Le Canada s'inquiète pour la défense militaire de l'Arctique

Le ministre letton de la Défense Artis Pabriks et la ministre canadienne de la Défense Anita Anand (à droite) discutent lors d'une réunion au Cabinet des ministres à Riga, en Lettonie, le 8 mars 2022. (AFP).
Le ministre letton de la Défense Artis Pabriks et la ministre canadienne de la Défense Anita Anand (à droite) discutent lors d'une réunion au Cabinet des ministres à Riga, en Lettonie, le 8 mars 2022. (AFP).
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Publié le Mercredi 23 mars 2022

Le Canada s'inquiète pour la défense militaire de l'Arctique

  • Dans ce contexte, la ministre canadienne de la Défense Anita Anand, qui prévoit un voyage dans l'Arctique prochainement, a promis de "moderniser" les armées
  • Selon l'expert de l'Arctique Michael Byers, de l'Université de Colombie-Britannique (ouest du Canada), il a longtemps été politiquement risqué au Canada de suggérer une augmentation des dépenses de défense

OTTAWA: La guerre en Ukraine rebat aussi les cartes dans l'Arctique, où la collaboration avec la Russie vient d'être rompue. Sur ce "flanc nord de l'Otan", le Canada veut fortifier ses défenses.


"On doit en faire plus, on doit équiper davantage nos militaires parce que la menace est là", a déclaré lundi la ministre canadienne des Affaires étrangères Mélanie Joly à propos de l'Arctique, évoquant un monde qui "a changé depuis le 24 février et l'invasion russe" de l'Ukraine.


"Nous savons que nous ne sommes plus aussi sûrs, plus aussi insulaires ici, en Amérique du Nord et au Canada, qu'avant", a également récemment expliqué le général et chef des armées canadiennes Wayne Eyre, selon qui "le grand Nord est un domaine de préoccupation clé".


Dans ce contexte, la ministre canadienne de la Défense Anita Anand, qui prévoit un voyage dans l'Arctique prochainement, a promis de "moderniser" les armées. En 2021, les dépenses de défense du Canada représentaient environ 1,4% du PIB, un budget que Mme Anand envisagerait de porter à près de 2%.


"L'extrême nord est aussi le flanc nord de l'Otan", a rappelé Wayne Eyre, notant que la Russie a, ces dernières années, "réoccupé des bases de la Guerre froide autrefois abandonnées" dans la région.


Dans la zone, les manoeuvres militaires n'ont d'ailleurs jamais cessé. Pour y assurer sa suprématie, la Russie y fait naviguer une flotte de brise-glaces nucléaires. Et depuis la mi-mars, de grandes manœuvres militaires impliquant 30.000 soldats de l'Otan et de pays partenaires ont lieu en Norvège.


Organisées tous les deux ans, ces manœuvres maritimes, aériennes, amphibies et terrestres se tiennent sur de vastes portions du territoire norvégien, y compris au-dessus du cercle polaire arctique, tout en restant à plusieurs centaines de kilomètres de la frontière russo-norvégienne.

«Tout s'accélère»

Mais pour les analystes, il faudrait en Amérique du Nord mettre à jour le système d'alerte et de surveillance radar contre les incursions aériennes, qui date de l'époque de la Guerre froide.


Selon l'expert de l'Arctique Michael Byers, de l'Université de Colombie-Britannique (ouest du Canada), il a longtemps été politiquement risqué au Canada de suggérer une augmentation des dépenses de défense.


Ottawa, depuis la fin de la Guerre froide, "n'a pas ressenti l'urgence" d'injecter de l'argent dans son armée, car elle n'envisageait pas qu'une "puissance armée nucléaire irait envahir une grande démocratie".


Désormais, avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie, l'expert s'attend "à ce que tout s'accélère" en matière de budget militaire, avec notamment la volonté d'être en mesure de contrer les missiles hypersoniques russes.


Robert Huebert, de l'Université de Calgary, note qu'en plus de renforcer ses capacités dans l'Arctique, la Russie est également revenue aux "comportements de la guerre froide", en effectuant ces dernières années des incursions aériennes et maritimes dans "les eaux souveraines de tous les Etats du Nord", y compris le Grand Nord canadien.


Plus tôt ce mois-ci, le Canada, les Etats-Unis, la Norvège, l'Islande, la Suède, le Danemark et la Finlande ont suspendu les réunions du Conseil de l'Arctique, actuellement présidé par la Russie.


A l'avenir, les experts s'attendent à voir "deux Arctiques".


Avec d'un côté la Russie, qui pourrait inviter la Chine à se joindre à elle pour l'exploitation des ressources énergétiques et minérales sous-marines et le développement de la route maritime du Nord. Et de l'autre "les sept autres ne voulant rien avoir à faire avec la Russie et coopérant entre eux", imagine Mathieu Landriault, professeur à l'Université d'Ottawa.


Cela pourrait avoir des conséquences sur les politiques environnementales, estime-t-il, car la Russie de Vladimir Poutine a fait de l'exploitation des richesses arctiques -- pétrole, gaz et minerais -- une priorité stratégique.


Cela pourrait aussi diviser les populations autochtones de cette région, qui entretiennent des liens culturels et économiques malgré les frontières, comme les Samis en Scandinavie et ceux de la péninsule russe de Kola, à la frontière avec la Norvège.


"Cela va leur faire du mal", ajoute Mathieu Landriault.


Israël: les militants d'une nouvelle flottille en détention après leur interception en mer

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  • Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël
  • Une organisation de défense des droits humains, Adalah, a indiqué mercredi que certains d'entre eux étaient arrivés au port d'Ashdod où ils étaient détenus

ASHDOD: Les autorités israéliennes ont entamé mercredi le transfert et le placement en détention à Ashdod, dans le sud d'Israël, de centaines de militants propalestiniens arrêtés à bord d'une flottille à destination de Gaza, selon une ONG.

Les forces israéliennes avaient intercepté lundi au large de Chypre des bateaux participant à une nouvelle "flottille pour Gaza".

Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël.

Une organisation de défense des droits humains, Adalah, a indiqué mercredi que certains d'entre eux étaient arrivés au port d'Ashdod où ils étaient détenus.

"Ayant mis le cap sur Gaza pour y apporter de l'aide humanitaire et contester le blocus illégal, ces participants civils ont été enlevés de force dans les eaux internationales et conduits en territoire israélien entièrement contre leur volonté" a déclaré Adalah.

Une cinquante de navires avaient quitté la Turquie la semaine dernière avec pour objectif une nouvelle tentative de briser le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza, ravagée par deux ans de guerre.

Un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré dans la nuit de mardi à mercredi que les 430 militants pourraient rencontrer leurs représentants consulaires.

"Cette flottille s'est une fois de plus révélée n'être rien de plus qu'un coup de communication au service du Hamas", a ajouté le porte-parole, en référence au mouvement islamiste palestinien qui a mené l'attaque sans précédent contre Israël en octobre 2023, déclenchant la guerre à Gaza.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait dénoncé plus tôt "un plan malveillant destiné à briser le blocus (...) imposé aux terroristes du Hamas".

Neuf ressortissants indonésiens, membres de la flottille, "ont été signalés comme ayant été arrêtés par Israël", a déclaré une porte-parole du ministère indonésien des Affaires étrangères, citant des informations datées de mercredi.

L'Indonésie a appelé Israël à libérer immédiatement tous les navires et membres d'équipage. Le journal indonésien Republika avait indiqué plus tôt que deux de ses journalistes figuraient parmi les personnes interpellées.

La Turquie et l'Espagne ont condamné l'interception. Les organisateurs ont indiqué que la flottille comptait également 15 citoyens irlandais, dont Margaret Connolly, la sœur de la présidente Catherine Connolly.

Israël contrôle tous les points d'entrée vers la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis 2007.

Pendant la guerre à Gaza, où une trêve fragile est en vigueur depuis octobre 2025, le territoire a connu de graves pénuries de nourriture, de médicaments et d'autres biens essentiels, Israël ayant parfois complètement interrompu les livraisons d'aide humanitaire.

Une précédente flottille avait été interceptée en avril dans les eaux internationales au large de la Grèce et la plupart des militants expulsés vers l'Europe. Deux d'entre eux ont été amenés en Israël, détenus pendant plusieurs jours puis expulsés.

 


Négociations Etats-Unis-Iran: nouvelle visite d'un ministre pakistanais à Téhéran

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  • Le ministre de l'Intérieur du Pakistan, pays médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran, s'est rendu à Téhéran pour la deuxième fois en moins d'une semaine
  • "Mohsen Naqvi est venu à Téhéran pour rencontrer des responsables de la République islamique d'Iran"

TEHERAN: Le ministre de l'Intérieur du Pakistan, pays médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran, s'est rendu à Téhéran pour la deuxième fois en moins d'une semaine, a rapporté mercredi l'agence officielle Irna, en pleine impasse dans les négociations de paix.

"Mohsen Naqvi est venu à Téhéran pour rencontrer des responsables de la République islamique d'Iran", a précisé l'agence, citant "des sources diplomatiques à Islamabad".

 

 


L'armée iranienne prévient qu'elle «ouvrira de nouveaux fronts» en cas de nouvelle attaque américaine

Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
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  • Téhéran continue de contrôler le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, tandis que l'armée américaine poursuit le blocus des ports iraniens
  • La quasi-paralysie du détroit a secoué l'économie mondiale, faisant flamber les cours du pétrole

TEHERAN: L'armée iranienne a averti mardi dans un communiqué qu'elle "ouvrira de nouveaux fronts" si les Etats-Unis reprennent leurs attaques contre l'Iran, interrompues depuis l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 8 avril.

"Si l'ennemi commet la bêtise de tomber à nouveau dans le piège des sionistes et de commettre une nouvelle agression contre notre Iran bien-aimé, nous ouvrirons de nouveaux fronts contre lui", a déclaré le porte-parole de l'armée Mohammad Akraminia, cité par l'agence de presse iranienne Isna.

Lundi, le président américain Donald Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran.

Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant ce lundi et un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une nouvelle offensive à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord.

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes, des tractations sont en cours pour tenter de trouver un accord mais les positions des deux parties restent très éloignées, notamment sur le volet nucléaire.

Une seule session de discussions entre représentants américains et iraniens a eu lieu, le 11 avril à Islamabad, se soldant par un échec.

Lundi matin, la diplomatie iranienne avait déclaré avoir répondu à une nouvelle proposition des Etats-Unis visant à sortir de l'impasse diplomatique et à mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient.

Elle a réitéré ses exigences, réclamant en particulier le déblocage des avoirs iraniens gelés à l'étranger et la levée des sanctions internationales asphyxiant son économie.

Lundi, M. Trump avait estimé devant la presse qu'il avait "de très bonnes chances" de s'entendre avec l'Iran, disant observer une évolution "très positive" des tractations avec Téhéran, mais sans fournir aucun détail sur leur contenu.

Il avait toutefois assuré que les Etats-Unis se tenaient prêts à lancer une "attaque totale et à grande échelle contre l'Iran à tout moment, si un accord acceptable n'était pas trouvé" avec Téhéran.

Le chef du commandement des forces armées iraniennes, Ali Abdollahi, avait répondu en mettant en garde "les Etats-Unis et leurs alliés" contre toute nouvelle "erreur stratégique et de calcul".

L'accord en question doit assurer que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire, a écrit Donald Trump sur son réseau.

Des médias iraniens avaient déjà dénoncé les "conditions excessives" imposées par les Etats-Unis dans leur dernière offre.

Selon l'agence Fars, Washington exige que l'Iran ne maintienne qu'un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d'uranium hautement enrichi aux Etats-Unis.

Washington a également refusé de débloquer "ne serait-ce que 25%" des avoirs ou de verser des compensations pour les dommages subis par l'Iran pendant la guerre, selon la même source.