Sciences Po Grenoble dans la tourmente: le fil de la polémique

La direction de l'établissement fustige des accusations «ineptes» en dénonçant une «instrumentalisation» politique. (Photo, AFP)
La direction de l'établissement fustige des accusations «ineptes» en dénonçant une «instrumentalisation» politique. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 24 décembre 2021

Sciences Po Grenoble dans la tourmente: le fil de la polémique

  • Le 4 mars, des affiches attaquent nommément Klaus Kinzler et un autre collègue: «Des fascistes dans nos amphis (...) L'islamophobie tue»
  • Pour l'administration, les principaux coupables restent les étudiants qui ont taxé les enseignants d'«islamophobie»

LYON : La suspension par l'IEP de Grenoble d'un de ses enseignants, visé par des accusations d'islamophobie en mars dernier, a relancé cette semaine une vive polémique autour de l'établissement et de la liberté d'expression, en pleine campagne présidentielle.

La direction de Sciences Po reproche au professeur d'allemand Klaus Kinzler d'avoir tenu récemment, dans la presse, des "propos diffamatoires" au sujet de l'affaire, appelant selon elle une réponse "de nature disciplinaire".

En réaction, le président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, coupe le financement de Sciences Po par la collectivité. Une décision saluée à droite et à l'extrême droite, mais décriée par les élus régionaux écologistes et socialistes.

Mercredi, le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer qualifie d'"erreur formelle" la mesure prise par l'IEP contre le professeur et se dit "certain que la priorité n'est pas de sanctionner ce monsieur".

Courriels

L'affaire commence par un échange de mails véhéments, fin 2020, entre Klaus Kinzler et une collègue historienne, au sujet d'une journée de débats organisés dans le cadre d'une "Semaine pour l'égalité et la lutte contre les discriminations", sous l'intitulé "racisme, antisémitisme et islamophobie". 

Le professeur d'allemand conteste l'utilisation de ce dernier terme, pas scientifique à ses yeux, tout en exprimant ses réserves sur l'islam.

"Je n'aime pas beaucoup cette religion", dit-il dans des mails publiés un temps sur son site internet, ajoutant qu'elle lui fait parfois "franchement" peur, "comme elle fait peur à beaucoup de Français".

L'enseignant reconnaît ensuite dans un mail d'excuses s'être "par moments laissé emporter". Mais le climat s'envenime.

Affiches

Le 4 mars, des affiches attaquent nommément Klaus Kinzler et un autre collègue: "Des fascistes dans nos amphis (...) L'islamophobie tue". Leurs photos sont diffusées sur les réseaux sociaux par des syndicats d'étudiants.

Le lendemain, la direction de Sciences Po signale les faits au parquet de Grenoble qui ouvre une enquête pour "injure publique", en considérant comme "un vrai danger" le fait que "ces professeurs soient menacés". 

"Je pense qu'on devrait tous prendre la mesure de ce qui s'est passé avec l'assassinat ignoble de Samuel Paty", commente le 7 mars le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, faisant référence à cet enseignant décapité par un jeune islamiste quelques mois plus tôt pour avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves. La ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, ordonne pour sa part une mission d'inspection.

Le 8 mars, la direction de Sciences Po "condamne avec la plus grande fermeté" les affiches.

Le 9, le principal syndicat étudiant de l'IEP réclame des sanctions contre les enseignants, à défaut d'excuses.

Le 10, la directrice Sabine Saurugger estime, dans un entretien à l'AFP, que le ton de M. Kinzler dans ses mails était "extrêmement problématique".

Inspection, pas sanction

Le 8 mai, Frédérique Vidal appelle à sanctionner les étudiants impliqués.

Le rapport de la mission d'inspection souligne que "tous les acteurs de cette affaire ont commis des erreurs d'appréciation, des maladresses, des manquements et fautes plus ou moins graves".

Mais pour l'administration, les principaux coupables restent les étudiants qui ont taxé les enseignants d'"islamophobie" et/ou ont relayé des "rumeurs" sur les réseaux sociaux.

Le 25 novembre, la section disciplinaire de l'Université Clermont-Auvergne, où le dossier a été dépaysé, relaxe 16 des 17 étudiants mis en cause et prononce une "sanction d'exclusion temporaire" avec sursis.

«Intolérance»

"Cette impunité, c'est un appel à l'intolérance", dénonce Klaus Kinzler le 8 décembre dans le journal "L'Opinion". Il décrit Sciences Po Grenoble comme un institut "de rééducation politique", avec des étudiants "endoctrinés" par des collègues "adeptes des théories woke, décolonialistes, communautaristes, anticapitalistes".

Alors que l'enseignant multiplie les interviews critiques, la direction le suspend pour quatre mois dans un courrier daté du 15 décembre en lui reprochant d'avoir failli à ses "obligations professionnelles", dans l'attente d'un conseil de discipline.

Cette sanction relance la polémique. Laurent Wauquiez coupe les crédits régionaux, Marine Le Pen, Eric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan et Eric Ciotti applaudissent.

Valérie Pécresse se dit "inquiète" pour la liberté d'expression; 40 personnalités et universitaires dénoncent "formatage et propagande" dans une tribune publiée par le Figaro; Richard Malka, l'avocat de Charlie Hebdo, compare l'IEP à un "petit Pakistan".

La direction de l'établissement fustige des accusations "ineptes" en dénonçant une "instrumentalisation" politique.


L'ex-Premier ministre Edouard Philippe soupçonné de détournement de fonds publics

L'ex-Premier ministre Edouard Philippe, candidat à la présidentielle de 2027 en France, fait l'objet d'une enquête menée par un juge d'instruction pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d'intérêt et concussion au Havre (nord-ouest), ville dont il est maire, a-t-on appris mardi. (AFP)
L'ex-Premier ministre Edouard Philippe, candidat à la présidentielle de 2027 en France, fait l'objet d'une enquête menée par un juge d'instruction pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d'intérêt et concussion au Havre (nord-ouest), ville dont il est maire, a-t-on appris mardi. (AFP)
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  • Une lanceuse d'alerte avait dénoncé ces faits présumés en septembre 2023 auprès du Parquet national financier (PNF) qui a ouvert une enquête et mené des perquisitions en avril 2024. Puis elle avait déposé une plainte en juin 2025
  • Sollicité par l'AFP, le PNF a indiqué avoir pris un réquisitoire introductif le 7 mai, procédure qui permet de saisir un juge d'instruction et de lui désigner un périmètre d'enquête

PARIS: L'ex-Premier ministre Edouard Philippe, candidat à la présidentielle de 2027 en France, fait l'objet d'une enquête menée par un juge d'instruction pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d'intérêt et concussion au Havre (nord-ouest), ville dont il est maire, a-t-on appris mardi.

Une lanceuse d'alerte avait dénoncé ces faits présumés en septembre 2023 auprès du Parquet national financier (PNF) qui a ouvert une enquête et mené des perquisitions en avril 2024. Puis elle avait déposé une plainte en juin 2025 avec constitution de partie civile.

Sollicité par l'AFP, le PNF a indiqué avoir pris un réquisitoire introductif le 7 mai, procédure qui permet de saisir un juge d'instruction et de lui désigner un périmètre d'enquête.

La lanceuse d'alerte, "Judith" (prénom modifié), "se félicite de l'ouverture d'une information judiciaire sur les faits qu'elle dénonce et attend avec impatience d'être entendue par le juge d'instruction", a réagi auprès de l'AFP son avocat Jérôme Karsenti.

Les faits sont contestés depuis le début par M. Philippe, qui a été le premier chef de gouvernement d'Emmanuel Macron (2017-2020).

La maire du Havre "prend acte de l'ouverture d'une information judiciaire. Il l'apprend par la presse. Et il répondra bien évidemment à toutes les questions que posera la justice", a réagi auprès de l'AFP son entourage.

Etaient également visées par la plainte Stéphanie de Bazelaire, adjointe chargée de l'innovation et du numérique, ainsi que Claire-Sophie Tasias, directrice générale des services de la communauté urbaine havraise.

La plainte consultée par l'AFP estimait que le juge d'instruction devait "apprécier si un pacte a été conclu entre M. Edouard Philippe et Mme de Bazelaire, caractérisé notamment par un soutien politique, financier et relationnel en contrepartie de la gestion de la Cité numérique", un tiers-lieu d'innovation.

Les soupçons portent sur une convention d'objectifs pluriannuelle pour l'animation de la Cité numérique du Havre, signée en juillet 2020 notamment par Edouard Philippe, président de la communauté urbaine, et Stéphanie de Bazelaire, en tant cette fois que présidente bénévole de l'association LH French Tech.

LH French Tech, créée en juillet 2020, a été désignée pour cette mission après un appel à manifestation d'intérêt lancé par la communauté urbaine en mars 2020 et dans le cadre d'un service d'intérêt économique général (SIEG).

L'association, seule candidate, devait toucher 2,154 millions d'euros de compensation de service public pour mener des projets.

Le conflit d'intérêts "semble absolument évident", a considéré à l'époque la lanceuse d'alerte, directrice générale adjointe à la communauté urbaine de septembre 2020 à avril 2023 et qui avait obtenu le statut de lanceuse d'alerte en janvier 2025.


De retour d'Alger, Darmanin se dit «très rassuré par la façon dont Christophe Gleizes est traité»

Gérald Darmanin a effectué une visite de deux jours en Algérie, "à la demande du président de la République" française, pour évoquer le cas de Christophe Gleizes ainsi que la coopération judiciaire entre les deux pays. (AFP)
Gérald Darmanin a effectué une visite de deux jours en Algérie, "à la demande du président de la République" française, pour évoquer le cas de Christophe Gleizes ainsi que la coopération judiciaire entre les deux pays. (AFP)
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  • Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, s'est dit mardi "très rassuré" par la façon dont le journaliste sportif Christophe Gleizes "est traité" par l'Algérie où il est détenu, au lendemain d'une visite à Alger
  • Le journaliste sportif est détenu depuis près d'un an en Algérie

PARIS: Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, s'est dit mardi "très rassuré" par la façon dont le journaliste sportif Christophe Gleizes "est traité" par l'Algérie où il est détenu, au lendemain d'une visite à Alger.

"Nous avons rappelé qu'il faut rendre Christophe Gleizes non pas à la France, mais à sa mère", a déclaré le garde des Sceaux sur CNews et Europe 1, estimant que le président algérien Abdelmadjid Tebboune "y sera sensible, en tous cas (...) je lui fais confiance pour cela".

Le journaliste sportif est détenu depuis près d'un an en Algérie.

Gérald Darmanin a effectué une visite de deux jours en Algérie, "à la demande du président de la République" française, pour évoquer le cas de Christophe Gleizes ainsi que la coopération judiciaire entre les deux pays.

Ce séjour actait un apaisement entre les deux pays amorcé ces derniers mois après une crise acrimonieuse de presque deux ans.

Le garde des Sceaux a affirmé avoir obtenu des autorités algériennes "la reprise de notre coopération judiciaire".

Il a salué "des échanges extrêmement forts" avec le président Tebboune sur la question de Christophe Gleizes, arrêté dans le cadre d'un reportage en mai 2024 en Kabylie (nord-est) et condamné à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme".

"Maintenant, sa peine est définitive, puisqu'il n'a pas fait de pourvoi en cassation", a reconnu mardi Gérald Darmanin. La démarche vise à ouvrir la voie à une possible grâce du président Tebboune.

Le ministre a estimé que le chef de l'Etat algérien était en mesure "de faire ce geste pour cette famille, et bien sûr pour notre bonne relation".

 


L’Institut du monde arabe réunit les jeunes du G7 autour des partenariats internationaux

L'Institut du monde arabe accueille lundi une rencontre internationale organisée dans le cadre du sommet du YOUTH 7 (Y7) 2026, consacré cette année à la réflexion sur les partenariats internationaux dans un contexte de profondes tensions géopolitiques. (AFP)
L'Institut du monde arabe accueille lundi une rencontre internationale organisée dans le cadre du sommet du YOUTH 7 (Y7) 2026, consacré cette année à la réflexion sur les partenariats internationaux dans un contexte de profondes tensions géopolitiques. (AFP)
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  • La soirée-débat, organisée en partenariat avec Open Diplomacy, réunira des délégués internationaux autour du thème: «Au G7, quelle politique des partenariats internationaux à l’heure de la brutalisation du monde?»
  • Plusieurs personnalités prendront part à cette rencontre, parmi lesquelles Anne-Claire Legendre, Éléonore Caroit, Thomas Friang et Aurélien Duchêne

PARIS: L'Institut du monde arabe accueille lundi une rencontre internationale organisée dans le cadre du sommet du YOUTH 7 (Y7) 2026, consacré cette année à la réflexion sur les partenariats internationaux dans un contexte de profondes tensions géopolitiques.

Organisé à Paris du 17 au 20 mai sous présidence française du G7, le Y7 constitue la plateforme officielle d’engagement des jeunes des pays membres du G7. Cette initiative précède d’un mois le sommet des chefs d’État et de gouvernement prévu à Évian.

La soirée-débat, organisée en partenariat avec Open Diplomacy, réunira des délégués internationaux autour du thème: «Au G7, quelle politique des partenariats internationaux à l’heure de la brutalisation du monde?»

Plusieurs personnalités prendront part à cette rencontre, parmi lesquelles Anne-Claire Legendre, Éléonore Caroit, Thomas Friang et Aurélien Duchêne.

Le programme prévoit également une visite privée de l’exposition consacrée à Byblos pour les délégations internationales, avant les interventions officielles et un cocktail de réseautage.

À travers cet événement, l’Institut du monde arabe entend réaffirmer son engagement en faveur du dialogue entre les cultures, de la coopération internationale et de la mobilisation des nouvelles générations face aux grands défis mondiaux.