Au procès de Tyler Vilus, une histoire internationale du jihad

Croquis de Tyler Vilus lors de son procès (Capture d’écran, AFP).
Croquis de Tyler Vilus lors de son procès (Capture d’écran, AFP).
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Publié le Mercredi 15 septembre 2021

Au procès de Tyler Vilus, une histoire internationale du jihad

  • Ce «jihadiste intégral» de 31 ans doit répondre de crimes commis entre 2013 et 2015 en Syrie
  • «Aujourd'hui encore, il bénéficie d'une aura qui inspire le respect et la crainte parmi ses frères de la communauté jihadiste francophone»

PARIS: De l'effervescence de la Tunisie post-révolution aux convulsions de la guerre en Syrie, des enquêteurs des services de renseignements ont replacé mardi la trajectoire de Tyler Vilus, jugé en appel, dans le tableau du jihadisme international des années 2010.

A la fois combattant, chef d'escouade, prosélyte en ligne, recruteur et membre de la police de groupe Etat islamique, selon l'accusation, ce "jihadiste intégral" de 31 ans doit répondre de crimes commis entre 2013 et 2015 en Syrie.

En première instance, il a été condamné à trente ans de prison.

Assis hors-champ, deux responsables de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) identifiés sous les matricules "1407SI" et "085SI" ont évoqué par visioconférence le parcours de l'accusé, au deuxième jour de son procès devant la cour d'assises spéciale de Paris.

Dans le box, l'oreille attentive, la main lissant machinalement son long bouc noir, Tyler Vilus secoue parfois la tête pour signifier sa désapprobation.

Tout juste converti à l'islam, le jeune homme de 21 ans part fin 2011 s'installer en Tunisie. Quelques mois plus tôt, la Révolution de jasmin y a renversé la dictature du président Ben Ali, plongeant le pays dans une ère d'incertitudes et d'instabilité.

Profitant du vide laissé par l'affaiblissement de l'Etat et de son appareil sécuritaire, les mouvements salafistes, qui prônent un islam extrémiste, prolifèrent et trouvent un écho dans les quartiers pauvres délaissés. De plus en plus virulents, ses partisans saccagent en septembre 2012 l'ambassade américaine à Tunis.

"L'existence (en Tunisie) d'un véritable écosystème jihadiste va attirer des militants francophones qui vont être à la recherche de conseils opérationnels pour partir faire le jihad", explique "1407SI", chef de la cellule dédiée au "terrorisme sunnite" à la DGSI.

Parmi eux, Tyler Vilus qui, sur place, parachève sa radicalisation et noue des contacts utiles.

Villas de luxe

Mais très vite, le jeune ambitieux est frustré par l'hésitation des mouvements jihadistes tunisiens à prendre franchement les armes. Fin 2012, il effectue un premier séjour en Syrie, ravagée depuis l'année précédente par la guerre civile. "S'il va en Syrie, c'est que c'est pas assez violent en Tunisie", analyse "1407SI".

Au Moyen-Orient, le passage par le "sas" tunisien donne à Tyler Vilus ses lettres de noblesse et lui confère une position de supériorité sur les combattants arrivés directement de France. Dès l'été 2013, il est "émir" à la tête d'une unité de combattants francophones.

Dans ses conversations avec sa mère, le jeune homme d'origine antillaise se plaint souvent de ne plus avoir de temps pour lui, à force de "bosser". "+Bosser+ est une expression qu'il utilise souvent pour signifier qu'il part combattre", décrypte "085SI", la directrice d'enquête du dossier de l'accusé.

Fin 2013-début 2014, Tyler Vilus est membre de l'ultraviolente "brigades des immigrés" de l'EI, une escouade de jihadistes étrangers - français et belges pour une bonne part - qui sévit dans les environs d'Alep. "Des jeunes hilares qui perpètrent des massacres dans une ambiance de film d'horreur", décrit "1407SI".

Les combattants de la brigade occupent des villas luxueuses "dont les propriétaires sont soit expulsés, soit exécutés". Dans la grande résidence occupée par le contingent franco-belge vivent, avec Tyler Vilus, plusieurs futurs protagonistes des attentats du 13-Novembre.

A l'hiver 2014, le groupe d'Abou Bakr Al-Baghdadi doit se replier sur l'est de la Syrie. La "brigade des immigrés" recule jusqu'à Shaddadi, ville proche de la frontière irakienne, où une partie de ses combattants est alors versée dans une autre unité d'élite.

En juillet 2015, quelques mois avant les attentats de Paris, au moment où l'EI envoie clandestinement des combattants en Europe pour y perpétrer des tueries de masse, Tyler Vilus est arrêté à l'aéroport d'Istanbul en voyageant sous un faux nom. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

"Aujourd'hui encore", souligne "085SI", il bénéficie d'une aura qui inspire le respect et la crainte parmi ses frères de la communauté jihadiste francophone."

Verdict attendu le 21 septembre.


Guerre au Moyen-Orient : le porte-avions français Charles de Gaulle est arrivé en Méditerranée

Le porte-avions Charles de Gaulle, envoyé par la France au Moyen-Orient pour protéger ses ressortissants et ses alliés frappés par l'Iran, est entré vendredi en tout début d'après-midi en mer Méditerranée en franchissant le détroit de Gibraltar, a constaté un journaliste de l'AFP. (AFP)
Le porte-avions Charles de Gaulle, envoyé par la France au Moyen-Orient pour protéger ses ressortissants et ses alliés frappés par l'Iran, est entré vendredi en tout début d'après-midi en mer Méditerranée en franchissant le détroit de Gibraltar, a constaté un journaliste de l'AFP. (AFP)
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  • Emmanuel Macron, qui estime que l'offensive américano-israélienne est menée "en dehors du droit international", avait assuré mardi que la France était dans une posture "strictement défensive"
  • Il a annoncé le déploiement d'importants moyens militaires, dont le porte-avions Charles de Gaulle, en Méditerranée orientale car la France doit "prendre des dispositions pour sa sécurité, celle de ses ressortissants et de ses bases"

TARIFA: Le porte-avions Charles de Gaulle, envoyé par la France au Moyen-Orient pour protéger ses ressortissants et ses alliés frappés par l'Iran, est entré vendredi en tout début d'après-midi en mer Méditerranée en franchissant le détroit de Gibraltar, a constaté un journaliste de l'AFP.

Le bâtiment, qui a encore plusieurs jours de trajet devant lui avant d'être sur zone, était déployé dans le nord de l'Europe dans le cadre d'une mission de l'Otan quand le président français Emmanuel Macron a annoncé son envoi au Moyen-Orient.

Emmanuel Macron, qui estime que l'offensive américano-israélienne est menée "en dehors du droit international", avait assuré mardi que la France était dans une posture "strictement défensive".

Il a annoncé le déploiement d'importants moyens militaires, dont le porte-avions Charles de Gaulle, en Méditerranée orientale car la France doit "prendre des dispositions pour sa sécurité, celle de ses ressortissants et de ses bases ainsi que celle de ses alliés dans la région".

La France est notamment liée par des accords de défense avec le Qatar, le Koweït et les Emirats.

 


La France "ne fait pas la guerre" au Moyen-Orient, assure le président Macron

Un écran diffusant l’allocution du président français, le président Emmanuel Macron, sur la guerre en Iran et ses répercussions au Moyen-Orient, depuis le palais de l’Élysée à Paris, le 3 mars 2026. (AFP)
Un écran diffusant l’allocution du président français, le président Emmanuel Macron, sur la guerre en Iran et ses répercussions au Moyen-Orient, depuis le palais de l’Élysée à Paris, le 3 mars 2026. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron affirme que la France ne participe pas à la guerre au Moyen-Orient et n’a pas l’intention de s’y engager militairement
  • Paris renforce toutefois sa présence militaire pour protéger ses ressortissants, ses alliés et sécuriser les voies maritimes, tout en cherchant à jouer un rôle de médiateur entre Israël, les États-Unis et le Liban

PARIS: "On n'est pas au combat": le président français Emmanuel Macron a assuré jeudi soir sur Instagram que la France ne faisait "pas la guerre" au Moyen-Orient et qu'elle n'allait pas s'y "engager".

"Je comprends très bien et j'entends votre inquiétude mais je voulais être très clair", a-t-il dit en réponse à une internaute qui s'inquiétait des répercussions de l'offensive israélo-américaine en Iran.

"La France ne fait pas partie de cette guerre. Nous on n'est pas au combat et on ne va pas s’engager dans cette guerre", a déclaré le chef de l'Etat.

"La France ne fait pas la guerre dans cette région. Elle protège les Françaises et les Français, les alliés et elle est aux côtés du Liban", a-t-il ajouté.

La France, ex-puissance mandataire au Liban, garde un attachement fort avec ce pays, où elle dispose encore de leviers d'action et ambitionne de continuer à jouer un rôle. Le Liban constitue de fait un de ses derniers relais d'influence historiques dans la région.

Le pays a envoyé des renforts militaires au Proche et Moyen-Orient - dont le porte-avions Charles de Gaulle - pour protéger ses ressortissants, ses alliés touchés en représailles par l'Iran, les aider "à intercepter les drones, les missiles", a expliqué Emmanuel Macron.

"De manière tout à fait pacifique on est en train de se mobiliser pour essayer de sécuriser le trafic maritime", a-t-il poursuivi.

Le président a annoncé mardi qu'il cherchait à bâtir une coalition afin de sécuriser les "voies maritimes essentielles à l'économie mondiale" dans la région.

"On essaiera d'être les plus raisonnables et les plus pacifiques possible parce que c’est le rôle de la France", a-t-il ajouté.

Comme lors de la dernière campagne de frappes israéliennes visant à détruire les capacités du Hezbollah en 2024, Emmanuel Macron tente de nouveau de faire office de médiateur entre Israël, les Etats-Unis et le Liban.

Après des échanges mercredi avec Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, puis de nouveau jeudi avec les principaux acteurs libanais, il a annoncé vouloir "établir un plan en vue de mettre un terme aux opérations militaires" du Hezbollah et Israël.


Macron a parlé à Trump et Netanyahu, appelle au respect de l'intégrité territoriale du Liban

Le président français Emmanuel Macron s’exprime lors d’une réunion du Conseil de défense nationale au Palais de l'Élysée à Paris, le 1er mars 2026, à la suite des frappes américaines et israéliennes contre Iran. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron s’exprime lors d’une réunion du Conseil de défense nationale au Palais de l'Élysée à Paris, le 1er mars 2026, à la suite des frappes américaines et israéliennes contre Iran. (AFP)
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  • Emmanuel Macron a appelé Benjamin Netanyahu à préserver l’intégrité territoriale du Liban et à éviter une offensive terrestre, tout en exigeant que le Hezbollah cesse immédiatement ses attaques contre Israël
  • Il a également échangé avec Donald Trump sur la situation régionale, promis une aide humanitaire aux déplacés libanais et réaffirmé le soutien français aux forces armées libanaises

PARIS: Le président français Emmanuel Macron s'est entretenu mercredi avec son homoloque américain Donald Trump et avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qu'il a appelé "à préserver l'intégrité territoriale du Liban et à s'abstenir d'une offensive terrestre".

Dans un message sur X, relatant ses conversations avec Benjamin Netanyahu ainsi qu'avec le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, Emmanuel Macron dit également avoir "réaffirmé la nécessité que le Hezbollah cesse immédiatement ses attaques contre Israël et au-delà".

"Cette stratégie d'escalade constitue une faute majeure qui met en péril l'ensemble de la région", a jugé le chef de l’État français.

Son entourage a fait savoir qu'il avait également échangé avec Donald Trump mercredi soir et avait "alerté" le président américain "sur la situation au Liban à laquelle la France demeure très attentive".

"Le président Trump a contacté le président de la République ce soir pour l'informer de l'état des opérations militaires menées par les États-Unis en Iran", a indiqué l'entourage d'Emmanuel Macron.

À ses interlocuteurs libanais, le président français a promis que "la France prendra des initiatives immédiates pour soutenir les populations libanaises déplacées" face à "l'urgence humanitaire dans le sud du Liban" depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient par Israël et les États-Unis.

Il a assuré que la France poursuivrait également "son soutien aux efforts des Forces armées libanaises, afin qu'elles puissent assumer pleinement leurs missions de souveraineté et mettent un terme à la menace posée par le Hezbollah".

La discussion entre Emmanuel Macron et Benjamin Netanyahu était la première depuis le début de l'été 2025. Leurs relations ont connu une brouille au mois d'août lorsque la France a annoncé son intention de reconnaître l’État de Palestine.

Le chef du gouvernement israélien avait alors accusé Emmanuel Macron "d'alimenter le feu antisémite" en France.

Dans un échange de lettres acerbe, Emmanuel Macron lui avait alors reproché d'"offenser la France toute entière" et l'avait appelé "solennellement" à sortir de sa "fuite en avant meurtrière" dans la guerre à Gaza.

Dans son message sur X, le président français se limite à évoquer la situation au Liban qu'il juge "très préoccupante". Il ne dit pas s'il a discuté avec Benjamin Netanyahu de l'Iran où Israël et les États-Unis ont déclenché depuis dimanche une offensive militaire massive.

L'armée israélienne a indiqué dans un communiqué mercredi avoir déployé "sur plusieurs positions" du sud du Liban des soldats, avec des unités "de l'infanterie, des blindés et du génie".

Le Hezbollah a affirmé de son côté que ses combattants étaient engagés dans des affrontements "directs" avec des soldats israéliens entrés dans la ville libanaise de Khiam, à six kilomètres de la frontière avec Israël

Mardi, lors d'une allocation solennelle, Emmanuel Macron avait dénoncé la "responsabilité première" de l'Iran dans la guerre, notamment à cause de son "programme nucléaire dangereux", mais estimé que les opérations militaires américano-israélienne se déroulaient "en dehors du droit international".