Nouveau variant du Covid-19: le monde se ferme à l'Afrique du Sud

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, fait une déclaration aux médias sur la pandémie de la maladie à coronavirus (COVID-19) au siège de la Commission européenne à Bruxelles, le 26 novembre 2021. (Johanna Geron/ Pool / AFP)
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, fait une déclaration aux médias sur la pandémie de la maladie à coronavirus (COVID-19) au siège de la Commission européenne à Bruxelles, le 26 novembre 2021. (Johanna Geron/ Pool / AFP)
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Publié le Vendredi 26 novembre 2021

Nouveau variant du Covid-19: le monde se ferme à l'Afrique du Sud

  • Plusieurs pays européens ont décidé vendredi de suspendre les vols en provenance d'Afrique australe, d'autres nations, comme le Japon instaurant une quarantaine
  • Les craintes liées à ce nouveau variant, décelé à un moment où les restrictions sanitaires suscitent des tensions sociales et où la défiance envers la vaccination persiste, ont fait chuter les prix du pétrole et entraîné de fortes baisses des bourses mond

BRUXELLES, Belgique : Un nouveau variant du Covid-19 en Afrique du Sud et les frontières se referment: plusieurs pays européens ont décidé vendredi de suspendre les vols en provenance d'Afrique australe, d'autres nations, comme le Japon instaurant une quarantaine.

Potentiellement très contagieux et aux mutations multiples, la détection de ce nouveau variant du Covid-19 a été annoncé jeudi en Afrique du Sud.

En dépit des recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a déconseillé de prendre des mesures de restriction aux voyages, la Grande-Bretagne, la France et les Pays-bas ont interdit les vols en provenance d'Afrique du Sud et cinq pays voisins à compter de vendredi midi.

Des décisions jugées "hâtives" par le gouvernement sud-africain, et qui constituent un nouveau coup dur pour le tourisme, juste avant l'été austral quand les parcs animaliers et hôtels font normalement le plein.

"Notre préoccupation immédiate est le préjudice que cette décision va causer aux industries du tourisme et aux entreprises", a expliqué la ministre sud-africaine des Affaires étrangères Naledi Pandor dans un communiqué.

La Commission européenne doit proposer dans l'après-midi aux États membres d'activer le frein d'urgence pour interrompre les voyages aériens en provenance de l'Afrique australe.

- Chute des bourses mondiales -

Des équipes européennes de l'United Rugby Championship veulent quitter l'Afrique du Sud, où elles devaient disputer la 6e journée du championnat qui réunit des clubs écossais, gallois, italiens, irlandais et sud-africains.

Et une quinzaine de joueurs britanniques et irlandais ont déclaré forfait pour la suite de l'Open de Johannesburg, comptant pour le circuit européen de golf, qui a débuté jeudi.

Les craintes liées à ce nouveau variant, décelé à un moment où les restrictions sanitaires suscitent des tensions sociales et où la défiance envers la vaccination persiste, ont fait chuter les prix du pétrole et entraîné de fortes baisses des bourses mondiales.

Tokyo perdait 2,53% à la clôture et Francfort et Londres plus de 3% à l'ouverture. L'indice vedette CAC 40 de la Bourse de Paris reculait de 3,33% à 11h10 GMT.

L'Italie a déjà interdit vendredi son territoire à toute personne ayant séjourné en Afrique australe "au cours des 14 derniers jours". En Asie, Singapour a annoncé une interdiction similaire à compter de dimanche, sauf pour ses ressortissants et résidents.

En Allemagne, où la barre des 100.000 décès imputés au Covid-19 a été franchie jeudi, seuls les citoyens allemands seront autorisés à rentrer d'Afrique du Sud à partir de vendredi soir, et à condition de respecter une quarantaine de 14 jours, même s'ils sont vaccinés, a annoncé le ministre sortant allemand de la Santé Jens Spahn.

"La dernière chose dont nous avons besoin maintenant, c'est l'introduction d'un nouveau variant qui cause encore plus de problèmes", a justifié le ministre allemand. Certains hôpitaux allemands sont saturés et le débat sur une obligation vaccinale pour tous en Allemagne, comme vient de le décider l'Autriche, est sur la table.

- «Potentiel de propagation très rapide» -

Il faudra "plusieurs semaines" pour comprendre le niveau de transmissibilité et de virulence du nouveau variant détecté en Afrique du Sud et nommé B.1.1.529, a indiqué un porte-parole de l'OMS vendredi.

A ce jour, 22 cas ont été signalés, touchant principalement des jeunes, selon l'Institut national sud-africain des maladies transmissibles (NICD). Des cas ont également été signalés au Botswana voisin et à Hong Kong, sur une personne de retour d'un voyage en Afrique du Sud.

Israël a également annoncé un cas de ce nouveau variant: "Il s'agit d'une personne revenue du Malawi", a indiqué le ministère israélien de la Santé disant craindre "deux cas supplémentaires de personnes revenues de l'étranger" et placées en confinement.

Ces trois personnes étaient vaccinées contre le Covid-19, a précisé dans son communiqué le ministère de la Santé sans toutefois préciser le nombre de doses ou le type de vaccin.

A ce stade, les scientifiques sud-africains ne sont pas certains de l'efficacité des vaccins existants contre la nouvelle forme du virus.

Le nouveau variant présente un nombre "extrêmement élevé" de mutations et "nous pouvons voir qu'il a un potentiel de propagation très rapide", a expliqué jeudi le virologue Tulio de Oliveira, lors d'un point presse du ministère sud-africain de la Santé.

-«Système immunitaire» -

Son équipe de l'institut de recherche KRISP, adossé à l'Université du Kwazulu-Natal, avait déjà découvert l'année dernière le variant Beta, très contagieux.

En Afrique du Sud, officiellement le pays le plus touché du continent par le virus, 23,8% des habitants sont complètement vaccinés.

Les métamorphoses du virus initial peuvent potentiellement le rendre plus transmissible, jusqu'à rendre le variant dominant. "Ce qui nous préoccupe, c'est que ce variant pourrait non seulement avoir une capacité de transmission accrue, mais aussi être capable de contourner certaines parties de notre système immunitaire", a déclaré un autre chercheur, le professeur Richard Lessells.

A l'OMS, les experts chargés du suivi de l'évolution du virus donnant le Covid-19 doivent se réunir vendredi à la mi-journée pour déterminer la dangerosité du nouveau variant.

Le laboratoire allemand BioNTech, allié à Pfizer, a expliqué attendre "au plus tard dans deux semaines" les premiers résultats d'études qui permettront de déterminer si le nouveau variant détecté en Afrique du Sud est capable d'échapper à la protection vaccinale.

La pandémie du nouveau coronavirus a fait plus de 5,180 millions de morts dans le monde depuis la détection de la maladie en Chine fin décembre 2019, selon des chiffres officiels. L'OMS estime, en prenant en compte la surmortalité directement et indirectement liée au Covid-19, que le bilan pourrait être deux à trois fois plus élevé.

Le Japon va durcir ses restrictions aux frontières à l'encontre de six pays d'Afrique australe

Face à l'apparition d'un nouveau variant du Covid-19, le Japon va durcir ses restrictions d'entrée pour les voyageurs en provenance de six pays d'Afrique australe dont l'Afrique du Sud, où il a d'abord été détecté, a annoncé vendredi le gouvernement nippon.

Outre l'Afrique du Sud, les personnes en provenance du Botswana, d'Eswatini, du Lesotho, de Namibie et du Zimbabwe arrivant sur le sol nippon à partir de samedi seront soumis à une quarantaine de dix jours dans un lieu choisi par le gouvernement, a annoncé le Japon.

Ils devront se soumettre à un test de Covid à leur arrivée au Japon, et à trois autres durant cette quarantaine, a précisé le gouvernement.

Le Japon a décidé "de prendre toutes les précautions", a déclaré vendredi le porte-parole du gouvernement Hirokazu Matsuno lors d'une conférence de presse, évoquant "des informations selon lesquelles l'efficacité des vaccins contre (ce variant) est incertaine".

"Ce nouveau variant n'a pas encore été identifié au Japon. Nous faisons tous nos efforts pour gérer cette situation", a-t-il ajouté.

Ce variant aux multiples mutations est potentiellement très contagieux, ont annoncé jeudi des scientifiques en Afrique du Sud, y voyant les signes d'une nouvelle vague de pandémie.

Ces derniers ne savent toutefois pas encore quelle sera l'efficacité des vaccins existants contre ce variant, dont la dangerosité est le sujet d'une réunion vendredi de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Plusieurs pays européens comme le Royaume Uni, l'Italie ou l'Allemagne ont déjà pris des mesures, en interdisant la venue de voyageurs venant d'Afrique australe.

Le Japon, qui a mis en place des restrictions à ses frontières dès le début de la pandémie, a annoncé début novembre un assouplissement pour les voyageurs d'affaires, les étudiants et les stagiaires étrangers, mais reste fermé aux touristes.

A ce jour, un variant Delta hégémonique

Un nouveau variant inquiète la planète. Depuis le début de l'épidémie de Covid-19, ils sont nombreux à avoir émergé au fil des mois, et c’est le dénommé Delta, identifié pour la première fois en Inde en octobre 2020, qui est à ce jour largement prédominant.

Le variant Delta a ainsi surpassé tous les autres variants dans la plupart des pays, pour représenter 99,8% des cas séquencés au cours des 60 derniers jours, selon le dernier bulletin hebdomadaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Arrive ensuite le variant Gamma (0,1%), Alpha (moins de 0,1%), Beta (moins de 0,1%) puis quelques autres variants dont le Mu et le Lambda.

Des variations au niveau sous-régional et national continuent toutefois d'être observées, souligne l'OMS, notamment au sein de certains pays d'Amérique du Sud, où la progression du variant Delta a été plus progressive.

L'apparition ces derniers jours d'un nouveau variant, d'abord détecté en Afrique du Sud, pourrait peut-être renverser la donne. 

Des experts de l'OMS, chargés de suivre les évolutions du virus Covid, se réunissent vendredi pour déterminer si ce variant, nommé B.1.1.529, doit être classifié comme "préoccupant" ou "à suivre", même s'ils ont prévenu qu'il faudra "plusieurs semaines" pour comprendre son niveau de transmissibilité et sa virulence.

A ce stade, selon la classification de l'OMS, quatre variants sont considérés comme "préoccupants" au niveau mondial: l'Alpha, le Beta, le Gamma et le Delta. 

Ils appartiennent à cette catégorie à cause de leur transmissibilité et/ou leur virulence accrues, qui aggravent l'épidémie et la rendent plus difficile à contrôler, selon la définition de l'OMS.

La catégorie juste en-dessous est celle des "variants d'intérêt", dont les caractéristiques génétiques potentiellement problématiques justifient une surveillance. L'OMS en retient désormais deux au niveau mondial: le Lambda et le Mu.

Quel que soit leur statut, tous ces variants sont classés par famille, ou "lignée". Selon les mutations qu'ils ont acquises, ils occupent une place précise dans l'arbre généalogique du virus SARS-CoV-2 d'origine.

En soi, l'apparition de variants est tout sauf une surprise. C'est un processus naturel, puisque le virus acquiert des mutations au fil du temps, pour assurer sa survie.

Sont-ils plus contagieux ou dangereux? 

Tout dépend des mutations qu'ils portent. La plupart n'ont que peu ou pas d’incidence sur les propriétés du virus. Cependant, certaines mutations peuvent affecter les propriétés du virus et influer, par exemple, sur la facilité avec laquelle il se propage, la gravité de la maladie qu’il entraîne ou l’efficacité des vaccins

Le variant Delta est ainsi environ deux fois plus contagieux que les précédents variants et il a réduit d'environ 40% l'efficacité des vaccins contre la transmission de la maladie.

Covid-19 - Nouveau variant: des craintes inédites depuis l'avènement de Delta

Jamais un nouveau variant n'avait provoqué autant d'inquiétude depuis Delta: le point sur ce qu'on sait de celui détecté en Afrique du Sud, dont le monde se demande s'il est plus transmissible et plus résistant aux vaccins actuels.

- Pourquoi inquiète-t-il?

"Celui-ci est inquiétant, et c'est la première fois que je dis ça depuis Delta", a assuré sur Twitter le virologue britannique Ravi Gupta au sujet de ce variant appelé B.1.1.529.

Les inquiétudes viennent d'une part de ses caractéristiques génétiques, et de l'autre de ce qu'on observe dans la région d'Afrique du Sud où il a d'abord été décrit.

Du point de vue génétique, il possède un nombre de mutations inhabituellement élevé, dont une trentaine dans la protéine spike, la clé d'entrée du virus dans l'organisme.

En se fondant sur l'expérience des précédents variants, on sait que certaines de ces mutations peuvent être associées à une plus grande transmissibilité et à une baisse d'efficacité des vaccins.

"Si on se base sur la génétique, en effet c'est quelque chose de très particulier qui peut être inquiétant", dit à l'AFP Vincent Enouf, du Centre national de référence des virus respiratoires de l'Institut Pasteur à Paris.

D'autre part, le nombre de cas et la part attribuée à ce variant augmentent très rapidement dans la province sud-africaine de Gauteng (qui comprend Pretoria et Johannesburg), où il a d'abord été décrit.

Il faudra "plusieurs semaines" pour mieux comprendre le nouveau variant et savoir s'il est plus transmissible, plus dangereux et plus résistant aux vaccins, a souligné l'OMS vendredi.

"Il faut rester raisonnable, continuer à le surveiller et ne pas complètement alarmer la population", plaide Vincent Enouf.

"Les virologues - dont moi - sont préoccupés. Mais je ne crois pas que qui que ce soit puisse conclure que tout est fichu uniquement en se basant sur les données dont on dispose", a renchéri sur Twitter l'Américaine Angela Rasmussen.

Un message difficilement audible par les marchés mondiaux qui, paniqués, plongeaient tous vendredi.

- Va-t-il détrôner Delta?

C'est LA question centrale, à laquelle on n'est pas encore en mesure de répondre.

Delta est aujourd'hui quasi-hégémonique dans le monde grâce à ses caractéristiques qui lui ont permis de remplacer Alpha.

Dans cette grande compétition entre variants, ceux qui sont apparus ces derniers mois - Mu ou Lambda - n'ont pas réussi à lui ravir la première place.

A tel point que ces dernières semaines, la plupart des scientifiques pensaient que le prochain variant préoccupant serait issu d'une évolution de Delta. Or, B.1.1.529 appartient à une souche complètement distincte.

La situation dans la province de Gauteng laisse craindre que ce nouveau variant soit capable de surpasser Delta. Mais ça n'est pas une certitude.

"Il se peut qu'un gros événement de super-propagation (un seul événement qui entraîne un grand nombre de cas, ndlr) lié à B.1.1.529 donne faussement l'impression qu'il supplante Delta", explique la spécialiste britannique Sharon Peacock, citée par l'organisme Science Media Centre.

D'un autre côté, le nouveau variant semble se répandre dans l'ensemble de l'Afrique du Sud, ce qui serait un signe de plus de sa capacité à rivaliser avec Delta. Il est facile à traquer en raison d'une caractéristique génétique aisément repérable via un simple test PCR, avant des analyses plus poussées (le séquençage).

- Peut-on empêcher son expansion?

Moins de 24 heures après la présentation du variant par les autorités sud-africaines, plusieurs pays d'Europe ont suspendu les vols en provenance d'Afrique australe.

Mais "c'est presque trop tard", estime Vincent Enouf. "C'est une mesure qui permet de ralentir" l'expansion d'un variant très contagieux "mais qui ne permettra jamais de la stopper complètement", ajoute-t-il, rappelant les précédents d'Alpha puis Delta.

Ainsi, des cas ont déjà été découverts vendredi en Israël et en Belgique.

Nombre d'experts jugent en outre une telle mesure stigmatisante pour l'Afrique du Sud et le Botswana, qui a lui aussi documenté l'émergence du variant. Ils craignent que cela dissuade d'autres pays de rendre publique l'apparition de variants à l'avenir.

L'OMS a pour l'instant également déconseillé de prendre des mesures de restriction aux voyages.

- Quel impact sur les vaccins?

Là encore, il est trop tôt pour dire si ce nouveau variant réduira l'efficacité des vaccins, même si on peut le craindre.

"Il faut vérifier si les anticorps produits par nos vaccins actuels fonctionnent toujours, à quel niveau ils fonctionnent et si cela empêche toujours les cas graves", explique Vincent Enouf.

Pour cela, on se base sur des tests en laboratoire et sur des données en vie réelle dans les pays concernés.

Le laboratoire allemand BioNTech, allié à Pfizer, attend de premiers résultats "au plus tard dans deux semaines", a indiqué une porte-parole à l'AFP.

"Il est urgent d'adapter les vaccins à ARN et les rappels aux variants en circulation", a estimé sur Twitter le virologue français Etienne Decroly.

Quoi qu'il en soit, la vaccination reste primordiale, de même que l'accès des pays pauvres aux vaccins, insistent les scientifiques.

Car "plus le virus circule, plus il a d'occasions d'évoluer et plus on verra de mutations", a prévenu l'une des responsables de l'OMS, Maria Van Kerkhove.


Taïwan rappelle les Etats-Unis à leur engagement sur les ventes d'armes, après la mise en garde de Trump

Dans un entretien télévisé enregistré avant son départ de Pékin, où le président chinois Xi Jinping lui a tenu des propos particulièrement fermes à propos de l'île, Donald Trump a mis en garde vendredi Taïwan contre toute proclamation d'indépendance. (AFP)
Dans un entretien télévisé enregistré avant son départ de Pékin, où le président chinois Xi Jinping lui a tenu des propos particulièrement fermes à propos de l'île, Donald Trump a mis en garde vendredi Taïwan contre toute proclamation d'indépendance. (AFP)
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  • En décembre, le gouvernement américain a approuvé la deuxième vente d'armes à Taïwan depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, pour une valeur de 11,1 milliards de dollars face à la menace chinoise
  • Il s'agit de la vente la plus importante depuis 2001, lorsque George W. Bush avait validé la livraison de 18 milliards de dollars d'armes à Taïwan

TAIPEI: Le gouvernement de Taïwan a réaffirmé samedi que l'île était une nation "indépendante", en réponse à la ferme mise en garde du président américain Donald Trump à l'issue de sa visite à Pékin, et rappelé les Etats-Unis à leur engagement en ce qui concerne les ventes d'arme à Taïwan.

La politique américaine à l'égard de Taïwan repose sur un soutien militaire robuste à l'île, sans toutefois la reconnaître à part entière ni soutenir ouvertement des velléités d'indépendance.

La Chine considère Taïwan comme l'une de ses provinces, qu'elle n'a pas réussi à unifier avec le reste de son territoire.

Dans un entretien télévisé enregistré avant son départ de Pékin, où le président chinois Xi Jinping lui a tenu des propos particulièrement fermes à propos de l'île, Donald Trump a mis en garde vendredi Taïwan contre toute proclamation d'indépendance.

"Je n'ai pas envie que quelqu'un déclare l'indépendance et, vous savez, nous sommes ensuite censés faire 15.000 kilomètres pour faire la guerre", a dit le président américain sur Fox News, en demandant à Taipei et à Pékin de faire "baisser la température".

"Taïwan est une nation démocratique, souveraine et indépendante, qui n'est pas subordonnée à la République populaire de Chine", a réagi le ministère taïwanais des Affaires étrangères, estimant que la politique de Washington demeurait "inchangée".

"En ce qui concerne les ventes d'armes entre Taïwan et les Etats-Unis, il ne s'agit pas seulement d'un engagement des Etats-Unis envers la sécurité de Taïwan, clairement prévu par la loi sur les relations avec Taïwan, mais aussi d'une forme de dissuasion commune face aux menaces régionales", a insisté le ministère taïwanais, dans un communiqué.

Washington est tenu de fournir des armes défensives à Taïwan en vertu du Taiwan Relations Act, une loi adoptée par le Congrès américain en 1979, à la suite de la reconnaissance de la République Populaire de Chine par les Etats-Unis et à condition que l’île ne déclare pas l’indépendance.

Depuis 1982, l'un des grands principes de la stratégie américaine est de ne pas "consulter" Pékin sur ses ventes d'armes à Taïwan tout en restant flou quant à la possibilité d’intervenir militairement en cas d'attaque chinoise.

En décembre, le gouvernement américain a approuvé la deuxième vente d'armes à Taïwan depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, pour une valeur de 11,1 milliards de dollars face à la menace chinoise.

Il s'agit de la vente la plus importante depuis 2001, lorsque George W. Bush avait validé la livraison de 18 milliards de dollars d'armes à Taïwan.

S'en sont suivis des mois de bataille politique à Taïwan où le président Lai Ching-te (DPP) qui n'a pas la majorité au parlement, a proposé de voter 40 milliards de dollars pour la modernisation et le renforcement des capacités de défense de l'île.

Il s'est heurté à l'opposition du Kuomintang (KMT) qui accuse le parti présidentiel de pousser Taïwan dans une course aux armements et un conflit perdant. Le Kuomintang  s'est finalement laissé fléchir et permis le vote le 8 mai d'une enveloppe de 25 milliards de dollars destinés à l'achat d'armes américaines.

"Engagement" et "dissuasion commune" 

"Nous n'avons pas envie que quelqu'un se dise, proclamons l'indépendance parce que les Etats-Unis nous soutiennent", a également déclaré Donald Trump, en ajoutant n'avoir pas encore pris de décision sur les ventes d'armes américaines à l'île.

"Je prendrai une décision dans un délai assez court", a pourtant répondu M. Trump aux journalistes vendredi, en chemin vers Washington.

La visite du président américain a permis d'afficher une certaine stabilité entre les deux superpuissances, sans déboucher sur de grandes avancées, que ce soit sur le commerce ou sur l'Iran, allié de la Chine.

La visite annoncée de Xi Jinping à Washington à l'automne servira de nouveau test pour le fragile statu quo entre la première et la deuxième puissance mondiale.

Bonnie Glaser, du German Marshall Fund, pense que la Chine va "pousser fortement" pour que Donald Trump s'abstienne de toute décision sur des ventes d'armes à Taïwan d'ici là.

Jeudi, avec une fermeté inhabituelle, Xi Jinping avait mis Donald Trump en garde: "La question de Taïwan est la plus importante dans les relations sino-américaines. Si elle est bien traitée, les relations entre les deux pays (Chine et Etats-Unis) pourront rester globalement stables. Si elle est mal traitée, les deux pays se heurteront, voire entreront en conflit".

 


«Flottille pour Gaza»: expulsés par Israël, les militants étrangers sont arrivés en Turquie

Des militants propalestiniens de la "Flottille pour Gaza" expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention. (AFP)
Des militants propalestiniens de la "Flottille pour Gaza" expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention. (AFP)
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  • Les militants ont passé deux jours dans une prison militaire sur un bateau, formée de conteneurs et de barbelés, a décrit à l'AFP par téléphone Safa Chebbi, une militante canadienne
  • Outre des humiliations et le manque de sommeil, "nous étions sous une menace constante, des balles en plastique ont été tirées sur la foule, un des passagers a été blessé", a-t-elle indiqué

JERUSALEM: Des militants propalestiniens de la "Flottille pour Gaza" expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention.

Ils ont été accueillis à l'aéroport par un large comité de soutien, avec de nombreux militants agitant des drapeaux palestiniens. Plusieurs militants de la flottille présentaient des blessures et certains ont été évacués en ambulance, selon des images de l'AFP.

Les forces israéliennes "nous ont attaqués. Chacun de nous a été battu, les femmes comme les hommes, beaucoup hurlaient. Mais vraiment, ça n'a aucune importance. C'est ce que vivent en permanence les Palestiniens", a raconté à sa descente d'avion Bulal Kitay, un Turc qui compte repartir dès le prochain convoi.

Les militants ont passé deux jours dans une prison militaire sur un bateau, formée de conteneurs et de barbelés, a décrit à l'AFP par téléphone Safa Chebbi, une militante canadienne.

Outre des humiliations et le manque de sommeil, "nous étions sous une menace constante, des balles en plastique ont été tirées sur la foule, un des passagers a été blessé", a-t-elle indiqué.

"Deux Coréens ont été expulsés vers la Corée du Sud, un participant a été expulsé vers l'Egypte, deux vers la Jordanie, une citoyenne israélienne a été libérée dans le pays, et le reste des 422 participants a été transféré à Istanbul à bord de trois vols de Turkish Airlines affrétés par le gouvernement turc", a indiqué la coalition Freedom Flotilla.

Les quelque 430 membres d'équipage de la cinquantaine de bateaux arraisonnés lundi par l'armée israélienne en Méditerranée, au sud-ouest de Chypre, avaient été amenés de force en Israël puis détenus dans la prison de Ktziot (sud), selon l'organisation israélienne de défense des droits humains Adalah, qui assure leur représentation légale et leur défense.

Ils ont "tous été expulsés", a indiqué le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Oren Marmorstein, sans préciser s'ils avaient été jugés.

Les 37 ressortissants français ont aussi été expulsés vers la Turquie et seront rapatriés dès que possible, selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères français, Pascal Confavreux.

Une militante israélienne, Zohar Regev, a été déférée devant un tribunal à Ashkelon, au sud de Tel-Aviv.

"Partisans terroristes du Hamas" 

Partis de Turquie, les militants de la "Global Sumud Flotilla" ("sumud" signifie "résilience" en arabe) voulaient attirer l'attention sur la situation humanitaire dans la bande de Gaza, dévastée par plus de deux ans de guerre, en brisant le blocus maritime imposé par Israël. En avril, une précédente "flottille pour Gaza" avait déjà été interceptée par Israël au large de la Grèce.

"Israël a pleinement le droit d'empêcher de provocatrices flottilles de partisans terroristes du Hamas d'entrer dans nos eaux territoriales et d'atteindre Gaza", a estimé le Premier ministre Benjamin Netanyahu, en référence au mouvement islamiste palestinien ayant déclenché la guerre en lançant une attaque sans précédent sur Israël le 7 octobre 2023.

Mercredi, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir , figure de l'extrême droite, a provoqué un tollé à l'étranger, mais également au sein de son gouvernement, en publiant une vidéo de dizaines de militants agenouillés et les mains liées.

Une jeune femme qui crie "Libérez la Palestine" au passage du ministre se retrouve la tête pressée vers le sol par les services de sécurité.

"Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous", lance-t-il triomphalement dans cette vidéo publiée sur sa chaîne Telegram.

 "Traitement de luxe" 

Les images diffusées ne sont "pas conformes aux valeurs d'Israël", a déclaré le chef de la diplomatie Gideon Saar, accusant M. Ben Gvir d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux". L'intéressé a défendu au contraire "une grande source de fierté".

En Europe, plusieurs pays ont appelé l'UE a prendre des sanctions contre Israël et contre le ministre. Le traitement réservé aux détenus a ainsi été jugé "inadmissible" par Rome qui a exigé "des excuses" et demandé des mesures contre Ben Gvir.

Le Premier ministre irlandais a condamné le "traitement choquant réservé aux citoyens de l'UE" et réclamé "la suspension d'une partie, voire de la totalité, de l'accord d'association entre l'UE et Israël".

L'Italienne Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU sur la situation des droits de l'Homme dans les Territoires palestiniens occupés, a salué sur X ces prises de positions.

Ce qu'ont subi ces militants est "un traitement de luxe par rapport à ce qui est infligé aux Palestiniens dans les prisons israéliennes", a-t-elle affirmé, appelant l'Italie à cesser "de s'opposer à la suspension de l'accord (d'association) UE-Israël."


Trump assure l'engagement des États-Unis en faveur de la sécurité dans le Golfe dans une lettre adressée au Bahreïn

Le président américain Donald Trump salue alors qu'il monte à bord d'Air Force One à l'aéroport de Groton-New London à Groton, Connecticut, le 20 mai 2026. (AFP)
Le président américain Donald Trump salue alors qu'il monte à bord d'Air Force One à l'aéroport de Groton-New London à Groton, Connecticut, le 20 mai 2026. (AFP)
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  • Le dirigeant américain dit son admiration pour l'unité nationale de Bahreïn face aux attaques de drones et de missiles iraniens
  • Bahreïn, qui abrite le Commandement central des forces navales américaines et la Cinquième flotte, était l'un des dix pays visés par les attaques de missiles et de drones de l'Iran.

LONDRES : Le président américain Donald Trump a souligné l'engagement de Washington à assurer la sécurité et la stabilité dans la région du Golfe dans une lettre adressée au roi Hamad bin Isa Al-Khalifa de Bahreïn.

Le dirigeant américain a également exprimé son admiration pour l'unité nationale de Bahreïn en réponse aux violations du droit international par l'Iran, a rapporté l'Agence de presse de Bahreïn.

Les défenses aériennes bahreïnies ont intercepté et détruit au moins 188 missiles balistiques et 477 drones lancés depuis l'Iran depuis le début de la campagne militaire menée par les États-Unis et Israël contre le régime de Téhéran le 28 février.

Bahreïn, qui abrite le Commandement central des forces navales américaines et la Cinquième flotte, était l'un des dix pays visés par les attaques de missiles et de drones de l'Iran. Toutefois, le pays n'a participé à aucune opération directe menée par les États-Unis contre Téhéran.

Un fragile cessez-le-feu entre l'Iran et les États-Unis est en vigueur depuis le début du mois d'avril. Toutefois, le détroit d'Ormuz, une voie commerciale essentielle, reste fermé. Parallèlement, les négociations entre les États-Unis et l'Iran se poursuivent afin de parvenir à un accord sur le programme nucléaire iranien.