La Turquie poursuivra-t-elle sa politique de réconciliation dans la région l'année prochaine ?

La Turquie a fait des efforts importants en 2021 pour normaliser ses relations avec l'Arménie, l'Égypte, le Golfe et Israël après des années de désaccords. (AP/Fichier Photo)
La Turquie a fait des efforts importants en 2021 pour normaliser ses relations avec l'Arménie, l'Égypte, le Golfe et Israël après des années de désaccords. (AP/Fichier Photo)
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Publié le Dimanche 02 janvier 2022

La Turquie poursuivra-t-elle sa politique de réconciliation dans la région l'année prochaine ?

  • Erdogan a annoncé que la Turquie s'efforcerait d'améliorer ses relations avec l'Arabie saoudite.
  • Jeudi, l'Arménie a annoncé que son embargo sur les marchandises en provenance de Turquie serait levé le 1er janvier

ANKARA : La Turquie a fait des efforts importants en 2021 pour normaliser ses relations avec l'Arménie, l'Égypte, le Golfe et Israël après des années de désaccords.

La grande question est maintenant de savoir si les efforts d'Ankara pour faire fondre la glace avec ces pays en désamorçant les conflits régionaux se poursuivront avec la même vigueur en 2022.

Jeudi, l'Arménie a annoncé que son embargo sur les marchandises en provenance de Turquie serait levé le 1er janvier et que les vols charters Erevan-Istanbul reprendraient bientôt après des décennies de fermeture des frontières.

Il y a deux semaines, la Turquie a fait de son ancien ambassadeur aux États-Unis Serdar Kilic son envoyé spécial pour mener des pourparlers de normalisation avec l'Arménie. Ce geste a été suivi par l'Arménie qui a nommé Ruben Rubinyan – qui a étudié en Turquie grâce à une bourse d'une ONG turque – comme son représentant spécial pour le dialogue. Moscou accueillera la première rencontre entre les deux émissaires en janvier.

« La Turquie a recalibré sa politique étrangère en Méditerranée orientale et dans la région MENA », déclare à Arab News le professeur Michaël Tanchum, chercheur non-résident au Middle East Institute à Washington et chercheur associé senior en politique dans le programme Afrique du Conseil européen sur les relations étrangères. Selon Tanchum, la Turquie s'est concentrée en Méditerranée orientale sur l'Égypte et, dans une moindre mesure, sur Israël.

Concernant l'Égypte, la Turquie a demandé cette année à tous les médias affiliés aux Frères musulmans basés à Istanbul d'adoucir leurs critiques à l'égard du gouvernement égyptien. Les deux pays ont eu des entretiens en septembre, tandis que le président turc Recep Tayyip Erdogan a récemment annoncé qu'Ankara envisageait de renvoyer des ambassadeurs en Égypte et en Israël.

Lors de sa récente rencontre avec des représentants de la diaspora juive, Erdogan a souligné que les relations Turquie-Israël sont vitales pour la stabilité et la sécurité de la région.

« Les deux (l'Égypte et Israël) sont devenus des partenaires énergétiques, économiques et militaires clés de la Grèce et de Chypre à la suite de la détérioration de leurs relations respectives avec la Turquie au début de la décennie précédente », dit Tanchum. « De même, Ankara a été déconcertée par le développement des liens de défense de la Grèce avec les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite. La normalisation des relations entre les Émirats arabes unis et Israël dans le cadre des accords d'Abraham a renforcé cet alignement des États du Moyen-Orient avec la Grèce et Chypre.

Tanchum pense que, pour l'Égypte, la pierre d'achoppement la plus immédiate - malgré les efforts diplomatiques d'Ankara - est le soutien de la Turquie aux Frères musulmans.

« Au-delà de cela, les deux pays sont de plus en plus rivaux pour l'influence à travers l'Afrique. Le fait que l'Égypte n'ait pas été invitée au récent sommet africain de la Turquie montre les limites géopolitiques. Néanmoins, les relations commerciales entre les deux nations vont probablement s'intensifier, sauf incident majeur. Il en va de même pour les relations israélo-turques », poursuit-il.

Bien que la Turquie et plusieurs acteurs régionaux aient soutenu différentes parties dans le conflit libyen, Ankara soutient désormais la transition politique de la Libye vers les élections.

Turkish Airlines devrait également relancer ses vols vers Benghazi une fois les travaux techniques et les mesures de sécurité terminés.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a récemment noté que la Turquie ne fait pas de distinction entre l'ouest et l'est de la Libye, et qu'Ankara est prête à rencontrer à la fois l'homme fort militaire, le général Khalifa Haftar, et le président du parlement basé à Tobrouk, Aquila Saleh.

Les efforts de la Turquie vers la réconciliation avec les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite, l'Égypte et Israël dans le cadre de ses efforts pour briser son isolement régional se sont intensifiés ces derniers mois.

Les Émirats arabes unis se sont engagés à investir 10 milliards de dollars en Turquie à la suite de la visite du prince héritier d'Abou Dhabi Muhammed ben Zayed à Ankara le 24 novembre, ce qui donne un coup de pouce vital à l'économie turque. La Banque centrale turque devrait bientôt signer des accords avec son homologue des Émirats arabes unis et Erdogan devrait se rendre aux Émirats arabes unis en février.

« Le rapprochement entre la Turquie et les Émirats arabes unis se poursuivra probablement, avec l'augmentation des investissements émiratis dans les entreprises turques. L'acquisition par la société fintech émiratie Tpay de la société turque de services bancaires mobiles et financiers numériques Payguru n'est qu'un exemple des investissements supplémentaires susceptibles de se produire en 2022 », précise Tanchum.

Par ailleurs, Erdogan a annoncé que la Turquie s'efforcerait d'améliorer ses relations avec l'Arabie saoudite. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays se sont rencontrés en mai et se sont engagés à tenir des consultations régulières. Les experts prévoient d'autres engagements de ce type entre Riyad et Ankara au cours de la nouvelle année.

De toutes les relations que la Turquie a cherché à améliorer en 2021, Tanchum considère l'Arménie comme la principale.

« En raison de l'issue de la guerre du Karabakh, il existe une véritable opportunité pour la réconciliation turco-arménienne », dit-il. « Un grand geste diplomatique de la part de la Turquie qui clôture un chapitre sur une vieille blessure historique pourrait redéfinir le ton de la politique étrangère turque avec des retombées positives sur les relations de la Turquie avec ses voisins de la Méditerranée orientale ainsi qu'avec l'Union européenne. »

Soner Cagaptay, directeur du programme turc à l'Institut de Washington, convient que 2021 a été une année de changements importants dans la politique étrangère de la Turquie.

« En réhabilitant des amitiés et en forgeant de nouveaux partenariats, Ankara montre qu'elle se rend compte qu'elle ne peut pas rester seule et ignorer tout le monde en politique régionale et mondiale. Par conséquent, elle a choisi de renouer des liens avec ses anciens rivaux », dit-il à Arab News.

Cagaptay s'attend à ce que la prochaine normalisation des relations turques soit avec les États-Unis, mais compte tenu des accords actuels de partage du pouvoir d'Ankara avec la Russie en Syrie, en Libye et dans le Caucase du Sud, ce processus pourrait être plus délicat et prendre plus de temps.

« Par conséquent, je pense que ce n'est pas un revirement total (en politique étrangère), mais la partie Moyen-Orient représente au moins une tentative », souligne-t-il.

Concernant les relations de la Turquie avec l'Égypte, Cagaptay note qu'il a fallu près de huit ans à la Turquie pour reconnaître que son soutien singulier aux Frères musulmans n'a pas porté ses fruits.

« Personne n'aurait pu prévoir la vitesse de la chute des Frères musulmans du pouvoir. Je n’en blâme donc pas Erdogan, mais il aurait dû être en contact avec d'autres acteurs politiques et je pense que c'est là que la politique est mal conçue », dit-il. « Cela est maintenant acquis et 2022 est une année charnière. »

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Liban: le chef du Hezbollah défiant, les forces israéliennes avancent dans le sud

Le chef du Hezbollah pro-iranien s'est dit mercredi soir déterminé à "faire face" à Israël, dont l'armée est entrée dans plusieurs localités frontalières dans le sud du Liban tout en poursuivant le pilonnage de vastes régions du pays, entraîné dans la guerre régionale. (AFP)
Le chef du Hezbollah pro-iranien s'est dit mercredi soir déterminé à "faire face" à Israël, dont l'armée est entrée dans plusieurs localités frontalières dans le sud du Liban tout en poursuivant le pilonnage de vastes régions du pays, entraîné dans la guerre régionale. (AFP)
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  • Le Hezbollah fera face à "l'agression israélo-américaine" et ne se rendra pas, a assuré son chef Naïm Qassem
  • Israël, qui élargit le champ de ses attaques au Liban, a ordonné mercredi à tous les habitants d'une partie du sud d'évacuer, alors que les autorités libanaises ont recensé 72 morts et 83.000 déplacés depuis lundi

BEYROUTH: Le chef du Hezbollah pro-iranien s'est dit mercredi soir déterminé à "faire face" à Israël, dont l'armée est entrée dans plusieurs localités frontalières dans le sud du Liban tout en poursuivant le pilonnage de vastes régions du pays, entraîné dans la guerre régionale.

Le Hezbollah fera face à "l'agression israélo-américaine" et ne se rendra pas, a assuré son chef Naïm Qassem dans un discours diffusé sur la chaîne de son parti, le premier depuis le début samedi de l'attaque américano-israélienne contre l'Iran.

Israël, qui élargit le champ de ses attaques au Liban, a ordonné mercredi à tous les habitants d'une partie du sud d'évacuer, alors que les autorités libanaises ont recensé 72 morts et 83.000 déplacés depuis lundi.

Le Liban a été entraîné lundi dans la guerre après une première attaque contre Israël du mouvement chiite, qui affirmait vouloir "venger" la mort du guide iranien Ali Khamenei.

Le Hezbollah a revendiqué mercredi au moins 15 attaques contre Israël, dont une à l'aide de drones contre les industries aérospatiales israéliennes dans le centre du pays, ciblant pour la première fois une région aussi éloignée de la frontière.

Il a également dit avoir visé à l'aide d'un "missile de précision" une base militaire du nord du pays.

Dans le sud du Liban, le Hezbollah a rapporté pour la première fois des affrontements "directs" avec des soldats israéliens entrés dans le village de Khiam, à six kilomètres de la frontière avec Israël.

La Force intérimaire des Nations Unies au Liban (Finul) a annoncé avoir observé "plusieurs mouvements et activités militaires de l'armée" israélienne dans des localités frontalières dont Khiam.

Des vidéos de l'AFP montrent deux chars israéliens avancer dans des quartiers résidentiels de ce village.

L'armée israélienne a de son côté annoncé avoir déployé "sur plusieurs positions" du sud du Liban des soldats, avec des unités "de l'infanterie, des blindés et du génie".

Dans le même temps, l'armée israélienne a demandé aux habitants d'évacuer une vaste zone dans le sud du Liban, entre la frontière avec Israël et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord.

Fausses alertes 

L'aviation israélienne a elle élargi le champ de ses frappes, visant pour la première fois un hôtel à Hazmieh, une banlieue chrétienne de Beyrouth proche du palais présidentiel et de nombreuses missions diplomatiques.

Des images de l'AFP ont montré le bâtiment de l'hôtel Comfort dont certaines chambres sont éventrées, et des blessés recevant des soins à la réception. Il n'a pas été possible de savoir quelle cible était visée par cette attaque.

Lena, une habitante de ce quartier résidentiel cossu, affirme avoir cru que la banlieue sud qu'il surplombe était visée.

"Je me suis bien trompée. A deux pas de chez moi, un hôtel était la cible cette fois-ci", dit à l'AFP cette femme de 59 ans.

Dans le même temps, des habitants de plusieurs régions libanaises ont indiqué à l'AFP avoir reçu un message enregistré au téléphone leur demandant d'évacuer, provoquant la panique. L'AFP n'a pas pu s'assurer de la véracité de ces alertes.

L'un de ces appels est parvenu au poste-frontière de Masnaa avec la Syrie, qui a été brièvement fermé avant de vérifier qu'il s'agissait d'une fausse alerte, a indiqué un responsable de sécurité à l'AFP.

La banlieue sud visée 

Une série de frappes a en outre visé mercredi matin la banlieue sud de Beyrouth, après des ordres d'évacuation de l'armée israélienne.

L'une des frappes a visé un immeuble proche d'un important hôpital, selon un photographe de l'AFP.

Au sud de la capitale libanaise, des attaques ont visé Aramoun et Saadiyat, des zones résidentielles qui ne font pas partie des bastions du Hezbollah.

Les frappes ont également visé un immeuble de quatre étages dans la ville millénaire de Baalbeck, dans l'est du Liban, où le Hezbollah est fortement implanté.

Trois secouristes ont été tués alors qu'ils portaient assistance à des personnes blessées dans des explosions dans le district de Tyr (sud), selon le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus.

"Les parties belligérantes doivent respecter le droit international humanitaire et protéger les professionnels de santé", a-t-il rappelé.

 


Turquie: un missile tiré depuis l'Iran se dirigeant vers l'espace aérien turc a été détruit 

Un missile tiré depuis l'Iran qui se dirigeait vers l'espace aérien turc a été détruit par les systèmes de défense de l'Otan basés en Méditerranée orientale, a affirmé mercredi le ministère turc de la Défense. (AFP)
Un missile tiré depuis l'Iran qui se dirigeait vers l'espace aérien turc a été détruit par les systèmes de défense de l'Otan basés en Méditerranée orientale, a affirmé mercredi le ministère turc de la Défense. (AFP)
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  • "Un missile balistique tiré d'Iran se dirigeant vers l'espace aérien turc après avoir survolé les espaces aériens irakien et syrien, a été intercepté et neutralisé à temps par les éléments de défense aérienne et antimissile de l'Otan"
  • "Toutes les mesures nécessaires à la défense de notre territoire et de notre espace aérien seront prises avec fermeté et sans hésitation. Nous vous rappelons que nous nous réservons le droit de répondre à toute action hostile contre notre pays"

ANKARA: Un missile tiré depuis l'Iran qui se dirigeait vers l'espace aérien turc a été détruit par les systèmes de défense de l'Otan basés en Méditerranée orientale, a affirmé mercredi le ministère turc de la Défense.

"Un missile balistique tiré d'Iran se dirigeant vers l'espace aérien turc après avoir survolé les espaces aériens irakien et syrien, a été intercepté et neutralisé à temps par les éléments de défense aérienne et antimissile de l'Otan déployés en Méditerranée orientale. (...) L'incident n'a fait ni victimes ni blessés", a affirmé le ministère turc dans un communiqué publié sur X.

"Toutes les mesures nécessaires à la défense de notre territoire et de notre espace aérien seront prises avec fermeté et sans hésitation. Nous vous rappelons que nous nous réservons le droit de répondre à toute action hostile contre notre pays", a ajouté le ministère.

Un débris appartenant à une munition de défense aérienne est tombé dans le district de Dörtyol, dans la province de Hatay, dans le sud-est du pays, a précisé le ministère.

"Toute action hostile recevra la réponse appropriée dans le cadre du droit international. La consultation et la coopération avec l'OTAN et nos alliés se poursuivront tout au long de ce processus", a de son côté affirmé sur X le directeur des communications de la présidence turque Burhanettin Duran.

"Nous réitérons notre avertissement à toutes les parties : elles doivent s'abstenir de toute action susceptible d'exacerber les tensions dans la région", a-t-il conclu.

 


L'Iran de nouveau cible de frappes d'ampleur dans une guerre qui ne faiblit pas

L'Iran sous de nouvelles bombes israélo-américaines, les Gardiens de la Révolution qui revendiquent le contrôle du détroit d'Ormuz et des frappes d'Israël qui s'intensifient au Liban: la guerre au Moyen-Orient ne montre aucun signe d'essoufflement mercredi, au cinquième jour du conflit. (AFP)
L'Iran sous de nouvelles bombes israélo-américaines, les Gardiens de la Révolution qui revendiquent le contrôle du détroit d'Ormuz et des frappes d'Israël qui s'intensifient au Liban: la guerre au Moyen-Orient ne montre aucun signe d'essoufflement mercredi, au cinquième jour du conflit. (AFP)
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  • Nouvelles explosions aux quatre coins de la région, frappes d'ampleur et riposte iranienne sur des cibles américaines dans le Golfe: le même scénario se répète depuis samedi et le monde retient son souffle
  • A Téhéran, aux allures de ville morte dont les habitants restent cloîtrés chez eux pour ceux qui ne sont pas partis, des obsèques nationales se tiendront mercredi soir pour Ali Khamenei

TEHERAN: L'Iran sous de nouvelles bombes israélo-américaines, les Gardiens de la Révolution qui revendiquent le contrôle du détroit d'Ormuz et des frappes d'Israël qui s'intensifient au Liban: la guerre au Moyen-Orient ne montre aucun signe d'essoufflement mercredi, au cinquième jour du conflit.

Nouvelles explosions aux quatre coins de la région, frappes d'ampleur et riposte iranienne sur des cibles américaines dans le Golfe: le même scénario se répète depuis samedi et le monde retient son souffle.

A Téhéran, aux allures de ville morte dont les habitants restent cloîtrés chez eux pour ceux qui ne sont pas partis, des obsèques nationales se tiendront mercredi soir pour Ali Khamenei, intransigeant guide suprême pendant 36 ans, tué samedi au début de l'offensive.

Alors que le pouvoir s'organise pour assurer sa succession, Israël a prévenu que tout remplaçant serait "une cible" destinée à être assassinée.

De très fortes détonations secouent régulièrement la capitale iranienne, provoquant d'épais nuages de fumée grise s'élevant dans le ciel bleu, selon des journalistes de l'AFP.

"Nous avons dormi par terre, la tête protégée, au milieu de l'appartement, à distance égale des fenêtres de la chambre et du salon, pour être en sécurité si les ondes de choc brisaient les vitres", raconte Amir, 50 ans.

"Presque tout détruit" 

Face à cet embrasement, les marchés asiatiques ont plongé mercredi, la place de Séoul dévissant de 12% et suspendant temporairement les cotations, tandis que le pétrole grimpe, guettant les développements dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Le trafic maritime y est toujours paralysé et les Gardiens de la Révolution, force chargée des opérations extérieures iraniennes, ont assuré mercredi avoir le contrôle "total" du détroit, par lequel transitent 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.

Le général Ebrahim Jabbari a promis de "brûler tout navire" qui tenterait de le franchir.

Et un conseiller du guide défunt a prévenu mercredi que l'Iran était prêt à "poursuivre la guerre". "Aussi longtemps que nous le souhaitons", a assuré Mohammad Mokhbar.

Depuis samedi, le pays est pilonné sans relâche: les Etats-Unis, qui disent avoir frappé "près de 2.000 cibles", ont "presque tout détruit" et tué la plupart des responsables dans leur viseur, s'est félicité le président américain Donald Trump.

L'armée israélienne multiplie elle aussi les frappes "à grande échelle", contre "des cibles du régime terroriste iranien", et a abattu un avion de combat iranien au-dessus de la capitale.

Parmi les lieux touchés, les centres du pouvoir, comme les ministères, les tribunaux ou le quartier général des Gardiens de la Révolution, l'aéroport Mehrabad de Téhéran, qui assure principalement des vols intérieurs, ou le palais historique du Golestan, l'un des sites touristiques de la capitale.

Chambres éventrées 

Israël lutte aussi sur le front libanais, où elle a élargi le champ de ses frappes, visant le secteur du palais présidentiel près de Beyrouth et d'autres zones au sud de la capitale, ainsi que des bastions du Hezbollah pro-iranien.

A Hazmieh, banlieue chrétienne de Beyrouth proche du palais et de nombreuses missions diplomatiques, des images de l'AFP montrent le bâtiment d'un hôtel aux chambres éventrées, et des blessés recevoir des soins à la réception.

Lena, une habitante de ce quartier résidentiel cossu, affirme avoir cru que la banlieue sud qu'il surplombe était visée. "Je me suis bien trompée. A deux pas de chez moi, un hôtel était la cible cette fois-ci", dit à l'AFP cette femme de 59 ans.

Le Liban a été entraîné lundi dans la guerre régionale après une première attaque contre Israël du mouvement chiite, qui affirmait vouloir "venger" la mort d'Ali Khamenei.

Au total, une soixantaine de personnes ont été tuées et plus de 58.000 personnes déplacées, selon les autorités libanaises.

Evacuations en série 

Côté iranien, le Croissant-Rouge iranien a annoncé mardi plus de 780 morts depuis le début de la guerre, un bilan que l'AFP n'a pu vérifier.

Dans le camp adverse, six militaires américains ont été tués, selon le Pentagone. Et en Israël, d'après les services de secours, dix personnes sont mortes dans des frappes iraniennes.

Au début de l'attaque, Donald Trump avait appelé le peuple iranien à renverser la République islamique, instaurée en 1979.

Mais si les Etats-Unis souhaitent la chute du pouvoir actuel, le principal objectif déclaré est d'empêcher l'Iran de se doter de la bombe atomique - intention que Téhéran dément - et de détruire ses capacités balistiques, d'après Israël.

L'armée israélienne a affirmé avoir frappé un centre militaire souterrain secret du programme nucléaire iranien, dans la région de Téhéran.

Pendant ce temps, l'Iran poursuit ses frappes sur des cibles américaines, notamment dans les pays du Golfe, et israéliennes.

Elles ont fait neuf morts dans les monarchies de la région, dont une fillette de 11 ans tuée mercredi par la chute de débris dans une zone résidentielle au Koweït.

Les drones et missiles iraniens ont aussi visé les ambassades américaines et provoqué des dégâts et incendies dans des sites aussi emblématiques que The Palm, l'île artificielle emblématique de Dubaï.

Un coup dur pour ces destinations, réputées parmi les plus sûres du Moyen-Orient, et abritant des infrastructures énergétiques vitales pour la production d'hydrocarbures mondiale.

Quelque 9.000 Américains ont quitté le Moyen-Orient depuis le début des hostilités.

Mais des milliers de vols ont été annulés et de nombreux touristes bloqués. Paris, Berlin ou Londres ont organisé des vols pour rapatrier leurs ressortissants, comme Emmy Coutelier, 18 ans, arrivée mercredi à l'aéroport de Roissy en provenance d'Oman. Elle raconte, encore sous le choc, sa profonde peur, quand a résonné une "alarme en pleine nuit" et sa fuite dans un abri au sous-sol.