Corps-X, un projet de film documentaire subversif

Myriam Bouabid. (Photo fournie).
Myriam Bouabid. (Photo fournie).
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Publié le Vendredi 17 septembre 2021

Corps-X, un projet de film documentaire subversif

  • «Je me suis rendu compte que l’énonciation était plus important que l’énoncé»
  • «J’ai compris qu’il fallait choquer le spectateur»

PARIS: Le 25 août, le Fonds arabe pour les arts et la culture (Afac) a annoncé l’octroi d’une bourse à vingt-quatre projets de films documentaires indépendants. Onze réalisatrices et treize réalisateurs venant de douze pays arabes ont reçu ce précieux sésame dont la Tunisienne Myriam Bouabid pour son projet Corps-X. Arab News en français a souhaité mettre en lumière la genèse et les étapes clés du processus cinématographique en interrogant Myriam Bouabid.

De l’importance de l’énonciation

L’année 2021 est pour Myriam Bouabid une année particulièrement féconde, aisément qualifiable «d’annus mirabilis». L’enseignante en langue française à l’École d’art et de décoration de Tunis a débuté cette année une thèse interdisciplinaire en recherche sémiotique qui porte sur l’étude des frontières. Myriam Bouabid est fascinée par la littérature et l’espace, comme l’illustre le titre de son mémoire de Master : L’espace entre énonciation visuelle et scripturale dans Détruire dit-elle de Marguerite Duras. Critique littéraire, elle a aussi écrit cette année un texte très intéressant sur le dernier livre de la Tunisienne Wafa Ghorbel pour le magazine littéraire Trait-d’Union en se focalisant notamment sur les rapports entre le corps et l’espace.

myriam bouabid
 Myriam Bouabid a choisi de traiter la question de la pollution atmosphérique par le biais d’un triptyque reliant le corps, la faune et la flore. (Photo fournie).

Pourquoi dès lors Myriam Bouabid a décidé de se lancer dans l’aventure cinématographique plutôt que dans le chemin de l’écriture qui lui est beaucoup plus familier? «Initialement, je voulais écrire une nouvelle destinée à sensibiliser la nouvelle génération aux problèmes environnementaux. Mais il y a un désamour pour les livres. J’ai toutefois décidé dans le film de ne pas abandonner les mots. Il y aura des phrases avec un rythme un peu saccadé, avec une syntaxe un peu fragmentée.» 

L’année 2021 est donc avant tout pour Myriam Bouabid l’année de sa première expérience cinématographique avec le projet Corps-X. Elle a eu l’opportunité d’être très bien accompagnée et aidée notamment par la société de production Inside et le producteur Moncef Taleb. Son projet a d’abord été sélectionné par l’organisation indépendante Doc House qui, dans le cadre de la première édition du programme Tatwir, lui a octroyé une bourse d’écriture ainsi qu’un accompagnement dans le projet de création. Elle fut encadrée par son producteur Moncef Taleb, la productrice Elhum Shakerifar et le réalisateur documentariste et producteur, Mohamed Saïd Ouma. «Il s’agissait de ma toute première expérience dans le monde du cinéma. Cet atelier m’a servi à recadrer mon projet, à recentrer ma problématique, et à inscrire mon projet encore plus dans le réel. Le fonds m’a permis de me rendre à Gabès en juin pour faire le repérage.»

myriam bouabid
De manière inédite, Myriam Bouabid a décidé de filmer l'errance et la souffrance animale dans ce lieu dépotoir. (Photo fournie).

Ville du sud-est de la Tunisie au bord de la Méditerranée, Gabès est une ville victime de la pollution industrielle principalement due au phosphate. Les usines d’engrais implantés depuis 1972 ont conduit à une catastrophe environnementale que Myriam Bouabid a choisi de traiter par le biais d’un triptyque reliant le corps, la faune et la flore. «Au début, je voulais travailler sur la pollution atmosphérique, un sujet qui a été très largement traité. Je me suis vite rendu compte que l’énonciation était plus important que l’énoncé. C’est la manière à travers laquelle on raconte l’histoire qui va être le plus important. Il s’agit de confronter la réalité et d’accepter ce monde moelleux et fondant. Le but de mon documentaire est de parler de l’humain au même niveau que le monde de la faune et de la flore.» Toutefois, ce n’est pas un documentaire sur Gabès. «Il n’y a pas de localisation géographique. Il n’y a aucun indice qui permette de déterminer les lieux. J’ai voulu que l’attention du spectateur se porte uniquement sur les conséquences de la pollution atmosphérique.»

Choquer et instruire le spectateur

Myriam Bouabid a fait le choix de révéler la réalité telle quelle. «À Gabès, il y a des images collantes, des images de bêtes et d’humains errant dans un environnement dans lequel les gens ont peur mais qu’ils continuent de massacrer. Ce que je suis venue questionner à Gabès, avant de vouloir changer les mentalités, c’est de sensibiliser et de parler de cette errance animale et humaine dans ce lieu dépotoir. Je souhaite à travers ce projet ramener le débat sur le long terme et assurer une visibilité à la vie animale. La souffrance des bêtes me bouleverse.»

De nombreuses réflexions ont eu lieu pour savoir s’il fallait ou non filmer cette souffrance. «J’ai vu un oiseau qui ressemblait à un épouvantail. Il était figé dans le sable. Il n’avait plus d’yeux. Il était mort. Je me suis effondrée après l’avoir vu. Ahmad Tahar qui m’accompagnait à l’image l’avait filmé. J’ai été perturbée. J’ai cru qu’il fallait instaurer une certaine éthique à l’égard des animaux. J’ai compris qu’il fallait choquer le spectateur.»

Défenseure de la cause animale, Myriam Bouabid utilise l’imagerie médicale à des fins bien précises. «Personne ne parle de la souffrance animale. L’imagerie médicale permet de montrer que les humains et les animaux peuvent souffrir des mêmes maladies. Inintelligible par les personnes lambda, ce dispositif est difficile à interpréter sans la présence d’un professionnel de santé. J’ai ainsi décidé d’avoir recours à des moyens qui dépassent les mots et le verbe.»


La Française Nathalie Stutzmann à la tête de l'Atlanta Symphony Orchestra

Au centre, Nathalie Stutzmann. (Photo, AFP)
Au centre, Nathalie Stutzmann. (Photo, AFP)
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  • Avant Nathalie Stutzmann, l'Américaine Marin Alsop a été la seule femme à diriger l'un des 25 plus grands orchestres des Etats-Unis
  • Née Nathalie Dupuy à Suresnes le 6 mai 1965, Nathalie Stutzmann est la fille d'un père baryton et d'une mère soprano

PARIS : La Française Nathalie Stutzmann va prendre la tête de l'Atlanta Symphony Orchestra, devenant ainsi la deuxième femme à diriger un grand orchestre américain, a annoncé l'institution sur son site.

Avant Nathalie Stutzmann, l'Américaine Marin Alsop a été la seule femme à diriger l'un des 25 plus grands orchestres des Etats-Unis. Elle était, jusqu'en 2020, la directrice musicale de l'Orchestre symphonique de Baltimore.

"Nathalie Stutzmann est une musicienne enthousiasmante et de haut calibre (…). Ses interprétations sont palpitantes au point de nous faire croire que nous entendons les classiques pour la première fois", dit Jennifer Barlament, la directrice exécutive de lorchestre sur le site de l'orchestre, qui a annoncé cette nomination cette semaine.

Née Nathalie Dupuy à Suresnes le 6 mai 1965, Nathalie Stutzmann est la fille d'un père baryton et d'une mère soprano. Elle s'initie au chant (elle est contralto, la voix féminine la plus grave), se forme au piano, au basson, à la musique de chambre. Elle étudie la direction d'orchestre avec l'éminent professeur finlandais Jorma Panula.

À 18 ans, elle intègre l'Ecole d'Art Lyrique de l'Opéra de Paris et remplace la même année au pied levé la légendaire Jessye Norman, ce qui lui permet de signer son premier contrat à Erato. 

Nathalie Stutzmann compte plus de 80 enregistrements, dont l'album "Prima Donna" (2011) où elle chante et dirige simultanément l'orchestre. Dans son dernier disque, sorti en janvier 2021, ses chants rendent hommage aux contraltos de l'ère baroque.

Sa carrière de cheffe d'orchestre démarre en 2008. L'année d'après, elle crée son propre orchestre de chambre, Orfeo 55, qui a mis fin à ses activités en 2019.

"J'ai toujours été cheffe dans ma tête et dans mon travail personnel. Il fallait trouver le bon moment pour tenter l'aventure, il semblerait qu'une certaine égalité arrive en ce moment", avait-elle déclaré début 2021 à France Musique.

Nathalie Stutzmann, qui dirige un concert mercredi à la Philharmonie de Paris, est régulièrement invitée par des ensembles internationaux, de l'Orchestre symphonique de Londres à l'Orchestre national de Washington.

Elle a été annoncée comme la nouvelle cheffe principale invitée de l'Orchestre de Philadelphie à partir de la saison 2021-22, pour trois ans, et entame sa quatrième saison comme cheffe d’orchestre titulaire à l'Orchestre de Kristiansand (Norvège).

La cheffe d'orchestre devait faire ses débuts au prestigieux Metropolitan Opera House en octobre en dirigeant "Iphigénie en Tauride" de Gluck, mais le spectacle a été annulé en raison de complications liées à la pandémie de Covid-19.

Les cheffes d'orchestre ont gagné en visibilité cette dernière décennie, même elles restent fortement minoritaires (autour de 5%).


Défilé de stars sur le tapis rouge de « Casablanca Beats » au Festival du film d’El Gouna

L'actrice tunisienne Dorra Zarrouk à son arrivée pour la projection de « Casablanca Beats » au Festival Plaza, le 2e jour de la 5e édition du Festival du film d'El Gouna, à El Gouna, en Égypte, le 15 octobre 2021. (AFP)
L'actrice tunisienne Dorra Zarrouk à son arrivée pour la projection de « Casablanca Beats » au Festival Plaza, le 2e jour de la 5e édition du Festival du film d'El Gouna, à El Gouna, en Égypte, le 15 octobre 2021. (AFP)
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  • « Casablanca Beats », qui était en compétition pour la prestigieuse Palme d'Or, a fait sa première mondiale au Festival de Cannes 2021
  • Réalisé par le célèbre cinéaste franco-marocain Nabil Ayouch, le film raconte l'histoire d'un ancien rappeur, Anas, qui travaille dans un centre culturel d'un quartier populaire de Casablanca

EL GOUNA : Le Festival du film égyptien d'El-Gouna a projeté vendredi son premier film, le film marocain « Casablanca Beats ».

Des stars, dont l'actrice tunisienne Dorra Zarrouk et l'actrice égyptienne Amina Khalil, sont arrivées sur le tapis rouge vêtues de robes glamour.

Zarrouk a opté pour une robe grise volumineuse de la maison de couture basée à Dubaï Maison Yeya. Elle a accessoirisé son look avec des bijoux de la joaillerie libanaise Yessayan Jewelry.

Khalil a choisi une robe dorée asymétrique conçue par le couturier égyptien Sara Onsi. Elle a complété sa tenue de tapis rouge avec une pochette de la marque égyptienne Okhtein, précédemment promue par Kylie Jenner.

L'actrice égyptienne Youssra portait une robe en satin rouge de la maison de couture égyptienne Nazazy Couture. Ses grosses boucles d'oreilles et son bracelet en or ont été fabriqués sur mesure par la marque égyptienne Dima Jewelry.

L'influenceuse et entrepreneure libanaise Karen Wazen faisait partie des invités qui ont assisté à l'événement. C'est la première fois que Wazen participe au festival.

Dans une interview avec Arab News après l'événement, elle a déclaré : « J'ai été tellement impressionnée, au moment où je suis entrée, tout était extrêmement organisé. C'était un si beau lieu. Nous avons assisté à de nombreux festivals de films, à de nombreux événements avec tapis rouge, et je ne pense pas que nous ayons vu quelque chose de ce niveau. »

« Je suis super fière de voir quelque chose comme ça émerger de la région arabe. J'ai hâte d'y être à nouveau, espérons-le, l'année prochaine », a-t-elle ajouté.

La créatrice de lunettes portait une robe dorée à une épaule du couturier libanais Nicolas Jebran

Les acteurs égyptiens Jamila Awad, Rogena, Ola Roshdy, Ahmed Dawood et Laila Eloui comptaient parmi les autres célébrités qui ont posé pour des photos avant la projection.

« Casablanca Beats », qui était en compétition pour la prestigieuse Palme d'Or, a fait sa première mondiale au Festival de Cannes 2021.

Réalisé par le célèbre cinéaste franco-marocain Nabil Ayouch, le film raconte l'histoire d'un ancien rappeur, Anas, qui travaille dans un centre culturel d'un quartier populaire de Casablanca.

Encouragés par leur nouveau professeur, ses élèves tentent de se libérer du poids des traditions pour vivre leur passion et s'exprimer à travers le hip-hop.

Le réalisateur et les acteurs n'ont pas pu assister à la projection du film à El Gouna, précise le producteur exécutif qui a foulé le tapis rouge.

Il est en compétition pour le prix de la meilleure œuvre narrative au Festival du film d'El Gouna.

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com

 


Prix Planeta: un million d'euros et le mystère Carmen Mola levé

Les lauréats du prix Premio Planeta 2021lors de la cérémonie de la 70e édition du prix "Premio Planeta", à Barcelone le 15 octobre 2021.(Josep Lago/AFP)
Les lauréats du prix Premio Planeta 2021lors de la cérémonie de la 70e édition du prix "Premio Planeta", à Barcelone le 15 octobre 2021.(Josep Lago/AFP)
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  • Le prix le plus important de la littérature hispanique est devenu cette année l'un des mieux dotés au monde, le vainqueur de cette 70e édition empochant un million d'euros
  • Il a aussi permis de lever le voile sur l'identité de Carmen Mola, pseudonyme sous lequel a été publié une trilogie de romans policiers à succès et derrière lequel se cachent trois auteurs

BARCELONE, Espagne : Un million d'euros et l'un des grands mystères de la littérature espagnole résolu : le prix Planeta a récompensé vendredi "La Bestia", et révélé l'identité de Carmen Mola, l'énigmatique signature derrière laquelle se cachent en réalité trois auteurs masculins.

Le prix le plus important de la littérature hispanique est devenu cette année l'un des mieux dotés au monde, le vainqueur de cette 70e édition empochant un million d'euros. Soit mieux que le prix Nobel de littérature (environ 980.000 euros), le British Booker Prize (59.000 euros) ou encore le Goncourt français dont le lauréat reçoit un chèque symbolique de 10 euros.  

Il a aussi permis de lever le voile sur l'identité de Carmen Mola, pseudonyme sous lequel a été publié une trilogie de romans policiers à succès. Derrière ce nom se cache en effet trois auteurs, Jorge Díaz, Agustín Martínez et Antonio Mercero, et non une Madrièlène née à en 1973 et mère de trois enfants comme déclaré jusqu'ici, a révélé Jorge Díaz.

"Derrière le nom de Carmen Mola, il n'y a pas, comme dans tous les mensonges que nous avons racontés, une enseignante de lycée, mais trois écrivains, trois scénaristes et trois amis (...), qui un jour, il y a quatre ans, ont eu l'idée folle de combiner leurs talents pour écrire une histoire ensemble", a expliqué Jorge Díaz après avoir reçu le prix.

"Cette histoire a eu du succès et en a donné une autre, une autre, une autre... et à la fin, elle nous a amenés ici ce soir", a-t-il ajouté.

"La Bestia" se déroule dans le Madrid de 1834, au plus fort de l'épidémie de choléra, et raconte l'histoire d'un journaliste, d'un policier et d'une jeune fille qui tentent de percer le secret derrière une vague de meurtres parmi les classes populaires.

Cette année un record de 654 œuvres ont concouru pour le Planeta, principalement venues d'Espagne (389) et de pays d'Amérique latine comme l'Argentine (41) et le Mexique (39).  

Parmi les lauréats de ce prix figurent des prix Nobel comme le Péruvien Mario Vargas Llosa et l'Espagnol Camilo José Cela, ainsi que d'autres écrivains prestigieux comme Eduardo Mendoza ou Antonio Muñoz Molina.