Ce que le désaccord croissant entre les États-Unis et Israël signifie pour la question nucléaire iranienne

Les négociateurs, que l’on voit sur cette photo lors des discussions destinées à relancer l'accord sur le nucléaire iranien à Vienne, qui a redémarré le 29 novembre, semblent loin d’avoir trouvé une solution pour sortir de l’impasse. (AFP)
Les négociateurs, que l’on voit sur cette photo lors des discussions destinées à relancer l'accord sur le nucléaire iranien à Vienne, qui a redémarré le 29 novembre, semblent loin d’avoir trouvé une solution pour sortir de l’impasse. (AFP)
Cette image satellite publiée par Maxar Technologies, prise le 31 mai 2021, montre en gros plan la future installation nucléaire de Sanjarian, à l'est de la capitale de l’Iran, Téhéran. (AFP)
Cette image satellite publiée par Maxar Technologies, prise le 31 mai 2021, montre en gros plan la future installation nucléaire de Sanjarian, à l'est de la capitale de l’Iran, Téhéran. (AFP)
Des manifestants iraniens brandissent l’effigie du président américain, Joe Biden, lors d'un rassemblement qui s’est tenu devant l'ancienne ambassade des États-Unis à Téhéran, le 4 novembre 2021, pour marquer le 42e anniversaire du début de la crise des otages en Iran. (AFP)
Des manifestants iraniens brandissent l’effigie du président américain, Joe Biden, lors d'un rassemblement qui s’est tenu devant l'ancienne ambassade des États-Unis à Téhéran, le 4 novembre 2021, pour marquer le 42e anniversaire du début de la crise des otages en Iran. (AFP)
Une photo fournie par la présidence iranienne le 8 octobre 2021 montre le président iranien, Ebrahim Raïssi, en train de visiter la centrale nucléaire de Bouchehr. (AFP)
Une photo fournie par la présidence iranienne le 8 octobre 2021 montre le président iranien, Ebrahim Raïssi, en train de visiter la centrale nucléaire de Bouchehr. (AFP)
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Publié le Jeudi 16 décembre 2021

Ce que le désaccord croissant entre les États-Unis et Israël signifie pour la question nucléaire iranienne

  • Jean-Yves Le Drian a déclaré à une commission parlementaire qu'il craignait que les Iraniens essaient de gagner du temps afin de diluer les termes de l'accord
  • Les observateurs iraniens veulent que l'administration Biden prenne davantage au sérieux les problèmes de sécurité d'Israël

WASHINGTON: Les pourparlers destinés à relancer l'accord nucléaire iranien, qui pourrait voir la levée des sanctions sévères contre Téhéran en échange de garanties d'arrêt de son programme d'enrichissement d'uranium, ont repris à Vienne à la fin du mois dernier.

Cependant, les retards et les obstructions occasionnés par le gouvernement radical du président iranien, Ebrahim Raïssi, les attaques israéliennes contre des cibles iraniennes en Syrie et le discours de plus en plus agressif de Tel-Aviv ont mis collectivement en doute le succès de ce dialogue renouvelé.

Jean-Yves Le Drian, le ministre français des Affaires étrangères, a déclaré le 7 décembre dernier à une commission parlementaire qu'il craignait que les Iraniens essaient de gagner du temps afin de diluer les termes de l'accord.

«Nous avons le sentiment que les Iraniens veulent le faire durer; et plus les pourparlers se prolongent, plus ils reviennent sur leurs engagements et se rapprochent de la capacité d'obtenir l'arme nucléaire», déclare le ministre, cité par l'agence de presse Reuters.

Peu de temps après la reprise des pourparlers, le chef de l'agence de renseignement israélienne Mossad, David Barnea, a juré qu'Israël ne permettrait jamais à l'Iran d'acquérir des armes nucléaires, indiquant que le gouvernement de Naftali Bennett, qui perd patience avec les efforts diplomatiques, était de plus en plus disposé à utiliser la force.

En effet, le 7 décembre, Israël a lancé une frappe aérienne contre le principal port syrien de Lattaquié. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, situé au Royaume-Uni, la frappe a détruit une cargaison d'armes iraniennes. L'armée israélienne n'a pas encore commenté l'attaque.

«L'Iran n'aura pas d'armes nucléaires – pas dans les années à venir, jamais», a fait savoir Barnea lors d'une cérémonie de remise des prix de l'agence au début du mois de décembre. «C'est mon engagement personnel; c'est l'engagement du Mossad», a-t-il ajouté.

«Nous ouvrons les yeux, nous sommes vigilants, et, avec nos collègues de l'establishment de la défense, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour écarter cette menace de l'État d'Israël et pour la contrecarrer de toutes les manières.»

Barnea et Benny Gantz, le ministre israélien de la Défense, ont effectué – chose rare – un voyage conjoint à Washington la semaine dernière. Ils auraient insisté auprès des hauts responsables de la Maison Blanche sur la nécessité d'envisager sérieusement des frappes conjointes sur des cibles militaires et nucléaires iraniennes stratégiques.

Une photo fournie par la présidence iranienne le 8 octobre 2021 montre le président iranien, Ebrahim Raïssi, en train de visiter la centrale nucléaire de Bouchehr. (AFP)
Une photo fournie par la présidence iranienne le 8 octobre 2021 montre le président iranien, Ebrahim Raïssi, en train de visiter la centrale nucléaire de Bouchehr. (AFP)

L'Iran a accéléré son enrichissement depuis que les États-Unis se sont retirés de l'accord, en 2018. Le président de l'époque, Donald Trump, avait affirmé que l'accord n'allait pas assez loin pour réduire les ambitions atomiques de Téhéran. L'Iran a longtemps insisté sur le fait que son programme n'avait qu’un objectif énergétique civil.

Le président américain, Joe Biden, qui a aidé, en 2015, à négocier l'accord initial en tant que vice-président de Barack Obama, veut rejoindre un accord nucléaire renforcé que les cosignataires (la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et l'Union européenne) se sont battus pour sauver.

Cependant, Israël n'est pas convaincu que la relance de l'accord de 2015 permette de réduire les capacités nucléaires de l'Iran et son programme de missiles balistiques, sans même parler de l’influence déstabilisatrice qu’il exerce sur le Moyen-Orient. Les Israéliens réclament un moyen de dissuasion plus puissant.

La perspective d’une résolution non militaire du programme nucléaire iranien s’amenuise rapidement. Les services de renseignement israéliens indiquent que les scientifiques nucléaires iraniens se préparent à enrichir de l'uranium à 90% de pureté, rapprochant plus que jamais Téhéran de la construction d'une bombe.

À moins qu'un enrichissement supplémentaire ne soit empêché, l'Iran pourrait stocker suffisamment d'uranium de qualité militaire dans les mois à venir afin de produire une arme nucléaire viable sans réel avertissement.

La frustration d'Israël face à la position de l'administration Biden n'a cessé de croître ces dernières semaines. Dans une vidéo publiée sur sa chaîne YouTube, Naftali Bennett a appelé les autres dirigeants mondiaux à ne pas permettre à l'Iran de s'en tirer avec ce qu'il a appelé «le chantage nucléaire».

Les responsables israéliens craignent que l'équipe de négociation de Biden n’annule les sanctions contre l'Iran, à la fois celles qui sont de nature nucléaire et celles qui sont liées au terrorisme, libérant ainsi des milliards de dollars, une manne financière dont le régime a désespérément besoin, en échange de garanties minimales sur la réduction de son programme nucléaire.

En outre, Bennett laisse entendre qu'Israël est prêt à prendre les choses en main si les États-Unis acceptent un accord intérimaire avec l'Iran qui donnerait potentiellement au régime une latitude suffisante afin de parvenir à une avancée nucléaire dans un proche avenir.

Un tel accord progressif pourrait finir par enhardir davantage le réseau terroriste transnational régional iranien en fournissant à des mandataires chiites en Irak, au Liban, en Syrie, au Yémen et au-delà un financement qui leur était auparavant refusé en vertu de sanctions sévères.

Des manifestants iraniens brandissent l’effigie du président américain, Joe Biden, lors d'un rassemblement qui s’est tenu devant l'ancienne ambassade des États-Unis à Téhéran, le 4 novembre 2021, pour marquer le 42e anniversaire du début de la crise des otages en Iran. (AFP)
Des manifestants iraniens brandissent l’effigie du président américain, Joe Biden, lors d'un rassemblement qui s’est tenu devant l'ancienne ambassade des États-Unis à Téhéran, le 4 novembre 2021, pour marquer le 42e anniversaire du début de la crise des otages en Iran. (AFP)

«Poursuivre le terroriste du jour envoyé par la force Al-Qods n’est plus concluant», a déclaré Bennett lors d'une conférence télévisée organisée par l'université Reichman le 23 novembre dernier. «Nous devons poursuivre le commanditaire.»

Les États-Unis et Israël ont traditionnellement agi de concert quand il s’est agi de restreindre l'Iran, de sorte que la récente divergence d'opinion et la perspective croissante d'une action israélienne unilatérale suscitent des inquiétudes à Washington.

«Le gouvernement de Naftali Bennett s'est efforcé de coopérer avec l'équipe Biden lorsqu'elle est entrée en fonction pour présenter un front commun sur la politique iranienne, car il pensait vraiment que cela pourrait amener les États-Unis à l’écouter davantage», déclare Gabriel Noronha, directeur exécutif du Forum pour le leadership américain, qui fut conseiller spécial du département d'État pour l'Iran Action Group auprès du secrétaire d'État Mike Pompeo.

«Ils ont de mieux en mieux compris qu’ils étaient naïfs sur ce point et ils ont peu à peu exprimé leurs plaintes dans les journaux, tandis que, dans le même temps, les responsables américains ont divulgué à la presse des détails sur les opérations militaires israéliennes.

«Les responsables israéliens et les dirigeants militaires américains pensent qu'il est nécessaire d’exprimer une menace militaire crédible pour dissuader le programme nucléaire iranien. Cependant, ils sont en désaccord avec les nominations politiques de Biden au département d'État, au Conseil de sécurité nationale, et avec celle de Colin Kahl, le numéro trois du Pentagone. En effet, ces personnes restent dans l'illusion que l'apaisement envers l'Iran est la meilleure carte à jouer.

Les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique se sont vu refuser à plusieurs reprises un accès total aux installations nucléaires iraniennes. (photo d'archives AFP)
Les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique se sont vu refuser à plusieurs reprises un accès total aux installations nucléaires iraniennes. (photo d'archives AFP)

Noronha a mis en garde contre la minimisation des plaintes d'Israël dans l’effort qui vise à relancer l'accord nucléaire. Il a estimé que le fait de prendre au sérieux les problèmes de sécurité du pays pourrait, en réalité, servir de levier pour les États-Unis vis-à-vis de l'Iran.

«Les États-Unis doivent changer leur approche et reconnaître qu'Israël est leur meilleur partenaire contre la menace iranienne dans la mesure où sa pression militaire, diplomatique et économique contre le régime donne aux États-Unis davantage de poids dans les négociations», déclare-t-il à Arab News.

«De nombreux responsables israéliens sont incroyablement frustrés par l’antagonisme de Washington envers la politique israélienne, qui essaie simplement de garantir que ses besoins de sécurité fondamentaux sont satisfaits. Israël peut aider les États-Unis – et leurs négociations – en continuant à prendre des mesures secrètes contre les exportations de pétrole de l'Iran et contre son programme nucléaire.

«Les États-Unis seraient avisés de partager davantage de renseignements avec Israël pour faire avancer et soutenir ses opérations ainsi que pour accélérer sa coopération militaire au sujet d’une éventuelle frappe aérienne contre les installations nucléaires iraniennes.»

L’administration Biden diffère fortement des perspectives de Bennett: elle est disposée à accepter un «seuil» au sujet des capacités nucléaires de l'Iran.

En effet, il semblerait que la Maison Blanche de Biden soit prête à tolérer un statu quo dans lequel l'Iran détiendrait les composants d'une «percée nucléaire», au nombre desquels les connaissances, le matériel militaire et la capacité d'enrichissement requis sans réellement construire une arme nucléaire.

Les Israéliens, eux, pensent qu'un tel seuil est tout aussi dangereux que le fait que l'Iran développe réellement une arme nucléaire.

Ellie Cohanim, qui était l'envoyée spéciale adjointe chargée de surveiller et de combattre l'antisémitisme au département d'État sous l'administration Trump, s'inquiète que l'administration Biden ne prête pas attention aux préoccupations israéliennes.

Le directeur de l’Organisation de l'énergie atomique, l’Iranien Mohammed Eslami (à gauche) et le gouverneur iranien de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Kazem Gharib Abadi (au centre), sortent d’une réunion de l'AIEA à Vienne, en Autriche, le 20 septembre 2021. (AFP)
Le directeur de l’Organisation de l'énergie atomique, l’Iranien Mohammed Eslami (à gauche) et le gouverneur iranien de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Kazem Gharib Abadi (au centre), sortent d’une réunion de l'AIEA à Vienne, en Autriche, le 20 septembre 2021. (AFP)

«Il semble que, dans les coulisses, les différences entre l'administration Biden et son équipe de négociation iranienne avec le gouvernement israélien s'accroissent», déclare Cohanim à Arab News. Elle ajoute que l'équipe Biden n'a pas réussi à reproduire la politique de «tolérance zéro» de l'administration Trump.

«Le Premier ministre israélien, Naftali Bennett, a déclaré officiellement que les États-Unis et les puissances mondiales doivent prendre conscience du fait que le régime iranien cherche des armes nucléaires, et il semblerait donc que les Israéliens éprouvent un sentiment de frustration envers l’administration actuelle des États-Unis», confie-t-elle à Arab News.

«Le président Donald Trump a clairement déclaré qu'il ne permettrait jamais à l'Iran de développer une bombe nucléaire, et il est temps que le président américain, Joe Biden, fasse de même.»

«Les Israéliens ont démontré à maintes reprises leur remarquable capacité en matière de renseignement, en particulier en ce qui concerne l'Iran. L’administration Biden serait tout à fait avisée de s’appuyer sur les données du renseignement israélien et de prendre toutes les mesures militaires nécessaires afin de mettre fin à l’activité d’armement nucléaire de l’Iran si jamais Israël estimait que les Iraniens avaient franchi la ligne alors qu’il n’existe aucune alternative à l’activité cinétique.»

Cette frontière fragile reste un point de litige entre Biden et les équipes de sécurité nationale de Bennett. Ne pas parvenir à une position commune pourrait entraîner une action israélienne unilatérale contre l'infrastructure nucléaire de l'Iran. Et pourtant, la faille semble plus importante que jamais.

Le 27 août 2021, le président américain, Joe Biden, rencontre le Premier ministre israélien, Naftali Bennett, à la Maison Blanche, à Washington, D.C., pour évoquer la question iranienne. (photo AFP)
Le 27 août 2021, le président américain, Joe Biden, rencontre le Premier ministre israélien, Naftali Bennett, à la Maison Blanche, à Washington, D.C., pour évoquer la question iranienne. (photo AFP)

«Depuis la visite qu’a effectuée le Premier ministre Bennett à Washington pour rencontrer le président Biden, de hauts responsables israéliens ont publiquement exprimé leur mécontentement face au projet de Biden d'aller de l'avant avec la diplomatie avec la République islamique», déclare à Arab News Bryan Leib, directeur exécutif d'Iranian Americans for Liberty.

«Il y a une semaine à peine, l'envoyé spécial américain de Biden en Iran était en Israël pour rencontrer plusieurs hauts responsables israéliens, mais il semble que le Premier ministre Bennett ait refusé de le rencontrer.»

«Au cours des quarante dernières années, le régime iranien a censuré, opprimé et assassiné ses propres citoyens, tandis que ses dirigeants appellent publiquement à la destruction des États-Unis et de la seule nation juive au monde, Israël », souligne Leib.

«La diplomatie avec la République islamique échouera une nouvelle fois car ce ne sont pas des acteurs rationnels qui souhaitent réellement la paix et un avenir meilleur pour leur peuple.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Un responsable iranien juge "probable" une reprise de la guerre avec les Etats-Unis

Des personnes chantent lors d’un rassemblement à Téhéran, en Iran, le 29 avril 2026. (Majid Asgaripour/Agence de presse West Asia via Reuters)
Des personnes chantent lors d’un rassemblement à Téhéran, en Iran, le 29 avril 2026. (Majid Asgaripour/Agence de presse West Asia via Reuters)
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  • La reprise du conflit entre l’Iran et les États-Unis est jugée « probable » après l’échec des négociations et le rejet par Donald Trump d’une nouvelle proposition iranienne
  • Malgré un cessez-le-feu, les tensions restent élevées (blocus, présence militaire, crise économique), et le conflit continue sous d’autres formes dans la région

TEHERAN: Un responsable militaire iranien a jugé samedi "probable" une reprise de la guerre avec les Etats-Unis, après le rejet par Donald Trump d'une nouvelle offre de Téhéran pour relancer les négociations de paix.

Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes israélo-américaines sur l'Iran et de représailles de Téhéran dans la région.

Une première session de pourparlers directs à Islamabad le 11 avril s'est révélée infructueuse, et jusqu'ici sans lendemain tant les divergences restent fortes entre les deux camps, du détroit d'Ormuz au volet nucléaire.

L'Iran a transmis cette semaine un nouveau texte via le Pakistan, médiateur des discussions, sans qu'aucun détail ne filtre sur le contenu.

Donald Trump a cependant dit vendredi n'être "pas satisfait" de cette dernière mouture, répétant qu'à son sens les dirigeants iraniens étaient "désunis" et incapables de s'entendre sur une stratégie de sortie du conflit.

Le président américain, qui avait déjà menacé d'anéantir la "civilisation" iranienne, a ajouté qu'il préférerait ne pas avoir à "pulvériser une fois pour toutes" l'Iran mais qu'une reprise de la guerre restait "une option".

Il a été briefé jeudi par l'armée sur de possibles nouvelles actions militaires.

"Une reprise du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis est probable, et les faits ont démontré que les Etats-Unis ne respectaient aucune promesse ou accord", a réagi samedi Mohammad Jafar Asadi, inspecteur adjoint du commandement des forces armées Khatam Al-Anbiya, cité par l'agence de presse Fars.

"Les forces armées sont parfaitement préparées à toute nouvelle tentative d'aventurisme ou à toute action imprudente de la part des Américains", a-t-il ajouté.

- "Terminées" -

Donald Trump avait théoriquement jusqu'à vendredi pour demander l'autorisation du Congrès américain pour poursuivre la guerre. Il a préféré envoyer une lettre à des responsables parlementaires pour leur notifier que les hostilités contre l'Iran étaient "terminées", même si plusieurs élus démocrates ont souligné que la présence continue de forces américaines dans la région indiquait le contraire.

L'USS Gerald Ford, le plus grand porte-avions du monde, a quitté le Moyen-Orient, mais 20 bâtiments de la marine américaine, dont deux autres porte-avions, restent déployés.

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ses répercussions continuent de secouer l'économie mondiale, avec notamment des cours du pétrole montés cette semaine à des niveaux inédits depuis 2022.

Car si les bombardements ont cessé, le conflit perdure sous d'autres formes: Washington impose un blocus aux ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du détroit d'Ormuz, par lequel transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

Alors que Donald Trump s'indigne du refus des Européens de le soutenir militairement face à l'Iran, le Pentagone a annoncé le retrait de quelque 5.000 militaires d'Allemagne d'ici un an, une réduction conséquente de ses effectifs sur le continent.

Le président a été particulièrement agacé par des propos du chancelier allemand Friedrich Merz affirmant que les Américains n'avaient "aucune stratégie" en Iran et que Téhéran "humiliait" la première puissance mondiale.

-  Nouvelles exécutions -

Pendant ce temps, l'Iran reste inflexible. "Nous n'accepterons certainement pas qu'on nous impose" une politique, a lancé vendredi le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï.

Negar Mortazavi, du groupe de réflexion Center for International Policy, souligne "la cohésion" du pouvoir iranien, uni dans une "bataille existentielle".

Si à la faveur de la trêve, les Iraniens ont pu renouer avec une certaine normalité, leur quotidien est plombé par l'inflation qui explose tout comme le chômage, dans un pays déjà affaibli par des décennies de sanctions internationales.

Le guide suprême, Mojtaba Khamenei, a d'ailleurs exhorté dans un message écrit, les entreprises qui ont subi des dégâts à "éviter autant que possible les licenciements", au nom de la "guerre économique et culturelle" que mène l'Iran.

Amir, 40 ans, raconte débuter sa journée en "regardant les infos, et les nouvelles d'exécutions" par le pouvoir iranien. La justice a encore annoncé samedi la pendaison de deux hommes accusés d'espionnage au profit d'Israël.

"J'ai l'impression d'être coincé au purgatoire", dit-il à l'AFP. "Les Etats-Unis et Israël finiront par nous attaquer encore" pendant que "le monde ferme les yeux".

Sur le front libanais, où Israël combat le mouvement pro-iranien Hezbollah malgré le cessez-le-feu, de nouvelles frappes sur le sud du pays ont fait 13 morts, dont un enfant, selon les autorités libanaises.


L'Iran a présenté une nouvelle proposition aux Etats-Unis via le Pakistan (média d'Etat)

A man rides his motorcycle past a billboard depicting Iran’s Supreme Leader Mojtaba Khamenei, in Tehran on April 24, 2026. (AFP/File Photo)
A man rides his motorcycle past a billboard depicting Iran’s Supreme Leader Mojtaba Khamenei, in Tehran on April 24, 2026. (AFP/File Photo)
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  • L’Iran a soumis une nouvelle proposition de négociation visant à relancer le dialogue avec les États-Unis pour mettre fin au conflit
  • Le Pakistan joue un rôle de médiateur dans ces discussions, qui restent bloquées malgré les efforts diplomatiques

TEHERAN: L'Iran a présenté une nouvelle offre en vue de la reprise des négociations avec les Etats-Unis, actuellement au point mort, pour mettre fin durablement à la guerre, a annoncé l'agence officielle iranienne Irna.

"La République islamique a transmis jeudi soir le texte de sa dernière proposition au Pakistan, médiateur dans les discussions avec les Etats-Unis", selon l'agence, qui n'a pas donné plus de détails.


Téhéran active ses défenses aériennes, Trump prêt à ignorer le Congrès

Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
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  • Téhéran a activé sa défense antiaérienne malgré un cessez-le-feu fragile, tandis que Washington affirme que la limite légale des 60 jours pour autoriser la guerre ne s’applique plus, ce qui suscite des tensions politiques
  • Le conflit et le blocage du détroit d’Ormuz provoquent une flambée des prix du pétrole et une crise énergétique mondiale, avec des risques économiques majeurs

TEHERAN: Téhéran a activé jeudi soir ses systèmes de défense antiaérienne contre des drones et des petits avions, à l'approche des 60 jours du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, date limite après laquelle Donald Trump doit théoriquement demander l'autorisation du Congrès pour poursuivre la guerre.

Mais son gouvernement a laissé entendre qu'il ignorera cette obligation qui incombe au président américain en principe vendredi, et que les démocrates se retrouvent impuissants à faire respecter.

Les Etats-Unis et Israël ont déclenché une guerre contre l'Iran le 28 février, et instauré un cessez-le-feu depuis le 8 avril, en dépit duquel le bras de fer entre entre Téhéran et Washington se poursuit, propulsant les cours des hydrocarbures à des sommets inédits depuis quatre ans.

Selon la Constitution américaine, seul le Congrès a le pouvoir de déclarer la guerre. Une loi adoptée en 1973 permet cependant au président de déclencher une intervention militaire limitée pour répondre à une situation d'urgence, à condition, s'il engage des troupes américaines plus de 60 jours, qu'il obtienne une autorisation du pouvoir législatif.

Vendredi représente donc la date limite, mais le ministre de la Défense, Pete Hegseth, a argué jeudi qu'en raison du cessez-le-feu "l'horloge des 60 jours est suspendue".

"Les hostilités qui ont commencé le samedi 28 février sont terminées", a ajouté à l'AFP un haut responsable de l'administration américaine. "Il n'y a pas eu d'échanges de tirs entre les forces armées américaines et l'Iran depuis le mardi 7 avril".

Washington impose un blocus des ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, faisant s'envoler les prix du pétrole.

Un haut responsable américain a évoqué une possible prolongation de cette mesure "pendant des mois".

Face à la perspective d'un enlisement du conflit, le Brent, la référence mondiale du pétrole brut, a brièvement dépassé jeudi les 126 dollars, un sommet depuis début 2022 lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Vendredi, il gagnait 0,59% à 111,05 dollars vers 05H00 GMT.

- "Défaite honteuse" -

Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a affirmé jeudi que les Etats-Unis avaient subi une "défaite honteuse" face à l'Iran.

Le président iranien Massoud Pezeshkian a lui dénoncé le blocus américain comme un "prolongement des opérations militaires".

A Téhéran, des systèmes de défense antiaérienne ont été activés jeudi soir, contre des drones et des aéronefs dont la provenance n'a pas été communiquée.

"Le bruit de la défense antiaérienne a cessé après environ 20 minutes d'activité et de riposte contre de petits aéronefs", ont indiqué les agences Tasnim et Fars précisant que Téhéran se trouvait de nouveau dans une "situation normale".

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Malgré la trêve et de premières discussions le 11 avril à Islamabad, la diplomatie semble dans l'impasse.

Pendant que les négociations piétinent, les répercussions du blocage d'Ormuz se font chaque jour un peu plus sentir pour l'économie mondiale, entre pénuries rampantes, poussées d'inflation et révisions à la baisse de la croissance.

"Le monde est confronté à la plus grave crise énergétique de son histoire", a jugé le patron de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol.

- "Au bord du gouffre" -

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est aussi alarmé de l'"étranglement" de l'économie planétaire en raison de la paralysie du détroit.

"C'est à présent le temps du dialogue, de solutions qui nous éloignent du bord du gouffre et de mesures capables d'ouvrir une voie vers la paix", a-t-il plaidé dans un message sur X.

Sur le front libanais, de nouvelles frappes israéliennes sur le sud du pays ont fait au moins dix-sept morts jeudi.

L'ambassade américaine à Beyrouth a appelé à une rencontre entre ce dernier et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, considérant le Liban "à un tournant". "Son peuple a l'occasion historique de reprendre en main son pays et de forger son avenir", a-t-elle estimé sur X.

Les opérations menées au Liban par Israël, qui combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, ont fait plus de 2.500 morts et plus d'un million de déplacés depuis début mars, selon les autorités.