chef suprême des talibans était appelé «Commandeur des croyants», parce qu'il avait le dernier mot sur toutes les questions concernant le groupe. Il n'avait de comptes à rendre à personne, et chaque membre était responsable devant lui. On devait obéir à ses ordres, et tout écart était considéré comme un péché.

11 sept
Des combattants talibans ont déposé leurs armes alors qu'ils se rendaient pour rejoindre le gouvernement afghan lors d'une cérémonie à Herat en 2021. (Archive/AFP)

S'il existe un point commun qui a permis aux talibans et Al-Qaïda de garder une présence forte dans le pays, c'est leur capacité à survivre de manière unie comme groupes militants. Sinon, les deux auraient pu se séparer plusieurs fois.

Avec le recul, la décision des talibans de se doter d’un chef suprême, lorsqu'ils sont apparus comme un mouvement à l'automne 1994 à Kandahar, s'est avérée cruciale pour maintenir l’unité des troupes. Al-Qaïda disposait aussi d’un fondateur plein de ressources: Oussama ben Laden.

Pendant vingt-sept longues années, les talibans sont restés largement unis, bien que leurs membres soient issus de groupes de moudjahidine afghans rivaux. Ses dirigeants ont résisté aux tentations politiques et aux motivations financières qui auraient pu les pousser à faire défection, ou à mener des guerres séparées contre les factions des moudjahidine et les forces de l'Otan dirigées par les États-Unis.

11 sept
Des combattants talibans sont photographiés dans un véhicule de la Direction nationale de la sécurité afghane (NDS) dans une rue de Kandahar le 13 août 2021. (Archive/AFP)

Bien que l’on ait constaté quelques divisions mineures dans le groupe, notamment à la suite de l’émergence d’une branche dirigée par le mollah Mohammed Rasoul, aucune n'a été suffisamment importante pour l'affaiblir et provoquer son effondrement.

Jusqu'à présent, les talibans ont eu trois chefs suprêmes, dont le mollah Omar, un religieux de village de Kandahar, partiellement instruit, qui en fut le fondateur, et en est resté le chef suprême jusqu'à sa mort, en 2016. Son leadership était incontesté tant qu'il était en vie, et même sa mort a été gardée secrète pendant près de deux ans, car d'autres personnalités talibanes craignaient que le groupe ne se sépare, découvrant l’absence de leur leader.

Les deux autres chefs suprêmes ont été le mollah Akhtar Mohammed Mansour, un commandant militaire controversé, qui a été tué lors d'une frappe de drones américains dans la province pakistanaise du Baloutchistan, et le cheikh Haibatullah Akhundzada, un érudit religieux respecté qui a mené les talibans à leur plus grande victoire militaire à ce jour: la prise de tout le pays.

Le mollah Omar, comme nous le savons, a refusé de livrer Ben Laden aux États-Unis après les attentats du 11-Septembre. D'énormes pressions ont été exercées sur lui, en particulier la menace d'une invasion américaine de l'Afghanistan, mais aucun argument n'a pu le faire changer d'avis.

11 sept
Cette photo non datée obtenue le 30 juillet 2015 avec l'aimable autorisation du département d'État américain montre le mollah Omar. (Archive AFP)

Le gouvernement pakistanais, qui était proche des talibans, a également fait pression sur le groupe par l'intermédiaire d'érudits religieux pakistanais et de l'Inter-Services Intelligence (ISI) de l'armée pour remettre Ben Laden aux États-Unis ou à l'Arabie saoudite. Une fois encore, les efforts n'ont pas abouti.

La dernière étape de cette chaîne d’événements a été l'invasion américaine, l'effondrement du régime taliban, et la mort d’un grand nombre de ses combattants. Le mollah Omar a clairement indiqué que les enseignements islamiques ne lui permettaient pas de trahir et de livrer un autre musulman, même s’il y avait 10 millions de dollars de récompense pour sa tête.

Twitter : @rahimyusufzai1

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Gala de la presse: le suspect visait des responsables de l'administration Trump

Selon des médias américains, il s'agit d'un homme de 31 ans, Cole Tomas Allen, originaire de Californie. (AFP)
Selon des médias américains, il s'agit d'un homme de 31 ans, Cole Tomas Allen, originaire de Californie. (AFP)
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  • Le tireur "ne coopère pas activement" mais les enquêteurs pensent qu'il s'est rendu à Washington en train depuis Los Angeles en passant par Chicago, a précisé Todd Blanche
  • S'exprimant sur X, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a écrit que "ce qui devait être une soirée conviviale (...) a été détournée par un fou dépravé qui cherchait à assassiner le président"

WASHINGTON: Le tireur qui a tenté de faire irruption dans un gala de la presse à Washington en présence de Donald Trump cherchait à assassiner de hauts responsables de l'administration américaine, ont indiqué les autorités dimanche, au moment où les violences politiques se multiplient aux Etats-Unis.

Des informations "très préliminaires" font penser aux enquêteurs que l'homme "ciblait des membres de l'administration" Trump, a déclaré le ministre de la Justice par intérim Todd Blanche à la chaîne CBS.

Le tireur "ne coopère pas activement" mais les enquêteurs pensent qu'il s'est rendu à Washington en train depuis Los Angeles en passant par Chicago, a précisé Todd Blanche.

S'exprimant sur X, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a écrit que "ce qui devait être une soirée conviviale (...) a été détournée par un fou dépravé qui cherchait à assassiner le président et à tuer autant de hauts responsables de l'administration Trump que possible".

Des agents du Secret Service américain ont évacué Donald Trump après les tirs de l'assaillant qui a été appréhendé avant de pouvoir entrer dans la salle où se déroulait le dîner annuel réunissant le gratin de la politique et des médias à Washington.

Selon la police, le suspect portait deux armes à feu et de nombreux couteaux et des coups de feu ont été échangés. Un membre des forces de l'ordre s'est fait tirer dessus, mais a été protégé par son gilet pare-balles. L'assaillant n'a pas été blessé.

Selon des médias américains, il s'agit d'un homme de 31 ans, Cole Tomas Allen, originaire de Californie.

L'auteur présumé des tirs comparaîtra lundi devant la justice. Il sera inculpé de deux chefs d'accusation: le premier pour usage d'une arme à feu lors d'un crime violent, le second pour l'agression d'un agent fédéral à l'aide d'une arme dangereuse.

Charles III "soulagé" 

"Ce n'est pas la première fois ces dernières années que notre République est attaquée par un assassin en puissance qui cherchait à tuer", a réagi dès samedi soir Donald Trump, encore en smoking, pendant une conférence de presse donnée à la Maison Blanche.

Le président américain a estimé que l'assaillant, dont l'identité n'a pas été officiellement révélée, était un "loup solitaire" et un "cinglé".

Dimanche, sur la chaîne Fox News, il a indiqué que le suspect avait écrit un texte "très antichrétien".

"Lorsque vous lisez son manifeste, il déteste les chrétiens, ça ne fait aucun doute", a-t-il affirmé, parlant d'une personne "visiblement très dérangée".

Donald Trump a été visé par une tentative d'assassinat en juillet 2024 lors d'un meeting de campagne où il a été blessé à l'oreille ainsi que quelques mois plus tard sur son golf en Floride.

"Ca se répète trop souvent", dit à l'AFP un avocat de 56 ans, Brian Raftery, rencontré dans les rues de la capitale. "Je crois, malheureusement, qu'un jour quelque chose de très mauvais va se passer si on continue d'avoir ce type d'attaques contre nos responsables politiques".

"Il nous incombe à tous de rejeter l'idée que la violence ait sa place dans notre démocratie", a réagi sur X l'ancien président Barack Obama (2009-17).

Les réactions de dirigeants mondiaux ont afflué, se disant "choqués" et apportant leur "soutien" à M. Trump, tout en condamnant la violence politique.

Parmi eux, le roi Charles III s'est dit "soulagé" que Donald Trump soit sain et sauf, à la veille de la visite d'Etat du monarque aux Etats-Unis. Le Palais de Buckingham a confirmé dimanche que la visite "se déroulerait comme prévu".

La sécurité en question 

Les images des caméras de sécurité diffusées par M. Trump sur Truth Social montrent une personne qui se rue au travers du portique de détection de métaux situé à l'entrée de la salle où se tenait le gala, et plusieurs membres des forces de l'ordre dégainant leurs armes. Il aurait séjourné dans l'hôtel plusieurs jours auparavant.

L'hôtel Hilton de Washington, où avait lieu le dîner avorté, n'est pas "un bâtiment particulièrement sûr", a critiqué Donald Trump, relevant que les gens pouvaient aller et venir dans l'enceinte de cet immense hôtel de plus de 1.000 chambres.

Il en a profité pour justifier la construction en cours d'une grande salle de bal à la Maison Blanche, ultra-sécurisée.

C'est devant cet hôtel que le président Ronald Reagan avait été blessé par balle en 1981 lors d'une tentative d'assassinat.

Ce gala réunit chaque printemps des centaines de personnes. Donald Trump, qui attaque sans relâche la presse, y assistait pour la toute première fois en tant que président. Il a assuré que l'événement serait reprogrammé.

 


En Russie, le chef de la diplomatie iranienne accuse Washington d'avoir fait échouer les pourparlers

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a accusé lundi Washington d'avoir fait échouer leurs pourparlers de paix, à l'occasion d'une visite en Russie où le président Vladimir Poutine l'a assuré de son soutien pour mettre un terme à la guerre. (AFP)
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a accusé lundi Washington d'avoir fait échouer leurs pourparlers de paix, à l'occasion d'une visite en Russie où le président Vladimir Poutine l'a assuré de son soutien pour mettre un terme à la guerre. (AFP)
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  • "Les approches américaines ont fait que le précédent cycle de négociations, malgré des progrès, n'a pas atteint ses objectifs en raison d'exigences excessives", a dénoncé Abbas Araghchi à son arrivée à Saint-Pétersbourg
  • Depuis qu'a débuté la guerre au Moyen-Orient fin février, le monde a "compris la véritable puissance de l'Iran" et "il est devenu évident que la République islamique est un système stable, robuste et puissant"

SAINT-PETERSBOURG: Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a accusé lundi Washington d'avoir fait échouer leurs pourparlers de paix, à l'occasion d'une visite en Russie où le président Vladimir Poutine l'a assuré de son soutien pour mettre un terme à la guerre.

Les tentatives de relance des discussions sur le cessez-le-feu et la réouverture à la navigation du détroit d'Ormuz - ébauchées début avril à Islamabad - ont jusqu'ici échoué face à la fermeté affichée par Washington et Téhéran.

"Les approches américaines ont fait que le précédent cycle de négociations, malgré des progrès, n'a pas atteint ses objectifs en raison d'exigences excessives", a dénoncé Abbas Araghchi à son arrivée à Saint-Pétersbourg (nord-ouest).

Depuis qu'a débuté la guerre au Moyen-Orient fin février, le monde a "compris la véritable puissance de l'Iran" et "il est devenu évident que la République islamique est un système stable, robuste et puissant", a-t-il affirmé au président Poutine, selon la télévision d'État russe.

Bientôt trois semaines après le cessez-le-feu obtenu au terme de 40 jours d'hostilités entre l'Iran et Israël allié aux États-Unis, Moscou reste l'un des principaux soutiens de la République islamique.

La Russie fera "tout" pour que "la paix puisse être obtenue le plus rapidement possible", a assuré le président Poutine, cité par les médias d'État russes.

Il a affirmé que Moscou avait l'intention de "continuer sa relation stratégique" avec Téhéran, saluant la "bravoure" et l'"héroïsme" du peuple iranien se battant pour "son indépendance".

Côté américain, le président Donald Trump va tenir lundi une réunion de crise, d'après des médias locaux.

Selon un article du site Axios, l'Iran a transmis une nouvelle proposition visant à rouvrir le détroit d'Ormuz et mettre fin à la guerre, et, à une date ultérieure seulement, négocier sur le dossier nucléaire. Un article qu'a relayé l'agence officielle Irna sur Telegram.

D'après l'agence iranienne Fars, Téhéran a envoyé via le Pakistan des "messages écrits" à Washington sur ses "lignes rouges" concernant son programme nucléaire et le détroit d'Ormuz.

"Effrayant" 

A défaut de rencontrer des émissaires américains, Abbas Araghchi est en tournée diplomatique. Entre deux escales au Pakistan, il s'est entretenu dimanche à Oman avec le sultan Haitham ben Tariq.

"En tant que seuls États riverains d'Ormuz, nous nous sommes focalisés sur les moyens d'assurer un transit sûr, dans l'intérêt de tous nos chers voisins et du monde entier", a écrit M. Araghchi sur X après cette rencontre.

Un projet de loi iranien prévoit que le stratégique détroit soit placé sous l'autorité des forces armées iraniennes, a rapporté Ebrahim Azizi, président de la commission du Parlement sur la sécurité nationale.

Selon ce texte, les navires israéliens auraient interdiction d'y transiter et des droits de passage devraient être acquittés en rials iraniens.

Le chef de l'agence maritime de l'ONU, Arsenio Dominguez, a réaffirmé lundi qu'il n'existait "aucune base légale" pour une telle mesure "sur les détroits utilisés pour la navigation internationale".

Avant la guerre, 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux passait par le détroit, aujourd'hui soumis à un double blocus des belligérants, avec de lourdes conséquences sur l'économie mondiale.

A Téhéran, "la situation est devenue effrayante", témoigne Farshad, un chef d'entreprise de 41 ans.

"Les gens sont choqués de ne pas avoir d'argent pour acheter quoi que ce soit ou pour manger", dit-il à l'AFP. "Mes amis demandent des prêts autour d'eux juste pour s'en sortir".

Une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU sur la sécurité maritime doit avoir lieu lundi soir à New York.

"Cycle d'instabilité" 

Sur le front libanais, l'armée israélienne a dit frapper des positions du Hezbollah pro-iranien dans l'est du pays.

Des frappes dans le sud dimanche avaient fait 14 morts, dont deux enfants, bilan quotidien le plus lourd depuis l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu il y a dix jours.

Le chef du mouvement chiite, Naïm Qassem, a réaffirmé son refus des négociations directes prévues entre Beyrouth et Israël, estimant qu'elles risquaient d'entraîner le Liban dans un "cycle d'instabilité".

"La trahison est d'entraîner le pays dans une guerre au profit d'intérêts étrangers", a rétorqué le président libanais Joseph Aoun, promettant qu'il refuserait tout accord "humiliant" avec Israël.

De son côté, le ministre israélien de la Défense Israël Katz a affirmé lundi que le chef du Hezbollah "joue avec le feu", ce qui va "brûler le Liban".

Israël et le Hezbollah s'accusent mutuellement de violer la trêve, dont Donald Trump avait annoncé jeudi la prolongation pour trois semaines.

Les autorités libanaises ont recensé au moins 36 morts dans des opérations israéliennes depuis l'entrée en vigueur de la trêve le 17 avril.

Plus de 2.500 personnes ont été tuées au Liban depuis que le Hezbollah a relancé les hostilités le 2 mars, ainsi que 16 soldats israéliens, selon des sources officielles de chaque côté.

 


Trump s'est réuni avec ses conseillers de sécurité sur une proposition iranienne

Interviewé lundi par Fox News, le secrétaire d'Etat Marco Rubio a, lui, déclaré que les propositions iraniennes sur le détroit d'Ormuz ne répondaient pas aux demandes américaines. (AFP)
Interviewé lundi par Fox News, le secrétaire d'Etat Marco Rubio a, lui, déclaré que les propositions iraniennes sur le détroit d'Ormuz ne répondaient pas aux demandes américaines. (AFP)
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  • Selon le site Axios, l'Iran a transmis aux Etats-Unis une nouvelle proposition visant à rouvrir le détroit d'Ormuz et mettre fin à la guerre, et, à une date ultérieure seulement, négocier sur le dossier nucléaire
  • "Je peux confirmer que le président a rencontré son équipe de sécurité nationale ce (lundi) matin" et "la proposition (iranienne) a été discutée", a déclaré la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt

WASHINGTON: Donald Trump a tenu lundi une réunion sur l'Iran où une proposition iranienne a été discutée, a confirmé la Maison Blanche, tandis que les négociations piétinent sur le cessez-le-feu et la réouverture à la navigation du détroit d'Ormuz.

Selon le site Axios, l'Iran a transmis aux Etats-Unis une nouvelle proposition visant à rouvrir le détroit d'Ormuz et mettre fin à la guerre, et, à une date ultérieure seulement, négocier sur le dossier nucléaire.

"Je peux confirmer que le président a rencontré son équipe de sécurité nationale ce (lundi) matin" et "la proposition (iranienne) a été discutée", a déclaré la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt, confirmant ces informations de presse.

"Les lignes rouges du président concernant l'Iran ont été très clairement établies", a-t-elle ajouté lors d'un point presse.

Interviewé lundi par Fox News, le secrétaire d'Etat Marco Rubio a, lui, déclaré que les propositions iraniennes sur le détroit d'Ormuz ne répondaient pas aux demandes américaines.

"Si ce qu'ils (les autorités iraniennes) entendent par +ouvrir le détroit+, c'est: oui, le détroit est ouvert à condition que vous vous coordonniez avec l'Iran, que vous obteniez notre autorisation, sinon nous vous ferons sauter et vous devrez nous payer, alors ce n'est pas ouvrir le détroit", a-t-il affirmé.

"Ils ne peuvent pas normaliser – et nous ne pouvons pas tolérer qu'ils tentent de normaliser – un système dans lequel les Iraniens décident qui a le droit d'utiliser une voie navigable internationale, et combien vous devez leur payer pour l'utiliser", a ajouté le chef de la diplomatie américaine.

Les tentatives de relance des discussions ébauchées début avril au Pakistan ont pour l'instant échoué face à la fermeté affichée des protagonistes.

Le président russe Vladimir Poutine a rencontré lundi le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, qui poursuit un ballet diplomatique destiné à recueillir des soutiens face à la guerre lancée par Washington et Israël, après un rendez-vous manqué entre responsables américains et iraniens à Islamabad.