Chypre divisée, une porte vers l'Union européenne pour les migrants

Parti de Turquie sur une embarcation pneumatique en pleine nuit, Mohammed, un Syrien âgé d'une vingtaine d'années, est arrivé en octobre sur la côte nord de l'île divisée de Chypre, à moins de 100 km du rivage turc. (Photo, AFP)
Parti de Turquie sur une embarcation pneumatique en pleine nuit, Mohammed, un Syrien âgé d'une vingtaine d'années, est arrivé en octobre sur la côte nord de l'île divisée de Chypre, à moins de 100 km du rivage turc. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 01 décembre 2021

Chypre divisée, une porte vers l'Union européenne pour les migrants

  • La République de Chypre qui a vu arriver un nombre croissant de migrants ces dernières années affirme être désormais confrontée à une « crise migratoire »
  • Elle dit compter le nombre le plus élevé de premières demandes d'asile des 27 membres de l'UE

NICOSIE : Parti de Turquie sur une embarcation pneumatique en pleine nuit, Mohammed, un Syrien âgé d'une vingtaine d'années, est arrivé en octobre sur la côte nord de l'île divisée de Chypre, à moins de 100 km du rivage turc.

"Il y avait des femmes et des enfants" à bord, raconte Mohammed, qui préfère utiliser un pseudonyme pour ne pas mettre en danger ses proches restés à Idleb en Syrie.

Après son arrivée en République turque de Chypre-Nord (RTCN, autoproclamée et reconnue uniquement par Ankara), il a traversé la zone tampon entre les deux parties de l'île surveillée par des patrouilles de l'ONU, pour passer en République de Chypre, internationalement reconnue et membre de l'Union européenne, où il a déposé une demande d'asile.

"Ce n'est pas facile de quitter son pays, mais la situation en Syrie vous pousse à partir", raconte-t-il.

La République de Chypre qui a vu arriver un nombre croissant de migrants ces dernières années affirme être désormais confrontée à une "crise migratoire".

Attendu sur l'île du 2 au 4 décembre, le pape François doit participer à une prière œcuménique avec des migrants. Il souhaite organiser un voyage permettant à des migrants de rejoindre Rome, selon le porte-parole du gouvernement chypriote.

L'île est divisée depuis l'invasion du nord de Chypre par l'armée turque en 1974 en réaction à un coup d'Etat de nationalistes chypriotes-grecs souhaitant rattacher l'île à la Grèce.

La République de Chypre n'exerce son autorité que sur les deux-tiers sud de l'île à majorité hellénophone.

Elle dit compter le nombre le plus élevé de premières demandes d'asile des 27 membres de l'UE par rapport à sa population de près d'un million d'habitants et accuse la Turquie d'instrumentaliser les migrants irréguliers en leur permettant de passer côté sud depuis la RTCN.

« Pas une priorité »

La Turquie, qui compte près de 3,6 millions de réfugiés syriens, "pourrait, si elle le voulait, inonder l'île", estime Corina Drousiotou du Conseil chypriote pour les réfugiés.

"Je n'ai aucun doute sur le fait que d'arrêter" les arrivées depuis Chypre-Nord "n'est pas une priorité pour la Turquie" mais si ce flux était orchestré le nombre d'arrivants serait "bien plus élevé", poursuit-elle.

La ligne qui sépare les deux parties de l'île d'est en ouest sur 180 km fait de 30 m à 8 km de large, selon la Force des nations unies chargée du maintien de la paix à Chypre.

Sa topographie est compliquée, souligne Aleem Siddique, son porte-parole.

La République de Chypre affirme que 10.000 migrants irréguliers sont arrivés au cours des dix premiers mois de l'année, la plupart depuis le nord de l'île.

Quelque 20% des demandeurs d'asile se sont déjà rendus dans le passé en République de Chypre de manière légale, en tant qu'étudiant par exemple ou pour y travailler, selon la représentante à Chypre du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) Katja Saha.

Sur les neuf premiers mois de l'année, plus d'un cinquième des nouveaux demandeurs d'asile étaient des Syriens, selon des données de la République de Chypre publiées par le HCR.

De nombreux autres sont arrivés à Chypre-Nord par avion depuis la Turquie, le seul pays à assurer des liaisons avec l'Etat non reconnu par la communauté internationale, souvent avec des visas étudiant.

Selon Mme Saha, le nombre de demandeurs d'asile d'Afrique de l'Ouest a augmenté en 2019, "via des passeurs ou en tant que simples étudiants" venus par le nord.

Environnement hostile

Frida, une Camerounaise de 33 ans arrivée à Chypre-Nord avec un visa étudiant, dit avoir payé 500 euros pour passer au Sud.

Ioannis-Sotirios Ioannou du site d'information et analyse Geopolitical Cyprus dénonce "une arnaque" pour les étudiants qui a eu comme effet secondaire d'exercer une pression sur le sud en attirant des étudiants dans des universités payantes vers la RTCN isolée au plan économique pour les voir ensuite passer de l'autre côté.

Côté Nord, la petite Association pour les droits des réfugiés affirme que les personnes en situation irrégulière sont renvoyées et que le trafic d'êtres humains et la contrebande ont été interdits depuis l'année dernière.

"Nous n'avons pas de mécanisme pour l'asile. Nous avons seulement une définition du réfugié", explique Deniz Altiok, membre de cette association.

Côté Sud, certains accusent le gouvernement d'être alarmiste à des fins politiques et pour obtenir davantage d'aides de l'UE.

Nicos Trimikliniotis, expert en droits fondamentaux, affirme que le gouvernement se désintéresse délibérément du sort de personnes désespérées, soulignant les conditions de vie "très difficiles" à Pournara, principal centre d'accueil de l'île.

Selon lui, "la politique est de créer un environnement hostile."


Climat: l'ONU alerte de l'imminence d'un épisode El Niño

Un drapeau de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) flotte devant son siège à Genève, le 1er juin 2026. L’OMM indique qu’il y a 80 % de chances qu’El Niño se développe entre juin et août, augmentant le risque de phénomènes météorologiques extrêmes. (AFP)
Un drapeau de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) flotte devant son siège à Genève, le 1er juin 2026. L’OMM indique qu’il y a 80 % de chances qu’El Niño se développe entre juin et août, augmentant le risque de phénomènes météorologiques extrêmes. (AFP)
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  • L’OMM estime à 80 % la probabilité qu’un épisode El Niño se développe entre juin et août et qu’il se prolonge jusqu’à la fin de l’année
  • Le phénomène pourrait accentuer les événements météorologiques extrêmes, notamment les vagues de chaleur, les sécheresses et les fortes pluies à l’échelle mondiale

GENEVE: Le développement d'un épisode El Niño est probable à 80% entre juin et août, augmentant le risque d'événements météorologiques extrêmes dans les prochains mois, a alerté mardi l'Organisation météorologique mondiale (OMM).

Selon la dernière mise à jour de cette agence de l'ONU, les températures "exceptionnellement chaudes" des eaux du Pacifique tropical favorisent les conditions de la formation d'un épisode El Niño qui "devrait influencer les régimes de température et de précipitations à l'échelle mondiale".

L'OMM table ainsi sur une probabilité de 80% qu'un épisode El Niño se produise "entre juin et août".

"Les probabilités que cet épisode se maintienne au moins jusqu'en novembre avoisinent ou dépassent les 90%", ajoute l'organisation, tablant sur un "épisode au moins modéré, voire fort".

Selon Météo-France, El Niño, et sa phase opposée La Niña, sont les noms donnés à une variation naturelle du climat, qui induit une variation marquée de la température des eaux de l'océan Pacifique équatorial, une modification de la circulation atmosphérique mondiale et peut occasionner certains événements extrêmes sur un grand nombre de régions.

Entre fin avril et mi-mai, la température de surface de la mer dans la partie centre-est du Pacifique équatorial s'est rapprochée des seuils caractérisant ce phénomène, une hausse alimentée par des températures "exceptionnellement élevées" sous la surface, dépassant de plus de 6°C les normales saisonnières, note l'OMM.

Parallèlement, les valeurs de l'indice d'oscillation australe, qui est la composante atmosphérique d'El Niño, "concordent" avec la mise en place de conditions d'apparition du phénomène, ajoute l'organisation.

"Nous devons nous préparer à un épisode El Niño potentiellement puissant, qui exacerbera la sécheresse et les fortes pluies et augmentera le risque de vagues de chaleur à la fois sur les terres émergées et dans les océans", a prévenu la secrétaire générale de l'OMM, Celeste Saulo, citée dans un communiqué.

L'OMM souligne que même un épisode El Niño d'intensité modérée augmente la probabilité de certains phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes.

El Niño se caractérise par une hausse des températures de surface dans le centre et l'est du Pacifique équatorial. Il se produit d'ordinaire tous les deux à sept ans et dure environ neuf à douze mois.

Le dernier épisode El Niño, en 2023 et 2024, avait fait de ces années les deux plus chaudes jamais enregistrées. Le phénomène cyclique affecte par effet domino le climat mondial pendant plusieurs mois.

- "Urgence climatique" -

Pour la période juin-juillet-août, l'OMM prévoit déjà un ensemble de conditions favorisant "une prédominance de températures supérieures à la normale dans presque toutes les régions du globe", avec un risque accru de stress thermique, de sécheresse dans certaines régions et d'événements extrêmes tels que des inondations ou des sécheresses sévères.

Elle rappelle ainsi que les centres de prévision régionaux prévoient des précipitations "inférieures à la normale" durant la saison des pluies de juin à septembre dans la Corne de l'Afrique, une mousson moins abondante que la moyenne en Asie du Sud et des conditions plus chaudes et plus sèches en Amérique centrale au cours de l'été.

Pendant l'été de l'hémisphère Nord, les eaux chaudes liées à El Niño peuvent aussi favoriser la formation d'ouragans dans le Pacifique central et oriental, tout en limitant leur développement dans l'Atlantique, ajoute l'organisation.

"Nous devons tous accorder à cette situation le degré d'urgence climatique qu'elle représente", a alerté le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, dans une déclaration vidéo.

"Les conditions El Niño jetteront de l'huile sur le feu d'une planète qui se réchauffe. Les impacts seront encore plus forts et ressentis encore plus loin. Ils traverseront les frontières à une vitesse dévastatrice", a-t-il poursuivi, appelant encore une fois à "mettre fin à la dépendance aux combustibles fossiles".

Selon Mme Saulo, 128 pays sont désormais dotés de systèmes d'alerte précoce multirisques, l'objectif de l'ONU étant qu'ils soient en place dans tous les pays d'ici fin 2027.

La cheffe de l'OMM a indiqué qu'El Niño aurait des "effets en cascade", avec des répercussions potentielles sur le commerce mondial.

Ces effets vont de "la variabilité du climat à l'économie et à la sécurité des populations. C'est pourquoi cette information est si pertinente et si importante", a-t-elle déclaré mardi devant la presse à Genève.

L'OMM espère que les alertes précoces permettront de mieux orienter les mesures de préparation, en particulier dans les secteurs sensibles au climat tels que l'agriculture, la gestion des ressources en eau, l'énergie et la santé.


Malgré les menaces de Téhéran, les discussions continuent "à un rythme rapide" selon Trump

Des personnes scandent lors d’un rassemblement à Téhéran lundi soir, alors que les progrès vers un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran s’essoufflaient. (West Asia News Agency via Reuters)
Des personnes scandent lors d’un rassemblement à Téhéran lundi soir, alors que les progrès vers un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran s’essoufflaient. (West Asia News Agency via Reuters)
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  • Les pourparlers États-Unis–Iran sont fragiles, entre annonces d’accords et suspension du dialogue.
  • Malgré les discussions, les frappes et menaces d’escalade régionale se poursuivent, alimentant l’instabilité

TEHERAN: Donald Trump a assuré lundi que les négociations avec Téhéran pour mettre un terme à la guerre au Moyen-Orient se poursuivaient "à un rythme rapide" et qu'une détente se profilait au Liban, comme exigé par la partie iranienne.

Un peu plus tôt, l'agence de presse iranienne Tasnim avait affirmé que les négociateurs du pays avaient "suspendu" le dialogue indirect avec Washington à cause des "crimes" qu'Israël "continue à commettre", sans que cette information ne soit confirmée de source officielle iranienne.

"Les Etats-Unis sont directement responsables d'une violation du cessez-le-feu contre l'Iran, et d'une violation du cessez-le-feu par le régime israélien contre le Liban", a estimé le ministère iranien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont estimé que "les lignes rouges franchies" à Gaza et au Liban équivalaient "à une guerre directe", en référence aux frappes quasi quotidiennes d'Israël dans le territoire palestinien et à son offensive dans le pays voisin.

"En réponse", l'Iran "est déterminé à mener des opérations défensives" et à "ouvrir de nouveaux fronts", ont averti les Gardiens.

Mais Donald Trump a annoncé avoir obtenu auprès du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, l'engagement de ne pas envoyer de troupes à Beyrouth, et auprès du Hezbollah pro-iranien celui de "cesser totalement le feu".

"Israël ne les attaquera pas et ils n'attaqueront pas Israël", a-t-il écrit.

Peu après, l'ambassade du Liban aux Etats-Unis a confirmé que le Hezbollah avait accepté une proposition américaine de "cessation mutuelle des attaques" avec Israël.

- Le pétrole fébrile -

Les négociations indirectes entre les Etats-Unis et l'Iran, pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par une attaque conjointe israélo-américaine, patinent depuis des semaines.

D'autant que Téhéran a redit lundi que le nucléaire iranien ne faisait pas partie "à ce stade" des discussions, contrairement aux attentes de Donald Trump, qui a affirmé dimanche soir qu'un protocole d'accord devrait stipuler "très clairement que l'Iran n'aura(it) pas d'arme nucléaire".

Autre dossier clé des discussions, la navigation maritime. Selon Tasnim, l'Iran compte continuer à verrouiller le détroit d'Ormuz, et envisage de perturber le trafic dans celui de Bab el-Mandeb, de l'autre côté de la péninsule arabique - ce qui bloquerait l'accès au canal de Suez via la mer Rouge et contraindrait les navires à d'énormes détours.

Un navire a été touché par un projectile dans le Golfe qui a déclenché une forte explosion, a indiqué sans plus de détails l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO.

Dans ce contexte, le cours du Brent de la mer du Nord, référence mondiale du pétrole brut, est brutalement reparti à la hausse (jusqu'à environ +7%) avant de ralentir quelque peu et de terminer la séance en hausse de 4,24% à 94,98 dollars.

- Washington défend des frappes "défensives" -

L'Iran avait plus tôt dans la journée accusé les Etats-Unis de violer à nouveau le fragile cessez-le-feu conclu le 8 avril, après des frappes américaines ce week-end suivies de représailles militaires iraniennes.

L'armée américaine a annoncé avoir mené samedi et dimanche une nouvelle vague de frappes "défensives" sur le sud de l'Iran, la troisième en un peu plus d'une semaine.

Ces bombardements ont visé des systèmes de radar et de contrôle de drones dans la ville de Goruk et l'île de Qeshm dans le détroit d'Ormuz, a précisé le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Les Gardiens iraniens avaient dit avoir riposté en attaquant une base utilisée par l'armée américaine pour des frappes contre son territoire, sans nommer le pays visé - mais le Koweït a intercepté des missiles et drones "hostiles" et les a attribués à l'Iran.

La guerre a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, et ébranle l'économie mondiale.


L'UE appelle Israël à cesser son « escalade militaire» au Liban

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  • Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays
  • "Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne"

BRUXELLES: Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays, où les autorités israéliennes envisagent d'établir dans le sud une zone sous contrôle militaire, a affirmé lundi un porte-parole de l'Union européenne.

"Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne", a affirmé ce porte-parole, Anouar El Anouni.