Climat et droits des femmes, priorités du nouveau chef de l'Assemblée générale de l'ONU

Dans sa première interview en tant que président de la 76e session de l'Assemblée, Abdallah Shahid raconte à Arab News sa vision pour son mandat de douze mois. Capture d'écran
Dans sa première interview en tant que président de la 76e session de l'Assemblée, Abdallah Shahid raconte à Arab News sa vision pour son mandat de douze mois. Capture d'écran
Short Url
Publié le Samedi 18 septembre 2021

Climat et droits des femmes, priorités du nouveau chef de l'Assemblée générale de l'ONU

  • Dans sa première interview en tant que président de la 76e session de l'Assemblée, Abdallah Shahid raconte à Arab News sa vision pour son mandat de douze mois
  • Il salue également les efforts saoudiens «exceptionnels» pour lutter contre le changement climatique et exhorte les autres pays à suivre l'exemple du Royaume

NEW YORK: Le diplomate maldivien Abdallah Shahid a prêté serment cette semaine en tant que président de la 76e session de l'Assemblée générale des nations unies. Pour sa première interview depuis son entrée en fonction, il s'est entretenu exclusivement avec Arab News et a partagé sa vision de ce qu'il entend être une «présidence de l'espoir».

Arab News a été le premier média à visiter son nouveau bureau, récemment libéré par le précédent occupant, Volkan Bozkir, à la fin de son mandat d'un an.

Nous avons été chaleureusement accueillis non seulement par M. Shahid, mais aussi par de nombreux membres de l'équipe de la mission des Nations unies aux Maldives. Son élection a été saluée comme une grande réussite pour sa petite nation insulaire et une autre étape vers une véritable représentation à l'Organisation des nations unies (ONU).

Abdallah Shahid, ministre des Affaires étrangères de son pays, assume son nouveau rôle à l'ONU à un moment où le monde est embourbé dans les désastres. La pandémie de Covid-19 continue de faire rage dans le monde entier alors que les pays riches accumulent des vaccins. La planète envoie quotidiennement des signaux d'alerte indiquant que nous ne pouvons plus nous permettre d'ignorer les effets dangereux du changement climatique. Les conflits prolongés continuent de chasser des millions de personnes de leurs foyers vers les camps de réfugiés.

À l'heure actuelle, on ne peut s'empêcher de se demander où réside exactement l'espoir et comment le retrouver?

Les Maldives, nation insulaire au cœur de l'océan Indien, sont le pays le plus bas du monde, avec une altitude moyenne de 1,5 mètre. Le point culminant naturel de son territoire n'est que de 5,1 mètres.

«Venant des Maldives, la question du changement climatique est une menace existentielle pour nous», déclare M. Shahid. «Nous vivons chaque jour, jour après jour, avec le risque de nous noyer. Le niveau de la mer monte. Les scientifiques prédisent que nous avons franchi la ligne rouge; 2040 est une date au-delà du point de basculement. Mais aux Maldives, nous survivons avec l'espoir, car nous devons croire au bien commun de l'humanité.»

Le bien commun n'a peut-être jamais été autant pris en compte et discuté que pendant la pandémie, qui a plongé les économies dans la dépression et fait des ravages dans la vie des gens avec la disparition d'êtres chers, la perte d'emplois et les confinements qui créent des difficultés mentales pour beaucoup.

«Mais il y avait une lueur d'espoir dans tout cela: le service désintéressé du personnel de santé, leur sacrifice malgré les dangers évidents pour eux-mêmes», souligne Abdallah Shahid.

«Nous ne devons donc pas perdre espoir en l'humanité. La bonté de l'humanité est là – nous devons nous assurer qu'elle prospère, nous devons la célébrer. Si nous perdons espoir, qu'y a-t-il pour nous? Il n'y a rien. La seule chose sur laquelle nous bâtissons, c'est l'espoir que la bonté de l'humanité survivra.»

Toutes les questions que M. Shahid considère comme prioritaires sont évidentes depuis un certain temps. Les scientifiques et les agences des Nations unies savent, par exemple, ce qui doit être fait pour atténuer le changement climatique, ralentir la propagation de la Covid-19 et inclure les personnes les plus vulnérables dans les efforts de reconstruction mondiale.

La seule chose qui manque, entend-on sans cesse dans les couloirs de l'ONU, c'est la volonté politique d'agir.

Depuis qu'il a été élu président de l'Assemblée générale en juin avec une large majorité, Abdallah Shahid a rencontré des représentants de chacun des 193 États membres de l'ONU. En conséquence, il a une perspective légèrement différente sur la question de la volonté.

«Je pense qu'il y a une grande volonté politique – elle doit être exploitée», précise-t-il. «Nous sommes 193 pays. La Charte des nations unies commence par ces trois mots: “Nous, les peuples.” Ainsi, les 193 pays ne sont pas 193 pays à eux seuls. Ils sont également “les peuples”».

À titre d'exemple, il déclare: «J'ai eu le privilège d'interagir avec le groupe de jeunes conseillers sur le changement climatique du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. Ils sortent des sentiers battus. Ils sont déçus. Ils parlent d'action. Et ils représentent 1,8 milliard de jeunes dans le monde. Et ces 1,8 milliard de jeunes représentent 193 pays.

«Donc je vois la volonté. Je peux les entendre fort, clairement. Tout ce que nous devons faire, c'est commencer à écouter.»

De la même façon que pour les Maldives, le changement climatique est également une menace existentielle pour de nombreuses personnes dans les États du Golfe producteurs de pétrole. La région est depuis des années prise dans un cercle vicieux de hausse des températures qui conduit à une utilisation accrue des climatiseurs, ce qui nécessite plus de combustibles fossiles pour les alimenter, entraînant une augmentation des températures supplémentaire.

M. Shahid estime que les plans du Royaume pour une initiative verte saoudienne et une initiative verte au Moyen-Orient, annoncés cette année et officiellement lancés en octobre, pourraient complètement inverser cette tendance et mettre la région sur la voie de la transformation.

«Je salue le leadership saoudien pour leurs initiatives, telles que l'Initiative verte saoudienne et l'Initiative verte du Moyen-Orient», indique-t-il. «La plantation de milliards d'arbres va totalement transformer le paysage du Moyen-Orient. Les dirigeants saoudiens mènent la lutte internationale dans le domaine du changement climatique, comme tant d'autres pays du Golfe notamment les Émirats arabes unis (EAU) et le Qatar.

«Étant des pays producteurs de pétrole, l'objectif qu'ils ont fixé est exceptionnel. Le leadership dont ils font preuve est remarquable. Et je souhaite que de nombreux autres pays dans de nombreuses autres régions du monde suivent le leadership saoudien sur cet aspect du changement climatique.»

Abdallah Shahid n'avait que 26 ans lorsqu'en tant que jeune diplomate, il assiste à sa première session de l'Assemblée générale. Cela le convainc immédiatement que la voie à suivre pour trouver des solutions aux problèmes du monde réside dans le système multilatéral.

«Les choses sont très interconnectées», souligne-t-il. «Ce qui se passe dans un pays a un effet d’entraînement sur beaucoup d'autres. Aucun pays ne peut survivre seul.»

La plus grande menace pour cette approche multilatérale est l’ultranationalisme qu’il qualifie de «complètement dépassé».

«L'unité est la seule solution», affirme M. Shahid. «Prenez la pandémie de Covid-19. La seule chose qu’elle nous a apprise est que personne n'est en sécurité tant que tout le monde n'est pas en sécurité. C'est le travail des dirigeants ici à l'ONU, des pays respectés, de continuer à faire passer le message que l'unité fait la force.»

Cependant, comme le sait quiconque suit les travaux de l'Assemblée générale et du Conseil de sécurité, l'unité est une denrée rare. Les tensions sont légion dans le travail des organes de l'ONU.

Abdallah Shahid déclare que le rôle de l'Assemblée générale a évolué au cours des soixante-quinze années écoulées depuis la création de l'ONU, mais un examen plus approfondi de cette évolution soulève des questions quant à savoir si tout va dans la bonne direction. Par exemple, cette évolution oscille entre le fait de défendre fermement la Déclaration universelle des droits de l'homme, promulguée pour la première fois dans la salle des Assemblées, et d'être figé sur la question.

Par ailleurs, une source de tension entre les États membres concerne les relations entre les pays en développement, plus petits, qui veulent davantage avoir leur mot à dire dans les délibérations de l'ONU, et les nations riches qui sont les principaux donateurs de l'organisation.

Il n'en a pas toujours été ainsi. La résolution Uniting for Peace en 1950, initiée par les États-Unis, stipule que si le Conseil de sécurité «ne s'acquitte pas de sa responsabilité principale de maintenir la paix et la sécurité, l'Assemblée générale doit se saisir elle-même de la question et exhorter à une action collective».

Cette résolution a été mise en œuvre lors de la crise de Suez en 1956, lorsque l'intervention de l'ONU a conduit à un cessez-le-feu, au retrait des troupes et à la mise en place de la première force de maintien de la paix.

Près d'un demi-siècle plus tard, cependant, lorsque l'invasion américaine de l'Irak en 2003 a provoqué des appels de nombreuses organisations pour que l'Assemblée générale se saisisse de la question et sorte de l'impasse du Conseil de sécurité, elle a refusé de le faire.

Plus récemment, les efforts visant à revitaliser les travaux de l'Assemblée générale se sont concentrés sur l'augmentation de son pouvoir par rapport au Conseil de sécurité, la promotion d'une plus grande transparence et l'amélioration de la qualité des débats. Certains disent qu'il s'agit d'une institution importante qui n'a jamais tout à fait défini son rôle en tant qu'organe véritablement délibératif et fonctionnel.

L'Assemblée générale a le pouvoir de censurer les États qui violent les principes de la Charte des nations unies. Dans les années 1960, par exemple, elle a suspendu la délégation sud-africaine de l'ONU en raison de la pratique continue de l'apartheid, en violation des résolutions du Conseil de sécurité et du droit international. Le pays n'a été réadmis qu'en 1994 à la suite de sa transition démocratique.

En août 2012, l'Assemblée générale a voté par 133 voix contre 12 pour dénoncer le gouvernement syrien pour les atrocités commises lors du soulèvement. Et en décembre 2019, elle a adopté une résolution non contraignante condamnant les violations des droits humains contre les Rohingyas musulmans au Myanmar.

Selon M. Shahid, «le consensus de l'Assemblée générale reflète la conscience du monde. C'est le pouvoir de l'Assemblée générale.»

Une façon de renforcer ce pouvoir et de rendre les débats plus délibératifs, affirme-t-il, consiste à inviter «d'autres voix» à prendre la parole, notamment des représentants de la société civile, des universitaires, des scientifiques, des experts en matière de genre et des jeunes.

Avec la participation de telles voix, «l'Assemblée générale prospérera», ajoute Abdallah Shahid.

Le Conseil de sécurité, quant à lui, devrait «refléter les réalités actuelles du monde», souligne-t-il, et les réformes du Conseil devraient être accélérées car sa crédibilité même est en jeu.

Un élément au cœur du programme de M. Shahid, et vital pour que toute réforme puisse même commencer, est l'inclusion des femmes.

«Les femmes ont été exploitées, piétinées, supprimées pendant trop longtemps; nous ne devrions pas l'accepter», déclare-t-il en appelant tous ceux qui ne sont pas encore devenus des «défenseurs du genre» à rejoindre le combat.

Dans ce qui est peut-être l'une de ses positions les plus radicales, il s'est engagé dans son nouveau rôle à ne participer à aucun panel qui ne respecte pas la parité.

«Mes collaborateurs m'ont dit que ce serait difficile à imposer, mais je leur ai dit que c'était leur travail de s'assurer que les panels soient équilibrés», ajoute-t-il.

«Pour moi en tant que président, c'est très simple, je dirai: “Non, s'il n'y a pas de parité, je ne participerai pas”. Cette déclaration elle-même, venant du président de l'Assemblée générale, est un message fort qui sera respecté. Et j'espère que s'ils veulent que je participe à ces panels, ils veilleront à ce qu'il y ait un équilibre entre les sexes.»

«La prochaine fois que de telles organisations ou associations organiseront des panels, elles se souviendront que le président Shahid a insisté sur le fait que les panels doivent respecter la parité.»

Pour ceux qui continuent de douter de la nécessité ou de l'aptitude des femmes à occuper des postes de direction et des rôles décisionnels, le message de M. Shahid est on ne peut plus simple.

«Si la personne qui doute du rôle des femmes est un homme, je lui demanderais de s'asseoir et de réfléchir à son origine. Qui a porté cette personne pendant neuf mois? La mère», déclare-t-il. «C'est très simple: respecte ta mère. Donne à ta mère le respect qu'elle mérite.»

«Et quand vous avez une fille, regardez-la, voyez si vous voudriez que votre fille souffre. Respectez votre fille, c'est très personnel.»

Ne pas reconnaître l'importance et la valeur des femmes signifie que le monde gaspille l'une de ses grandes ressources humaines, souligne Abdallah Shahid.

«Le monde est composé d'hommes et de femmes. Si nous voulons enfermer la moitié de la population mondiale et ne pas en tirer profit, nous utilisons seulement 50 % de la population», précise-t-il. «Est-ce que cela a du sens au niveau économique? Au niveau humanitaire? Au niveau social?»

«Il ne faut pas être un génie pour dire simplement que la seule façon pour l'humanité de progresser est de respecter les femmes.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Rubio affirme que les Etats-Unis doivent "réexaminer" leurs relations avec l'Otan

Donald Trump a qualifié l’alliance de l’OTAN de « tigre de papier ». (ARCHIVES/REUTERS)
Donald Trump a qualifié l’alliance de l’OTAN de « tigre de papier ». (ARCHIVES/REUTERS)
Short Url
  • Marco Rubio évoque un possible réexamen du rôle des États-Unis dans l’OTAN, après des tensions liées au conflit avec l’Iran et au manque de coopération de certains alliés européens
  • Donald Trump intensifie ses critiques contre l’alliance, remettant en cause l’engagement américain et accusant l’OTAN d’être déséquilibrée au détriment des États-Unis

WASHINGTON: Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a remis en cause comme jamais le lien transatlantique avec l'Otan, déclarant mardi que les Etats-Unis devaient "réexaminer" leurs relations avec l'alliance atlantique militaire une fois la guerre contre l'Iran terminée.

"Je pense qu'il ne fait malheureusement aucun doute qu'une fois ce conflit terminé, nous devrons réexaminer cette relation. Nous devrons réexaminer l'intérêt que présente l'Otan pour notre pays dans le cadre de cette alliance", a déclaré M. Rubio sur la chaîne Fox News, ajoutant qu'il reviendrait au président Donald Trump de trancher cette question.

Les Etats-Unis reprochent à des pays de l'Otan dont la France, l'Espagne et l'Italie de ne pas avoir autorisé le survol de leurs territoires ou d'utiliser les bases américaines pour acheminer des équipements militaires à Israël dans le cadre de la guerre contre l'Iran, déclenchée le 28 février.

Donald Trump avait lui-même déclaré vendredi dernier que les Etats-Unis pourraient ne pas venir en aide à l'Otan en cas de besoin, réitérant ses critiques contre l'Alliance atlantique, lors d'un forum d'affaires à Miami.

"Nous dépensons des centaines de milliards de dollars par an pour l'Otan, des centaines de milliards, pour les protéger, et nous aurions toujours été là pour eux, mais maintenant, au vu de leurs actions, je suppose que nous n'avons plus à l'être, n'est-ce pas ?", a-t-il dit.

Ces dernières semaines, le président américain a multiplié les prises de parole belliqueuses envers l'Otan, la qualifiant notamment sur son réseau Truth Social de "TIGRE DE PAPIER" et de "LACHES". Les Etats-Unis "s'en souviendront", avait-il déjà déclaré en Conseil des ministres.

"Si nous en sommes arrivés au point où l'alliance de l'Otan nous empêche d'utiliser ces bases, où nous ne pouvons en fait plus les utiliser pour défendre les intérêts des Etats-Unis, alors l'Otan est une voie à sens unique", a déclaré M. Rubio.

"L'Otan se résume alors simplement à la présence de nos troupes en Europe pour défendre l'Europe (...) Lorsque nous avons besoin qu'ils nous autorisent à utiliser leurs bases militaires, leur réponse est +non+ ? Alors pourquoi sommes-nous dans l'Otan ? Il faut se poser cette question", a ajouté le chef de la diplomatie américaine.

Il a encore souligné qu'il revenait aux alliés des Etats-Unis de sécuriser le détroit d'Ormuz, bloqué de facto par l'Iran, dont ils dépendent pour leur pétrole.

Parlant de la guerre en Iran, il a indiqué que "nous sommes proches de la ligne d'arrivée" sans donner de calendrier.

Les relations entre les Etats-Unis, qui en sont membre fondateur et principal acteur, et l'Otan traversent depuis le retour au pouvoir du président américain une zone de fortes turbulences, les premiers accusant les Européens de prendre leur sécurité pour argent comptant, les seconds inquiets d'un éventuel désengagement américain.


Trump dit que la guerre sera finie d'ici deux ou trois semaines, Ormuz n'est plus son problème

Le président Donald Trump s’exprime dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche avant de signer un décret, le mardi 31 mars 2026, à Washington. (AP)
Le président Donald Trump s’exprime dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche avant de signer un décret, le mardi 31 mars 2026, à Washington. (AP)
Short Url
  • Donald Trump annonce un retrait imminent des États-Unis d’Iran, avec ou sans accord, tout en minimisant l’importance stratégique du détroit d’Ormuz, malgré les tensions persistantes
  • Le conflit s’intensifie : frappes en Iran, menaces contre des entreprises américaines, positions fermes d’Benjamin Netanyahu et exigences de Massoud Pezeshkian, sans signe de désescalade

WASHINGTON: Dans un nouveau revirement dont il est coutumier, Donald Trump a affirmé que les Etats-Unis quitteraient l'Iran "très bientôt", dans "deux ou trois semaines", peu importe qu'un accord soit conclu, et que le détroit d'Ormuz bloqué par la République islamique n'était plus son problème.

Après plus d'un mois de conflit, la guerre au Moyen-Orient, qui ébranle l'économie mondiale et a fait des milliers de morts, ne présente mercredi pas de signe de désescalade, malgré des tractations diplomatiques.

La journée de mardi a été marquée par des frappes tous azimuts sur l'Iran et une mise en garde des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, envers les entreprises américaines du secteur des hautes technologies implantées dans la région.

Le président américain, de son côté, continue de souffler le chaud et le froid: lui qui avait promis lundi d'"anéantir" la stratégique île iranienne de Kharg et d'autres cibles si un accord n'était pas trouvé "rapidement", a fait machine arrière mardi.

"Tout ce que j'ai à faire c'est partir de l'Iran et nous le ferons très bientôt", a ainsi affirmé Donald Trump. Il a ensuite évoqué un délai de "deux, peut-être trois semaines", et finalement peu importe selon lui qu'un accord soit trouvé avec la République islamique: c'est "sans importance".

"Nous partirons très bientôt. Et si la France ou un autre pays veut avoir son pétrole ou son gaz ils iront tout droit dans le détroit d'Ormuz (...) et ils se débrouilleront tout seuls. Je pense que ce sera un endroit très sûr en réalité, mais nous n'avons rien à voir avec ça", a-t-il poursuivi.

- "Espionnage" -

Il avait déjà affirmé mardi matin que les Etats-Unis "ne seraient plus là pour aider" les pays dont l'approvisionnement en pétrole dépend de ce détroit stratégique, bloqué par l'Iran depuis le début du conflit.

La Maison Blanche a en tout cas annoncé que Donald Trump s'adresserait à la nation mercredi soir à 21H00 (01H00 GMT jeudi) pour "donner de nouvelles informations importantes sur l'Iran".

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est quant à lui resté sur une ligne dure: "La campagne n'est pas terminée (...) nous allons continuer d'écraser le régime terroriste, nous renforcerons les zones de sécurité autour de nous et nous atteindrons nos objectifs", a-t-il affirmé lors d'une allocution télévisée.

De son côté, le président iranien Massoud Pezeshkian a réclamé pour mettre fin à la guerre, des "conditions essentielles", en particulier "les garanties nécessaires pour empêcher la répétition de l'agression", le versement de compensations financières et un arrêt des hostilités sur tous les fronts.

En attendant, les Gardiens de la Révolution ont listé dans un communiqué 18 entreprises américaines dont Google, Apple, Meta ou encore Tesla, les accusant d'"espionnage" et menaçant de "destruction" de leurs locaux en représailles à tout nouvel "assassinat" de responsables en Iran.

Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a lui affirmé que les prochains jours seraient "décisifs", tout en assurant que les discussions avec l'Iran "se renforcent".

"Je reçois des messages directement de (l'envoyé spécial américain Steve) Witkoff, comme auparavant, et cela ne signifie pas pour autant que nous soyons en négociations", a tempéré le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, sur Al Jazeera.

- "Interdiction de passage" -

Dans la soirée, plusieurs explosions ont été entendues dans le centre de Téhéran et selon les médias iraniens deux gros complexes sidérurgiques ont été frappés. Le gouvernement iranien avait indiqué plus tôt qu'une entreprise pharmaceutique avait été touchée, ainsi qu'une usine de dessalement sur l'île de Qeshm.

L'Union européenne a appelé l'Iran à garantir "la liberté de navigation" dans le détroit d'Ormuz, alors qu'une commission parlementaire iranienne a approuvé un projet visant à imposer des droits de passage aux navires transitant par ce goulet, selon des médias d'Etat. Le texte inclut une "interdiction de passage" pour les Etats-Unis et Israël.

Au Liban, le ministère de la Santé a annoncé tôt dans la nuit mercredi que des frappes israéliennes avaient fait sept morts, cinq à Beyrouth et deux au sud de la capitale.

Un "haut commandant" du Hezbollah ainsi qu'un "terroriste de haut rang" ont été frappés dans la région de Beyrouth, selon l'armée israélienne.

Dans la capitale libanaise, plus d'un millier de personnes fuyant les bombes ont trouvé refuge dans des tentes sous les gradins de la Cité sportive. "Nous vivions comme des rois dans nos maisons. Notre vie est devenue un calvaire", explique Khodr Salem, un commerçant qui se déplace à l'aide d'une béquille.

Le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, a déclaré que son pays avait l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, Beyrouth fustigeant une "nouvelle occupation" du pays.


Liban : dix pays européens et l'UE appellent à garantir la «sécurité» de la Finul 

De la fumée et des débris tourbillonnent sur le site d'une frappe israélienne qui a visé un bâtiment situé à proximité de l'autoroute menant à l'aéroport international de Beyrouth, le 31 mars 2026. (AFP)
De la fumée et des débris tourbillonnent sur le site d'une frappe israélienne qui a visé un bâtiment situé à proximité de l'autoroute menant à l'aéroport international de Beyrouth, le 31 mars 2026. (AFP)
Short Url
  • "Nous réaffirmons notre ferme soutien au mandat de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban dans le Sud-Liban et appelons à garantir que les canaux de déconfliction restent ouverts"
  • Un Casque bleu indonésien a été tué dimanche soir dans le sud du pays, victime selon une source sécuritaire de l'ONU à l'AFP, d'un tir d'un char israélien

PARIS: Dix pays européens et l'Union européenne ont appelé mardi dans une déclaration conjointe à garantir la "sécurité et la sûreté" de la force de maintien de la paix de l'ONU Liban, dont trois militaires ont été tués ces derniers jours.

"Nous exigeons de l'ensemble des parties, en toutes circonstances, qu'elles garantissent la sécurité et la sûreté du personnel et des locaux de la Finul", ont affirmé dans cette déclaration les ministres des Affaires étrangères de la Belgique, de Chypre, de la Croatie, de la France, de la Grèce, de l'Italie, de Malte, des Pays-Bas, du Portugal et du Royaume-Uni ainsi que la haute Représentante de l'Union européenne.

"Nous réaffirmons notre ferme soutien au mandat de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban dans le Sud-Liban et appelons à garantir que les canaux de déconfliction restent ouverts", ajoutent les ministres, qui dénoncent des "pertes humaines inacceptables".

Un Casque bleu indonésien a été tué dimanche soir dans le sud du pays, victime selon une source sécuritaire de l'ONU à l'AFP, d'un tir d'un char israélien. Deux autres Casques bleus indonésiens ont été tués le lendemain dans une explosion, qui pourrait être due à une mine, a indiqué la même source à l'AFP.

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit tenir mardi une réunion d'urgence après la mort des Casques bleus au Liban.

Dans leur déclaration, les ministres appellent également "Israël à éviter toute nouvelle aggravation du conflit, notamment par le biais d'une opération terrestre sur le territoire libanais" et condamnent "fermement les attaques du Hezbollah menées contre Israël en soutien à l'Iran".

Ils encouragent également le gouvernement libanais "à maintenir son cap en mettant en œuvre des mesures concrètes et irréversibles, à tous les niveaux, afin de rétablir sa souveraineté sur l'ensemble du territoire libanais, notamment concernant le monopole de l'État sur les armes"

La Finul, qui compte près de 8.200 soldats issus de 47 pays, est prise en étau entre Israël et le groupe chiite pro-iranien Hezbollah, qui a entraîné le Liban dans la guerre entre Israël et les Etats-Unis d'une part, et l'Iran d'autre part, à la suite d'une attaque le 2 mars.