Climat et droits des femmes, priorités du nouveau chef de l'Assemblée générale de l'ONU

Dans sa première interview en tant que président de la 76e session de l'Assemblée, Abdallah Shahid raconte à Arab News sa vision pour son mandat de douze mois. Capture d'écran
Dans sa première interview en tant que président de la 76e session de l'Assemblée, Abdallah Shahid raconte à Arab News sa vision pour son mandat de douze mois. Capture d'écran
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Publié le Samedi 18 septembre 2021

Climat et droits des femmes, priorités du nouveau chef de l'Assemblée générale de l'ONU

  • Dans sa première interview en tant que président de la 76e session de l'Assemblée, Abdallah Shahid raconte à Arab News sa vision pour son mandat de douze mois
  • Il salue également les efforts saoudiens «exceptionnels» pour lutter contre le changement climatique et exhorte les autres pays à suivre l'exemple du Royaume

NEW YORK: Le diplomate maldivien Abdallah Shahid a prêté serment cette semaine en tant que président de la 76e session de l'Assemblée générale des nations unies. Pour sa première interview depuis son entrée en fonction, il s'est entretenu exclusivement avec Arab News et a partagé sa vision de ce qu'il entend être une «présidence de l'espoir».

Arab News a été le premier média à visiter son nouveau bureau, récemment libéré par le précédent occupant, Volkan Bozkir, à la fin de son mandat d'un an.

Nous avons été chaleureusement accueillis non seulement par M. Shahid, mais aussi par de nombreux membres de l'équipe de la mission des Nations unies aux Maldives. Son élection a été saluée comme une grande réussite pour sa petite nation insulaire et une autre étape vers une véritable représentation à l'Organisation des nations unies (ONU).

Abdallah Shahid, ministre des Affaires étrangères de son pays, assume son nouveau rôle à l'ONU à un moment où le monde est embourbé dans les désastres. La pandémie de Covid-19 continue de faire rage dans le monde entier alors que les pays riches accumulent des vaccins. La planète envoie quotidiennement des signaux d'alerte indiquant que nous ne pouvons plus nous permettre d'ignorer les effets dangereux du changement climatique. Les conflits prolongés continuent de chasser des millions de personnes de leurs foyers vers les camps de réfugiés.

À l'heure actuelle, on ne peut s'empêcher de se demander où réside exactement l'espoir et comment le retrouver?

Les Maldives, nation insulaire au cœur de l'océan Indien, sont le pays le plus bas du monde, avec une altitude moyenne de 1,5 mètre. Le point culminant naturel de son territoire n'est que de 5,1 mètres.

«Venant des Maldives, la question du changement climatique est une menace existentielle pour nous», déclare M. Shahid. «Nous vivons chaque jour, jour après jour, avec le risque de nous noyer. Le niveau de la mer monte. Les scientifiques prédisent que nous avons franchi la ligne rouge; 2040 est une date au-delà du point de basculement. Mais aux Maldives, nous survivons avec l'espoir, car nous devons croire au bien commun de l'humanité.»

Le bien commun n'a peut-être jamais été autant pris en compte et discuté que pendant la pandémie, qui a plongé les économies dans la dépression et fait des ravages dans la vie des gens avec la disparition d'êtres chers, la perte d'emplois et les confinements qui créent des difficultés mentales pour beaucoup.

«Mais il y avait une lueur d'espoir dans tout cela: le service désintéressé du personnel de santé, leur sacrifice malgré les dangers évidents pour eux-mêmes», souligne Abdallah Shahid.

«Nous ne devons donc pas perdre espoir en l'humanité. La bonté de l'humanité est là – nous devons nous assurer qu'elle prospère, nous devons la célébrer. Si nous perdons espoir, qu'y a-t-il pour nous? Il n'y a rien. La seule chose sur laquelle nous bâtissons, c'est l'espoir que la bonté de l'humanité survivra.»

Toutes les questions que M. Shahid considère comme prioritaires sont évidentes depuis un certain temps. Les scientifiques et les agences des Nations unies savent, par exemple, ce qui doit être fait pour atténuer le changement climatique, ralentir la propagation de la Covid-19 et inclure les personnes les plus vulnérables dans les efforts de reconstruction mondiale.

La seule chose qui manque, entend-on sans cesse dans les couloirs de l'ONU, c'est la volonté politique d'agir.

Depuis qu'il a été élu président de l'Assemblée générale en juin avec une large majorité, Abdallah Shahid a rencontré des représentants de chacun des 193 États membres de l'ONU. En conséquence, il a une perspective légèrement différente sur la question de la volonté.

«Je pense qu'il y a une grande volonté politique – elle doit être exploitée», précise-t-il. «Nous sommes 193 pays. La Charte des nations unies commence par ces trois mots: “Nous, les peuples.” Ainsi, les 193 pays ne sont pas 193 pays à eux seuls. Ils sont également “les peuples”».

À titre d'exemple, il déclare: «J'ai eu le privilège d'interagir avec le groupe de jeunes conseillers sur le changement climatique du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. Ils sortent des sentiers battus. Ils sont déçus. Ils parlent d'action. Et ils représentent 1,8 milliard de jeunes dans le monde. Et ces 1,8 milliard de jeunes représentent 193 pays.

«Donc je vois la volonté. Je peux les entendre fort, clairement. Tout ce que nous devons faire, c'est commencer à écouter.»

De la même façon que pour les Maldives, le changement climatique est également une menace existentielle pour de nombreuses personnes dans les États du Golfe producteurs de pétrole. La région est depuis des années prise dans un cercle vicieux de hausse des températures qui conduit à une utilisation accrue des climatiseurs, ce qui nécessite plus de combustibles fossiles pour les alimenter, entraînant une augmentation des températures supplémentaire.

M. Shahid estime que les plans du Royaume pour une initiative verte saoudienne et une initiative verte au Moyen-Orient, annoncés cette année et officiellement lancés en octobre, pourraient complètement inverser cette tendance et mettre la région sur la voie de la transformation.

«Je salue le leadership saoudien pour leurs initiatives, telles que l'Initiative verte saoudienne et l'Initiative verte du Moyen-Orient», indique-t-il. «La plantation de milliards d'arbres va totalement transformer le paysage du Moyen-Orient. Les dirigeants saoudiens mènent la lutte internationale dans le domaine du changement climatique, comme tant d'autres pays du Golfe notamment les Émirats arabes unis (EAU) et le Qatar.

«Étant des pays producteurs de pétrole, l'objectif qu'ils ont fixé est exceptionnel. Le leadership dont ils font preuve est remarquable. Et je souhaite que de nombreux autres pays dans de nombreuses autres régions du monde suivent le leadership saoudien sur cet aspect du changement climatique.»

Abdallah Shahid n'avait que 26 ans lorsqu'en tant que jeune diplomate, il assiste à sa première session de l'Assemblée générale. Cela le convainc immédiatement que la voie à suivre pour trouver des solutions aux problèmes du monde réside dans le système multilatéral.

«Les choses sont très interconnectées», souligne-t-il. «Ce qui se passe dans un pays a un effet d’entraînement sur beaucoup d'autres. Aucun pays ne peut survivre seul.»

La plus grande menace pour cette approche multilatérale est l’ultranationalisme qu’il qualifie de «complètement dépassé».

«L'unité est la seule solution», affirme M. Shahid. «Prenez la pandémie de Covid-19. La seule chose qu’elle nous a apprise est que personne n'est en sécurité tant que tout le monde n'est pas en sécurité. C'est le travail des dirigeants ici à l'ONU, des pays respectés, de continuer à faire passer le message que l'unité fait la force.»

Cependant, comme le sait quiconque suit les travaux de l'Assemblée générale et du Conseil de sécurité, l'unité est une denrée rare. Les tensions sont légion dans le travail des organes de l'ONU.

Abdallah Shahid déclare que le rôle de l'Assemblée générale a évolué au cours des soixante-quinze années écoulées depuis la création de l'ONU, mais un examen plus approfondi de cette évolution soulève des questions quant à savoir si tout va dans la bonne direction. Par exemple, cette évolution oscille entre le fait de défendre fermement la Déclaration universelle des droits de l'homme, promulguée pour la première fois dans la salle des Assemblées, et d'être figé sur la question.

Par ailleurs, une source de tension entre les États membres concerne les relations entre les pays en développement, plus petits, qui veulent davantage avoir leur mot à dire dans les délibérations de l'ONU, et les nations riches qui sont les principaux donateurs de l'organisation.

Il n'en a pas toujours été ainsi. La résolution Uniting for Peace en 1950, initiée par les États-Unis, stipule que si le Conseil de sécurité «ne s'acquitte pas de sa responsabilité principale de maintenir la paix et la sécurité, l'Assemblée générale doit se saisir elle-même de la question et exhorter à une action collective».

Cette résolution a été mise en œuvre lors de la crise de Suez en 1956, lorsque l'intervention de l'ONU a conduit à un cessez-le-feu, au retrait des troupes et à la mise en place de la première force de maintien de la paix.

Près d'un demi-siècle plus tard, cependant, lorsque l'invasion américaine de l'Irak en 2003 a provoqué des appels de nombreuses organisations pour que l'Assemblée générale se saisisse de la question et sorte de l'impasse du Conseil de sécurité, elle a refusé de le faire.

Plus récemment, les efforts visant à revitaliser les travaux de l'Assemblée générale se sont concentrés sur l'augmentation de son pouvoir par rapport au Conseil de sécurité, la promotion d'une plus grande transparence et l'amélioration de la qualité des débats. Certains disent qu'il s'agit d'une institution importante qui n'a jamais tout à fait défini son rôle en tant qu'organe véritablement délibératif et fonctionnel.

L'Assemblée générale a le pouvoir de censurer les États qui violent les principes de la Charte des nations unies. Dans les années 1960, par exemple, elle a suspendu la délégation sud-africaine de l'ONU en raison de la pratique continue de l'apartheid, en violation des résolutions du Conseil de sécurité et du droit international. Le pays n'a été réadmis qu'en 1994 à la suite de sa transition démocratique.

En août 2012, l'Assemblée générale a voté par 133 voix contre 12 pour dénoncer le gouvernement syrien pour les atrocités commises lors du soulèvement. Et en décembre 2019, elle a adopté une résolution non contraignante condamnant les violations des droits humains contre les Rohingyas musulmans au Myanmar.

Selon M. Shahid, «le consensus de l'Assemblée générale reflète la conscience du monde. C'est le pouvoir de l'Assemblée générale.»

Une façon de renforcer ce pouvoir et de rendre les débats plus délibératifs, affirme-t-il, consiste à inviter «d'autres voix» à prendre la parole, notamment des représentants de la société civile, des universitaires, des scientifiques, des experts en matière de genre et des jeunes.

Avec la participation de telles voix, «l'Assemblée générale prospérera», ajoute Abdallah Shahid.

Le Conseil de sécurité, quant à lui, devrait «refléter les réalités actuelles du monde», souligne-t-il, et les réformes du Conseil devraient être accélérées car sa crédibilité même est en jeu.

Un élément au cœur du programme de M. Shahid, et vital pour que toute réforme puisse même commencer, est l'inclusion des femmes.

«Les femmes ont été exploitées, piétinées, supprimées pendant trop longtemps; nous ne devrions pas l'accepter», déclare-t-il en appelant tous ceux qui ne sont pas encore devenus des «défenseurs du genre» à rejoindre le combat.

Dans ce qui est peut-être l'une de ses positions les plus radicales, il s'est engagé dans son nouveau rôle à ne participer à aucun panel qui ne respecte pas la parité.

«Mes collaborateurs m'ont dit que ce serait difficile à imposer, mais je leur ai dit que c'était leur travail de s'assurer que les panels soient équilibrés», ajoute-t-il.

«Pour moi en tant que président, c'est très simple, je dirai: “Non, s'il n'y a pas de parité, je ne participerai pas”. Cette déclaration elle-même, venant du président de l'Assemblée générale, est un message fort qui sera respecté. Et j'espère que s'ils veulent que je participe à ces panels, ils veilleront à ce qu'il y ait un équilibre entre les sexes.»

«La prochaine fois que de telles organisations ou associations organiseront des panels, elles se souviendront que le président Shahid a insisté sur le fait que les panels doivent respecter la parité.»

Pour ceux qui continuent de douter de la nécessité ou de l'aptitude des femmes à occuper des postes de direction et des rôles décisionnels, le message de M. Shahid est on ne peut plus simple.

«Si la personne qui doute du rôle des femmes est un homme, je lui demanderais de s'asseoir et de réfléchir à son origine. Qui a porté cette personne pendant neuf mois? La mère», déclare-t-il. «C'est très simple: respecte ta mère. Donne à ta mère le respect qu'elle mérite.»

«Et quand vous avez une fille, regardez-la, voyez si vous voudriez que votre fille souffre. Respectez votre fille, c'est très personnel.»

Ne pas reconnaître l'importance et la valeur des femmes signifie que le monde gaspille l'une de ses grandes ressources humaines, souligne Abdallah Shahid.

«Le monde est composé d'hommes et de femmes. Si nous voulons enfermer la moitié de la population mondiale et ne pas en tirer profit, nous utilisons seulement 50 % de la population», précise-t-il. «Est-ce que cela a du sens au niveau économique? Au niveau humanitaire? Au niveau social?»

«Il ne faut pas être un génie pour dire simplement que la seule façon pour l'humanité de progresser est de respecter les femmes.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'Espagne championne du monde de foot: Madrid fait la fiesta pour sa Roja

Rodri soulève le trophée de la Coupe du monde aux côtés de ses coéquipiers pour célébrer leur victoire au Mondial. (Reuters)
Rodri soulève le trophée de la Coupe du monde aux côtés de ses coéquipiers pour célébrer leur victoire au Mondial. (Reuters)
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  • Madrid a célébré dans une ambiance de liesse la deuxième Coupe du monde de l’Espagne après sa victoire 1-0 contre l’Argentine en prolongation, avec des milliers de supporters réunis dans les rues
  • Les supporters ont prolongé les festivités toute la nuit et attendaient le retour des champions pour le défilé et les célébrations prévues à la place de Cibeles

MADRID: Il est presque minuit, Madrid s'embrase au coup de sifflet final: l'Espagne vient de remporter sa seconde Coupe du monde et les cris de joie et vuvuzelas retentissent dans le centre, où des milliers de supporters s'étaient rassemblés pour suivre la finale sur un écran géant.

"Je suis euphorique, je n'arrive pas à y croire!" s'exclame depuis la place Colon Diego González, large sourire au lèvres, à l'issue du match qui a vu son pays vaincre l'Argentine en prolongation (1-0).

Autour de lui, des supporters craquent des fumigènes et des klaxons de voiture retentissent dans les rues adjacentes.

Diego n'a que 25 ans, mais ce second sacre lui rappelle le premier en 2010 en Afrique du Sud: "on avait gagné l'Euro" en 2008, "puis la Coupe du monde: il y a deux ans, et là on a gagné l'Euro et on vient de gagner le mondial à nouveau".

Une marée humaine vêtue des couleurs du drapeau espagnol, rouge et jaune, entonne en choeur le tube de Queen "We are the champions" et agite des drapeaux.

- Faire la fête à tout prix -

"C'est fou" de le chanter, "car à un moment on n'y croyait plus", raconte Alejandra Silva, 26 ans, maillot sur le dos, au milieu d'une foule euphorique.

Pour son amie Ángela Lambea, 30 ans, "on le méritait, on a très bien joué, on a eu le ballon tout le temps, l’Argentine ne l’a presque pas touché, donc on est très émues".

Toutes les deux pensent continuer à faire la fête pour célébrer la victoire de la Roja "mais on ne sait pas encore" où et comment, "et demain nous travaillons".

Partout dans Madrid, des feux d'artifice éclatent dans le ciel torride de cette nuit d'été.

A bord d'un avion atterrissant à Madrid peu après le sacre de l'Espagne, un pilote de la compagnie espagnole Iberia n'a pu retenir sa joie et a annoncé au micro :"Nous sommes champions du monde, mesdames et messieurs les passagers", avant de diffuser également le tube de Queen.

Entonnant des chants et sautant de joie, les supporters s'exclamaient  "Campeones, campeones !" ("Champions, champions !") et "Que viva España ! ("Vive l'Espagne !").

Ce nouveau titre planétaire résonne particulièrement dans ce pays passionné de football où ce sport fédère ses 50 millions d'habitants, dont une partie de la jeune génération n'avait d'ailleurs pas vécu le premier sacre de la "Selección" en Afrique du Sud.

John Molina, 40 ans, se souvient pourtant très bien de la première étoile de son équipe, "un rêve" à l'époque". Seize ans plus tard, "les gens y croyaient déjà" avant la fin du match, selon lui.

Et il sait déjà où il va continuer les festivités; "on va tous à Cibeles", la place où se rassemblent habituellement les supporters du Real Madrid pour célébrer les titres du club.

C'est aussi là que sont attendus les champions du monde dans quelques heures, à l'issue d'un défilé dans les rues de Madrid à bord d'un bus à impériale.


Le patrimoine mondial en péril face aux conflits et aux urgences écologiques

Un drapeau israélien flotte au sommet du château médiéval de Beaufort, connu localement sous le nom de Qalaat al-Shaqif ou Shaqif Arnoun, vu depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, le 31 mai 2026. (AFP)
Un drapeau israélien flotte au sommet du château médiéval de Beaufort, connu localement sous le nom de Qalaat al-Shaqif ou Shaqif Arnoun, vu depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, le 31 mai 2026. (AFP)
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  • L’Unesco examinera cette semaine plusieurs inscriptions d’urgence au patrimoine mondial en péril, notamment les châteaux du Mont Amel et Tyr au Liban, ainsi que des sites en Cisjordanie, en Crimée et au Soudan du Sud
  • Face aux conflits et aux menaces environnementales, l’Unesco veut renforcer la protection des sites menacés, dont le lac Baïkal, tout en mobilisant des financements pour leur préservation

PARIS: Forteresses médiévales au Sud-Liban, site archéologique en Crimée, lac Baïkal, parcs naturels au Soudan du Sud... Face à la multiplication des conflits et des menaces environnementales, plusieurs sites devraient rejoindre cette année la liste du patrimoine mondial en péril de l'Unesco.

Réunis à Busan (Corée du Sud), les 196 Etats membres de l'organisation onusienne examineront à partir de lundi une trentaine de nouvelles candidatures souhaitant venir s’ajouter plus de 1.200 sites déjà inscrits à la célèbre liste du patrimoine mondial.

Trois feront l'objet d'un classement en procédure d'urgence, à la fois sur la liste du patrimoine mondial et sur la liste du patrimoine en péril.

Deux sont situés au Moyen-Orient: le site archéologique de Sébastia, la Samarie de la Bible, dans le nord de la Cisjordanie occupée, auquel Israël s'intéresse depuis des années pour son potentiel touristique, et cinq châteaux du Mont Amel, dans le sud du Liban bombardé par Israël depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

L'une des plus connues, datant de l'époque des Croisades et conquise fin mai par l'armée israélienne, la forteresse de Beaufort, lui avait déjà servi de base durant les deux décennies d'occupation du sud du Liban, qui ont pris fin en 2000.

Israël a quitté l'Unesco en 2017 (comme les Etats-Unis, dont le départ sera effectif fin 2026) mais reste membre du Comité du patrimoine mondial et est signataire de la Convention de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflits armés et de la Convention du patrimoine mondial.

Enfin, le Soudan du Sud intègrera pour la première fois le patrimoine mondial avec un site nécessitant une attention particulière tant en raison du conflit persistant entre forces gouvernementales et milices d'opposition que du réchauffement climatique.

Les savanes de Boma-Badingilo, zone de 37.500 km2 située entre le Nil Blanc et la frontière éthiopienne, abritent la plus grande migration terrestre de mammifères au monde, notamment d'antilopes.

- "Se reconstruire" -

"Nous n'avons peut-être pas les moyens d'envoyer des Casques bleus (...) mais nous pouvons faire passer un message au monde entier : ces sites sont importants, il faut tout faire pour empêcher leur destruction", explique à l'AFP le directeur Centre du patrimoine mondial de l'Unesco Lazare Eloundou Assomo.

"Le patrimoine permet aux communautés qui ont été traumatisées, victimes des conflits, de commencer à revenir, à se reconstruire", ajoute M. Assomo, insistant sur le fait que l'inscription sur la liste en péril n'est pas une sanction : il permet "de mobiliser des financements, des partenaires et l'attention" pour bénéficier d'une protection accrue.

Outre ces procédures d'urgence, d'autres sites devraient s'ajouter à la liste des biens en péril, comme Tyr, ancienne cité phénicienne du sud du Liban touchée ces derniers mois par des bombardements israéliens, ou la cité antique de Chersonèse Taurique et sa chôra, située en Crimée, territoire ukrainien annexé par la Russie depuis 2014.

Cette dernière est affectée par des fouilles non autorisées, des constructions de grande ampleur et des déplacements d'artefacts.

En Ukraine, le patrimoine local est ravagé par la guerre lancée par Moscou en 2022. Le dernier site emblématique endommagé a été la cathédrale de la Dormition à Kiev, touché par une frappe aérienne russe en juin.

- Alerte sur le Lac Baïkal -

Selon l'Unesco, le lac Baïkal, plus grande réserve d'eau douce liquide au monde, en Russie, pâtit lui de la pollution, de la pression touristique, d’un projet hydroélectrique en amont (Mongolie) ou encore de l'exploitation forestière à grande échelle.

Après avoir à maintes reprises appelé Moscou à agir pour stopper "la dégradation écologique du lac (...) de toute urgence", l'Unesco juge les mesures prises insuffisantes.

L'an dernier, l'organisation alertait déjà sur la multiplication des menaces climatiques avec près de trois-quarts des sites du patrimoine mondial "confrontés à des risques hydriques graves, pénuries d'eau ou inondations".

De même, sur la cinquantaine de biens inscrits sur la liste du patrimoine mondial en péril, la moitié l'était en raison des conséquences directes des conflits.

Parmi les nouvelles candidatures au Patrimoine mondial, les plages du Débarquement allié du 6 juin 1944, dans le nord-ouest de la France, deux théâtres construits dans l'Amazonie brésilienne et le village tunisien de Sidi Bou Saïd devraient faire leur entrée dans la prestigieuse liste.


Bombardé pour la septième nuit de suite, l'Iran menace de déclencher une "offensive totale"

Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
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  • Les États-Unis poursuivent leurs frappes en Iran ; Téhéran dit avoir riposté contre des bases liées aux forces américaines en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn
  • Les tensions s'aggravent dans le détroit d'Ormuz, alimentant les craintes d'une escalade régionale

TEHERAN: Les Etats-Unis ont bombardé l'Iran pour la septième nuit consécutive samedi et Téhéran a une nouvelle fois riposté en frappant des cibles en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn, tout en menaçant de passer à une "offensive totale".

Un mois après la signature, le 17 juin, d'un protocole d'accord entre l'Iran et les Etats-Unis censé ouvrir une période de pourparlers de paix, l'escalade continue au Moyen-Orient avec des échanges de frappes quotidiens et des incidents maritimes en série.

Le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a dit avoir attaqué dans la nuit en Iran "des sites de surveillance, des infrastructures logistiques militaires, des dépôts souterrains d'armes et des moyens maritimes", sans mentionner de cibles civiles.

Les autorités de la province d'Hormozgan, dans le sud de l'Iran, ont annoncé que des frappes américaines y avaient fait au moins trois morts et huit blessés, et ciblé deux ponts et un tunnel routiers, selon l'agence officielle Irna.

Toujours selon Irna, les Etats-Unis ont également bombardé les villes d'Ahvaz et Bouchehr (sud-ouest), Bandar Abbas, l'île de Qeshm, Lar, Darab (sud), et Yazd (centre).

- Jordanie et Koweït attaqués -

En riposte, l'armée iranienne, citée par la télévision d'Etat, a affirmé avoir frappé le camp militaire d'Al-Adiri et la base d'Ali Al-Salem au Koweït, la base aérienne d'Al-Azraq en Jordanie, et celle de Sheikh Isa à Bahreïn, accusant l'armée américaine d'attaquer son territoire depuis ces installations.

"Nos défenses aériennes ont intercepté et abattu 10 missiles iraniens visant le territoire du Royaume", et qui n'ont fait ni victime ni dégât, a indiqué un responsable de l'état-major jordanien.

Au Koweït, l'armée a dit faire face à "des attaques de drones hostiles". Les sirènes d'alerte aérienne ont également retenti à Bahreïn, a annoncé le ministère de l'Intérieur de ce pays.

Téhéran va entrer dans "une phase d'offensive totale" si les frappes américaines se poursuivent au-delà de "deux-trois jours", a menacé vendredi Mohsen Rezaï, conseiller militaire du guide suprême iranien, cité par la télévision d'Etat.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont prévenu que les frappes "se poursuivront jusqu'au retour du calme sur la côte sud et dans le détroit d'Ormuz", où le trafic maritime est à nouveau pratiquement à l'arrêt.

- L'Iran "stoppe" quatre navires -

Ce détroit stratégique, par lequel transitait avant la guerre au Moyen-Orient un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures, est à nouveau verrouillé par l'Iran depuis plus d'une semaine, après la reprise des hostilités avec les Etats-Unis. Ces derniers, en représailles, ont réimposé un blocus des ports iraniens.

Les Gardiens de la Révolution ont annoncé samedi avoir "stoppé" quatre navires qui tentaient de franchir sans leur autorisation le détroit où, toujours selon Téhéran, deux pétroliers ont par ailleurs sauté sur des mines.

"Au cours des dernières heures, quatre navires en infraction, soutenus par l'armée terroriste américaine, ont tenté de traverser le détroit d'Ormuz, et les quatre navires ont été stoppés sur place lors d'une opération combinée de missiles et de drones", ont déclaré les Gardiens, cités par la télévision d'Etat.

"Deux pétroliers, qui tentaient de traverser le champ de mines situé au sud du détroit d'Ormuz, trompés par les services de renseignement américains, ont explosé et pris feu", ont-ils également indiqué, selon Irna, sans préciser la nationalité des navires ni s'il y avait des victimes.

Le Commandement de l'armée américaine pour le Moyen-Orient (Centcom) a démenti. "Comme la plupart des revendications du Corps des gardiens de la Révolution islamique, ceci est faux", ont-ils écrit sur X, sans fournir plus d'explications.

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques iraniennes contre des navires dans le Golfe. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril.

Déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains contre l'Iran, le conflit a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et n'en finit pas d'ébranler l'économie mondiale.

"Le détroit d'Ormuz est en train de devenir un piège pour les deux belligérants. La logique de l'escalade leur échappe de plus en plus", a analysé David Khalfa, spécialiste du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès, en soulignant le "risque d'une confrontation régionale plus large".