Commémoration du massacre de Racak: les crimes serbes sont toujours aussi présents dans la mémoire kosovare

Les guerres yougoslaves ont été marquées par de nombreux massacres, comme celui de Rezallë, au cours duquel quatre-vingt-dix-huit Albanais du Kosovo ont été tués par les forces serbes. (AFP)
Les guerres yougoslaves ont été marquées par de nombreux massacres, comme celui de Rezallë, au cours duquel quatre-vingt-dix-huit Albanais du Kosovo ont été tués par les forces serbes. (AFP)
Le 15 janvier 2022, Arife Bilalli (à gauche) se recueille sur la tombe de son fils lors de la commémoration du massacre de Racak, survenu en 1999. (AFP)
Le 15 janvier 2022, Arife Bilalli (à gauche) se recueille sur la tombe de son fils lors de la commémoration du massacre de Racak, survenu en 1999. (AFP)
Une photographie aérienne montre l’ampleur de la destruction à Belgrade, la capitale de la Serbie, lors de l’opération militaire de bombardement de l’Otan. (AFP)
Une photographie aérienne montre l’ampleur de la destruction à Belgrade, la capitale de la Serbie, lors de l’opération militaire de bombardement de l’Otan. (AFP)
Le 15 avril 1999, le général Henry Shelton, président des chefs d’état-major des armées des États-Unis, informe le comité des forces armées du Sénat américain de la campagne en Serbie. (AFP)
Le 15 avril 1999, le général Henry Shelton, président des chefs d’état-major des armées des États-Unis, informe le comité des forces armées du Sénat américain de la campagne en Serbie. (AFP)
Le 15 janvier 2020, des Albanais du Kosovo se consolent devant une plaque commémorative dédiée aux victimes du massacre de Racak, en 1999. (AFP)
Le 15 janvier 2020, des Albanais du Kosovo se consolent devant une plaque commémorative dédiée aux victimes du massacre de Racak, en 1999. (AFP)
Le 15 janvier 2022, une Albanaise du Kosovo visite un mémorial dédié aux victimes du massacre de Racak, en 1999. (AFP)
Le 15 janvier 2022, une Albanaise du Kosovo visite un mémorial dédié aux victimes du massacre de Racak, en 1999. (AFP)
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Publié le Mardi 18 janvier 2022

Commémoration du massacre de Racak: les crimes serbes sont toujours aussi présents dans la mémoire kosovare

  • Jeune journaliste en 1999, l’ambassadeur du Kosovo en Arabie saoudite, Lulzim Mjeku, a couvert le massacre survenu le 15 janvier à Racak
  • «En tant que jeune nation, nous avons fait de grands progrès dans la reconstruction de nos vies et la guérison de nos blessures», confie-t-il à Arab News

RIYAD: Le peuple du Kosovo veut voir une plus grande implication internationale dans les Balkans occidentaux pour endiguer une vague croissante de discours de haine et préserver la paix dans une région toujours tendue, déclare son ambassadeur en Arabie saoudite à Arab News.
Dans un entretien accordé à Arab News à l’approche du jour de l’indépendance du Kosovo, le 17 février, Lulzim Mjeku cite un communiqué publié par le Haut-Commissariat des nations unies aux droits de l’homme (HCDH) le 14 janvier, alors que les Kosovars se préparaient à célébrer le 23e anniversaire du massacre de Racak.
Le communiqué indique que des individus, en Bosnie-Herzégovine et en Serbie, ont glorifié des atrocités, fait les éloges des criminels de guerre, adressé des discours de haine aux communautés et, dans certains cas, directement incité à la violence.
L’ambassadeur affirme que le HCDH «a appelé la communauté internationale à intervenir et à prendre des mesures concrètes contre les discours de haine. Malheureusement, nous avons dû faire face au déni ces derniers temps. Le déni fait référence à une pratique qui consiste à réécrire le passé et à prétendre que des événements historiques ne se sont pas produits.
Les incidents auxquels le HCDH fait référence concernent d’importants groupes de personnes qui scandent le nom de «Ratko Mladic», un criminel de guerre serbe, tout en organisant des processions aux flambeaux et en entonnant des chansons nationalistes qui appellent à la prise de contrôle de divers endroits de l’ex-Yougoslavie.

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Le 15 janvier 2022, les Albanais du Kosovo rendent hommage à leurs proches et aux victimes du massacre de Racak, survenu en 1999. (AFP)


Les crimes de haine mentionnés dans le communiqué de l’ONU se sont produits en Serbie et dans plusieurs endroits de la Republika Srpska (République serbe de Bosnie, NDLR), une entité de la Bosnie-Herzégovine située au nord-ouest du Kosovo. Lors d’un incident, des coups de feu ont été tirés près d’une mosquée à Janja, dans le nord-est de la Bosnie, où des Bosniaques locaux (musulmans) ont été raillés et menacés alors qu’ils revenaient de la prière.
Les populations musulmanes de la région des Balkans occidentaux ne connaissent que trop bien la triste histoire de la haine ethnique. «Il y a quarante ans, le père de Donika Gërvalla-Schwarz, l’actuelle ministre des Affaires étrangères du Kosovo, a été assassiné», rappelle l’ambassadeur, faisant référence aux meurtres de Jusuf et Bardhosh Gërvalla, artistes, écrivains et militants politiques albanais du Kosovo, dont on suppose qu’ils ont été assassinés par la police secrète serbo-yougoslave le 17 janvier 1982 près de Heilbronn, une ville du Bade-Wurtemberg, en Allemagne.

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Les guerres yougoslaves ont été marquées par de nombreux massacres, comme celui de Rezallë, au cours duquel quatre-vingt-dix-huit Albanais du Kosovo ont été tués par les forces serbes. (AFP)


«Les hommes armés ont également tué Kadri Zeka, un ami et collaborateur des frères Gërvalla. Opposés au régime oppressif de la Serbie au Kosovo, ces trois militants œuvraient pour l’indépendance de leur province. Ils vivaient en exil depuis 1980. Les assassins n’ont jamais été traduits en justice.»
Jeune journaliste en 1999, l’ambassadeur Mjeku a couvert le massacre survenu le 15 janvier à Racak, un village du Kosovo. Quarante-cinq personnes avaient été abattues et leurs corps avaient été jetés dans un ravin à l’extérieur de Racak par des policiers et des soldats serbes de souche, semble-t-il.
D’autres massacres d’Albanais du Kosovo ont suivi, notamment à Krusha au mois de mars 1999, à Meja le 27 avril 1999 et à l’intérieur de la prison de Dubrava le 22 mai 1999.

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Le 15 janvier 2022, les Albanais du Kosovo rendent hommage à leurs proches et aux victimes du massacre de Racak, survenu en 1999. (AFP)


«Alors que nous commémorons ce mois-ci le 23e anniversaire du massacre de Racak, cet horrible crime est toujours aussi présent dans nos esprits», déclare l’ambassadeur à Arab News. «Aussi triste que cela puisse paraître, la république du Kosovo doit son existence même aux crimes qui ont été commis contre le peuple kosovar», poursuit-il.
Nikola Sainovic, ancien vice-Premier ministre de Serbie, faisait partie des responsables de la propagation de la terreur au sein de la population albanaise du Kosovo.

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Nikola Sainovic, bras droit de l’ancien président yougoslave Slobodan Milosevic lors de la répression serbe contre le Kosovo, sera jugé par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie à La Haye en 2002. (AFP)

En 2009, il a été condamné par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie à La Haye pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis contre des civils albanais de souche pendant la guerre du Kosovo. Peu de temps après avoir obtenu une libération anticipée en 2015, il a été nommé au conseil d’administration du Parti socialiste de Serbie.
Des allégations de crimes de guerre ont également poursuivi des membres de l’Armée de libération du Kosovo, la principale force de guérilla albanaise de souche au Kosovo – qui a combattu les Serbes.
Après que les politiciens se sont livrés en vain à une lutte pacifique de plusieurs années pour une autonomie plus importante ou pour une plus grande indépendance, l’Armée de libération du Kosovo a mené un soulèvement armé contre le régime serbe dans la province yougoslave à majorité musulmane au mois de mars 1998.

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Un Mirage 2000N français qui participe à la campagne contre la Serbie se ravitaille auprès d’un KC-135R de l’US Air Force au-dessus de la mer Adriatique. (Photo AFP/Usaf)


Cet événement a provoqué une réponse disproportionnée du régime politique serbe. Ce dernier n’a fait aucune distinction entre les combattants albanais kosovars et les civils, forçant des milliers de personnes à se réfugier dans des pays voisins comme l’Albanie et la Macédoine du Nord.
En réponse à cette montée de la violence, et notamment devant le massacre de Racak, l’Otan a lancé une opération militaire de bombardement de soixante-dix-huit jours qui a finalement forcé les policiers et les soldats serbes à se retirer du Kosovo.

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Un missile de croisière Tomahawk est lancé de la proue du croiseur de la marine américaine USS Philippine Sea sur des cibles à travers la Yougoslavie et le Kosovo, le 24 mars 1999. (Photo de la marine américaine via l’AFP)

Après que la Yougoslavie a accepté une proposition de paix, au mois de juin 1999, l’Otan a mis fin à l’opération militaire de bombardement et le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté la résolution 1244, qui suspend le régime yougoslave au Kosovo et qui forme la mission d’administration intérimaire des Nations unies au Kosovo avec la Force pour le Kosovo (Kfor), une entité de maintien de la paix de l’Otan.
La fin de la violence a apporté un peu d’espoir aux Kosovars dans une période de grande souffrance. Elle a ouvert la voie à une nouvelle réalité et a entraîné le retour des réfugiés.

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Une photographie aérienne montre l’ampleur des dégâts à Belgrade, la capitale de la Serbie, lors de l’opération militaire de bombardement de l’Otan. (AFP)

De nombreux dirigeants de l’Armée de libération du Kosovo se sont reconvertis dans la politique. Hashim Thaci, ancien président du Kosovo et commandant de cette armée, est accusé par un tribunal des Pays-Bas d’être le responsable de près de cent meurtres.
En ce qui concerne l’ambassadeur Mjeku, le moment est venu pour la diplomatie de prendre le dessus. «Pendant toutes ces années, le Kosovo a voté pour la stabilité et la sécurité non seulement de sa propre population, mais aussi de la région des Balkans au sens large et de l’Europe», affirme-t-il à Arab News.

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Lulzim Mjeku, ambassadeur du Kosovo en Arabie saoudite.

Le Kosovo, pays de près de deux millions d’habitants, est composé à 90% d’Albanais de souche. Après avoir été soumis au contrôle de l’ONU pendant neuf ans, le Kosovo a proclamé son indépendance au moyen de son assemblée le 17 février 2008. Depuis, plus de cent pays l’ont reconnu.
Les États-Unis, plusieurs pays membres de l’Union européenne et les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont reconnu très tôt l’indépendance du Kosovo. Aujourd’hui, l’Arabie saoudite, qui faisait partie des trente-cinq États qui ont soumis des déclarations destinées à soutenir le Kosovo, couvre le pays sur une base non résidentielle de son ambassade à Tirana, en Albanie.
L’ambassadeur affirme que le Kosovo réussit à panser les blessures du passé grâce à l’aide généreuse de ses amis. 60% de la population a moins de 30 ans et de nombreuses personnes ont peu de souvenirs des années de douleur et de violence, précise-t-il.
Les Balkans occidentaux sont plus calmes qu’il y a vingt ans, bien que les tensions ethniques augmentent à nouveau avant les élections qui se déroulent en Serbie, en avril, et celles qui ont lieu eu Bosnie-Herzégovine, en octobre.

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Ce garçon albanais du Kosovo porte un chapeau traditionnel. Il joue du tambour dans le centre-ville de Pristina, le 17 février 2020, jour du 12e anniversaire de la déclaration d’indépendance du Kosovo. (AFP)

La mission d’administration intérimaire des Nations unies au Kosovo, qui a été amenée à déployer plus de 50 000 soldats, ne compte aujourd’hui que 3 500 hommes. Son siège est à Pristina, la capitale du Kosovo. La mission soutient l’application de l’accord de Bruxelles, un traité de normalisation entre Belgrade et Pristina négocié par l’Union européenne en 2013.
«En tant que jeune nation, nous avons accompli de grands progrès dans la reconstruction de nos vies et la guérison de nos blessures», confie l’ambassadeur à Arab News.
«Dans ce périple de longue haleine, nous n’avons pas été seuls. Nous avons reçu l’aide de pays amis comme le royaume d'Arabie saoudite et les institutions de nos alliés, notamment les États-Unis et l’Union européenne», conclut-il.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Taïwan rappelle les Etats-Unis à leur engagement sur les ventes d'armes, après la mise en garde de Trump

Dans un entretien télévisé enregistré avant son départ de Pékin, où le président chinois Xi Jinping lui a tenu des propos particulièrement fermes à propos de l'île, Donald Trump a mis en garde vendredi Taïwan contre toute proclamation d'indépendance. (AFP)
Dans un entretien télévisé enregistré avant son départ de Pékin, où le président chinois Xi Jinping lui a tenu des propos particulièrement fermes à propos de l'île, Donald Trump a mis en garde vendredi Taïwan contre toute proclamation d'indépendance. (AFP)
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  • En décembre, le gouvernement américain a approuvé la deuxième vente d'armes à Taïwan depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, pour une valeur de 11,1 milliards de dollars face à la menace chinoise
  • Il s'agit de la vente la plus importante depuis 2001, lorsque George W. Bush avait validé la livraison de 18 milliards de dollars d'armes à Taïwan

TAIPEI: Le gouvernement de Taïwan a réaffirmé samedi que l'île était une nation "indépendante", en réponse à la ferme mise en garde du président américain Donald Trump à l'issue de sa visite à Pékin, et rappelé les Etats-Unis à leur engagement en ce qui concerne les ventes d'arme à Taïwan.

La politique américaine à l'égard de Taïwan repose sur un soutien militaire robuste à l'île, sans toutefois la reconnaître à part entière ni soutenir ouvertement des velléités d'indépendance.

La Chine considère Taïwan comme l'une de ses provinces, qu'elle n'a pas réussi à unifier avec le reste de son territoire.

Dans un entretien télévisé enregistré avant son départ de Pékin, où le président chinois Xi Jinping lui a tenu des propos particulièrement fermes à propos de l'île, Donald Trump a mis en garde vendredi Taïwan contre toute proclamation d'indépendance.

"Je n'ai pas envie que quelqu'un déclare l'indépendance et, vous savez, nous sommes ensuite censés faire 15.000 kilomètres pour faire la guerre", a dit le président américain sur Fox News, en demandant à Taipei et à Pékin de faire "baisser la température".

"Taïwan est une nation démocratique, souveraine et indépendante, qui n'est pas subordonnée à la République populaire de Chine", a réagi le ministère taïwanais des Affaires étrangères, estimant que la politique de Washington demeurait "inchangée".

"En ce qui concerne les ventes d'armes entre Taïwan et les Etats-Unis, il ne s'agit pas seulement d'un engagement des Etats-Unis envers la sécurité de Taïwan, clairement prévu par la loi sur les relations avec Taïwan, mais aussi d'une forme de dissuasion commune face aux menaces régionales", a insisté le ministère taïwanais, dans un communiqué.

Washington est tenu de fournir des armes défensives à Taïwan en vertu du Taiwan Relations Act, une loi adoptée par le Congrès américain en 1979, à la suite de la reconnaissance de la République Populaire de Chine par les Etats-Unis et à condition que l’île ne déclare pas l’indépendance.

Depuis 1982, l'un des grands principes de la stratégie américaine est de ne pas "consulter" Pékin sur ses ventes d'armes à Taïwan tout en restant flou quant à la possibilité d’intervenir militairement en cas d'attaque chinoise.

En décembre, le gouvernement américain a approuvé la deuxième vente d'armes à Taïwan depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, pour une valeur de 11,1 milliards de dollars face à la menace chinoise.

Il s'agit de la vente la plus importante depuis 2001, lorsque George W. Bush avait validé la livraison de 18 milliards de dollars d'armes à Taïwan.

S'en sont suivis des mois de bataille politique à Taïwan où le président Lai Ching-te (DPP) qui n'a pas la majorité au parlement, a proposé de voter 40 milliards de dollars pour la modernisation et le renforcement des capacités de défense de l'île.

Il s'est heurté à l'opposition du Kuomintang (KMT) qui accuse le parti présidentiel de pousser Taïwan dans une course aux armements et un conflit perdant. Le Kuomintang  s'est finalement laissé fléchir et permis le vote le 8 mai d'une enveloppe de 25 milliards de dollars destinés à l'achat d'armes américaines.

"Engagement" et "dissuasion commune" 

"Nous n'avons pas envie que quelqu'un se dise, proclamons l'indépendance parce que les Etats-Unis nous soutiennent", a également déclaré Donald Trump, en ajoutant n'avoir pas encore pris de décision sur les ventes d'armes américaines à l'île.

"Je prendrai une décision dans un délai assez court", a pourtant répondu M. Trump aux journalistes vendredi, en chemin vers Washington.

La visite du président américain a permis d'afficher une certaine stabilité entre les deux superpuissances, sans déboucher sur de grandes avancées, que ce soit sur le commerce ou sur l'Iran, allié de la Chine.

La visite annoncée de Xi Jinping à Washington à l'automne servira de nouveau test pour le fragile statu quo entre la première et la deuxième puissance mondiale.

Bonnie Glaser, du German Marshall Fund, pense que la Chine va "pousser fortement" pour que Donald Trump s'abstienne de toute décision sur des ventes d'armes à Taïwan d'ici là.

Jeudi, avec une fermeté inhabituelle, Xi Jinping avait mis Donald Trump en garde: "La question de Taïwan est la plus importante dans les relations sino-américaines. Si elle est bien traitée, les relations entre les deux pays (Chine et Etats-Unis) pourront rester globalement stables. Si elle est mal traitée, les deux pays se heurteront, voire entreront en conflit".

 


«Flottille pour Gaza»: expulsés par Israël, les militants étrangers sont arrivés en Turquie

Des militants propalestiniens de la "Flottille pour Gaza" expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention. (AFP)
Des militants propalestiniens de la "Flottille pour Gaza" expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention. (AFP)
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  • Les militants ont passé deux jours dans une prison militaire sur un bateau, formée de conteneurs et de barbelés, a décrit à l'AFP par téléphone Safa Chebbi, une militante canadienne
  • Outre des humiliations et le manque de sommeil, "nous étions sous une menace constante, des balles en plastique ont été tirées sur la foule, un des passagers a été blessé", a-t-elle indiqué

JERUSALEM: Des militants propalestiniens de la "Flottille pour Gaza" expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention.

Ils ont été accueillis à l'aéroport par un large comité de soutien, avec de nombreux militants agitant des drapeaux palestiniens. Plusieurs militants de la flottille présentaient des blessures et certains ont été évacués en ambulance, selon des images de l'AFP.

Les forces israéliennes "nous ont attaqués. Chacun de nous a été battu, les femmes comme les hommes, beaucoup hurlaient. Mais vraiment, ça n'a aucune importance. C'est ce que vivent en permanence les Palestiniens", a raconté à sa descente d'avion Bulal Kitay, un Turc qui compte repartir dès le prochain convoi.

Les militants ont passé deux jours dans une prison militaire sur un bateau, formée de conteneurs et de barbelés, a décrit à l'AFP par téléphone Safa Chebbi, une militante canadienne.

Outre des humiliations et le manque de sommeil, "nous étions sous une menace constante, des balles en plastique ont été tirées sur la foule, un des passagers a été blessé", a-t-elle indiqué.

"Deux Coréens ont été expulsés vers la Corée du Sud, un participant a été expulsé vers l'Egypte, deux vers la Jordanie, une citoyenne israélienne a été libérée dans le pays, et le reste des 422 participants a été transféré à Istanbul à bord de trois vols de Turkish Airlines affrétés par le gouvernement turc", a indiqué la coalition Freedom Flotilla.

Les quelque 430 membres d'équipage de la cinquantaine de bateaux arraisonnés lundi par l'armée israélienne en Méditerranée, au sud-ouest de Chypre, avaient été amenés de force en Israël puis détenus dans la prison de Ktziot (sud), selon l'organisation israélienne de défense des droits humains Adalah, qui assure leur représentation légale et leur défense.

Ils ont "tous été expulsés", a indiqué le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Oren Marmorstein, sans préciser s'ils avaient été jugés.

Les 37 ressortissants français ont aussi été expulsés vers la Turquie et seront rapatriés dès que possible, selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères français, Pascal Confavreux.

Une militante israélienne, Zohar Regev, a été déférée devant un tribunal à Ashkelon, au sud de Tel-Aviv.

"Partisans terroristes du Hamas" 

Partis de Turquie, les militants de la "Global Sumud Flotilla" ("sumud" signifie "résilience" en arabe) voulaient attirer l'attention sur la situation humanitaire dans la bande de Gaza, dévastée par plus de deux ans de guerre, en brisant le blocus maritime imposé par Israël. En avril, une précédente "flottille pour Gaza" avait déjà été interceptée par Israël au large de la Grèce.

"Israël a pleinement le droit d'empêcher de provocatrices flottilles de partisans terroristes du Hamas d'entrer dans nos eaux territoriales et d'atteindre Gaza", a estimé le Premier ministre Benjamin Netanyahu, en référence au mouvement islamiste palestinien ayant déclenché la guerre en lançant une attaque sans précédent sur Israël le 7 octobre 2023.

Mercredi, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir , figure de l'extrême droite, a provoqué un tollé à l'étranger, mais également au sein de son gouvernement, en publiant une vidéo de dizaines de militants agenouillés et les mains liées.

Une jeune femme qui crie "Libérez la Palestine" au passage du ministre se retrouve la tête pressée vers le sol par les services de sécurité.

"Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous", lance-t-il triomphalement dans cette vidéo publiée sur sa chaîne Telegram.

 "Traitement de luxe" 

Les images diffusées ne sont "pas conformes aux valeurs d'Israël", a déclaré le chef de la diplomatie Gideon Saar, accusant M. Ben Gvir d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux". L'intéressé a défendu au contraire "une grande source de fierté".

En Europe, plusieurs pays ont appelé l'UE a prendre des sanctions contre Israël et contre le ministre. Le traitement réservé aux détenus a ainsi été jugé "inadmissible" par Rome qui a exigé "des excuses" et demandé des mesures contre Ben Gvir.

Le Premier ministre irlandais a condamné le "traitement choquant réservé aux citoyens de l'UE" et réclamé "la suspension d'une partie, voire de la totalité, de l'accord d'association entre l'UE et Israël".

L'Italienne Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU sur la situation des droits de l'Homme dans les Territoires palestiniens occupés, a salué sur X ces prises de positions.

Ce qu'ont subi ces militants est "un traitement de luxe par rapport à ce qui est infligé aux Palestiniens dans les prisons israéliennes", a-t-elle affirmé, appelant l'Italie à cesser "de s'opposer à la suspension de l'accord (d'association) UE-Israël."


Trump assure l'engagement des États-Unis en faveur de la sécurité dans le Golfe dans une lettre adressée au Bahreïn

Le président américain Donald Trump salue alors qu'il monte à bord d'Air Force One à l'aéroport de Groton-New London à Groton, Connecticut, le 20 mai 2026. (AFP)
Le président américain Donald Trump salue alors qu'il monte à bord d'Air Force One à l'aéroport de Groton-New London à Groton, Connecticut, le 20 mai 2026. (AFP)
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  • Le dirigeant américain dit son admiration pour l'unité nationale de Bahreïn face aux attaques de drones et de missiles iraniens
  • Bahreïn, qui abrite le Commandement central des forces navales américaines et la Cinquième flotte, était l'un des dix pays visés par les attaques de missiles et de drones de l'Iran.

LONDRES : Le président américain Donald Trump a souligné l'engagement de Washington à assurer la sécurité et la stabilité dans la région du Golfe dans une lettre adressée au roi Hamad bin Isa Al-Khalifa de Bahreïn.

Le dirigeant américain a également exprimé son admiration pour l'unité nationale de Bahreïn en réponse aux violations du droit international par l'Iran, a rapporté l'Agence de presse de Bahreïn.

Les défenses aériennes bahreïnies ont intercepté et détruit au moins 188 missiles balistiques et 477 drones lancés depuis l'Iran depuis le début de la campagne militaire menée par les États-Unis et Israël contre le régime de Téhéran le 28 février.

Bahreïn, qui abrite le Commandement central des forces navales américaines et la Cinquième flotte, était l'un des dix pays visés par les attaques de missiles et de drones de l'Iran. Toutefois, le pays n'a participé à aucune opération directe menée par les États-Unis contre Téhéran.

Un fragile cessez-le-feu entre l'Iran et les États-Unis est en vigueur depuis le début du mois d'avril. Toutefois, le détroit d'Ormuz, une voie commerciale essentielle, reste fermé. Parallèlement, les négociations entre les États-Unis et l'Iran se poursuivent afin de parvenir à un accord sur le programme nucléaire iranien.