Victoires: OrelSan et Clara Luciani donnent le tempo

L'organiste français Ghislain Leroy et le trompettiste français Romain Leleu produisent sur scène lors des 28e Victoires de la Musique Classique, la cérémonie annuelle de remise des prix de la musique classique française, le 28 février 2021 à l'Auditorium, à Lyon. (AFP)
L'organiste français Ghislain Leroy et le trompettiste français Romain Leleu produisent sur scène lors des 28e Victoires de la Musique Classique, la cérémonie annuelle de remise des prix de la musique classique française, le 28 février 2021 à l'Auditorium, à Lyon. (AFP)
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Publié le Mardi 11 janvier 2022

Victoires: OrelSan et Clara Luciani donnent le tempo

  • «On voit que la perception de l'attelage musique-image change, ça va de courts formats de 1min30 sur les réseaux sociaux à des créations plus longues comme l'ont fait OrelSan, Angèle ou Bigflo & Oli»
  • Mais, pour résumer les débats, OrelSan apparaît comme l'incontournable de la charnière fin 2021/début 2022, surfant sur un succès public et critique

PARIS: Ils sont les grands favoris: OrelSan, seigneur de l'hiver, et Clara Luciani, qui a fait danser tout l'été, dominent les nominations des 37es Victoires de la musique, révélées lundi soir.

Les trophées seront remis lors d'une cérémonie le 11 février. Le rappeur, 39 ans, et la chanteuse, 29 ans, concourent pour les prix artiste (masculin et féminine), album, chanson et création audiovisuelle. 

Dans cette dernière catégorie, Clara Luciani est en lice avec le clip de "Le reste" tandis qu'OrelSan est nominé pour "Montre jamais ça à personne", la série documentaire évènement sur sa carrière. Preuve que ce type de support -diffusé dans son cas sur une plateforme (Amazon Prime Video)- devient une case à cocher dans un parcours artistique. "On voit que la perception de l'attelage musique-image change, ça va de courts formats de 1min30 sur les réseaux sociaux à des créations plus longues comme l'ont fait OrelSan, Angèle ou Bigflo & Oli", analyse le président des Victoires, Stéphane Espinosa.

Ces deux artistes phares sont talonnés par Juliette Armanet et Feu ! Chatterton cités respectivement dans trois catégories. 

Mais, pour résumer les débats, OrelSan apparaît comme l'incontournable de la charnière fin 2021/début 2022, surfant sur un succès public et critique. 

 

Victoires de la musique: OrelSan et Clara Luciani, force quatre

Cités dans quatre catégories chacun, OrelSan et Clara Luciani avancent en conquérants vers la 37e cérémonie des Victoires de la musique, programmée le 11 février.


Récapitulatif des nominations dévoilées lundi. 

Artiste masculin:

Julien Doré 
Feu ! Chatterton 
OrelSan 

Artiste féminine

Juliette Armanet 
Hoshi 
Clara Luciani 

Album de l'année: "Brûler le feu", Juliette Armanet 


"Palais d'argile", Feu ! Chatterton 


"Cœur", Clara Luciani 


"Civilisation", OrelSan 


"Géographie du vide", Hubert-Félix Thiéfaine

Chanson: "Le dernier jour du disco", Juliette Armanet


"Bruxelles je t'aime", Angèle 


"Monde Nouveau", Feu ! Chatterton 


"Respire encore", Clara Luciani 


"L'odeur de l'essence", OrelSan

Création audiovisuelle

"Bruxelles, je t'aime", Angèle 


"Le reste", Clara Luciani 


"Montre jamais ça à personne", OrelSan 

Concert: Hervé 


Ben Mazué 


Woodkid

Révélation masculine

Chien Noir 


Myd


Terrenoire

Révélation féminine:

L'Impératrice 


Barbara Pravi 


Silly Boy Blue

Album le plus streamé pour un artiste:"Jvlivs II", SCH

Album le plus streamé pour une artiste:"Aya", Aya Nakamura

Chronique sociale 
"Civilisation", sorti en novembre (le même jour que le blockbuster "30" de la Britannique Adele), est l'album le plus vendu en France en 2021 (plus de 335 000 copies), d'après le classement du Syndicat national de l'édition phonographique (Snep). 


Et l'opus colle parfaitement à l'époque. Le morceau "L'odeur de l'essence" s'impose comme la bande son/signal d'alarme des outrances qui hérissent les débats autour de la campagne présidentielle. Et son art de la chronique sociale illumine encore "Manifeste", morceau de bravoure de sept minutes sur une manifestation qui tourne mal, à la belle écriture cinématographique. 


L'album n'est pas qu'un constat acide, mais est traversé, comme OrelSan le disait, par une grande question: "Qu'est-ce que tu vas transmettre à tes enfants ? +Civilisation+, c'est la société qui m'entoure et ce que je peux apporter".
OrelSan fera-t-il mieux qu'en 2018, quand il avait remporté trois Victoires au cours de la même cérémonie ? L'artiste fait en tout cas mentir les titres de ses albums précédents "Perdu d'avance" (2009) et "La fête est finie" (2017), touchant un large public, bien au-delà du cercle du rap.

Danse et messages 
Avec "Cœur", paru en juin 2021, Clara Luciani a donc signé un album idéal pour célébrer le déconfinement qui se dessinait alors pour l'été 2021 (11e des ventes en 2021 avec plus de 155 000 copies). Sans oublier quelques messages forts. "Je n'ai jamais voulu choisir entre grave et dansant, c'était déjà le cas avec +La grenade+ (tube du précédent album devenu un hymne féministe)", développait-elle à l'époque pour l'AFP. L'autrice-compositrice-interprète met toujours en avant ce "besoin de danser pour exorciser".
La cérémonie des 37es victoires de la musique se déroulera à La Seine Musicale, en région parisienne, et sera retransmise en direct sur France 2 et France Inter. Cet évènement est programmé alors que les artistes des musiques actuelles sont concernés à nouveau par des restrictions sanitaires et notamment l'interdiction des concerts debout jusqu'à fin janvier. "C'est notamment super-compliqué pour des artistes en développement, qui n'ont pas l'opportunité de s'exposer sur scène, souligne Stéphane Espinosa. C'est important que les Victoires se tiennent, notamment pour eux, pour qu'ils aient une première télé".
Avec les catégories révélations (masculine et féminines), le grand public découvrira des artistes comme Chien Noir, Myd, L'Impératrice ou Silly Boy Blue.
En 2021, les Victoires avaient consacré dans les catégories reines Benjamin Biolay (doublé avec les trophées de l'artiste masculin et de l'album pour "Grand Prix") et Pomme (artiste féminine). 


Finlande, Grèce, Danemark, France et Australie: les cinq favoris de l'Eurovision

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  • Le duo entre la violoniste Linda Lampenius, 56 ans, et le chanteur pop Pete Parkkonen, 36 ans, fait mouche auprès du public avec un titre, "Liekinheitin", "Lance-flammes", interprété en finnois sur une mise en scène passionnée
  • Tandis que le brun ténébreux se lamente de son amour non partagé, la blonde musicienne en robe étincelante lui répond en faisant vibrer avec fougue les cordes de son instrument, derrière un rideau de feu infranchissable

VIENNE: Un duo venu de Finlande est favori cette année parmi 35 participants pour remporter l'Eurovision, le plus grand télé-crochet du monde dont la finale aura lieu samedi à Vienne, en Autriche.

Les parieurs placent le pays nordique loin devant ses concurrents, la Grèce, le Danemark, la France et l'Australie. Israël et la Roumanie ont par ailleurs opéré une remontée dans les pronostics.

Voici une présentation des cinq principaux favoris:

Finlande: violon brûlant

Le duo entre la violoniste Linda Lampenius, 56 ans, et le chanteur pop Pete Parkkonen, 36 ans, fait mouche auprès du public avec un titre, "Liekinheitin", "Lance-flammes", interprété en finnois sur une mise en scène passionnée.

Tandis que le brun ténébreux se lamente de son amour non partagé, la blonde musicienne en robe étincelante lui répond en faisant vibrer avec fougue les cordes de son instrument, derrière un rideau de feu infranchissable.

La proposition, dansante et "d’une très grande qualité musicale" selon Anna Muurinen, experte finlandaise de l'Eurovision, offre "trois minutes de pure dramaturgie" faisant espérer à la Finlande, qui n'a remporté le concours qu'une seule fois en 2006, de toucher une vaste audience sans sacrifier à l'anglais.

Grèce : techno méditerranéenne

La chanson "Ferto", soit "Ramène ça!", d'Akylas Mytilineos, évoque sur un son dynamique et mordant, enrichi d'une identité grecque, la soif de gloire et de fortune d'un fils voulant couvrir sa mère de tout ce qui leur a manqué dans son enfance.

Avec ses lunettes de soleil et son bonnet caractéristique, le chanteur de 27 ans se définit comme un artiste queer, mettant l'accent sur le besoin d'expression et d'acceptation à travers sa musique.

Il a commencé sa carrière sur des bateaux de croisière avant que son style ne tape dans l'oeil et dans l'oreille des internautes sur les réseaux sociaux et qu'il participe en 2022 à la version grecque de The Voice.

La Grèce a gagné une fois l'Eurovision en 2005.

Danemark : after électro

Søren Torpegaard Lund, un artiste de comédie musicale de 27 ans, propose avec "Før vi går hjem", "Avant de rentrer", un titre pop teinté d'électro, qui plonge les spectateurs dans la moiteur d'une fin de soirée en boîte de nuit.

Il chante en danois et "pour une fois, on envoie une bonne chanson", dit Lisanne Wilken, spécialiste du concours et maître de conférence à l'Université d'Aarhus (ouest), Copenhague bénéficiant aussi selon elle d'un coup de pouce géopolitique inattendu.

"La situation avec le Groenland et Trump a vraiment braqué les projecteurs sur le Danemark d'une façon inédite", alors que le royaume est très rarement favori du concours, qu'il a quand même remporté à trois reprises, la dernière fois en 2013.

France: pop opératique

C'est la plus jeune candidate à représenter la France à l'Eurovision: Monroe, chanteuse lyrique franco-américaine de 17 ans, interprètera "Regarde!". Ce titre sur l'amour, thème de prédilection de la France à l'Eurovision, mêle pop, airs d'opéra et référence aux comédies musicales.

Le grand public a découvert cette cantatrice aux longues tresses dans "Prodiges", télé-crochet diffusé sur la chaîne France 2 et dédié aux jeunes virtuoses classiques. Son premier album est sorti en novembre.

Née aux Etats-Unis, Monroe a été bercée par sa double culture et parmi ses inspirations figurent la diva Cecilia Bartoli, mais aussi Whitney Houston, Johnny Hallyday et Céline Dion.

"Ça me donne envie de travailler ma voix pour pouvoir présenter quelque chose de bien, porter les couleurs de la France et de notre belle culture", a déclaré l'artiste à l'AFP peu après sa sélection.

La France a gagné à cinq reprises, la dernière fois en 1977.

Australie : power ballade

La ballade "Eclipse", qui évoque un alignement amoureux des planètes, est interprétée par une valeur sûre, Delta Goodrem, 41 ans et plus de neuf millions d'albums vendus à son actif.

Elle mêle l'intimité du piano à d'impressionnants crescendos vocaux, que cette coach dans The Voice Australia, par ailleurs auteure-compositrice, musicienne et actrice, maîtrise à la perfection.

La notoriété sur la scène mondiale de l'artiste née à Sydney et ayant signé son premier contrat dès l'âge de 15 ans fait espérer à l'Australie, où le concours est très suivi, sa toute première victoire.

 


Cannes: Virginie Efira a dit "oui avant d'avoir lu le scénario" pour "Histoires parallèles" d'Asghar Farhadi

L’actrice belge Virginie Efira arrive pour la projection du film Histoires parallèles lors de la 79e édition du Festival de Cannes à Cannes, dans le sud de la France, le 14 mai 2026. (AFP)
L’actrice belge Virginie Efira arrive pour la projection du film Histoires parallèles lors de la 79e édition du Festival de Cannes à Cannes, dans le sud de la France, le 14 mai 2026. (AFP)
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  • Asghar Farhadi revient en français avec Histoires parallèles, où une écrivaine (Isabelle Huppert) observe ses voisins bruiteurs et transforme leur quotidien en fiction
  • Le récit brouille réalité et imagination à travers des doubles personnages, avec Virginie Efira, Vincent Cassel et Pierre Niney, dans un hommage au cinéma et à sa mise en scène précise

CANNES: Après "Le Passé", présenté en compétition à Cannes en 2013, le réalisateur Asghar Farhadi revient avec un nouveau film en français, "Histoires parallèles", servi par un casting de stars, toujours aussi avides de travailler avec le maitre iranien.

"Quand j'ai su que ça venait d'Asghar Farhadi, j'ai dit oui avant d'avoir lu le scénario", se remémore auprès de l'AFP Virginie Efira.

"Histoires parallèles" raconte l'histoire de Sylvie, une écrivaine solitaire et acariâtre jouée par Isabelle Huppert, obsédée par la dynamique du trio travaillant dans un appartement situé en face du sien, à Paris.

Nita (Virginie Efira), Pierre (Vincent Cassel) et Christophe (Pierre Niney) travaillent à la fabrication de bruitages pour des documentaires animaliers.

Sylvie les espionne et en tire une fiction, sur un triangle amoureux bien éloigné des dynamiques à l'oeuvre dans la réalité.

L'arrivée dans sa vie d'Adam (Adam Bessa), homme à tout faire censé aider Sylvie à mettre de l'ordre dans son quotidien, va faire entrer en collision la fiction et la réalité, avec une cascade de conséquences à la clef.

- Précision -

"Quand j'ai lu le scénario je me suis dit +tiens, c'est étonnant qu'il pense à moi+", s'amuse encore Virginie Efira.

L'actrice belge, qui joue à la fois Nita, la bruiteuse blonde en couple avec Pierre et son double fictif Anna, une brune sûre d'elle-même aux airs de femme fatale en couple avec Christophe, a douté de pouvoir incarner les deux femmes.

"Je me disais, est-ce que je ne suis pas trop âgée pour ce personnage ? Est-ce qu'on va y croire ? Surtout la fille de la fiction", raconte encore Virginie Efira.

Mais "Asghar est un formidable directeur d'acteurs", souligne la comédienne qui l'a découvert avec "Une séparation", Oscar du meilleur film étranger en 2012 (il en a gagné un deuxième en 2017 pour "Le client").

"C'est une machine de travail", explique-t-elle. "Il a une mise en scène très précise", ne laissant aucune place à l'improvisation, affirme Virginie Efira.

Tourner pour Farhadi, c'est aussi mettre un pied dans le cinéma iranien qui "compte énormément". "On peut parler de (Abbas) Kiarostami, mais dans le cinéma d'aujourd'hui il y a +La loi de Téhéran+ (2019) qui est un film immense, +Les Graines du figuier sauvage+ (2024)", énumère Efira, fascinée par ce cinéma, récompensé de la Palme d'or l'année dernière avec "Un simple accident" de Jafar Panahi.

- Attrait du cinéma français -

"On sent bien que son film est un peu un hommage au cinéma", poursuit-elle, citant une scène entre Isabelle Huppert et Catherine Deneuve, qui joue son éditrice. "Juste pour cette scène, ce film parle de cinéma, il y a une grande beauté d'avoir ces deux visages ensemble" à l'écran, se réjouit l'actrice.

Virginie Efira, qui a déjà tourné deux films avec le Néerlandais Paul Verhoeven, a déjà travaillé avec plusieurs réalisateurs étrangers de renom.

A Cannes, elle défendra un autre film tourné à Paris, du réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi, oscarisé en 2022 pour "Drive My Car". Dans "Soudain", présenté lui aussi en compétition, elle a été jusqu'à prendre des leçons de japonais.

"Je pense que les grands cinéastes ont toujours, culturellement, un attachement à l'histoire du cinéma français", observe Virginie Efira.

"Les grands cinéastes ont envie en général de pouvoir s'exprimer librement. Et la France est un pays où jusqu'ici en tout cas, on peut encore le faire, et c'est une grande joie", salue-t-elle.


À l’IMA, l’exposition « Libye patrimoine révélé » lève le voile sur des richesses méconnues

 Le théâtre d’Appolonia. (Photo Arlette Khouri)
Le théâtre d’Appolonia. (Photo Arlette Khouri)
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  • Fruit de cinquante ans de coopération entre la Mission archéologique française en Libye (MAFL) et les autorités libyennes, l’exposition, qui se tient du 13 mai au 20 octobre, lève le voile sur la richesse de ce patrimoine
  • Mais derrière cette richesse flotte une inquiétude, car le patrimoine archéologique libyen, aussi impressionnant soit-il, est aujourd’hui vulnérable

PARIS: Avec l’exposition « Libye, patrimoine révélé », l’Institut du monde arabe à Paris (IMA) ouvre une fenêtre sur un pays trop souvent résumé à ses fractures récentes et pourtant doté d’un immense patrimoine archéologique largement méconnu.

Fruit de cinquante ans de coopération entre la Mission archéologique française en Libye (MAFL) et les autorités libyennes, l’exposition, qui se tient du 13 mai au 20 octobre, lève le voile sur la richesse de ce patrimoine.

Mais derrière cette richesse flotte une inquiétude, car le patrimoine archéologique libyen, aussi impressionnant soit-il, est aujourd’hui vulnérable.

IMA

L’effondrement des structures étatiques a ouvert la voie à des pillages massifs, à un trafic illicite d’antiquités alimentant les marchés internationaux, ainsi qu’à des dégradations parfois irréversibles.

L’exposition ne se contente pas de constater que ce qui n’a pas été détruit par le temps risque de l’être par l’instabilité humaine ; elle montre aussi les efforts menés pour documenter, protéger et identifier les œuvres dispersées.

À travers une sélection de photographies, de films et de documents scientifiques, l’exposition établit une sorte de dialogue entre science et mémoire, entre passé et présent, et fait émerger une évidence : la Libye ne peut être réduite à son actualité tragique, car elle est aussi un conservatoire de civilisations, un territoire où s’est écrite une part essentielle de l’histoire méditerranéenne.

En donnant à voir ce patrimoine, l’Institut du monde arabe accomplit plus qu’un geste culturel : il redonne une profondeur à un pays que l’on regarde trop souvent à travers le seul prisme de la crise, et sonne l’alarme quant à la disparition de ces vestiges, qui constituerait une perte irréparable pour la Libye et pour l’humanité tout entière.

Depuis 2011, la Libye est associée, dans les esprits, à l’effondrement d’un État et à une instabilité chronique, qui ont relégué au second plan une autre vérité essentielle : ce pays est l’un des grands carrefours historiques de la Méditerranée et du Sahara.

Phéniciens, Grecs, Romains, Byzantins, Arabes : tous ont laissé leur empreinte sur ce territoire, composant une stratification culturelle d’une densité rare.

À travers l’exposition, c’est donc une autre histoire qui se révèle à nous : celle d’un territoire d’une richesse archéologique exceptionnelle, dont la mémoire millénaire a été éclipsée par le fracas d’un soulèvement, puis d’une guerre civile qui n’en finit plus.

En dépit de conditions de travail souvent difficiles, les chercheurs de la Mission ont patiemment documenté, fouillé et analysé ce patrimoine. Leur œuvre constitue aujourd’hui une somme de connaissances irremplaçable, ainsi qu’une véritable aventure scientifique, patiente et rigoureuse.

IMA

L’exposition constitue en fait une immersion progressive dans le travail de ces archéologues et entraîne le visiteur, du Sahara aux rivages méditerranéens, dans le massif du Măsak, à la découverte de vestiges préhistoriques qui racontent un temps où le désert était habité et vivant.

Plus au nord, les lignes du limes romain dessinent une frontière stratégique, tandis que les cités antiques témoignent d’un raffinement urbain remarquable. La majestueuse Leptis Magna, souvent considérée comme l’un des plus beaux ensembles romains du monde, ou encore Apollonia, dont une partie repose aujourd’hui sous les eaux, incarnent cette grandeur passée.

En donnant à voir cette exposition, l’IMA tente d’éclairer un aspect méconnu de la Libye, mais alerte surtout sur la nécessité de sauvegarder et de protéger l’archéologie, menacée en Libye comme dans plusieurs autres pays du Moyen-Orient.