En Afghanistan comme en Irak, l'Occident n'avait pas de choix faciles, après le 11 septembre

Deux soldats américains inspectent les dégâts après qu'une petite charge explosive ait été utilisée pour faire sauter la porte d'un magasin dans le quartier industriel de Samarra, le 17 décembre 2003. (Photo, AFP/Archives)
Deux soldats américains inspectent les dégâts après qu'une petite charge explosive ait été utilisée pour faire sauter la porte d'un magasin dans le quartier industriel de Samarra, le 17 décembre 2003. (Photo, AFP/Archives)
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Publié le Dimanche 12 septembre 2021

En Afghanistan comme en Irak, l'Occident n'avait pas de choix faciles, après le 11 septembre

  • Après des échecs dans les deux pays, bannir des objectifs politiques aussi grandioses que «l'édification de la nation» pourrait s'avérer sage
  • Installer des gouvernements, organiser des élections et soutenir les économies ont créé des démocraties inefficaces

MISSOURI, États-Unis : La guerre mondiale contre le terrorisme lancée par l'administration du président américain George W. Bush a commencé en Afghanistan en 2001, peu après le 11 septembre, et s'est étendue à l'Irak deux ans plus tard.

Les régimes respectifs des talibans et de Saddam Hussein ont été renversés, l'autonomie de la région kurde d'Irak a été légalement reconnue et, pendant un bref moment, Afghans et Irakiens ont bénéficié de libertés inédites. Mais aucun des deux pays ne finira par être sauvé. 

Alors que les Américains se sont finalement retirés d'Afghanistan le mois dernier, le monde a vu les talibans reprendre le pays beaucoup plus rapidement que la plupart des gens n'auraient pu l'imaginer. Pendant ce temps-là, l'Irak ressemble de plus en plus à une terre oubliée et brisée, un terrain de jeu pour les milices soutenues par l'Iran.

On pourrait conclure que les guerres en Afghanistan et en Irak n'étaient rien de plus qu'un gaspillage colossal de sang et d’argent. Certains commentateurs à Washington suggèrent maintenant que des expressions telles que «l’édification de la nation» et «nous installerons un nouveau gouvernement» devraient être supprimées du lexique des décideurs américains.

Bannir de tels objectifs politiques grandioses de l'imagination américaine pourrait s'avérer sage, effectivement. Les divisions ethniques et sectaires en Afghanistan et en Irak n'ont jamais été quelque chose que les États-Unis ou d'autres puissances occidentales pourraient «réparer».

L'installation de nouveaux gouvernements, la tenue d'élections et l'injection d'énormes sommes d'argent d'aide en peu de temps ont créé des gouvernements corrompus dans les deux pays, plutôt que des démocraties pleinement opérationnelles.

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Un Irakien passe devant une fresque défigurée du président déchu Saddam Hossein intitulée «Saddam, la gloire des Arabes» à l'entrée de l'ancien camp d'entraînement militaire de Samawa, à 270 km au sud de Bagdad, le 24 février 2004. (Photo, AFP/Archives)

Ces nouvelles démocraties manquaient d'une véritable identité nationale partagée qui remplaçait les loyautés locales, tribales, ethniques et sectaires. Et avec le renversement des régimes précédents, ils ont également perdu toutes les institutions qu'ils auraient pu avoir à gérer eux-mêmes. Débordant d'argent de l'extérieur, ou «argent de l'aide», ils sont rapidement devenus des systèmes patron-client élaborés et très corrompus.

Des groupes traditionnellement dominants qui se sont retrouvés déclassés et même exclus du nouveau système néo-patrimonial corrompu, les Pachtounes en Afghanistan et les Arabes sunnites en Irak, ont mené des insurrections contre les nouveaux États.

Ces insurrections ont rendu l'utilisation productive de l'argent de l'aide, pour construire des écoles, des réseaux électriques et des ponts, par exemple, ou pour soutenir l'agriculture, d'autant plus difficile et incertaine. Les leaders élus ont plutôt utilisé leur temps en fonction pour s'enrichir et enrichir les membres de leurs clans ou leurs sectes.

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Deux soldats américains de la 1re brigade de la 4e division d'infanterie montrent le trou où le dictateur renversé Saddam Hossein a été capturé à Ad Dawr, près de sa ville natale Tikrit, à 180 km au nord de Bagdad, le 15 décembre 2003. (Photo, AFP/Archives)

Alors que les talibans ont finalement pu utiliser la frustration populaire qui en a résulté, ainsi que le terrain très accidenté de l'Afghanistan et la proximité des bailleurs de fonds au Pakistan, pour reprendre le pouvoir 20 ans après leur renversement, les Arabes sunnites en Irak ne dirigeront probablement jamais le pays comme ils l'ont fait auparavant. Étant donné que les chiites et les Kurdes représentent environ 80 % de la population irakienne, c'est apparemment une bonne chose.

À présent, le résultat le plus problématique du changement de régime en Irak est l'influence iranienne accablante dans le pays. Si Daech a représenté la dernière tentative arabe sunnite pour reprendre le pouvoir en Irak, elle a également donné à l'Iran et aux chiites irakiens l'élan nécessaire pour former des milices chiites irresponsables, qui sévit désormais dans les régions arabes du pays.

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Deux soldats américains du 1er bataillon du 22e régiment de la 4e division d'infanterie sécurisent les paramètres lors d'une patrouille à pied dans une rue de la ville natale de l'ancien président irakien Saddam Hossein, Tikrit, à Bagdad, le 27 décembre 2003. (Photo, AFP/Archives)

Tout comme au Liban et au Yémen, d'autres pays désormais, en grande partie, dirigés par les milices chiites qui agissent au nom de l'Iran, l'État irakien ressemble désormais à une coquille creuse, incapable de fournir des services à sa population et dirigé par les partisans d'Ali, équipés d'AK-47 qui dominent les points de contrôle dans tout le pays.

Les Forces de mobilisation populaire à prédominance chiite semblent impossibles à déloger, d'autant plus qu'elles ont obtenu une reconnaissance légale et un salaire de l'État, même si le gouvernement élu d'Irak ne les contrôle pas.

Dans le nord kurde de l'Irak, les deux principales familles dirigeantes ont mieux réussi à mettre en place une administration décente et fonctionnelle. Pourtant, eux aussi s'accrochent à leurs propres forces armées familiales, les Peshmergas, et qui sont responsables d'une bonne partie de la corruption.

Les choses auraient-elles pu être différentes ? Et si les Américains n'étaient pas restés pour occuper l'Afghanistan et l'Irak après avoir renversé les talibans et Saddam ?

Les deux guerres se sont d'abord très bien déroulées pour les forces américaines. En quelques  semaines, et sans pratiquement aucune victime, les Américains ont chassé du pouvoir les talibans ainsi que les Baathistes de Saddam.

Et si, immédiatement après ces victoires rapides, les Américains avaient amené les dirigeants de toutes les communautés concernées à la table des négociations et leur avaient dit : «Nous partons dans deux semaines, arrangez-vous bien entre vous ou nous reviendrons ?».

En Afghanistan, le résultat ne serait probablement pas si différent. Les talibans auraient repris le pouvoir en peu de temps, mais peut-être pas dans le nord où l'Alliance du Nord d'Abdul Rashid Dostum aurait pu faire quelques gains.

Paradoxalement, les talibans contrôlent désormais plus de territoires de l'Afghanistan qu'il y a 20 ans, au moment des attentats du 11 septembre. Au moins dans un scénario de « départ rapide » après les premiers succès de 2001, les États-Unis et leurs alliés n'auraient pas gaspillé autant de vies et autant d'argent dans un effort futile d’«édification de la nation».

En Irak, un départ rapide de la coalition après le renversement de Saddam en 2003 aurait probablement conduit à un résultat tout aussi mauvais. En réaction aux gains kurdes, les Kurdes étaient le groupe irakien le plus organisé et le mieux armé immédiatement après la chute du régime de Saddam, la Turquie aurait probablement envahi l'Irak, tout comme elle l'a fait la Syrie en 2019 et 2020. 

Les menaces contre les chiites irakiens par des extrémistes arabes sunnites et d'anciens baathistes auraient conduit à une intervention iranienne, encore une fois, un peu comme en Syrie, et l'effusion de sang aurait peut-être été pire qu'en 2006 ou 2014. Des décennies de répression baathiste en Irak avaient créé trop de frictions entre les communautés, qu'aucune implication américaine n'aurait pu corriger. 

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Deux soldats américains du 1er bataillon du 22e régiment de la 4e division d'infanterie sécurisent les paramètres lors d'une patrouille à pied dans une rue de la ville natale de l'ancien président irakien Saddam Hossein, Tikrit, à Bagdad, le 27 décembre 2003. (Photo, AFP/Archives)

Sinon, et si après le 11 septembre, les États-Unis n'avaient pas du tout envahi l'Afghanistan ou l'Irak ? Au moins, plus de 7 000 jeunes soldats américains seraient encore en vie aujourd'hui, un grand nombre d'autres n'auraient pas été blessés et le Trésor américain serait en bien meilleur état qu'il ne l'est maintenant.

Certains bombardements intensifs sur les camps d'Al-Qaïda en Afghanistan auraient pu assouvir la soif de justice ou de vengeance des Américains après le 11 septembre, même si cela n'aurait probablement pas suffi à en satisfaire plus d'un. Al-Qaïda aurait pu rester une force beaucoup plus puissante qu'elle ne l'est aujourd'hui.

L'Irak a été un problème plus complexe, car le pays était sur le point de vaincre avec succès les sanctions qui lui ont été imposées dans les années 1990, ainsi que d'autres tentatives occidentales pour vaincre Saddam.

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Des soldats américains contrôlent des hommes irakiens dans la ville de Nassiriyah, dans le sud de l'Irak, le 17 décembre 2003, avant que ces irakiens ne pénètrent dans la base de Talil, afin de déposer une plainte contre l'armée américaine pour les dommages matériels causés par les forces de la coalition lors de leur intervention. (Photo, AFP/Archives)

On pourrait facilement imaginer que Saddam exploite une telle victoire politique de la même manière que Gamal Abdel Nasser a utilisé sa défaite militaire lors de la crise de Suez en 1956. Bien que Abdel Nasser ait perdu la guerre, la victoire politique qu'il a remportée en forçant les Britanniques, les Français et les Israéliens à se retirer a fait de lui un héros dans le monde arabe et au-delà.

Un Saddam revigoré de la même manière aurait pu redémarrer son programme nucléaire et causer des problèmes indicibles à ses voisins du Golfe, à son propre peuple, en massacrant un grand nombre comme il l'a fait auparavant, et encore à la région dans son ensemble.

En fin de compte, même 20 ans de recul ne peuvent offrir une vision parfaite alors que nous regardons les événements qui ont suivi le 11 septembre. Parfois, il n'y a pas de bons choix, seulement des mauvais et des moins mauvais.

Vingt ans d’«édification de la nation» en Afghanistan étaient probablement un mauvais choix. Renverser Saddam et essayer de refaire l'Irak, d'un autre côté, aurait pu être le moins mauvais choix, mais c'est quand même une assez mauvaise option.

 

*David Romano est professeur à l’institut Thomas G. Strong de politique du Moyen-Orient à l'Université d'État du Missouri

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Liban: frappe israélienne à proximité du principal hôpital de Beyrouth

 Israël a frappé dimanche Beyrouth et ses environs, touchant un important hôpital, et soumis sa banlieue sud, bastion du Hezbollah, à un intense pilonnage, tout en menaçant le principal poste-frontière avec la Syrie qui a dû fermer. (AFP)
Israël a frappé dimanche Beyrouth et ses environs, touchant un important hôpital, et soumis sa banlieue sud, bastion du Hezbollah, à un intense pilonnage, tout en menaçant le principal poste-frontière avec la Syrie qui a dû fermer. (AFP)
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  • Une frappe a visé en milieu de journée un quartier populaire au sud de Beyrouth, selon un photographe de l'AFP, faisant au moins cinq morts et 52 blessés d'après un bilan du ministère de la Santé
  • La frappe s'est produite à proximité de l'hôpital Rafic-Hariri, le plus grand établissement médical public du Liban, d'après une source médicale

BEYROUTH: Israël a frappé dimanche Beyrouth et ses environs, touchant un important hôpital, et soumis sa banlieue sud, bastion du Hezbollah, à un intense pilonnage, tout en menaçant le principal poste-frontière avec la Syrie qui a dû fermer.

Une frappe a visé en milieu de journée un quartier populaire au sud de Beyrouth, selon un photographe de l'AFP, faisant au moins cinq morts et 52 blessés d'après un bilan du ministère de la Santé.

La frappe s'est produite à proximité de l'hôpital Rafic-Hariri, le plus grand établissement médical public du Liban, d'après une source médicale.

Une équipe de l'AFP a vu une vingtaine de personnes, certaines en pleurs, devant l'entrée de l'hôpital, alors que des ambulances, sirènes hurlantes, transportaient des blessés.

"Nous avons perdu nos maisons, où pouvons-nous aller?", s'écriait Nancy Hassan, 53 ans, une habitante du quartier visé. "Ma fille qui avait 23 ans a été tuée" lors de la précédente guerre avec Israël, "et aujourd'hui, ses voisines et amies ont été tuées", a-t-elle ajouté.

Deux Soudanais ont été tués, ainsi qu'une adolescente de 15 ans, a indiqué à l'AFP le docteur Zakaria Tawbé, directeur adjoint de l'hôpital, où sont soignés 31 des blessés.

"La frappe a été très violente" et des "malades ont fait des crises de panique", a-t-il raconté, ajoutant que l'établissement n'a subi que des dégâts mineurs.

"Ils ont frappé une zone totalement civile, il y a surtout des migrants, des Soudanais... Les gens étaient chez eux, et ils les ont frappés. C'est ça leurs objectifs militaires?", s'insurgeait Abou Qassem, un habitant du quartier.

Médecins sans Frontières (MSF) a condamné cette frappe sur X, rappelant que "des frappes aussi proches d'un hôpital suscitent la peur et peuvent dissuader les gens de se faire soigner".

"Lorsque des frappes touchent sans avertissement des zones résidentielles densément peuplées, les conséquences sont graves, tant en termes de pertes humaines que de capacité des hôpitaux à faire face", a dénoncé l'ONG.

Stations-service visées 

Une frappe a en outre visé un appartement d'un immeuble d'habitation à Aïn Saadeh, ville à l'est de Beyrouth, faisant trois morts dont deux femmes, selon le ministère libanais de la Santé.

Un responsable local des Forces libanaises, un parti chrétien opposé au Hezbollah pro-iranien, serait mort dans cette frappe, selon l'Agence nationale d'informations (Ani).

Les frappes israéliennes ont fait 1.467 tués et près de 4.500 blessés depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale début mars, et plus d'un million de déplacés.

L'aviation israélienne, qui a survolé la capitale à basse altitude, a également mené huit frappes sur la banlieue sud de Beyrouth, désertée par une grande partie de ses habitants et dont s'élevaient d'épaisses colonnes de fumée.

L'armée israélienne a annoncé avoir lancé des frappes à Beyrouth "sur des centres de commandement du Hezbollah", et a affirmé avoir touché "plus de 15 stations-service" de la compagnie Al-Amana depuis le début de la guerre, qu'il accuse d'être "contrôlée" par la formation pro-iranienne.

Depuis le sud du Liban où Israël poursuit son invasion, le chef d'état major israélien Eyal Zamir a promis d"intensifier" les opérations contre le Hezbollah, selon un communiqué militaire.

Le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars lorsque le Hezbollah a tiré des roquettes sur Israël pour venger l'attaque américano-israélienne qui a tué le guide suprême iranien, Ali Khamenei.

Ces bombardements interviennent alors que le principal poste-frontière reliant le Liban à la Syrie a fermé après des menaces israéliennes de le viser samedi soir. Israël l'avait déjà bombardé en 2024 lors de sa précédente guerre contre le Hezbollah.

Famille décimée 

Dans le sud du pays, où l'aviation israélienne a continué de bombarder, six membres d'une même famille ont été tués dans la localité de Kfar Hatta. Ils n'avaient pas pu évacuer à temps, malgré un avertissement samedi sur ce village à une quarantaine de kilomètres au nord de la frontière.

Cette famille, déjà déplacée d'un village plus au sud et sans moyen de transport, attendait un proche venu les évacuer, selon la Défense civile. Cet homme a également été tué, portant le bilan à sept morts, dont une fillette de quatre ans.

A Toul, toujours dans le sud du Liban, une autre frappe a tué un couple et blessé leurs deux enfants, selon le ministère de la Santé.

Alors que l'armée israélienne progresse dans la zone frontalière du sud, provoquant de larges destructions sur son passage, le président libanais Joseph Aoun a renouvelé son appel à des négociations directes avec Israël pour éviter que le sud du pays ne devienne "un nouveau Gaza".

"Pourquoi ne pas négocier pour arrêter ces tragédies (...) sauver ce qui reste de maisons qui n'ont pas encore été détruites?", a-t-il dit dans un discours.

 


L'Iran attaque et menace Trump de représailles «dévastatrices»

L'Iran lance lundi davantage d'attaques vers Israël et les pays du Golfe, avertissant de représailles "dévastatrices" si Donald Trump met à exécution ses menaces répétées. (AFP)
L'Iran lance lundi davantage d'attaques vers Israël et les pays du Golfe, avertissant de représailles "dévastatrices" si Donald Trump met à exécution ses menaces répétées. (AFP)
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  • L'armée israélienne, de son côté, a annoncé avoir mené une nouvelle série de frappes contre Téhéran
  • Dans la capitale iranienne, c'est une université qui a été ciblée, la frappe endommageant une installation gazière à proximité, privant une partie de la capitale iranienne de gaz, selon la télévision d'Etat (Irib)

TEHERAN: L'Iran lance lundi davantage d'attaques vers Israël et les pays du Golfe, avertissant de représailles "dévastatrices" si Donald Trump met à exécution ses menaces répétées.

Aux premières heures du 38e jour de la guerre du Moyen-Orient, qui a fait des milliers de morts et ébranlé l'économie mondiale, Téhéran a visé avec ses missiles et ses drones Israël, le Koweït et les Emirats arabes unis.

L'armée israélienne, de son côté, a annoncé avoir mené une nouvelle série de frappes contre Téhéran.

Dans la capitale iranienne, c'est une université qui a été ciblée, la frappe endommageant une installation gazière à proximité, privant une partie de la capitale iranienne de gaz, selon la télévision d'Etat (Irib). Selon les médias iraniens, plusieurs attaques ont aussi eu lieu sur des quartiers résidentiels de Téhéran.

"Si les attaques contre des cibles civiles se poursuivent, les prochaines phases de nos opérations offensives et de représailles seront bien plus dévastatrices et étendues", a averti le porte-parole du commandement militaire iranien dans un communiqué.

"Les pertes et dégâts (...) seront décuplés", a-t-il mis en garde.

Le conflit, déclenché le 28 février, ne montre aucun signe de désescalade: les frappes se succèdent jour après jour et les menaces de faire vivre "l'enfer" à l'autre camp également.

"Ouvrez le Putain de Détroit, espèce de tarés, ou vous vivrez en Enfer - VOUS ALLEZ VOIR!", a écrit Donald Trump sur sa plateforme Truth Social, fixant désormais son ultimatum à "mardi 20H00".

Imprévisible dans ses annonces, le président américain a prévu une conférence de presse - un format dont il est peu coutumier - à la Maison Blanche lundi à 13H00 heure de Washington (17H00 GMT).

Donald Trump devrait y revenir sur l'opération de sauvetage en Iran d'un aviateur américain, "gravement blessé" selon lui, alors qu'entre deux menaces il a encore évoqué auprès de médias américains de "bonnes chances" d'un accord avec Téhéran pour cesser les combats.

Le baril à 110 dollars 

Estimant avoir atteint les cibles militaires voulues, le président américain menace de s'en prendre désormais aux infrastructures civiles de l'Iran, ponts et centrales électriques en tête, si l'Iran ne rouvre pas entièrement le passage dans le détroit d'Ormuz, voie maritime cruciale pour l'approvisionnement mondial d'hydrocarbures.

"Toute notre région va brûler parce que vous insistez pour suivre les ordres de (Benjamin) Netanyahu", le Premier ministre israélien, lui a rétorqué le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf.

Une rhétorique guerrière qui a nourri les craintes des investisseurs sur le marché du pétrole, au retour de trois jours de pause pascale.

Tant le prix du baril de Brent que celui de WTI, les deux principales variétés d'or noir, évoluaient lundi autour du seuil symbolique de 110 dollars le baril.

Ces inquiétudes ont à peine été apaisées par la décision de la Russie, l'Arabie saoudite et six autres membres de l'Opep+ d'augmenter de nouveau leurs quotas de production à partir de mai.

Les tensions sur les prix de l'énergie ont des répercussions partout dans le monde. L'Egypte a ainsi imposé un couvre-feu commercial à 21 heures en semaine et 22 heures le week‑end.

"D'habitude, c'est à cette heure‑ci que le travail commence", soupire Ali Haggag, un vendeur devant sa boutique de vêtements soudainement silencieuse. "On a l'impression de revivre la période du Covid", dit-il en évoquant le confinement sanitaire de 2020.

Discussions Oman/Iran 

En parallèle des menaces et des attaques, des efforts diplomatiques se poursuivent: Oman, situé face à l'Iran de l'autre côté du détroit d'Ormuz, a discuté avec Téhéran de sa réouverture, tandis que le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi s'est entretenu par téléphone avec ses homologues pakistanais et égyptien, qui jouent un rôle de médiateur.

Cependant, la perspective d'un accord entre Américains et Iraniens, "du moins dans les conditions actuelles, est quasi inexistante", a estimé sur X Danny Citrinowicz, analyste en sécurité et ancien expert des services de renseignement israéliens, spécialiste de l'Iran.

Au Liban, autre front qui paie un lourd tribut à la guerre, le Hezbollah pro-iranien a revendiqué de nouveaux tirs de roquettes de l'autre côté de la frontière avec Israël.

Dimanche, Israël a poursuivi le pilonnage de la banlieue sud de Beyrouth, considéré comme un bastion du Hezbollah, une frappe à proximité d'un hôpital faisant au moins cinq morts et une autre tuant trois personnes à l'est de la capitale libanaise.

 


Un hôpital endommagé par des frappes israéliennes dans le sud du Liban

De la fumée s’élève du site d’une frappe aérienne israélienne ayant ciblé la périphérie est de la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
De la fumée s’élève du site d’une frappe aérienne israélienne ayant ciblé la périphérie est de la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • Des frappes aériennes israéliennes près de Tyr (sud du Liban) ont endommagé un hôpital, faisant 11 blessés, tout en laissant l’établissement opérationnel malgré d’importants dégâts
  • Les attaques ont également touché des zones civiles (port, habitations), dans un contexte de conflit élargi ayant causé plus de 1.300 morts et environ un million de déplacés

BEYROUTH: Un hôpital de Tyr, importante ville côtière du sud du Liban, a été endommagé par deux frappes aériennes israéliennes qui ont visé des bâtiments à proximité, faisant 11 blessés, dont trois secouristes, a annoncé samedi le ministère de la Santé.

Une série de frappes israéliennes a visé la région samedi. A Al-Houch, une localité de Tyr, deux frappes ont détruit deux bâtiments situés à proximité de l'hôpital italo-libanais, selon un correspondant de l'AFP.

Des vitres ont été brisées et des faux plafonds se sont effondrés alors que des médecins dispensaient des soins, a indiqué la direction de l'hôpital.

Elle a ajouté que l'établissement continuait de fonctionner malgré les dégâts.

L'hôpital "restera ouvert pour assurer les soins médicaux nécessaires", a souligné son directeur, Youssef Jaafar, auprès de l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Un correspondant de l'AFP a vu des débris jonchant les rues, une voiture calcinée et de la fumée s'élever de bâtiments en partie détruits.

Le port de Tyr a lui aussi été ciblé. Une frappe a touché un bateau de tourisme dans lequel une personne dormait, selon le correspondant de l'AFP. Des bateaux de pêche à quai ont également été endommagés, a-t-il constaté.

Quelque 20.000 personnes, dont environ 15.000 déplacés venus des villages voisins, se trouvent encore à Tyr, malgré les ordres d'expulsion israéliens qui ont forcé des dizaines de milliers de personnes à fuir la région, où Israël poursuit ses bombardements et son invasion terrestre.

Le Hezbollah pro-iranien a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en menant une attaque contre Israël, en représailles aux frappes israélo-américaines ayant tué le guide suprême iranien, Ali Khamenei.

La guerre a déjà fait plus de 1.300 morts et un million de déplacés, selon les chiffres officiels.