Funérailles en Irak pour 41 yazidis découverts dans une fosse commune

Des soldats irakiens transportent les défunts. Ils seront enterrés près de l'école du village, abandonné par ses habitants (Photo, AFP).
Des soldats irakiens transportent les défunts. Ils seront enterrés près de l'école du village, abandonné par ses habitants (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Vendredi 10 décembre 2021

Funérailles en Irak pour 41 yazidis découverts dans une fosse commune

  • A Kojo, bourgade près du foyer historique des Yazidis sur les monts Sinjar, on a accueilli avec émotion la condamnation en Allemagne d'un jihadiste irakien pour «génocide»
  • Les cadavres découverts font partie des milliers de victimes de l'EI, tués à l'été 2014 quand les jihadistes se sont emparés de Sinjar et d'un tiers de l'Irak

KOJO: Au rythme lancinant des tambours et flûtes traditionnelles, deux femmes dispersent des volutes d'encens dans les airs. Dans le nord de l'Irak, des centaines de personnes ont assisté aux funérailles de 41 yazidis découverts dans un charnier du groupe Etat islamique (EI).

A Kojo, bourgade près du foyer historique des Yazidis sur les monts Sinjar, ils ont accueilli avec émotion la condamnation en Allemagne d'un jihadiste irakien pour "génocide" --même s'ils disent attendre plus d'actions de l'Irak et de la communauté internationale.

Jeudi, 41 cercueils en bois, recouverts d'un drapeau irakien et de gerbes de fleurs, étaient posés à même le sol. A leur pied, les portraits des défunts, hommes et femmes.

Ils font partie des milliers de victimes de l'EI, tués à l'été 2014 quand les jihadistes se sont emparés de Sinjar et d'un tiers de l'Irak. Leurs restes ont été exhumés d'une des fosses communes à Kojo. Leur identité a pu être établie grâce à des tests ADN.

Des soldats irakiens transportent les défunts. Ils seront enterrés près de l'école du village, abandonné par ses habitants.

Des liturgies yazidis accompagnent la cérémonie. Les femmes se frappent la poitrine, lèvent les bras au ciel, en pleurant.

Tout de blanc vêtus, des hommes battent leurs tambours et jouent de la flûte. Deux jeunes femmes font tournoyer des encensoirs dans les airs.

«Paix, vengeance»

Soleimane Hussein, 53 ans, enterre son père, un cousin et plusieurs oncles. Avant les tests ADN, il avait reconnu leurs corps grâce aux vêtements et leurs effets personnels.

Ce qu'il ressent? "Comme les familles des martyrs, de la tristesse", lâche ce travailleur journalier.

Il salue toutefois une "victoire" pour les Yazidis, après le verdict prononcé fin novembre par un tribunal de Francfort, qui a condamné à la perpétuité un Irakien pour "génocide, crime contre l'humanité ayant entraîné la mort, crimes de guerre et complicité de crimes de guerre".

"Mais il faut prendre des actions contre les autres", lâche-t-il en allusion aux jihadistes. "Comme ça on pourra trouver la paix, venger notre honneur et nos martyrs, nos enfants et nos parents".

"Nous espérons que tous les pays, et surtout l'Irak, agiront contre les terroristes".

L'EI a été défait en 2017 en Irak. Un premier charnier avait été exhumé à la mi-mars 2019 à Kojo, dont est originaire Nadia Murad, survivante yazidie et lauréate du prix Nobel de la paix 2018.

Des liturgies yazidis accompagnent la cérémonie. Les femmes se frappent la poitrine, lèvent les bras au ciel, en pleurant (Photo, AFP).

Depuis les opérations d'identification se poursuivent au ralenti.

Kiji Ammo Sello, 49 ans, enterrait jeudi sa belle-soeur et ses oncles. En février, il a enterré cinq de ses proches: ses soeurs et leurs enfants. 

A chaque fois "notre blessure se rouvre", lâche-t-il. "En sept années nous n'avons connu aucun repos".

Malgré tout, "le verdict allemand nous a apporté beaucoup de joie", confie-t-il. "Nous réclamons que soient jugés tous les auteurs des crimes de l'EI".

«Un seul survivant»

En février, 104 yazidis ont été enterrés à Kojo après identification. Dans la région de Sinjar, des dizaines de charniers ont été découverts.

Communauté kurdophone pluricentenaire, adeptes d'une religion ésotérique monothéiste, les Yazidis sont principalement implantés dans le nord irakien. La minorité a été persécutée des siècles durant en raison de ses croyances religieuses.

"Aujourd'hui, ma communauté a enterré 41 victimes yazidies (26 hommes et 15 femmes)", a tweeté Nadia Murad.

"Mon coeur est avec toutes les familles qui pourront enfin honorer ceux qui leur sont chers. Mais des milliers de familles attendent toujours d'enterrer leurs proches", a-t-elle déploré, appelant a accélérer les exhumations pour identifier les autres victimes.

Des charniers où les jihadistes auraient jeté les victimes de leurs exécutions contiendraient jusqu'à 12.000 corps en Irak et 5.000 dans le nord de la Syrie, selon l'ONU.

Zeid Ali Abbas, expert médico-légal qui planche sur ce dossier a assisté aux funérailles. Le travail se poursuit pour identifier les victimes dit-il, grâce à la base de données rassemblées auprès des familles.

Les défis abondent: "de nombreuses familles sont parties à l'étranger", explique-t-il. "Il y a aussi des familles entières portées disparues avec un seul survivant, ça ne suffit pas pour l'ADN".

L'école du village accueille un musée à la mémoire du "massacre de Kojo". Dans des caissons en bois, des vêtements boueux et des chaussures, retrouvés dans les charniers.

Sur des chevalets, des dizaines de portraits sont alignés. Les "martyrs" et les portés disparus, présentés avec leur nom et leur date de naissance. Il y a des jeunes femmes souriantes, des adolescents en sweat-shirt, des patriarches moustachus.  


Liban: 13 morts dans des frappes israéliennes sur le sud

Le ministère de la Santé libanais a indiqué que 13 personnes ont été tuées vendredi lors de frappes israéliennes dans le sud, notamment dans une ville où l’armée israélienne avait émis un ordre d’évacuation malgré un cessez-le-feu. (REUTERS)
Le ministère de la Santé libanais a indiqué que 13 personnes ont été tuées vendredi lors de frappes israéliennes dans le sud, notamment dans une ville où l’armée israélienne avait émis un ordre d’évacuation malgré un cessez-le-feu. (REUTERS)
Short Url
  • Des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont fait au moins 13 morts vendredi, dont des civils (femmes et enfants), malgré un cessez-le-feu en vigueur
  • Depuis la reprise des hostilités le 2 mars entre Israël et le Hezbollah, plus de 2 600 personnes ont été tuées, dont des secouristes, suscitant de vives critiques humanitaires

BEYROUTH: Des frappes israéliennes sur le sud du Liban ont fait au moins 13 morts vendredi, a rapporté le ministère libanais de la Santé dans un nouveau bilan.

Selon un communiqué du ministère, huit personnes, parmi lesquelles un enfant et deux femmes, ont été tuées et 21 autres blessées, dont deux enfants et une femme, dans des frappes sur le village d'Habboush, que l'armée israélienne avait appelé à évacuer malgré un cessez-le-feu.

L'agence de presse officielle libanaise (ANI) a rapporté "une série de frappes intenses (...) un peu moins d'une heure après l'avertissement" israélien.

A Habboush, un photographe de l'AFP a vu des volutes de fumée s'élever à la suite des bombardements.

Une autre frappe sur le village de Zrariyé, dans la région de Saïda, a par ailleurs fait quatre morts, dont deux femmes, et quatre blessés dont un enfant et une femme, a précisé le ministère dans la soirée.

Selon la même source, une femme a été tuée et sept personnes ont été blessées dans le district de la ville côtière de Tyr.

L'ANI avait auparavant fait état d'autres frappes et de tirs d'artillerie sur d'autres localités du Sud en dépit du cessez-le-feu entre le Hezbollah pro-iranien et Israël en vigueur depuis le 17 avril.

- Secouristes tués -

Jeudi, 17 personnes avaient été tuées dans des frappes sur le Sud, où l'armée israélienne a établi une zone de 10 km de profondeur à partir de la frontière, interdite d'accès à la presse et à la population, et effectue des opérations de démolition.

Des destructions ont ainsi été rapportées à Shamaa mais également à Yaroun, où un monastère, une école privée, des maisons, des commerces et des routes ont été démolies, selon l'agence ANI.

Israël affirme vouloir protéger sa région nord du Hezbollah, qui continue de revendiquer des attaques contre des positions israéliennes au Liban et, plus rarement, contre le territoire israélien.

L'armée israélienne a indiqué dans la nuit de vendredi à samedi avoir intercepté quatre "cibles aériennes" qui se dirigeaient vers le nord d'Israël, sans préciser leur provenance.

En vertu de l'accord de cessez-le-feu, Israël se réserve "le droit de prendre, à tout moment, toutes les mesures nécessaires en légitime défense contre des attaques planifiées, imminentes ou en cours", une clause que le Hezbollah conteste.

Selon le ministère libanais de la Santé, plus de 2.600 personnes ont été tuées depuis la reprise des hostilités entre le Hezbollah et Israël, le 2 mars, sur fond de guerre au Moyen-Orient.

D'après cette source, 103 secouristes font partie des morts.

"Qu'une personne qui tente de sauver des vies, d'apaiser la souffrance humaine, puisse être ciblée (...) c'est une chose que je trouve absolument inacceptable", a affirmé à des journalistes près de Beyrouth le secrétaire général adjoint de la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FIRC), Xavier Castellanos.


Les Emirats interdisent à leurs ressortissants de se rendre en Iran, au Liban et en Irak

Le drapeau des Émirats arabes unis flotte sur fond de la skyline d’Abou Dhabi. (Archive/AFP)
Le drapeau des Émirats arabes unis flotte sur fond de la skyline d’Abou Dhabi. (Archive/AFP)
Short Url
  • Les Émirats arabes unis interdisent à leurs citoyens de voyager en Iran, au Liban et en Irak en raison des tensions régionales
  • Les autorités demandent aux Émiratis présents dans ces pays de rentrer immédiatement, après des attaques de missiles iraniennes visant des infrastructures aux EAU

DUBAI: Les Emirats arabes unis ont interdit jeudi à leurs ressortissants  de se rendre en Iran, au Liban et en Irak, en invoquant l'évolution de la situation dans la région.

"A la lumière des développements régionaux actuels", le ministère des Affaires étrangères du pays a émis "une interdiction de voyager pour les ressortissants émiratis se rendant en République islamique d'Iran, en République libanaise et en République d'Irak", a rapporté l'agence de presse officielle WAM, indiquant qu'il appelait "tous les ressortissants émiratis actuellement dans ces pays à accélérer leur retour immédiat".

L'Iran a pris pour cible les Emirats, par des tirs de missiles visant des infrastructures civiles et énergétiques, lors du conflit déclenché le 28 février par l'attaque israélo-américaine contre Téhéran, avant l'annonce d'un fragile cessez-le-feu.


Liban: le président condamne les «violations persistantes» du cessez-le-feu par Israël

Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international. (AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international. (AFP)
Short Url
  • "Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition de maisons (...), alors que le nombre de victimes (...) monte"
  • "Il faut faire pression sur Israël pour qu'il respecte les lois et les accords internationaux et cesse de viser les civils et les secouristes"

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international.

"Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition de maisons (...), alors que le nombre de victimes (...) monte", a-t-il déclaré, selon un communiqué de la présidence. De nouvelles frappes israéliennes meurtrières ont visé jeudi des localités dans le sud, selon un média officiel.

"Il faut faire pression sur Israël pour qu'il respecte les lois et les accords internationaux et cesse de viser les civils et les secouristes", a ajouté Joseph Aoun, alors que la trêve est entrée en vigueur le 17 avril.