La cheffe économiste du FMI voit les prix de l'énergie reculer début 2022

Gita Gopinath, économiste en chef du FMI. (Photo, AFP)
Gita Gopinath, économiste en chef du FMI. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 13 octobre 2021

La cheffe économiste du FMI voit les prix de l'énergie reculer début 2022

  • La hausse des prix de l'énergie pèse sur les ménages mais ne devrait pas conduire à une crise semblable à celle des années 1970, estime Gita Gopinath
  • Elle a toutefois reconnu que le risque important était d'avoir un nouvel hiver rigoureux qui conduirait alors à des coupures de courant beaucoup plus larges

WASHINGTON : La hausse des prix de l'énergie pèse sur les ménages mais ne devrait pas conduire à une crise semblable à celle des années 1970, estime Gita Gopinath, l'économiste en chef du FMI, qui s'attend à une modération "d'ici la fin du premier trimestre 2022".

La reprise de l'économie mondiale est marquée par une fort rebond de la demande qui s'était effondrée l'an passé avec la paralysie de l'activité dans un effort pour maintenir la propagation de la pandémie, a rappelé Mme Gopinath au cours d'une interview avec l'AFP.

Un hiver long et froid suivi d'un été particulièrement chaud a conduit à une plus forte demande dans le secteur de l'énergie et a épuisé les stocks, notamment les réserves de gaz en Europe.

De plus, "cette reprise est vraiment unique en son genre", a souligné l'économiste du Fonds monétaire international. De nombreux secteurs peinent à trouver de la main d'oeuvre malgré une demande élevée, en raison entre autres de la crainte d'être infectés par le Covid, ce qui a conduit à d'importantes perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales.

"Ce genre de pénuries alimente la pression sur les prix" dans différentes parties du monde, en Allemagne, aux Etats-Unis, au Japon, poursuit l'économiste.

Toute la question est de savoir si c'est un phénomène qui va durer ou s'inverser rapidement.

Scénario du pire ?

"Pour le moment, même si à court terme, (...) pendant les quelques mois d'hiver, les prix de l'énergie seront élevés, nous nous attendons à ce qu'ils redescendent d'ici la fin du premier trimestre de l'année prochaine et au cours du deuxième trimestre", a-t-elle déclaré. 

Elle a toutefois reconnu que "le risque important" était d'avoir un nouvel hiver rigoureux qui conduirait alors à "des coupures de courant beaucoup plus larges et des coupures de courant qui auraient un effet beaucoup plus important sur le monde".

"Le scénario du pire serait d'avoir un hiver particulièrement rigoureux dans l'hémisphère nord avec une demande pour l'énergie qui grimpe. Et parallèlement, nous n'aurions pas résolu le problème des perturbations des chaînes de production", a-t-elle opiné, notant en outre que le monde n'est pas à l'abri d'événements climatiques extrêmes.

En février dernier, un froid glacial, marqué par des températures polaires et des tempêtes de neige, avait par exemple provoqué une envolée de la consommation d'électricité dans les Etats du sud des Etats-Unis. 

Le Texas, qui compte près de 29 millions d'habitants, n'avait pas pu répondre à l'explosion de la demande et des centaines de milliers de foyers avaient été privés d'électricité.

Pour autant, Mme Gopinath ne s'attend pas à une crise telle que celle des années 1970 car "dans l'ensemble, le monde dépend beaucoup moins de l'énergie". 

Et "il faudrait une augmentation beaucoup plus importante des prix du gaz, par exemple, pour (...) que cela conduise à (...) une stagflation", c'est à dire une inflation très élevée et une croissance stagnante, observe-t-elle.

Pour l'heure, les marchés ont les yeux rivés sur la courbe des prix.

Le 6 octobre, le cours européen de référence, le TTF néerlandais, s'était envolé à 162,125 euros en début de séance européenne, un record. Ce niveau de prix est huit fois supérieur à celui d'il y a six mois.

Et lundi, le baril WTI (variété standard aux Etats-Unis) a clôturé au-dessus de 80 dollars pour la première fois depuis octobre 2014.


Face à une croissance mondiale en berne, la patronne du FMI appelle à l'action

La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, discute de l'économie mondiale et des priorités politiques le 6 octobre 2022 à Washington, DC. (AFP).
La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, discute de l'économie mondiale et des priorités politiques le 6 octobre 2022 à Washington, DC. (AFP).
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  • L'institution publiera mardi ses prévisions de croissance pour l'année à venir, et celles-ci seront révisées en baisse, a averti Mme Georgieva
  • En cause, la multiplication des crises, renforcées par les conséquences de la guerre russe en Ukraine, et les désastres écologiques qui ont frappé plusieurs régions du monde cet été, venant un peu plus déstabiliser l'économie mondiale

WASHINGTON : Les Etats et institutions doivent agir ensembleface au risque croissant de récession partout dans le monde, a averti la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, dans un discours prononcé jeudi à Washington.

Face au risque de voir "cette période de fragilité devenir une dangereuse nouvelle normalité", Mme Georgieva a appelé à "plus de volonté à agir maintenant et ensemble".

"Il y a urgence à stabiliser l'économie. (...) Au FMI, nous appelons à une action conjointe" des Etats afin d'anticiper les crises à venir, a insisté la directrice générale du FMI, en ouverture des réunions annuelles de l'institution, qui doivent se tenir dans une semaine à Washington, entièrement en présentiel pour les participants, pour la première fois depuis l'automne 2019.

L'institution publiera mardi ses prévisions de croissance pour l'année à venir, et celles-ci seront révisées en baisse, a averti Mme Georgieva.

En cause, la multiplication des crises, renforcées par les conséquences de la guerre russe en Ukraine, et les désastres écologiques qui ont frappé plusieurs régions du monde cet été, venant un peu plus déstabiliser une économie mondiale déjà mise à mal par le Covid-19.

La pandémie a marqué un "virage fondamental pour l'économie mondiale" a ajouté Mme Georgieva, passant d'"un monde d'une prévisibilité relative" à "un monde sujet aux chocs et de plus grande incertitude".

Conséquence, l'institution s'attend désormais à ce qu'un nombre important de pays connaissent au moins deux trimestres consécutifs de repli de leur PIB, signe de récession, entre la fin de cette année et 2023.

Un risque qui devrait concerner "environ un tiers de l'économie mondiale" alors que "pour de nombreux foyers à travers le monde, même si la croissance est positive, ils auront le sentiment d'être en récession, à cause de la hausse du coût de la vie", a souligné Mme Georgieva.

Et cela pourrait même être pire: "l'incertitude est extrêmement élevée, dans un contexte de guerre et de pandémie. Il peut y avoir d'autres chocs économiques".

Dès lors, la première des priorités est d'empêcher les prix de continuer à flamber, car "loin d'être transitoire, l'inflation s'installe", a-t-elle estimé.

Et, alors que les banques centrales luttent en relevant leurs taux pour faire ralentir l'économie, ne pas agir maintenant nécessiterait "des taux encore plus élevés et persistants, qui causeraient encore plus de dégâts sur la croissance et l'emploi", a averti la patronne du FMI.

Risque d'une crise étendue de la dette

Kristalina Georgieva rejoint d'ailleurs le président de la banque centrale américaine (Fed), Jerome Powell, reconnaissant que la réduction de l'inflation "ne sera pas facile et ne sera pas indolore à court terme".

Attention cependant à un resserrement monétaire "trop fort et trop rapide" et surtout sans coordination, a prévenu la directrice générale du FMI, au risque de "plonger de nombreuses économies dans une récession prolongée".

D'autant que la hausse du dollar, conséquence de celle du taux directeur de la Fed, vient compliquer l'accès au crédit de nombreux pays qui empruntent dans cette monnaie et ont vu leur dette augmenter par ailleurs du fait de la hausse des taux d'intérêt.

"Plus du quart des pays émergents ont fait défaut ou sont à des niveaux difficiles, de même que plus de 60% des Etats à faibles revenus", s'est inquiété Kristalina Georgieva.

Le risque: une crise de la dette s'étendant à l'ensemble de ces pays.

"Les principaux prêteurs tels que la Chine ou le secteur privé doivent prendre leur responsabilité", a-t-elle martelé.

Les ministres de l'économie du G20 doivent se retrouver à Washington, en compagnie des gouverneurs des banques centrales, en marge de la réunion annuelle du FMI, mercredi et jeudi prochain. Ils ont notamment la volonté d'avancer sur les sujets de l'imposition mondiale, de la régulation du secteur financier ou encore du financement des infrastructures.

Si agir à court terme est essentiel, "ce ne sera pas suffisant pour revitaliser l'économie mondiale", a prévenu Mme Georgieva, qui appelle à des "réformes de transformation", que le FMI compte soutenir.

Parmi les points d'attention, selon la directrice générale du FMI, "l'investissement dans la santé, l'éducation, des filets de protection plus solides sont essentiels", de même que la numérisation et le développement des infrastructures numériques.

"Nous devons répondre à cette période d'instabilité (...) en stabilisant nos économies face aux crises immédiates et construire notre stabilité face aux crises à venir", a-t-elle conclu.


Le PDG d’Adnoc lance un avertissement sur la sécurité énergétique: «Freinons les émissions, pas le progrès»

Le directeur général et PDG du groupe Abu Dhabi National Oil Company (Adnoc), Sultan Ahmed al-Jaber. (Photo, AFP)
Le directeur général et PDG du groupe Abu Dhabi National Oil Company (Adnoc), Sultan Ahmed al-Jaber. (Photo, AFP)
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  • Sultan Ahmed al-Jaber a affirmé que l’abandon de la production de pétrole et de gaz pourrait nuire à la sécurité énergétique
  • «Restons concentrés sur le captage du carbone, et non sur l’annulation de la production», a-t-il assuré lors du Forum de l’intelligence énergétique à Londres

RIYAD: Le PDG de l’une des plus grandes entreprises pétrolières de la région a estimé que les personnes occupant le même niveau de poste que lui devaient veiller à la sécurité énergétique et s’est insurgé contre les propositions de réduction de la production de pétrole et de gaz.

Lors du Forum de l’intelligence énergétique, organisé à Londres, le directeur général et PDG du groupe Abu Dhabi National Oil Company (Adnoc), Sultan Ahmed al-Jaber, a insisté sur le fait que des entreprises comme la sienne «doivent être présentes» lorsque des plans de transition énergétique sont élaborés.

M. Al-Jaber, qui est également ministre de l’Industrie et des Technologies avancées des Émirats arabes unis (EAU), a prévenu qu’il n’était pas judicieux de mettre fin aux systèmes énergétiques actuels avant d’en élaborer de nouveaux, car l’abandon de la production de pétrole et de gaz pourrait nuire à la sécurité énergétique.

«Nous avons vu que tout progrès commence et se termine par la sécurité énergétique. En tant que leaders mondiaux du secteur de l’énergie, notre responsabilité dans le maintien de cette sécurité énergétique n’a jamais été aussi évidente», a souligné M. Al-Jaber. «Nous devons tous nous engager à atténuer l’impact des approvisionnements énergétiques mondiaux, mais restons concentrés sur le captage du carbone, et non sur l’annulation de la production. Freinons les émissions, pas le progrès», a-t-il ajouté.

Pour le PDG d’Adnoc, la transition énergétique est le projet le plus complexe et le plus capitalistique de l’histoire de l’humanité et un partenariat avec le secteur de l’énergie est nécessaire pour assurer la réussite de cette transformation. «Afin que la transition énergétique soit couronnée de succès, les professionnels de l’énergie doivent être présents en tant que partenaires égaux aux côtés de toutes les autres parties prenantes», a-t-il déclaré.

Il a par ailleurs noté qu’il était nécessaire de réaliser des investissements substantiels dans les hydrocarbures, la source d’énergie sur laquelle le monde comptera à l’avenir. M. Al-Jaber a révélé que les EAU étaient disposés à collaborer avec des partenaires pour atténuer l'impact des hydrocarbures sur le climat et s’appuyer sur leur expertise pour devenir un leader fiable dans le domaine de l’énergie, avec zéro émission de carbone.

Il a indiqué qu’Adnoc utilisait des technologies de pointe, ainsi que des énergies renouvelables  – le solaire et le nucléaire – pour réduire l’intensité carbonique de son pétrole et de son gaz de 25% supplémentaires d’ici à la fin de la décennie.

Le PDG  a également assuré qu’Adnoc allait développer l’utilisation du piégeage du carbone.

S’exprimant lors du même événement le 4 octobre, le PDG de Saudi Aramco, Amin Nasser, a expliqué que la demande mondiale de pétrole devrait augmenter jusqu’en 2030 et au-delà, la stratégie mondiale pour la transition énergétique étant défectueuse. Dans son discours, M. Nasser a précisé que les solutions de remplacement du pétrole et du gaz n’étaient pas encore prêtes et a ajouté que des mesures devraient être prises pour décarboniser le pétrole et le gaz et développer la technologie de piégeage du carbone.  

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


France-Brexit: le gouvernement fixe les conditions d'indemnisation pour les pêcheurs à quai

Les patrons de pêche ont jusqu'au 18 novembre pour déposer une demande d'aide. Si leur dossier est accepté, ils s'engagent à sortir leur navire de la flotte sous 90 jours calendaires. (AFP)
Les patrons de pêche ont jusqu'au 18 novembre pour déposer une demande d'aide. Si leur dossier est accepté, ils s'engagent à sortir leur navire de la flotte sous 90 jours calendaires. (AFP)
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  • Après plus d'un an de bataille entre Londres et Bruxelles, la France a finalement obtenu 1 054 licences de pêches du Royaume-Uni et des îles anglo-normandes
  • Pour les dizaines de pêcheurs restés sur le carreau ou dont l'activité a été drastiquement réduite, le gouvernement a prévu un «plan d'accompagnement individuel» pour les bateaux qui iront à la casse

PARIS: Le gouvernement français a défini les conditions d'accès à une indemnisation pour les pêcheurs dont l'activité a été durement affectée par le Brexit et qui enverront leur bateau à la casse, selon un arrêté publié jeudi au Journal officiel.

Après plus d'un an de bataille entre Londres et Bruxelles, la France a finalement obtenu 1 054 licences de pêches du Royaume-Uni et des îles anglo-normandes.

Pour les dizaines de pêcheurs restés sur le carreau ou dont l'activité a été drastiquement réduite, le gouvernement a prévu un "plan d'accompagnement individuel" (PAI), ou plan de sortie de flotte, pour les bateaux qui iront à la casse.

Ce plan pourrait concerner plus d'une centaine de navires répartis entre Bretagne, Normandie et Hauts-de-France. Un arrêté, attendu depuis des mois, en fixe les modalités.

Selon ce texte, le navire objet de la demande d'aide doit être immatriculé en France, inscrit au fichier de la flotte de pêche de l'Union européenne, avoir mené des activités de pêche en mer pendant au moins 90 jours par an au cours des deux dernières années précédant l'année de la date de présentation de la demande d'aide.

Le navire doit être "entré en flotte avant le 1er janvier 2021" et respecter au moins une des conditions suivantes:

- justifier d'une dépendance d'au moins 20% de la valeur totale des ventes de ses captures réalisées durant l'année de référence 2019 ou 2020 dans les eaux britanniques, de Jersey ou de Guernesey;

- ne pas détenir de licence de pêche donnant l'accès à la zone des 6-12 milles britanniques ou des îles anglo-normandes, et justifier d'une antériorité d'activité sur cette zone;

- présenter une dépendance à un ou plusieurs stocks de poissons spécifiques, générant au moins 20% du chiffre d'affaires.

L'enveloppe globale du dispositif est actuellement de 60 millions d'euros, financée par la Commission européenne au titre de l'aide post-Brexit au secteur de la pêche.

Le montant de l'aide est calculé pour chaque navire en fonction de sa jauge (puissance) et le bénéficiaire a l'interdiction d'armer un nouveau navire de pêche professionnelle maritime ou d'augmenter sa capacité de pêche "pendant les cinq années suivant le paiement de l'aide".

Les patrons de pêche ont jusqu'au 18 novembre pour déposer une demande d'aide. Si leur dossier est accepté, ils s'engagent à sortir leur navire de la flotte sous 90 jours calendaires.