Algérie-France: tensions et incompréhensions dans les coulisses d'Evian

Sur cette photo d'archive prise le 8 avril 1962, des électeurs font la queue pour voter pour le référendum sur les accords d'Evian et l'indépendance de l'Algérie dans un bureau de vote à Saint-Ouen. (AFP).
Sur cette photo d'archive prise le 8 avril 1962, des électeurs font la queue pour voter pour le référendum sur les accords d'Evian et l'indépendance de l'Algérie dans un bureau de vote à Saint-Ouen. (AFP).
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Publié le Jeudi 10 mars 2022

Algérie-France: tensions et incompréhensions dans les coulisses d'Evian

  • Les négociations entre Français et Algériens à Evian ont été émaillées de moments de tension et d'incompréhensions avant de mettre fin à la guerre d'Algérie
  • L'atmosphère très tendue au début des négociations se relâche au fur et à mesure que les négociateurs apprennent à se connaître

TUNIS: Les négociations entre Français et Algériens à Evian (centre-est de la France) ont été émaillées de moments de tension et d'incompréhensions avant d'aboutir aux accords ayant mis fin à la guerre d'Algérie il y a 60 ans, selon des témoignages à l'AFP.


A l'issue de ces négociations, les représentants français et du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) avaient signé, le 18 mars 1962, les accords dits d'Evian, consacrant la défaite française et ouvrant la voie à l'indépendance de l'Algérie après plus de sept ans de guerre et 132 ans de colonisation.


Dès sa déclaration lançant la "Guerre de libération" le 1er novembre 1954, le Front de libération nationale (FLN) s'était dit prêt à négocier avec les autorités françaises mais il faudra attendre janvier 1961 pour que des négociations directes débutent entre la France et le GPRA. Elles dureront 18 mois, la plupart du temps en secret.


Elles commencent notamment grâce au représentant du GPRA en Italie, Tayeb Boulahrouf, qui demande au président italien de l'époque, Giovanni Gronchi, au Premier ministre, Giorgio La Pira, et à l'influent patron du groupe pétrolier Eni, Enrico Mattei, de sonder le président français sur ses intentions.


Au travers des Italiens, M. Boulahrouf obtient "la confirmation que le général De Gaulle est dans l'état d'esprit de négocier avec +la rébellion+", a raconté son fils Jalil à l'AFP.

Accords d'Evian: une « mémoire discrète », 60 ans plus tard

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L'hôtel du Parc où les accords d'Evian ont été signés. (AFP). 

 

La ville d'Evian garde peu de traces des Accords du 18 mars 1962 ouvrant la voie à l'indépendance de l'Algérie, largement occultés dans les mémoires locales par l'assassinat du maire, tué dans un attentat avant même l'ouverture des négociations.


31 mars 1961, "flash" de l'AFP: "M. Camille Blanc, maire d'Evian, est mort des suites de ses blessures". Deux "puissantes charges de plastic" ont éclaté "à 02H35", "à 15 secondes d'intervalle", dans l'impasse séparant "la mairie de l'hôtel Beau Rivage, propriété et résidence de M. Blanc". 


Socialiste, grand résistant, ce militant de la paix avait oeuvré pour accueillir dans sa ville les pourparlers qui déboucheront un an plus tard sur un cessez-le-feu destiné à mettre fin à la guerre d'Algérie. L'élégante cité thermale est sous le choc. "C'était un coeur d'or", pleurent les habitants. 


Aujourd'hui, que reste-t-il? "Rien. Les Evianais ont décidé de tourner la page après l'assassinat", d'autant que dans cette ville d'eau proche de la Suisse, les Accords ont "été associés à deux saisons touristiques catastrophiques en 1962 et 1963", résume l'ancien adjoint municipal PS Serge Dupessey, 78 ans.


"Il n'y a pas d'endroit", pas de lieu de commémoration, car "on sent encore cette blessure" de l'assassinat et la guerre d'Algérie demeure "un épisode sensible", décrypte la maire d'Evian Josiane Lei (DVD). 


L'hôtel Beau rivage est aujourd'hui à l'abandon. Sur sa façade décrépie, une plaque rend hommage au maire assassiné. Sans mention de l'implication de l'OAS, organisation clandestine opposée à l'indépendance algérienne.

« Guerre civile »

Les visites guidées de l'Office du tourisme font halte ici, ainsi qu'à l'hôtel de ville contigu, ancienne résidence d'été somptueuse des frères Lumière, les inventeurs du cinéma. Une verrière soufflée par l'attentat n'a pas été refaite à l'identique "pour précisément rappeler ce drame", explique Frédérique Alléon, responsable de l'Office.


Les visites guidées excluent l'ex-hôtel du Parc, plus excentré, où les délégations du gouvernement français et du FLN discutèrent pendant des mois, sous haute surveillance. L'établissement Art-déco dominant le lac Léman est devenu une résidence privée, le "salon inondé de soleil" où furent conclus les Accords, comme le racontait l'envoyé spécial de l'AFP le 18 mars 1962, a été transformé. 


"On a voulu accompagner notre circuit historique jusqu'à l'entrée du parc" de l'ancien palace, mais habitants et résidents "ont eu du mal à accepter", explique la maire d'Evian.  


Serge Dupessey se souvient aussi que "c'est un Evianais de l'OAS qui a assassiné, avec des complices évianais" et "que de la famille de l'assassin habite encore ici". Ce qui selon lui, a pu entretenir une "atmosphère de guerre civile". 


Aussi, ses efforts pour convaincre au début des années 1990 l'ancien maire Henri Buet de "faire quelque chose" en mémoire des accords sont-ils restés vains.  


Même refus en 2011 d'un autre maire, Marc Francina, de baptiser une rue du nom des Accords du 18 mars.


Et lorsque, pour le 50e anniversaire, la société d'histoire savoisienne La Salésienne réunit des universitaire au Palais des Congrès, "des anciens de l'OAS, venus avec un cercueil, manifestent devant", raconte son président Claude Mégevand.


Pour le 60e anniversaire, donc, "on a fait le choix, en accord avec la préfecture", d'une cérémonie "comme d'habitude, aux monuments aux morts", avec porte-drapeaux, anciens combattants et harkis, explique la maire. 


"C'est une période sensible avec les élections", souligne-t-elle, allusion au risque de récupération politique avant la présidentielle.


Des projets existent néanmoins, en liaison avec la date-anniversaire.


Une conférence sur Albert Camus et l'Algérie est programmée le 18 mars dans un centre culturel jouxtant la résidence du Parc. Celle qui l'anime, Claude Gerbaulet, une ancienne médecin pied-noir, entend "ne pas réveiller les querelles sanguinaires, tout en mettant le doigt sur les insuffisances de la France".


Les écoles d'Evian préparent une "journée de la paix" - le 24 mai, "après les élections" insiste Mme Lei- avec une chanson écrite par les enfants.


Et le lycée Anna de Noailles fait plancher ses terminales sur le thème "60 ans des accords d'Evian, histoire et mémoires de la guerre d'Algérie", avec intervention de témoins - ex-appelé, harki, pied-noir et descendant du FLN. 


"Ca m'intéresse de faire travailler les élèves sur les traces de la guerre d'Algérie ici. La conclusion, qui interpelle les élèves, est qu'il s'agit d'une mémoire discrète", estime Renaud Vieuguet, professeur d'histoire. 


Un de ses élèves Louis Bailly, 17 ans, acquiesce: "J'habite avenue des Grottes", où se trouve l'ex-hôtel du Parc, "mais je ne savais pas avant que les accords avaient été signés là".

                

« Cigarette au bec »

L'atmosphère très tendue au début des négociations se relâche au fur et à mesure que les négociateurs apprennent à se connaître.


Selon une anecdote racontée par Tayeb Boulahrouf à son fils, lors des discussions de Lucerne qui précèdent en 1961 celles d'Evian, Georges Pompidou, homme de confiance de De Gaulle, est entré "cigarette au bec" alors que c'était le ramadan. 


"Il a éteint sa cigarette par respect mais mon père lui a signifié qu'il pouvait fumer à son aise, car l'islam étant une religion extrêmement tolérante, cela ne posait aucun problème."


Amar Mohand-Amer, historien algérien et résident à l'Institut d'Etudes avancées de Nantes, souligne à l'AFP que "dans les derniers mois, le GPRA et le gouvernement français étaient dans une logique positive, celle d'aboutir rapidement à un compromis". Même s'il fallait parfois dissiper des incompréhensions. 


Ainsi, à un moment, Lakhdar Bentobal, l'un des négociateurs algériens, a dû rappeler à l'ordre le chef de la délégation française qui s'adressait au GPRA en leur disant "vous de l'autre côté de la table", au motif que la France ne reconnaissait ni le GPRA ni le FLN.


Pour l'inciter à plus de respect, Bentobal a dressé un parallèle avec "certains hommes algériens qui ne citent jamais le nom de leur épouse, même quand ils s'adressent directement à elle".


Pendant la phase préparatoire et les négociations, la délégation algérienne a pu compter sur le soutien de la Suisse.

« Décontraction »

Une partie des accords ont été négociés dans une première phase près de Genève et la délégation algérienne logeait dans une villa à Bois D'Avault, du côté suisse de la frontière.


Grâce au Dr Djillali Bentami, représentant du Croissant rouge algérien (CRA) en Suisse qui l'avait mis en contact avec Redha Malek, un autre négociateur algérien, le photographe André Gazut a pu y entrer et réaliser des clichés.


Les négociateurs étaient "venus en Suisse depuis Tunis par un vol spécial de Swissair qui avait pour consigne de ne pas survoler la France", a raconté le photographe à l'AFP.


La propriété autour de la villa était surveillée par l'armée suisse "de crainte d'une opération de l'OAS (organisation terroriste française opposée à l'indépendance, ndlr) contre les négociateurs". "Il y avait même des canons de DCA (défense anti-aérienne) en cas d'apparition d'un petit avion près de la propriété", selon M. Gazut.


Le célèbre photographe Raymond Depardon a raconté en décembre au quotidien algérien Liberté comment la délégation algérienne qu'il avait suivie "impressionnait par sa décontraction et le port vestimentaire très élégant de ses membres" qui étaient "des jeunes de 30-40 ans".


"Cela tranchait avec l'image qu'on se faisait du FLN dans le maquis, en tenue militaire", a-t-il dit.

En 1961, le maire d'Evian victime des ultras de l'Algérie française

 

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L'Hôtel Beau Rivage, où l'ancien maire Camille Blanc a été tué le 31 mars 1961, dans un attentat avant le début des négociations d'Evian. (AFP). 

Il fut la première victime en métropole de la violence meurtrière des ultras de l'Algérie française: fin mars 1961, Camille Blanc, maire d'Evian, était tué dans un attentat, peu avant l'ouverture de négociations entre la France et le FLN.


"Deux charges de plastic ont explosé à 2h30 devant l'hôtel Beau Rivage, propriété de Camille Blanc, maire d'Evian": dans la nuit du 30 au 31 mars 1961, une première dépêche de l'AFP laisse présager le pire.


Le décès de l'édile, "des suites de ses blessures", sera annoncé quelques heures plus tard.


La cité thermale est alors en pleins préparatifs de premières négociations entre les autorités françaises et des délégués du FLN, censées commencer le 7 avril.


L'espoir de mettre fin à la Guerre d'Algérie commence à naître. Mais depuis que sa ville a été choisie pour accueillir ces rencontres, le maire d'Evian a reçu de nombreuses lettres de menaces de partisans de l'Algérie française.


Camille Blanc "ne les prenait pas au sérieux et il évitait d'en parler pour ne pas inquiéter ses administrés", peut-on lire dans les archives de l'AFP.


Cette nuit-là pourtant, les menaces se concrétisent. Une première charge a été placée sous la voiture du maire, "projetée contre l'un des murs de la mairie".


Un second engin a "été déposé sur le rebord de la fenêtre du living room" de son domicile. A proximité du téléphone, que le maire va justement décrocher après avoir été réveillé par la première explosion. La deuxième déflagration lui sera fatale.

Un maire « très populaire»

Dans la ville, où la nouvelle se répand au petit matin, l'émotion est forte.


Le conseil municipal se réunit en séance extraordinaire et adopte une motion à l'unanimité pour saluer l'oeuvre du maire, "tombé victime du devoir dans l'exercice de ses fonctions".


Camille Blanc, âgé de 50 ans et plusieurs fois réélu depuis 1945, "avait l'estime de ses administrés et aussi celle de ses adversaires politiques. Son dynamisme et sa générosité l'avaient rendu très populaire", écrit le reporter de l'AFP.


Après s'être illustré pendant la Seconde Guerre mondiale comme "l'un des chefs de la Résistance locale", il était devenu maire à la Libération sous l'étiquette de la SFIO et avait modernisé la ville au fil de ses mandats.


Malgré la mobilisation policière, le poseur des bombes ne sera arrêté que cinq ans plus tard, en 1966.


Pierre Fenoglio, qui a bénéficié de l'aide de plusieurs complices, est un ancien d'Indochine, proche de l'extrême droite et qui rejoindra les rangs de l'OAS en Algérie. Il reconnaîtra avoir placé les explosifs, mais niera l'intention de tuer le maire d'Evian.


Il sera condamné en 1967 à vingt ans de réclusion criminelle. L'un des complices, Jacques Guillaumat, sera condamné à huit ans de réclusion. Quant à Paul Bianchi, désigné comme le donneur d'ordre et en fuite au moment du procès, il sera condamné par défaut à la peine de mort.


Un an plus tard, en juin 1968, Fenoglio fera partie d'une liste de prisonniers grâciés par le général de Gaulle, parmi lesquels figurait notamment l'ex-général Salan, ancien chef de l'OAS.

 


Expo2030: la France devient le premier pays à officialiser sa participation

Jacques Maire Président de Cofrex & Talal Al-Marri, directeur général de l’Expo 2030 Riyad, en présence de Son Altesse le Prince Faisal bin Farhan Al Saud, ministre des Affaires étrangères du Royaume d’Arabie saoudite, et de Dimitri S. Kerkentzes, secrétaire général du BIE. (Photo fournie)
Jacques Maire Président de Cofrex & Talal Al-Marri, directeur général de l’Expo 2030 Riyad, en présence de Son Altesse le Prince Faisal bin Farhan Al Saud, ministre des Affaires étrangères du Royaume d’Arabie saoudite, et de Dimitri S. Kerkentzes, secrétaire général du BIE. (Photo fournie)
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  • La France est le premier pays à signer officiellement son contrat de participation à l’Expo 2030 Riyad.
  • Signé à Paris en marge de la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane, l’accord précise les contours de la présence française et marque une nouvelle étape dans la préparation de l’Exposition universelle saoudienne.

PARIS: La France sera au rendez-vous de l’Expo 2030 Riyad. Elle est même le premier pays à avoir officiellement signé son contrat de participation à l’Exposition universelle qui se tiendra dans la capitale saoudienne du 1er octobre 2030 au 31 mars 2031.

La signature de l’accord s’est déroulée à Paris, en marge de la visite du prince héritier et Premier ministre saoudien, Mohammed ben Salmane. La cérémonie s’est tenue en présence du ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhan Al Saoud, et de Dimitri S. Kerkentzes, secrétaire général du Bureau international des Expositions (BIE).

Le contrat a été signé par Talal Al-Marri, directeur général de l’Expo 2030 Riyad, et Jacques Maire, président de la Compagnie française des expositions (Cofrex), l’organisme chargé de préparer et de mettre en œuvre la participation française aux Expositions universelles.

Un premier contrat qui donne le ton

Au-delà de sa portée symbolique, cet accord fixe concrètement le cadre de la participation française pendant les six mois de l’Expo. Il précise notamment l’emplacement et la superficie attribués au pavillon français, ainsi que les grandes orientations de son contenu et de l’expérience proposée aux visiteurs et aux entreprises.

« La signature par la France de son contrat de participation, en tant que premier pays à franchir cette étape, constitue une avancée importante pour l’Expo 2030 Riyad », a déclaré Talal Al-Marri.

Le directeur général de l’Expo a également souligné la longue tradition française de participation aux Expositions universelles et son expertise dans les domaines de la culture, de l’innovation et de la création d’expériences destinées au public.

Cette première signature intervient alors que Riyad accélère les préparatifs de son Exposition universelle. Le 25 août, l’Arabie saoudite et le BIE ont également signé l’Accord de Siège, qui établit le cadre juridique et administratif applicable aux participants officiels. Plus de 135 pays ont déjà confirmé leur participation, selon le BIE.

« Sous un même ciel » : le pavillon français se dévoile

Le pavillon français sera installé dans le quartier thématique baptisé « Planète ». Son thème sera « Sous un même ciel », avec une scénographie articulée autour de quatre éléments : le ciel, la terre, le feu et l’eau.

Pour Jacques Maire, cette conception doit permettre à la France de conjuguer représentation culturelle, innovation et enjeux environnementaux.

Le pavillon aura une double vocation : proposer aux visiteurs une expérience immersive et mettre en avant le savoir-faire français, notamment dans les domaines liés à la protection de la planète et à la transition écologique.

« L’Expo 2030 Riyad constitue une plateforme exceptionnelle pour faire rayonner la créativité, l’innovation et le savoir-faire français », a déclaré le président de Cofrex.

La France entend ainsi utiliser l’Exposition comme une vitrine internationale pour ses entreprises, ses institutions et ses créateurs, tout en participant aux réflexions collectives sur les grands défis auxquels sont confrontées les sociétés contemporaines.

Une exposition placée sous le signe de l’avenir

L’Expo 2030 Riyad aura pour thème général « Imaginer demain ». Elle devrait réunir plus de 200 participants officiels et accueillir quelque 42 millions de visites sur un site de six millions de mètres carrés.

Les organisateurs prévoient cinq quartiers thématiques, des pavillons nationaux, des espaces culturels immersifs et une programmation quotidienne destinée à favoriser les échanges entre visiteurs, pays et organisations.

L’intelligence artificielle et les technologies de pointe doivent également occuper une place importante dans l’expérience proposée au public, aux côtés de l’hospitalité saoudienne et d’une programmation culturelle internationale.

Pour Riyad, l’enjeu dépasse toutefois les six mois de l’Exposition. Le site doit à terme évoluer vers un « village mondial » permanent, conçu pour laisser un héritage durable à la capitale saoudienne et au Royaume.

Une dynamique franco-saoudienne qui se renforce

La signature du contrat français intervient dans un contexte de multiplication des coopérations entre les deux pays autour de l’Expo. Le 26 août, Expo 2030 Riyad et Atout France, l’agence nationale française de développement touristique, ont également signé un protocole d’accord destiné à renforcer les échanges d’expertise, notamment dans le tourisme durable, l’expérience des visiteurs et la préparation de l’héritage de l’Exposition.

Cette succession d’accords illustre la volonté de Riyad de transformer l’Expo 2030 en plateforme de coopération internationale bien avant son ouverture.

Pour la France, qui fait de son pavillon un espace de rayonnement culturel, économique et technologique, le rendez-vous constitue également une occasion de renforcer sa présence dans un Royaume engagé dans une profonde transformation économique et sociale.

À quatre ans de l’ouverture des portes de l’Expo 2030, le pavillon français entre donc officiellement dans sa phase de préparation. Et en choisissant la France comme premier pays à formaliser sa participation, Riyad donne un premier signal fort sur l’importance qu’il entend accorder à ses partenaires internationaux dans la construction de cette future vitrine mondiale.


France–Arabie saoudite : le pari d’un bond technologique commun

Philippe Aghion est un éminent économiste français, mondialement reconnu pour ses travaux sur la croissance et l'innovation. il est professeur au Collège de France et à la London School of Economics. (Photo fournie)
Philippe Aghion est un éminent économiste français, mondialement reconnu pour ses travaux sur la croissance et l'innovation. il est professeur au Collège de France et à la London School of Economics. (Photo fournie)
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  • Pour Philippe Aghion, la France possède les talents, la technologie et le savoir-faire ; l’Arabie saoudite possède les capitaux, une capacité d’investissement et une dynamique industrielle
  • La coopération entre les deux pays pourrait ainsi s’appuyer sur cette complémentarité entre capitaux, compétences et technologies

PARIS: Philippe Aghion est un éminent économiste français, mondialement reconnu pour ses travaux sur la croissance et l'innovation. il est professeur au Collège de France et à la London School of Economics.

Ses recherches ont profondément renouvelé la théorie de la « destruction créatrice » de Joseph Schumpeter. Elles démontrent comment l'innovation, stimulée par la concurrence et encadrée par l'État, est le véritable moteur de la croissance économique moderne. Ses contributions majeures à la science économique ont été couronnées par le prix Nobel d'économie. Arab News en français a pu le rencontrer à Paris.

Pour lui, la France possède les talents, la technologie et le savoir-faire ; l’Arabie saoudite possède les capitaux, une capacité d’investissement et une dynamique industrielle ; leur rapprochement pourrait permettre de financer une nouvelle génération d’innovations, notamment dans l’IA, tout en servant de catalyseur aux réformes économiques et institutionnelles françaises.  La coopération entre les deux pays pourrait ainsi s’appuyer sur cette complémentarité entre capitaux, compétences et technologies.

L’Arabie saoudite et les pays du Golfe peuvent-ils réaliser un « bond technologique » ?

Oui. L’Arabie saoudite dispose d’un avantage majeur : ses capacités financières et son expérience industrielle peuvent contribuer à accélérer l’innovation. La France, de son côté, possède les compétences scientifiques et technologiques nécessaires.

Quels sont les atouts de la France dans cette coopération ?

La France dispose d’un excellent vivier de talents, notamment en mathématiques, en informatique et en ingénierie. Elle possède également des compétences reconnues dans l’aéronautique, la défense, le nucléaire, le ferroviaire, le luxe et certaines technologies d’intelligence artificielle, notamment dans la reconnaissance d’images.

Quel est le principal handicap de la France ?

La situation budgétaire et le niveau d’endettement limitent fortement les capacités françaises d’investissement, notamment dans les innovations de rupture. La hausse des taux d’intérêt accentue encore cette contrainte.

Que peuvent s’apporter réciproquement la France et l’Arabie saoudite ?

La formule qui résume cette complémentarité est simple : « L’Arabie saoudite a les fonds, la France a le savoir-faire. » Mais Riyad apporte également son expérience industrielle et pétrolière. L’objectif est donc de créer une véritable force de frappe commune.

Pourquoi l’IA constitue-t-elle un domaine prioritaire ?

L’intelligence artificielle possède un potentiel de croissance considérable, puisqu’elle peut automatiser la production de biens, de services et même d’idées. Mais son développement nécessite des données et surtout une énorme puissance de calcul, particulièrement coûteuse. C’est précisément un domaine dans lequel les deux pays pourraient coopérer.

La France peut-elle développer une IA européenne capable de concurrencer les États-Unis et la Chine ?

Oui, et cela est considéré comme important. L’objectif serait que la France soit au cœur d’une initiative européenne comparable à la DARPA américaine, avec éventuellement la participation d’autres pays européens et un financement saoudien.

Pourquoi la coopération avec l’Arabie saoudite serait-elle déterminante pour l’IA ?

Parce que le principal obstacle français est le manque de financement. L’Arabie saoudite pourrait fournir les capitaux nécessaires, tandis que la France apporterait ses chercheurs, ses ingénieurs, ses talents et ses technologies.

Quelle vision de l’IA la France devrait-elle défendre ?

La France devrait promouvoir une IA plus éthique, davantage respectueuse des individus, des droits de propriété, des libertés et de la démocratie. Il existe, selon l’interviewé, un marché mondial pour une intelligence artificielle correspondant à ces valeurs.

La France et l’Arabie saoudite peuvent-elles construire ensemble cette « IA de confiance » ?

Oui. Il s’agirait d’un scénario gagnant-gagnant : la France apporterait les compétences et les valeurs, tandis que l’Arabie saoudite fournirait les financements et certaines capacités industrielles. Cette IA pourrait notamment intéresser les pays du Sud global.

La coopération franco-saoudienne dépasse-t-elle les seuls intérêts économiques ?

Oui. Les deux pays peuvent également coopérer sur les questions institutionnelles, culturelles et géopolitiques. Malgré leurs différences culturelles, ils partagent, selon l’interviewé, certains intérêts et certaines valeurs.


La France et l’Arabie saoudite affichent un rapprochement stratégique croissant, de l’Iran à Gaza

Faisal J. Abbas, rédacteur en chef d’Arab News, et la sénatrice Nathalie Goulet, lors de la discussion spéciale organisée au Sénat français. (Photo: Arab News en français)
Faisal J. Abbas, rédacteur en chef d’Arab News, et la sénatrice Nathalie Goulet, lors de la discussion spéciale organisée au Sénat français. (Photo: Arab News en français)
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  • Une discussion spéciale au Sénat français, animée par la sénatrice Nathalie Goulet, avec une présentation de Faisal J. Abbas, rédacteur en chef d’Arab News

PARIS : Les accords conclus lors de la récente visite d’État en France du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane témoignent d’un approfondissement du partenariat entre Paris et Riyad, qui dépasse désormais largement la coopération économique pour englober certains des enjeux géopolitiques les plus pressants du Moyen-Orient.

Tel était le message central d’une discussion spéciale organisée au Sénat français autour de la visite du prince héritier, ainsi que des accords et déclarations conjointes annoncés avec le président français Emmanuel Macron.

La présentation a été assurée par Faisal J. Abbas, rédacteur en chef d’Arab News, qui faisait partie de la délégation de presse accompagnant la visite, et animée par la sénatrice française Nathalie Goulet. François Gouyette, ancien ambassadeur de France en Arabie saoudite, a également participé aux échanges.

Pour Abbas, les annonces faites lors de la visite constituent une nouvelle preuve de la solidité de la relation saoudo-française.

« Les annonces d’hier sont la preuve de cet alignement », a-t-il déclaré, estimant qu’elles renforcent encore le positionnement stratégique de la France. Il a souligné que les évolutions observées au cours des trois à quatre dernières années démontrent que le partenariat bilatéral continue de prendre de l’ampleur.

Le Conseil de partenariat stratégique saoudo-français est au cœur de cette coopération croissante. Gouyette a identifié trois grands axes : la situation au Moyen-Orient, notamment en Iran ; la guerre à Gaza et la situation en Cisjordanie ; et l’élargissement du partenariat bilatéral, notamment à travers la coopération autour d’AlUla.

Concernant l’Iran, Abbas a insisté sur l’importance de privilégier une solution diplomatique. « La priorité est une solution diplomatique », a-t-il déclaré. « Commencer une guerre est facile, y mettre fin ne l’est pas. »

Selon lui, toute escalade militaire aurait des conséquences qui dépasseraient largement la région immédiate, notamment pour l’économie mondiale. L’objectif, a-t-il ajouté, devrait être de faire en sorte que la diplomatie « ait le dernier mot ».

Sur la question palestinienne, Abbas a réaffirmé que « la solution à deux États est la seule solution », soulignant le rôle de la France et de l’Arabie saoudite dans la promotion de cet objectif.

La Syrie a été présentée comme un autre exemple de coopération croissante. Abbas a évoqué le cadre trilatéral réunissant la France, la Syrie et l’Arabie saoudite, ainsi que la décision de soutenir le président syrien Ahmad Al-Chareh.

« La Syrie mérite une chance », a déclaré Abbas.

Le Liban a également été identifié comme une priorité, la France soutenant la stabilité du pays tout en condamnant les agressions contre les pays du Conseil de coopération du Golfe et les menaces visant la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.

La dimension économique de la visite a occupé une place importante aux côtés des discussions géopolitiques.

Au total, 22 protocoles d’accord et autres accords ont été signés dans un large éventail de secteurs. Parmi les projets annoncés figure notamment un parc à thème, tandis que le potentiel global d’investissement est estimé à environ 6 milliards d’euros.

Ces projets pourraient créer jusqu’à 22 000 emplois, illustrant davantage l’ampleur des ambitions économiques qui sous-tendent la relation bilatérale.

Pour les participants, ces accords témoignent de la complémentarité croissante entre les deux économies et de la volonté de transformer les liens politiques en opportunités d’investissement et commerciales.

Les échanges ont également porté sur le Yémen et la position de l’Arabie saoudite face au conflit.

Abbas a rappelé que Riyad avait tiré la sonnette d’alarme sur la menace des Houthis il y a environ dix ans, notamment en soulevant la question auprès de l’administration de Barack Obama, alors président des États-Unis.

« Dix ans plus tard, c’est toujours une menace, non seulement pour la région, mais pour le monde », a-t-il déclaré, estimant que les développements intervenus depuis avaient confirmé les avertissements formulés à l’époque par l’Arabie saoudite.

L’Arabie saoudite a également soutenu le Yémen à travers plusieurs initiatives, notamment la formation de l’armée yéménite et le partage de renseignements.

Dans le même temps, Abbas a souligné que la priorité devait désormais être de mettre fin au conflit.

« La priorité aujourd’hui est d’arrêter la guerre », a-t-il déclaré, ajoutant que cela serait « la bonne chose à faire pour vous, et pas seulement pour vos alliés ».

Il a également établi une distinction entre l’importance stratégique du détroit de Bab el-Mandeb et celle du détroit d’Ormuz. Selon lui, son impact sur l’économie mondiale est moins important que celui d’une perturbation de la navigation dans le détroit d’Ormuz.

Gouyette, pour sa part, a insisté sur l’importance de reconnaître la « complémentarité » entre la France et l’Arabie saoudite lorsqu’il s’agit de relever les défis régionaux.

La discussion a également porté sur l’importance de l’évolution de l’image internationale de l’Arabie saoudite, notamment alors que le Royaume cherche à attirer les investissements et à concrétiser les ambitions de Vision 2030.

La sénatrice Goulet a souligné que la confiance des investisseurs est étroitement liée à l’image et à l’environnement général d’un pays.

« L’Arabie saoudite est très bien classée par le Groupe d’action financière. Pour développer les affaires, il faut garantir l’environnement », a-t-elle déclaré. Pour l’Arabie saoudite, renforcer sa réputation internationale constitue donc un élément important de sa transformation économique.

La discussion a notamment abordé l’autonomisation des femmes et les changements sociaux plus larges.

Abbas a estimé que le monde arabe ne devait pas être présenté uniquement à travers des images de conflit.

« Le monde arabe ne doit pas être réduit aux balles et aux bombes », a-t-il déclaré, mettant en avant les opportunités qui émergent dans toute la région ainsi que les transformations en cours en Arabie saoudite.

Ces propos faisaient écho à un argument développé récemment par Goulet dans son article d’opinion, « 2030 est déjà là », consacré à la transformation du Royaume.

Le rôle des médias dans l’évolution de la perception de l’Arabie saoudite et, plus largement, du monde arabe a également constitué un thème majeur.

Abbas a évoqué l’introduction de l’intelligence artificielle et les initiatives de contenus multilingues liées au lancement d’Arab News en français et au 50e anniversaire d’Arab News. L’élargissement des contenus à plusieurs langues vise à rendre la couverture accessible à un public international beaucoup plus large, représentant environ 80 % de la population mondiale.

Mais atteindre un public mondial ne signifie pas nécessairement que celui-ci consultera ou suivra les contenus.

« Vous pouvez amener le cheval à l’eau, mais vous ne pouvez pas le forcer à boire », a déclaré Abbas, utilisant cette expression pour illustrer les limites de l’influence des médias dans un environnement de plus en plus façonné par les réseaux sociaux et l’évolution des habitudes de consommation de l’information.

La discussion a ainsi mis en lumière un défi plus large : faire en sorte que les changements rapides qui se produisent dans le monde arabe soient compris à l’international, plutôt que filtrés à travers des perceptions dépassées de la région.

La réunion s’est conclue par un appel à poursuivre les échanges entre la France et l’Arabie saoudite dans les domaines politique, économique et médiatique.

Goulet a proposé la création d’un Club de la presse franco-saoudien afin d’approfondir les échanges entre journalistes et professionnels des médias des deux régions.

Pour Abbas, les discussions au Sénat ont illustré l’ampleur d’une relation qui a considérablement évolué ces dernières années. La coordination politique sur l’Iran, la Palestine, la Syrie, le Liban et le Yémen s’accompagne de plus en plus d’engagements économiques majeurs et d’un effort plus large visant à faire évoluer la perception du Royaume.

Pour Paris et Riyad, la relation ne se limite plus à la diplomatie bilatérale traditionnelle. Elle se présente de plus en plus comme un partenariat stratégique couvrant la sécurité régionale, l’investissement, la culture et les médias, en phase avec la transformation plus large de l’Arabie saoudite.