Tunisie : les ministres technocrates se font de plus en plus rares

Une photo publiée par le service de presse de la présidence tunisienne montre la Première ministre Najla Bouden (à droite) présentant le nouveau gouvernement au président Kais Saied à Tunis le 11 octobre 2021. TUNISIAN PRESIDENCY / AFP
Une photo publiée par le service de presse de la présidence tunisienne montre la Première ministre Najla Bouden (à droite) présentant le nouveau gouvernement au président Kais Saied à Tunis le 11 octobre 2021. TUNISIAN PRESIDENCY / AFP
Short Url
Publié le Jeudi 04 novembre 2021

Tunisie : les ministres technocrates se font de plus en plus rares

  • Les compétences du secteur privé sont presque totalement dessaisies des portefeuilles économiques, pour la première fois en dix ans
  • Cette tendance à la marginalisation des profils technocratiques ne semble pas, en tout cas, emporter l’adhésion des milieux d’affaires

TUNIS: Amorcée avec le gouvernement Hichem Mechichi, une nouvelle tendance se confirme dans l’équipe conduite depuis le 29 septembre dernier par Mme Najla Bouden: les compétences du secteur privé sont presque totalement dessaisies des portefeuilles économiques, pour la première fois en dix ans.

Peu présents en politique et quasiment interdits d’accès aux postes gouvernementaux avant le 14 janvier 2011, les compétences originaires du secteur privé ont fait irruption, et en nombre, dans la sphère gouvernementale après la chute du régime Ben Ali. Ils ont trusté entre le tiers et près de la moitié des portefeuilles et, souvent, la plupart des ministères économiques; mais cette tendance est en train de s’inverser.

Le gouvernement que dirige Mme Bouden depuis le 29 septembre dernier n’a, comme le précédent, piloté par Hichem Mechichi (du 2 septembre 2020 au 25 juillet 2021), réservé aux cadres issus du secteur privé que deux des onze portefeuilles économiques. Le premier est l’avocat Mohamed Rekik (ministre des Domaines de l’État et des Affaires foncières). Le second est Samir Saïed, ingénieur diplômé de l’École centrale de Paris, devenu banquier. PDG de Tunisie Télécom avant cette nomination, il hérite du ministère de l’Économie et de la Planification.

Les neuf autres portefeuilles économiques sont allés à quatre hauts fonctionnaires (Sihem Boughdiri Nemsia au ministère des Finances, Neila Nouira Ghonji à celui de l’Industrie, des Mines et de l'Énergie, Fadhila Rabhi ben Hamza à celui du Commerce et du Développement des exportations, Mohamed Moez Belhassine à celui du Tourisme et Rabii Majidi à celui du Transport), à quatre universitaires (Mahmoud Elyes Hamza est le nouveau ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Nizar ben Néji celui des Technologies de l'information et de la Communication et Leïla Chikhaoui celle de l’Environnement) ainsi qu’à un magistrat (Nassreddine Nsibi, ministre de l’Emploi).

Essebsi est allé plus loin

Jusqu’en 2010, les ministres et les secrétaires d’État étaient recrutés presque exclusivement dans le secteur public (administration, université, magistrature…). Les choses ont changé après le 14 janvier 2011. Dernier Premier ministre de Zine el-Abidine ben Ali, le président déchu ce jour-là, Mohamed Ghannouchi avait ouvert les portes de son nouveau gouvernement à quatre figures qui n’étaient pas issues du secteur public: un avocat (Ahmed Néjib Chebbi, ministre du Développement régional et local), une cinéaste (Moufida Tlatli, ministre de la Culture), un expert-comptable (Sami Zaoui, secrétaire d'État chargé des technologies de la communication) et un blogueur (Slim Amamou, secrétaire d'État auprès du ministre de la Jeunesse et des Sports).

Béji Caïd Essebsi, qui fut élu président de la république en 2014, succédant à Ghannouchi le 27 février 2011, est allé plus loin. Il a confié près du quart – sept sur vingt-neuf – des portefeuilles à des compétences venues du privé.

Premier chef de gouvernement islamiste grâce à la victoire du mouvement Ennahdha aux élections de l’Assemblée nationale constituante (ANC) du 23 octobre 2011, Hamadi Jebali intègre au mois de décembre 2011 sept compétences non publiques à son gouvernement, qui compte trente-quatre ministres et secrétaires d’État, et il leur confie sept des dix ministères économiques.

Autre figure du parti islamiste, Ali Larayedh, ministre de l’Intérieur dans le gouvernement Jebali, devient le chef du gouvernement le 13 mars 2013 et s’ouvre davantage encore aux experts du secteur privé. Il leur réserve onze des trente-sept portefeuilles et sept des dix ministères économiques, dont celui de l’Industrie, dirigé par Mehdi Jomaa, qui lui succèdera au mois de janvier 2014.

Nombre record de ministres «technocrates»

À ce jour seul chef de gouvernement de la Tunisie venu du privé après le 14 janvier 2011, Jomaa maintient cette orientation. Sur les vingt-huit membres de son équipe, six viennent du même monde que lui et cinq d’entre eux se sont vu attribuer cinq des onze portefeuilles économiques.

Les ministres «privés» sont un peu plus nombreux dans le gouvernement formé et dirigé au lendemain des élections législatives d’octobre 2014 par Habib Essid – huit sur trente-deux –, mais seule la moitié d’entre eux obtient des portefeuilles économiques.

Au mois d’août 2016, l’un d’entre eux, Youssef Chahed, alors ministre des Affaires locales, est chargé de former un nouveau gouvernement qui détient à ce jour le nombre record de ces ministres qu’on qualifie parfois de «technocrates» parce qu’ils n’appartiennent à aucun parti politique: seize sur trente-quatre, dont six sont à la tête de ministères économiques.

Ennahdha échoue à former le gouvernement

Au lendemain des élections de la fin de l’année 2019, le mouvement Ennahdha échoue à former le gouvernement. Le nouveau président, Kais Saïed, confie alors cette tâche à Elyes Fakkhfakh, un membre du Forum démocratique pour le travail et les libertés, qui, de décembre 2011 à janvier 2014, a déjà exercé le pouvoir avec le parti islamiste. L’ancien ministre des Finances, qui a fait sa carrière dans le secteur privé, y recrute douze de ses trente-quatre ministres et leur confie huit des douze portefeuilles économiques – un record à ce jour.

Hichem Mechichi, qui lui succède au mois de septembre de la même année, change totalement de cap. Pour constituer son équipe, il fait avant tout appel à des fonctionnaires, des universitaires et des magistrats. Sur un total de trente ministres et secrétaires d’État, seuls trois viennent du secteur privé; deux d’entre eux se sont vu attribuer des ministères économiques.

Cette tendance à la marginalisation des profils technocratiques est-elle une bonne ou une mauvaise chose? Elle ne semble pas, en tout cas, emporter l’adhésion des milieux d’affaires. Le patron d’un important fonds d’investissement, qui préfère garder l’anonymat, considère «qu’un mix de compétences qui viennent d’horizons différents et qui travaillent de manière cohérente autour d’un leadership éclairé est le bon compromis». «J’ai toujours composé mes équipes de cette manière», explique-t-il, estimant que «cela pourrait s’appliquer à l’équipe économique du gouvernement».

Une question de leadership et de vision

Pour sa part, Habib Karaouli, PDG de la banque d’affaires Cap Bank, très engagé dans le débat public sur les questions politiques et économiques, affirme que c’est là «surtout une question de leadership et de vision». Pour lui, «c’est le chef de l’État qui doit porter ce projet, indiquer l’horizon et les moyens d’y parvenir. À charge pour le gouvernement de traduire cette politique en plan d’action».

Selon Karaouli, la décennie écoulée a démontré le fait «que, à défaut de vision et de projet, même les plus brillants profils ne pourront pas être efficaces. Il faut d’abord tracer la voie, fixer les objectifs et choisir les profils adéquats en conséquence». Sénèque disait, rappelle le banquier, qu’«il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne connaît pas son port».


Le Liban lance les travaux de réhabilitation de son second aéroport

Des membres du personnel au sol marchent près d’un avion à l’aéroport René Mouawad, dans la ville de Qlaïat, dans le gouvernorat d’Akkar, à l’extrême nord du Liban, le 6 juin 2026. (AFP)
Des membres du personnel au sol marchent près d’un avion à l’aéroport René Mouawad, dans la ville de Qlaïat, dans le gouvernorat d’Akkar, à l’extrême nord du Liban, le 6 juin 2026. (AFP)
Short Url
  • Le Liban a lancé les travaux de réhabilitation de son deuxième aéroport international à Qlaïat, dans le gouvernorat d’Akkar
  • Le projet prévoit une mise en service autour de novembre 2026, avec des vols vers Istanbul et Dubaï, puis vers d’autres destinations régionales, tout en visant la création d’emplois dans le nord du Liban

BEYROUTH: Le Liban a lancé samedi les travaux de réhabilitation de son second aéroport international, situé dans le nord du pays, près de la frontière syrienne, après des années de report.

Le pays ne dispose actuellement que d'un seul aéroport, celui de Beyrouth. Le nouvel aéroport, situé à Qlaïat, dans le gouvernorat d'Akkar, à l'extrême nord du Liban et à proximité de la frontière syrienne, se trouve également près de Tripoli, grande ville à majorité sunnite du nord du pays. 

La mise en service de l'aéroport vise à créer des emplois dans le gouvernorat d'Akkar, l'un des plus pauvres du Liban.

Jusqu'ici, l'aéroport était utilisé à des fins militaires par l'armée libanaise.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam et le ministre des Transports, Fayez Rasamny, ont assisté samedi à l’ouverture de l’aéroport à des fins commerciales. 

"Aujourd'hui on passe de la promesse à la réalisation", a affirmé le ministre libanais, précisant que l'aéroport devrait commencer à être opérationnel "dans quelques semaines" pour desservir Mersin et Istanbul en Turquie mais aussi Dubaï.

Il a également évoqué, à terme, une extension du réseau vers l'Arabie saoudite, Le Caire et Athènes ainsi que des discussions en cours avec les compagnies à bas coût EasyJet, Ryanair et Pegasus, afin qu'elles le desservent.

Les travaux d'aménagement devraient durer au moins trois mois et l'aéroport pourrait être officiellement mis en service en novembre 2026, selon des médias locaux.

La société libanaise Sky Lounge, chargée du projet, a publié samedi une vidéo montrant un vol d'essai entre les aéroports de Beyrouth et de Qlaïat.

Son président-directeur général, Ziad Mnoula, a indiqué que le terminal passagers pourrait être achevé dans les "90 jours" suivant l'obtention des autorisations nécessaires. Selon lui, l'aéroport sera capable d'accueillir 114.000 passagers la première année. 

L’aéroport René Moawad, construit par l’armée française dans les années 1930 et utilisé à des fins civiles dans les années 1960, a été bombardé lors de la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah.

L’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth a continué d’assurer ses opérations sans interruption, malgré les conflits successifs entre Israël et le Hezbollah, notamment en 2023, 2024 et depuis le 2 mars, confirmant son rôle central dans la continuité des liaisons aériennes du pays.


L’Arabie saoudite mène la condamnation arabe des attaques de l’Iran contre Bahreïn et le Koweït

Le ministère a déclaré que l’Arabie saoudite soutient Bahreïn et le Koweït dans les mesures qu’ils prennent pour protéger leur sécurité. (KSAMOFA)
Le ministère a déclaré que l’Arabie saoudite soutient Bahreïn et le Koweït dans les mesures qu’ils prennent pour protéger leur sécurité. (KSAMOFA)
Short Url
  • Les deux pays du Golfe ont intercepté sept missiles tirés par l’Iran samedi

RIYAD : Le ministère des Affaires étrangères de l’Saudi Arabia a condamné samedi les attaques de l’Iran contre l’Bahrain et le Kuwait.

Les deux pays du Golfe ont intercepté sept missiles tirés par l’Iran samedi.

Dans une déclaration publiée sur X, le ministère saoudien des Affaires étrangères a affirmé que les agressions iraniennes représentent une menace pour la sécurité régionale et internationale.

« Les attaques continues de l’Iran compromettent les efforts internationaux visant à rétablir la sécurité », indique le communiqué.

Le ministère a également déclaré que l’Arabie saoudite soutient Bahreïn et le Koweït dans les mesures qu’ils prennent pour garantir leur sécurité.

« Les attaques continues de l’Iran signifient une nouvelle escalade », a ajouté le ministère.

L’échange de frappes intervient alors que l’administration Trump accentue la pression sur l’Iran afin de parvenir à un accord pour mettre fin au conflit.

La Jordan a également condamné samedi ces attaques, les qualifiant de violation de la souveraineté des deux pays et de menace pour la sécurité et la stabilité régionales.

Le ministère des Affaires étrangères a réaffirmé la pleine solidarité de la Jordanie avec Bahreïn et le Koweït, ainsi que son soutien aux mesures prises pour protéger leur sécurité et leur intégrité territoriale. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'armée libanaise annonce la mort de plusieurs militaires dans une frappe israélienne

Des habitants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne survenue la veille dans la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 5 juin 2026. Des frappes israéliennes menées durant la nuit sur la ville de Tyr ont fait sept morts, a indiqué à l’AFP une source de la défense civile libanaise, malgré le cessez-le-feu en vigueur dans la guerre entre Israël et Hezbollah. (Photo : Kawnat HAJU / AFP)
Des habitants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne survenue la veille dans la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 5 juin 2026. Des frappes israéliennes menées durant la nuit sur la ville de Tyr ont fait sept morts, a indiqué à l’AFP une source de la défense civile libanaise, malgré le cessez-le-feu en vigueur dans la guerre entre Israël et Hezbollah. (Photo : Kawnat HAJU / AFP)
Short Url
  • L’armée libanaise annonce la mort de plusieurs soldats, dont un officier, dans une frappe israélienne visant un véhicule militaire dans le sud du Liban malgré le cessez-le-feu annoncé cette semaine
  • Les combats se poursuivent entre Israël et le Hezbollah, tandis que l’armée israélienne a appelé à l’évacuation de plusieurs villages du sud et de l’est du Liban avant de nouvelles frappes

BEYROUTH: L'armée libanaise a annoncé samedi la mort de plusieurs de ses membres dans une frappe israélienne dans le sud du pays, malgré le cessez-le-feu théoriquement en vigueur.

"Plusieurs militaires, dont un officier", ont été tués "dans une attaque israélienne brutale" ayant ciblé un véhicule militaire sur la route entre Khardali et Nabatiyé, a indiqué l'armée dans un communiqué.

Sollicitée par l'AFP, l'armée israélienne a indiqué vérifier ces informations.

Mercredi, à l'issue d'une quatrième session de négociations entre le Liban et Israël à Washington, un nouvel accord de cessez-le-feu avait été annoncé, la trêve en vigueur à partir du 17 avril n'ayant jamais été respectée.

L'accord prévoit un cessez-le-feu conditionné à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah et un maintien à ce stade des tirs et opérations de l'armée israélienne dans le sud du Liban.

Mais le Hezbollah a rejeté cet accord, comme le précédent.

Sur le terrain, les affrontements se poursuivent.

L'armée israélienne a de nouveau appelé samedi à l'évacuation de cinq villages dans le sud et l'est du Liban en prévision de frappes contre le Hezbollah.

"Vous devez évacuer immédiatement vos domiciles et vous déplacer au nord du fleuve Zahrani", a affirmé Avichay Adraee, un porte-parole militaire arabophone, sur son compte Telegram.

Le Hezbollah a relancé les hostilités avec Israël début mars, en visant le sol israélien pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei dans l'offensive israélo-américaine sur Téhéran.

Les frappes israéliennes sur le Liban ont fait plus de 3.560 morts depuis le début de la guerre, selon le dernier bilan des autorités. Côté israélien, 27 soldats et un contractuel civil ont été tués au Liban, d'après l'armée.