Mali: la junte et la Cédéao divergent toujours sur la durée de la transition

L'ancien président nigérian et envoyé spécial de la CEDEAO pour une mission de médiation Jonathan Goodluck, arrive à Bamako le 25 mai 2021 (Photo, AFP).
L'ancien président nigérian et envoyé spécial de la CEDEAO pour une mission de médiation Jonathan Goodluck, arrive à Bamako le 25 mai 2021 (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 21 mars 2022

Mali: la junte et la Cédéao divergent toujours sur la durée de la transition

  • La dernière proposition faite par la junte à la Cédéao lors du dernier sommet était une transition de quatre ans
  • Un comité technique de la Cédéao avait proposé l'organisation de scrutins dans un délai de 12 ou 16 mois

BAMAKO : Le médiateur ouest-africain pour le Mali, Goodluck Jonathan, est reparti dimanche de Bamako sans s'entendre avec la junte malienne sur la durée de la transition et une date des élections, a-t-on appris auprès de sa délégation et des autorités maliennes.

M. Jonathan, ancien président du Nigeria (2010-2015), était en mission depuis vendredi à Bamako pour poursuivre les discussions avec les autorités dominées par les militaires, en vue d'un retour à un pouvoir civil au Mali, après deux coups d'Etat en août 2020 puis en mai 2021.

Le gouvernement du Mali, sous le coup de sanctions ouest-africaines depuis janvier, affirme avoir soumis un chronogramme relatif aux "élections avec un délai de 36 mois (trois ans) pour la transition", mais "cette proposition n'a pas été acceptée par le médiateur" ouest-africain, selon un communiqué publié dimanche soir après le départ de M. Jonathan.

Le gouvernement dit avoir proposé "un nouveau délai de 29 mois", que le chef de la junte, le colonel Assimi Goïta, "dans un effort ultime visant à parvenir à un compromis réaliste  (...) a ramené à 24 mois".

Mais "ce nouveau délai incompressible aux yeux des autorités du Mali n'a pas reçu l'assentiment du médiateur et de sa délégation qui sont restés sur leur position", a ajouté le gouvernement.

La dernière proposition faite par la junte à la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), lors du dernier sommet de l'organisation consacré à la question début février à Accra, était une transition de quatre ans.

L'organisation régionale avait lourdement sanctionné en janvier la junte du colonel Goïta, porté à la tête du Mali par un premier coup d'Etat en août 2020 et intronisé président "de la transition" à la suite d'un second putsch, en mai 2021.

Ces sanctions - fermeture des frontières avec les pays de la Cédéao, embargo sur les échanges commerciaux et transactions financières notamment - punissent le projet des militaires de continuer à gouverner pendant plusieurs années, et leur engagement non tenu d'organiser en février 2022 des élections qui auraient ramené des civils à la tête du pays.

Un comité technique de la Cédéao avait proposé l'organisation de scrutins dans un délai de 12 ou 16 mois, avec l'aide d'une Autorité indépendante de gestion des élections (Aige), selon un document que l'AFP avait consulté.

«Continuer à discuter»

Après l'échec des discussions avec la junte, M. Jonathan a "réitéré l'engagement de la Cédéao à faciliter un accord pour la restauration de l'ordre constitutionnel" au Mali, dans un communiqué publié dimanche soir par la commission de la Cédéao.

Il a "réaffirmé sa volonté de continuer à discuter avec les autorités maliennes afin de convenir d'un calendrier de transition acceptable", selon ce communiqué.

"Nous sommes à la fin de la mission à Bamako. Si c'est pour dire que nous sommes tombés d'accord sur une date pour la fin de la transition, je réponds tout de suite non", a déclaré dimanche à l'AFP un membre de la délégation de M. Jonathan.

"Je sais qu'il n'y a effectivement pas (eu), à l'issue de ces discussions, d'accord sur une date" des élections, a dit à l'AFP une source malienne proche des négociations.

Le médiateur ouest-africain avait appelé à une transition démocratique dans "les plus brefs délais", au lendemain de l'approbation d'un plan permettant à la junte militaire de rester au pouvoir pendant cinq ans.

L'organe législatif au Mali, contrôlé par les militaires depuis le coup d'Etat d'août 2020, avait entériné le 21 février une période de transition pouvant aller jusqu'à cinq ans avant la tenue d'élections.

Dans ce pays pauvre et enclavé au coeur du Sahel, la crise politique va de pair avec une grave crise sécuritaire, en cours depuis le déclenchement en 2012 d'insurrections indépendantiste et jihadiste dans le Nord.


La Cédéao décide de créer une force régionale face au djihadisme et aux coups d'Etat

Les dirigeants des Etats d'Afrique de l'Ouest se sont réunis dimanche à Abuja (Photo, AFP).
Les dirigeants des Etats d'Afrique de l'Ouest se sont réunis dimanche à Abuja (Photo, AFP).
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  • Plusieurs pays de la région sont en proie à la propagation djihadiste qui, partie du nord du Mali, a gagné le centre de ce pays,
  • Les armées nationales sont impuissantes et coopèrent avec des acteurs extérieurs, l'ONU, la France ou encore la Russie

ABUJA, Nigeria: Les dirigeants d'Afrique de l'Ouest ont décidé dimanche à Abuja la création d'une force régionale vouée à intervenir non seulement contre le djihadisme, mais aussi en cas de coup d'État, comme la région en a connu plusieurs depuis deux ans, a indiqué un haut responsable.

Propagation djihadiste 

Plusieurs pays de la région sont en proie à la propagation djihadiste qui, partie du nord du Mali, a gagné le centre de ce pays, mais aussi le Burkina Faso et le Niger, et s'étend vers le sud et le golfe de Guinée. Les armées nationales sont largement impuissantes et coopèrent avec des acteurs extérieurs, l'ONU, la France ou encore la Russie.

L'insécurité est un facteur primordial des coups d'État militaires qui ont secoué la région depuis 2020, au Mali, au Burkina et, pour d'autres raisons, en Guinée.

Des responsables militaires de la région se réuniront dans la deuxième moitié de janvier pour discuter des modalités d'établissement de la force régionale, a dit M. Touray.


«Pas de solution diplomatique» à la guerre en Ukraine, selon une responsable de Memorial

 Irina Chtcherbakova, historienne et membre du conseil d'administration du groupe de défense des droits Memoria (Photo, AFP).
Irina Chtcherbakova, historienne et membre du conseil d'administration du groupe de défense des droits Memoria (Photo, AFP).
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  • Selon la militante russe, des appels prématurés à la paix sont «puérils»
  • «La solution qui se présente maintenant est une solution militaire»

HAMBOURG: Il n'y actuellement "pas de solution diplomatique" à la guerre en Ukraine, a estimé dimanche Irina Chtcherbakova, qui a cofondé l'ONG russe de défense des droits de l'homme Memorial, dissoute par les autorités et lauréate du prix Nobel de la Paix 2022.

"Je suis absolument convaincue qu'il n'y a pas de solution diplomatique avec le régime de Poutine, tant qu'il est encore là", a déclaré à Hambourg Irina Chtcherbakova, qui a quitté la Russie après l'invasion de l'Ukraine par les forces russes et réside actuellement en Allemagne.

"La solution qui se présente maintenant est une solution militaire", même si ultérieurement, la diplomatie peut jouer un rôle pour la résolution du conflit, a estimé Mme Chtcherbakova, qui a reçu à Hambourg le prix Marion Doenhoff pour ses années de militantisme en Russie au service de la cause des droits de l'homme.

"Mais ces décisions, cette diplomatie ne pourront intervenir que lorsque l'Ukraine estimera avoir gagné la guerre et pouvoir y mettre fin", a-t-elle estimé.

Selon la militante russe, des appels prématurés à la paix sont "puérils". "Rien ne sera jamais plus comme avant", a-t-elle relevé.

Le prix Marion Doenhoff a été remis à Mme Chtcherbakova par le chancelier allemand Olaf Scholz.

Les efforts de Mme Chtcherbakova montrent la voie vers un "meilleur avenir pour la Russie", même si cette perspective "parait encore invraisemblable", a déclaré le chancelier.

La guerre ne devrait pas se terminer par "une victoire de l'expansionnisme" russe", mais il ne faut pas oublier que la Russie sera "toujours là" après la fin des hostilités, a poursuivi M. Scholz.

Memorial, lauréat du prix Nobel 2022 avec le militant des droits de l'homme bélarusse Ales Bialiatski et le Centre pour les libertés civiles (Ukraine), recevra la récompense à Oslo samedi 10 décembre.

Fondée en 1989, Memorial a œuvré pendant des décennies pour faire la lumière sur les crimes commis sous le régime totalitaire de Staline et pour préserver la mémoire de ses victimes tout en collectant des informations sur la violation des libertés et des droits en Russie.

L'organisation a été dissoute par la justice russe fin 2021.


Critiques aux Etats-Unis après un appel de Trump à abandonner la Constitution

L'ancien président américain Donald Trump (Photo, AFP).
L'ancien président américain Donald Trump (Photo, AFP).
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  • Trump a affirmé qu'une «fraude de ce genre et de cette envergure permet l'abrogation de toutes les règles, y compris celles de la Constitution»
  • Des propos qui ont été immédiatement condamnés par la Maison Blanche

WASHINGTON: La classe politique américaine a vivement condamné dimanche un appel la veille de l'ancien président Donald Trump à abandonner la Constitution américaine pour revenir sur le résultat de l'élection présidentielle de 2020 remportée par Joe Biden.

Réitérant ses allégations infondées de fraude massive lors du scrutin, Donald Trump a affirmé samedi sur son réseau Truth Social qu'une "fraude de ce genre et de cette envergure permet l'abrogation de toutes les règles, réglementations et articles, y compris ceux de la Constitution".

Des propos qui ont été immédiatement condamnés par la Maison Blanche.

"La Constitution américaine est un document sacro-saint qui garantit depuis 200 ans que la liberté et l'État de droit prévalent dans notre beau pays", a commenté samedi un porte-parole de l'exécutif, Andrew Bates, dans un communiqué.

"Attaquer la Constitution et tout ce qu'elle représente est un anathème pour l'âme de notre pays et il faut le condamner", a-t-il ajouté. "On ne peut pas n'aimer l'Amérique que lorsqu'on gagne."

Dimanche, des élus des deux partis se sont offusqués des propos de l'ancien président, qui a par ailleurs récemment annoncé qu'il comptait se présenter à l'élection présidentielle de 2024.

"La semaine dernière, il dînait avec des antisémites. Maintenant, il appelle à mettre fin à la démocratie constitutionnelle en Amérique", a tweeté le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, à propos d'un dîner dans la résidence de Floride de Donald Trump auquel a participé Nick Fuentes, un suprémaciste blanc et négationniste notoire.

Donald Trump "est hors de contrôle et un danger pour notre démocratie. Tout le monde doit condamner cette attaque contre notre démocratie", a ajouté M. Schumer.

Questionné sur les propos de M. Trump sur Fox News, l'ancien vice-président Mike Pence, qui a pourtant pris ses distances avec le milliardaire américain depuis l'attaque contre le Capitole le 6 janvier 2021, s'est abstenu de les condamner.

"Les candidats qui se sont concentrés sur le passé, particulièrement ceux qui se sont concentrés sur la remise en cause de la dernière élection, n'ont pas eu de bons résultats aux élections de mi-mandat" le mois dernier, a-t-il simplement rappelé.

L'ancien conseiller à la sécurité nationale de M. Trump, le très conservateur John Bolton, s'est quant à lui offusqué de la suggestion de son ancien patron. "Tous les vrais conservateurs doivent s'opposer à sa campagne pour l'élection présidentielle de 2024", a-t-il tweeté.