Présidentielle: les nouveaux territoires de l'abstention

Un secrétaire de vote dépose des bulletins dans l'urne de "l'abstention" le 22 octobre 2010, au Sénat à Paris. JACQUES DEMARTHON / AFP
Un secrétaire de vote dépose des bulletins dans l'urne de "l'abstention" le 22 octobre 2010, au Sénat à Paris. JACQUES DEMARTHON / AFP
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Publié le Jeudi 16 décembre 2021

Présidentielle: les nouveaux territoires de l'abstention

  • La montée inexorable de l'abstention, devenue spectaculaire avec les élections municipales de 2020 et régionales de 2021, a conquis de nouveaux territoires, aussi bien géographiques que sociologiques
  • Depuis la victoire d'Emmanuel Macron en 2017, le phénomène s'est accéléré et l'abstention a battu des records à chaque élection

PARIS: La montée inexorable de l'abstention, devenue spectaculaire avec les élections municipales de 2020 et régionales de 2021, a conquis de nouveaux territoires, aussi bien géographiques que sociologiques, qui seront scrutés avec attention lors de la présidentielle dans quatre mois.

L'abstention s'est durablement installée dans le paysage politique français à partir de la fin des années 80, en franchissant un premier seuil de 30% d'abstentionnistes lors des législatives de 1988.

Mais depuis la victoire d'Emmanuel Macron en 2017, le phénomène s'est accéléré et l'abstention a battu des records à chaque élection, à l'exception des européennes de 2019, pour culminer lors des régionales en juin (66,72% et 65,31%), soit 31 millions de Français qui ont boudé les urnes sur un corps électoral de 47,9 millions d'inscrits.

Extension sociologique

Si les facteurs les plus déterminants du désengagement électoral sont les mêmes depuis 40 ans (jeunesse, faible niveau de diplômes et fragilité économique), le phénomène change de physionomie quand il atteint une telle ampleur, en conquérant de nouvelles populations.

Les abstentionnistes, réserves de voix surtout pour la gauche et le RN ?

Après l'abstention record des régionales, tous les candidats appellent à un regain de participation électorale en avril lors de la présidentielle, mais selon une étude de la Fondation Jean-Jaurès, c'est surtout la gauche et le RN qui auraient le plus à y gagner.

Car, comme le soulignent les spécialistes des élections, le premier enjeu pour un candidat ou un parti, c'est de réussir à mobiliser ses électeurs potentiels.

Et en la matière, ce sont surtout Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Yannick Jadot (EELV), et, à un degré moindre, Anne Hidalgo (PS) et Marine Le Pen (RN), qui ont les plus grandes marges de progression dans les récents sondages d'intention de vote, avertit Antoine Bristielle, directeur de l'Observatoire de l'Opinion de la Fondation Jean-Jaurès et auteur de cette étude publiée fin novembre.

"On se rend compte qu'on a une abstention qui est assez différentielle en fonction des électorats, en fonction des candidats", explique-t-il à l'AFP, en précisant qu'"à l'heure actuelle, l'électorat qui est le plus mobilisé, c'est celui d'Eric Zemmour, et au contraire celui qui est le moins mobilisé, c'est celui de Jean-Luc Mélenchon". 

Dans le détail, en se basant sur l'enquête électorale de l’institut de sondage Ipsos pour Le Monde et la Fondation Jean-Jaurès, Antoine Bristielle montre que parmi les personnes qui déclarent vouloir voter pour Eric Zemmour, il y en a 70% qui sont certaines d'aller voter. Pour LR (c'est Xavier Bertrand qui avait été testé), 69% sont certaines d'aller voter, pour Emmanuel Macron 67%, alors que pour Jean-Luc Mélenchon, on est seulement à 55% (à 61% pour Jadot, à 64% pour Le Pen et à 65% pour Hidalgo).

Le contraste est encore plus net entre les électeurs de droite (66% certains d'aller voter) et ceux de gauche (57%). 

"Quand on regarde les sondages d'opinion à l'heure actuelle, la gauche est à un niveau extrêmement faible et assez loin du seuil de qualification pour le second tour mais elle a des réserves de voix potentielles", analyse Antoine Bristielle.

"Tout l'enjeu de la campagne, ça va être: est-ce qu'elle va être en mesure de les mobiliser pour potentiellement réussir à gagner quelques points et éventuellement accéder au second tour ?", ajoute-t-il.

Les partis politiques en sont d'ailleurs bien conscients, à l'instar de LFI qui a fait du combat contre l'abstention sa priorité pour cette campagne électorale.

"Notre principal adversaire, c'est la résignation et l'abstention. Si les milieux populaires se mobilisent alors nous pouvons être qualifiés au second tour", clame le numéro deux de LFI Adrien Quatennens.

Même analyse à l'autre bout du spectre politique pour le RN. "Vu que Marine Le Pen a un électorat très populaire qui se mobilise le plus tardivement, elle est à des seuils qui sont assez bas dans les enquêtes d'opinion", explique Antoine Bristielle. 

Mais "si elle réussit à mobiliser cet électorat lors de la campagne, ce qui se fait traditionnellement, elle pourrait gagner justement les quelques points qui lui permettraient d'avoir une marge un petit peu plus confortable sur Eric Zemmour et d'accéder au second tour", fait-il valoir.  

Pour le politologue Pascal Perrineau, l'abstention touche "aujourd'hui des électrices et des électeurs intéressés par la politique et par la chose publique, qui ne sont exclus ni culturellement ni socialement". 

"Elle touche absolument tout le monde, même les professions intellectuelles et la bourgeoisie", insistait-il lors d'une audition parlementaire en octobre, en prenant l'exemple de ses étudiants de Sciences Po Paris, où, selon lui, "aujourd'hui, environ 40 % des étudiants affirment ne pas avoir l'intention d'aller voter".

Et si les catégories socio-professionnelles continuent de déterminer la participation, l'abstention aux régionales a été si forte qu'elle a réduit les écarts en progressant plus rapidement chez les catégories les plus aisées. 

Au premier tour des législatives en 2017, l'abstention concernait 45 % des cadres contre 66 % des ouvriers, mais cet écart s'est réduit à six points aux dernières élections régionales, relève un récent rapport parlementaire sur le sujet.

Nouvelle géographie

De la même façon, la poussée de l'abstention a enrichi sa géographie.

Depuis longtemps, des villes populaires de banlieue sont identifiées comme des bastions historiques de l'abstention. Hors présidentielle, une commune comme Vénissieux, en banlieue sud de Lyon, enchaîne les chiffres vertigineux d'abstentionnistes à chaque scrutin: 67% des inscrits ont boudé les urnes aux régionales de 2015 et aux législatives de 2017, 65% aux européennes de 2019. Puis dans un contexte de Covid, 71% des inscrits se sont abstenus aux municipales de 2020 et 83% aux régionales 2021.

Durtal, son château, ses 3 400 habitants et son abstention à 80%

"Je m'y intéresse très peu", "je trouve ça compliqué": à Durtal, commune de 3.400 habitants dans le Maine-et-Loire où le taux d'abstention atteint des sommets, il est difficile de trouver des citoyens motivés par la présidentielle.

Sur le marché, au pied d'un superbe château Renaissance et à proximité des flots tumultueux du Loir, les candidats ou les programmes politiques font peu recette dans cette commune qui a connu un taux d'abstention frôlant les 80% aux régionales et départementales en juin remportées par la droite.

"Je ne me plains pas, comme je ne m'y intéresse pas, je n'ai pas grand-chose à dire", explique Candice Vincent, 31 ans, en remballant ses produits. "On respecte les opinions de chacun mais ce n'est pas souvent qu'on échange autour de la politique" avec les amis, car ce sont "des sujets à dispute", ajoute cette ancienne infirmière.

Franck, tourneur fraiseur de 48 ans, "n'a jamais voté". Et ça ne devrait pas changer en avril prochain, même si "Emmanuel Macron, de ce que j'ai vu, a fait des bonnes choses dernièrement pour les gens à faibles revenus", comme lui.

Dans son camion charcuterie, Anthony Dalibon, 34 ans, se souvient d'avoir entendu gamin "ses parents parler politique. Nous, entre copains, on n'en parle jamais", reconnaît-il, ajoutant qu'il devrait toutefois se rendre aux urnes au printemps "en se basant sur les programmes reçus" par courrier.

La patronne du bar "A Casa" Marie-Christine Orsini, 67 ans, tente une explication. "Beaucoup de gens pensent des choses et ont peur d'en parler (...), un peu comme quand on parle d'argent", glisse-t-elle, évoquant la crainte de discorde. Il lui semble loin l'époque où le comptoir était "le parlement du peuple", selon le mot de Balzac.

"Dans les années 1990, il y avait des piliers de bar. Le Covid a vidé les lieux. Nos petits vieux qui étaient assis au bar les jours de marché, qui refaisaient le monde, c'est fini...", maugrée-t-elle. Cette femme d'origine corse, qui à une époque a eu pour client le socialiste Michel Rocard, confie son "inquiétude" pour la démocratie.

Attitude « très très perso »

Pour Renée Barret, 84 ans, issue d'une famille gaulliste, voter est "un devoir". Et elle pointe l'individualisme. "On se désintéresse de beaucoup de choses. Je crois que tout le monde est très très perso et les gens ne s’occupent que d’eux-mêmes", s'attriste la vieille dame rencontrée devant l'office de tourisme.

En 2020, le maire Pascal Farion, qui n'a pas souhaité répondre à l'AFP, a été élu par 27,16% des inscrits (693 voix sur 2.553 inscrits). L'ancienne maire Corinne Bobet regrette que "les gens ne s'engagent plus comme auparavant. On a ce phénomène également dans toutes nos associations, qu'elles soient sportives ou culturelles. On voit bien que le bénévolat a du mal".

A l'occasion d'une législative partielle en 2020, pendant la crise sanitaire, Anne-Laure Blin (LR) a été élue avec une participation famélique de 17,84%. Concrètement, cela signifie que la nouvelle députée a obtenu 7.329 bulletins de vote dans une circonscription comptant... 71.034 inscrits. Et à Durtal, où elle est arrivée en tête, 166 personnes ont voté pour elle.

"Quand on est responsable politique il faut tenir compte de cette abstention pour avoir une action au plus près des concitoyens", explique Mme Blin. "Je fais une tournée de l'ensemble des villages de mon territoire, ça me semble très important que les citoyens identifient leurs élus et leur disent de façon très simple leur préoccupation du moment. Malheureusement il y a un détachement et un éloignement du citoyen et du politique", ajoute cette ancienne juriste.

Selon le politologue Romain Pasquier, directeur de recherche au CNRS, en France, "on est sur des niveaux de défiance des institutions de l'action publique très très hauts par rapport à nos homologues européens".

Et l'abstention connaît une "augmentation tendancielle et globale", souligne Thomas Frinault, maître de conférence en sciences politiques à Rennes 2, même si elle touche moins la présidentielle. Au deuxième tour de 2017, l'abstention n'avait atteint que 22% à Durtal. 

Même constat en banlieue parisienne ou en régions dans des villes affectées par la désindustrialisation, à l'instar de Hayange en Lorraine avec quelque 64% d'abstentionnistes aux législatives de 2017 comme aux municipales de 2020.

Mais désormais, des territoires qui étaient relativement épargnés par l'abstention sont touchés à leur tour. 

Même si les régionales de 2021, dans le contexte particulier du Covid, ont connu des records d'abstention partout (sauf en Corse), certains chiffres ont plus surpris que d'autres, comme dans les Pays de la Loire (68% d'abstention). 

Des petits villages guère abstentionnistes habituellement y ont été particulièrement confrontés comme Morannes sur Sarthe (76% d'abstentions) ou Durtal, dans le Maine-et-Loire (près de 80%).

Les facteurs explicatifs ne sont pas toujours simples à appréhender. Dans un rapport pour la fondation Jean-Jaurès, le politologue Jérôme Fourquet évoque le "cas" particulier du littoral atlantique et breton, qui combine une "forte proportion de seniors et un taux d'abstention élevé".

Il y note la "perte de force du rite républicain" au niveau local, en raison d'un "intense brassage de population". "De nombreux retraités installés dans ces communes balnéaires ne sont pas originaires de la région et entretiennent avec elle un lien plus distendu", avance-t-il.

Reste à savoir si la présidentielle saura leur faire retrouver le chemin des urnes. "Même l'élection reine de la Ve République n'est pas à l'abri d'une surprise abstentionniste, malgré l'intérêt que les Français continuent à avoir pour elle", met en garde le politologue Pascal Perrineau.


Parti sans prêt en campagne, le RN forcé de s'économiser

La présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national, Marine Le Pen (C), réagit lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 21 juillet 2026. (AFP)
La présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national, Marine Le Pen (C), réagit lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 21 juillet 2026. (AFP)
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  • Faute de financements bancaires, le RN mène une campagne sobre, privilégiant les déplacements de terrain aux grands meetings
  • Le parti espère qu'une initiative du gouvernement facilitera l'accès aux prêts de campagne, tout en poursuivant le remboursement de sa dette

PARIS: Refoulé par les banques, tenu de rembourser ses dettes, le Rassemblement national n'a pas déployé de grands moyens depuis l'entrée en campagne de sa candidate. Contraint à la sobriété, le parti va préférer les petits déplacements aux gros meetings, au moins jusqu'à l'automne.

Le RN trouvera-t-il une lueur d'espoir dans la récente initiative du gouvernement visant à assurer aux candidats à la présidentielle l'obtention de prêts pour leurs campagnes ?

Une piste, évoquée lors d'une réunion entre des banques et le cabinet du Premier ministre fin juillet, consisterait à conclure un accord entre plusieurs groupes bancaires, l'Etat pouvant couvrir une partie du risque de non-recouvrement.

Aucune discussion n'a été engagée avec les partis politiques ou le RN en particulier, assure Matignon.

Et, du côté des banques, le Crédit Mutuel a déjà indiqué qu'il ne participerait pas à ce financement, faute de garanties de l'État suffisantes à ses yeux.

Le parti à la flamme reste donc très prudent. "Cela fait des années qu'on tourne autour de cette question", a commenté jeudi sur franceinfo le porte-parole du groupe RN à l'Assemblée Thomas Ménagé, tout en espérant que l'initiative du gouvernement, cette fois, "porte ses fruits".

Car le RN reste l'un des principaux intéressés.

Il peine, comme à chaque élection, à trouver une banque, française ou européenne, pour lui prêter les 10,7 millions d'euros remboursables en cas de qualification au second tour - pourtant a priori à la portée de sa candidate.

Un "vrai scandale" qui plonge la formation d'extrême droite "dans une difficulté supplémentaire", dénonçait son vice-président Sébastien Chenu début juillet.

En attendant, le parti doit avancer les frais. Il y a cinq ans, le RN avait ainsi prêté plus de 2,5 millions d'euros à Marine Le Pen, jusqu'à ce qu'elle décroche un emprunt en Hongrie début 2022.

Or, il demeure lourdement endetté, conséquence de son recours régulier à l'emprunt auprès de ses sympathisants. Un passif surveillé de près par la commission des comptes de campagne, et que le trésorier Kevin Pfeffer s'est fait un devoir de rembourser intégralement avant la présidentielle l'an prochain - il en restait 8,5 millions fin mars.

- "Le terrain ça coûte rien" -

Le RN ne peut donc pas se permettre de flamber, même avec un financement public qui approche les 15 millions d'euros par an depuis les dernières législatives.

Pour marquer le coup au lendemain de l'annonce de sa quatrième candidature à l'Elysée, début juillet, Marine Le Pen s'est d'ailleurs contentée d'un aller-retour express dans la Sarthe, accompagnée de son "binôme" Jordan Bardella.

Point presse, courte déambulation ponctuée de selfies sur un marché, rencontre en mairie avec le nouvel édile RN. Simple, efficace et surtout peu cher.

Pas comme les grands meetings des principaux concurrents qui ont scandé le printemps: Edouard Philippe, Bruno Retailleau, Gabriel Attal et Raphaël Glucksmann ont chacun rempli une salle parisienne de quelques milliers de places ; Jean-Luc Mélenchon a submergé le parvis de la basilique de Saint-Denis, pour une facture d'environ 200.000 euros.

"Que nos adversaires commencent à dépenser leur argent, tant mieux!", s'exclame un lieutenant de Marine Le Pen, qui préfère regarder les chiffres des sondages largement dominés par sa championne.

Fort de cette avance, le RN ne prévoit pas d'événement majeur avant son congrès des 24 et 25 octobre à Orléans, censé donner le top départ de sa campagne dans une arène de 10.000 places.

"On draine beaucoup plus de gens que par le passé, donc il faut de plus grandes salles pour que personne ne reste dehors", souligne un cadre de la campagne. Forcément, "c'est beaucoup plus cher".

Le compteur des dépenses tourne depuis le 1er avril, ce qui inclut la virée en Sarthe, mais aussi rétrospectivement une partie du coût du traditionnel meeting du 1er-Mai à Mâcon, dans une salle de 5.000 places.

Raison de plus pour en faire moins: "Faut pas gâcher les meetings, ça doit rester des temps forts", tranche le même cadre de la campagne. Par contre, "le terrain ça coûte rien". Alors Marine Le Pen et Jordan Bardella "vont se démultiplier" et il n'est "pas impossible qu'on ait parfois deux déplacement simultanés".

Dans l'immédiat, pour saturer l'espace sans trop se ruiner, le RN s'appuie sur une première affiche de Marine Le Pen, largement diffusée dans ses fédérations. Et, souligne une députée, "nos militants sont invités à occuper le terrain". Bénévolement, bien entendu. 


Après l'afflux migratoire à Ceuta, mesures sécuritaires en France et Italie

Des migrants marchent le long du littoral de Ceuta après avoir franchi la frontière vers l'enclave espagnole, vus depuis les abords de la ville marocaine de Fnideq, à la frontière entre le Maroc et l'Espagne, le 31 juillet 2026. (AFP)
Des migrants marchent le long du littoral de Ceuta après avoir franchi la frontière vers l'enclave espagnole, vus depuis les abords de la ville marocaine de Fnideq, à la frontière entre le Maroc et l'Espagne, le 31 juillet 2026. (AFP)
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  • L'Italie et la France renforcent leurs contrôles aux frontières avec l'Espagne après l'entrée illégale d'environ 60.000 migrants à Ceuta
  • Cette crise ravive les tensions au sein de l'UE, tandis que Madrid appelle à l'unité et renforce les moyens de sécurité à Ceuta

CEUTA: L'Italie et la France durcissent samedi leurs contrôles frontaliers avec l'Espagne après l'entrée illégale cette semaine de quelque 60.000 migrants en provenance du Maroc dans l'enclave espagnole de Ceuta, ouvrant une crise au sein de l'Union européenne.

Dès jeudi, l'Italie avait annoncé vouloir suspendre l'Espagne de l'espace Schengen, une mesure pour laquelle Rome a obtenu le soutien de la Finlande et du Danemark. Mais la proposition a été qualifiée de "démagogique" par l'Espagne.

La portée de cette proposition reste incertaine, des juristes consultés par l'AFP assurant qu'il est impossible de l'appliquer dans le cadre légal actuel.

Par ailleurs, à compter de samedi selon le ministère italien de l'Intérieur, des contrôles aux frontières aériennes et maritimes avec l'Espagne sont établis sur les ressortissants non européens arrivant d'Espagne.

En France, le nombre de policiers et gendarmes déployés en renfort à la frontière franco-espagnole est multiplié par cinq à compter de samedi, a annoncé vendredi le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.

Cette annonce faisait suite à la demande du président Emmanuel Macron de "renforcer les contrôles à la frontière avec l'Espagne".

De son côté, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a déclaré sur X: "ce n'est pas le moment de se diviser. C'est le moment de continuer à construire une Union européenne forte et unie".

Les images de cette crise ont déclenché une montée au créneau de la droite et de l'extrême droite européenne autour des contrôles aux frontières de l'espace Schengen.

- "Pas de futur" -

"Environ 60.000 personnes sont entrées dans notre ville", a déclaré le président du gouvernement local de Ceuta, Juan Vivas lors d'une conférence de presse vendredi, soit "70% de la population de Ceuta", et déplorant la mort de 34 migrants, dont beaucoup par noyades.

La plupart de ces migrants - en très grande majorité des Marocains, et principalement des jeunes hommes et des adolescents - seraient cependant retournés au Maroc, selon les autorités espagnoles.

Ceuta, petit territoire de 84.000 habitants situé à la pointe nord du Maroc, bordant le Détroit de Gibraltar, forme l'une des deux frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe (avec l'autre enclave espagnole de Melilla).

Dans la nuit de vendredi à samedi, des groupes de jeunes erraient dans les rues et le long de la plage de Ceuta, où sont déployés de nombreux militaires, notamment autour du port d'où partent les ferries pour le continent européen.

Vendredi soir, de nombreux policiers patrouillaient dans les rues de la ville, certains à moto poursuivant des groupes de jeunes hommes pour les disperser, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Sur une plage, des dizaines d'hommes dormaient dans le sable, et certains ont allumé des feux, à quelques mètres d'un véhicule de police.

"Ils viennent car ils n'ont pas de futur au Maroc, ils tentent le rêve européen", selon Mohamed, 35 ans chauffeur de taxi à Ceuta qui n'a pas souhaité donner son nom de famille.

Au poste-frontière aux alentours de minuit, devant un important déploiement policier et militaire, de nombreux jeunes rebroussaient chemin. Certains saluent les militaires qui leur indiquent la porte d'un "adiós!", ou "good bye!" avant de retraverser la frontière.

"La prochaine fois, je viens avec le passeport!", lance Oussam aux militaires, en se dirigeant vers la frontière. Le jeune homme de 25 ans, qui tient un salon de coiffure, dit avoir voulu quitter son pays car "c'est la misère au Maroc, on n'a pas de futur". Il est venu en nageant "trois kilomètres" : il rêve lui aussi de l'Europe mais en attendant, il rentre chez lui "pour prendre une douche et manger", car comme beaucoup, il n'a rien avalé depuis deux jours.

- Crise migratoire -

Arrivé vendredi matin avec son ministre de l'Intérieur, Pedro Sánchez a évoqué "une attaque, une violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne" et accusé des "mafias" d'être à l'origine de la rumeur d'ouverture de la frontière.

Le ministère espagnol de l'Intérieur a annoncé l'envoi immédiat de plusieurs dizaines de membres de la Garde civile et policiers, parmi lesquels huit plongeurs, ainsi qu'un bateau et des drones.

A Washington, le président américain Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l'immigration illégale une de ses priorités, a jugé que les images de l'enclave espagnole de Ceuta ressemblaient à "l'invasion d'un pays", accusant sur X l'Espagne de mener des "efforts délibérés" ayant favorisé cette immigration clandestine.

Cette crise migratoire à Ceuta rappelle la précédente de 2021, lorsque des milliers de personnes avaient traversé la frontière à la faveur d'un assouplissement des contrôles par Rabat lors d’un différend diplomatique avec l'Espagne.

Plus de 10.000 migrants avaient alors atteint Ceuta depuis le Maroc en deux jours.


La cote de popularité de Marine Le Pen en baisse même si elle reste en tête des personnalités, selon un sondage

La présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national, Marine Le Pen (C-G), quitte les lieux après le verdict du procès en appel d'anciens et d'actuels membres du RN, jugés pour détournement de fonds publics européens dans l'affaire des emplois fictifs présumés au Parlement européen, à la cour d'appel de Paris, le 7 juillet 2026. (AFP)
La présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national, Marine Le Pen (C-G), quitte les lieux après le verdict du procès en appel d'anciens et d'actuels membres du RN, jugés pour détournement de fonds publics européens dans l'affaire des emplois fictifs présumés au Parlement européen, à la cour d'appel de Paris, le 7 juillet 2026. (AFP)
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  • Jordan Bardella reste en tête des personnalités politiques les plus populaires (36%), devant Marine Le Pen (34%), dont la cote recule de 4 points après sa condamnation en appel
  • La confiance envers Emmanuel Macron progresse à 24% (+1), mais 48% des Français déclarent ne lui faire « pas du tout confiance »

PARIS: La cote de popularité de Marine Le Pen a baissé en juillet après sa condamnation en appel, la candidate RN restant néanmoins en haut du classement des personnalités politiques, juste derrière Jordan Bardella, selon un sondage Elabe pour Les Echos publié jeudi.

Alors que Mme Le Pen a officialisé sa candidature à la présidentielle de 2027 après sa condamnation en appel pour détournement de fonds, Jordan Bardella se maintient en tête du classement. Le président du RN jouit d'une "image positive" auprès de 36% des Français, malgré deux points perdus en un mois.

Marine Le Pen le talonne de près avec 34%, mais enregistre une baisse de quatre points.

Edouard Philippe et Gabriel Attal, ex-æquo, les suivent avec 30% d'opinions positives. Le président d'Horizons recule de 4 points et celui de Renaissance de 2 points.

Auprès des électeurs de gauche, François Ruffin retrouve la première place du classement (45%), suivi par le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon (42%).

L'ancien président François Hollande chute de cinq points, passant de la première à la troisième place, ex-æquo avec Fabien Roussel (41%), suivis par Raphaël Glucksmann en cinquième position (40%, -2).

Le sondage mesure également la cote de confiance du président Emmanuel Macron, qui gagne un point: 24% des Français interrogés dans ce sondage déclarent lui faire confiance pour affronter efficacement les problèmes qui se posent au pays.

Mais la part de ceux qui ne lui font "pas du tout confiance" est en hausse de 4 points, et concerne près d'un Français sur deux (48%).

La cote de confiance du Premier ministre Sébastien Lecornu est la même que celle du président (24%, -1). La part des Français ne lui faisant "pas du tout" confiance est plus basse, à 35% (+1).

Le sondage a été réalisé en ligne du 28 au 29 juillet, sur un échantillon de 1.004 personnes, représentatif des résidents de France métropolitaine âgés de 18 ans ou plus, selon la méthode des quotas.

La marge d'erreur est située entre 1,4 et 3,1 points.