La guerre en Ukraine aggrave l'insécurité alimentaire dans la région MENA

Une moissonneuse-batteuse ramasse le blé dans un champ près du village de Krasne dans la région de Chernihiv, à 120 km au nord de Kiev, le 05 juillet 2019 (Photo, Anatolii Stepanov / FAO / AFP).
Une moissonneuse-batteuse ramasse le blé dans un champ près du village de Krasne dans la région de Chernihiv, à 120 km au nord de Kiev, le 05 juillet 2019 (Photo, Anatolii Stepanov / FAO / AFP).
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Publié le Vendredi 11 mars 2022

La guerre en Ukraine aggrave l'insécurité alimentaire dans la région MENA

  • Les responsables s'attendent à ce que l'invasion russe de l'Ukraine ait un impact inflationniste sur les coûts de la nourriture, du pétrole et du transport
  • Les pays de la région MENA et les organismes d'aide qui dépendent des céréales de la mer Noire, moins chères, s’efforcent de trouver des sources alternatives

DUBAÏ: Lorsque les chars russes sont entrés en Ukraine le 24 février, la sonnette d'alarme a commencé à retentir jusqu'à des lieux pourtant éloignés de la zone de guerre. De nombreux pays dépendent en effet fortement des deux parties belligérantes pour leur approvisionnement en blé. Parmi eux, les nations de la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord figurent en bonne place sur la liste.
C'est en partie la raison pour laquelle, pour les gouvernements du Liban, de l'Égypte, de la Tunisie, du Yémen et du Soudan, ainsi que pour les agences d'aide internationale, l'influence du conflit s'est fait beaucoup sentir malgré la distance géographique.
En quelques jours, les combats ont limité la capacité de la Russie et de l'Ukraine à continuer d'exporter du blé vers l'un de leurs principaux marchés. Celui-ci dépend notamment des céréales de la mer Noire, moins chères, pour une grande partie de son alimentation de base.
L'Ukraine a fermé plusieurs de ses ports et a ordonné l’arrêt du mouvement des navires dans la mer d'Azov jusqu'à nouvel ordre. L'effet a été immédiat.
Les pays de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), qui connaissaient déjà des pénuries alimentaires à cause de la hausse des coûts d'importation, des déficits budgétaires et des conflits, sont désormais confrontés à un défi supplémentaire. Toute suspension ou réduction des approvisionnements en blé en provenance d'Ukraine et de Russie privera sans aucun doute les citoyens de plusieurs pays les plus exposés à l'insécurité alimentaire de la capacité de produire du pain et d'autres produits de première nécessité.
Acteurs majeurs dans des secteurs tels que les puces informatiques, le pétrole, le bois, les céréales et l'huile de tournesol, la Russie et l'Ukraine représentent également ensemble plus de 14% des exportations mondiales de blé et un pourcentage similaire du marché mondial du maïs.

Des travailleurs préparent l'aide alimentaire qui sera distribuée aux Yéménites déplacés par le conflit dans la province occidentale de Hodeidah, le 1er mars 2022 (Photo, Khaled Ziad / AFP).


Selon les estimations du département américain de l'Agriculture, la Russie est le premier exportateur mondial de blé et l'Ukraine occupe la quatrième place. La Russie, l'Ukraine et la Biélorussie sont également parmi les principaux exportateurs d'engrais au monde.
La guerre a interrompu les expéditions depuis les ports ukrainiens, rapporte Reuters citant des commerçants et des banquiers. Les sanctions financières visant la Russie compliquent quant à elle le règlement des achats de blé russe. Tout cela faisant peser un risque supplémentaire sur les gouvernements de la région MENA.
«Tout le monde cherche d'autres marchés car il devient de plus en plus impossible d'acheter des provisions d'Ukraine ou de Russie», a déclaré un banquier spécialisé dans les matières premières du Moyen-Orient. Les perturbations du transport maritime, les nouvelles sanctions économiques et la hausse des primes d'assurance pèsent également dans la balance, selon lui. «Le marché ne s'attend pas à ce que les exportations ukrainiennes et russes reprennent avant la fin des combats» soutient-il enfin.

Le port maritime d'Odessa, depuis lequel sont expédiés les approvisionnements en céréales du pays vers les pays étrangers (Photo, Oleksandr Gimanov / AFP).


Au Liban, les responsables s'attendent à ce que les stocks de blé s'épuisent dans un mois. Au Yémen, qui importe 90% de son blé, c'est la panique totale. Des années de sécheresse ont créé des conditions proches de la famine et laissé la majeure partie de la population yéménite dépendante de l'aide alimentaire. La situation s'est aggravée depuis la prise de contrôle de la capitale Sanaa en 2014 par les Houthis.
L'année dernière, l'Ukraine a été le deuxième plus grand fournisseur de blé du Programme alimentaire mondial de l'ONU. Une grande partie de cette aide était destinée à la Syrie, où 90% de la population d'avant-guerre vit désormais au seuil de pauvreté, voire en dessous, selon l'ONU.
Pour, David Beasley, directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (Pam), le manque de financement a contraint le Pam à réduire de moitié les rations pour 8 millions de civils, avec d'autres réductions importantes à venir. «Et juste au moment où vous pensez que c'est déjà assez grave, nous avons maintenant une guerre en Ukraine», a-t-il ajouté dans une vidéo publiée sur le site web du Pam.
«Nous obtenons 50% de notre blé de la zone ukrainienne et russe. Cela va certainement avoir un impact dramatique sur les coûts de la nourriture, du pétrole et du transport. Juste au moment où vous pensez que les choses ne peuvent pas être pire, elles vont empirer. C’est une catastrophe par-dessus la catastrophe. C'est tout simplement déchirant.»

Des personnes déplacées par le conflit reçoivent une aide alimentaire dans un camp de la région de Khokha, au Yémen, le 14 janvier 2022 (Photo, Khaled Ziad / AFP).


Au Liban, la perspective d'une crise alimentaire imminente reste gravée dans les esprits depuis la destruction du port de Beyrouth en août 2020. Si le Liban s'est doté d'un nouveau site de stockage pour le blé importé, le pays doit maintenant trouver d'autres sources d'approvisionnement en blé.
D'après le ministre libanais de l'Économie et du Commerce Amin Salam, le Liban importait environ 60% de son blé d'Ukraine et de Russie. Le gouvernement a selon lui entamé des discussions avec la France, l'Inde et les États-Unis pour s'approvisionner. Les coûts devraient cependant être plus élevés.

 

EN BREF

L'Ukraine a interdit les exportations de seigle, de sarrasin, de millet, d’orge, de sucre, de sels, de viandes jusqu'à la fin 2022.

«Je n'ai pas pu acheter un croissant ou une man'ouché aujourd'hui», a déclaré Elio Alam, un habitant de Beyrouth, à Arab News jeudi. «Je me suis arrêté dans plusieurs magasins, mais tous m’ont dit qu'ils ne produisaient pas les produits afin d’économiser la farine pour faire du pain. Mais même le pain manque dans beaucoup de boulangeries.»
Compte tenu de l'état alarmant de l'économie libanaise, les inquiétudes sont doubles: d'où le gouvernement peut désormais s'approvisionner et comment peut-il payer ces provisions? «La situation réelle des finances publiques libanaises est loin d'être claire en raison du manque total de professionnalisme dans sa gestion. Il est par conséquent impossible de déterminer s'il existe encore des ressources au sein du Trésor public», a déclaré à Arab News, Riad Saade, président de CREAL, un centre de recherche agricole et une société de conseil à Beyrouth.

Des personnes font la queue devant une boulangerie dans le quartier de Nabaa au Liban (Photo, AFP).


«Les responsables libanais pourraient encore trouver des moyens d'assurer le financement des subventions au blé à partir d'autres allocations budgétaires. Ils chercheront également à obtenir des dons, ce qui aura des ramifications politiques. Les États-Unis et la France pourraient envisager de soutenir la population libanaise. Le Pam pourrait aussi avoir un rôle à jouer.»
«Le marché international reste ouvert et accessible. Mais, il s'agit ici de financer l'approvisionnement et de faire face aux prix qui ont augmenté à cause de la crise. L'Australie et le Kazakhstan peuvent également être des sources d'approvisionnement.»
Pour Saade, qui n'a toutefois pas exclu la possibilité d'émeutes du pain et de troubles civils «nous pourrions avoir atteint la situation où les gens n'auront d'autre choix que de se révolter.»
À l'instar du Liban, les responsables d'autres pays de la région MENA à court d'argent se sont efforcés de trouver des sources d’approvisionnements alternatives en céréales à des prix abordables.
Les responsables du régime syrien ont tenu une réunion d'urgence dès le début de l'invasion pour faire le point sur les réserves nationales de céréales, de sucre, d'huile de cuisson et de riz. Les ministres du président syrien Bachar al-Assad envisageraient de réduire les prix de certains produits de base sur les marchés locaux et de rationner le pétrole pour les deux prochains mois.

Des personnes font la queue devant une boulangerie dans la ville d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, le 24 avril 2020 (Photo, Omar Haj Kadour / AFP).


En plus des mesures d'austérité existantes, toute réduction de l’aide humanitaire aggraverait le stress et les difficultés financières des Syriens vivant dans les territoires contrôlés par le régime. Quant à ceux qui vivent dans les régions du pays sous le contrôle des rebelles ou sous l’administration des Kurdes, ils dépendent fortement du commerce transfrontalier avec la Turquie, l'Irak et le Liban, qui connaissent eux-mêmes des problèmes chroniques d'approvisionnement.
À Idlib, zone tenue par les rebelles, l'une des poches d'insécurité alimentaire du Moyen-Orient, Omar Karim, ouvrier et père de trois enfants, a confié que sa famille «vit déjà au bord de la famine tous les jours».
Ayant vécu sous les bombardements russes et du régime d'Al-Assad pendant de nombreuses années, Karim craint maintenant que sa famille ne subisse bientôt les répercussions d'une autre guerre russe.
Il a déclaré à Arab News: «La Russie a réussi à nous piétiner et mène une guerre à l'intérieur et à l'extérieur de la Syrie. Je ne sais pas comment faire pour continuer à nourrir ma famille. Que mangerons-nous? de l’herbe?»
L'Égypte, elle aussi, sent le danger venir. Les analystes estiment que la guerre en Ukraine pourrait constituer une menace sérieuse pour l'économie du pays, le prix du blé ayant augmenté de près de 50% ces derniers jours.

Des personnes déplacées par le conflit reçoivent une aide alimentaire dans un camp de la région de Khokha (Photo, Khaled Ziad / AFP).


D'après Michael Tanchum, chercheur non résident à l'Institut du Moyen-Orient, «L'Égypte doit déjà trouver d’autres fournisseurs. Une nouvelle escalade qui mettrait fin à toutes les exportations de la mer Noire pourrait également retirer les approvisionnements russes du marché, avec un impact catastrophique.»
L'Égypte importe la plus grande quantité de blé au monde. Il s'agit du second client de la Russie en termes de volume. Elle en a acheté 3,5 millions de tonnes à la mi-janvier, selon S&P Global. Le pays le plus peuplé du monde arabe a d'ores et déjà commencé à acheter ailleurs, notamment de Roumanie, mais 80% de ses importations proviennent de Russie et d'Ukraine.
«Avec environ quatre mois de réserves de blé, l'Égypte peut relever le défi. Mais pour cela, le Caire devra prendre des mesures immédiates et décisives, qui pourront être encore plus efficaces avec le soutien favorable de ses partenaires américains et européens», a ajouté Tanchum.

L’Égypte, le pays le plus peuplé du monde arabe, achète 80% de ses importations en Russie et en Ukraine (Photo, AFP).


La guerre en Ukraine menace également d'augmenter le coût des huiles de cuisson dans la région MENA et en Turquie. Le blocage des importations en provenance de Russie et d'Ukraine a déclenché des achats dictés par la panique d'huile de tournesol en Turquie, malgré les assurances du gouvernement concernant la disponibilité des produits de base.
Des navires transportant de l'huile végétale en provenance de Russie, qui fournit 55% des besoins d'importation de la Turquie, et d'Ukraine, qui en fournit 15%, ont été retenus dans la mer d'Azov. Les inquiétudes risquent de s’accroître si la guerre venait à affecter la récolte de cette année en Ukraine et si les sanctions contre la Russie en perturbaient les paiements.
A l'agitation et le chaos des deux dernières décennies s'ajoute la menace qui pesé sur les disponibilités alimentaires au Moyen-Orient, qui a rarement atteint des proportions alarmantes. Quelle que soit l'ampleur de la perturbation, les dirigeants régionaux ont toujours trouvé un moyen de maintenir l'approvisionnement en denrées de base. La crise ukrainienne, qui a plongé le grenier du monde dans la guerre, est différente.


Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L’IA ne remplacera jamais la créativité humaine, affirme la PDG de SRMG

Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
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  • S’exprimant auprès de Maya Hojeij, présentatrice économique senior à Asharq avec Bloomberg, Jomana R. Alrashid a dit être fière des plateformes de SRMG qui ont su intégrer et adopter l’IA

RIYAD : Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group (SRMG), a souligné que l’intelligence artificielle ne pouvait pas remplacer la créativité humaine lors d’une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office sur l’île de Shura, vendredi.

« On ne peut jamais remplacer la créativité humaine. Le journalisme, au final, et la création de contenu, reposent sur le storytelling, et c’est un rôle créatif que l’IA n’a pas encore la capacité d’assumer », a déclaré Alrashid lors du sommet d’investissement.

« Nous n’éliminerons jamais ce rôle humain qui consiste à raconter l’histoire, à mener un véritable travail d’enquête, à distinguer ce qui relève de l’actualité ou des faits de ce qui est faux… à différencier la désinformation du biais. C’est là le rôle fondamental que joue la rédaction au sein d’une newsroom. »

Abordant le thème de l’IA lors de cette discussion modérée par Maya Hojeij, présentatrice économique senior à Asharq avec Bloomberg, la PDG a exprimé sa fierté quant à la manière « transformatrice » dont les plateformes de SRMG ont intégré l’IA.

« Nous traduisons désormais l’ensemble de nos contenus en nous appuyant sur l’IA. Nous produisons également des documentaires grâce à l’IA. Nous disposons aujourd’hui de la vérification des faits assistée par l’IA, de l’indexation, du clipping et de la transcription automatisés. C’est cela, selon nous, l’avenir. »

Interrogée sur le profil du journaliste de demain, Alrashid a répondu : « C’est à la fois un journaliste et un ingénieur. Quelqu’un qui doit comprendre les données. Et c’est un autre sujet extrêmement important : comprendre les données avec lesquelles on travaille. »

« L’IA a également facilité cet aspect. Je dois dire qu’au cours des vingt dernières années dans la région, en particulier dans les entreprises de médias, nous n’avons pas suffisamment compris l’importance des données. »

La PDG a rappelé qu’auparavant, les médias s’appuyaient principalement sur des sondages, des enquêtes ou des chiffres d’audience, alors qu’aujourd’hui, des informations beaucoup plus détaillées sur les attentes des publics sont disponibles.

Lors de cette discussion informelle, Alrashid a également été interrogée sur la perception des médias du Moyen-Orient par la communauté internationale. Elle a expliqué qu’au fil des décennies, ces médias avaient joué un rôle essentiel pour informer un public plus large sur des enjeux extrêmement complexes — politiques, culturels et économiques — et continuaient de le faire.

« Aujourd’hui, ce rôle est encore plus important, notamment en raison de l’essor des réseaux sociaux, des journalistes citoyens et des créateurs de contenu. Mais je pense aussi que cela a été facilité par la puissance de l’IA. Désormais, un contenu produit par des journalistes crédibles, de premier plan, de classe mondiale, peut immédiatement dépasser les frontières, atteindre différentes zones géographiques, différents publics, différents pays, dans plusieurs langues et sous divers formats. »

Elle a souligné qu’il existait une opportunité majeure pour les médias arabes de ne plus se limiter à un public exclusivement arabe, mais de franchir les frontières, d’être disponibles en plusieurs langues et de mieux servir leurs audiences.

La PDG s’est montrée optimiste quant à l’avenir, insistant sur l’importance d’une vision claire, d’une stratégie solide et d’un alignement total des équipes.

Les modèles publicitaires traditionnels, autrefois centrés sur la télévision et la presse écrite, évoluent rapidement, les plateformes de réseaux sociaux dominant désormais les revenus publicitaires.

« Le changement est radical. Autrefois, nous étions en concurrence les uns avec les autres pour l’audience. Aujourd’hui, nous sommes aussi en concurrence avec les plateformes de réseaux sociaux : 80 % des revenus publicitaires au Moyen-Orient vont aux réseaux sociaux, mais cela signifie aussi qu’il existe 80 % d’opportunités d’intérêt. »

Selon elle, le défi consiste à créer le bon contenu sur ces plateformes afin d’engager les audiences cibles et de permettre des partenariats commerciaux. « Ce n’est un secret pour personne : les marques n’aiment pas faire de la publicité sur les chaînes d’information. Cela est souvent associé aux conflits ou à la guerre, ce qui dissuade les annonceurs. »

« C’est pourquoi nous nous sommes développés dans de nouveaux secteurs comme le sport. Et c’est aussi pour cela que nous avons renforcé notre position dans le lifestyle. Nous détenons la plus grande part de marché dans ce domaine… Et nous avons lancé de nouvelles plateformes comme Billboard Arabia, qui nous permet d’entrer dans l’univers de la musique. »

Alrashid a expliqué que cette diversification plaçait le groupe dans une position solide pour faire face au déclin des revenus publicitaires sur différentes plateformes, grâce au lancement de nouveaux produits.

« Un autre actif de propriété intellectuelle très important que nous avons créé, ce sont les événements associés à des marques présentes dans la région depuis plus de 30 ans. Aujourd’hui, toute marque ou tout titre qui n’est pas accompagné d’un événement passe à côté d’une opportunité commerciale majeure, qui nous permet de nous retrouver dans une même salle, d’échanger des idées et de nous connaître au-delà des écrans. »

La PDG a déclaré que les perturbations étaient désormais constantes et souvent autonomes, ajoutant que l'avenir du secteur reposait souvent sur la narration et la capacité à innover en créant des contenus convaincants qui touchent directement le public. 

« Mais la prochaine perturbationsviendra encore de l’IA. De la vitesse à laquelle cet outil et cette technologie extrêmement puissante évoluent. Et de notre capacité à y faire face, à nous y adapter et à l’intégrer pleinement — ou non. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le prince Turki Al-Faisal réaffirme la solidité des relations saoudo-émiraties et appelle à se fier aux sources officielles

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  • L’ancien chef du renseignement se dit « optimiste » quant au nouveau Conseil de paix formé par Donald Trump
  • Israël applique le deux poids deux mesures en soutenant le terrorisme tout en accusant les autres de le faire, estime-t-il

ÎLE DE SHURA – MER ROUGE : Le prince Turki Al-Faisal, président du Centre du roi Faisal pour la recherche et les études islamiques, et ancien ambassadeur en Grande-Bretagne et aux États-Unis, a réaffirmé vendredi les « relations fraternelles » entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, appelant le public à « se référer aux sources d’information officielles saoudiennes » plutôt qu’aux publications sur les réseaux sociaux.

« Comme nous l’avons vu, les responsables saoudiens ont réaffirmé les relations fraternelles avec les Émirats arabes unis. Ces liens ne sont pas uniquement politiques, mais profondément enracinés dans l’affection, les liens familiaux et une histoire commune », a-t-il déclaré.

S’exprimant lors de la séance d’ouverture du sommet Investing Is a Sea, organisé par The Family Office, le prince Turki Al-Faisal a affirmé que malgré le bruit sur les réseaux sociaux autour du différend politique entre Riyad et Abou Dhabi sur le Yémen, les relations entre les deux pays demeurent solides. Il s’exprimait lors d’un échange avec le rédacteur en chef d’Arab News, Faisal J. Abbas, modérateur de la session.

« Notre relation avec les Émirats est fondée sur l’intégration, non sur la confrontation, et ce principe s’applique à l’ensemble du CCG », a expliqué Al-Faisal.

« Les divergences d’opinion sont naturelles, y compris au sein de l’Union européenne, mais nous espérons que les utilisateurs des réseaux sociaux s’abstiendront de toute dérive immorale dans ce différend », a répondu Abbas, en référence à ceux qui propagent la haine et les mensonges en ligne.

Les tensions entre les deux pays du Golfe se sont accrues en décembre lorsque les Émirats ont soutenu et approvisionné le Conseil de transition du Sud (STC) yéménite, qui a agi unilatéralement dans une tentative de sécession près de la frontière saoudienne. La coalition dirigée par Riyad pour rétablir la légitimité au Yémen est alors intervenue fermement, ciblant ce qu’elle a qualifié de livraison militaire non autorisée au STC et demandant à Abou Dhabi de retirer tous ses moyens et personnels du Yémen. Peu après, le ministère émirati de la Défense a annoncé qu’il se conformerait à cette demande et qu’il soutenait la sécurité et la stabilité de l’Arabie saoudite.

Malgré cela, une guerre médiatique s’est poursuivie sur les réseaux sociaux des deux côtés, amenant de nombreux observateurs à s’interroger sur la volonté réelle des deux capitales de mettre fin au différend.

S’exprimant lundi depuis Varsovie, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a reconnu une « divergence de vues » sur le Yémen, tout en soulignant que la relation entre les deux pays restait « d’une importance cruciale ». Il a insisté sur le fait que « les Émirats se sont totalement retirés du dossier yéménite ».

« Il s’agit d’un élément essentiel de la stabilité régionale, et le Royaume tient toujours à entretenir une relation forte et positive avec les Émirats arabes unis, partenaire clé au sein du CCG », a déclaré le prince Faisal lors d’une conférence de presse en Pologne.

Deux jours plus tard, le ministre saoudien des Médias, Salman Al-Dossary, a démenti dans un message publié sur les réseaux sociaux les rumeurs circulant en ligne selon lesquelles le Royaume aurait refusé de recevoir Cheikh Tahnoun ben Zayed Al Nahyan, vice-gouverneur d'Abou Dhabi et conseiller à la sécurité nationale des Émirats arabes unis.

« Cheikh Tahnoun ben Zayed se rend au Royaume quand il le souhaite, sans avoir besoin d’autorisation. L’Arabie saoudite est sa maison et ses dirigeants sont sa famille », a écrit Al-Dossary.

Le panel d’ouverture de The Family Office a également abordé les évolutions mondiales récentes. Le prince Turki a dit espérer que le Conseil de paix mis en place par le président américain Donald Trump apportera un changement.

« Le rôle de l’Arabie saoudite au sein du Conseil de paix est de poursuivre son soutien à la Palestine, et les déclarations du prince héritier Mohammed ben Salmane à Washington visent toutes à convaincre les États-Unis que la paix doit reposer sur la justice et non sur des principes sélectifs », a-t-il déclaré.

Al-Faisal a déclaré qu'on ne pouvait pas accorder à Israël le « droit à l'autodéfense » tout en refusant ce même droit aux Palestiniens, alors que ce sont eux qui sont attaqués.

Il a rappelé que la position saoudienne a toujours été l’établissement d’un État palestinien avant toute normalisation avec Israël.

Évoquant la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane à la Maison-Blanche en novembre dernier, Al-Faisal a affirmé que la position du Royaume repose sur la justice et sur les principes fondateurs de l’Arabie saoudite.

Concernant Israël, le prince Turki a réitéré son point de vue selon lequel Israël applique le deux poids deux mesures, tant dans ses actes que dans son discours.

Interrogé par Abbas sur un article du Times of Israel, signé par la correspondante politique Tal Schneider et publié le 8 octobre 2023, affirmant qu’Israël avait payé le prix, le 7 octobre, de la politique de soutien au Hamas menée pendant 16 ans par Benyamin Netanyahou au détriment de l’Autorité palestinienne, Abbas a demandé : « Ne trouvez-vous pas ironique qu’Israël soutienne publiquement et massivement le terrorisme, puis accuse les autres de faire la même chose ? »

Le prince Turki Al-Faisal a répondu qu’Israël affiche un double standard évident lorsqu’il accuse d’autres pays de soutenir le Hamas et l’extrémisme, alors qu’il est largement connu comme l’un des principaux soutiens du mouvement.

« Il existe un dicton dans le Hedjaz, où j’ai grandi, qui dit : “Il m’a frappé, puis il a pleuré et s’est plaint avant moi.” Les dirigeants israéliens ont maîtrisé cette tactique. Depuis sa création, Israël s’est présenté comme la victime à qui l’on aurait volé ses droits. Cette machine de propagande fonctionne depuis quatre-vingts ans », a-t-il expliqué.

« Je ne suis pas surpris lorsque Netanyahou ou ses partisans affirment aujourd’hui que l’Arabie saoudite adopte une position extrémiste à l’égard du judaïsme ou d’Israël. En réalité, ce sont les actions d’Israël, sous la direction de Netanyahou, qui nous ont conduits à la situation actuelle, où nous assistons à un génocide contre les Palestiniens, non seulement à Gaza mais aussi en Cisjordanie », a-t-il ajouté.

« Netanyahou a récemment déclaré que quiconque souhaitait normaliser ses relations avec Israël devait reconnaître son “droit à l’autodéfense”, accordant de facto à Israël un permis pour sacrifier les Palestiniens », a-t-il ajouté.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


La justice allemande saisit des biens dans une enquête pour fraude bancaire au Liban

Les procureurs allemands ont déclaré jeudi avoir saisi des avoirs d'une valeur d'environ 35 millions d'euros (42 millions de dollars) dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent visant l'ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salameh, et quatre autres personnes. (AFP/Fichier)
Les procureurs allemands ont déclaré jeudi avoir saisi des avoirs d'une valeur d'environ 35 millions d'euros (42 millions de dollars) dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent visant l'ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salameh, et quatre autres personnes. (AFP/Fichier)
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  • La justice allemande a saisi 35 millions d’euros de biens dans le cadre d’une enquête pour blanchiment d’argent visant l’ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salamé
  • Les procureurs l’accusent d’avoir détourné plus de 330 millions de dollars entre 2004 et 2015 ; un tribunal doit désormais statuer sur la confiscation définitive des biens

BERLIN: La justice allemande a indiqué jeudi avoir saisi des biens d'une valeur totale de 35 millions d'euros dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent visant l'ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salamé, et quatre autres personnes.

Âgé de 75 ans, M. Salamé, qui a dirigé la banque centrale entre 1993 et 2023, fait face à de multiples accusations au Liban et à l'étranger, notamment de détournement de fonds, blanchiment d'argent et évasion fiscale. Il a toujours nié toute malversation.

Dans un communiqué, le parquet a déclaré que "des biens immobiliers commerciaux de grande valeur à Munich et à Hambourg, ainsi que des parts sociales d'une société immobilière à Düsseldorf pour une valeur totale d'environ 35 millions d'euros" ont été saisis.

"Après des enquêtes très approfondies", notamment au Liban, le parquet accuse  M. Salamé, agissant avec son frère Raja Salamé, d'avoir "détourné des fonds d'un montant total de plus de 330 millions de dollars au détriment de la banque centrale libanaise et donc aux dépens de l'Etat libanais, afin de s'enrichir illégalement" entre 2004 et 2015.

Ces fonds provenaient de transactions financières entre la banque centrale libanaise et des banques commerciales au Liban.

L'argent a été blanchi par l'intermédiaire d'une société écran dans les îles Vierges britanniques et utilisé par Raja Salamé et trois autres coaccusés pour des investissements en Allemagne et ailleurs en Europe, selon les procureurs.

Un tribunal de Munich doit désormais décider si les biens saisis peuvent être définitivement confisqués.

Les procureurs allemands ont ouvert leur enquête en 2021 et ont collaboré avec des enquêteurs français et luxembourgeois.

Détenteur de la double nationalité française et libanaise, Riad Salamé avait été arrêté en 2024 au Liban et inculpé pour le détournement présumé de 44 millions de dollars de la banque centrale libanaise, avant d'être libéré en septembre dernier contre le versement d'une caution record.

L’ex-gouverneur est considéré comme l'un des principaux responsables de l’effondrement économique du Liban, que la Banque mondiale a qualifié de l'un des pires de l’histoire récente. Mais il a toujours défendu son bilan, affirmant être un "bouc émissaire".

Il a quitté ses fonctions fin juillet 2023 et répète que sa fortune provient d’investissements privés et de sa carrière antérieure au sein de la société américaine Merrill Lynch.