A la recherche des migrants morts ou disparus sur la route des Canaries

Mamadou, un migrant malien de 21 ans, arrivé dans un bateau en août 2020, est photographié dans un "cimetière de bateaux" à Arinaga le 18 novembre 2021, sur l'île espagnole des Canaries de Gran Canaria. (AFP)
Mamadou, un migrant malien de 21 ans, arrivé dans un bateau en août 2020, est photographié dans un "cimetière de bateaux" à Arinaga le 18 novembre 2021, sur l'île espagnole des Canaries de Gran Canaria. (AFP)
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Publié le Vendredi 03 décembre 2021

A la recherche des migrants morts ou disparus sur la route des Canaries

  • "Ces personnes ne devraient pas mourir", martèle Teodoro Bondyale de la Fédération des Associations africaines des Canaries (FAAC), à côté de la tombe d'une enfant malienne de deux ans, morte au printemps après la traversée. 
  • Depuis deux ans, le nombre d'arrivées de migrants aux Canaries sur des bateaux surchargés partant du Sahara occidental, voire du Sénégal à 1.500 kilomètres au sud, a bondi en raison des contrôles en Méditerranée et de l'impact social de la pandémie. En co

PARIS: Sans nouvelles de sa femme et de sa fille de 6 ans, dix jours après leur départ vers les Canaries, Hamido, Ivoirien installé en France, a pris un avion vers l'archipel espagnol pour découvrir que sa femme était morte lors de la traversée et sa fille traumatisée de l'avoir vu mourir.

"Cet homme nous a contactés car il était désespéré que personne ne lui donne d'informations", raconte Helena Maleno, de l'ONG Caminando Fronteras.  Pour les familles des migrants morts ou disparus sur la dangereuse route migratoire qui sépare les côtes du nord-ouest de l'Afrique des Canaries, obtenir des informations sur leur sort tourne souvent au cauchemar.

Depuis deux ans, le nombre d'arrivées de migrants aux Canaries sur des bateaux surchargés partant du Sahara occidental, voire du Sénégal à 1.500 kilomètres au sud, a bondi en raison des contrôles en Méditerranée et de l'impact social de la pandémie. En conséquence, le nombre de morts a augmenté aussi. 

L'Organisation Internationale des Migrations (OIM) a compté 202 décès en 2019 et déjà 937 cette année, ce qui ferait de 2021 l'année "la plus meurtrière" sur cette route depuis 1997, selon des données collectées par l'OIM dans le cadre du projet "Migrants disparus" et par l'ONG espagnole APDHA.

Des données sous-évaluées de l'aveu même de l'agence onusienne. Pour Caminando Fronteras, le chiffre serait de 2.087 sur les six premiers mois de l'année, contre 2.170 sur l'ensemble de 2020.

"Cela a été une année horrible, les migrants savent que partir en mer peut leur coûter la vie", insiste Helena Maleno.

 Des bateaux devenus des cercueils 

Pour nombre de migrants, ces bateaux censés les conduire à une vie meilleure en Europe peuvent devenir des cercueils. 

"Je savais que prendre ce bateau n'était pas une bonne chose mais il y avait la guerre au Mali", confie Mamadou, qui préfère ne pas donner son vrai nom. Il avait 17 ans lorsqu'il a quitté Nouadhibou en Mauritanie en août 2020 avec 58 autres migrants.

Après trois jours en mer, les réserves d'eau et de nourriture étaient épuisées et nombre de migrants à bord ont commencé à mourir. Seuls 11, dont Mamadou, ont survécu. Cinq corps ont été retrouvés à bord par les sauveteurs, les autres avaient été jetés par-dessus bord, allongeant la longue liste des disparus. 

Errant dans le "cimetière des bateaux" de migrants sur le port d'Arinaga à Grande Canarie, le jeune homme regarde en silence les vieilles coques en bois des "pateras", comme on appelle en Espagne ces bateaux de fortune, submergé par les souvenirs traumatisants de ses deux semaines en mer.

"Ces personnes ne devraient pas mourir", martèle Teodoro Bondyale de la Fédération des Associations africaines des Canaries (FAAC), à côté de la tombe d'une enfant malienne de deux ans, morte au printemps après la traversée. 

Un ours en peluche est posé sur la tombe. Sur une plaque, ces mots: "Tu seras toujours dans mon coeur, ma fille". Selon l'OIM, au moins 83 enfants sont morts cette année sur cette route migratoire.

"Si l'immigration pouvait être effectuée normalement, avec un passeport et un visa, les gens pourraient voyager et tenter d'avoir une vie meilleure" mais "nous les condamnons à voyager sur des routes migratoires dangereuses avec des trafiquants sans scrupules", ajoute Teodoro Bondyale.

 Plus de bateaux, plus de morts 

"La situation empire, le nombre de bateaux et de morts a beaucoup plus augmenté cette année que l'année dernière", insiste Daniel Arencibia, avocat spécialiste des questions migratoires qui réclame la création d'un office central de recherche des disparus.

"Il n'y a pas d'organisme chargé" de cette recherche, "ce sont donc les familles (...) qui s'en chargent. Mais bien souvent, elles ne les trouvent jamais", dit-il.

Le prêtre José Antonio Benitez tente, grâce à ses relations avec les autorités et les ONG, d'aider ces familles à obtenir des informations sur leurs proches, en contactant les hôpitaux ou les centres de rétention.

"Tant que l'on a pas trouvé le corps, on ne peut pas être sûr qu'une personne est morte", explique-t-il.

Le mois dernier, des Marocains installés en Espagne s'étaient adressés à lui après le sauvetage d'un bateau dont 10 passagers sont morts.

"Ils ont passé plusieurs jours à aller dans les hôpitaux mais personne n'a pu leur donner de réponse car ils devaient prouver leur lien de parenté", ajoute Benitez en dénonçant les lourdeurs bureaucratiques.

Finalement, ils ont trouvé leur réponse... à la morgue. 

Depuis mi-juin, Caminando Fronteras a aidé 570 familles à tenter de retrouver leurs proches. La Croix Rouge espagnole a reçu 359 requêtes.

Mais la plupart des personnes mortes en mer ne seront jamais retrouvées.

"Que se passe-t-il pour ces familles quand il n'y a pas de corps ? Il faut trouver d'autres moyens" de les aider à obtenir des informations sur leurs proches, estime Jose Pablo Baraybar.

Cet anthropologue légiste est en charge d'un projet pilote de la Croix Rouge aux Canaries dont le but est de comprendre qui était à bord des bateaux et ce qu'il s'est passé durant la traversée en rassemblant de multiples sources.

"Les familles ont le droit de savoir et nous avons l'obligation de leur garantir ce droit", dit-il.

Témoins de la «tragédie» des migrants, ils changent de vie pour les aider

Assister, impuissant, à un drame de l'immigration a changé l'existence de José Antonio Benitez, amenant ce prêtre à laisser derrière lui une vie passée à enseigner pour aider les migrants arrivant en Espagne.

Vivant à Séville, ce religieux de 57 ans n'était pas totalement étranger au sort des migrants et avait pour habitude d'emmener des jeunes à Tanger au Maroc pour les sensibiliser.

"Je me suis rendu compte qu'il y avait énormément de préjugés sur l'immigration et les préjugés ne volent en éclats que lorsqu'on se confronte à la réalité, qu'on la touche", explique-t-il.

Mais lors d'un voyage retour vers l'Espagne, le prêtre et les adolescents aperçoivent un frêle canot pneumatique secoué par une mer agitée, avec cinq personnes à bord.

Leur bateau s'approche mais heurte l'embarcation de fortune. "Ils sont tous tombés à l'eau. On criait tous" mais en vain et "on les a vus se noyer", raconte-t-il. Trois sont morts, deux ont pu être sauvés. Un des membres de l'équipage s'est jeté à l'eau pour tenter de les aider mais est mort également.

"C'est une tragédie absolue. Un drame que je porte et que je revis constamment. Cela a été l'expérience qui a tout changé", poursuit le prêtre qui a décidé depuis de se consacrer à plein temps aux migrants et a déménagé à l'été 2019 à Grande Canarie, où il aide les nouveaux arrivés ou les familles cherchant leurs proches morts dans la traversée.

« Leur maison  »

Adelina Abdola, 56 ans, a elle décidé d'ouvrir un nouveau chapitre dans sa vie après une manifestation de soutien aux migrants en avril.

Inquiète pour ceux qui ne cessaient d'arriver à Grande Canarie, "sans abri ni rien", cette habitante du petit port de La Isleta, près de Las Palmas, se demande ce qu'elle peut faire.

Lors de la manifestation, "nous étions là, uniquement des personnes blanches, et soudain les migrants sont arrivés de la plage avec des pancartes disant +nous voulons juste une chance+ et là, j'ai explosé en sanglots. C'est là que j'ai décidé de prendre certains de ces jeunes chez moi", se souvient-elle.

Grâce à "Somos Red" (nous sommes un réseau), une association d'aide aux migrants, elle a accueilli chez elle Modu et Mamadou, deux Sénégalais de 26 ans, qui ont "très vite fait partie de la famille".

Elle héberge actuellement Ousmane, arrivé en octobre. 

"Adelina m'a dit que je pouvais rester chez elle et m'a inscrit dans une école" pour apprendre l'espagnol, "elle m'a vraiment beaucoup, beaucoup aidé", sourit ce Sénégalais de 32 ans, qui veut se former au métier de mécanicien ou de soudeur, en sirotant avec elle un thé dans la cuisine.

"Ils font partie de la famille maintenant et ils me donnent tant en retour. Ils sont jeunes, ils ne réclament pas d'aides du gouvernement, ils veulent juste travailler", souligne Adelina. Bien que Mamadou et Modu aient déménagé, ils viennent souvent lui rendre visite. "Je leur ai dit que cela sera toujours leur maison".

Aux Canaries, d'autres habitants voient en revanche d'un mauvais oeil ces nouveaux venus et de nombreux rassemblements anti-immigration se sont tenus depuis le début de l'année.

« A l'aide, on coule »

Défenseuse des droits humains, chercheuse et journaliste, Helena Maleno travaillait depuis des années avec des migrants lorsqu'en 2007, elle a reçu un coup de fil qu'elle n'a jamais oublié.

"Une nuit, j'étais chez moi et un homme qui avait mon numéro, m'a appelée. Il criait: +à l'aide à l'aide, à l'aide, je suis sur un bateau, et on coule+", se remémore cette femme de 51 ans. "On n'avait aucune info, mais il nous a dit qu'il allait à Almeria, alors j'ai cherché sur internet et j'ai trouvé le numéro des secours en mer, j'ai appelé et je leur ai donné son numéro de téléphone".

Elle fait alors les cent pas toute la nuit jusqu'à ce qu'elle apprenne que les passagers du bateau étaient sains et saufs. "C'était une nuit horrible et je me suis dit plus jamais ça, que plus personne ne m'appelle comme ça". 

Mais les gens ont continué à appeler. Depuis, les migrants s'échangent son numéro et Helena Maleno a fondé l'ONG Caminando Fronteras (traverser les frontières), qui alerte les secours sur les bateaux en détresse.

"C'est vrai, ça a un coût, c'est compliqué, c'est difficile, mais d'un autre côté on défend la vie, et là où il y a la vie, elle doit être protégée".


Le patrimoine mondial en péril face aux conflits et aux urgences écologiques

Un drapeau israélien flotte au sommet du château médiéval de Beaufort, connu localement sous le nom de Qalaat al-Shaqif ou Shaqif Arnoun, vu depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, le 31 mai 2026. (AFP)
Un drapeau israélien flotte au sommet du château médiéval de Beaufort, connu localement sous le nom de Qalaat al-Shaqif ou Shaqif Arnoun, vu depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, le 31 mai 2026. (AFP)
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  • L’Unesco examinera cette semaine plusieurs inscriptions d’urgence au patrimoine mondial en péril, notamment les châteaux du Mont Amel et Tyr au Liban, ainsi que des sites en Cisjordanie, en Crimée et au Soudan du Sud
  • Face aux conflits et aux menaces environnementales, l’Unesco veut renforcer la protection des sites menacés, dont le lac Baïkal, tout en mobilisant des financements pour leur préservation

PARIS: Forteresses médiévales au Sud-Liban, site archéologique en Crimée, lac Baïkal, parcs naturels au Soudan du Sud... Face à la multiplication des conflits et des menaces environnementales, plusieurs sites devraient rejoindre cette année la liste du patrimoine mondial en péril de l'Unesco.

Réunis à Busan (Corée du Sud), les 196 Etats membres de l'organisation onusienne examineront à partir de lundi une trentaine de nouvelles candidatures souhaitant venir s’ajouter plus de 1.200 sites déjà inscrits à la célèbre liste du patrimoine mondial.

Trois feront l'objet d'un classement en procédure d'urgence, à la fois sur la liste du patrimoine mondial et sur la liste du patrimoine en péril.

Deux sont situés au Moyen-Orient: le site archéologique de Sébastia, la Samarie de la Bible, dans le nord de la Cisjordanie occupée, auquel Israël s'intéresse depuis des années pour son potentiel touristique, et cinq châteaux du Mont Amel, dans le sud du Liban bombardé par Israël depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

L'une des plus connues, datant de l'époque des Croisades et conquise fin mai par l'armée israélienne, la forteresse de Beaufort, lui avait déjà servi de base durant les deux décennies d'occupation du sud du Liban, qui ont pris fin en 2000.

Israël a quitté l'Unesco en 2017 (comme les Etats-Unis, dont le départ sera effectif fin 2026) mais reste membre du Comité du patrimoine mondial et est signataire de la Convention de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflits armés et de la Convention du patrimoine mondial.

Enfin, le Soudan du Sud intègrera pour la première fois le patrimoine mondial avec un site nécessitant une attention particulière tant en raison du conflit persistant entre forces gouvernementales et milices d'opposition que du réchauffement climatique.

Les savanes de Boma-Badingilo, zone de 37.500 km2 située entre le Nil Blanc et la frontière éthiopienne, abritent la plus grande migration terrestre de mammifères au monde, notamment d'antilopes.

- "Se reconstruire" -

"Nous n'avons peut-être pas les moyens d'envoyer des Casques bleus (...) mais nous pouvons faire passer un message au monde entier : ces sites sont importants, il faut tout faire pour empêcher leur destruction", explique à l'AFP le directeur Centre du patrimoine mondial de l'Unesco Lazare Eloundou Assomo.

"Le patrimoine permet aux communautés qui ont été traumatisées, victimes des conflits, de commencer à revenir, à se reconstruire", ajoute M. Assomo, insistant sur le fait que l'inscription sur la liste en péril n'est pas une sanction : il permet "de mobiliser des financements, des partenaires et l'attention" pour bénéficier d'une protection accrue.

Outre ces procédures d'urgence, d'autres sites devraient s'ajouter à la liste des biens en péril, comme Tyr, ancienne cité phénicienne du sud du Liban touchée ces derniers mois par des bombardements israéliens, ou la cité antique de Chersonèse Taurique et sa chôra, située en Crimée, territoire ukrainien annexé par la Russie depuis 2014.

Cette dernière est affectée par des fouilles non autorisées, des constructions de grande ampleur et des déplacements d'artefacts.

En Ukraine, le patrimoine local est ravagé par la guerre lancée par Moscou en 2022. Le dernier site emblématique endommagé a été la cathédrale de la Dormition à Kiev, touché par une frappe aérienne russe en juin.

- Alerte sur le Lac Baïkal -

Selon l'Unesco, le lac Baïkal, plus grande réserve d'eau douce liquide au monde, en Russie, pâtit lui de la pollution, de la pression touristique, d’un projet hydroélectrique en amont (Mongolie) ou encore de l'exploitation forestière à grande échelle.

Après avoir à maintes reprises appelé Moscou à agir pour stopper "la dégradation écologique du lac (...) de toute urgence", l'Unesco juge les mesures prises insuffisantes.

L'an dernier, l'organisation alertait déjà sur la multiplication des menaces climatiques avec près de trois-quarts des sites du patrimoine mondial "confrontés à des risques hydriques graves, pénuries d'eau ou inondations".

De même, sur la cinquantaine de biens inscrits sur la liste du patrimoine mondial en péril, la moitié l'était en raison des conséquences directes des conflits.

Parmi les nouvelles candidatures au Patrimoine mondial, les plages du Débarquement allié du 6 juin 1944, dans le nord-ouest de la France, deux théâtres construits dans l'Amazonie brésilienne et le village tunisien de Sidi Bou Saïd devraient faire leur entrée dans la prestigieuse liste.


Bombardé pour la septième nuit de suite, l'Iran menace de déclencher une "offensive totale"

Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
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  • Les États-Unis poursuivent leurs frappes en Iran ; Téhéran dit avoir riposté contre des bases liées aux forces américaines en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn
  • Les tensions s'aggravent dans le détroit d'Ormuz, alimentant les craintes d'une escalade régionale

TEHERAN: Les Etats-Unis ont bombardé l'Iran pour la septième nuit consécutive samedi et Téhéran a une nouvelle fois riposté en frappant des cibles en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn, tout en menaçant de passer à une "offensive totale".

Un mois après la signature, le 17 juin, d'un protocole d'accord entre l'Iran et les Etats-Unis censé ouvrir une période de pourparlers de paix, l'escalade continue au Moyen-Orient avec des échanges de frappes quotidiens et des incidents maritimes en série.

Le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a dit avoir attaqué dans la nuit en Iran "des sites de surveillance, des infrastructures logistiques militaires, des dépôts souterrains d'armes et des moyens maritimes", sans mentionner de cibles civiles.

Les autorités de la province d'Hormozgan, dans le sud de l'Iran, ont annoncé que des frappes américaines y avaient fait au moins trois morts et huit blessés, et ciblé deux ponts et un tunnel routiers, selon l'agence officielle Irna.

Toujours selon Irna, les Etats-Unis ont également bombardé les villes d'Ahvaz et Bouchehr (sud-ouest), Bandar Abbas, l'île de Qeshm, Lar, Darab (sud), et Yazd (centre).

- Jordanie et Koweït attaqués -

En riposte, l'armée iranienne, citée par la télévision d'Etat, a affirmé avoir frappé le camp militaire d'Al-Adiri et la base d'Ali Al-Salem au Koweït, la base aérienne d'Al-Azraq en Jordanie, et celle de Sheikh Isa à Bahreïn, accusant l'armée américaine d'attaquer son territoire depuis ces installations.

"Nos défenses aériennes ont intercepté et abattu 10 missiles iraniens visant le territoire du Royaume", et qui n'ont fait ni victime ni dégât, a indiqué un responsable de l'état-major jordanien.

Au Koweït, l'armée a dit faire face à "des attaques de drones hostiles". Les sirènes d'alerte aérienne ont également retenti à Bahreïn, a annoncé le ministère de l'Intérieur de ce pays.

Téhéran va entrer dans "une phase d'offensive totale" si les frappes américaines se poursuivent au-delà de "deux-trois jours", a menacé vendredi Mohsen Rezaï, conseiller militaire du guide suprême iranien, cité par la télévision d'Etat.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont prévenu que les frappes "se poursuivront jusqu'au retour du calme sur la côte sud et dans le détroit d'Ormuz", où le trafic maritime est à nouveau pratiquement à l'arrêt.

- L'Iran "stoppe" quatre navires -

Ce détroit stratégique, par lequel transitait avant la guerre au Moyen-Orient un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures, est à nouveau verrouillé par l'Iran depuis plus d'une semaine, après la reprise des hostilités avec les Etats-Unis. Ces derniers, en représailles, ont réimposé un blocus des ports iraniens.

Les Gardiens de la Révolution ont annoncé samedi avoir "stoppé" quatre navires qui tentaient de franchir sans leur autorisation le détroit où, toujours selon Téhéran, deux pétroliers ont par ailleurs sauté sur des mines.

"Au cours des dernières heures, quatre navires en infraction, soutenus par l'armée terroriste américaine, ont tenté de traverser le détroit d'Ormuz, et les quatre navires ont été stoppés sur place lors d'une opération combinée de missiles et de drones", ont déclaré les Gardiens, cités par la télévision d'Etat.

"Deux pétroliers, qui tentaient de traverser le champ de mines situé au sud du détroit d'Ormuz, trompés par les services de renseignement américains, ont explosé et pris feu", ont-ils également indiqué, selon Irna, sans préciser la nationalité des navires ni s'il y avait des victimes.

Le Commandement de l'armée américaine pour le Moyen-Orient (Centcom) a démenti. "Comme la plupart des revendications du Corps des gardiens de la Révolution islamique, ceci est faux", ont-ils écrit sur X, sans fournir plus d'explications.

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques iraniennes contre des navires dans le Golfe. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril.

Déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains contre l'Iran, le conflit a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et n'en finit pas d'ébranler l'économie mondiale.

"Le détroit d'Ormuz est en train de devenir un piège pour les deux belligérants. La logique de l'escalade leur échappe de plus en plus", a analysé David Khalfa, spécialiste du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès, en soulignant le "risque d'une confrontation régionale plus large".


Climat : face à la grogne de l'industrie, l'Europe révise son marché du carbone

Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
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  • L'UE veut assouplir son marché carbone en prolongeant les quotas gratuits pour les industriels jusqu'en 2038
  • La réforme oppose les partisans de la compétitivité industrielle aux défenseurs d'objectifs climatiques plus stricts

BRUXELLES: Une trajectoire climatique moins exigeante pour les entreprises : la Commission européenne a proposé vendredi d'assouplir sa tarification du carbone, pilier de la politique environnementale de l'UE, au cœur d'une bataille féroce entre Etats, industriels et ONG.

Face à la grogne de l'industrie chimique allemande, de pays d'Europe centrale et de l'Italie, Bruxelles a mis sur la table une série de concessions, soumises aux Vingt-Sept et aux eurodéputés pour une négociation qui devrait durer plusieurs mois.

Dans l'ensemble, l'industrie européenne devrait être autorisée à émettre plus longtemps du CO2 et à un coût moindre que ce qui était prévu jusqu'à présent.

S'ils s'engagent à se décarboner, les industriels pourront notamment bénéficier plus longtemps de quotas carbone gratuits. Leur suppression totale interviendrait en 2038, contre 2034 dans le système actuel.

Et les entreprises auront la possibilité d'acquérir à partir de 2036 des crédits carbone internationaux en finançant des projets de décarbonation en dehors de l'UE qui seraient pris en compte dans la baisse de leurs émissions.

Il y a plus de vingt ans, l'Union européenne a mis en place ce marché des quotas d'émissions carbone (ETS), outil pionnier dans la lutte contre le dérèglement climatique.

Pour couvrir leurs émissions de CO2, les industries les plus énergivores (sidérurgie, ciment, chimie...) et les producteurs d'électricité doivent acheter des "permis de polluer", selon le principe du pollueur-payeur.

Le prix de la tonne de CO2 varie et s'établit autour de 80 euros actuellement dans l'UE.

Le total des quotas carbone disponibles sur le marché baisse au fil du temps pour inciter les industriels à émettre moins. Et pour les accompagner dans leur transformation, des quotas gratuits sont alloués.

Ils devaient disparaître en 2034, mais la Commission propose de les prolonger tout comme elle veut réduire moins vite que prévu l'ensemble des quotas disponibles sur le marché.

Pour montrer que ses ambitions climatiques demeurent, l'UE a néanmoins présenté vendredi un objectif "indicatif" d'électrification de son énergie. Elle souhaite que l'électricité représente 46% de sa consommation finale d'énergie en 2040, soit deux fois plus qu'actuellement.

- Scandinavie vs Europe centrale -

Depuis plusieurs années, cette part de l'électricité dans la consommation finale d'énergie de l'Union stagne autour de 23%, car elle coûte nettement plus cher que le gaz et parce que l'Europe peine à se priver des fossiles dans le chauffage des bâtiments et les transports.

Entre la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient et la canicule historique qui s'est abattue sur l'Europe, les défenseurs de l'environnement poussent pour que l'UE maintienne des ambitions climatiques élevées.

Mais depuis deux ans à Bruxelles, la tendance est plutôt de répondre aux préoccupations des industriels, en souffrance face à la concurrence de la Chine et aux droits de douane des Etats-Unis.

La réforme du carbone était prévue dans les textes, mais elle est devenue un enjeu politique, voire idéologique, entre les partisans d'ETS, comme l'Espagne, la Suède, la Finlande et le Danemark, et ses détracteurs, comme la Pologne, la République tchèque ou l'Italie aux économies plus carbonées.

Entre ces deux camps, la France va être "un Etat pivot dans les négociations", estime Phuc-Vinh Nguyen, expert de l'énergie de l'Institut Jacques-Delors, qui considère que Paris a intérêt à "sauvegarder un ETS fort" pour mettre en avant son électricité nucléaire décarbonée auprès des investisseurs.

Vendredi, la Commission a également poussé  pour que les revenus que perçoivent les Etats membres grâce au marché du carbone soient davantage fléchés vers la décarbonation de l'industrie, ce qui est loin d'être le cas actuellement.

Bruxelles avance par ailleurs prudemment sur l'extension de son marché du carbone à de nouveaux secteurs.

L'exécutif propose d'intégrer "graduellement" le secteur des incinérateurs de déchets à ETS. Avec une possibilité de dérogation jusqu'en 2035 pour les Etats, s'ils remplissent des objectifs de recyclage ou disposent déjà d'une taxe nationale équivalente.

Concernant l'aviation, face à la forte pression des compagnies aériennes et aux réticences de certains Etats, dont la France, la Commission a renoncé à directement intégrer les vols internationaux à son marché du carbone.

A la place, elle plaide pour une solution intermédiaire régionale à partir de 2029, avec l'intégration à ETS de vols internationaux dont le point d'atterrissage se situe à 5.000 kilomètres maximum du décollage en Europe. Un vol depuis Francfort vers Dubaï ou Istanbul serait couvert par ETS, mais Francfort-Tokyo ne le serait pas.

Au milieu de ces négociations, une victime collatérale de ce bras de fer pourrait être "l'ETS 2", c'est-à-dire l'extension prévue du marché du carbone au transport routier et au chauffage des bâtiments.

Très sensible politiquement, la mesure a déjà été repoussée de 2027 à 2028 et risque encore d'être reportée. Voire enterrée.