La colère tonitruante des Tunisiens

Comme lors des années précédentes, on observe une sorte d’axe de la colère qui, de Tunis, passe par le centre du pays et aboutit à Gafsa. En 2021, ce gouvernorat du sud-ouest détient le record avec 2 216 mouvements sociaux, suivi par la capitale (2 144), et trois gouvernorats du centre – Kairouan (1 112), Kasserine (987) et Sidi Bouzid (641), selon le rapport du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux. (AFP).
Comme lors des années précédentes, on observe une sorte d’axe de la colère qui, de Tunis, passe par le centre du pays et aboutit à Gafsa. En 2021, ce gouvernorat du sud-ouest détient le record avec 2 216 mouvements sociaux, suivi par la capitale (2 144), et trois gouvernorats du centre – Kairouan (1 112), Kasserine (987) et Sidi Bouzid (641), selon le rapport du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux. (AFP).
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Publié le Mardi 01 février 2022

La colère tonitruante des Tunisiens

  • D’après le rapport du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux, le record des mouvements sociaux a été battu au cours de l’année 2021
  • «Les promesses de changements sociaux et économiques sont restées lettre morte»

TUNIS: En Tunisie, les clignotants sociaux sont au rouge. D’après le rapport du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux, le record des mouvements sociaux a été battu au cours de l’année 2021. Idem pour les suicides et les tentatives de suicide.

L’année 2022 commence comme 2021 s’est achevée, sur le spectacle des incessantes escarmouches entre le président, Kaïs Saïed, et ses partisans d’un côté, et le mouvement Ennahdha et ses alliés – qu’il a dessaisi du pouvoir un certain 25 juillet 2021 en suspendant les travaux de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et en limogeant le gouvernement dirigé par M. Hichem Mechichi – de l’autre. Mais ce tumulte dont les Tunisiens se sont lassés depuis longtemps coûte très cher au pays et l’empêche de se consacrer à la résolution de ses vrais problèmes, économiques et sociaux, et l’exaspération des Tunisiens culmine.

C’est ce que vient de démontrer le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), dans son rapport pour 2021. D’après ce think tank créé après le 14 janvier 2011, 12 025 mouvements sociaux ont été enregistrés en 2021, soit le nombre le plus élevé depuis 2015. Un fait quelque peu surprenant, car les mouvements de protestation suivaient une courbe régulièrement descendante depuis quatre ans.

Comme lors des années précédentes, on observe une sorte d’axe de la colère qui, de Tunis, passe par le centre du pays et aboutit à Gafsa. En 2021, ce gouvernorat du sud-ouest détient le record avec 2 216 mouvements sociaux, suivi par la capitale (2 144), et trois gouvernorats du centre – Kairouan (1 112), Kasserine (987) et Sidi Bouzid (641).

Deux tiers de ces protestations sont à caractère social (58%) et économique (18%). Les principaux acteurs de ces mouvements sont les chômeurs (42%) et les détenteurs de diplômes universitaires en quête de travail (25%), très loin devant les ouvriers (8%) et les fonctionnaires (5%). Comme toujours, les raisons de la colère des Tunisiens sont diverses et variées.

Mounir Saïdani est convaincu que ces «mouvements sociaux constituent le prélude à une nouvelle révolution» en Tunisie.

Dernier paramètre inquiétant, les tentatives de suicide et les suicides sont plus courants ou plus visibles après le 14 janvier 2011 (révolution tunisienne). Alors qu’il était en baisse depuis trois ans, cet indicateur de la santé mentale des Tunisiens est de nouveau à la hausse. Après être passé de 467 cas en 2018, à 268 en 2019 et à 200 en 2020, il a de nouveau franchi la barre des 200 en 2021 – 232 cas jusqu’en novembre.

Ces clignotants rouges signifient-ils que la Tunisie est sous la menace d’une importante déflagration sociale, comme en 1978 et en 1984? Habib Guiza, le fondateur de la Confédération générale du travail de Tunisie (CGTT, deuxième syndicat du pays, créé le 1er février 2011) exclut une telle éventualité. Il est convaincu que l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), le syndicat historique qui a été par le passé le catalyseur des grands mouvements de protestation sociale (et dont M. Guiza a été l’un des cadres dirigeants jusque dans les années 1980), n’a désormais plus les moyens de jouer ce rôle.

 

La révolution dont il parle n’est toutefois pas ce grand déferlement violent qui emporterait tout sur son chemin. Il s’agit plutôt d’un «changement profond» rendu possible par «la révolution de 2010-2011».

Mounir Saïdani est convaincu que ces «mouvements sociaux constituent le prélude à une nouvelle révolution» en Tunisie. Ce professeur de sociologie à l’Institut supérieur des sciences humaines de Tunis développait cette idée il y a exactement un an dans un article portant ce titre publié par l’édition arabe d’Orient XXI. La révolution dont il parle n’est toutefois pas ce grand déferlement violent qui emporterait tout sur son chemin.

Il s’agit plutôt d’un «changement profond» rendu possible par «la révolution de 2010-2011» grâce à laquelle «les mouvements sociaux ont connu depuis une décennie une intensification et un développement qui leur permettent de contribuer d’une manière importante au changement de la relation entre les acteurs sociaux et l’État central».

Ce changement concerne l’organisation de la protestation sociale et les forces qui y sont impliquées. Si l’UGTT en fait toujours partie, elle a désormais à ses côtés d’autres organisations telles que la Ligue tunisienne de défense des droits de l’homme, le FTDES et «les coordinations nationales des mouvements sociaux».

Après avoir mis sur pied en 2016 une «université d’été des mouvements sociaux» – dont la troisième et dernière édition en date a eu lieu en 2018 –, ces acteurs ont organisé le 14 décembre 2021 le premier congrès national. Sa déclaration finale a fait le constat que «les promesses de changements sociaux et économiques sont restées lettre morte», car «les politiques héritées d’avant 2011 sont demeurées intactes et les revendications en matière d’emploi, de développement équitable et de lutte contre les disparités régionales et sociales sont toujours aussi pressantes».

Déterminés à ancrer leur mouvement «socialement et territorialement», les congressistes ont aussi appelé de leurs vœux «un esprit résistant, collectif et solidaire à même de nous rendre plus forts et de faire en sorte que notre voix porte et que notre image s’impose auprès de l’opinion publique nationale».


L’Arabie saoudite appelle l’ONU à agir contre l’islamophobie

L’ambassadeur saoudien auprès de l’ONU, Abulaziz Alwasil, a appelé lundi la communauté internationale à prendre des mesures décisives pour lutter contre l’islamophobie. (Capture d’écran/UNTV)
L’ambassadeur saoudien auprès de l’ONU, Abulaziz Alwasil, a appelé lundi la communauté internationale à prendre des mesures décisives pour lutter contre l’islamophobie. (Capture d’écran/UNTV)
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  • Le harcèlement public, les stéréotypes nuisibles et le vandalisme des mosquées « créent la division, approfondissent la méfiance et compromettent les efforts pour bâtir des sociétés inclusives et stables », déclare l’envoyé
  • L’ambassadeur Abulaziz Alwasil exhorte les gouvernements et les plateformes en ligne à renforcer les protections légales et à garantir la responsabilité pour les crimes haineux visant les musulmans

NEW YORK : L’ambassadeur saoudien auprès de l’ONU, Abulaziz Alwasil, a appelé lundi la communauté internationale à prendre des mesures décisives pour lutter contre l’islamophobie, soulignant en particulier l’importance des protections légales, de l’éducation et de la coopération internationale.

Il a décrit l’islamophobie comme « un défi sérieux et croissant » et a mis en garde contre ses effets sociaux plus larges.

« Lorsque les musulmans sont harcelés dans l’espace public, lorsque des mosquées sont vandalisées et que des stéréotypes nuisibles se diffusent dans le discours public et sur les plateformes numériques, les conséquences vont bien au-delà d’une seule communauté », a-t-il déclaré.

« Elles créent la division, renforcent la méfiance et compromettent les efforts pour construire des sociétés inclusives et stables. »

Abulaziz Alwasil a exhorté les gouvernements, les autorités éducatives et les plateformes numériques à agir.

« Les gouvernements doivent renforcer les protections légales contre la discrimination et garantir la responsabilité en cas de crimes haineux visant les musulmans, les mosquées et les institutions islamiques », a-t-il ajouté.

« Les efforts doivent également s’attaquer à la propagation des discours de haine sur les plateformes numériques, où la désinformation et les narratifs hostiles peuvent rapidement influencer les perceptions et alimenter l’intolérance. »

L’envoyé saoudien a souligné l’importance de la coopération internationale et l’engagement de Riyad sur cette question.

« L’Arabie saoudite réaffirme que lutter contre l’islamophobie est une part indispensable de la promotion du respect de la diversité religieuse », a-t-il déclaré.

« Lorsque les nations travaillent ensemble pour promouvoir la tolérance et le respect mutuel, elles renforcent les bases d’une coexistence mondiale pacifique. »

« Le Royaume d’Arabie saoudite reste fermement engagé à faire progresser les efforts internationaux pour combattre l’islamophobie, contrer les narratifs qui incitent à l’hostilité et à la discrimination contre les musulmans, en renforçant la coopération, en poursuivant l’engagement avec l’ONU et en soutenant les initiatives qui favorisent la compréhension et le dialogue. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Guerre en Iran: Israël annonce avoir éliminé Ali Larijani

Ali Larijani, chef de la sécurité nationale iranienne, assiste à une cérémonie du mouvement chiite libanais Hezbollah marquant le premier anniversaire de l’assassinat de Hassan Nasrallah par Israël, dans la banlieue sud de Beyrouth le 27 septembre 2025. (AFP)
Ali Larijani, chef de la sécurité nationale iranienne, assiste à une cérémonie du mouvement chiite libanais Hezbollah marquant le premier anniversaire de l’assassinat de Hassan Nasrallah par Israël, dans la banlieue sud de Beyrouth le 27 septembre 2025. (AFP)
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  • Le ministre israélien de la Défense Israël Katz annonce la mort d’Ali Larijani et du général Gholamréza Soleimani lors de frappes israéliennes en Iran, un nouveau coup porté aux structures du régime
  • Israël intensifie ses opérations contre des cibles iraniennes et alliées, visant aussi un chef du Jihad islamique, sur ordre du Premier ministre Benjamin Netanyahu

Jérusalem: Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a annoncé mardi "l'élimination" d'Ali Larijani, l'un des principaux dirigeants iraniens, et du général Gholamréza Soleimani, commandant de la milice du Bassidj, après des frappes menées dans la nuit en Iran par l'armée israélienne.

"Le chef d'état-major vient de m'informer que Larijani, secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, et Soleimani, chef du Bassidj — l'appareil répressif central de l'Iran, ont été éliminés hier soir", a déclaré M. Katz dans un message vidéo.

"Ils ont rejoint dans les profondeurs de l'enfer (Ali) Khamenei", guide suprême de la Révolution islamique, tué avec plusieurs autres haut-responsables iraniens aux premières heures des bombardements israélo-américains sur l'Iran le 28 février.

Depuis l'élimination du guide suprême Khamenei, M. Larijani était l'un des principaux visages du pouvoir iranien.

- Sous la tente -

Il "est le dirigeant de facto du régime iranien, surtout depuis deux semaines, mais même avant cela, il était considéré comme celui qui prenait les décisions et tirait les ficelles", a commenté un responsable militaire, sous couvert d'anonymat.

C'est Larijani qui "a orienté les attaques vers la région" et a ordonné des frappes contre Israël et les pays du Golfe, a affirmé ce même responsable.

Le chef de la milice du Bassidj, le général Soleimani, a quant à lui été "éliminé lors d'une frappe de l'armée de l'Air visant le quartier général de fortune sous tente qu'ils utilisaient, par crainte d'utiliser leurs bases habituelles".

Avec les Gardiens de la Révolution, le Bassidj est depuis plusieurs jours la cible des frappes aériennes d'Israël. Cette milice recrute essentiellement dans la jeunesse, et agit comme une organisation idéologique insérée dans toutes les institutions et strates de la société.

Elle "fait partie de l'appareil armé du régime terroriste iranien" et a "mené les principales opérations de répression, recourant à une violence extrême, à des arrestations massives et à l'usage de la force contre des manifestants civils", a commenté l'armée israélienne.

"L'élimination de Soleimani s'ajoute à celle de dizaines de hauts commandants des forces armées du régime iranien qui ont été éliminés au cours de l'opération, et constitue un nouveau coup dur porté aux structures de commandement et de contrôle du régime en matière de sécurité", affirme l'armée.

- Jihad islamique aussi visé -

Le responsable militaire a par ailleurs fait état d'une frappe contre l'un des principaux chefs du Jihad islamique palestinien, Akram Al-Ajouri, chef des brigades al-Qods, la branche militaire de ce mouvement, active surtout dans la bande de Gaza.

Akram Al-Ajouri "séjournait en Iran, où il résidait habituellement (...). Nous ne disposons pas encore de données" sur les résultats de la frappe, a ajouté cette même source.

"Le Premier ministre (israélien Benjamin Netanyahu) et moi-même avons donné pour instruction à l'armée israélienne de poursuivre sans relâche les dirigeants du régime de terreur et d'oppression en Iran", a ajouté le ministre Katz.

L'armée israélienne "poursuit ses opérations en Iran avec une grande intensité, en ciblant les ressources du régime, en neutralisant ses capacités de lancement de missiles et en détruisant des infrastructures stratégiques clés (...)". La Révolution islamique "est en train d'être démantelée, et ses dirigeants ainsi que ses capacités sont en train d'être neutralisés", a-t-il assuré.

M. Katz a félicité "les pilotes et les équipes au sol de l'armée de l'Air, ainsi que toutes les branches et tout le personnel du renseignement" pour cette "opération qui restera dans les annales de l'histoire des guerres et des campagnes aériennes modernes comme un exploit sans précédent".

"Bravo à l'armée israélienne, continuez comme ça!" a-t-il conclu.

"Le Premier ministre Benjamin Netanyahu ordonne l'élimination de hauts responsables du régime iranien", a par ailleurs annoncé un peu plus tôt son bureau, publiant une photo légendée de M. Netanyahu, tout sourire au téléphone, sous le drapeau frappé de l'étoile de David, un général à ses côtés et un autre collaborateur calepin en main.


Amman et Abou Dhabi : le monde arabe n’est pas partie prenante de la guerre contre l’Iran

Mohammed bin Zayed Al-Nahyan, président des Émirats arabes unis, et Abdallah II ont discuté des développements régionaux lors d’une réunion à Abu Dhabi. (WAM)
Mohammed bin Zayed Al-Nahyan, président des Émirats arabes unis, et Abdallah II ont discuté des développements régionaux lors d’une réunion à Abu Dhabi. (WAM)
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  • Lors d’une réunion à Abu Dhabi, Mohammed bin Zayed Al-Nahyan et le roi Abdallah condamnent les récentes attaques iraniennes contre leurs pays
  • Les pays du Golfe et d’autres nations arabes n’ont ni déclenché ni participé au conflit en cours entre les États-Unis et Israël contre l’Iran, mais œuvrent à le contenir et à éviter une escalade régionale, ajoutent-ils

​​​​​LONDRES : Les dirigeants de la Jordanie et des Émirats arabes unis ont condamné les récentes attaques iraniennes contre leurs pays et ont réaffirmé que les nations arabes n’avaient ni déclenché ni participé au conflit en cours entre les États-Unis et Israël contre l’Iran, qui a débuté le 28 février.

Mohammed bin Zayed Al-Nahyan, président des Émirats arabes unis, et le roi Abdallah de Jordanie ont déclaré que le Conseil de coopération du Golfe et d’autres nations arabes s’efforcent plutôt de contenir la crise et d’empêcher une escalade régionale, selon l’agence de presse jordanienne.

Leurs déclarations ont été faites lors de leur rencontre à Abu Dhabi lundi, afin de discuter de l’intensification des actions militaires dans la région et de leurs graves répercussions sur la sécurité et la stabilité.

Ils ont indiqué que l’agression iranienne en cours dans la région viole la souveraineté des États, le droit international et d’autres normes, et constitue une menace pour la paix et la sécurité mondiales, selon l’agence de presse des Émirats.

Les dirigeants ont souligné la nécessité urgente de mettre fin à l’escalade militaire et de privilégier le dialogue et la diplomatie afin d’assurer la sécurité et d’apaiser les tensions. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com