En Afghanistan comme en Irak, l'Occident n'avait pas de choix faciles, après le 11 septembre

Deux soldats américains inspectent les dégâts après qu'une petite charge explosive ait été utilisée pour faire sauter la porte d'un magasin dans le quartier industriel de Samarra, le 17 décembre 2003. (Photo, AFP/Archives)
Deux soldats américains inspectent les dégâts après qu'une petite charge explosive ait été utilisée pour faire sauter la porte d'un magasin dans le quartier industriel de Samarra, le 17 décembre 2003. (Photo, AFP/Archives)
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Publié le Dimanche 12 septembre 2021

En Afghanistan comme en Irak, l'Occident n'avait pas de choix faciles, après le 11 septembre

  • Après des échecs dans les deux pays, bannir des objectifs politiques aussi grandioses que «l'édification de la nation» pourrait s'avérer sage
  • Installer des gouvernements, organiser des élections et soutenir les économies ont créé des démocraties inefficaces

MISSOURI, États-Unis : La guerre mondiale contre le terrorisme lancée par l'administration du président américain George W. Bush a commencé en Afghanistan en 2001, peu après le 11 septembre, et s'est étendue à l'Irak deux ans plus tard.

Les régimes respectifs des talibans et de Saddam Hussein ont été renversés, l'autonomie de la région kurde d'Irak a été légalement reconnue et, pendant un bref moment, Afghans et Irakiens ont bénéficié de libertés inédites. Mais aucun des deux pays ne finira par être sauvé. 

Alors que les Américains se sont finalement retirés d'Afghanistan le mois dernier, le monde a vu les talibans reprendre le pays beaucoup plus rapidement que la plupart des gens n'auraient pu l'imaginer. Pendant ce temps-là, l'Irak ressemble de plus en plus à une terre oubliée et brisée, un terrain de jeu pour les milices soutenues par l'Iran.

On pourrait conclure que les guerres en Afghanistan et en Irak n'étaient rien de plus qu'un gaspillage colossal de sang et d’argent. Certains commentateurs à Washington suggèrent maintenant que des expressions telles que «l’édification de la nation» et «nous installerons un nouveau gouvernement» devraient être supprimées du lexique des décideurs américains.

Bannir de tels objectifs politiques grandioses de l'imagination américaine pourrait s'avérer sage, effectivement. Les divisions ethniques et sectaires en Afghanistan et en Irak n'ont jamais été quelque chose que les États-Unis ou d'autres puissances occidentales pourraient «réparer».

L'installation de nouveaux gouvernements, la tenue d'élections et l'injection d'énormes sommes d'argent d'aide en peu de temps ont créé des gouvernements corrompus dans les deux pays, plutôt que des démocraties pleinement opérationnelles.

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Un Irakien passe devant une fresque défigurée du président déchu Saddam Hossein intitulée «Saddam, la gloire des Arabes» à l'entrée de l'ancien camp d'entraînement militaire de Samawa, à 270 km au sud de Bagdad, le 24 février 2004. (Photo, AFP/Archives)

Ces nouvelles démocraties manquaient d'une véritable identité nationale partagée qui remplaçait les loyautés locales, tribales, ethniques et sectaires. Et avec le renversement des régimes précédents, ils ont également perdu toutes les institutions qu'ils auraient pu avoir à gérer eux-mêmes. Débordant d'argent de l'extérieur, ou «argent de l'aide», ils sont rapidement devenus des systèmes patron-client élaborés et très corrompus.

Des groupes traditionnellement dominants qui se sont retrouvés déclassés et même exclus du nouveau système néo-patrimonial corrompu, les Pachtounes en Afghanistan et les Arabes sunnites en Irak, ont mené des insurrections contre les nouveaux États.

Ces insurrections ont rendu l'utilisation productive de l'argent de l'aide, pour construire des écoles, des réseaux électriques et des ponts, par exemple, ou pour soutenir l'agriculture, d'autant plus difficile et incertaine. Les leaders élus ont plutôt utilisé leur temps en fonction pour s'enrichir et enrichir les membres de leurs clans ou leurs sectes.

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Deux soldats américains de la 1re brigade de la 4e division d'infanterie montrent le trou où le dictateur renversé Saddam Hossein a été capturé à Ad Dawr, près de sa ville natale Tikrit, à 180 km au nord de Bagdad, le 15 décembre 2003. (Photo, AFP/Archives)

Alors que les talibans ont finalement pu utiliser la frustration populaire qui en a résulté, ainsi que le terrain très accidenté de l'Afghanistan et la proximité des bailleurs de fonds au Pakistan, pour reprendre le pouvoir 20 ans après leur renversement, les Arabes sunnites en Irak ne dirigeront probablement jamais le pays comme ils l'ont fait auparavant. Étant donné que les chiites et les Kurdes représentent environ 80 % de la population irakienne, c'est apparemment une bonne chose.

À présent, le résultat le plus problématique du changement de régime en Irak est l'influence iranienne accablante dans le pays. Si Daech a représenté la dernière tentative arabe sunnite pour reprendre le pouvoir en Irak, elle a également donné à l'Iran et aux chiites irakiens l'élan nécessaire pour former des milices chiites irresponsables, qui sévit désormais dans les régions arabes du pays.

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Deux soldats américains du 1er bataillon du 22e régiment de la 4e division d'infanterie sécurisent les paramètres lors d'une patrouille à pied dans une rue de la ville natale de l'ancien président irakien Saddam Hossein, Tikrit, à Bagdad, le 27 décembre 2003. (Photo, AFP/Archives)

Tout comme au Liban et au Yémen, d'autres pays désormais, en grande partie, dirigés par les milices chiites qui agissent au nom de l'Iran, l'État irakien ressemble désormais à une coquille creuse, incapable de fournir des services à sa population et dirigé par les partisans d'Ali, équipés d'AK-47 qui dominent les points de contrôle dans tout le pays.

Les Forces de mobilisation populaire à prédominance chiite semblent impossibles à déloger, d'autant plus qu'elles ont obtenu une reconnaissance légale et un salaire de l'État, même si le gouvernement élu d'Irak ne les contrôle pas.

Dans le nord kurde de l'Irak, les deux principales familles dirigeantes ont mieux réussi à mettre en place une administration décente et fonctionnelle. Pourtant, eux aussi s'accrochent à leurs propres forces armées familiales, les Peshmergas, et qui sont responsables d'une bonne partie de la corruption.

Les choses auraient-elles pu être différentes ? Et si les Américains n'étaient pas restés pour occuper l'Afghanistan et l'Irak après avoir renversé les talibans et Saddam ?

Les deux guerres se sont d'abord très bien déroulées pour les forces américaines. En quelques  semaines, et sans pratiquement aucune victime, les Américains ont chassé du pouvoir les talibans ainsi que les Baathistes de Saddam.

Et si, immédiatement après ces victoires rapides, les Américains avaient amené les dirigeants de toutes les communautés concernées à la table des négociations et leur avaient dit : «Nous partons dans deux semaines, arrangez-vous bien entre vous ou nous reviendrons ?».

En Afghanistan, le résultat ne serait probablement pas si différent. Les talibans auraient repris le pouvoir en peu de temps, mais peut-être pas dans le nord où l'Alliance du Nord d'Abdul Rashid Dostum aurait pu faire quelques gains.

Paradoxalement, les talibans contrôlent désormais plus de territoires de l'Afghanistan qu'il y a 20 ans, au moment des attentats du 11 septembre. Au moins dans un scénario de « départ rapide » après les premiers succès de 2001, les États-Unis et leurs alliés n'auraient pas gaspillé autant de vies et autant d'argent dans un effort futile d’«édification de la nation».

En Irak, un départ rapide de la coalition après le renversement de Saddam en 2003 aurait probablement conduit à un résultat tout aussi mauvais. En réaction aux gains kurdes, les Kurdes étaient le groupe irakien le plus organisé et le mieux armé immédiatement après la chute du régime de Saddam, la Turquie aurait probablement envahi l'Irak, tout comme elle l'a fait la Syrie en 2019 et 2020. 

Les menaces contre les chiites irakiens par des extrémistes arabes sunnites et d'anciens baathistes auraient conduit à une intervention iranienne, encore une fois, un peu comme en Syrie, et l'effusion de sang aurait peut-être été pire qu'en 2006 ou 2014. Des décennies de répression baathiste en Irak avaient créé trop de frictions entre les communautés, qu'aucune implication américaine n'aurait pu corriger. 

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Deux soldats américains du 1er bataillon du 22e régiment de la 4e division d'infanterie sécurisent les paramètres lors d'une patrouille à pied dans une rue de la ville natale de l'ancien président irakien Saddam Hossein, Tikrit, à Bagdad, le 27 décembre 2003. (Photo, AFP/Archives)

Sinon, et si après le 11 septembre, les États-Unis n'avaient pas du tout envahi l'Afghanistan ou l'Irak ? Au moins, plus de 7 000 jeunes soldats américains seraient encore en vie aujourd'hui, un grand nombre d'autres n'auraient pas été blessés et le Trésor américain serait en bien meilleur état qu'il ne l'est maintenant.

Certains bombardements intensifs sur les camps d'Al-Qaïda en Afghanistan auraient pu assouvir la soif de justice ou de vengeance des Américains après le 11 septembre, même si cela n'aurait probablement pas suffi à en satisfaire plus d'un. Al-Qaïda aurait pu rester une force beaucoup plus puissante qu'elle ne l'est aujourd'hui.

L'Irak a été un problème plus complexe, car le pays était sur le point de vaincre avec succès les sanctions qui lui ont été imposées dans les années 1990, ainsi que d'autres tentatives occidentales pour vaincre Saddam.

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Des soldats américains contrôlent des hommes irakiens dans la ville de Nassiriyah, dans le sud de l'Irak, le 17 décembre 2003, avant que ces irakiens ne pénètrent dans la base de Talil, afin de déposer une plainte contre l'armée américaine pour les dommages matériels causés par les forces de la coalition lors de leur intervention. (Photo, AFP/Archives)

On pourrait facilement imaginer que Saddam exploite une telle victoire politique de la même manière que Gamal Abdel Nasser a utilisé sa défaite militaire lors de la crise de Suez en 1956. Bien que Abdel Nasser ait perdu la guerre, la victoire politique qu'il a remportée en forçant les Britanniques, les Français et les Israéliens à se retirer a fait de lui un héros dans le monde arabe et au-delà.

Un Saddam revigoré de la même manière aurait pu redémarrer son programme nucléaire et causer des problèmes indicibles à ses voisins du Golfe, à son propre peuple, en massacrant un grand nombre comme il l'a fait auparavant, et encore à la région dans son ensemble.

En fin de compte, même 20 ans de recul ne peuvent offrir une vision parfaite alors que nous regardons les événements qui ont suivi le 11 septembre. Parfois, il n'y a pas de bons choix, seulement des mauvais et des moins mauvais.

Vingt ans d’«édification de la nation» en Afghanistan étaient probablement un mauvais choix. Renverser Saddam et essayer de refaire l'Irak, d'un autre côté, aurait pu être le moins mauvais choix, mais c'est quand même une assez mauvaise option.

 

*David Romano est professeur à l’institut Thomas G. Strong de politique du Moyen-Orient à l'Université d'État du Missouri

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


De Riyad à Paris : pourquoi les Saoudiens reviennent toujours en France

Paris reste une destination attractive pour les touristes saoudiens, les amateurs de gastronomie et les passionnés de culture. (Shutterbox)
Paris reste une destination attractive pour les touristes saoudiens, les amateurs de gastronomie et les passionnés de culture. (Shutterbox)
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  • Pour les voyageurs saoudiens, la France offre bien plus que ses monuments, avec une culture, une histoire et une gastronomie qui laissent une impression durable
  • Des lunes de miel aux carrières dans la pâtisserie, en passant par des années d’études à Paris, les visiteurs racontent des expériences qui continuent de les attirer en France

RIYAD : Le secteur touristique français a franchi une étape remarquable en 2025, en accueillant 102 millions de visiteurs internationaux et en confortant sa position de destination la plus visitée au monde.

Pour de nombreux voyageurs saoudiens, la France n’est pas simplement une destination incontournable : c’est une expérience enrichissante, façonnée par les rencontres avec sa culture, son histoire, sa gastronomie, son art et sa vie intellectuelle.

Les deux pays sont de plus en plus connectés grâce à des liaisons aériennes directes. Saudia assure des vols directs entre Paris et Riyad ainsi qu’entre Paris et Djeddah. Dans le même temps, Air France a lancé sa liaison directe Paris-Riyad à l’été 2025, élargissant les possibilités de voyage entre les deux capitales.

Pour les visiteurs saoudiens, ces liaisons ouvrent la porte aux attractions emblématiques, mais surtout à une ville qui peut se découvrir à travers sa culture, son histoire, ses musées, sa gastronomie et la vie quotidienne.

Marwan Alrasheed, traducteur et consultant culturel, s’est rendu en France à l’automne 2025, animé précisément par cette curiosité.

« Je suis venu découvrir la richesse culturelle de Paris, qu’elle soit artistique, historique, philosophique ou culinaire », a-t-il déclaré à Arab News, décrivant Paris comme occupant « une place prépondérante dans l’histoire de la culture humaine ».

Alrasheed a séjourné pendant dix jours dans le Quartier latin, près de la Sorbonne, l’un des quartiers les plus étroitement associés à l’histoire intellectuelle de la ville.

Son itinéraire, riche et varié, reflétait ces centres d’intérêt. Il s’est notamment rendu aux Deux Magots, le célèbre café associé à des écrivains, artistes et philosophes tels que Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre et Albert Camus.

Il a également exploré le Louvre, où il a admiré la Joconde de Léonard de Vinci et la Victoire de Samothrace.

Alrasheed s’est aussi arrêté à Shakespeare and Company, la librairie anglophone de la rive gauche associée à plusieurs générations d’écrivains, qualifiant son voyage d’« hors du commun et instructif ».

La gastronomie a constitué une autre manière de découvrir la ville.

Passionné d’histoire, Alrasheed a participé à une visite consacrée aux boulangeries historiques parisiennes, explorant l’univers culinaire de la capitale parallèlement à ses visites de musées et de lieux littéraires.

Pris dans leur ensemble, ces expériences ont durablement marqué sa perception de Paris et lui ont donné toutes les raisons d’y revenir. « La gastronomie, la culture, l’art et l’histoire vous invitent tous à revenir », a-t-il déclaré.

Pour Dania Halawani, originaire de Djeddah, la France a offert un autre type de lien personnel. Sa première visite a eu lieu pendant sa lune de miel, lorsqu’elle a passé une semaine à voyager entre Paris, Versailles et Marseille.

« En plus d’être d’une beauté à couper le souffle et incroyablement riche en culture à chaque coin de rue, c’est un pays absolument romantique », a-t-elle déclaré à Arab News.

Versailles a été l’un des temps forts du voyage. « Nous avons parcouru le palais et nous avions l’impression de revivre son histoire et de la respirer », a-t-elle raconté.

Le séjour lui a également permis de se familiariser davantage avec la langue française, l’anglais ne lui permettant pas toujours de communiquer, et elle a commencé à apprendre des mots et des expressions au fil de son voyage.

Pour d’autres visiteurs saoudiens, la France a été une source d’inspiration professionnelle.

Les voyages répétés à Paris de la cheffe pâtissière saoudienne Al-Batoul Al-Maddah l’ont aidée à transformer son intérêt pour la pâtisserie en véritable carrière.

« Je voyageais à Paris à chaque vacances et je découvrais de nouvelles pâtisseries et de nouvelles saveurs, car la pâtisserie ressemble à la mode : tout est question de nouvelles tendances », a-t-elle déclaré à Arab News.

Elle a ensuite choisi d’étudier à Paris, attirée par la culture culinaire de la ville et la créativité de sa scène pâtissière.

« Ma vie étudiante à Paris a été remarquable et j’ai eu la chance d’en apprendre davantage sur ce que j’aime vraiment », a-t-elle déclaré.

Pour Hadeel Al-Nufaiey, l’expérience est allée encore plus loin. Elle a vécu cinq ans à Paris pendant ses études à l’université Paris Descartes, décrivant cette période comme une expérience culturelle, éducative et sociale déterminante.

La vie à Paris l’a amenée à participer à des conversations sur l’Arabie saoudite avec des personnes qui connaissaient peu le Royaume.

Elle a expliqué qu’elle se retrouvait souvent à présenter la société et la culture saoudiennes à des personnes dont la perception était largement façonnée par la couverture médiatique.

« J’ai essayé de contribuer au changement autant que possible et j’espère avoir représenté l’Arabie saoudite de la meilleure manière », a-t-elle déclaré.

À son retour à Riyad, la France était également devenue une partie de sa vie familiale : ses deux jeunes enfants parlent couramment français.

Cafés philosophiques, bibliothèques historiques, pâtisseries et bien d’autres découvertes sont autant d’expériences que les voyageurs saoudiens rapportent de France. Ce qui les relie souvent, c’est le sentiment que le pays offre bien plus qu’une simple liste d’attractions incontournables : il offre la possibilité de découvrir des idées, des goûts et des traditions qui continuent de façonner leurs souvenirs longtemps après la fin du voyage. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Retour sur plus de 100 ans de relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite et la France

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (à droite) accueillant le président français Emmanuel Macron (à gauche) dans la ville côtière de Djeddah, sur la mer Rouge, en Arabie saoudite, le 4 décembre 2021. (Archives/AFP)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (à droite) accueillant le président français Emmanuel Macron (à gauche) dans la ville côtière de Djeddah, sur la mer Rouge, en Arabie saoudite, le 4 décembre 2021. (Archives/AFP)
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  • Un siècle de relations officielles a transformé les liens bilatéraux en un vaste partenariat stratégique
  • Les échanges diplomatiques ont renforcé la coopération dans les domaines de la défense, du commerce, de la culture, de l’investissement et de la sécurité régionale

RIYAD : L’Arabie saoudite et la France entretiennent et ont renforcé une relation officielle vieille de 100 ans, à travers des partenariats dans les domaines politique, économique, culturel et de la défense, ainsi que de nombreuses visites d’État réciproques.

Les deux pays accordent une grande importance à la diplomatie et à la politique étrangère, partageant l’objectif commun de promouvoir la sécurité et la stabilité régionales.

Pour comprendre l’histoire de leurs relations, il faut remonter au XIXe siècle à Djeddah, qui marque le début des relations politiques entre la France et la péninsule Arabique. Celles-ci se sont concrétisées avec l’établissement du consulat de Djeddah en 1839, premier poste diplomatique français dans la région.

En 1926, les relations diplomatiques complètes ont officiellement débuté lorsque la France est devenue l’un des premiers pays à reconnaître le Royaume du Hedjaz et du Nejd, avant son unification en 1932. De nombreuses visites réciproques ont eu lieu dès les premières années, avec des discussions portant sur les moyens de développer la coopération dans les domaines de la défense, de l’énergie, de l’investissement et de la culture.

Les relations ont suivi une trajectoire stable pendant le mandat de l’ancien ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Abdulaziz Al-Saud. Toutefois, les liens diplomatiques entre les deux pays ont été rompus en 1956. Le roi Saoud a mis fin aux relations diplomatiques officielles en solidarité avec l’Égypte, alors envahie par la France, la Grande-Bretagne et Israël. Il a également rompu les relations avec le Royaume-Uni et suspendu les livraisons de pétrole aux deux pays.

Il a fallu six ans pour rétablir les canaux diplomatiques officiels entre Riyad, Paris et Londres. En 1963, l’Arabie saoudite et la France ont commencé à renforcer leur relation avec la signature d’un accord de coopération culturelle et technique.

Cette initiative émanait du prince Faisal, devenu roi par la suite, dans le cadre de ses efforts visant à diversifier les partenariats internationaux de l’Arabie saoudite au-delà des États-Unis et du Royaume-Uni. En conséquence, l’École française internationale a ouvert ses portes à Djeddah en 1966, devenant la première d’une série d’écoles françaises à travers le Royaume.

Les relations saoudo-françaises sont entrées dans une nouvelle phase après la visite du roi Faisal bin Abdulaziz en France en 1967 et sa rencontre avec le président français de l’époque, Charles de Gaulle. Cette visite historique a élargi la coopération bilatérale dans de nombreux secteurs afin de faire progresser les intérêts communs des deux pays.

La visite coïncidait avec la guerre des Six Jours, menée du 5 au 10 juin entre Israël et une coalition de pays arabes. L’Arabie saoudite a maintenu une position ferme en faveur de la Palestine, tandis que la France a publiquement condamné les offensives israéliennes et gelé ses livraisons d’armes à Israël.

Cette évolution a renforcé les relations saoudo-françaises, tandis que les discussions entre le roi Faisal et le président de Gaulle ont servi de catalyseur à un fort rapprochement stratégique.

En janvier 1972, l’Arabie saoudite et la France ont approfondi leur coopération en matière de défense avec la signature d’un accord historique d’assistance militaire. Cet accord a permis au Royaume de diversifier son arsenal et a constitué une étape majeure des relations bilatérales, faisant de la France l’un des principaux fournisseurs d’équipements militaires de l’Arabie saoudite.

Pendant la guerre israélo-arabe de 1973, le roi Faisal a effectué une visite d’État en France, où il a été reçu à Paris par le président Georges Pompidou. Leurs discussions de haut niveau ont porté sur les acquisitions militaires, notamment les avions Mirage français, ainsi que sur l’approvisionnement à long terme de la France en pétrole saoudien destiné à alimenter son industrie.

En janvier 1977, les relations entre les deux pays ont franchi une nouvelle étape majeure lorsque Valéry Giscard d’Estaing est devenu le premier président français à effectuer une visite officielle en Arabie saoudite.

Ce qui a véritablement eu un impact mondial et amplifié le poids géopolitique croissant du Royaume sur la scène internationale n’a pas été la visite elle-même, mais le discours historique du président français, dans lequel il a salué l’Arabie saoudite comme une puissance mondiale.

Le 4 juin 1977, la coopération économique saoudo-française a franchi une nouvelle étape lorsque le roi Khalid bin Abdulaziz Al-Saud a publié un décret royal établissant Banque Saudi Fransi en 2002 en tant que société par actions saoudienne.

La nouvelle entité a repris les activités du groupe bancaire français Banque de l’Indochine et de Suez dans le Royaume. Cette opération a donné naissance à une coentreprise dans laquelle les actionnaires saoudiens détenaient la majorité du capital, tandis que l’institution française conservait une participation minoritaire ainsi que le contrôle de la gestion technique.

Une autre étape importante des relations bilatérales a été franchie en 1978, lorsque le roi Khalid s’est rendu à Paris pour sa première visite d’État en France, élargissant les échanges dans les domaines de la sécurité et de la culture.

Au cours des années suivantes, l’élan diplomatique de haut niveau s’est poursuivi avec de fréquentes visites d’État réciproques.

Le président Giscard d’Estaing s’est de nouveau rendu à Riyad en mars 1980, suivi par le président nouvellement élu François Mitterrand en septembre 1981, pour sa première visite officielle hors d’Europe. En 1984, le roi Fahd Abdulaziz Al-Saud a effectué sa première visite d’État en France en tant que souverain de l’Arabie saoudite.

Au cours des six dernières décennies, les deux pays ont continuellement approfondi leur collaboration culturelle, qui s’est étendue à des projets communs dans le développement des musées, l’industrie cinématographique et la préservation du patrimoine.

En avril 1997, le prince Salman bin Abdulaziz, alors gouverneur de la province de Riyad et futur roi d’Arabie saoudite, a rencontré à Paris le président français de l’époque, Jacques Chirac, pour signer une charte de coopération et d’amitié entre les deux capitales.

L’accord a facilité le partage de connaissances entre les autorités municipales de Riyad et de Paris afin de faire progresser la planification urbaine et le développement des infrastructures. Il a également établi une plateforme officielle pour les échanges culturels et patrimoniaux.

Le Conseil d’affaires saoudo-français a été créé quelques années plus tard, en 2001, faisant progressivement évoluer le cadre économique bilatéral vers des partenariats directs entre acteurs du secteur privé. Le conseil a réuni dirigeants d’entreprise et investisseurs des deux pays afin de favoriser les coentreprises.

En avril 2005, le prince héritier Abdullah Al-Saud a effectué une visite officielle à Paris. Ce déplacement a marqué sa dernière grande visite d’État en Europe avant son accession au trône en août de la même année.

En 2006, la France et l’Arabie saoudite ont signé un accord de coopération en matière de défense, actualisant le cadre militaire établi en 1972 entre les deux pays. Peu après, en juin 2007, le roi Abdullah est retourné à Paris pour une visite officielle et a rencontré le président français Nicolas Sarkozy.

L’Arabie saoudite et la France ont davantage développé leur coopération énergétique en janvier 2008, lors d’une visite d’État de deux jours du président Sarkozy, qui a donné lieu à la signature d’accords bilatéraux dans les secteurs du pétrole, du gaz et des mines.

Les liens entre les peuples se sont renforcés en 2010 avec l’ouverture en Arabie saoudite de centres de l’Alliance française, institution officielle dédiée à l’enseignement du français comme langue seconde.

En décembre 2013, le président français François Hollande a rendu visite au roi Abdullah à Riyad. Cette visite de deux jours était consacrée au développement de la coopération commerciale et à la réaffirmation d’un engagement commun en faveur de la sécurité et de la stabilité régionales au Moyen-Orient.

Le 1er septembre 2014, le prince héritier Salman bin Abdulaziz, alors vice-Premier ministre, a effectué une visite officielle de quatre jours en France afin de renforcer la coopération.

Le 5 mai 2015, le président Hollande a rencontré le roi Salman à Riyad et s’est adressé au premier sommet entre le Conseil de coopération du Golfe et la France, s’engageant à « travailler de toutes mes forces pour approfondir cette relation et ce partenariat stratégique, avec vos États membres et avec votre organisation, à tous les niveaux ».

En juin 2015, le vice-prince héritier et ministre de la Défense Mohammed bin Salman a rencontré le président Hollande à Paris, alors que la France et l’Arabie saoudite signaient d’importants accords commerciaux d’une valeur de 12 milliards de dollars.

En novembre 2017, le président français Emmanuel Macron s’est rendu en Arabie saoudite pour rencontrer le prince héritier Mohammed bin Salman, à la suite d’une attaque de missile des Houthis soutenus par l’Iran contre Riyad. Il s’est engagé à « travailler avec l’Arabie saoudite afin de garantir la stabilité de la région et de lutter contre le terrorisme ».

En avril 2018, le prince héritier a effectué sa première visite officielle en France, où il a rencontré le président Macron afin de consolider les liens économiques bilatéraux et de sécuriser des contrats commerciaux entre des entreprises saoudiennes et françaises d’une valeur de 18 milliards de dollars. Lors de cette visite, les deux pays ont également établi un partenariat historique visant à faire d’AlUla une destination de premier plan pour la culture, le patrimoine et le tourisme durable.

La période 2018-2019 a marqué une étape majeure de la coopération saoudo-française autour d’AlUla. Des programmes de formation ont été lancés avec Campus France afin de former des Saoudiens appelés à travailler dans le secteur de l’hospitalité à AlUla. Parallèlement, l’agence française Afalula a été créée à Paris pour soutenir le développement de la région.

En février 2019, le projet touristique d’AlUla a été lancé avec la planification d’un complexe hôtelier de luxe conçu par l’architecte français Jean Nouvel, lauréat du prix Pritzker, dont l’ouverture était alors prévue pour 2023.

Dans le domaine de la coopération culturelle, l’exposition « AlUla : Merveille d’Arabie », organisée à l’Institut du monde arabe à Paris, a mis en lumière les trésors culturels du Royaume en octobre 2019.

En mars 2020, l’Arabie saoudite a accueilli le G20. Le président Emmanuel Macron figurait parmi les dirigeants mondiaux ayant participé à la réunion virtuelle consacrée à la COVID-19.

Une visite d’État historique a eu lieu en décembre 2021, lorsque le président Macron s’est rendu à Djeddah et a rencontré le prince héritier pour signer plusieurs accords stratégiques, culturels et touristiques. Au cours de cette visite, les deux pays ont signé un accord entre le ministre du Tourisme Ahmed Al-Khateeb et le ministre français délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, Franck Riester, afin de renforcer la coopération touristique.

Lors de la signature, le ministre du Tourisme a déclaré : « Je suis heureux que la France soit notre partenaire proche dans le développement de notre activité touristique. Nous avons déjà une longue histoire et une relation solide, et cet accord permettra de renforcer notre coopération dans le domaine du tourisme. »

L’année 2021 a également été marquée par un échange de visites ministérielles et d’État de haut niveau entre l’Arabie saoudite et la France. Le 17 mai, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, a dirigé la délégation du Royaume à la Conférence internationale de soutien au Soudan et participé au Sommet de Paris sur le financement des économies africaines, organisé par le président français.

Les visites du prince héritier et Premier ministre en France en juillet 2022 et en juin 2023, ainsi que la visite du président Macron dans le Royaume en décembre 2021, ont contribué à élargir le champ de coopération entre les deux pays.

Sur le plan commercial, les exportations non pétrolières de l’Arabie saoudite vers la République française ont atteint 1,3 milliard de riyals saoudiens, tandis que les importations se sont élevées à 14,7 milliards de riyals en 2022.

En décembre 2024, le président Macron a effectué une visite d’État en Arabie saoudite. Les deux pays ont convenu de faire progresser trois objectifs prioritaires : le développement national et la défense, la stabilité régionale et mondiale, ainsi que les grandes questions internationales, à commencer par le changement climatique.

En septembre 2025, l’Arabie saoudite et la France ont conjointement soumis à l’Assemblée générale des Nations unies une décision visant à relancer la Conférence internationale de haut niveau sur la solution à deux États et la question palestinienne.

En juillet 2026, Paris est devenue la première ville hôte internationale de l’Esports World Cup en dehors de Riyad, accélérant l’ambition à long terme de la Fondation Esports d’établir une rotation mondiale de l’événement.

Pour l’avenir, les deux pays sont engagés dans un plan d’action conjoint pour la période 2023-2028. Celui-ci met l’accent sur l’intelligence artificielle, la logistique verte et la stimulation du développement dans les secteurs du tourisme, du sport et du divertissement.

Au cours de leurs 100 années de relations bilatérales officielles, la France a considéré le Royaume comme un allié fiable, jouant un rôle essentiel dans la préservation de la paix et de la stabilité dans la région. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le président libanais à Rome jeudi pour évoquer l'avenir de la force de l'ONU

Le président libanais Joseph Aoun a déclaré que le Liban privilégiait une prolongation du mandat de la Finul, une option à laquelle Israël s’oppose. (Archives/Agence de presse libanaise)
Le président libanais Joseph Aoun a déclaré que le Liban privilégiait une prolongation du mandat de la Finul, une option à laquelle Israël s’oppose. (Archives/Agence de presse libanaise)
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  • Le président libanais Joseph Aoun se rendra à Rome pour discuter de l’avenir de la Finul, dont le mandat expire fin 2026
  • Beyrouth privilégie une prolongation de la mission de l’ONU, mais envisage une force internationale alternative avec la France et l’Italie pour éviter un vide sécuritaire

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun se rendra à Rome jeudi pour des discussions sur le futur de la force de maintien de la paix dans son pays, dont le mandat expire fin 2026, a affirmé à l'AFP un responsable libanais.

La visite intervient après que la France et l'Italie, qui fournissent d'importants contingents de militaires à cette Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), ont dit en juin vouloir établir une coalition internationale pour lui succéder.

M. Aoun doit rencontrer son homologue Sergio Mattarella et la Première ministre Giorgia Meloni pour discuter de "l'avenir des forces internationales, notamment à la lumière de l'initiative franco-italienne visant à mettre en place une force pour remplacer la Finul", a indiqué le responsable sous couvert d'anonymat.

Selon lui, le président libanais rencontrera également le pape Léon XIV au Vatican et l'informera "des contacts que le Liban a établis depuis le début des négociations" avec Israël.

Le Liban et Israël ont mené au printemps des pourparlers directs, accueillis à Rome à deux reprises, et ont abouti en juin à la conclusion d’un accord-cadre sous l'égide des Etats-Unis, qui prévoit le désarmement du Hezbollah, un retrait progressif des forces israéliennes du sud du Liban et le déploiement de l'armée libanaise dans la région, en commençant par des "zones pilotes".

Le Liban avait été entraîné début mars dans le conflit entre l'Iran d'une part, Israël et les Etats-Unis d'autre part, lorsque le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à Téhéran, avant de subir une riposte aérienne et terrestre.

M. Aoun a déclaré que le choix privilégié du Liban est une prolongation du mandat de la Finul, à laquelle Israël s'oppose. Le Liban et plusieurs autres pays redoutent un vide sécuritaire si la Finul se retire sans alternative.

Lundi, le président libanais a indiqué que "le second choix consiste à adopter une formule qui garantisse la présence continue des forces internationales dans le sud" du pays, aux côtés de l'armée libanaise "et en coordination avec elle".

Début juin, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait estimé "nécessaire" le maintien d'une présence militaire de l'ONU, proposant trois options allant de près de 2.000 à plus de 5.500 personnels en uniforme.

Le mois dernier, 86 députés libanais ont signé une lettre exhortant le Conseil de sécurité de l'ONU à maintenir les Casques bleus.

La Finul compte actuellement 7.500 Casques bleus, provenant d'une cinquantaine de pays. Présente au Liban depuis 1978, elle n'a pas empêché la résurgence des conflits.

Malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis juin, Israël mène encore des frappes ponctuelles au Liban. Les forces israéliennes ont établi dans le sud du Liban ce qu'elles désignent comme une "zone de sécurité", sur une bande d'environ 10 kilomètres de large, le long de la frontière.