A la recherche des migrants morts ou disparus sur la route des Canaries

Mamadou, un migrant malien de 21 ans, arrivé dans un bateau en août 2020, est photographié dans un "cimetière de bateaux" à Arinaga le 18 novembre 2021, sur l'île espagnole des Canaries de Gran Canaria. (AFP)
Mamadou, un migrant malien de 21 ans, arrivé dans un bateau en août 2020, est photographié dans un "cimetière de bateaux" à Arinaga le 18 novembre 2021, sur l'île espagnole des Canaries de Gran Canaria. (AFP)
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Publié le Vendredi 03 décembre 2021

A la recherche des migrants morts ou disparus sur la route des Canaries

  • "Ces personnes ne devraient pas mourir", martèle Teodoro Bondyale de la Fédération des Associations africaines des Canaries (FAAC), à côté de la tombe d'une enfant malienne de deux ans, morte au printemps après la traversée. 
  • Depuis deux ans, le nombre d'arrivées de migrants aux Canaries sur des bateaux surchargés partant du Sahara occidental, voire du Sénégal à 1.500 kilomètres au sud, a bondi en raison des contrôles en Méditerranée et de l'impact social de la pandémie. En co

PARIS: Sans nouvelles de sa femme et de sa fille de 6 ans, dix jours après leur départ vers les Canaries, Hamido, Ivoirien installé en France, a pris un avion vers l'archipel espagnol pour découvrir que sa femme était morte lors de la traversée et sa fille traumatisée de l'avoir vu mourir.

"Cet homme nous a contactés car il était désespéré que personne ne lui donne d'informations", raconte Helena Maleno, de l'ONG Caminando Fronteras.  Pour les familles des migrants morts ou disparus sur la dangereuse route migratoire qui sépare les côtes du nord-ouest de l'Afrique des Canaries, obtenir des informations sur leur sort tourne souvent au cauchemar.

Depuis deux ans, le nombre d'arrivées de migrants aux Canaries sur des bateaux surchargés partant du Sahara occidental, voire du Sénégal à 1.500 kilomètres au sud, a bondi en raison des contrôles en Méditerranée et de l'impact social de la pandémie. En conséquence, le nombre de morts a augmenté aussi. 

L'Organisation Internationale des Migrations (OIM) a compté 202 décès en 2019 et déjà 937 cette année, ce qui ferait de 2021 l'année "la plus meurtrière" sur cette route depuis 1997, selon des données collectées par l'OIM dans le cadre du projet "Migrants disparus" et par l'ONG espagnole APDHA.

Des données sous-évaluées de l'aveu même de l'agence onusienne. Pour Caminando Fronteras, le chiffre serait de 2.087 sur les six premiers mois de l'année, contre 2.170 sur l'ensemble de 2020.

"Cela a été une année horrible, les migrants savent que partir en mer peut leur coûter la vie", insiste Helena Maleno.

 Des bateaux devenus des cercueils 

Pour nombre de migrants, ces bateaux censés les conduire à une vie meilleure en Europe peuvent devenir des cercueils. 

"Je savais que prendre ce bateau n'était pas une bonne chose mais il y avait la guerre au Mali", confie Mamadou, qui préfère ne pas donner son vrai nom. Il avait 17 ans lorsqu'il a quitté Nouadhibou en Mauritanie en août 2020 avec 58 autres migrants.

Après trois jours en mer, les réserves d'eau et de nourriture étaient épuisées et nombre de migrants à bord ont commencé à mourir. Seuls 11, dont Mamadou, ont survécu. Cinq corps ont été retrouvés à bord par les sauveteurs, les autres avaient été jetés par-dessus bord, allongeant la longue liste des disparus. 

Errant dans le "cimetière des bateaux" de migrants sur le port d'Arinaga à Grande Canarie, le jeune homme regarde en silence les vieilles coques en bois des "pateras", comme on appelle en Espagne ces bateaux de fortune, submergé par les souvenirs traumatisants de ses deux semaines en mer.

"Ces personnes ne devraient pas mourir", martèle Teodoro Bondyale de la Fédération des Associations africaines des Canaries (FAAC), à côté de la tombe d'une enfant malienne de deux ans, morte au printemps après la traversée. 

Un ours en peluche est posé sur la tombe. Sur une plaque, ces mots: "Tu seras toujours dans mon coeur, ma fille". Selon l'OIM, au moins 83 enfants sont morts cette année sur cette route migratoire.

"Si l'immigration pouvait être effectuée normalement, avec un passeport et un visa, les gens pourraient voyager et tenter d'avoir une vie meilleure" mais "nous les condamnons à voyager sur des routes migratoires dangereuses avec des trafiquants sans scrupules", ajoute Teodoro Bondyale.

 Plus de bateaux, plus de morts 

"La situation empire, le nombre de bateaux et de morts a beaucoup plus augmenté cette année que l'année dernière", insiste Daniel Arencibia, avocat spécialiste des questions migratoires qui réclame la création d'un office central de recherche des disparus.

"Il n'y a pas d'organisme chargé" de cette recherche, "ce sont donc les familles (...) qui s'en chargent. Mais bien souvent, elles ne les trouvent jamais", dit-il.

Le prêtre José Antonio Benitez tente, grâce à ses relations avec les autorités et les ONG, d'aider ces familles à obtenir des informations sur leurs proches, en contactant les hôpitaux ou les centres de rétention.

"Tant que l'on a pas trouvé le corps, on ne peut pas être sûr qu'une personne est morte", explique-t-il.

Le mois dernier, des Marocains installés en Espagne s'étaient adressés à lui après le sauvetage d'un bateau dont 10 passagers sont morts.

"Ils ont passé plusieurs jours à aller dans les hôpitaux mais personne n'a pu leur donner de réponse car ils devaient prouver leur lien de parenté", ajoute Benitez en dénonçant les lourdeurs bureaucratiques.

Finalement, ils ont trouvé leur réponse... à la morgue. 

Depuis mi-juin, Caminando Fronteras a aidé 570 familles à tenter de retrouver leurs proches. La Croix Rouge espagnole a reçu 359 requêtes.

Mais la plupart des personnes mortes en mer ne seront jamais retrouvées.

"Que se passe-t-il pour ces familles quand il n'y a pas de corps ? Il faut trouver d'autres moyens" de les aider à obtenir des informations sur leurs proches, estime Jose Pablo Baraybar.

Cet anthropologue légiste est en charge d'un projet pilote de la Croix Rouge aux Canaries dont le but est de comprendre qui était à bord des bateaux et ce qu'il s'est passé durant la traversée en rassemblant de multiples sources.

"Les familles ont le droit de savoir et nous avons l'obligation de leur garantir ce droit", dit-il.

Témoins de la «tragédie» des migrants, ils changent de vie pour les aider

Assister, impuissant, à un drame de l'immigration a changé l'existence de José Antonio Benitez, amenant ce prêtre à laisser derrière lui une vie passée à enseigner pour aider les migrants arrivant en Espagne.

Vivant à Séville, ce religieux de 57 ans n'était pas totalement étranger au sort des migrants et avait pour habitude d'emmener des jeunes à Tanger au Maroc pour les sensibiliser.

"Je me suis rendu compte qu'il y avait énormément de préjugés sur l'immigration et les préjugés ne volent en éclats que lorsqu'on se confronte à la réalité, qu'on la touche", explique-t-il.

Mais lors d'un voyage retour vers l'Espagne, le prêtre et les adolescents aperçoivent un frêle canot pneumatique secoué par une mer agitée, avec cinq personnes à bord.

Leur bateau s'approche mais heurte l'embarcation de fortune. "Ils sont tous tombés à l'eau. On criait tous" mais en vain et "on les a vus se noyer", raconte-t-il. Trois sont morts, deux ont pu être sauvés. Un des membres de l'équipage s'est jeté à l'eau pour tenter de les aider mais est mort également.

"C'est une tragédie absolue. Un drame que je porte et que je revis constamment. Cela a été l'expérience qui a tout changé", poursuit le prêtre qui a décidé depuis de se consacrer à plein temps aux migrants et a déménagé à l'été 2019 à Grande Canarie, où il aide les nouveaux arrivés ou les familles cherchant leurs proches morts dans la traversée.

« Leur maison  »

Adelina Abdola, 56 ans, a elle décidé d'ouvrir un nouveau chapitre dans sa vie après une manifestation de soutien aux migrants en avril.

Inquiète pour ceux qui ne cessaient d'arriver à Grande Canarie, "sans abri ni rien", cette habitante du petit port de La Isleta, près de Las Palmas, se demande ce qu'elle peut faire.

Lors de la manifestation, "nous étions là, uniquement des personnes blanches, et soudain les migrants sont arrivés de la plage avec des pancartes disant +nous voulons juste une chance+ et là, j'ai explosé en sanglots. C'est là que j'ai décidé de prendre certains de ces jeunes chez moi", se souvient-elle.

Grâce à "Somos Red" (nous sommes un réseau), une association d'aide aux migrants, elle a accueilli chez elle Modu et Mamadou, deux Sénégalais de 26 ans, qui ont "très vite fait partie de la famille".

Elle héberge actuellement Ousmane, arrivé en octobre. 

"Adelina m'a dit que je pouvais rester chez elle et m'a inscrit dans une école" pour apprendre l'espagnol, "elle m'a vraiment beaucoup, beaucoup aidé", sourit ce Sénégalais de 32 ans, qui veut se former au métier de mécanicien ou de soudeur, en sirotant avec elle un thé dans la cuisine.

"Ils font partie de la famille maintenant et ils me donnent tant en retour. Ils sont jeunes, ils ne réclament pas d'aides du gouvernement, ils veulent juste travailler", souligne Adelina. Bien que Mamadou et Modu aient déménagé, ils viennent souvent lui rendre visite. "Je leur ai dit que cela sera toujours leur maison".

Aux Canaries, d'autres habitants voient en revanche d'un mauvais oeil ces nouveaux venus et de nombreux rassemblements anti-immigration se sont tenus depuis le début de l'année.

« A l'aide, on coule »

Défenseuse des droits humains, chercheuse et journaliste, Helena Maleno travaillait depuis des années avec des migrants lorsqu'en 2007, elle a reçu un coup de fil qu'elle n'a jamais oublié.

"Une nuit, j'étais chez moi et un homme qui avait mon numéro, m'a appelée. Il criait: +à l'aide à l'aide, à l'aide, je suis sur un bateau, et on coule+", se remémore cette femme de 51 ans. "On n'avait aucune info, mais il nous a dit qu'il allait à Almeria, alors j'ai cherché sur internet et j'ai trouvé le numéro des secours en mer, j'ai appelé et je leur ai donné son numéro de téléphone".

Elle fait alors les cent pas toute la nuit jusqu'à ce qu'elle apprenne que les passagers du bateau étaient sains et saufs. "C'était une nuit horrible et je me suis dit plus jamais ça, que plus personne ne m'appelle comme ça". 

Mais les gens ont continué à appeler. Depuis, les migrants s'échangent son numéro et Helena Maleno a fondé l'ONG Caminando Fronteras (traverser les frontières), qui alerte les secours sur les bateaux en détresse.

"C'est vrai, ça a un coût, c'est compliqué, c'est difficile, mais d'un autre côté on défend la vie, et là où il y a la vie, elle doit être protégée".


Le Pakistan fait état de négociations entre Washington et Téhéran

Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
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  • La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions
  • Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix

TEHERAN: Le Pakistan, médiateur dans le conflit entre Washington et Téhéran, a affirmé jeudi que les belligérants négociaient en vue d'une désescalade après une nouvelle série de bombardements américains sur l'Iran dans la nuit, et des tirs de représailles iraniens.

En attendant une éventuelle percée dans ces discussions, le conflit au Moyen-Orient s'étend à de nouveaux pays: après l'Irak, où des groupes pro-iraniens ont été ciblés par des frappes conjointes américaines et saoudiennes, l'Egypte a fait état d'une attaque de drone dans le port de Damiette (nord).

La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions.

Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix.

Ce processus a déraillé depuis début juillet avec une reprise des frappes menées par les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran visant des bases américaines et des pays alliés de Washington au Moyen-Orient.

Plus tôt jeudi, le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a annoncé avoir "frappé des dizaines de cibles" des Gardiens de la Révolution en Iran.

Mettre fin à "l'escalade" 

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par cette puissante force armée de la République islamique, de "multiples missiles balistiques" contre "les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que ces missiles avaient été interceptés.

Les Gardiens ont, eux, annoncé jeudi que trois de leurs membres avaient été tués dans une attaque américaine  dans le nord-ouest du pays, tandis que les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans des provinces méridionales.

Trois membres d'une même famille ont été tués dans une frappe contre une maison sur l'île de Qeshm, selon l'agence Fars.

Alors que l'Egypte a fait état d'une frappe de drone qui a touché deux navires, dont un américain, dans le port de Damiette mercredi, le président Abdel Fattah al-Sissi a appelé la communauté internationale à mettre fin à "l'escalade" dans la région.

Il s'agit de la première attaque en Egypte depuis le début de la guerre. M. Sissi a précisé qu'une enquête se poursuivait sur les circonstances de l'attaque qui n'a pas été revendiquée.

Les rebelles Houthis au Yémen, alliés de Téhéran et qui contrôlent une partie des rives de la mer Rouge, ont dit ne pas être derrière cette frappe.

Des pays de la région accueillant des forces américaines ont été visés de nouveau jeudi.

Le Koweït a rapporté qu'une personne avait été tuée par un bombardement iranien sur une entreprise chinoise.

La Jordanie a de son côté annoncé avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran. Les Gardiens ont revendiqué avoir ciblé, en représailles à la frappe à Qeshm, des avions américains stationnés sur la base aérienne d'Al-Azraq.

"Notre tour" 

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait menacé mercredi le président américain Donald Trump.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes, ce qu'ils ont démenti.

Ces attaques à travers l'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué cette alliance de groupes armés irakiens qui inclut des factions pro-iraniennes.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les Houthis à l'Arabie saoudite, qui soutient le gouvernement yéménite.

"La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a commenté pour l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision.


Les Etats-Unis reprennent leurs bombardements sur l'Iran

Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
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  • L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones"
  • Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques"

TEHERAN: Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays.

L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones, des sites de surveillance et de défense côtières, ainsi que des capacités maritimes", a écrit le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques" lors d'une "tentative d'attaque surprise contre les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que tous ces missiles avaient été interceptés.

La Jordanie, qui héberge des forces américaines sur ses bases, a de son côté annoncé jeudi matin avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran, qui n'ont pas fait de victime.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", avait prévenu mercredi le président américain Donald Trump dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait-il insisté plus tard devant la presse à la Maison Blanche.

Les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans les provinces méridionales du Khuzestan et d'Hormozgan.

"Une attaque américaine contre une maison d'habitation dans le quartier de Chah Tangu, à Qeshm, a tué trois membres d'une même famille: le père, la mère et leur enfant de deux ans", a écrit l'agence Fars sur Telegram, en citant l'Université des sciences médicales d'Hormozgan, ajoutant que deux autres enfants âgés de sept et neuf ans, blessés, avaient été hospitalisés.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes (ce qu'ils ont démenti).

Riposte inévitable 

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

"Notre riposte contre l'ennemi américain est inévitable, et pourrait frapper ses instruments en Arabie saoudite", a soutenu mercredi dans un communiqué la Résistance islamique en Irak, une puissante alliance armée irakienne pro-Iran.

Téhéran a condamné les frappes chez son voisin.

Dans la capitale iranienne, des habitants expriment leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les rebelles yéménites houthis pro-iraniens à l'Arabie saoudite.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...). La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a déclaré à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision. "Les deux bâtiments ont fait demi-tour à grande vitesse", selon la même source.

Ces nouvelles violences ont fait brièvement monter les cours du pétrole, avant qu'ils ne repartent à la baisse jeudi matin. "On craint que la guerre soit en train de s'étendre", a commenté auprès de l'AFP Andy Lipow, analyste chez Lipow Oil Associates. "Ce qui n'aiderait en rien à rétablir les flux pétroliers" dans la région.


Trump avertit qu'il va frapper «fort» l'Iran, après des attaques contre des bases américaines

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
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  • "Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News
  • La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran

TEHERAN: Donald Trump a averti que les Etats-Unis allaient frapper "fort" l'Iran après des tirs iraniens contre des bases américaines en Jordanie, relançant, après quelques jours d'accalmie, le conflit qui s'étend au Moyen-Orient.

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays.

Cette reprise des hostilités, suspendues depuis samedi, a ravivé les inquiétudes pour l'approvisionnement en or noir. Vers 12H00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, s'échangeait à 87,99 dollars, en hausse de 4,64%.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran.

Les Gardiens de la Révolution iraniens, puissante force armée, ont revendiqué une attaque de missiles contre "une base aérienne et le centre de commandement central des Etats-Unis".

"Violation flagrante" 

Washington a de son côté annoncé des frappes en Irak contre des groupes armés pro-iraniens, menées conjointement avec l'Arabie saoudite, visée plus tôt par des missiles en provenance du territoire irakien.

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens -  et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

Cette coalition a dénoncé une "escalade dangereuse".

Si M. Trump a affirmé, selon le journaliste de Fox News, que les frappes étaient "coordonnées avec le gouvernement irakien", la présidence irakienne a dénoncé une "violation flagrante de la souveraineté de l'Irak".

Le Conseil ministériel irakien pour la sécurité nationale a ensuite indiqué avoir adopté "un plan de sécurité global (...) pour faire face à toute violation de la souveraineté de l’Irak et empêcher toute entité d’utiliser le territoire irakien pour menacer les États voisins".

Les groupes pro-iraniens en Irak ont démenti être derrière les tirs ayant visé des installations pétrolières dans l'est de l'Arabie saoudite.

"Des avions de combat américains et saoudiens ont frappé plusieurs sites logistiques et d'armement terroristes dans l'est de l'Irak", a écrit le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Téhéran a également condamné les frappes dans le pays voisin. Sa télévision d'Etat a fait état dans l'après-midi de bombardements américains sur une ville à la frontière avec l'Irak.

A Téhéran, des habitants exhalent leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières échanges de frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, resté relativement calme depuis 2022, opposant les rebelles yéménites houthis à l'Arabie saoudite.

Ryad soutient militairement le gouvernement yéménite face aux Houthis, soutenus par l'Iran.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Guerre par procuration" 

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...) La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", déclare à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

Le gouvernement yéménite a accusé mercredi les Houthis de vouloir imposer des droits de passage aux navires transitant par la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb, un goulet d'étranglement à son extrémité sud.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule.

Les Gardiens iraniens ont d'ailleurs annoncé mercredi avoir frappé et arrêté trois pétroliers qui tentaient de franchir ce détroit, par lequel transitait avant la guerre quelque 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié dans le monde.

Washington avait dit la semaine dernière vouloir "laisser de la place aux négociations" avec les Iraniens, avec une pause dans les hostilités.

Les nouvelles frappes mercredi sont intervenues au lendemain de la visite à Washington du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a rencontré Donald Trump pour la première fois depuis le début de la guerre régionale, déclenchée par des attaques de leurs pays contre l'Iran le 28 février.