Rétrospective 2021: L'inflation teste la force de la reprise économique mondiale

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Publié le Jeudi 30 décembre 2021

Rétrospective 2021: L'inflation teste la force de la reprise économique mondiale

  • Le FMI estime que le produit intérieur brut mondial a augmenté de 5,9% au cours de l'année
  • Les pénuries sur les marchés de l'énergie ont fait grimper les prix du gaz et du charbon à un niveau record en Europe

DUBAÏ: Selon tous les indicateurs économiques et financiers conventionnels, 2021 a été une année de forte reprise après la «récession de confinement» de l'année précédente.

Mais malgré la flambée des prévisions de croissance, l'envolée des marchés boursiers et la vigueur des prix des produits de base, en cette fin d’année, deux ombres planaient sur les perspectives économiques: la menace du variant omicron apparu en novembre et la hausse des tendances inflationnistes mondiales qui menaçaient de semer le trouble dans les calculs des décideurs économiques.

Gita Gopinath, économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI), a souligné la nature contradictoire des perspectives économiques mondiales.

«Alors que l'économie mondiale se remet de la pandémie, une grande incertitude demeure quant aux nouveaux variants de la Covid-19 et aux pressions inflationnistes accrues dans de nombreux pays», a-t-elle déclaré.

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Alors que l'économie mondiale se remet de la pandémie, l’incertitude demeure quant aux nouveaux variants de la Covid-19 et aux pressions inflationnistes accrues. (Photo, AFP/Archives)

 

«Si on le laisse se propager de manière incontrôlée, l'omicron pourrait entraîner des hospitalisations à grande échelle et de nouvelles restrictions de la mobilité et des déplacements, ce qui aura à nouveau un impact négatif sur les économies mondiales, tant développées qu'émergentes.

Des économistes régionaux ont réitéré la mise en garde à son égard. Nasser Saidi, expert économique du Moyen-Orient, a déclaré: «À moins que le rythme de vaccination ne s'améliore radicalement (en particulier dans les pays à faible revenu) et que le nouveau variant soit rapidement maîtrisé, l'économie mondiale pourrait voir des limitations à la croissance au moins au premier trimestre de l'année prochaine.»

Cependant, les réserves suscitées par le nouveau variant ne peuvent masquer le fait que l'économie mondiale a connu une forte reprise en 2021. Le FMI a estimé que le produit intérieur brut mondial a augmenté de 5,9% au cours de l'année – un grand retournement de situation par rapport à la baisse de 3,1% que le PIB total a subie en 2020 lorsque la pandémie a frappé et que tous les pays sont entrés en confinement.

Pour la plus grande économie du monde, les États-Unis, le renversement de tendance est encore plus notable: après un déclin de 3,4% en 2020, l'économie devrait croître de 6% en 2021. Une économie américaine saine entraîne le reste du monde avec elle.

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Si la flambée des prix de l'énergie et des autres produits de base inquiète les grandes économies avancées, c'est l'inverse pour le Moyen-Orient. (Photo, AFP/Archives)

 

L'élection du président Joe Biden, engagé dans une politique agressive de mesures antivirus couplée à des initiatives de plusieurs milliards de dollars pour investir dans les infrastructures, a donné un gros coup de pouce à l'économie et aux marchés financiers au cours de l'année.

Les marchés boursiers américains, stimulés par les programmes de dépenses de Biden et le soutien continu des autorités financières américaines, ont connu l'une de leurs meilleures années. Le S&P 500, l'indice le plus fiable de la santé des actions américaines, a augmenté de près de 30% sur l'année.

Mais il y avait encore des signes précurseurs aux États-Unis qui ont rendu les décideurs nerveux. En particulier, les pressions inflationnistes qui continuent d'augmenter. Le taux d'inflation officiel a atteint 6,8% en décembre, son niveau le plus élevé depuis près de quatre décennies.

Le président de la Réserve fédérale, Jay Powell, a insisté pendant une grande partie de l'année sur le fait que la hausse des prix était «transitoire», mais il a continué à faire preuve de prudence sur la question de savoir si la Réserve fédérale allait «réduire progressivement» son soutien aux marchés financiers jusqu'en 2022 et augmenter lentement les taux d'intérêt.

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Les économies régionales, notamment dans les grands pays exportateurs de pétrole du Golfe, ont connu une année d’expansion solide et de reprise après les confinements de 2020. (Photo, AFP/Archives)

 

«Les déséquilibres de l'offre et de la demande liés à la pandémie et à la réouverture de l'économie ont continué de contribuer à des niveaux élevés d'inflation. Ces problèmes ont été plus importants et plus durables que prévu, aggravés par les vagues de virus», a expliqué Powell.

Pour cet autre grand moteur de la croissance économique mondiale, la Chine, l'année a été nettement contrastée. Le FMI prévoyait une croissance du PIB de 8% en 2021, soit un retour presque complet aux niveaux stupéfiants qui ont été à l’origine du progrès économique mondial au cours des deux premières décennies du siècle, mais «l’élan se ralentit», a averti le FMI, projetant un taux de croissance du PIB de 5,6% en 2022.

Les craintes concernant le potentiel de l'économie chinoise à tirer le reste du monde vers le haut étaient centrées sur de graves défauts structurels, tels que la faiblesse du marché immobilier illustrée par l'effondrement virtuel du groupe immobilier Evergrande.

On craignait également que l'économie chinoise ne renonce à son rôle de stimulant économique mondial. Des experts tels que Ian Bremmer, président du cabinet de conseil Eurasia Group, ont averti que le retrait de la Chine des marchés boursiers américains et d'autres formes de coopération commerciale dans le domaine technologique avec les États-Unis et le reste du monde étaient problématiques pour l'économie mondiale.

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Les marchés boursiers américains, stimulés par les programmes de dépenses de Biden, ont connu l'une de leurs meilleures années, mais les experts craignent que le retrait de la Chine des marchés boursiers américains et d'autres formes de coopération commerciale dans le domaine de la technologie avec les États-Unis et le reste du monde ne soit problématique. (AFP/Fichier Photos)

 

«Les dangers que le président Xi se trompe sont graves, pour son propre prestige et l'industrie des semi-conducteurs dont dépend la Chine», a révélé Bremmer.

La troisième grande force économique mondiale, l'Europe, a également connu une forte reprise économique en 2021, les prévisions du FMI indiquant une croissance du PIB de 5% dans la zone euro et de 6,8% dans le Royaume-Uni post-Brexit.

Bien que ces projections soient encourageantes pour les décideurs européens, elles masquent également la réalité des restrictions sévères résultant du variant omicron dans de nombreux pays et d'une crise énergétique hivernale imminente pour beaucoup sur le continent.

Les prix du gaz et du charbon ont atteint des niveaux record en Europe, les pénuries sur les marchés mondiaux de l'énergie étant aggravées par les tensions politiques avec le principal fournisseur de gaz, la Russie. Les prix du pétrole sont également élevés, ce qui renforce les craintes inflationnistes des Européens.

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Le marché financier de Dubaï, qui souffre depuis longtemps, a enregistré une croissance de 27%, tandis que la Bourse des valeurs d'Abu Dhabi a connu une augmentation spectaculaire de 67% de la valeur des actions. (Photo, AFP/Archives)

 

Mais si la flambée des prix de l'énergie et des autres produits de base inquiète les grandes économies développées, c'est l'inverse pour le Moyen-Orient. Les économies régionales, en particulier dans les grands pays exportateurs de pétrole du Golfe, ont connu une année d’expansion solide et de reprise après les confinements de 2020.

En Arabie saoudite, la hausse du prix du pétrole brut en 2021, ainsi que l'expansion des secteurs non pétroliers de l'économie du Royaume, signifient que la prévision de 2,8% de croissance du PIB faite par le FMI est susceptible d'être battue.

Le budget saoudien, annoncé en décembre, a montré que les décideurs politiques s'attendent à pouvoir enregistrer un excédent en 2022, pour la première fois depuis près d'une décennie, grâce à la vigueur des prix du pétrole et à la reprise postpandémique qui s’opère dans l'économie du Royaume.

Le ministre des Finances Mohammed al-Jadaan a assuré: «Nous disons à nos citoyens et au secteur privé ou à l'économie dans son ensemble que vous pouvez planifier avec prévisibilité. Les plafonds budgétaires seront maintenus de manière stable, indépendamment de l'évolution du prix du pétrole ou des revenus.»

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En Arabie saoudite, la hausse du prix du pétrole brut en 2021, ainsi que l'expansion des secteurs non pétroliers de l'économie du Royaume, signifient que la prévision de croissance du PIB de 2,8% faite par le FMI est susceptible d'être dépassée. (Photo, AFP/Archives)

 

Le spectre de l'inflation qui plane sur l'économie mondiale n'est pas considéré comme une menace importante pour l'économie saoudienne, avec des prévisions comprises entre 1 et 2% en 2022 bien inférieures aux comparaisons internationales. Néanmoins, les experts prédisent que l'Arabie saoudite et d'autres économies de la région liées au dollar devront suivre la Réserve fédérale américaine si elle augmente les taux d'intérêt en 2022.

Une caractéristique commune des économies régionales en 2021, qui devrait se poursuivre en 2022, est la croissance spectaculaire des marchés financiers, alimentée par la flambée des cours des actions et l’explosion des introductions en bourse dans les principaux centres d'investissement.

Sur le marché saoudien Tadawul, les prix des actions ont augmenté de près de 30% en glissement annuel, aboutissant à l'introduction en bourse réussie et sursouscrite du Tadawul lui-même. D'autres introductions en bourse sont en préparation pour 2022, prédisent les analystes financiers.

Aux Émirats arabes unis, les marchés boursiers ont connu une explosion similaire, stimulée par une série d'introductions en bourse liées au gouvernement. Le marché financier de Dubaï, qui souffre depuis longtemps, a enregistré une croissance de 27%, tandis que la Bourse des valeurs d'Abu Dhabi a connu un bond spectaculaire de 67% de la valeur des actions.

Tarek Fadlallah, directeur général de Nomura Asset Management au Moyen-Orient, a déclaré à Arab News: «Le Moyen-Orient a connu une bonne année en termes de marchés économiques et financiers. La région est en train d’acquérir une réputation de refuge en ces temps troublés de la Covid-19 pour les investisseurs, les hommes d'affaires et les touristes.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Commerce: la Chine envoie samedi son vice-Premier ministre en France pour des discussions avec Washington

Un cargo transportant du minerai de fer importé est dirigé vers un poste d’amarrage dans un port de Qingdao, dans la province du Shandong, dans l’est de la Chine, le 11 mars 2026. (AFP)
Un cargo transportant du minerai de fer importé est dirigé vers un poste d’amarrage dans un port de Qingdao, dans la province du Shandong, dans l’est de la Chine, le 11 mars 2026. (AFP)
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  • Le vice-Premier ministre chinois He Lifeng se rendra en France du 14 au 17 mars pour des consultations commerciales avec les États-Unis, avec des discussions prévues à Paris avec le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent
  • Ces négociations interviennent sur fond de tensions commerciales persistantes entre Washington et Pékin, avant une possible visite du président américain Donald Trump en Chine fin mars

PEKIN: La Chine a confirmé vendredi que son vice-Premier ministre He Lifeng, chargé des questions économiques, effectuera à partir de samedi une visite en France, pour mener des discussions avec les Etats-Unis sur le commerce.

Ces négociations de haut niveau se dérouleront quelques semaines avant une possible visite à Pékin du président américain Donald Trump, lors de laquelle il rencontrerait son homologue Xi Jinping.

Le Trésor américain avait déjà indiqué jeudi que ces discussions commerciales bilatérales auraient lieu dimanche et lundi à Paris, entre He Lifeng et le ministre américain des Finances, Scott Bessent.

Le dirigeant chinois "conduira une délégation en France du 14 au 17 mars pour des consultations commerciales avec la partie américaine" sur des questions "d'intérêt mutuel", a indiqué vendredi le ministère chinois du Commerce.

Scott Bessent sera accompagné à Paris par le représentant de la Maison Blanche pour le Commerce (USTR), Jamieson Greer.

Le président américain prévoit de se rendre à Pékin du 31 mars au 2 avril, a indiqué la Maison Blanche. Les autorités chinoises n'ont pas confirmé cette visite ni ce calendrier, ce qui est habituel de leur part.

Les Etats-Unis et la Chine se sont livré l'an passé une âpre bataille aux retombées mondiales, à coups de droits de douane et de restrictions diverses. Une trêve précaire a ensuite été conclue, sous l'égide, déjà, de Scott Bessent et He Lifeng.

Des points de friction subsistent toutefois.

La Maison Blanche a annoncé mercredi lancer une série d'enquêtes destinées à documenter des préjudices économiques subis par les Etats-Unis. Elles visent une quinzaine de pays ou bloc (l'Union européenne), dont la Chine. Elles sont une première étape vers de potentiels nouveaux droits de douanes.

Cette initiative est un "exemple typique d'unilatéralisme" qui "porte gravement atteinte à l'ordre économique et commercial international", a dénoncé vendredi le ministère chinois du Commerce dans un communiqué séparé.

"La Chine exhorte les Etats-Unis à revenir sur leurs pratiques contestables et à privilégier le dialogue et la consultation pour résoudre les différends", a-t-il souligné.


L'Iran vise les infrastructures pétrolières du Golfe et fait à nouveau flamber les cours

L'Iran a lancé jeudi une nouvelle vague d'attaques contre les infrastructures pétrolières des pays du Golfe, après avoir frappé deux tankers, suscitant une nouvelle flambée des cours du pétrole malgré la mobilisation des réserves stratégiques. (AFP)
L'Iran a lancé jeudi une nouvelle vague d'attaques contre les infrastructures pétrolières des pays du Golfe, après avoir frappé deux tankers, suscitant une nouvelle flambée des cours du pétrole malgré la mobilisation des réserves stratégiques. (AFP)
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  • Le baril de pétrole a repassé jeudi matin la barre des 100 dollars, malgré une intervention sans précédent des grandes puissances sur le marché
  • Les 32 pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) - dont les Etats-Unis - ont décidé mercredi d'un déblocage record de 400 millions de barils dans leurs réserves stratégiques pour apaiser les inquiétudes sur l'approvisionnement

TEHERAN: L'Iran a lancé jeudi une nouvelle vague d'attaques contre les infrastructures pétrolières des pays du Golfe, après avoir frappé deux tankers, suscitant une nouvelle flambée des cours du pétrole malgré la mobilisation des réserves stratégiques.

Ce conflit qui a débuté le 28 février avec des attaques américano-israéliennes contre l'Iran a pris une échelle régionale et menace l'approvisionnement en pétrole de l'économie mondiale, le trafic étant paralysé dans le détroit d'Ormuz, un point de passage stratégique.

Le baril de pétrole a repassé jeudi matin la barre des 100 dollars, malgré une intervention sans précédent des grandes puissances sur le marché.

Les 32 pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) - dont les Etats-Unis - ont décidé mercredi d'un déblocage record de 400 millions de barils dans leurs réserves stratégiques pour apaiser les inquiétudes sur l'approvisionnement.

Le ministre américain de l'Energie, Chris Wright, a précisé que 172 millions de barils allaient être libérés "à partir de la semaine prochaine".

Mais au treizième jour du conflit, les dégâts dans les infrastructures pétrolières s'étendent. Bahreïn a dénoncé une attaque iranienne contre des réservoirs d'hydrocarbures, appelant les habitants à rester chez eux en raison des fumées provoquées par l'installation en feu.

A Oman, des réservoirs de carburant du port de Salalah étaient aussi en feu la veille après une attaque de drone, selon une vidéo publiée par l'AFP, tandis que l'Arabie saoudite a rapporté une nouvelle attaque de drone contre le champ pétrolier de Shaybah, dans l'est du pays, déjà visé à plusieurs reprises ces derniers jours

Boules de feu 

Une attaque jeudi contre deux pétroliers dans le Golfe au large de l'Irak, dont l'origine est encore inconnue, a fait au moins un mort, tandis les sauveteurs recherchent plusieurs disparus, selon l'autorité portuaire.

La télévision étatique irakienne a diffusé des images d'un navire en mer d'où s'élèvent d'impressionnantes boules de feu et des volutes de fumée.

Un porte-conteneurs a été à nouveau touché jeudi par un "projectile inconnu" au large des Emirats arabes unis, provoquant un "petit incendie" à bord, selon l'agence maritime britannique (UKMTO), après au moins trois bateaux touchés la veille.

Donald Trump a promis qu'une "grande sécurité" régnerait bientôt dans ce goulot d'étranglement qui voit d'ordinaire passer un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL).

Il a aussi assuré que "28 navires poseurs de mines" avaient été frappés, une crainte majeure de la communauté internationale étant de voir le détroit miné.

Signaux contradictoires 

"L'Iran est "proche de la défaite", a estimé le président américain mercredi soir, à la fin d'une journée de signaux contradictoires sur ses intentions.

Il a d'abord répété que la guerre allait se terminer "bientôt", jugé qu'il ne restait "pratiquement rien à frapper" en Iran et que l'"excursion" militaire américaine était "très en avance" sur le calendrier prévu.

La première semaine de guerre a coûté aux Etats-Unis plus de 11 milliards de dollars, rapporte le New York Times en s'appuyant sur des sources parlementaires.

L'allié israélien de Washington, qui ne s'est fixé "aucune limite dans le temps", assure disposer encore d'un "vaste réservoir de cibles".

En face, les Gardiens de la Révolution iraniens se disent prêts à une longue campagne pour forcer Washington à la retraite en pilonnant les intérêts occidentaux.

Ali Fadavi, un représentant de cette armée idéologique, a brandi la menace d'une "guerre d'usure" à même de "détruire l'économie américaine entière" et "l'économie mondiale".

L'armée iranienne a dit mercredi vouloir désormais frapper "les centres économiques et les banques" dans le Golfe, tandis que l'agence iranienne Tasnim a cité les géants américains de la tech comme de "futures cibles" de Téhéran, parmi lesquels Amazon, Google, Microsoft, IBM Oracle ou encore Nvidia.

Le géant bancaire américain Citi et les cabinets de conseil britanniques Deloitte et PwC ont évacué ou fermé mercredi leurs bureaux à Dubaï après des menaces.

Les ports pourraient devenir une cible dans le conflit: l'armée américaine a appelé mercredi les civils iraniens à s'éloigner de ceux dans la région du détroit d'Ormuz, car s'ils sont "utilisés à des fins militaires, (ils) perdent leur statut protégé".

L'armée iranienne a répliqué qu'en cas d'attaque, "tous les ports et quais de la région deviendraient des cibles légitimes".

Frappes conjointes 

Israël poursuit ses attaques au Liban visant le Hezbollah pro-iranien. De lourdes frappes ont touché mercredi soir le sud de Beyrouth, selon des journalistes de l'AFP.

Les autorités libanaises, qui ont recensé plus de 800.000 déplacés, ont fait état jeudi matin d'au moins sept morts supplémentaires dans la capitale.

L'armée israélienne a également lancé une nouvelle vague de frappes "à grande échelle" sur Téhéran après que l'Iran a indiqué avoir mené une opération "conjointe" avec le Hezbollah contre une cinquantaine de cibles sur son territoire, décrite comme "un feu continu pendant cinq heures" de missiles et de drones.

Le Hezbollah dit avoir tiré des missiles vers une base des renseignements militaires israéliens.

Le président français Emmanuel Macron a appelé sur X Israël à "renoncer à une offensive terrestre" au Liban.

A Téhéran, la vie s'organise malgré les bombardements.

"Nous avons mis notre foi en Dieu. Pour l'instant, il y a de la nourriture dans les magasins", a confié Mahvash, un habitant de 70 ans.

Le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, désigné dimanche pour succéder à son père tué au premier jour de la guerre, n'est toujours pas apparu publiquement.

 

 


Flambée historique du pétrole, la guerre au Moyen-Orient fait s'envoler les cours de 30%

Le baril de pétrole a flambé lundi de 30% en quelques heures et tutoyé brièvement 120 dollars. (Reuters)
Le baril de pétrole a flambé lundi de 30% en quelques heures et tutoyé brièvement 120 dollars. (Reuters)
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  • Vers 06H30 GMT, le baril de West Texas Intermediate (WTI, référence du marché américain), s'envolait de 15,51%, à 104,96 dollars
  • Plus tôt dans les échanges asiatiques, il avait flambé de plus de 30% à 119,48 dollars

NEW YORK: Le baril de pétrole a flambé lundi de 30% en quelques heures et tutoyé brièvement 120 dollars, envolée historique dans un marché paniqué par la prolongation du conflit au Moyen-Orient, le blocage du détroit d'Ormuz et les dommages aux infrastructures énergétiques.

Envolée du brut, "petit prix à payer" selon Trump

Vers 06H30 GMT, le baril de West Texas Intermediate (WTI, référence du marché américain), s'envolait de 15,51%, à 104,96 dollars. Plus tôt dans les échanges asiatiques, il avait flambé de plus de 30% à 119,48 dollars.

Le baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, gonflait de 17,42% à 108,82 dollars, après avoir dépassé dépassé 119 dollars.

Depuis le début de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran, le WTI s'est apprécié de quelque 60%, du jamais vu sur une période aussi courte.

Même l'invasion de l'Ukraine par la Russie, qui avait vu le baril grimper jusqu'à 130,50 dollars début mars 2022, n'avait pas provoqué de mouvements aussi violents.

Au dixième jour du conflit, les marchés de l'énergie restent suspendus aux développements au Moyen-Orient, où le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20% de l'offre mondiale de pétrole et gaz naturel liquéfié (GNL), reste quasi-paralysé.

Alors que la flambée sans précédent des cours pénalise déjà les consommateurs américains, Donald Trump a rapidement réagi sur son réseau Truth Social, déclarant que ce coup de chaud était un "tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des Etats-Unis et du monde".

Ormuz bloqué, production en berne

Certes, vendredi, l'Agence américaine de développement DFC a annoncé la mise en place d'un mécanisme de réassurance pour faciliter la couverture des risques liés au passage du détroit d'Ormuz, jusqu'à 20 milliards de dollars.

Les Etats-Unis collaborent actuellement avec des armateurs qui souhaitent faire sortir leurs tankers du Golfe persique, a insisté dimanche le ministre américain de l'Energie Chris Wright.

"Dans les premiers temps, ces navires seront probablement sous protection militaire américaine", a-t-il ajouté, prévoyant un retour du trafic à la normale "dans un avenir relativement proche".

Mais ces signaux n'ont pas suffi à rassurer: par peur d'attaques, la circulation reste quasi-paralysée dans le détroit --des informations de presse mentionnant seulement le passage de quelques navires s'identifiant comme chinois.

"Les perturbations de l'approvisionnement s'intensifient, les données de suivi des navires confirmant l'arrêt du trafic maritime", observe Lloyd Chan, de la banque MUFG, parlant de "choc pétrolier".

Surtout, l'extension du conflit exacerbe les inquiétudes sur la production d'hydrocarbures.

L'Arabie saoudite a notamment encore intercepté lundi plusieurs drones qui se dirigeaient vers le gisement de pétrole de Shaybah, dans le sud-est du pays, déjà attaqué la veille.

"Les Émirats arabes unis, le Koweït et l'Irak ont réduit leur production de pétrole, l'Irak annonçant une baisse d'environ 3 millions de barils/jour" et "les frappes israéliennes ciblant des installations de stockage de carburant clés en Iran renforcent les risques", souligne M. Chan.

Crainte d'un choc économique

En Asie, très dépendante des hydrocarbures du Moyen-Orient, la flambée du pétrole a fait dévisser lundi les places boursières, de Tokyo à Taipei en passant par Séoul.

Particulièrement exposée, la Corée du Sud est le quatrième plus gros importateur de brut, et son économie repose sur une industrie tech très énergivore. le Japon est le cinquième plus gros pays importateur.

"Le Japon et la Corée sont des moteurs industriels géants qui fonctionnent au pétrole importé. Lorsque le prix du brut flambe, il se répercute directement sur les entreprises: les coûts des intrants explosent, les anticipations d'inflation grimpent", note Stephen Innes, de SPI Asset Management.

Des signes de tensions apparaissent: la Chine a demandé la semaine dernière à ses principaux raffineurs de suspendre leurs exportations de gazole et d'essence, selon Bloomberg. Et la presse nippone indique que Tokyo réfléchit à ouvrir ses réserves pétrolières stratégiques.

Les Etats-Unis pourraient également élargir la levée temporaire des sanctions sur le pétrole russe pour soulager le marché, après avoir accordé une première autorisation à l'Inde, jeudi.

Les ministres des Finances du G7 doivent par ailleurs se réunir en visioconférence lundi, et selon le Financial Times, ils pourraient discuter d'un possible recours coordonnée à leurs réserves pétrolières stratégiques respectives.

L'information contribuait à la modération de l'envolée du brut en fin d'échanges asiatiques.