Quels sont les dangers de la montée en puissance de Daech au nord-est de la Syrie?

Une centaine de combattants de Daech ont attaqué la prison de Ghwayran à Hassaké le 20 janvier, lors de la plus grande opération militaire depuis la défaite de leur «califat» en 2019. (AFP)
Une centaine de combattants de Daech ont attaqué la prison de Ghwayran à Hassaké le 20 janvier, lors de la plus grande opération militaire depuis la défaite de leur «califat» en 2019. (AFP)
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Publié le Lundi 18 avril 2022

Quels sont les dangers de la montée en puissance de Daech au nord-est de la Syrie?

  • La menace extrémiste était évidente bien avant l’attaque hautement coordonnée de la prison par Daech
  • Plus d’une décennie après que le soulèvement de 2011 contre le régime du président, Bachar al-Assad, a plongé la Syrie dans la guerre civile, de nombreuses régions du pays sont tombées aux mains de groupes armés

KAMYCHLI, SYRIE: Cette année, le monde a vu avec horreur les Forces démocratiques syriennes (FDS), ainsi que la coalition dirigée par les États-Unis, se mobiliser rapidement pour empêcher Daech de rétablir son «califat» éphémère dans le nord de la Syrie – une tentative que de nombreux observateurs considèrent comme la plus audacieuse à ce jour.  

Depuis sa défaite territoriale en Irak en 2017 et en Syrie en 2019, Daech apparaît comme une force épuisée. Ses dirigeants ont été chassés et contraints de se cacher; ses partisans, détenus, morts ou désenchantés et son butin de guerre, autrefois considérable, épuisé ou hors de portée.

Cette année, en janvier, les membres restants du groupe ont lancé une attaque massive et très élaborée contre une prison dans le nord-est de la Syrie où des milliers de ses anciens combattants étaient détenus sous la garde des FDS.

Alors que l’Occident se concentre désormais uniquement sur l’Ukraine et que les alliés russes du régime syrien sont préoccupés par des événements plus proches de chez eux, les personnes présentes sur le terrain en Syrie préviennent que la menace posée par Daech est loin d’être terminée. Le groupe pourrait facilement monter en puissance pendant que le monde a le dos tourné.

Dans la soirée du 20 janvier, le calme relatif à Hassaké, une ville de quelque quatre cent mille habitants dans le gouvernorat syrien éponyme, est soudain rompu par une explosion. Un camion chargé d’explosifs détone alors aux portes de la prison d'Al-Sinaa.

Quelques instants plus tard, des centaines d’hommes armés prennent d’assaut l’établissement, avec la ferme intention de libérer près de cinq mille prisonniers affiliés à Daech et de les renvoyer sur le champ de bataille.

Pendant plusieurs jours, les forces locales ont combattu les militants dans la plus grande bataille que la ville ait connue depuis que Daech a été renversé six ans plus tôt. La coalition dirigée par les États-Unis est intervenue à l’aide d’avions et de drones, frappant les bâtiments où les militants s’étaient réfugiés. En réponse, les combattants de Daech ont saisi des propriétés civiles à proximité de la prison, utilisant leurs occupants comme boucliers humains. 

«Ce n’est pas le genre de combat où l’on sait où se trouve la base des terroristes pour l’attaquer», déclare à Arab News Serhat Himo, membre du commando qui est intervenu la première nuit de l’attaque.

«Ils ont pris position parmi les civils, ce qui a entraîné la mort de nombre d’entre eux aux mains de Daech. Nous avons dû retirer les corps des maisons.»

Certains rapports suggèrent que trois cent soixante-quatorze militants, soixante-dix-sept membres du personnel pénitentiaire, quarante membres des FDS et quatre civils auraient été tués lors de l’attaque. Près de quatre cents détenus sont toujours portés disparus, ce qui indique que de nombreux prisonniers ont réussi à s’évader. 

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Des femmes membres des FDS déployées devant la prison de Ghwayran, dans la ville de Hassaké, au nord-est de la Syrie. (AFP)

Dans le numéro du 27 janvier d’An-Naba, le média de propagande en ligne de Daech, les militants ont affirmé que «plusieurs groupes ont réussi à sortir de la zone (Hassaké) en toute sécurité et ont été transférés dans des zones sûres». 

Du point de vue des FDS, chargées de défendre la population multiethnique de l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie, la menace extrémiste était évidente bien avant l’attaque hautement coordonnée de la prison par Daech.

Plus d’une décennie après que le soulèvement de 2011 contre le régime du président, Bachar al-Assad, a plongé la Syrie dans la guerre civile, de nombreuses régions du pays sont tombées aux mains de groupes armés.

Le nord et le nord-ouest de la Syrie, à titre d’exemple, sont contrôlés par plusieurs factions sous la bannière de l’Armée nationale syrienne (ANS), anciennement connue sous le nom d’«Armée syrienne libre», et de Hayat Tahrir al-Cham, un groupe affilié au mouvement Al-Qaïda.

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Des membres des FDS déployés à l’extérieur de la prison de Ghwayran à Hassaké, dans le nord-est de la Syrie, après sa prise de contrôle par les forces de Daech. (AFP)

L’ANS contrôle le district d’Afrine, après l’avoir retiré des mains de l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie en 2018, avec l’aide des forces armées turques. Elle contrôle également Ras al-Aïn et Tell Abyad, villes conquises en 2019, également avec l’aide de la Turquie. 

La Turquie est intervenue à ces deux occasions pour chasser les Unités de protection du peuple – YPG –, à majorité kurde, des zones chevauchant sa frontière sud.

Ankara considère les YPG, le contingent principal au sein des FDS, comme la filiale syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan, ou PKK, qui a mené une guérilla pendant plusieurs décennies contre l’État turc en vue de renforcer les droits politiques et culturels des Kurdes en Turquie.

L’ANS et le groupe Hayat Tahrir al-Cham abritent des extrémistes au sein de leurs rangs. Selon des sources locales, les militants restants de Daech se sont servis des zones sous le contrôle des forces rebelles pour se regrouper et éviter d’être repérés. 

En octobre de l’année dernière, un drone américain a tué Abdelhamid al-Matar, un haut responsable d’Al-Qaïda, à Soulouk, une ville de la province de Raqqa, aux mains de l’ANS. Quelques jours plus tard, un drone de la force aérienne de l’armée britannique a tué le fournisseur d’armes de Daech, Abouhamza al-Chouhail à Ras al-Aïn.

en bref

  • Le 20 janvier, des militants de Daech mènent une attaque contre la prison d’Al-Sinaa au nord-est de la Syrie.
  • Trois cent soixante-quatorze militants, soixante-dix-sept membres du personnel pénitentiaire, quarante membres des Forces démocratiques syriennes et quatre civils auraient été tués lors de l’attaque.

En octobre 2019, quelques mois seulement après la défaite du groupe à Baghouz, l’ancien chef de Daech et calife, Aboubakr al-Baghdadi, est retrouvé dans le village de Baricha, dans une zone d’Idlib contrôlée par le groupe Hayat Tahrir al-Cham. Il préfère se donner la mort, ainsi que trois de ses enfants, avec une ceinture d’explosifs, plutôt que de se rendre aux forces spéciales américaines.

Quelques semaines seulement après l’attaque de janvier contre la prison d’Al-Sinaa, les FDS et les forces spéciales américaines retrouvent la trace du successeur d’Al-Baghdadi, Abouibrahim al-Qourachi, dans la ville d’Atma, également à Idlib. Au cours de l’opération, Al-Qourachi fait exploser une bombe, se tuant ainsi que sa famille.

Daech a nommé son nouveau chef, Abou al-Hassan al-Hachemi al-Qourachi, dans un message audio diffusé en ligne le 11 mars. Selon des sources sécuritaires irakiennes et occidentales citées par Reuters, il s’agit du frère d’Al-Baghdadi.

«Nous avons vaincu Daech sur le plan territorial, mais la mentalité demeure bien ancrée», déclare Nouri Mahmoud, porte-parole officiel des YPG, à Arab News.

«Des terroristes radicaux de Daech, d’Al-Qaïda, du Front du Levant et des Frères musulmans, parmi d’autres, se sont installés à Afrine, Sere Kaniye (Ras al-Aïn) et Gire Spi (Tell Abyad).» 

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Cette capture d’écran de l’AFP TV montre des soldats américains se rassemblant dans une zone proche de la prison kurde de Ghwayran dans la ville de Hassaké, au nord de la Syrie. (AFP)

Un rapport publié en juin 2021 par Syrians for Truth and Justice, un observatoire local pour les droits de l’homme, révèle qu’au moins vingt-sept anciens militants de Daech, dont de hauts responsables, servent dans les rangs de l’ANS. 

«Après la défaite territoriale de Daech à Baghouz, de nombreux militants du groupe ont fui vers l’Irak, des zones aux mains du régime et des zones détenues par des groupes soutenus par la Turquie, en particulier Ras al-Aïn et Tell Abyad», indique Kenan Barakat, coprésident du ministère de l’Intérieur de l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie, à Arab News. «Là-bas, ils ont simplement changé d’affiliation et rejoint d’autres groupes radicaux», poursuit-il.

Malgré la menace évidente que représentent ces groupes, les ressources des FDS et de l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie sont désormais limitées en raison de la fermeture des points de passage frontaliers reconnus par l’Organisation des nations unies (ONU) et des embargos diplomatiques et commerciaux imposés par la Turquie, qui ont décimé l’économie locale.

«Tant qu’il y aura un embargo politique et économique sur le nord-est de la Syrie, Daech restera», affirme M. Mahmoud.

«Tant que ces autres factions terroristes poursuivront leurs attaques contre nos régions et utiliseront ces zones sous occupation comme base arrière, Daech continuera de saisir l’occasion pour se réorganiser.»

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Plus d’une décennie après que le soulèvement de 2011 contre le régime du président, Bachar al-Assad, a plongé la Syrie dans la guerre civile, de nombreuses régions du pays sont tombées aux mains de groupes armés. (Photo AN/Ali Ali)

Les récentes tentatives de résurgence du groupe terroriste ne se limitent pas à l’incident de la prison d’Al-Sinaa. Dans les jours et les semaines qui ont suivi l’attaque contre la prison, les prisonniers du camp de détention d’Al-Hol, également à Hassaké, ont tenté de s’échapper à plusieurs reprises.  

Qualifié de «bombe à retardement» et de «camp le plus dangereux du monde», Al-Hol abrite près de cinquante-six mille personnes. Plus de la moitié des réfugiés sont Irakiens et près de huit mille sont des ressortissants étrangers ou les épouses et enfants de militants venus d’Europe et d’ailleurs.

La population du camp a rapidement augmenté début 2019 après la défaite territoriale de Daech à Baghouz. Depuis lors, les habitants d’Al-Hol ont tenté à plusieurs reprises de créer une sorte de pseudo-califat au sein du camp.

«Ceux qui se trouvent dans le camp, hommes et femmes, ont essayé à plusieurs reprises d’y déclencher une guerre», explique M. Barakat.

«Ils ont déclenché des soulèvements, brûlé des tentes et tué des membres des Forces de sécurité intérieure. Ils voulaient recréer le scénario à la prison de Ghweiran (Al-Sinaa) dans le camp, mais nos forces sont intervenues et les ont arrêtés. 

De nombreux enfants du camp atteignent désormais l’âge de l’adolescence. Ils ont grandi avec l’idéologie de Daech transmise par leurs mères. Les administrateurs du camp ont peur qu’il s’agisse d’une nouvelle génération de militants rancuniers et très radicalisés.»

De nombreux membres de l’administration locale estiment que ce n’est qu’une question de temps avant qu’une tentative d’évasion majeure n’ait lieu, à moins que la communauté internationale n’agisse immédiatement.

L’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie et les FDS ont appelé à plusieurs reprises les gouvernements occidentaux à rapatrier leurs citoyens du camp et à établir des tribunaux spéciaux pour juger les membres étrangers de Daech afin qu’ils puissent être placés dans des centres de détention appropriés. 

«Ces membres de Daech sont originaires de nombreux pays – près de cinquante nationalités différentes –», précise M. Barakat. «Il ne s’agit pas seulement d’un enjeu syrien. C’est une question d’ordre international. Daech menace de nombreux États à travers le monde.»

Il craint qu’il y ait une forte probabilité d’une montée en puissance de Daech à moins que le monde ne prenne des mesures immédiates.

«La victoire contre Daech est une victoire pour tout le monde», conclut-il.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Dans le Kordofan soudanais, une offensive paramilitaire se profile, la ville d'El-Obeid tremble

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
  • El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR)
  • La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays

Al-Ubayyid: Dans un camp de déplacés près d'El-Obeid, dans la région soudanaise du Kordofan, Agsam Hamad brave péniblement la chaleur écrasante pour aller chercher de l'eau trouble dans un puits. Déjà assiégés, les habitants vivent dans la crainte d'un assaut des paramilitaires, qui serait le plus violent à ce jour contre cette grande ville stratégique.

"Nous faisons de longues distances pour cette eau et elle est imbuvable", dit à l'AFP cette femme de 35 ans, mère de sept enfants. "Notre situation est très difficile. Nous avons besoin de nourriture et d'eau" potable.

El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays.

Ces dernières semaines, elle a fait face à des attaques des FSR, les plus intenses jusqu'à présent.

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie.

De récentes attaques ont frappé la principale centrale électrique et les dépôts de carburant, plongeant des quartiers dans l'obscurité et mettant les pompes à eau hors service.

Les habitants doivent aujourd'hui s'en remettre à des camions-citernes, des puits et quelques points de distribution d'eau, ont-ils expliqué à l'AFP.

"Pouvoir et argent" 

L'ONU a alerté sur un renforcement de la présence des FSR autour de la ville avant un possible assaut terrestre, ce qui fait craindre une répétition des atrocités observées à El-Facher.

Cette ville du Darfour est tombée aux mains des paramilitaires en octobre dernier, lors d'une attaque présentant selon l'ONU les caractéristiques d'un "génocide".

D'après Nohad Eltayeb, de l'ONG basée aux Etats-Unis ACLED, des mouvements de troupes ont été observés au cours du mois passé à environ 60 kilomètres au nord, au sud et à l'ouest d'El-Obeid.

El-Obeid se trouve à un carrefour stratégique reliant des régions du centre et de l'est du Soudan contrôlées par l'armée, dont Khartoum, au Darfour sous contrôle des FSR à l'ouest.

Selon des analystes, sa prise consoliderait le contrôle des FSR sur l'ouest du Soudan et pourrait ouvrir la voie à une avancée vers la capitale.

El-Obeid abrite une division d'infanterie, une base aérienne, un oléoduc stratégique et un important marché de gomme arabique.

" La contrôler, c'est une question de pouvoir, de territoire et d'argent ", affirme l'analyste Kholood Khair.

Les combats et les restrictions ont pratiquement coupé tout accès à la ville, rendant de plus en plus difficile toute couverture indépendante.

De rares images obtenues par l'AFP dans le camp d'Al-Rahmaniyah montrent des femmes épuisées avançant sous un soleil accablant, des jerricans sur la tête après des heures passées à attendre de l'eau à un puits éloigné.

Trop fatigués 

Dans le camp, près de 200 familles s'entassent dans des abris précaires.

Des enfants traînent dans l'étroite zone d'ombre projetée par les huttes . Certains sont trop fatigués pour jouer, d'autres suivent silencieusement leur mère.

" Nous n'avons rien. Ni eau, ni nourriture, ni matelas ", lâche Waseela Mohamed, une grand-mère de 70 ans.

Les livraisons d'aide qui avaient réussi à atteindre le camp il y a plusieurs semaines se sont raréfiées.

" Les organisations humanitaires font ce qu'elles peuvent, mais les besoins sont bien plus importants ", explique un bénévole qui a requis l'anonymat.

A l'intérieur d'El-Obeid, les drones bourdonnent presque en permanence, raconte Adam Hussein - un pseudonyme.

"Nous ne savons pas ce qui se passe vraiment. Tout est en crise. Les civils et les infrastructures sont constamment pris pour cible ", a-t-il confié à l'AFP.

Au moment où il parlait, un drone s'est écrasé tout près, sans faire de victimes.

Alors que le prix de l'eau a doublé, que celui de la nourriture a augmenté jusqu'à 300 % et que les tarifs des transports ont aussi grimpé en flèche, de nombreux habitants sont désormais, de fait, "encerclés ", selon Kholood Khair.

"Boucliers humains" 

Mohamed Refaat, de l'Organisation internationale pour les migrations, a averti que la ville se rapprochait d'un siège total, les civils pouvant bientôt "ne plus être capables de partir ni de revenir".

Sans aide immédiate, les conditions pourraient "en quelques semaines" ressembler à celles observées à El-Facher, où les civils ont survécu en se nourrissant d'aliments pour animaux pendant 18  mois de siège, a-t-il prévenu.

Selon l'ONU, plus de 6. 000 personnes ont été tuées durant les trois premiers jours de sa chute.

Une source gouvernementale a indiqué à l'AFP que l'armée avait tenté de ralentir l'avancée des paramilitaires.

Une source proche des FSR a elle accusé l'armée d'utiliser des civils comme " boucliers humains ", estimant qu'ils devraient être évacués.

Bien que la composition démographique de la ville diffère de celle d'El-Facher, où les violences ont suivi des lignes ethniques, Noha Eltayeb prévient que les civils "pourraient néanmoins être confrontés à des pillages, des violences sexuelles et des attaques contre ceux accusés de soutenir l'armée".


Liban: nouvelles frappes israéliennes, le chef du Parlement enterre déjà l'accord-cadre

Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté. (AFP)
Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté. (AFP)
  • "Cet accord ne sera pas adopté, et il ne sera pas mis en oeuvre dans sa forme actuelle", a dit Nabih Berri
  • Les bombardements rapportés par l'Agence libanaise d'information ANI (officielle) interviennent alors que la veille déjà, une série de raids israéliens avait fait un mort dans la région

BEYROUTH: Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté.

"Cet accord ne sera pas adopté, et il ne sera pas mis en oeuvre dans sa forme actuelle", a dit Nabih Berri, allié du Hezbollah pro-Iran, dans un communiqué diffusé par son parti, le mouvement Amal, dénonçant un "accord de +diktats+, pas un accord qui préserve les droits du Liban".

Les bombardements rapportés par l'Agence libanaise d'information ANI (officielle) interviennent alors que la veille déjà, une série de raids israéliens avait fait un mort dans la région.

Le ministère de la Santé a en outre fait état dimanche de deux blessés après le lancement d'une grenade par "l'ennemi israélien" sur une localité du sud.

Dans un communiqué, le Hezbollah "réaffirme que ce qu'a fait l'ennemi est une violation flagrante du cessez-le-feu auquel il s'était tenu jusque-là, et qu'il surveille et recense ces violations, se réservant le droit de défendre sa patrie et son peuple".

De son côté, l'armée israélienne a affirmé cibler des combattants du Hezbollah près de ce qu'elle appelle sa "zone de sécurité".

Elle a aussi annoncé la mort d'un soldat lors de combats, portant à 38 ses pertes dans le pays voisin, où elle affronte le mouvement islamiste. L'auteur, un "terroriste du Hezbollah", a ensuite été localisé et "éliminé par les soldats", a précisé l'armée.

Tunnel détruit 

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense israéliens Israël Katz ont par ailleurs indiqué que l'armée avait détruit un long tunnel construit par le Hezbollah dans le sud du pays.

Celui-ci "s'étendait sur plus de 200 mètres et atteignait une profondeur de plus de 25 mètres, contenait des centaines d'armes ainsi que plusieurs puits de lancement destinés à frapper l'État d'Israël et ses civils", détaille un communiqué conjoint.

Le Liban a été entraîné dans le conflit début mars quand le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à l'Iran, après l'offensive américano-israélienne sur Téhéran.

Israël a lancé en représailles de vastes frappes aériennes et déployé des troupes dans le sud du pays, faisant plus de 4.200 morts selon Beyrouth.

Une trêve annoncée le 17 avril n'a jamais été respectée mais les affrontements ont largement diminué depuis la signature mi-juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran ayant exigé qu'une cessation des combats au Liban en fasse partie.

Parallèlement, Israël et le Liban ont entamé des discussions directes sous l'égide de Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays techniquement toujours en état de guerre. Et ils ont conclu vendredi un accord-cadre, qualifié d'"historique" par Benjamin Netanyahu.

Dans un entretien téléphonique avec Donald Trump, le président libanais Joseph Aoun a assuré que l'Etat "assumerait ses responsabilités" dans la mise en œuvre de l'accord, qui conditionne un retrait israélien du pays au désarmement du mouvement chiite. Une exigence de longue date que Beyrouth peine à mettre en oeuvre.

"Sédition" 

Le Hezbollah s'était déjà fermement opposé à l'accord, son député Hassan Fadlallah affirmant dès dimanche qu'il "ne serait pas appliqué".

Ce qu'ont fait les autorités "équivaut à une sédition" visant à passer "d'un conflit avec l'ennemi à un conflit interne", avait-t-il ajouté.

Dénonçant une "grave erreur", le chef du groupe Naïm Qassem avait fustigé samedi un texte "humiliant, honteux, qui représente un abandon de souveraineté", accusant les autorités libanaises de "légitimer la poursuite de l'occupation" israélienne.

Des partisans du Hezbollah ont manifesté vendredi soir et un correspondant de l'AFP a vu, sur la route de l'aéroport de Beyrouth longeant la banlieue sud, bastion du Hezbollah, des pancartes portant l'inscription "Le Liban d'abord" incendiées.

L'Iran a, lui, réitéré ses exigences d'un retrait total d'Israël.

"Notre objectif est de mettre fin à la guerre au Liban, permettre le retour des déplacés dans leurs foyers, mettre un terme à l'occupation et obtenir le retrait du régime sioniste du territoire libanais", a souligné le président du Parlement iranien et négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf, dans un appel avec son homologue libanais Nabih Berri.

 


L'accord sur le Liban est un "premier pas" vers la restauration de sa souveraineté, dit le président Aoun

Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
  • Le président libanais Joseph Aoun a qualifié l'accord-cadre signé avec Israël de « première étape » vers le rétablissement de la pleine souveraineté du Liban
  • Il a affirmé son engagement à mettre fin à toute occupation, à obtenir la libération des prisonniers et à garantir un Liban sans subordination ni tutelle

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a déclaré vendredi que l'accord cadre signé avec Israël était "un premier pas" vers la restauration de la souveraineté de son pays sans "occupation", "subordination" ni "tutelle".

"L'accord-cadre signé aujourd'hui est une première étape" qui doit permettre aux Libanais "de revenir sur leurs terres entièrement libérées et dans leurs maisons qui seront assurément reconstruites (...) sous la souveraineté de l'Etat libanais, qui n'a aucun partenaire dans l'exercice de sa souveraineté sur sa terre et son peuple", a déclaré Joseph Aoun dans un communiqué de la présidence.

"Nous jurons de continuer à oeuvrer jusqu'à ce que cela soit accompli. Il n'y aura plus d'occupation, de prisonniers, de subordination ni de tutelle", a-t-il promis.