La dette publique évacuée de la campagne présidentielle

Le rétablissement des finances publiques n'est pas au centre des enjeux de la campagne présidentielle, mais tous les candidats mettent en avant le sérieux budgétaire de leurs programmes. (AFP)
Le rétablissement des finances publiques n'est pas au centre des enjeux de la campagne présidentielle, mais tous les candidats mettent en avant le sérieux budgétaire de leurs programmes. (AFP)
Short Url
Publié le Jeudi 07 avril 2022

La dette publique évacuée de la campagne présidentielle

  • Après le «quoi qu'il en coûte», la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine conduit les candidats à la présidentielle à défendre des investissements massifs dans l'énergie ou la défense
  • Dans leur discours, les candidats semblent transmettre l'idée «qu'on peut repousser à demain - et plutôt à après-demain - le remboursement des dettes»

PARIS: Fini le débat enflammé sur la gestion de la "dette Covid" ou sa possible annulation: à l'approche de l'élection présidentielle, la question du rétablissement des comptes publics ne fait pas recette dans la campagne, au moment où les enjeux de pouvoir d'achat et de sécurité dominent.


"La guerre en Ukraine nous a rappelé, avec honte, qu’il y a bien plus important que la réduction de la dette et des déficits publics". Cette déclaration début mars de la députée européenne et économiste Aurore Lalucq est symptomatique du climat ambiant.


Après le "quoi qu'il en coûte" pour lutter contre la Covid-19, la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine conduit les candidats à la présidentielle à défendre des investissements massifs dans l'énergie ou la défense. Sans s'inquiéter outre mesure du financement de ces investissements et de leur impact sur des finances publiques très dégradées.


La dette publique française atteignait 112,9% du PIB en 2021, et le déficit public 6,5%, selon les chiffres publiés mardi par l'Insee.


Une absence de débat dans la campagne qui rejoint les préoccupations exprimées par les Français. Selon un sondage du 16 mars Opinionway-Kéa Partners pour Les Echos et Radio classique, 22% des électeurs citent la dette et les déficits comme un sujet qui comptera pour eux au moment de voter. Loin derrière le pouvoir d'achat (63%), la protection sociale (37%) ou la sécurité (37%) notamment. 


Le sujet "a disparu parce que je pense que les Français ont été étonnés du +quoi qu'il en coûte+ et maintenant ils se disent que les gouvernants ont l'air de trouver de l'argent, qui est en fait de la dette, sans trouver cela très problématique", analyse l'économiste Alain Trannoy.


Dans leur discours, les candidats semblent transmettre l'idée "qu'on peut repousser à demain - et plutôt à après-demain - le remboursement des dettes", en mettant en avant les dépenses nécessaires pour la santé, la défense, l'éducation, etc, ajoute-t-il.

Dette, déficit: les positions des principaux candidats à la présidentielle

Le rétablissement des finances publiques n'est pas au centre des enjeux de la campagne présidentielle, mais tous les candidats mettent en avant le sérieux budgétaire de leurs programmes. Tour d'horizon de leurs positions sur la dette et le déficit publics.

Emmanuel Macron: Lors de la présentation de son programme mi-mars, le président-candidat a assuré vouloir "garder nos ancres de finances publiques" en confirmant la trajectoire d'évolution du déficit et de la dette publique transmise l'an dernier à la Commission européenne.


S'il est réélu, Emmanuel Macron prévoit donc de "commencer à rembourser la dette en 2026 et repasser sous les 3% (de déficit) en 2027".

Loin du volontarisme affiché en 2017, les mots +dette+ et +déficit+ ne sont toutefois pas présents dans le document de 17 pages synthétisant le programme du candidat. 

Marine Le Pen: En présentant le chiffrage de son programme la semaine dernière, Marine Le Pen a défendu un budget "à l'équilibre" entre recettes supplémentaires et nouvelles dépenses sur le quinquennat si elle était élue. 


Son programme ne mentionne pas expressément ses objectifs en matière de finances publiques, mais dans un récent entretien à Acteurs Publics, elle disait prévoir "de faire passer le déficit budgétaire en dessous de 3% du PIB dès 2026", avec "une réduction du déficit budgétaire d’une quinzaine de milliards d’euros par an".

Jean-Luc Mélenchon:Jean-Luc Mélenchon règle la question de l'endettement public en promettant de faire "annuler" la dette française.


Pour cela, il souhaite notamment faire racheter par la BCE la dette publique qui circule sur les marchés, pour qu'elle soit convertie en dette perpétuelle à taux d'intérêt nul. Encore faudra-t-il convaincre le reste de l'Union européenne d'accepter une telle mesure.


En matière de déficit, à l'issue d'une de ses interventions mi-mars, son entourage avait assuré que son programme réduirait le déficit public de 2,6 points sur le quinquennat.

Eric Zemmour: Fustigeant le quinquennat qui "n'a fait qu'alourdir ce boulet" de la dette, le candidat fait de la "maîtrise" des finances publiques une "priorité".

Le "plan d'économies" qu'il prévoit permettrait, selon son programme, "d’amorcer une réduction du déficit public dès 2023" et de repasser sous les 3% "dès 2025".

Prudent, il souligne que cette trajectoire sera "très dépendante de l'évolution de la conjoncture économique internationale", en particulier de l'évolution des prix de l'énergie et des taux d'intérêt.

Valérie Pécresse: Très virulente contre le président Emmanuel Macron, accusé d'avoir "cramé la caisse", Valérie Pécresse promet de "stabiliser" et "faire baisser" la dette.

L'enjeu est d'ailleurs haut placé dans son programme, dans lequel elle annonce "des décisions courageuses qui ne plairont peut-être pas forcément aux Français". 

Son programme mentionne notamment une "règle d'or budgétaire" et "deux fois plus d’économies que de dépenses" à horizon 2027, pour réduire le déficit public de 42 milliards d'euros en 2027, quand il atteignait fin 2021 un peu moins de 200 milliards d'euros.

Yannick Jadot: Le candidat écologiste assure que "loin de créer davantage de déficit", son programme "améliore la situation budgétaire de la France en 2027 par rapport à la trajectoire budgétaire actuellement prévue par le gouvernement". Même chose pour la dette publique


Il présente toutefois une trajectoire de déficit, hors dépenses liées à la transition écologique.


Dans un entretien à l'AFP, Yannick Jadot part du principe que ces investissements verts seraient faits "par emprunt auprès de la BCE". "C'est maintenant qu'il faut agir, en ayant une dette qui se refinance quasiment à 0% aujourd'hui sur 60 ans", défendait-il.

Dans leurs programmes, les principaux candidats évoquent bien la situation des finances publiques, promettant à droite, à l'extrême droite et du côté d'Emmanuel Macron, de ramener le déficit à 3% du PIB ou en dessous durant le prochain quinquennat, Valérie Pécresse étant la plus offensive en la matière. 


Jean-Luc Mélenchon règle lui la question en projetant de faire annuler la dette publique détenue par la Banque centrale européenne, tandis que Yannick Jadot assure que son projet "améliore la situation budgétaire" en 2027 "par rapport à la trajectoire budgétaire" actuelle du gouvernement.


"On retrouve un discours sur la nécessité de réduire le déficit et de reprendre le contrôle de la dette à droite et chez Emmanuel Macron, mais ça n'est qu'un discours, avec des programmes qui ne permettront jamais d'atteindre cet objectif", estime ainsi François Ecalle, ancien magistrat de la Cour des comptes et fondateur du site Fipeco.


"Tout le monde a intérêt à mettre le sujet sous la table" car, pour réduire drastiquement le déficit public, "il faudrait une politique d'austérité", alors que "l'enjeu principal aujourd'hui c'est d'engager la transition écologique", estime Henri Sterdyniak, membre du collectif Les Economistes Atterrés.

Milliards qui «tombent du ciel»
Les candidats tablent sur la croissance pour créer de l'emploi et davantage de recettes. "C'est à chaque fois le même argument, déjà employé par François Hollande, Nicolas Sarkozy. Mais ce sont des scénarios toujours optimistes", juge Alain Trannoy, qui pointe aussi l'imprécision des promesses récurrentes de lutte contre la fraude ou de simplification de l'administration.


Le "quoi qu'il en coûte" a changé la perception des Français comme de la classe politique depuis le précédent scrutin du 2017. "On a pris l'habitude de voir les milliards tomber du ciel", souligne aussi François Ecalle.


Symptôme évident: les effectifs de la fonction publique. Quand François Fillon promettait en 2017 d'en couper 600.000, Valérie Pécresse ne promet plus qu'une baisse de 150.000 et Emmanuel Macron ne s'engage plus sur un objectif en la matière.


Le "quoi qu'il en coûte a été compris maintenant par une grande partie de gens comme le fait que l'argent il y en a, il suffit de demander", critique de son côté Philippe Ansel, économiste pour la Fondation Concorde, think tank libéral et pro-entreprise. 


"On voit mal comment maintenant un gouvernement pourra résister à des demandes de telle ou telle catégorie de la population", ajoute-t-il.


"L'enjeu de la dette lui-même n'est pas forcément majeur tant que la zone euro fait preuve d'un esprit de coopération. Ce qui est plus ennuyeux, c'est d'avoir un déficit si élevé", nuance toutefois Alain Trannoy.


L'Assemblée adopte le budget de l'Etat, qui va être transmis au Sénat

L'Assemblée nationale a de nouveau repoussé mardi deux motions de censure déposées contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, permettant l'adoption en nouvelle lecture du budget de l'Etat pour 2026, qui après un bref passage au Sénat devrait être adopté définitivement en début de semaine prochaine. (AFP)
L'Assemblée nationale a de nouveau repoussé mardi deux motions de censure déposées contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, permettant l'adoption en nouvelle lecture du budget de l'Etat pour 2026, qui après un bref passage au Sénat devrait être adopté définitivement en début de semaine prochaine. (AFP)
Short Url
  • Le débat a été l'occasion pour le Premier ministre, disant engager sa responsabilité "devant l'Histoire", de défendre un budget de "sursaut"
  • La motion de censure commune des groupes Insoumis, écologiste et GDR (communistes et ultra-marins) a été approuvée par 267 députés, alors que 289 voix étaient nécessaires pour faire tomber le gouvernement

PARIS: L'Assemblée nationale a de nouveau repoussé mardi deux motions de censure déposées contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, permettant l'adoption en nouvelle lecture du budget de l'Etat pour 2026, qui après un bref passage au Sénat devrait être adopté définitivement en début de semaine prochaine.

Le débat a été l'occasion pour le Premier ministre, disant engager sa responsabilité "devant l'Histoire", de défendre un budget de "sursaut", qui permettra d'augmenter les crédits de la défense de 6,5 milliards d'euros - occasion aussi pour lui de distribuer quelques coups de griffe et d'inviter à regarder "plus loin" que 2026.

La motion de censure commune des groupes Insoumis, écologiste et GDR (communistes et ultra-marins) a été approuvée par 267 députés, alors que 289 voix étaient nécessaires pour faire tomber le gouvernement.

Celle du RN et de son allié le groupe ciottiste UDR a recueilli seulement 140 voix.

Les uns et les autres ont une nouvelle fois dénoncé sur le plan de la méthode le choix du Premier ministre de recourir à l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, qui permet de faire passer un texte sans vote, en rupture avec la promesse faite en octobre devant le Parlement d'y renoncer.

Sur le fond, l'oratrice écologiste Christine Arrighi a fustigé un budget qui relègue l'écologie "au tout dernier rang", pointant notamment l'"effondrement" du budget alloué au Fonds vert: dédié à accompagner localement la transition écologique, celui-ci a, selon elle, vu ses crédits fondre de 2,5 milliards d'euros en 2024 à 850 millions d'euros en 2026.

Pour le RN, Jean-Philippe Tanguy a critiqué un budget qui va alourdir les impôts "d'au moins 9 milliards d'euros", tout en creusant la dette.

Comme déjà vendredi, le PS et LR ont refusé de s'associer à ces motions, au nom de la "stabilité" et de la nécessité de doter la France d'un budget.

Impôts et économies "imaginaires" 

Le député LR Corentin Le Fur, saluant l'"humilité" et l'"écoute" de Sébastien Lecornu durant les débats, n'a cependant pas manqué d'égratigner un budget qui reste "largement imparfait", dans la mesure où il évite de s'attaquer suffisamment "au chantier fondamental de la réduction de notre dépense publique".

Prenant la parole après tous les orateurs, le Premier ministre a répondu sur un ton particulièrement offensif.

S'en prenant à tous ceux, à droite comme à gauche, qui "parlent d'un autre budget, mais sans jamais dire lequel", et font surgir des impôts ou des économies "imaginaires", l'ancien élu de la chambre haute n'a pas épargné la droite sénatoriale, qui se prétend "plus rigoureuse", mais in fine a voté "un budget à 5,3% de déficit".

"Pour la première fois depuis longtemps, les chiffres disent une chose claire: la dépense ralentit réellement", a-t-il défendu, tout en affirmant la nécessité dans le futur de mener des "réformes de structures profondes" et de recentrer l'Etat sur "l'essentiel".

Invitant à "regard(er) plus loin", il a souhaité que les crédits militaires puissent atteindre "des niveaux proches de 90 à 100 milliards d'euros par an", contre 57 en 2026, alors que "nous changeons de monde".

Le Sénat, qui examinera le texte jeudi, devrait le rejeter d'emblée, permettant son retour à rapide à l'Assemblée pour une lecture définitive.

Le Premier ministre pourrait ainsi engager la responsabilité de son gouvernement une troisième fois dès vendredi, s'exposant à deux dernières motions de censure, qui pourraient être rejetées le 2 ou le 3 février, fermant quatre mois de débats parlementaires sur le budget.

 


L'Assemblée adopte l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans

Des députés assistent à un débat parlementaire sur le processus législatif visant à interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans à l'Assemblée nationale, à Paris, le 26 janvier 2026. (AFP)
Des députés assistent à un débat parlementaire sur le processus législatif visant à interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans à l'Assemblée nationale, à Paris, le 26 janvier 2026. (AFP)
Short Url
  • Les députés ont adopté une proposition de loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, avec le soutien du gouvernement et du président Emmanuel Macron, au nom de la protection de la santé mentale des adolescents
  • Le texte, qui doit encore être examiné au Sénat, prévoit une mise en œuvre progressive dès 2026, assortie de sanctions pouvant atteindre 6 % du chiffre d’affaires des plateformes en cas de non-respect

PARIS: La France bientôt pionnière en Europe? Les députés ont adopté dans la nuit de lundi à mardi une proposition de loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, une mesure visant à protéger la santé des adolescents, soutenue de tout leur poids par le gouvernement et Emmanuel Macron.

La proposition de loi Renaissance devra maintenant être examinée au Sénat, et ce "dans les semaines à venir" a promis la ministre du Numérique Anne Le Hénanff.

Le président de la République, attaché à cette réforme qui marquerait son second quinquennat, a salué "une étape majeure". "Parce que le cerveau de nos enfants n'est pas à vendre. Ni aux plateformes américaines, ni aux réseaux chinois", a-t-il ajouté sur X.

S'il est adopté définitivement, la France deviendrait le deuxième pays à se doter d'une législation aussi restrictive pour les mineurs, après l'Australie qui a interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans début décembre.

Le gouvernement souhaite aller vite, avec une interdiction mise en œuvre dès la rentrée 2026 pour les nouveaux comptes, et une vérification d'âge efficace pour tous les utilisateurs (y compris les comptes déjà existants) d'ici le 1er janvier 2027, a précisé Mme Le Hénanff.

Le texte, porté par la députée Laure Miller, prévoit que "l'accès à un service de réseau social en ligne fourni par une plateforme en ligne est interdit aux mineurs de quinze ans".

Il exclut de l'interdiction certaines plateformes éducatives. "Les messageries privées interpersonnelles" comme WhatsApp ne sont pas non plus concernées, a indiqué Mme Miller.

La proposition de loi a été adoptée par 130 voix contre 21, avec notamment le soutien du camp gouvernemental, de l'alliance RN-UDR, et de la majorité des socialistes. Seuls les insoumis et deux députés du groupe écologiste ont voté contre.

Durant les débats, le député LFI Arnaud Saint-Martin a dénoncé "une forme de paternalisme numérique" et une réponse "simpliste".

- Santé mentale -

Les débats se sont par moments déroulés au pas de course, et des votes à quelques voix près ont parfois créé la surprise.

Plusieurs amendements visant à contraindre les plateformes de réseaux sociaux, combattus par la rapporteure et la ministre car contrevenant selon elles au droit européen, ont été adoptés. Il y aura "encore de multiples occasions de réajuster le texte", a toutefois voulu rassurer l'entourage de Mme Miller, dans une déclaration à l'AFP.

Le texte entendait aussi étendre l'interdiction des téléphones portables aux lycées, comme c'est déjà le cas dans les écoles et les collèges.

Les députés ont adopté une réécriture de cette mesure, prévoyant désormais que le réglement intérieur des lycées précise "les lieux et les conditions d'utilisation" des téléphones portables. A défaut, cette utilisation est "interdite pendant les cours" et "dans les couloirs, mais autorisée dans une zone définie de la cour", prévoit l'amendement.

Les réseaux comme TikTok, Snapchat ou encore Instagram, devenus omniprésents dans la vie des adolescents, nuisent gravement à leur santé mentale, a alerté au début du mois l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).

Les risques listés sont nombreux, entre cyberharcèlement, comparaison permanente ou exposition à des contenus violents. Également pointés: les systèmes de captation de l'attention, au détriment du sommeil.

L'ex-Premier ministre et chef des députés Renaissance Gabriel Attal s'est félicité d'une mesure "décisive pour la protection de nos jeunes", rappelant qu'elle semblait "impossible" il y encore "quelques mois".

- Sanctions -

La principale difficulté du texte réside dans l'obligation de conformité avec le droit européen - plus précisément avec son règlement sur les services numériques (DSA). Objectif: ne pas subir le même sort qu'une loi de 2023 instaurant une majorité numérique à 15 ans mais n'ayant jamais pu être appliquée.

Depuis cet été, la publication par la Commission européenne de nouvelles lignes directrices a permis d'ouvrir la voie à une régulation, dans le droit national, de l'accès aux réseaux sociaux sous un certain âge.

"Les plateformes ne respectant pas l'interdiction (...) seront passibles de sanctions pouvant s'élever jusqu'à 6% de leur chiffre d'affaires", a déclaré Laure Miller.

Pour que l'interdiction devienne une réalité, un système de vérification d'âge efficace devra être mis en place. Des travaux sont en cours au niveau européen.

Un "tiers de confiance", qui ne serait "ni l'État ni les plateformes de réseaux sociaux" pourrait procéder soit par reconnaissance faciale, soit par téléchargement de documents d'identité, a avancé lundi Gabriel Attal.

Plusieurs députés ont toutefois estimé que des contournements par les mineurs seraient inévitables. "Mais est ce une raison pour renoncer?", leur a lancé la rapporteure Laure Miller.


Salam à Paris, souligne le retour assumé de l’Arabie Saoudite au Liban

À l’issue de son entretien avec le président Emmanuel Macron à Paris, le premier ministre libanais Nawaf Salam a clairement indiqué que « le Liban est entré dans une phase décisive ». (AFP)
À l’issue de son entretien avec le président Emmanuel Macron à Paris, le premier ministre libanais Nawaf Salam a clairement indiqué que « le Liban est entré dans une phase décisive ». (AFP)
Short Url
  • À l’issue de son entretien avec le président Emmanuel Macron à Paris, le premier ministre libanais Nawaf Salam a clairement indiqué que « le Liban est entré dans une phase décisive »
  • S’exprimant lors d’une rencontre avec la presse, à l’ambassade du Liban à Paris, il a souligné que le déploiement de l’armée libanaise au Sud et la mise en œuvre de la première phase du cessez-le-feu

PARIS: À l’issue de son entretien avec le président Emmanuel Macron à Paris, le premier ministre libanais Nawaf Salam a clairement indiqué que « le Liban est entré dans une phase décisive ». 

S’exprimant lors d’une rencontre avec la presse, à l’ambassade du Liban à Paris, il a souligné que le déploiement de l’armée libanaise au Sud et la mise en œuvre de la première phase du cessez-le-feu, « nous sommes désormais engagés dans ce que j’appelle la phase de vérité : la phase 2 ».

Cette phase concerne les armes lourdes, mais plus largement la capacité de l’État libanais à assumer pleinement son autorité et son monopole de la force sur l’ensemble du territoire. 

Selon Salam, cette nouvelle phase n’a rien de comparable avec la phase 1, « elle est plus complexe, plus sensible politiquement, et elle exige des moyens humains, financiers et logistiques considérables ».

Tout repose sur l’armée libanaise, précise-t-il, le commandant en chef de l’armé, le général Rodolph Haykal présentera début février, le 5 précisément, un plan détaillé définissant les modalités d’exécution de cette phase 2. 

Ce plan portera sur le calendrier, les besoins opérationnels, le recrutement, l’équipement et le financement, il constituera d’après le premier ministre « la base de la conférence internationale de soutien à l’armée, que nous préparons avec nos partenaires ».

« Notre objectif est clair : renforcer durablement l’armée pour qu’elle puisse assumer seule ses missions, martèle-t-il, nous prévoyons le recrutement de 10 000 soldats supplémentaires », six milles ont déjà été intégrés, mais recruter ne suffit pas, « il faut former, équiper, rémunérer, et surtout rendre ces forces pleinement opérationnelles ».

Cela représente un effort budgétaire conséquent, chiffré en centaines de millions de dollars par an, étalé sur plusieurs exercices.

Cependant la question centrale n’est pas seulement le montant global, mais le phasage, combien la première année, la deuxième, la troisième, c’est ce que le commandement militaire précisera.

Sur le plan des équipements, « nous avons adopté une approche pragmatique, à court terme, nous privilégions l’utilisation de stocks existants, disponibles en France, dans plusieurs États arabes et chez des partenaires européens ».

Ces équipements peuvent être livrés rapidement, en quelques semaines ou mois, afin d’améliorer immédiatement les capacités de l’armée.

Les commandes nouvelles, elles, s’inscrivent dans un temps plus long, le commandant en chef de l’armée l’a rappelé, en soulignant le contexte international actuel, et les crises et tensions multiples, les délais de production atteignent souvent un à deux ans, « nous devons donc articuler urgence et durabilité », précise Salam.

Importance de la dynamique régionale

D’autre part, il a tenu à souligner souligner l’importance de la dynamique régionale, notamment avec l’Arabie saoudite. 

« Lors de mon entretien récent avec le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Fayçal Ben Farhan en marge du Forum de Davos, « j’ai ressenti un véritable enthousiasme pour le succès de la conférence de soutien à l’armée libanaise ». 

Cet enthousiasme est une manière d’exprimer ce qui se passe réellement : un retour assumé de l’Arabie saoudite vers le Liban, et « contrairement à certaines idées reçues, Riyad ne s’est pas retiré du jeu régional ».

L’Iran est présent au Liban, a-t-il ajouté, et son ambassade est active, et un envoyé spécial est attendu à Beyrouth, mais cela n’empêche pas un réengagement saoudien progressif et concret.

Des expéditions libanaises vers les pays du Golfe sont à nouveau prévues, et des visites de ressortissants saoudiens au Liban sont également en préparation. 

« Nous avons répondu aux préoccupations légitimes de nos partenaires, notamment en matière de sécurité et de contrebande », aujourd’hui le Liban n’est plus dans la situation d’hier, « nous avons renforcé le contrôle à l’aéroport et au port de Beyrouth, nouveaux scanners ont été installés.

Les systèmes de sécurité ont été modernisés », cela concerne aussi bien les marchandises que les flux de personnes.

Ces progrès sont essentiels pour préserver nos relations avec les pays arabes, et éviter toute interdiction sur les exportations libanaises, qu’il s’agisse de produits agricoles, de médicaments ou d’autres biens.

  « Quiconque arrive aujourd’hui à l’aéroport de Beyrouth peut constater que l’ambiance a changé », indique le premier ministre.

S’agissant du Hezbollah, « je ne me fais pas d’illusions, le discours public reste dur, mais je le répète, il ne s’agit pas d’un marchandage et l’aide internationale ne sera jamais échangée contre des concessions politiques ».

Selon Salam, le monopole des armes par l’État est une obligation nationale et constitutionnelle, les accords de Taëf datent de plus de trente ans, et la résolution 1701 de plus de vingt ans, « nous avons accumulé un retard historique, Il n’est plus question d’attendre une échéance électorale pour avancer ».

Sur le retrait programmé, de la FINUl, Salam déclare, « j’ai tenu à le dire clairement au président Macron : il ne peut y avoir aucun vide sécuritaire au Sud-Liban, une présence internationale restera nécessaire ».

« Nous plaidons pour une solution onusienne, capable d’assurer la liaison, la supervision et le reporting, » précise Salam, « une structure hybride, entre observateurs et force de maintien de la paix, est indispensable compte tenu de l’histoire et de la réalité du terrain ».

Dans cette architecture future, la France affirme-t-il a un rôle essentiel à jouer, par son histoire, sa présence militaire, sa connaissance du dossier libanais, « l’exclure n’aurait aucun sens, le Liban a besoin de partenaires fiables, engagés et constants ».

Revenant sur la phase 2, qu’il décrit comme « longue, difficile, parfois conflictuelle, mais elle est inévitable, » elle constitue « un test majeur, celui de la capacité du Liban à redevenir un État souverain, crédible et maître de ses décisions, précisant que « c’est ce chemin que nous avons décidé d’emprunter, avec lucidité. »