INTERVIEW : Bill Gates, les vaccins et la lutte contre la COVID-19

Illustration de Luis Grañena.
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Publié le Mercredi 01 juillet 2020

INTERVIEW : Bill Gates, les vaccins et la lutte contre la COVID-19

  • Hassan Damluji, directeur adjoint de la Fondation Bill & Melinda Gates, dresse un tableau inquiétant sur la pandémie de COVID-19.
  • La Fondation Bill & Melinda Gates est l'organisation philanthropique de plusieurs milliards de dollars créée par le fondateur de Microsoft et son épouse.

Hassan Damluji, le directeur adjoint de la Fondation Bill & Melinda Gates, expose un point de vue franc et peut-être pessimiste sur la pandémie de coronavirus qui a bouleversé la vie de tous.

« Certaines personnes pensent que tout est fini et que la maladie est peut-être en train de reculer dans leur pays. Mais en réalité, au niveau mondial, le tableau est très inquiétant », confie-t-il à Arab News. « Nous sommes au milieu de la troisième vague. »

La Fondation Bill & Melinda Gates est l'organisation philanthropique de plusieurs milliards de dollars créée par le fondateur de Microsoft et son épouse. Cette fondation est aujourd'hui l'un des protagonistes les plus importants dans la lutte contre le virus.

« La première vague a frappé la Chine, d'autres pays étaient alors relativement peu touchés. La Chine a eu de gros problèmes alors que d'autres pays sous-estimaient le risque », explique Damluji. « La deuxième vague a vraiment touché les pays les plus riches du monde, en Europe, en Amérique du Nord, mais aussi en Asie de l'Est. Cette vague est en train de diminuer, bien que le nombre de cas en Amérique soit encore assez élevé. La troisième vague touche maintenant les pays à revenus moyens et faibles, en particulier l'Amérique latine qui est au centre de la pandémie, mais aussi le Pakistan qui se trouve dans ma région et que je suis donc de près, et également toute l'Afrique, où on a constaté une augmentation des cas. »

Damluji est directement responsable des activités du fonds au Moyen-Orient, et est donc bien placé pour évaluer la réponse régionale à la crise. Il a récemment participé à un cycle de collecte de fonds de cinq ans pour GAVI, l'alliance mondiale pour les vaccins.

Lors de l'événement, l'Arabie Saoudite a joué un rôle de premier plan et a contribué avec 150 millions de dollars à un fonds qui a finalement atteint 8,8 milliards de dollars, soit environ 1,2 milliard de dollars de plus que ce qui était demandé. Le Royaume s'était précédemment engagé à verser un total de 500 millions de dollars pour des activités de lutte contre les virus lors d'une réunion du G20 à Riyad. Des efforts appréciés par Damluji.

"C'était très généreux, et cela a constitué un lancement vraiment puissant pour la collecte de fonds, dit-il. Les Saoudiens sont arrivés tôt. Ce n'était pas seulement le fait qu'ils investissaient de l'argent qui était puissant, mais le fait qu'ils envoyaient un signal que d'autres avaient l'obligation de suivre. Il s’agit d’un excellent exemple de leadership, étant donné que l'Arabie Saoudite est le président du G20 ».

Et d’ajouter : « Cette décision a dépassé les attentes, et nous aurons besoin de davantage de soutien avec ce qui se passe avec le virus. L'Arabie saoudite a vraiment fait un pas en avant en ce qui concerne l'achat de vaccins contre le coronavirus lorsqu'ils seront disponibles ; c'est très important. L'argent collecté par GAVI — dont la Fondation Gates est l'un des principaux contributeurs — sera utilisé pour acheter des vaccins contre le coronavirus lorsqu'ils seront prêts, et les distribuer équitablement dans le monde. »

Par ailleurs, Damluji présente une évaluation des progrès actuels dans la recherche d'un vaccin, une évaluation qui donne à réfléchir.

« En ce qui concerne la mise au point d'outils pour le combattre, nous en sommes encore à la phase de recherche et de développement », explique-t-il. « Les gens veulent savoir à quelle date un vaccin sera disponible, mais la vérité est qu'en matière d'innovation, parfois les choses n'arrivent jamais, parfois elles arrivent beaucoup plus vite qu'on ne le pensait, et parfois elles prennent un chemin détourné. »

« Par exemple, personne ne pensait que le meilleur des mondes serait l'iPhone dans votre poche, pense-t-il. Il est donc très difficile de prévoir comment la R&D va se dérouler. Mais en ce qui concerne des efforts pour créer un vaccin, il est clair qu'il s'agit de l'effort le plus rapide, le plus concerté et le mieux financé. Il existe quelques candidats-vaccin qui ont montré tôt des résultats prometteurs, il y a donc des raisons d'être optimiste. Les premiers que nous voyons, que ce soit celui d'Oxford-AstraZeneca ou d'autres, appartiennent généralement à la même plate-forme technologique, et c'est grâce à cette similitude qu'ils ont pu avancer rapidement. Mais si l'un d'entre eux échoue, ils échoueront probablement tous, parce qu’il s’agit de la même approche de base sur le plan scientifique. »

Pour Damluji, il y a toutefois une lueur d'espoir pour un résultat rapide. « Si nous avons de la chance, plusieurs d'entre eux fonctionneront assez rapidement et, d'ici le milieu de l'année prochaine, nous aurons beaucoup de vaccins sur le marché. » « Mais ce succès n'est pas garanti », prévient-il. « Si nous n'avons pas de chance, aucun d'entre eux ne fonctionnera et nous aurons alors des centaines (de vaccins possibles) sur le marché, selon des calendriers différents. Nous finirons par obtenir un vaccin, mais il est trop optimiste de penser que le milieu de l'année prochaine sera une date définitive. »

Toutefois, il existe un risque que l'attention soit détournée par d'autres maladies infectieuses graves qui affligent le monde, en particulier dans les pays les plus pauvres, pendant que les meilleurs cerveaux scientifiques se concentrent sur la recherche d'un vaccin contre le coronavirus.

Par exemple, la Fondation Gates a investi beaucoup de temps et d'efforts dans une campagne d'éradication de la polio, qui a frappé particulièrement les pays du Moyen-Orient et d'Asie. Elle avait presque gagné la bataille contre cette maladie, quand elle est réapparue comme une menace au Pakistan.

« Il y a un grand risque, affirme Damluji. Les campagnes de vaccination contre la polio au Pakistan, qui compte le plus grand nombre de cas de polio "sauvage", ont cessé depuis plusieurs mois. Nous avions espéré les relancer ce mois-ci, mais le cours de la pandémie au Pakistan — elle n'a pas encore atteint son point culminant — a fait que nous n'avons pas encore relancé ces campagnes. Nous espérons à présent le faire en août ».

« Ainsi, les vaccinations contre la polio au Pakistan viennent de s'arrêter. On pourrait également espérer que certaines des mesures de distanciation sociale contre la COVID-19 réduiraient la transmission d'autres maladies. Mais en réalité, pour la polio en particulier, le programme a été fortement touché, » déplore M. Damluji, ajoutant que les pays en développement avaient du mal à combattre plus d'une maladie grave à la fois. « Dans les pays pauvres, quand on fait plus d'une chose, on en fait moins d'une autre », dit-il. « Lorsque la crise d'Ebola a frappé l'Afrique de l'Ouest, beaucoup plus de personnes sont mortes à cause du manque de disponibilité des services de santé de base, qu’à cause d'Ebola. Il est très probable que l'on observe le même phénomène avec le coronavirus. »

Sur un autre plan, la Fondation Gates et en particulier son fondateur, ont été la cible de certaines théories de conspiration extravagantes depuis que la pandémie a éclaté. Malgré l'engagement de Bill Gates à utiliser les milliards qu'il a obtenus de Microsoft à des fins philanthropiques, et notamment pour lutter contre le coronavirus, certains médias sociaux l'accusent de vouloir dominer le monde.

Damluji, lui, n'a pas de temps à perdre avec les conspirateurs.

« Je pense que cette attitude montre l'importance du journalisme de qualité, déclare-t-il. Dans le monde en ligne, rien ne vous empêche d'écrire ce que vous voulez. Si les gens trouvent quelque chose qu'ils considèrent comme intéressant, ils le diffuseront. Nous avons constaté que généralement, si les sources journalistiques de qualité publient ce type de théories de conspiration, elles les présentent comme quelque chose de très étrange plutôt que comme une réalité, et elles les réfutent. Cela est vraiment rassurant. »

Et de poursuivre : « Toute personne soucieuse de savoir si ces choses sont vraies devrait consulter des sources fiables, et elle ne trouvera que très peu de preuves pour le prouver. Dans « l'ouest sauvage » de WhatsApp, on dit toutes sortes de choses. »

La Fondation Gates se concentre sur les normes éthiques, mais adopte une approche pragmatique du processus de financement. « Notre approche de base est que nous travaillons avec les gouvernements du monde entier, afin de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour sauver des vies et atteindre les objectifs fixés. Beaucoup de gouvernements sont critiqués. Certaines critiquées sont méritées, d'autres non, et cela s'applique à tous les niveaux », confie Damluji.

Il est craint également que, compte tenu de la crise économique mondiale, les contributions aux organisations philanthropiques comme la Fondation Gates diminuent à mesure que les gouvernements et les individus perçoivent la nécessité d'une approche du type « la charité commence chez soi ».

« L'une des choses dont il faut se préoccuper est l'aide à long terme, avertit le directeur adjoint. Pas seulement la philanthropie, mais plus généralement l'aide gouvernementale pour des choses comme la GAVI ou d'autres programmes, qui sauvent des vies et améliorent les moyens de subsistance de la population. Si ceux-ci sont endommagés à long terme, alors il y a des raisons de s'inquiéter. »

« Si ces programmes sont affectés sur le long terme, c'est très préoccupant », poursuit Damluji. « Ce n'est pas à moi de dire si les gouvernements ont raison ou tort. Il y a des équilibres à trouver, et seule une société individuelle peut décider du difficile compromis entre la mort et les dommages économiques. »

Mais il est catégorique sur une chose : les gouvernements du monde entier doivent adopter des politiques pour prévenir une autre pandémie. « Si nous avions mis en place un système de préparation aux pandémies plus solide, nous ne serions pas dans la situation que nous traversons actuellement », affirme-t-il.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur ArabNews.com le 21 juin 2020.


Financement du terrorisme: les pays n'ont pas d'autre choix que de collaborer, affirme la présidente du Gafi

"Les terroristes ne respectent aucune frontière. Ils n'ont aucune limite. Les pays ne peuvent donc pas se permettre le luxe de ne pas travailler ensemble. Nous devons coopérer", a déclaré Elisa de Anda Madrazo juste avant une réunion internationale de lutte contre le financement du terrorisme, en marge de la réunion des ministres des Finances du G7 à Paris. (AFP)
"Les terroristes ne respectent aucune frontière. Ils n'ont aucune limite. Les pays ne peuvent donc pas se permettre le luxe de ne pas travailler ensemble. Nous devons coopérer", a déclaré Elisa de Anda Madrazo juste avant une réunion internationale de lutte contre le financement du terrorisme, en marge de la réunion des ministres des Finances du G7 à Paris. (AFP)
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  • Le Gafi (Groupe d'action financière, basé à Paris) est un organisme international qui élabore des normes et coordonne l'action des États pour prévenir et combattre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme
  • Mme de Anda Madrazo fait ces déclarations alors que la coopération internationale et les approches multilatérales ont du plomb dans l'aile du fait du durcissement des postures des grandes puissances, notamment les Etats-Unis de Donald Trump

PARIS: Les pays ne peuvent pas se permettre de ne pas collaborer entre eux pour lutter contre le financement du terrorisme, a déclaré mardi à l'AFP la présidente du Gafi, organisme international chargé de coordonner ce combat.

"Les terroristes ne respectent aucune frontière. Ils n'ont aucune limite. Les pays ne peuvent donc pas se permettre le luxe de ne pas travailler ensemble. Nous devons coopérer", a déclaré Elisa de Anda Madrazo juste avant une réunion internationale de lutte contre le financement du terrorisme, en marge de la réunion des ministres des Finances du G7 à Paris.

Le Gafi (Groupe d'action financière, basé à Paris) est un organisme international qui élabore des normes et coordonne l'action des États pour prévenir et combattre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, notamment en évaluant les systèmes nationaux et en recommandant des mesures de contrôle.

Mme de Anda Madrazo fait ces déclarations alors que la coopération internationale et les approches multilatérales ont du plomb dans l'aile du fait du durcissement des postures des grandes puissances, notamment les Etats-Unis de Donald Trump, la Russie et la Chine.

"Nous devons coopérer. Nous devons échanger des informations. Prenez par exemple la France et les Jeux olympiques de 2024: plusieurs attaques terroristes ont été déjouées et stoppées grâce au renseignement financier. Nous savons donc que cela fonctionne et que cela peut dissuader les attaques. Nous n'avons pas le luxe d'arrêter", a-t-elle déclaré.

Lors de sa prise de parole au début de la réunion, le Secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent a réaffirmé que les Etats-Unis devaient être soutenus dans leur politique de sanctions contre l'Iran, un sujet qui n'est que marginalement lié à la lutte contre le financement du terrorisme, selon l'Elysée.

Lors de cette 5e conférence "No money for terror", qui réunit plusieurs dizaines de délégations, l'objectif est de "continuer à travailler pour être capable de faire face aux innovations, adapter les méthodes, les outils, partager les bonnes pratiques", selon la présidence française.

Les services de renseignement constatent un éclatement de la menace terroriste, notamment jihadiste, dans un environnement marqué d'une part par l'affaiblissement des deux grandes centrales, Al-Qaida et l'organisation de l'Etat islamique, au profit de leurs franchises territoriales, et d'autre part, par la montée en puissance de la menace intérieure, émanant de personnes isolées qui n'agissent pas nécessairement en lien avec des donneurs d'ordre en amont.

Les circuits de financement ont aussi évolué. "Le panorama que nous avons aujourd'hui est complètement différent de celui de 2018, lorsque cette conférence a commencé. À l'époque, tout était plus centralisé", rappelle Mme de Anda Madrazo.

"Aujourd'hui, nous avons de multiples cellules et une plus grande décentralisation. Mais les outils ont aussi changé. Nous avons désormais les actifs virtuels, la numérisation et une économie dont l'architecture est différente. Et la combinaison des mécanismes traditionnels et des nouvelles technologies constitue effectivement un défi".


Le G7 Finances «réaffirme son engagement envers une coopération multilatérale» face aux risques sur l'économie mondiale

Les ministres et banquiers centraux des pays du G7 ont réaffirmé mardi "leur engagement envers une coopération multilatérale" pour faire face aux risques qui pèsent sur l'économie mondiale, à l'issue de deux jours de réunions des grands argentiers des sept économies avancées à Paris. (AFP)
Les ministres et banquiers centraux des pays du G7 ont réaffirmé mardi "leur engagement envers une coopération multilatérale" pour faire face aux risques qui pèsent sur l'économie mondiale, à l'issue de deux jours de réunions des grands argentiers des sept économies avancées à Paris. (AFP)
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  • Le ministre français de l'Economie et des Finances, Roland Lescure, a évoqué "des discussions franches, parfois difficiles, directes pour trouver des solutions de long terme et de court terme aux gros enjeux économiques mondiaux
  • Il a souligné que les ministres des Finances des G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni) appelaient notamment à la réouverture du détroit d'Ormuz

PARIS: Les ministres et banquiers centraux des pays du G7 ont réaffirmé mardi "leur engagement envers une coopération multilatérale" pour faire face aux risques qui pèsent sur l'économie mondiale, à l'issue de deux jours de réunions des grands argentiers des sept économies avancées à Paris.

Cela "met en relief l'engagement des partenaires internationaux pour promouvoir la résilience, le développement et la croissance économique afin de garantir une prospérité partagée", ajoutent les participants dans une déclaration, publiée après des échanges élargis mardi à d'autres pays invités (Kenya, Brésil, Inde, Corée du Sud).

La présidence française espérait ce réengagement, dans une période géopolitique troublée.

Les banques centrales, associées aux discussions, ont, elles, indiqué à nouveau être "fermement déterminées à maintenir la stabilité des prix et à assurer la résilience durable du système financier".

"La politique monétaire restera tributaire des données: les banques centrales suivent de près l’impact des tensions sur les prix de l’énergie et des autres matières premières sur l’inflation, les anticipations d’inflation et l’activité économique", ajoute cette déclaration.

Le ministre français de l'Economie et des Finances, Roland Lescure, a évoqué "des discussions franches, parfois difficiles, directes pour trouver des solutions de long terme et de court terme aux gros enjeux économiques mondiaux afin de garantir la stabilité économique", lors d'une conférence de presse.

Il a souligné que les ministres des Finances des G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni) appelaient notamment à la réouverture du détroit d'Ormuz, point de passage stratégique pour les hydrocarbures et l'engrais, bloqué par l'Iran dans le cadre de la guerre au Moyen-Orient.

Avant le sommet des dirigeants du G7 à Evian du 15 au 17 juin, "nous avons, je pense, pas mal avancé le travail, de manière à ce que nos leaders puissent, je l'espère en tout cas, le conclure sur des sujets aussi importants, très concrètement, que les minerais critiques, que le règlement des déséquilibres globaux", a-t-il par ailleurs indiqué.

M. Lescure a aussi affirmé mardi "la volonté" des pays du G7 de "maintenir la pression sur la Russie" pour qu'elle ne profite pas de la guerre en Ukraine et au Moyen-Orient.

Les Etats-Unis ont annoncé lundi prolonger la suspension temporaire des sanctions sur le pétrole russe stocké en mer pour modérer la flambée des cours du brut consécutive à la guerre au Moyen-Orient.


À Djeddah, L’Oréal inaugure une nouvelle phase stratégique en Arabie saoudite

L’Oréal a inauguré son nouveau bureau à Djeddah en amont de la deuxième édition du L’Oréal For The Future Summit, marquant une nouvelle étape dans l’engagement de long terme du groupe en Arabie saoudite. (Photo fournie)
L’Oréal a inauguré son nouveau bureau à Djeddah en amont de la deuxième édition du L’Oréal For The Future Summit, marquant une nouvelle étape dans l’engagement de long terme du groupe en Arabie saoudite. (Photo fournie)
Le L’Oréal For The Future Summit a mis en avant les initiatives du groupe en Arabie saoudite autour des produits rechargeables, de la formation professionnelle et de l’autonomisation des femmes. (Photo fournie)
Le L’Oréal For The Future Summit a mis en avant les initiatives du groupe en Arabie saoudite autour des produits rechargeables, de la formation professionnelle et de l’autonomisation des femmes. (Photo fournie)
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  • L’Oréal inaugure son nouveau siège à Djeddah et confirme l’Arabie saoudite comme un moteur stratégique de croissance et d’impact
  • Le groupe allie performance économique, autonomisation des femmes et stratégie durable afin de croître plus vite que le marché

DUBAÏ: À l’occasion de la deuxième édition du L’Oréal For The Future Summit en Arabie saoudite, à Djeddah, L’Oréal Middle East confirme ses ambitions de long terme dans le Royaume. Entre l’inauguration d’un nouveau bureau, le développement de programmes de formation pour les femmes saoudiennes et l’accélération des produits rechargeables, le groupe renforce sa présence sur l’un de ses marchés les plus stratégiques au Moyen-Orient.

« L’organisation du Summit à Djeddah démontre notre engagement envers le Royaume », explique Laurent Duffier, directeur général de L’Oréal Moyen-Orient et Arabie saoudite, en entretien accordé à Arab News en français.

Présent sur le marché saoudien depuis les années 1960 et implanté localement via une filiale depuis 2012, L’Oréal vient d’inaugurer ses nouveaux bureaux à Djeddah. « Nous allons bientôt accueillir deux fois plus d’employés qu’il y a un an. Nous allons doubler nos effectifs en Arabie saoudite d’ici fin 2026 », précise-t-il.

Pour le groupe, l’Arabie saoudite représente aujourd’hui le premier marché de la beauté du Golfe et un moteur de croissance régionale. « La région du Moyen-Orient était le cinquième contributeur à la croissance mondiale de L’Oréal, portée en grande partie par l’Arabie saoudite », souligne Laurent Duffier.

Le dirigeant met en avant plusieurs facteurs structurels : la croissance économique, l’essor de la classe moyenne, la progression de l’emploi féminin et une forte consommation de produits de beauté. « L’Arabie saoudite est un pays de rêve pour l’industrie de la beauté », affirme-t-il. Selon les études internes du groupe, les consommatrices saoudiennes possèdent en moyenne 23 produits de maquillage.

Le Summit est également l’occasion pour L’Oréal de présenter une étude réalisée avec ASTERÈS afin de mesurer son impact dans le Royaume. Selon cette étude, la chaîne de valeur du groupe génère 3,2 milliards de riyals saoudiens pour l’économie locale et soutient près de 8 765 emplois. Les initiatives sociales et éducatives du groupe auraient par ailleurs bénéficié à plus de 35 000 personnes.

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Laurent Duffier, directeur général de L’Oréal Moyen-Orient et Arabie saoudite. (Photo fournie)

« Nous voulions mettre des chiffres précis derrière notre impact économique et sociétal », explique Laurent Duffier.

L’un des axes majeurs de la stratégie ESG de L’Oréal dans le Royaume reste l’autonomisation économique des femmes. Le groupe annonce l’ouverture de sa cinquième académie de coiffure professionnelle, installée au sein de ses nouveaux bureaux de Djeddah. 

Développé avec Princess Nourah bint Abdulrahman University, Imam Abdulrahman Bin Faisal University et Effat University, le programme vise à répondre au besoin de main-d’œuvre qualifiée dans les salons saoudiens.

« Nous avons déjà certifié 150 femmes en deux ans et 70 % d’entre elles ont trouvé un emploi immédiatement », indique Laurent Duffier. « Certaines ont ouvert leur propre salon et recrutent à leur tour. »

Accrédité par la Technical and Vocational Training Corporation (TVTC) et subventionné par le Human Resources Development Fund (HADAF), le programme ambitionne désormais de certifier plus de 1 000 femmes d’ici 2029.

En parallèle, L’Oréal développe son initiative « Beauty for a Better Life », menée avec l’ONG Education for Employment. Ce programme, principalement digital, vise à former des femmes aux métiers de conseillères beauté.

La Fondation L’Oréal a consacré plus de SAR 600 000 au développement du programme en Arabie saoudite, avec une centaine de diplômées attendues en 2026.

Le groupe poursuit également ses investissements dans la formation des professionnels déjà présents sur le marché. En 2025, plus de 800 coiffeurs et coiffeuses issus des salons partenaires de L’Oréal en Arabie saoudite ont bénéficié de plus de 10 000 heures de formation dispensées par les instituts L’Oréal Professionnel.

Sur le volet environnemental, L’Oréal mise fortement sur le développement des produits rechargeables. « Les refills sont ‘good for the wallet and good for the planet’ (bons pour le portefeuille et pour la planète) », résume Laurent Duffier.

Le groupe déploie des campagnes multi-marques autour de son initiative « Join the Refill Movement » afin d’accélérer l’adoption de ces nouveaux usages dans le Royaume.

Le dirigeant reconnaît néanmoins que le principal défi reste comportemental. « Les consommateurs veulent adopter des comportements plus durables, mais il faut transformer cette intention en action », estime-t-il.

Les objectifs environnementaux sont désormais intégrés à la gouvernance du groupe et aux indicateurs clés de performance des managers, notamment à travers les performances liées au programme « L’Oréal For the Future ».

« L’Oréal est reconnu depuis des années AAA par le CDP (Carbon Disclosure Project). Nous sommes l’une des seules entreprises, si ce n’est la seule, à avoir obtenu cette notation pendant dix années consécutives », rappelle Laurent Duffier. « Cela prouve le sérieux de nos engagements, avec des objectifs fondés sur la science, mesurés très précisément sur les scopes 1, 2 et 3. »

Malgré un contexte régional marqué par certaines tensions économiques et logistiques, le groupe se dit confiant dans ses perspectives.

« Notre modèle nous aide à amortir les chocs », explique Laurent Duffier. « Nous sommes présents dans plusieurs pays, sur toutes les catégories de beauté et sur tous les canaux de distribution. »

Le groupe mise notamment sur la diversification de ses activités et sur la croissance du e-commerce pour absorber les cycles économiques. « On optimise tout ce qu’on peut faire en Arabie saoudite pour profiter au maximum de la croissance du marché et, en parallèle, nous continuons à investir aux Émirats arabes unis », ajoute-t-il.

Le dirigeant évoque également le « lipstick effect », souvent observé dans les périodes d’incertitude économique. « Dans les moments difficiles, les consommateurs continuent à se faire plaisir avec un parfum ou un rouge à lèvres », explique-t-il.

L’Oréal insiste enfin sur l’alignement de ses investissements avec les objectifs de Vision 2030, notamment en matière d’emploi des femmes, de diversification économique et de développement technologique.

« Le nouveau bureau de Djeddah marque le début d’une nouvelle ère pour L’Oréal en Arabie saoudite », conclut Laurent Duffier.