À la découverte de la perception hégélienne de l’Islam avec Hussain Hindawi

Dans son ouvrage, Hussain Hindawi souligne les réflexions de Hegel sur l'Islam et sur l'Orient en général. Photo fournie.
Dans son ouvrage, Hussain Hindawi souligne les réflexions de Hegel sur l'Islam et sur l'Orient en général. Photo fournie.
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Publié le Mardi 16 novembre 2021

À la découverte de la perception hégélienne de l’Islam avec Hussain Hindawi

  • L'auteur, dans un entretien avec Arab News en français revient sur la genèse de son ouvrage et les difficultés rencontrées lors de l'écriture, mais aussi sur ses passages préférés
  • «Hegel reconnaît volontiers à l'Islam la fondation d'un “empire universel” et une brillante civilisation qui, pendant longtemps, a été “le centre du savoir”»

ATHÈNES: C'est un titre surprenant que Hussain Hindawi a choisi pour son tout dernier ouvrage: Hegel et l'Islam. Ce diplomate chevronné, actuellement conseiller du Premier ministre irakien, a étudié en France et longtemps travaillé sur l’Islam et les philosophes des Lumières. Pour lui, la philosophie hégélienne, qui est à l'origine «de tout ce qui s'est fait de grand en philosophie depuis un siècle», et qui a «modifié le destin du monde», ne pouvait pas ignorer l'Islam. 

Dans son ouvrage, Hussain Hindawi souligne les réflexions de Hegel sur l'Islam et sur l'Orient en général. Celles-ci ont imprégné la pensée occidentale, et influent encore, sur les relations qu'entretiennent ces deux cultures. Paradoxalement, les textes consacrés par Hegel à l'Islam sont un des aspects les moins étudiés de sa pensée. 

Qui est Hegel?

Georg Wilhelm Friedrich Hegel, né le 27 août 1770 à Stuttgart et mort le 14 novembre 1831 à Berlin, est un philosophe allemand. Son œuvre, postérieure à celle d’Emmanuel Kant, appartient à l'idéalisme allemand et a eu une influence décisive sur l'ensemble de la philosophie contemporaine. Hegel enseigne la philosophie sous la forme d'un système unissant tous les savoirs suivant une logique dialectique.

Il était nécessaire d’insister sur ce qui est vivant dans la philosophie de Hegel d’autant plus que ses réflexions sur l'Islam et sur l'Orient en général, imprègnent encore aujourd’hui dans une mesure non négligeable la pensée politique occidentale.

 

Hussain Hindawi

L'auteur, dans un entretien avec Arab News en français revient sur la genèse de son ouvrage et les difficultés rencontrées lors de l'écriture, mais aussi sur ses passages préférés. Et surtout sur la raison pour laquelle il a voulu interpeller Hegel sur l’Islam. «Mon intérêt pour la vision hégélienne de l'Islam tient surtout à des facteurs académiques et même épistémologiques, si je puis dire. Mon souci cependant, n'était pas de juger les idées d'un philosophe du XIXe siècle sur cette religion, mais plutôt de connaître leurs prolongements et leurs effets sur notre vie politique et culturelle actuelle. C’est pourquoi, il était nécessaire d’insister sur ce qui est vivant dans la philosophie de Hegel d’autant plus que ses réflexions sur l'Islam et sur l'Orient en général, imprègnent encore aujourd’hui dans une mesure non négligeable la pensée politique occidentale, et influent sur les relations qu'entretiennent ces deux cultures. Il était également important de compléter un aspect manquant dans la recherche sur la philosophie de l’Histoire et celle de la religion chez Hegel. Cette dernière occupe une place importante dans sa philosophie en général.»

La philosophie de Hegel n’est pas une doctrine à côté des autres, mais représente plutôt une manière différente de lire l’Histoire universelle.

Hussain Hindawi

Sur la manière dont l'idée du livre lui est venue, Hussain Hindawi souligne que ses recherches sur Hegel dataient de ses années d’études à l’université de Poitiers, où il avait en particulier suivi, entre 1980 et 1982, les cours d’un professeur «extrêmement énergique, passionné et convaincant, le philosophe français Jacques D'Hondt, fondateur du Centre de recherche et de documentation sur Hegel et Marx».

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Hussain Hindawi souligne que ses recherches sur Hegel dataient de ses années d’études à l’université de Poitiers. Photo fournie.

Et d'ajouter: «J’avais compris grâce à lui que la philosophie de Hegel n’est pas une doctrine à côté des autres, mais représente plutôt une manière différente de lire l’Histoire universelle. C’est lui aussi qui m’avait conseillé d’orienter mon travail vers l’aspect “islamique” de l’œuvre de Hegel. Ce thème avait été jusqu’alors très peu traité par les spécialistes de sa philosophie, et c’était l’occasion pour moi d’explorer un domaine quasiment vierge, ce qui était particulièrement excitant, en portant une attention minutieuse au détail des textes de Hegel et aux enjeux de raisonnement dont il est porteur.»

La notion de «pont » entre l'Occident et l'Orient qui apparaît chez Hegel est-elle encore possible aujourd'hui?

Dans son livre, Hussain Hindawi souligne que «les Arabes, entrèrent en effet en contact avec la philosophie grecque en particulier par l’intermédiaire des Syriaques (Asie antérieure), qui était sous leur domination. Les Syriaques étaient en effet de culture hellénique, et ils formaient un Royaume grec. En Syrie, près d’Antioche, et en particulier à Bérytos et à Édesse, il existait de grands établissements culturels. Les Syriaques constituèrent le point de liaison entre la philosophie grecque et les Arabes. La langue syriaque était une langue populaire à Bagdad même.»

Q. Cette notion de «pont» entre l'Occident et l'Orient est-elle encore possible aujourd'hui à l'heure où un clash entre ces deux mondes est plus que jamais perceptible?

R. Sans aucun doute, le monde culturel et l'Histoire humaine ont toujours besoin d'un cœur, central ou spirituel, même au sens symbolique, dans lequel les visions cosmiques se croisent, interagissent et illuminent. Cet axe était la Méditerranée jusqu'à nos jours. Il est vrai que la Méditerranée s'est parfois transformée en séparation, voire une arène d'affrontement, entre les hommes pendant un certain temps. Cependant, l’axe méditerranéen a toujours rappelé son rôle et sa position de pont entre les peuples, les civilisations et les religions, et peut-être, ce sera encore le cas pour de longues périodes à venir. Il y a un désir constant de retourner au berceau des civilisations et des religions, et cela concerne toutes les aires culturelles dans le monde. Mais la Méditerranée demeure le berceau par excellence pour nos idées les plus actuelles, philosophiquement du moins.

Lorsque nous lui demandons d'expliquer la spécificité de la philosophie hégélienne à des profanes, Hussain Hindawi s'exécute volontiers en expliquant que Hegel est un philosophe allemand «qui a construit un immense système ordonnant toutes les connaissances de son temps. Aux yeux de Hegel, la philosophie doit englober tout ce qui est, comprendre le réel dans sa totalité, penser l’Histoire et les choses: “Saisir et comprendre ce qui est, telle est la tâche de la philosophie”, dit-il.»

Ainsi, indique l'auteur, «la philosophie représente un système, c’est-à-dire un ensemble organisé et unifié dont tous les éléments sont indépendants, une connaissance formant une unité et englobant tous les éléments de la pensée et de la vie. En revanche, par ses travaux, Hegel aboutit à la conviction que la seule idée qu'apporte la philosophie, dans son rapport avec le fait historique, est: “la raison gouverne le monde et, par conséquent, l'Histoire universelle s'est, elle aussi, déroulée rationnellement”.»

Lorsqu'il a commencé à rassembler des informations sur le lien qui unissait Hegel à l'Islam, la plus grande difficulté pour Hussain Hindawi a été le fait que les textes consacrés par Hegel précisément à l'Islam sont l'un des aspects les moins étudiés de sa pensée: «Nous avons vainement cherché un ouvrage qui s'intéresse à ce sujet parmi les innombrables travaux qui ont été consacrés à la philosophie de Hegel, dont plusieurs sont relatifs à des spiritualités et des civilisations orientales telles que la Chine, l'Inde et le judaïsme notamment. Ainsi, l’absence d'un chapitre consacré à la religion islamique dans sa Philosophie de la religion et la maigreur des passages dans l'Histoire de la philosophie, dans la Philosophie de l'Histoire, et dans l'Esthétique ont renforcé l'idée que ce philosophe aurait délaissé l'Islam, et par là découragé les spécialistes d'entreprendre des études consacrées à ce thème. Toutefois, nous avions exclu que ce philosophe puisse oublier une grande religion comme l'Islam, d'autant plus que l'Islam pour Hegel est loin d'être un phénomène spirituel modeste; il affirme, bien au contraire, que “c'est une religion spirituelle comme la religion juive”, et qu’“elle est dans la même sphère que la religion chrétienne”.»

La perception hégélienne de l'Islam

Hussain Hindawi revient aussi sur la perception de l’Islam par Hegel. Pour le philosophe allemand, l'Islam est «le moment suprême de la religion du sublime qui trouve son existence historique dans le judaïsme également». Ces deux religions se succédant nécessairement dans le temps, selon la dialectique interne de la religion du sublime, mais en parfaite correspondance avec la progression vers la véritable représentation de Dieu. Ainsi l'Islam, selon Hegel, n'est pas seulement «une religion spirituelle comme la religion juive», mais «le contenu aussi de l’Islam est identique à celui de la religion juive»; leur opposition réside dans le fait que le Dieu des juifs qui n'est pas encore purement universel, unique et abstrait, devient absolument universel, unique et l’Un pur de la pensée pour les musulmans. Par conséquent, le christianisme et l'Islam sont, tous deux, et au même titre, la négation du judaïsme; Allah, selon Hegel, «se tient au même degré que le Dieu des chrétiens puisque aucune particularité n'est réservée».  Aussi, l'Islam se place au-dessus du judaïsme, comme sa négation, comme son dépassement. Car dans la conscience islamique l'unicité de Dieu est si rigoureusement exprimée que rien ne peut la troubler au point que même la multiplicité interne, la Trinité, est rejetée.  Voilà pourquoi, l'Islam à ses yeux ne se présente pas seulement comme «l'opposition absolue» du christianisme dans l'Histoire universelle, mais aussi et surtout, il représente avec le christianisme les deux mondes qui s'affrontent «au cours du dur combat»  au sein même du monde germanique. Donc, du point de vue de la logique, la dialectique de la quatrième figure universelle de l'Esprit se présente de la manière suivante: le catholicisme = thèse; l'Islam = antithèse ; le luthéranisme = synthèse.

Hegel reconnaît volontiers à l'Islam la fondation d'un “empire universel” et une brillante civilisation qui, pendant longtemps, a été “le centre du savoir”, qui attire à Bagdad puis à Cordoue non seulement des Orientaux mais aussi des chrétiens d'Occident.

Hussain Hindawi

Où en sommes-nous des principes de la Révolution aujourd'hui en France?

Q. On connaît l'admiration de Hegel pour la Révolution de 1789. Où en sommes-nous de ses principes (liberté, égalité, fraternité) aujourd'hui en France à l'heure où une partie de sa société – en l'occurrence d'obédience musulmane – est stigmatisée, en particulier au moment des échéances électorales?

R. Pour Hegel, en effet, la Révolution française est le symbole de la liberté, ou l’arbre de la liberté. Il admirait les idéaux de la Révolution française, tout en demeurant profondément attaché au royalisme – qui était pour lui le seul système politique capable de préserver la liberté. Il voyait dans la rupture de 1789 l’opportunité du progrès vers la société rationaliste qui inscrit le vrai dans l’ordre du réel, qui ouvre l’horizon de l’avènement de l’esprit. On peut dire qu’après la Révolution, la France a en quelque sorte naturalisé ses principes révolutionnaires, liberté, égalité, fraternité, en principes républicains, les inscrivant dans la loi et dans diverses politiques sociales. Les développements historiques depuis la fin du XVIIIe siècle, la révolution industrielle, la colonisation, les guerres mondiales, la difficile décolonisation, ont inévitablement impacté la loi et la pratique sociale. Les principes se sont alors déformés (pour ne pas dire détruits) dans la concrétude du réel. Aujourd’hui la France doit encore faire face à son passé colonial, et toutes les questions afférentes, y compris celle de son rapport à l’Islam. Instrumentaliser la question de l’Islam avant chaque échéance électorale est tout sauf rationnel, on peut même dire que cela empêche le débat constructif sur la place, voire l’apport, du religieux dans la société française du XXIe siècle.

À la question de savoir pourquoi avoir voulu appliquer la philosophie hégélienne pour analyser la place de l'Islam dans l'Histoire universelle, Hussain Hindawi explique que c’est Hegel qui a placé l'Histoire «au centre de sa réflexion philosophique». «Dans ses Leçons sur la philosophie de l’Histoire, son discours est centré uniquement sur l'Histoire générale de l'humanité dans le sens le plus habituel du terme; et même, il respecte l'ordre chronologique des événements, en partant des plus anciens, pour parvenir, par les étapes d'une succession, jusqu'aux plus récents. Cette Histoire universelle, en fait, est représentée par des efforts humains de six mille ans, allant du Déluge jusqu'à la Révolution française. De même, la Méditerranée est le cœur du monde historique, elle le conditionne et l'anime. Sans elle, on ne saurait se représenter l'Histoire universelle. Ces limitations géographiques et temporelles sont d'une importance capitale. Elles nous montrent, explicitement, combien le sud de la Méditerranée, berceau et cadre de l'Islam, occupe un rôle décisif, et combien l'Islam, activement présent dans cette partie du monde, tient une place importante dans la dialectique de l'évolution de l'Histoire universelle. En outre, Hegel reconnaît volontiers à l'Islam la fondation d'un “empire universel” et une brillante civilisation qui, pendant longtemps, a été “le centre du savoir”, qui attire à Bagdad puis à Cordoue non seulement des Orientaux mais aussi des chrétiens d’Occident.»

Hegel, sans doute sous l'influence de Goethe et de son Divan, a exprimé une admiration particulière pour les poèmes préislamique arabes, les Mu'allaqât.

Hussain Hindawi

Quelle partie du livre a été pour lui la plus agréable à rédiger? «Toutes!», nous répond Hussain Hindawi sans hésitation. «Cependant, le texte sur l'art musulman du sublime semblait le plus proche à mon cœur. Il parle de la conscience artistique musulmane, de la poésie soufie ainsi que de l'architecture arabe. Il est nécessaire de remarquer ici que Hegel considère la poésie musulmane comme la plus belle expression de l'art du sublime. À plusieurs reprises, en effet, il affirme que pour saisir cet art “dans sa plus belle pureté et sublimité, il faut s'adresser aux musulmans”.»

livre

Il est important de noter également que Hegel, une fois n'est pas coutume, cite de longs passages de «l'admirable Djalàl-ud-Din Rûmi» dans son Encyclopédie des sciences philosophiques. D'autres citations de Hafiz se trouvent aussi bien dans l'Esthétique que dans la Philosophie de la religion, tandis que les noms d'autres poètes et écrivains musulmans ont été simplement évoqués nommément par Hegel tel que Saadi, Nizami, Firdussi, Hariri... Mais c'est surtout Hafiz, Firdussi et, d'une manière plus importante et très significative, Rûmi qui captent l'intérêt de Hegel. Ce philosophe, et sans doute sous l'influence de Goethe et de son Divan, a exprimé une admiration particulière pour les poèmes préislamique arabes, les Mu'allaqâts.

Cette étude inédite sur Hegel et l'Islam est le deuxième titre de la nouvelle collection d'essais d'Orients Éditions après Qu'est-ce que le salafisme?

Signe caractéristique, les couvertures sont produites d'après les œuvres de Medhi Qotbi, peintre franco-marocain et président de la Fondation des musées du royaume du Maroc depuis 2011.


Maroc: au moins quatre morts dans l'effondrement d'un immeuble à Fès

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  • Dans certains quartiers périphériques de Fès, de nombreux bâtiments sont érigés sans respecter les normes de construction en vigueur
  • Les opérations de recherches se poursuivent pour tenter de secourir "d'autres personnes susceptibles d'être piégées sous les décombres", ont précisé les autorités locales

RABAT: Au moins quatre personnes sont décédées jeudi dans l'effondrement d'un immeuble à Fès, dans le nord du Maroc, selon un bilan provisoire des autorités locales qui poursuivent leurs opérations à la recherche d'éventuelles autres victimes coincées sous les décombres.

Six autres personnes ont été blessées à des degrés divers dans l'effondrement de cet immeuble résidentiel de quatre étages, situé dans un quartier périphérique de cette ville, selon les mêmes sources, citées par l'agence officielle MAP.

Dans certains quartiers périphériques de Fès, de nombreux bâtiments sont érigés sans respecter les normes de construction en vigueur.

Les opérations de recherches se poursuivent pour tenter de secourir "d'autres personnes susceptibles d'être piégées sous les décombres", ont précisé les autorités locales.

Le périmètre de l'accident a été sécurisé et les habitants des immeubles mitoyens ont été évacués à titre préventif.

Une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances et les causes du sinistre.

Début décembre, 22 personnes avaient été tuées dans l'effondrement de deux immeubles mitoyens déjà à Fès, le pire accident de ce type ces dernières années dans le pays.

Toujours à Fès, neuf personnes avaient péri en mai 2025 dans l'effondrement d'un immeuble d'habitation. En février 2024, cinq personnes étaient aussi mortes dans l'effondrement d'une maison dans la vieille ville.

 


«Flottille pour Gaza»: un ministre d'extrême droite choque avec une vidéo de militants à genoux et mains liées

Le ministre d'extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l'étranger en publiant une vidéo de militants d'une nouvelle "flottille pour Gaza" agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer. (AFP)
Le ministre d'extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l'étranger en publiant une vidéo de militants d'une nouvelle "flottille pour Gaza" agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer. (AFP)
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  • Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a jugé de telles images "pas conformes avec les valeurs d'Israël"
  • Et son ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a accusé son collègue d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux"

ASHDOD: Le ministre d'extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l'étranger en publiant une vidéo de militants d'une nouvelle "flottille pour Gaza" agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a jugé de telles images "pas conformes avec les valeurs d'Israël". Et son ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a accusé son collègue d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux".

"Non, vous n'êtes pas le visage d'Israël", a insisté le chef de la diplomatie, M. Ben Gvir défendant au contraire "une grande source de fierté".

Les forces israéliennes, qui avaient intercepté lundi au large de Chypre les bateaux de la flottille, ont entamé mercredi le transfert et le placement en détention, dans le sud d'Israël, des centaines de militants propalestiniens qui se trouvaient à bord.

"Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous", lance, triomphant, Itamar Ben Gvir sur des images publiées sur sa chaîne Télégram, avec l'hymne national israélien en musique de fond.

On y voit des dizaines de militants agenouillés les uns à côté des autres, visages collés au sol et mains liées, sur le pont d'un bateau de la marine israélienne. Une jeune femme qui crie "Libérez la Palestine" au passage du ministre, se retrouve la tête pressée vers le sol par les services de sécurité.

"Monstrueux" 

Les réactions étrangères, tout particulièrement de pays comptant des ressortissants arrêtés, n'ont pas tardé. Le traitement réservé aux détenus a été jugé "inadmissible" par Rome qui a exigé "des excuses", "monstrueux, indigne et inhumain" par Madrid, "odieux" par Ottawa.

Dublin s'est dit "consterné et choqué", alors que la sœur de la présidente irlandaise Catherine Connolly figure parmi les participants à la flottille.

La France a convoqué l'ambassadeur israélien pour les "agissements inadmissibles" du ministre Ben Gvir, coutumier des outrances, tout comme la Belgique qui a jugé les images "profondément troublantes", l'Espagne, l'Italie, les Pays-Bas et la Nouvelle-Zélande.

L'Allemagne, qualifiant l'épisode de "totalement inacceptable", s'est réjouie d'entendre des voix israéliennes critiques du ministre, dont l'ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee a critiqué les "actes méprisables".

La Turquie, d'où était précisément partie la flottille, s'est montrée la plus virulente en dénonçant la "mentalité barbare" du gouvernement israélien.

"Vous n'avez pas le droit de traiter ainsi des citoyens polonais qui n'ont commis aucun crime. Dans le monde démocratique, nous n'abusons pas des personnes détenues et nous ne réjouissons pas à leurs dépens", s'est indigné le chef de la diplomatie polonaise Radoslaw Sikorski en exigeant des "conséquences" pour M. Ben Gvir.

La ministre australienne des Affaires étrangères Penny Wong a qualifié d'"humiliant" le traitement infligé par Israël aux militants et dénoncé des images "choquantes et inacceptables".

 "Au service du Hamas" 

Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël.

"Ayant mis le cap sur Gaza pour y apporter de l'aide humanitaire et contester le blocus illégal, ces participants civils ont été enlevés de force dans les eaux internationales", a fustigé l'organisation de défense des droits humains Adalah.

Une cinquantaine de navires avaient quitté la Turquie la semaine dernière avec pour objectif de briser le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza, ravagée par deux ans de guerre.

S'il a critiqué le comportement de son ministre, Benjamin Netanyahu a appelé à expulser les militants "dès que possible". "Israël a pleinement le droit d'empêcher de provocatrices flottilles de partisans terroristes du Hamas d'entrer dans nos eaux territoriales et d'atteindre Gaza", a-t-il jugé dans un communiqué.

Pour le ministère des Affaires étrangères, cette initiative n'est "rien de plus qu'un coup de communication au service" du mouvement islamiste palestinien qui a mené l'attaque sans précédent contre Israël en octobre 2023, déclenchant la guerre à Gaza.

Le Hamas a également fustigé mercredi la vidéo, en dénonçant la "dépravation morale" d'Israël.

Israël contrôle tous les points d'entrée vers la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis 2007.

Pendant la guerre à Gaza, où une trêve fragile est en vigueur depuis octobre 2025, le territoire a connu de graves pénuries de nourriture, de médicaments et d'autres biens essentiels, Israël ayant parfois complètement interrompu les livraisons d'aide humanitaire.

Une précédente flottille avait été interceptée en avril dans les eaux internationales au large de la Grèce et la plupart des militants expulsés vers l'Europe.


L'armée israélienne appelle à évacuer de nouveaux villages du sud du Liban

L'armée israélienne a appelé mardi à évacuer douze villages du sud du Liban, en prévision de nouvelles attaques contre le Hezbollah malgré un cessez-le-feu en cours. (AFP)
L'armée israélienne a appelé mardi à évacuer douze villages du sud du Liban, en prévision de nouvelles attaques contre le Hezbollah malgré un cessez-le-feu en cours. (AFP)
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  • La majorité des villages énumérés par M. Adraee sont situés au-delà de la "ligne jaune", qui délimite une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur dans le sud du Liban à l'intérieur de laquelle l'armée israélienne poursuit ses opérations
  • Israël et le Hezbollah pro-iranien poursuivent leurs affrontements malgré la trêve, principalement dans le sud du Liban, et l'armée israélienne a déjà mené des frappes au-delà de cette "ligne jaune"

JERUSALEM: L'armée israélienne a appelé mardi à évacuer douze villages du sud du Liban, en prévision de nouvelles attaques contre le Hezbollah malgré un cessez-le-feu en cours.

"Les violations répétées de l'accord de cessez-le-feu par le Hezbollah obligent l'armée israélienne à opérer", écrit sur son compte X le porte-parole de l'armée, Avichay Adraee, quelques jours après la tenue de discussions à Washington entre représentants israéliens et libanais et l'annonce de la prolongation de la trêve entre les deux pays.

La majorité des villages énumérés par M. Adraee sont situés au-delà de la "ligne jaune", qui délimite une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur dans le sud du Liban à l'intérieur de laquelle l'armée israélienne poursuit ses opérations afin de protéger la population du nord d'Israël des tirs du Hezbollah.

Israël et le Hezbollah pro-iranien poursuivent leurs affrontements malgré la trêve, principalement dans le sud du Liban, et l'armée israélienne a déjà mené des frappes au-delà de cette "ligne jaune".

Selon l'agence nationale d'information libanaise ANI, des frappes israéliennes ont visé mardi "plusieurs localités dans le sud" du pays.

Le mouvement pro-iranien Hezbollah a pour sa part affirmé dans un communiqué avoir visé un rassemblement de soldats et de véhicules dans le nord d’Israël avec "un essaim de drones d'attaque".

Depuis le début de la guerre, les frappes israéliennes ont tué plus de 3.000 personnes au Liban selon les autorités libanaises.

Côté israélien, 20 soldats et un contractuel travaillant pour l'armée ont été tués au Liban depuis le début de la guerre, le 2 mars.