Ukraine: l'Europe discute de nouvelles sanctions, l'ONU «horrifiée» par Boutcha

A Boutcha, ceux qui ont survécu ne peuvent que constater l'horreur et tenter de rendre hommage aux civils exécutés en pleine rue par les Russes. SERGEI SUPINSKY / AFP
A Boutcha, ceux qui ont survécu ne peuvent que constater l'horreur et tenter de rendre hommage aux civils exécutés en pleine rue par les Russes. SERGEI SUPINSKY / AFP
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Publié le Lundi 04 avril 2022

Ukraine: l'Europe discute de nouvelles sanctions, l'ONU «horrifiée» par Boutcha

  • Le ministère russe de la Défense a assuré dimanche que ses forces n'avaient pas tué de civils à Boutcha, une ville proche de Kiev récemment reprise par les forces ukrainiennes
  • Le président français Emmanuel Macron a dénoncé dimanche les images «insoutenables» provenant de la ville ukrainienne de Boutcha où de nombreux cadavres ont été découverts

BUCHA, UKRAINE: Les Européens, révoltés par les images de dizaines de cadavres retrouvés dans les environs de Kiev, discutent lundi d'un alourdissement des sanctions contre Moscou, accusé de "génocide" en Ukraine mais qui rejette catégoriquement toutes ces accusations.
Plusieurs capitales occidentales et l'ONU ont exprimé dans la matinée leur indignation après le retrait russe de Boutcha, dans la banlieue nord-ouest de Kiev, et la découverte sur place de nombreux corps de civils dans les rues ou des fosses communes.
La Haute-commissaire aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, s'est dite "horrifiée" par ces informations qui "soulèvent des questions graves et inquiétantes sur de possibles crimes de guerre" et "violations graves des droits de l'homme", appelant "à préserver toutes les preuves".

La Russie dément avoir tué des civils à Boutcha

Le ministère russe de la Défense a assuré dimanche que ses forces n'avaient pas tué de civils à Boutcha, une ville proche de Kiev récemment reprise par les forces ukrainiennes. 

« Pendant la période au cours de laquelle cette localité était sous le contrôle des forces armées russes, pas un seul résident local n'a souffert d'actions violentes », a déclaré le ministère dans un communiqué.  

Il a ajouté que l'armée russe avait distribué 452 tonnes d'aide humanitaire aux civils dans ce secteur. 

Le ministère a ajouté que tous les habitants « avaient eu la possibilité de quitter librement » la localité « vers le nord », alors que les banlieues sud de la ville « étaient la cible de tirs des troupes ukrainiennes 24 heures sur 24 ». 

Le communiqué a en outre affirmé que les images de cadavres dans les rues de la ville étaient « une nouvelle production du régime de Kiev pour les médias occidentaux ».  

Il a assuré que toutes les unités militaires russes s'étaient retirées de Boutcha le 30 mars, au lendemain de l'annonce par la Russie qu'elle allait réduire de façon significative son activité dans le nord de l'Ukraine. 

Après la diffusion de ces images, l'Union européenne discutait lundi en "urgence" de nouvelles sanctions contre Moscou, réclamées notamment par la France et l'Allemagne, a indiqué le haut représentant de l'UE Josep Borrell.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a parlé lundi d'un possible "génocide" et réclamé la comparution des coupables "devant la Cour pénale internationale".
Dans la foulée, le Premier ministre de la Pologne, voisine occidentale de l'Ukraine, a repris le terme de "génocide" et réclamé la création d'une commission d'enquête internationale sur ce sujet.
En visite lundi à Varsovie, le ministre japonais des Affaires étrangères, Yoshimasa Hayashi, s'est dit "profondément choqué". "Le meurtre de civils innocents est (...) inacceptable, et je condamne fermement ces actions", a-t-il déclaré.
Dimanche, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait fustigé les "meurtriers, tortionnaires, violeurs, pilleurs" russes responsables des "meurtres" et des "tortures" à Boutcha.
Le Kremlin a vivement réagi lundi matin en rejetant "catégoriquement toutes les accusations", par la voix de son porte-parole, Dmitri Peskov, qui a appelé les dirigeants étrangers à ne pas avancer d'"accusations hâtives" à l'égard de Moscou et à "écouter au moins les arguments russes".
Selon lui, des experts du ministère russe de la Défense ont découvert des signes de "falsifications vidéo" et des "fakes" dans les images présentées par les autorités ukrainiennes comme preuves d'un massacre russe.

«Les autorités russes devront répondre de ces crimes », affirme Macron

Le président français Emmanuel Macron a dénoncé dimanche les images « insoutenables » provenant de la ville ukrainienne de Boutcha où de nombreux cadavres ont été découverts, affirmant que « les autorités russes devront répondre de ces crimes ». 

« Les images qui nous parviennent de Boutcha, ville libérée près de Kiev, sont insoutenables », a écrit le chef de l'Etat sur Twitter, dénonçant « dans les rues, des centaines de civils lâchement assassinés ». 

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avait auparavant condamné « avec la plus grande fermeté » les actes commis par l'armée russe contre des civils dans plusieurs villes ukrainiennes dont Boutcha, « constitutifs, s'ils sont confirmés, de crimes de guerre ». 

« J'ai pris connaissance des informations faisant état d'exactions massives commises par les forces russes dans des villes ukrainiennes qu'elles occupaient ces dernières semaines, en particulier dans la localité de Bucha (Boutcha, ndlr) », a déclaré le ministre dans un communiqué.  

« Je condamne avec la plus grande fermeté de tels actes constitutifs, s'ils sont confirmés, de crimes de guerre », a-t-il ajouté.  

« Nous travaillerons, en lien avec nos partenaires, les autorités ukrainiennes et les juridictions internationales compétentes, notamment la Cour pénale internationale, pour que ces actes ne restent pas impunis et que leurs responsables soient jugés et condamnés », a-t-il poursuivi. 

«Balle dans la nuque»

L'armée russe était parvenue à Boutcha et dans la ville voisine d'Irpin, qui borde Kiev au nord-ouest, très rapidement après le début de l'invasion de l'Ukraine le 24 février. Dans les semaines qui ont suivi, les deux villes ont été le théâtre de féroces combats qui les ont en partie dévastées et fait fuir la plupart des habitants.
Les Ukrainiens ont annoncé les avoir reprises ces derniers jours, après que les Russes ont indiqué desserrer l'étau sur Kiev et le nord pour concentrer leurs efforts militaires sur l'est du pays.
Le nombre total de morts dans les territoires de la région de Kiev récemment repris aux troupes russes reste incertain. Selon la procureure générale d'Ukraine, Iryna Venediktova, les dépouilles de 410 civils y ont été retrouvées.
Samedi, l'AFP avait vu à Boutcha les cadavres d'au moins 22 personnes portant des vêtements civils dans des rues. Le maire de la ville, Anatoli Fedorouk, avait assuré qu'elles ont été tuées d'"une balle dans la nuque", suggérant des exécutions sommaires massives de la part des soldats russes.
M. Fedorouk a par ailleurs affirmé que "280 personnes" avaient été enterrées "dans des fosses communes" car elles ne pouvaient être inhumées dans les cimetières communaux, tous à portée des tirs russes pendant les combats.

Washington et l'Otan dénoncent des actes «horribles», «cela doit s'arrêter»

Les Etats-Unis et l'Otan ont exprimé dimanche leur horreur face aux récits d'atrocités contre les civils imputées aux forces russes à Boutcha, près de Kiev, avertissant que le départ de Moscou de cette région ne représentait ni un « vrai retrait » ni un espoir de désescalade. 

« Ces images sont un coup de poing à l'estomac », a réagi le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken sur la chaîne CNN, rappelant avoir prévenu « avant l'agression de la Russie » qu'elle risquait de »commettre des atrocités ». 

« Nous ne pouvons pas normaliser cela. C'est la réalité de ce qui se passe chaque jour, tant que la brutalité de la Russie contre l'Ukraine se poursuit. C'est pourquoi cela doit s'arrêter », a-t-il dit. 

Il a réaffirmé que les Etats-Unis contribuaient à « documenter » d'éventuels « crimes de guerre » auprès des institutions internationales pour que leurs responsables « rendent des comptes », refusant toutefois de dire s'il considérait qu'il s'agissait de « crimes contre l'humanité » ou même d'actes de « génocide ». 

Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg a pour sa part estimé que les violences de Boutcha étaient « horribles », dénonçant une « brutalité inédite en Europe depuis des décennies ». 

« Il est absolument inacceptable que des civils soient pris pour cibles et tués, et cela souligne l'importance de mettre fin à cette guerre », a-t-il estimé sur la même chaîne. 

Interrogé sur le départ des forces russes de la région de Kiev, que les forces ukrainiennes ont dit avoir repris, il s'est montré prudent: « Nous ne devons pas être trop optimistes » car « nous redoutons une potentielle augmentation des attaques, notamment dans le Sud et l'Est ». 

« Ce n'est pas un vrai retrait, c'est davantage une adaptation de leur stratégie », a-t-il insisté.  

Antony Blinken a encore affirmé que l'invasion de l'Ukraine était déjà « un revers spectaculaire pour la Russie ». « Ils avaient trois objectifs au départ: le premier était d'assujettir l'Ukraine et lui retirer sa souveraineté et son indépendance; le deuxième était d'affirmer la puissance russe; le troisième était de diviser l'Occident et l'Otan. Sur ces trois fronts, ils ont déjà perdu », a martelé le secrétaire d'Etat américain. 

"A en juger par ce que nous avons vu, on ne peut pas faire confiance à ces images vidéo", a répondu M. Peskov.
Moscou, qui dément toute exaction de son fait, a annoncé lundi qu'elle allait enquêter sur cette "provocation haineuse" qui vise selon elle à "discréditer" les forces russes en Ukraine. Et demandé une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU pour statuer sur ces exactions commises selon elle par "des radicaux ukrainiens" à Boutcha.
Le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les Affaires humanitaires, le Britannique Martin Griffiths, est arrivé dimanche soir à Moscou, et devait se rendre à Kiev, mandaté pour rechercher un cessez-le-feu humanitaire en Ukraine. Jusqu'à présent, la Russie refusait toute visite d'un haut responsable de l'ONU ayant l'Ukraine pour sujet principal.
A la gare de Kramatorsk, dans l'est du pays encore sous contrôle de Kiev, ils étaient des centaines ce week-end à attendre leur train pour fuir dans l'ouest, par crainte d'être encerclés par les Russes.
"Beaucoup de gens sont déjà partis, les hommes restent, nos familles s'en vont", grimaçait Andreï, dont l'épouse et les deux enfants attendaient sagement, bagages aux pieds. Comme bien d'autres, il est angoissé, car "les bombardements peuvent commencer à tout moment".

EN BREF «Massacre» à Boutcha en Ukraine : ce que l'on sait

Voici ce que l'on sait pour le moment sur ces événements, qui suscitaient dimanche l'indignation des pays occidentaux pour lesquels il s'agit d'« un terrible crime de guerre ». 

Une ville dévastée  

Boutcha, une ville d'environ 37 000 habitants (avant la guerre) à 30 km de la capitale, ainsi que celle voisine d'Irpin, ont été le théâtre de combats parmi les plus féroces depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine, le 24 février. 

Boutcha a été occupée par l'armée russe dès le 27 février, restant inaccessible pendant plus d'un mois. Les bombardements y ont cessé jeudi et les forces ukrainiennes n'ont pu complètement y pénétrer qu'il y a quelques jours. 

Des journalistes se sont rendus samedi dans cette localité et ont pu voir des trous béants provoqués par des obus dans des immeubles d'habitation, de nombreuses carcasses de voitures et des rues jonchées de débris ou de lignes électriques abattues. 

Ceux de ses habitants restés sur place, pris au piège par les tirs incessants, étaient privés d'eau et d'électricité par des températures très basses. 

Des témoins rencontrés ont affirmé avoir vu des combattants tchétchènes parmi les militaires russes. 

Une vingtaine de corps éparpillés 

L'AFP a vu samedi les cadavres d'au moins 22 personnes portant des vêtements civils dans des rues à Boutcha. L'un était couché près d'un vélo, d'autres avaient à côté d'eux des sacs à provisions.  

Un cadavre avait les mains liées dans le dos et la plupart des corps étaient éparpillés sur plusieurs centaines de mètres dans une même rue. Un autre se trouvait près de la gare, sous une couverture. 

On ne pouvait pas dans l'immédiat déterminer la cause de la mort de ces personnes, mais au moins deux d'entre elles présentaient de larges blessures à la tête.  

La peau des visages avait un aspect cireux, laissant penser que les cadavres étaient là depuis au moins plusieurs jours. 

Selon le maire de Boutcha, Anatoli Fedorouk, ces personnes ont été tuées par les soldats russes d'« une balle dans la nuque ». 

Fosses communes 

Les cadavres de 57 personnes ont été retrouvés dans une fosse commune, a déclaré dimanche le chef des secours locaux, Serhiï Kaplytchny, en montrant à une équipe de l'AFP ce site. 

Une dizaine de cadavres étaient visibles, certains seulement partiellement inhumés, derrière une église du centre de la ville. Plusieurs d'entre eux étaient dans des sacs mortuaires noirs et ceux que l'on pouvait voir portaient des vêtements civils. 

Samedi, M. Fedorouk avait affirmé que « 280 personnes » avaient été enterrées « dans des fosses communes » car elles ne pouvaient être inhumées dans les cimetières de Boutcha, tous à portée des tirs russes pendant les combats. 

Quel bilan ? 

Le nombre exact des victimes n'est pas encore connu, a déclaré le maire de Kiev, Vitali Klitschko, qui s'est rendu dimanche à Boutcha : « Nous pensons que plus de 300 civils sont morts ».  

Gaz et pourparlers

Dans le sud, huit personnes ont été tuées et 34 blessées dans des bombardements russes dimanche sur les villes d'Otchakiv et de Mykolaïv, a indiqué lundi le Parquet ukrainien.
Les Occidentaux veulent désormais adopter de nouvelles mesures contre Moscou, après avoir déjà acté plusieurs trains de sanctions depuis le 24 février, ciblant massivement des entreprises, des banques, des hauts responsables, des oligarques, et interdisant l'exportation de biens vers la Russie.
Dans un tweet, le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba, a exigé l'adoption immédiate "de nouvelles sanctions dévastatrices du G7", en citant notamment l'"embargo sur le pétrole, le gaz et le charbon" et la fermeture de "tous les ports aux navires et marchandises russes".
La pression porte ainsi notamment sur les hydrocarbures, importante ressource financière pour la Russie. Dès samedi, les Etats baltes avaient annoncé la cessation de leur importation de gaz russe et le président lituanien Gitanas Nauseda avait appelé le reste de l'UE à les suivre.
Les Etats-Unis ont interdit l'importation de pétrole et de gaz russes peu après l'invasion de l'Ukraine, mais pas l'UE qui s'approvisionnait en Russie à hauteur de 40% environ en 2021.
La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) a annoncé lundi suspendre l'accès de la Russie et de son alliée le Bélarus à ses financements et à son expertise.
Du côté de Moscou, on anticipe déjà un éventuel alourdissement des sanctions. "Tôt ou tard, nous devrons établir un dialogue, que quelqu'un outre-Atlantique le souhaite ou non", a toutefois souligné le porte-parole du Kremlin.
On ignore quel sera l'impact de Boutcha cette semaine sur les pourparlers russo-ukrainiens, difficiles mais où perce une lueur d'espoir. Le négociateur en chef russe, Vladimir Medinski, a salué une position "plus réaliste" selon lui de Kiev, prêt sous conditions à accepter un statut neutre du pays, réclamé par Moscou, et Dmitri Peskov a dit à propos d'un sommet Poutine-Zelensky que, "hypothétiquement, une telle rencontre est possible".
Le négociateur en chef ukrainien, David Arakhamia, avait affirmé samedi que Moscou avait accepté "oralement" toutes les positions ukrainiennes, "sauf en ce qui concerne la question de la Crimée".
La guerre, intense, a fait, a minima, des milliers de morts et contraint à l'exil plus de 4,2 millions d'Ukrainiens, à 90% des femmes et des enfants.


Russes, Ukrainiens et Américains vont se réunir vendredi à Abou-Dhabi

Selon Kiev, l'Ukraine sera représentée par le secrétaire du Conseil de sécurité Roustem Oumerov, son chef de cabinet Kyrylo Boudanov et son chef-adjoint Serguiï Kyslytsia, par le chef du parti présidentiel David Arakhamia et par le chef d'état-major des forces armées, le général Andriï Gnatov. (AFP)
Selon Kiev, l'Ukraine sera représentée par le secrétaire du Conseil de sécurité Roustem Oumerov, son chef de cabinet Kyrylo Boudanov et son chef-adjoint Serguiï Kyslytsia, par le chef du parti présidentiel David Arakhamia et par le chef d'état-major des forces armées, le général Andriï Gnatov. (AFP)
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  • "Il a été convenu que dès aujourd'hui, la première réunion d'un groupe de travail trilatéral chargé des questions de sécurité aura lieu à Abou-Dhabi"
  • L'équipe russe, menée par le général Igor Kostioukov, haut responsable de l'état-major, "se rendra dans les prochaines heures à Abou-Dhabi"

MOSCOU: La Russie, l'Ukraine et les Etats-Unis vont tenir une réunion trilatérale vendredi à Abou-Dhabi, a annoncé dans la nuit le Kremlin après un entretien à Moscou entre le président Vladimir Poutine et l'émissaire américain Steve Witkoff.

"Il a été convenu que dès aujourd'hui, la première réunion d'un groupe de travail trilatéral chargé des questions de sécurité aura lieu à Abou-Dhabi", a déclaré tôt vendredi à la presse le conseiller diplomatique du Kremlin, Iouri Ouchakov.

L'équipe russe, menée par le général Igor Kostioukov, haut responsable de l'état-major, "se rendra dans les prochaines heures à Abou-Dhabi", a-t-il dit.

Selon Kiev, l'Ukraine sera représentée par le secrétaire du Conseil de sécurité Roustem Oumerov, son chef de cabinet Kyrylo Boudanov et son chef-adjoint Serguiï Kyslytsia, par le chef du parti présidentiel David Arakhamia et par le chef d'état-major des forces armées, le général Andriï Gnatov.

M. Ouchakov a souligné que l'entretien jeudi entre MM. Poutine et Witkoff à Moscou, avait été "utile à tous points de vue", notamment pour permettre cette trilatérale.

"Les Américains ont beaucoup fait pour préparer cette réunion et ils espèrent qu'elle sera un succès et ouvrira des perspectives pour avancer sur l'ensemble de questions liées à la fin du conflit" en Ukraine, a souligné M. Ouchakov, évoquant des pourparlers de "très substantiels" avec M. Witkoff.

Une autre rencontre, consacrée aux questions économiques, aura lieu également vendredi à Abou-Dhabi entre M. Witkoff et l'émissaire du Kremlin aux questions économiques internationales, Kirill Dmitriev, a-t-il précisé.

"Nous sommes sincèrement intéressés par un réglement (du conflit) par les moyens politico-diplomatiques", a assuré M. Ouchakov. Mais "tant que ce n'est pas encore le cas, la Russie va continuer d'atteindre ses objectifs (...) sur le champ de bataille", a-t-il ajouté.

Garanties de sécurité 

Steve Witkoff, qui était accompagné par le gendre du président américain, Jared Kushner, s'est entretenu avec Vladimir Poutine pendant plus de trois heures et demie. L'émissaire a déjà rencontré le président russe à plusieurs reprises depuis un an, dans le cadre des efforts américains pour mettre fin à quatre ans de combats en Ukraine.

Depuis Davos, M. Witkoff avait auparavant vanté les progrès "significatifs" accomplis lors de sa rencontre, le week-end dernier à Miami, avec les négociateurs ukrainiens.

"Je pense que nous avons réduit le problème à un seul point", a-t-il déclaré.

A Davos, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est brièvement entretenu jeudi avec M. Trump, et a évoqué devant la presse une rencontre "positive" mais un dialogue "pas simple".

Il a toutefois assuré être parvenu à un accord sur les garanties de sécurité qui doivent être offertes par les Etats-Unis à l'Ukraine pour dissuader la Russie d'attaquer à nouveau après une éventuelle fin du conflit.

"Les garanties de sécurité, c'est prêt", a-t-il déclaré, indiquant que "le document doit être signé par les parties, par les présidents, et ensuite il ira aux parlements nationaux".

M. Zelensky a en revanche dit que l'épineuse question des territoires de l'est de l'Ukraine revendiqués par Moscou n'est "pas encore résolue".

"Sans règlement de la question territoriale (…) il ne faut pas compter obtenir un règlement à long terme", a répété vendredi le conseiller diplomatique du Kremlin après la réunion entre MM. Poutine et Witkoff.

"Kaléidoscope" 

Des négociations directes entre la Russie et l'Ukraine avaient déjà eu lieu lors de la première année de la guerre, en 2022, et à plusieurs reprises en 2025, à Istanbul. Ces pourparlers n'avaient abouti qu'à des échanges de prisonniers et de dépouilles de soldats, sans régler le conflit.

La Russie exige un retrait des troupes ukrainiennes du Donbass, dans l'est industriel de l'Ukraine, et un engagement de Kiev à ne pas adhérer à l'Otan. Elle a multiplié ces derniers mois les frappes sur le réseau énergétique ukrainien, provoquant des coupures d'électricité et de chauffage massives notamment dans la capitale, par des températures glaciales.

De plus en plus critique envers les Européens ces dernières semaines, M. Zelensky a prononcé un discours particulièrement dur à Davos jeudi envers ses principaux soutiens, disant voir une Europe "fragmentée" et "perdue" lorsqu'il s'agit d'influer sur les positions de Donald Trump, et manquant de "volonté politique" face à Vladimir Poutine.

Il a également jugé, malgré les promesses européennes de déploiement de troupes en Ukraine après la guerre, "qu'aucune garantie de sécurité ne peut fonctionner sans les Etats-Unis".


«Promoteur dans l'âme», Trump révèle son projet immobilier de «Nouveau Gaza»

Donald Trump a révélé jeudi son plan pour un "Nouveau Gaza", qui transformerait le territoire palestinien dévasté en un complexe luxueux de gratte-ciels en bord de mer, un projet qui pourrait voir le jour dans trois ans. (AFP)
Donald Trump a révélé jeudi son plan pour un "Nouveau Gaza", qui transformerait le territoire palestinien dévasté en un complexe luxueux de gratte-ciels en bord de mer, un projet qui pourrait voir le jour dans trois ans. (AFP)
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  • "Je vais avoir beaucoup de succès à Gaza, ça va être beau à voir", a déclaré le président américain alors qu'il présentait à Davos son "Conseil de paix" controversé
  • "Je suis un promoteur immobilier dans l'âme (...) et j'ai dit, regardez ce site en bord de mer, regardez ce superbe lot foncier, ce que ce pourrait être pour tant de gens"

DAVOS: Donald Trump a révélé jeudi son plan pour un "Nouveau Gaza", qui transformerait le territoire palestinien dévasté en un complexe luxueux de gratte-ciels en bord de mer, un projet qui pourrait voir le jour dans trois ans.

La guerre à Gaza, déclenchée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël en octobre 2023, a ravagé le territoire et poussé la majorité des habitants à fuir. Un cessez-le-feu négocié par les Etats-Unis est entré en vigueur en octobre, mais la crise humanitaire perdure pour la plupart des Gazaouis.

"Je vais avoir beaucoup de succès à Gaza, ça va être beau à voir", a déclaré le président américain alors qu'il présentait à Davos son "Conseil de paix" controversé, initialement conçu pour superviser la reconstruction du territoire palestinien.

"Je suis un promoteur immobilier dans l'âme (...) et j'ai dit, regardez ce site en bord de mer, regardez ce superbe lot foncier, ce que ce pourrait être pour tant de gens", a-t-il dit au Forum économique mondial qui se tient dans la station de sports d'hiver suisse.

Son gendre Jared Kushner, qui n'a aucune fonction officielle mais fait office d'émissaire parmi d'autres pour le conflit à Gaza, a estimé que ce "maître projet" était voué à un "succès effrayant".

Exhibant une esquisse aux dizaines de tours d'appartements avec terrasse surplombant une allée ombragée, il a promis que ce paysage remplacerait les ruines laissées par la guerre.

"Au Moyen-Orient ils construisent des villes comme ça, pour deux ou trois millions de personnes, ils le font en trois ans", a-t-il dit. "C'est faisable en trois ans si nous voulons que ce le soit".

Il a estimé à 25 milliards de dollars les investissements nécessaires pour reconstruire les infrastructures et les services publics du territoire palestinien.

En 10 ans, le PIB de Gaza serait de 10 milliards de dollars, et le revenu moyen par foyer atteindrait 13.000 dollars, grâce "au plein emploi à 100% et aux possibilités offertes à tous".

Il a affirmé que le "Comité national pour l'administration de Gaza", censé travailler sous l'autorité du "Conseil de paix" de Donald Trump, avait reçu une proposition du promoteur immobilier israélien Yakir Gabay.

"Il s'est porté volontaire pas pour le profit, mais vraiment en écoutant son coeur", a assuré Jared Kushner. "Donc dans les 100 jours à venir nous allons continuer sans relâche à nous assurer que cela se réalise", a-t-il ajouté.

Il a estimé qu'un désarmement complet du Hamas, prévu par l'accord de cessez-le-feu conclu en octobre, convaincrait les investisseurs et les donateurs.

"Il va y avoir de fantastiques opportunités d'investissement", a conclu M. Kushner.

Sa présentation ne mentionnait pas le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, dont le pays avait porté en 2025 un plan de reconstruction de Gaza soutenu par des pays arabes et accueilli favorablement par l'Union européenne.

Selon un communiqué de ses services, M. Sissi est rentré à l'aube jeudi, quelques heures après un tête-à-tête avec M. Trump au cours duquel les deux hommes ont échangé des compliments, le président américain le qualifiant de "grand leader" et de "type génial".


Rejoindre le Conseil de la paix reflète l’engagement saoudien à mettre fin au conflit à Gaza, affirme le prince Faisal

Le ministre des Affaires étrangères de l'Arabie saoudite, le prince Faisal ben Farhane, tient jeudi une charte fondatrice signée du Conseil de la paix lors du Forum économique mondial à Davos. (AFP)
Le ministre des Affaires étrangères de l'Arabie saoudite, le prince Faisal ben Farhane, tient jeudi une charte fondatrice signée du Conseil de la paix lors du Forum économique mondial à Davos. (AFP)
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  • Le ministre saoudien des Affaires étrangères signe la charte fondatrice de l’initiative menée par les États-Unis lors d’une cérémonie au Forum économique mondial de Davos
  • L’Arabie saoudite fait partie des huit pays arabes et islamiques ayant annoncé mercredi leur adhésion à l’initiative, qui vise à stabiliser et reconstruire Gaza

​​​​​​DAVOS : Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a signé jeudi la charte fondatrice du « Conseil de la paix » du président américain Donald Trump.

Cette décision de participation reflète le soutien du Royaume aux efforts visant à instaurer une paix durable à Gaza, a-t-il déclaré.

L’Arabie saoudite figure parmi les huit pays arabes et islamiques qui ont annoncé mercredi leur adhésion à cette initiative, dont l’objectif est de stabiliser et de reconstruire le territoire palestinien ravagé par la guerre.

Le prince Faisal a signé le document lors d’une cérémonie organisée en marge du Forum économique mondial de Davos, où le président Donald Trump a lancé la charte à l’occasion d’un événement réunissant plusieurs autres pays fondateurs, dont la Turquie et le Qatar.

Dans un communiqué, le ministère saoudien des Affaires étrangères a indiqué que la signature du document témoignait de « l’engagement du Royaume à soutenir le conseil de la paix en tant qu’organe transitoire visant à mettre fin au conflit à Gaza, conformément à la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations unies ».

Cette initiative reflète également le soutien de l’Arabie saoudite à la reconstruction de Gaza et sa volonté de promouvoir une paix durable, tout en saluant les efforts de paix du président Trump, a ajouté le ministère.

Le président américain a contribué à la médiation d’un accord de paix en septembre, qui a largement mis fin à la guerre de deux ans menée par Israël contre Gaza, un conflit qui a dévasté le territoire et coûté la vie à plus de 70 000 Palestiniens.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com