Après l'euphorie du rattrapage, l'économie mondiale prise par le doute

La centrale électrique au charbon de Datang International Zhangjiakou est photographiée la nuit à Zhangjiakou, l'une des villes hôtes des Jeux olympiques d'hiver de 2022, dans la province du Hebei (nord de la Chine), le 12 novembre 2021. (Greg Baker / AFP)
La centrale électrique au charbon de Datang International Zhangjiakou est photographiée la nuit à Zhangjiakou, l'une des villes hôtes des Jeux olympiques d'hiver de 2022, dans la province du Hebei (nord de la Chine), le 12 novembre 2021. (Greg Baker / AFP)
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Publié le Samedi 01 janvier 2022

Après l'euphorie du rattrapage, l'économie mondiale prise par le doute

  • «La plus grande surprise de 2021 a été la poussée d'inflation», écrivent les analystes de Goldman Sachs dans leurs prévisions pour 2022
  • La hausse des prix inquiète au plus haut niveau: inverser la tendance est «une priorité absolue», a affirmé le président américain Joe Biden début novembre

PARIS : Après le cataclysme économique de 2020 et la convalescence de 2021, risque-t-on le ralentissement mondial en 2022? La reprise a été vigoureuse mais les convulsions ne sont jamais loin, attisées par les pénuries, l'inflation et les craintes sanitaires, sur fond d'impératifs climatiques.

Une reprise à plusieurs vitesses

De la Chine aux États-Unis, de l'Europe à l'Afrique, la pandémie a mis au tapis presque simultanément les économies mondiales au printemps 2020. Deux ans et cinq millions de morts plus tard, la sortie de crise est plus dispersée.

Les pays riches ont profité d'un accès privilégié aux vaccins: les États-Unis ont déjà effacé les traces de leur pire récession depuis la Grande Dépression des années 1930, la zone euro pourrait avoir fait de même en fin d'année, même si la montée rapide d'une 5e vague épidémique et la détection d'un nouveau variant inquiète. «Le Covid-19 restera une menace», prévient l'agence de notation Moody's dans une note.

Une menace déjà concrétisée dans des régions aux faibles taux de vaccination, comme l'Afrique sub-saharienne où seulement 2,5% de la population était immunisée début octobre et qui est condamnée selon le FMI à la reprise la plus lente.

Jusqu'en 2024, la plupart des pays émergents et en développement devraient échouer à atteindre leurs prévisions de croissance faites avant la pandémie, anticipe le FMI. D'autant que nombre de banques centrales (au Brésil, en Russie, en Corée du Sud...) ont augmenté leurs taux d'intérêt pour parer à une inflation galopante, risquant de brimer leur reprise.

Même en Chine, locomotive de la croissance mondiale, la reprise se tasse à mesure que s'accumulent les risques, a prévenu récemment le Fonds: consommation des ménages qui peine à retrouver ses niveaux d'avant pandémie, crise dans l'immobilier avec les difficultés du mastodonte surendetté Evergrande, pannes d'électricité pénalisant l'activité des entreprises.

Inflation et pénuries

«La plus grande surprise de 2021 a été la poussée d'inflation», écrivent les analystes de Goldman Sachs dans leurs prévisions pour 2022.

Celle-ci a été entraînée par la profonde désorganisation des chaînes de distribution et les pénuries sur des produits essentiels au commerce international tels que les semi-conducteurs, en raison de l'explosion de la demande pendant et après la crise, mais aussi du découragement de nombreuses «petites mains» du commerce mondial: déchargeurs sur les ports, chauffeurs routiers, caissiers de supermarchés... ne sont pas revenus après les confinements, provoquant des pénuries de main-d’œuvre.

Derrière l'inflation également, la flambée des prix des matières premières (bois, cuivre, acier) et de l'énergie (essence, gaz, électricité).

Jugée «temporaire» par les banquiers centraux, la hausse des prix inquiète au plus haut niveau: inverser la tendance est «une priorité absolue», a affirmé le président américain Joe Biden début novembre.

«La question est de savoir si l'on est réellement en sortie de crise», relève auprès de l'AFP Roel Beetsma, professeur d'économie à l'université d'Amsterdam.

De nombreuses entreprises font en effet part de leurs difficultés face aux pénuries et à l'inflation. Pour l'heure, le FMI anticipe tout de même 4,9% de croissance mondiale l'an prochain.

Le climat, victime des caprices de l'économie?

Entre boucler les fins de mois et éviter la fin du monde, l'équilibre devient difficile à trouver, une situation illustrée par les conclusions mitigées de la COP26. L'accord conclu appelle les États à relever leurs engagements de réductions d'émissions de gaz à effet de serre dès 2022, mais ne met pas le monde en ligne pour limiter le réchauffement «bien en deçà» de 2°C comme inscrit dans l'accord de Paris de 2015.

«Le court-termisme est un phénomène habituel, notamment parmi les hommes politiques», déplore Roel Beetsma, plaidant pour une taxe carbone uniformisée dans toutes les industries et suffisamment dissuasive, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui.

Dérèglement climatique et catastrophes naturelles associées pourraient en outre peser sur les prix alimentaires. Les cours mondiaux sont déjà proches de leurs records de 2011, selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture: le blé a pris près de 40% sur un an, les produits laitiers 15%, les huiles végétales battent des records.

«Ca saute aux yeux, tout a augmenté», confie Nabiha Abid, une habitante de Tunis, citant la viande et le poulet dont les prix ont parfois doublé. Symbole de la situation selon cette mère de famille, la chakchouka, une recette traditionnelle à base de poivron, d'oignon, d'œufs et d'huile d'olive est «devenu un luxe alors que c'était une recette pour les gens qui n'ont pas d'argent».

De là à craindre des émeutes de la faim comme en 2008? «Du blé au pain, il n'y a qu'un pas», remarque Sébastien Poncelet, spécialiste du blé au cabinet français Agritel. «C'est la nourriture de base d'une partie de l'humanité qui est menacée.»


Paris accueillera la Coupe du monde d'esport 2026

 L'Esports Foundation a annoncé mercredi que l'édition 2026 de la Coupe du monde d'esport se tiendrait à Paris. C'est la première fois que l'événement se déroulera en dehors de Riyad. (Fourni)
L'Esports Foundation a annoncé mercredi que l'édition 2026 de la Coupe du monde d'esport se tiendrait à Paris. C'est la première fois que l'événement se déroulera en dehors de Riyad. (Fourni)
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  • C'est la première fois que l'événement se tient en dehors de l'Arabie saoudite
  • La Coupe du monde d'esport a connu une croissance rapide depuis son lancement en Arabie saoudite, attirant une audience mondiale de plus de 750 millions de téléspectateurs en 2025, selon les organisateurs

RIYAD: L'Esports Foundation a annoncé mercredi que l'édition 2026 de la Coupe du monde d'esport se tiendrait à Paris, pour la première fois en dehors de Riyad.

Le tournoi se déroulera du 6 juillet au 23 août et devrait rassembler plus de 2 000 joueurs et 200 clubs de plus de 100 pays.

L'Esports Foundation a déclaré que cette décision reflétait une stratégie à long terme visant à étendre le tournoi à l'échelle internationale par le biais d'une rotation des villes hôtes, tout en maintenant Riyad comme lieu d'accueil de la compétition.

La décision d'organiser l'événement 2026 à Paris fait suite à ce que les organisateurs ont décrit comme un long processus d'évaluation et a été prise "à la lumière de la situation régionale actuelle".

Ralf Reichert, PDG de l'Esports Foundation, a déclaré : Riyad a contribué à faire de la Coupe du monde d'esport un phénomène mondial", ajoutant : "Riyad est la patrie de la Coupe du monde d'esport : "Riyad est le siège d'EWC et l'un des principaux centres mondiaux de l'esport.


Ralf Reichert (G), PDG de l'Esports Foundation, s'entretient avec le président français Emmanuel Macron. (Fourni)
Les organisateurs ont déclaré que la capitale française avait été choisie en raison de son profil sportif mondial et du soutien local important qu'elle apporte aux sports électroniques et aux événements de jeu.

La Coupe du monde d'esport a connu une croissance rapide depuis son lancement en Arabie saoudite, attirant une audience mondiale de plus de 750 millions de téléspectateurs en 2025, selon les organisateurs.

L'édition de l'année dernière a généré plus de 350 millions d'heures de visionnage et a été diffusée sur 28 plateformes par 97 partenaires dans 35 langues, touchant des téléspectateurs dans 140 pays.

La compétition de 2026 comprendra 24 matchs répartis en 25 tournois, et les joueurs se disputeront une cagnotte de plus de 75 millions de dollars.

De plus amples informations sur le site de Paris devraient être annoncées dans les semaines à venir.


Financement du terrorisme: les pays n'ont pas d'autre choix que de collaborer, affirme la présidente du Gafi

"Les terroristes ne respectent aucune frontière. Ils n'ont aucune limite. Les pays ne peuvent donc pas se permettre le luxe de ne pas travailler ensemble. Nous devons coopérer", a déclaré Elisa de Anda Madrazo juste avant une réunion internationale de lutte contre le financement du terrorisme, en marge de la réunion des ministres des Finances du G7 à Paris. (AFP)
"Les terroristes ne respectent aucune frontière. Ils n'ont aucune limite. Les pays ne peuvent donc pas se permettre le luxe de ne pas travailler ensemble. Nous devons coopérer", a déclaré Elisa de Anda Madrazo juste avant une réunion internationale de lutte contre le financement du terrorisme, en marge de la réunion des ministres des Finances du G7 à Paris. (AFP)
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  • Le Gafi (Groupe d'action financière, basé à Paris) est un organisme international qui élabore des normes et coordonne l'action des États pour prévenir et combattre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme
  • Mme de Anda Madrazo fait ces déclarations alors que la coopération internationale et les approches multilatérales ont du plomb dans l'aile du fait du durcissement des postures des grandes puissances, notamment les Etats-Unis de Donald Trump

PARIS: Les pays ne peuvent pas se permettre de ne pas collaborer entre eux pour lutter contre le financement du terrorisme, a déclaré mardi à l'AFP la présidente du Gafi, organisme international chargé de coordonner ce combat.

"Les terroristes ne respectent aucune frontière. Ils n'ont aucune limite. Les pays ne peuvent donc pas se permettre le luxe de ne pas travailler ensemble. Nous devons coopérer", a déclaré Elisa de Anda Madrazo juste avant une réunion internationale de lutte contre le financement du terrorisme, en marge de la réunion des ministres des Finances du G7 à Paris.

Le Gafi (Groupe d'action financière, basé à Paris) est un organisme international qui élabore des normes et coordonne l'action des États pour prévenir et combattre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, notamment en évaluant les systèmes nationaux et en recommandant des mesures de contrôle.

Mme de Anda Madrazo fait ces déclarations alors que la coopération internationale et les approches multilatérales ont du plomb dans l'aile du fait du durcissement des postures des grandes puissances, notamment les Etats-Unis de Donald Trump, la Russie et la Chine.

"Nous devons coopérer. Nous devons échanger des informations. Prenez par exemple la France et les Jeux olympiques de 2024: plusieurs attaques terroristes ont été déjouées et stoppées grâce au renseignement financier. Nous savons donc que cela fonctionne et que cela peut dissuader les attaques. Nous n'avons pas le luxe d'arrêter", a-t-elle déclaré.

Lors de sa prise de parole au début de la réunion, le Secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent a réaffirmé que les Etats-Unis devaient être soutenus dans leur politique de sanctions contre l'Iran, un sujet qui n'est que marginalement lié à la lutte contre le financement du terrorisme, selon l'Elysée.

Lors de cette 5e conférence "No money for terror", qui réunit plusieurs dizaines de délégations, l'objectif est de "continuer à travailler pour être capable de faire face aux innovations, adapter les méthodes, les outils, partager les bonnes pratiques", selon la présidence française.

Les services de renseignement constatent un éclatement de la menace terroriste, notamment jihadiste, dans un environnement marqué d'une part par l'affaiblissement des deux grandes centrales, Al-Qaida et l'organisation de l'Etat islamique, au profit de leurs franchises territoriales, et d'autre part, par la montée en puissance de la menace intérieure, émanant de personnes isolées qui n'agissent pas nécessairement en lien avec des donneurs d'ordre en amont.

Les circuits de financement ont aussi évolué. "Le panorama que nous avons aujourd'hui est complètement différent de celui de 2018, lorsque cette conférence a commencé. À l'époque, tout était plus centralisé", rappelle Mme de Anda Madrazo.

"Aujourd'hui, nous avons de multiples cellules et une plus grande décentralisation. Mais les outils ont aussi changé. Nous avons désormais les actifs virtuels, la numérisation et une économie dont l'architecture est différente. Et la combinaison des mécanismes traditionnels et des nouvelles technologies constitue effectivement un défi".


Le G7 Finances «réaffirme son engagement envers une coopération multilatérale» face aux risques sur l'économie mondiale

Les ministres et banquiers centraux des pays du G7 ont réaffirmé mardi "leur engagement envers une coopération multilatérale" pour faire face aux risques qui pèsent sur l'économie mondiale, à l'issue de deux jours de réunions des grands argentiers des sept économies avancées à Paris. (AFP)
Les ministres et banquiers centraux des pays du G7 ont réaffirmé mardi "leur engagement envers une coopération multilatérale" pour faire face aux risques qui pèsent sur l'économie mondiale, à l'issue de deux jours de réunions des grands argentiers des sept économies avancées à Paris. (AFP)
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  • Le ministre français de l'Economie et des Finances, Roland Lescure, a évoqué "des discussions franches, parfois difficiles, directes pour trouver des solutions de long terme et de court terme aux gros enjeux économiques mondiaux
  • Il a souligné que les ministres des Finances des G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni) appelaient notamment à la réouverture du détroit d'Ormuz

PARIS: Les ministres et banquiers centraux des pays du G7 ont réaffirmé mardi "leur engagement envers une coopération multilatérale" pour faire face aux risques qui pèsent sur l'économie mondiale, à l'issue de deux jours de réunions des grands argentiers des sept économies avancées à Paris.

Cela "met en relief l'engagement des partenaires internationaux pour promouvoir la résilience, le développement et la croissance économique afin de garantir une prospérité partagée", ajoutent les participants dans une déclaration, publiée après des échanges élargis mardi à d'autres pays invités (Kenya, Brésil, Inde, Corée du Sud).

La présidence française espérait ce réengagement, dans une période géopolitique troublée.

Les banques centrales, associées aux discussions, ont, elles, indiqué à nouveau être "fermement déterminées à maintenir la stabilité des prix et à assurer la résilience durable du système financier".

"La politique monétaire restera tributaire des données: les banques centrales suivent de près l’impact des tensions sur les prix de l’énergie et des autres matières premières sur l’inflation, les anticipations d’inflation et l’activité économique", ajoute cette déclaration.

Le ministre français de l'Economie et des Finances, Roland Lescure, a évoqué "des discussions franches, parfois difficiles, directes pour trouver des solutions de long terme et de court terme aux gros enjeux économiques mondiaux afin de garantir la stabilité économique", lors d'une conférence de presse.

Il a souligné que les ministres des Finances des G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni) appelaient notamment à la réouverture du détroit d'Ormuz, point de passage stratégique pour les hydrocarbures et l'engrais, bloqué par l'Iran dans le cadre de la guerre au Moyen-Orient.

Avant le sommet des dirigeants du G7 à Evian du 15 au 17 juin, "nous avons, je pense, pas mal avancé le travail, de manière à ce que nos leaders puissent, je l'espère en tout cas, le conclure sur des sujets aussi importants, très concrètement, que les minerais critiques, que le règlement des déséquilibres globaux", a-t-il par ailleurs indiqué.

M. Lescure a aussi affirmé mardi "la volonté" des pays du G7 de "maintenir la pression sur la Russie" pour qu'elle ne profite pas de la guerre en Ukraine et au Moyen-Orient.

Les Etats-Unis ont annoncé lundi prolonger la suspension temporaire des sanctions sur le pétrole russe stocké en mer pour modérer la flambée des cours du brut consécutive à la guerre au Moyen-Orient.