INTERVIEW : Bill Gates, les vaccins et la lutte contre la COVID-19

Illustration de Luis Grañena.
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Publié le Mercredi 01 juillet 2020

INTERVIEW : Bill Gates, les vaccins et la lutte contre la COVID-19

  • Hassan Damluji, directeur adjoint de la Fondation Bill & Melinda Gates, dresse un tableau inquiétant sur la pandémie de COVID-19.
  • La Fondation Bill & Melinda Gates est l'organisation philanthropique de plusieurs milliards de dollars créée par le fondateur de Microsoft et son épouse.

Hassan Damluji, le directeur adjoint de la Fondation Bill & Melinda Gates, expose un point de vue franc et peut-être pessimiste sur la pandémie de coronavirus qui a bouleversé la vie de tous.

« Certaines personnes pensent que tout est fini et que la maladie est peut-être en train de reculer dans leur pays. Mais en réalité, au niveau mondial, le tableau est très inquiétant », confie-t-il à Arab News. « Nous sommes au milieu de la troisième vague. »

La Fondation Bill & Melinda Gates est l'organisation philanthropique de plusieurs milliards de dollars créée par le fondateur de Microsoft et son épouse. Cette fondation est aujourd'hui l'un des protagonistes les plus importants dans la lutte contre le virus.

« La première vague a frappé la Chine, d'autres pays étaient alors relativement peu touchés. La Chine a eu de gros problèmes alors que d'autres pays sous-estimaient le risque », explique Damluji. « La deuxième vague a vraiment touché les pays les plus riches du monde, en Europe, en Amérique du Nord, mais aussi en Asie de l'Est. Cette vague est en train de diminuer, bien que le nombre de cas en Amérique soit encore assez élevé. La troisième vague touche maintenant les pays à revenus moyens et faibles, en particulier l'Amérique latine qui est au centre de la pandémie, mais aussi le Pakistan qui se trouve dans ma région et que je suis donc de près, et également toute l'Afrique, où on a constaté une augmentation des cas. »

Damluji est directement responsable des activités du fonds au Moyen-Orient, et est donc bien placé pour évaluer la réponse régionale à la crise. Il a récemment participé à un cycle de collecte de fonds de cinq ans pour GAVI, l'alliance mondiale pour les vaccins.

Lors de l'événement, l'Arabie Saoudite a joué un rôle de premier plan et a contribué avec 150 millions de dollars à un fonds qui a finalement atteint 8,8 milliards de dollars, soit environ 1,2 milliard de dollars de plus que ce qui était demandé. Le Royaume s'était précédemment engagé à verser un total de 500 millions de dollars pour des activités de lutte contre les virus lors d'une réunion du G20 à Riyad. Des efforts appréciés par Damluji.

"C'était très généreux, et cela a constitué un lancement vraiment puissant pour la collecte de fonds, dit-il. Les Saoudiens sont arrivés tôt. Ce n'était pas seulement le fait qu'ils investissaient de l'argent qui était puissant, mais le fait qu'ils envoyaient un signal que d'autres avaient l'obligation de suivre. Il s’agit d’un excellent exemple de leadership, étant donné que l'Arabie Saoudite est le président du G20 ».

Et d’ajouter : « Cette décision a dépassé les attentes, et nous aurons besoin de davantage de soutien avec ce qui se passe avec le virus. L'Arabie saoudite a vraiment fait un pas en avant en ce qui concerne l'achat de vaccins contre le coronavirus lorsqu'ils seront disponibles ; c'est très important. L'argent collecté par GAVI — dont la Fondation Gates est l'un des principaux contributeurs — sera utilisé pour acheter des vaccins contre le coronavirus lorsqu'ils seront prêts, et les distribuer équitablement dans le monde. »

Par ailleurs, Damluji présente une évaluation des progrès actuels dans la recherche d'un vaccin, une évaluation qui donne à réfléchir.

« En ce qui concerne la mise au point d'outils pour le combattre, nous en sommes encore à la phase de recherche et de développement », explique-t-il. « Les gens veulent savoir à quelle date un vaccin sera disponible, mais la vérité est qu'en matière d'innovation, parfois les choses n'arrivent jamais, parfois elles arrivent beaucoup plus vite qu'on ne le pensait, et parfois elles prennent un chemin détourné. »

« Par exemple, personne ne pensait que le meilleur des mondes serait l'iPhone dans votre poche, pense-t-il. Il est donc très difficile de prévoir comment la R&D va se dérouler. Mais en ce qui concerne des efforts pour créer un vaccin, il est clair qu'il s'agit de l'effort le plus rapide, le plus concerté et le mieux financé. Il existe quelques candidats-vaccin qui ont montré tôt des résultats prometteurs, il y a donc des raisons d'être optimiste. Les premiers que nous voyons, que ce soit celui d'Oxford-AstraZeneca ou d'autres, appartiennent généralement à la même plate-forme technologique, et c'est grâce à cette similitude qu'ils ont pu avancer rapidement. Mais si l'un d'entre eux échoue, ils échoueront probablement tous, parce qu’il s’agit de la même approche de base sur le plan scientifique. »

Pour Damluji, il y a toutefois une lueur d'espoir pour un résultat rapide. « Si nous avons de la chance, plusieurs d'entre eux fonctionneront assez rapidement et, d'ici le milieu de l'année prochaine, nous aurons beaucoup de vaccins sur le marché. » « Mais ce succès n'est pas garanti », prévient-il. « Si nous n'avons pas de chance, aucun d'entre eux ne fonctionnera et nous aurons alors des centaines (de vaccins possibles) sur le marché, selon des calendriers différents. Nous finirons par obtenir un vaccin, mais il est trop optimiste de penser que le milieu de l'année prochaine sera une date définitive. »

Toutefois, il existe un risque que l'attention soit détournée par d'autres maladies infectieuses graves qui affligent le monde, en particulier dans les pays les plus pauvres, pendant que les meilleurs cerveaux scientifiques se concentrent sur la recherche d'un vaccin contre le coronavirus.

Par exemple, la Fondation Gates a investi beaucoup de temps et d'efforts dans une campagne d'éradication de la polio, qui a frappé particulièrement les pays du Moyen-Orient et d'Asie. Elle avait presque gagné la bataille contre cette maladie, quand elle est réapparue comme une menace au Pakistan.

« Il y a un grand risque, affirme Damluji. Les campagnes de vaccination contre la polio au Pakistan, qui compte le plus grand nombre de cas de polio "sauvage", ont cessé depuis plusieurs mois. Nous avions espéré les relancer ce mois-ci, mais le cours de la pandémie au Pakistan — elle n'a pas encore atteint son point culminant — a fait que nous n'avons pas encore relancé ces campagnes. Nous espérons à présent le faire en août ».

« Ainsi, les vaccinations contre la polio au Pakistan viennent de s'arrêter. On pourrait également espérer que certaines des mesures de distanciation sociale contre la COVID-19 réduiraient la transmission d'autres maladies. Mais en réalité, pour la polio en particulier, le programme a été fortement touché, » déplore M. Damluji, ajoutant que les pays en développement avaient du mal à combattre plus d'une maladie grave à la fois. « Dans les pays pauvres, quand on fait plus d'une chose, on en fait moins d'une autre », dit-il. « Lorsque la crise d'Ebola a frappé l'Afrique de l'Ouest, beaucoup plus de personnes sont mortes à cause du manque de disponibilité des services de santé de base, qu’à cause d'Ebola. Il est très probable que l'on observe le même phénomène avec le coronavirus. »

Sur un autre plan, la Fondation Gates et en particulier son fondateur, ont été la cible de certaines théories de conspiration extravagantes depuis que la pandémie a éclaté. Malgré l'engagement de Bill Gates à utiliser les milliards qu'il a obtenus de Microsoft à des fins philanthropiques, et notamment pour lutter contre le coronavirus, certains médias sociaux l'accusent de vouloir dominer le monde.

Damluji, lui, n'a pas de temps à perdre avec les conspirateurs.

« Je pense que cette attitude montre l'importance du journalisme de qualité, déclare-t-il. Dans le monde en ligne, rien ne vous empêche d'écrire ce que vous voulez. Si les gens trouvent quelque chose qu'ils considèrent comme intéressant, ils le diffuseront. Nous avons constaté que généralement, si les sources journalistiques de qualité publient ce type de théories de conspiration, elles les présentent comme quelque chose de très étrange plutôt que comme une réalité, et elles les réfutent. Cela est vraiment rassurant. »

Et de poursuivre : « Toute personne soucieuse de savoir si ces choses sont vraies devrait consulter des sources fiables, et elle ne trouvera que très peu de preuves pour le prouver. Dans « l'ouest sauvage » de WhatsApp, on dit toutes sortes de choses. »

La Fondation Gates se concentre sur les normes éthiques, mais adopte une approche pragmatique du processus de financement. « Notre approche de base est que nous travaillons avec les gouvernements du monde entier, afin de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour sauver des vies et atteindre les objectifs fixés. Beaucoup de gouvernements sont critiqués. Certaines critiquées sont méritées, d'autres non, et cela s'applique à tous les niveaux », confie Damluji.

Il est craint également que, compte tenu de la crise économique mondiale, les contributions aux organisations philanthropiques comme la Fondation Gates diminuent à mesure que les gouvernements et les individus perçoivent la nécessité d'une approche du type « la charité commence chez soi ».

« L'une des choses dont il faut se préoccuper est l'aide à long terme, avertit le directeur adjoint. Pas seulement la philanthropie, mais plus généralement l'aide gouvernementale pour des choses comme la GAVI ou d'autres programmes, qui sauvent des vies et améliorent les moyens de subsistance de la population. Si ceux-ci sont endommagés à long terme, alors il y a des raisons de s'inquiéter. »

« Si ces programmes sont affectés sur le long terme, c'est très préoccupant », poursuit Damluji. « Ce n'est pas à moi de dire si les gouvernements ont raison ou tort. Il y a des équilibres à trouver, et seule une société individuelle peut décider du difficile compromis entre la mort et les dommages économiques. »

Mais il est catégorique sur une chose : les gouvernements du monde entier doivent adopter des politiques pour prévenir une autre pandémie. « Si nous avions mis en place un système de préparation aux pandémies plus solide, nous ne serions pas dans la situation que nous traversons actuellement », affirme-t-il.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur ArabNews.com le 21 juin 2020.


TotalEnergies double son bénéfice, porté par les prix élevés liés à la guerre au Moyen-Orient

Le logo de TotalEnergies dans une station-service à Genech, dans le nord de la France, le 5 octobre 2022. (AFP)
Le logo de TotalEnergies dans une station-service à Genech, dans le nord de la France, le 5 octobre 2022. (AFP)
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  • TotalEnergies double son bénéfice net trimestriel à 5,4 milliards de dollars grâce aux prix élevés des hydrocarbures
  • Ces profits relancent le débat sur une taxe des superprofits pétroliers en France

PARIS: Après un début d'année euphorique, le géant français pétro-gazier TotalEnergies est de nouveau dans le viseur des partisans d'une surtaxe des superprofits pétroliers après avoir annoncé jeudi un doublement en un an de son bénéfice net du 2e trimestre, à 5,4 milliards de dollars, dopé par les prix élevés des hydrocarbures liés au conflit au Moyen-Orient.

"Dans un environnement de prix élevé en lien avec le conflit au Moyen-Orient, TotalEnergies tire parti de son modèle intégré et de sa diversification pour afficher au deuxième trimestre un résultat net ajusté (indicateur suivi par les analystes) de 6 milliards de dollars", s'est félicité le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, dans un communiqué.

Avec un bénéfice net de 11,2 milliards de dollars sur l'ensemble du premier semestre, en progression de 73% sur un an, TotalEnergies fait mieux que les 10,6 milliards de dollars enregistrés au premier semestre 2022, année du déclenchement de la guerre en Ukraine.

Son bénéfice net du 2e trimestre, en hausse de 100% (contre 2,7 milliards un an plus tôt), reste cependant en deçà des attentes des investisseurs. Le groupe a connu "une baisse significative" dans son secteur stratégique du gaz naturel liquéfié (GNL), "du fait d’une contreperformance" dans le négoce (achat-vente) dans un marché faible en Europe, a expliqué l'entreprise.

TotalEnergies avait déjà annoncé en avril un bond de 51% son bénéfice net pour les trois premiers mois de l'année, portés par l'envolée et la volatilité des prix du pétrole et du gaz, au début de la guerre entre les Etats-Unis et l'Iran.

Cette performance exceptionnelle avait relancé les appels à la taxation des "super-profits" pétroliers, alors que le groupe est souvent critiqué pour la faiblesse, voire l'absence, de son impôt sur les sociétés en France au regard de ses énormes bénéfices mondiaux.

"TotalEnergies n’aura jamais aussi bien +capturé+ les bénéfices de guerre sur le dos des consommateurs", a ironisé jeudi sur X le président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, le député de gauche Eric Coquerel (LFI), tandis que la porte-parole du gouvernement français et ministre déléguée à l'Energie Maud Bregeon a répété qu'elle refuserait "toujours de rentrer dans le +Total bashing+".

"C'est une chance d'avoir en France un grand énergéticien mondial capable d'assurer l'approvisionnement des Français" et de "nous aider à tirer les prix vers le bas", a-t-elle dit sur RMC/BFMTV en référence au plafonnement des prix des carburants relancé mercredi par le groupe.

- "Faire payer les pollueurs" -

Au moment où "la France suffoque sous des canicules successives, causées par le changement climatique dont l’industrie du pétrole et du gaz est largement responsable, ces profits apparaissent particulièrement indécents", ont critiqué une coalition d'ONG (Greenpeace France, 350.org, CCFD-Terre Solidaire, Notre Affaire à Tous, Réseau Action Climat, Oxfam France), soulignant "l’urgence de taxer les profits des multinationales du pétrole et du gaz".

"Alors que les gouvernements se réuniront à New York en août pour négocier une Convention fiscale de l’ONU, ils ont une occasion historique de faire payer les pollueurs et de financer la protection dont les populations ont désespérément besoin", a commenté aussi Fanny Petitbon, directrice pays France de 350.org.

Entre avril et juin, la production de pétrole et de gaz de TotalEnergies a progressé de plus de 4% sur un an, grâce à la montée en puissance de projets au Brésil, aux Etats-Unis et en Libye, qui ont "compensé pour partie l’impact des pertes de production au Moyen-Orient" de l’ordre de 210.000 barils équivalent pétrole par jour, "en moyenne sur le trimestre".

Bien qu'une partie de cette production n'ait pas pu être expédiée, "compte tenu des difficultés d’accès au détroit d’Ormuz", la branche reine de l'exploration-production est restée en croissance, selon le groupe.

Son pôle de raffinage, pétrochimie et négoce a lui aussi profité de la hausse des prix des produits raffinés et des activités très rentables de négoce de brut, dans un contexte de forte instabilité des cours. Ce segment "aval" a ainsi dégagé un résultat opérationnel net ajusté à 2,3 milliards de dollars au 2e trimestre (+24%).

Le groupe a confirmé ses "priorités données au dividende et au désendettement de l’entreprise". Il distribuera à ses actionnaires un deuxième acompte sur le dividende de l'année 2026, d’un montant de 0,90 euro par action, en hausse de 5,9% par rapport à 2025.


Le pétrole remonte au-dessus de 95 dollars à cause des hostilités au Moyen-Orient

Après être monté jusqu'à 95,47 dollars, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, gagnait 4,18% vers 10H10 GMT, à 94,81 dollars. (AFP)
Après être monté jusqu'à 95,47 dollars, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, gagnait 4,18% vers 10H10 GMT, à 94,81 dollars. (AFP)
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  • Le Brent dépasse 95 $/baril, porté par les tensions au Moyen-Orient et les craintes sur les exportations de pétrole
  • Le gaz européen atteint un plus haut depuis mars, sur fond de tensions d'approvisionnement et de hausse des risques d'inflation

LONDRES: Les cours du pétrole montent fortement mercredi, le baril de Brent repassant au-dessus des 95 dollars pour la première fois depuis près de six semaines, car les hostilités au Moyen-Orient font craindre un blocage durable des exportations d'hydrocarbures de la région.

Après être monté jusqu'à 95,47 dollars, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, gagnait 4,18% vers 10H10 GMT (12H10 à Paris), à 94,81 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison le même mois, dont c'est le premier jour d'utilisation comme contrat de référence, prenait 4,30% à 87,97 dollars.

"La hausse du prix du pétrole intervient après que le président Trump a minimisé la perspective de nouvelles discussions avec l'Iran" lundi, explique Kathleen Brooks, analyste chez XTB.

Le président américain a notamment déclaré que les Etats-Unis n'en avaient "pas fini du tout" avec l'Iran.

Les Etats-Unis ont lancé une nouvelle salve de frappes en Iran pour la "onzième nuit consécutive", affirmant que leur but est d'affaiblir la capacité de l'Iran à menacer le trafic maritime commercial dans le détroit d'Ormuz.

Le contrôle de la navigation dans ce passage stratégique est un point de contentieux majeur entre les deux pays, et selon le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio autoriser l'Iran à le contrôler créerait un "dangereux précédent".

Les rebelles houthis du Yémen, soutenus par Téhéran, ont de plus annoncé lundi un blocus maritime de l'Arabie saoudite.

Depuis, "trois pétroliers saoudiens à destination de la Chine et de l'Inde auraient fait demi-tour" pour éviter le détroit de Bab el-Mandeb (au large du Yémen), préférant se diriger vers le canal de Suez, souligne M. Varga.

L'escalade du conflit "continuera d'exercer une pression à la hausse sur les chaînes d'approvisionnement mondiales, et les risques d'inflation augmentent chaque jour", alerte Mme Brooks.

Le prix du gaz européen grimpe aussi, et il est au plus haut depuis mars.

Le remplissage des réserves européennes avant l'hiver "coïncide avec la hausse des besoins en électricité en Asie pour la climatisation pendant les mois d'été caractérisés par de fortes chaleurs", explique Jonathan Schroer, analyste chez UniCredit.

La compétition pour l'acquisition de gaz fait donc grimper les cours, alors que les exportations en provenance du Qatar sont bloquées.

Le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence européenne du gaz, prenait 4,39%, à 62,32 euros le mégawattheure.


La crise avec l’Iran pousse les économies du Golfe à accélérer leur transformation

La confrontation entre l’Iran et Israël n’aura peut-être pas bouleversé durablement les économies du Golfe, mais elle agit déjà comme un révélateur de leurs forces, de leurs vulnérabilités et de leurs priorités. (AFP)
La confrontation entre l’Iran et Israël n’aura peut-être pas bouleversé durablement les économies du Golfe, mais elle agit déjà comme un révélateur de leurs forces, de leurs vulnérabilités et de leurs priorités. (AFP)
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  • C’est l’analyse développée par Jean-Baptiste Chauvel, responsable des services du Trésor français dans la région du Golfe, lors d’une visioconférence organisée par la Chambre de commerce franco-arabe
  • Selon lui, cette crise constitue moins une rupture qu’un puissant accélérateur des transformations engagées depuis plusieurs années

PARIS: La confrontation entre l’Iran et Israël n’aura peut-être pas bouleversé durablement les économies du Golfe, mais elle agit déjà comme un révélateur de leurs forces, de leurs vulnérabilités et de leurs priorités.

C’est l’analyse développée par Jean-Baptiste Chauvel, responsable des services du Trésor français dans la région du Golfe, lors d’une visioconférence organisée par la Chambre de commerce franco-arabe. Selon lui, cette crise constitue moins une rupture qu’un puissant accélérateur des transformations engagées depuis plusieurs années.

À ses yeux, il n’existe pas de modèle économique unique dans le Golfe. Les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont certes engagé des politiques de diversification, mais ils avancent à des rythmes différents et disposent de marges de manœuvre très inégales pour absorber un choc géopolitique majeur.

Les Émirats arabes unis apparaissent, selon lui, comme l’économie la plus solide de la région. Une croissance soutenue, des finances publiques excédentaires et un faible niveau d’endettement leur offrent une capacité d’adaptation que peu de leurs voisins possèdent. Cette discipline budgétaire permet au pays de continuer à investir dans la diversification de son économie tout en faisant face aux conséquences d’une crise régionale.

La situation est plus contrastée ailleurs, estime-t-il. Certains États continuent de financer leur croissance par d’importants déficits publics, ce qui réduit leur capacité à amortir les chocs.

L’Arabie saoudite, indique Chauvel, demeure, malgré les progrès réalisés dans le cadre de Vision 2030, plus dépendante des recettes pétrolières pour équilibrer son budget, même si les réformes engagées doivent progressivement réduire cette dépendance.

Des économies résilientes, mais des vulnérabilités persistantes

L’autre enseignement majeur concerne précisément le pétrole. Si les statistiques montrent une baisse progressive de la part des hydrocarbures dans le produit intérieur brut, Chauvel souligne qu’il ne faut pas se laisser tromper par les chiffres. Une grande partie de l’activité économique reste indirectement liée au secteur pétrolier, qu’il s’agisse de l’industrie, de la pétrochimie, de la logistique, des infrastructures ou encore des services. La diversification est réelle, affirme-t-il, mais elle demeure inachevée.

La crise actuelle rappelle également que la géographie continue de peser lourdement sur les économies du Golfe et que tous les pays ne sont pas exposés de la même manière. Leur vulnérabilité dépend notamment de leur proximité avec l’Iran et de leur dépendance au détroit d’Ormuz, par lequel transite une part essentielle des exportations d’hydrocarbures.

Au sein même des Émirats, les conséquences varient, affirme Chauvel. Il souligne que Dubaï, dont le modèle économique repose largement sur le commerce international, le tourisme, les transports et les services financiers, est naturellement plus sensible à une dégradation de la situation régionale qu’Abou Dhabi, dont les ressources pétrolières et les importants fonds souverains offrent un amortisseur plus efficace.

Les premières conséquences sont déjà visibles. Les grandes institutions internationales, comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, ont commencé à réviser leurs prévisions de croissance pour plusieurs économies du Golfe. L’Arabie saoudite, indique Chauvel, figure parmi les pays les plus concernés, tandis que les Émirats devraient connaître un ralentissement plus limité grâce à la solidité de leurs finances publiques.

Par ailleurs, Chauvel ne croit pas à un retour rapide à la normale. Même si un accord diplomatique devait intervenir entre Washington et Téhéran, il estime que le risque géopolitique restera durablement présent. Cette nouvelle réalité devrait, selon lui, modifier les stratégies économiques des États de la région.

La priorité ira désormais aux investissements dans les secteurs considérés comme stratégiques : la défense, la cybersécurité, l’intelligence artificielle, l’industrie manufacturière, les infrastructures critiques et la sécurité énergétique. Les gouvernements chercheront à renforcer leur autonomie technologique afin de réduire leur dépendance aux fournisseurs occidentaux, notamment dans les industries de défense.

La géopolitique accélère la diversification 

Cette réorientation ne remet toutefois pas en cause leur volonté d’attirer les capitaux étrangers, bien au contraire. Les États du Golfe entendent poursuivre leur ouverture économique. L’Arabie saoudite maintient, par exemple, son objectif ambitieux d’attirer près de 100 milliards de dollars d’investissements directs étrangers par an, tandis que les fonds souverains de la région continueront d’investir massivement à l’international afin de diversifier leurs actifs.

L’un des principaux défis demeure toutefois celui de l’innovation. Malgré des investissements considérables, les économies du Golfe restent en retrait dans les classements internationaux mesurant leur capacité à produire des technologies de pointe. De son point de vue, cette faiblesse constitue probablement le principal chantier de la prochaine décennie, car construire un véritable écosystème d’innovation suppose de former des talents, de développer la recherche et de produire localement des technologies, plutôt que de se contenter de les importer. Ce processus est long et coûteux, mais il est désormais rendu encore plus indispensable par les tensions géopolitiques.

Cette nouvelle donne pourrait également rebattre les cartes de la coopération régionale. Chauvel voit se dessiner deux trajectoires. La première prolongerait la concurrence actuelle entre les grandes places économiques du Golfe, chaque pays cherchant à renforcer son statut de hub régional pour le tourisme, la finance, la logistique ou le transport aérien. Une telle compétition favoriserait, selon lui, les réformes, mais risquerait aussi d’entraîner des investissements redondants, voire excessifs.

La seconde voie privilégierait une intégration plus poussée entre les membres du CCG, à travers une meilleure coordination des infrastructures, une interconnexion logistique renforcée, une harmonisation des politiques de mobilité, une coopération industrielle et financière, voire le développement de capacités communes dans les secteurs de la sécurité et de la défense. Cependant, si cette option apparaît économiquement plus rationnelle, Jean-Baptiste Chauvel reconnaît que la logique concurrentielle reste aujourd’hui la plus probable.

Au fond, conclut-il, la crise avec l’Iran ne remet pas en cause la trajectoire économique du Golfe, mais elle en accélère le rythme. Les États de la région disposent d’importants atouts : des réserves financières considérables, des fonds souverains parmi les plus puissants au monde et une volonté politique affirmée de transformer leurs économies.