Quels sont les dangers de la montée en puissance de Daech au nord-est de la Syrie?

Une centaine de combattants de Daech ont attaqué la prison de Ghwayran à Hassaké le 20 janvier, lors de la plus grande opération militaire depuis la défaite de leur «califat» en 2019. (AFP)
Une centaine de combattants de Daech ont attaqué la prison de Ghwayran à Hassaké le 20 janvier, lors de la plus grande opération militaire depuis la défaite de leur «califat» en 2019. (AFP)
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Publié le Lundi 18 avril 2022

Quels sont les dangers de la montée en puissance de Daech au nord-est de la Syrie?

  • La menace extrémiste était évidente bien avant l’attaque hautement coordonnée de la prison par Daech
  • Plus d’une décennie après que le soulèvement de 2011 contre le régime du président, Bachar al-Assad, a plongé la Syrie dans la guerre civile, de nombreuses régions du pays sont tombées aux mains de groupes armés

KAMYCHLI, SYRIE: Cette année, le monde a vu avec horreur les Forces démocratiques syriennes (FDS), ainsi que la coalition dirigée par les États-Unis, se mobiliser rapidement pour empêcher Daech de rétablir son «califat» éphémère dans le nord de la Syrie – une tentative que de nombreux observateurs considèrent comme la plus audacieuse à ce jour.  

Depuis sa défaite territoriale en Irak en 2017 et en Syrie en 2019, Daech apparaît comme une force épuisée. Ses dirigeants ont été chassés et contraints de se cacher; ses partisans, détenus, morts ou désenchantés et son butin de guerre, autrefois considérable, épuisé ou hors de portée.

Cette année, en janvier, les membres restants du groupe ont lancé une attaque massive et très élaborée contre une prison dans le nord-est de la Syrie où des milliers de ses anciens combattants étaient détenus sous la garde des FDS.

Alors que l’Occident se concentre désormais uniquement sur l’Ukraine et que les alliés russes du régime syrien sont préoccupés par des événements plus proches de chez eux, les personnes présentes sur le terrain en Syrie préviennent que la menace posée par Daech est loin d’être terminée. Le groupe pourrait facilement monter en puissance pendant que le monde a le dos tourné.

Dans la soirée du 20 janvier, le calme relatif à Hassaké, une ville de quelque quatre cent mille habitants dans le gouvernorat syrien éponyme, est soudain rompu par une explosion. Un camion chargé d’explosifs détone alors aux portes de la prison d'Al-Sinaa.

Quelques instants plus tard, des centaines d’hommes armés prennent d’assaut l’établissement, avec la ferme intention de libérer près de cinq mille prisonniers affiliés à Daech et de les renvoyer sur le champ de bataille.

Pendant plusieurs jours, les forces locales ont combattu les militants dans la plus grande bataille que la ville ait connue depuis que Daech a été renversé six ans plus tôt. La coalition dirigée par les États-Unis est intervenue à l’aide d’avions et de drones, frappant les bâtiments où les militants s’étaient réfugiés. En réponse, les combattants de Daech ont saisi des propriétés civiles à proximité de la prison, utilisant leurs occupants comme boucliers humains. 

«Ce n’est pas le genre de combat où l’on sait où se trouve la base des terroristes pour l’attaquer», déclare à Arab News Serhat Himo, membre du commando qui est intervenu la première nuit de l’attaque.

«Ils ont pris position parmi les civils, ce qui a entraîné la mort de nombre d’entre eux aux mains de Daech. Nous avons dû retirer les corps des maisons.»

Certains rapports suggèrent que trois cent soixante-quatorze militants, soixante-dix-sept membres du personnel pénitentiaire, quarante membres des FDS et quatre civils auraient été tués lors de l’attaque. Près de quatre cents détenus sont toujours portés disparus, ce qui indique que de nombreux prisonniers ont réussi à s’évader. 

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Des femmes membres des FDS déployées devant la prison de Ghwayran, dans la ville de Hassaké, au nord-est de la Syrie. (AFP)

Dans le numéro du 27 janvier d’An-Naba, le média de propagande en ligne de Daech, les militants ont affirmé que «plusieurs groupes ont réussi à sortir de la zone (Hassaké) en toute sécurité et ont été transférés dans des zones sûres». 

Du point de vue des FDS, chargées de défendre la population multiethnique de l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie, la menace extrémiste était évidente bien avant l’attaque hautement coordonnée de la prison par Daech.

Plus d’une décennie après que le soulèvement de 2011 contre le régime du président, Bachar al-Assad, a plongé la Syrie dans la guerre civile, de nombreuses régions du pays sont tombées aux mains de groupes armés.

Le nord et le nord-ouest de la Syrie, à titre d’exemple, sont contrôlés par plusieurs factions sous la bannière de l’Armée nationale syrienne (ANS), anciennement connue sous le nom d’«Armée syrienne libre», et de Hayat Tahrir al-Cham, un groupe affilié au mouvement Al-Qaïda.

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Des membres des FDS déployés à l’extérieur de la prison de Ghwayran à Hassaké, dans le nord-est de la Syrie, après sa prise de contrôle par les forces de Daech. (AFP)

L’ANS contrôle le district d’Afrine, après l’avoir retiré des mains de l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie en 2018, avec l’aide des forces armées turques. Elle contrôle également Ras al-Aïn et Tell Abyad, villes conquises en 2019, également avec l’aide de la Turquie. 

La Turquie est intervenue à ces deux occasions pour chasser les Unités de protection du peuple – YPG –, à majorité kurde, des zones chevauchant sa frontière sud.

Ankara considère les YPG, le contingent principal au sein des FDS, comme la filiale syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan, ou PKK, qui a mené une guérilla pendant plusieurs décennies contre l’État turc en vue de renforcer les droits politiques et culturels des Kurdes en Turquie.

L’ANS et le groupe Hayat Tahrir al-Cham abritent des extrémistes au sein de leurs rangs. Selon des sources locales, les militants restants de Daech se sont servis des zones sous le contrôle des forces rebelles pour se regrouper et éviter d’être repérés. 

En octobre de l’année dernière, un drone américain a tué Abdelhamid al-Matar, un haut responsable d’Al-Qaïda, à Soulouk, une ville de la province de Raqqa, aux mains de l’ANS. Quelques jours plus tard, un drone de la force aérienne de l’armée britannique a tué le fournisseur d’armes de Daech, Abouhamza al-Chouhail à Ras al-Aïn.

en bref

  • Le 20 janvier, des militants de Daech mènent une attaque contre la prison d’Al-Sinaa au nord-est de la Syrie.
  • Trois cent soixante-quatorze militants, soixante-dix-sept membres du personnel pénitentiaire, quarante membres des Forces démocratiques syriennes et quatre civils auraient été tués lors de l’attaque.

En octobre 2019, quelques mois seulement après la défaite du groupe à Baghouz, l’ancien chef de Daech et calife, Aboubakr al-Baghdadi, est retrouvé dans le village de Baricha, dans une zone d’Idlib contrôlée par le groupe Hayat Tahrir al-Cham. Il préfère se donner la mort, ainsi que trois de ses enfants, avec une ceinture d’explosifs, plutôt que de se rendre aux forces spéciales américaines.

Quelques semaines seulement après l’attaque de janvier contre la prison d’Al-Sinaa, les FDS et les forces spéciales américaines retrouvent la trace du successeur d’Al-Baghdadi, Abouibrahim al-Qourachi, dans la ville d’Atma, également à Idlib. Au cours de l’opération, Al-Qourachi fait exploser une bombe, se tuant ainsi que sa famille.

Daech a nommé son nouveau chef, Abou al-Hassan al-Hachemi al-Qourachi, dans un message audio diffusé en ligne le 11 mars. Selon des sources sécuritaires irakiennes et occidentales citées par Reuters, il s’agit du frère d’Al-Baghdadi.

«Nous avons vaincu Daech sur le plan territorial, mais la mentalité demeure bien ancrée», déclare Nouri Mahmoud, porte-parole officiel des YPG, à Arab News.

«Des terroristes radicaux de Daech, d’Al-Qaïda, du Front du Levant et des Frères musulmans, parmi d’autres, se sont installés à Afrine, Sere Kaniye (Ras al-Aïn) et Gire Spi (Tell Abyad).» 

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Cette capture d’écran de l’AFP TV montre des soldats américains se rassemblant dans une zone proche de la prison kurde de Ghwayran dans la ville de Hassaké, au nord de la Syrie. (AFP)

Un rapport publié en juin 2021 par Syrians for Truth and Justice, un observatoire local pour les droits de l’homme, révèle qu’au moins vingt-sept anciens militants de Daech, dont de hauts responsables, servent dans les rangs de l’ANS. 

«Après la défaite territoriale de Daech à Baghouz, de nombreux militants du groupe ont fui vers l’Irak, des zones aux mains du régime et des zones détenues par des groupes soutenus par la Turquie, en particulier Ras al-Aïn et Tell Abyad», indique Kenan Barakat, coprésident du ministère de l’Intérieur de l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie, à Arab News. «Là-bas, ils ont simplement changé d’affiliation et rejoint d’autres groupes radicaux», poursuit-il.

Malgré la menace évidente que représentent ces groupes, les ressources des FDS et de l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie sont désormais limitées en raison de la fermeture des points de passage frontaliers reconnus par l’Organisation des nations unies (ONU) et des embargos diplomatiques et commerciaux imposés par la Turquie, qui ont décimé l’économie locale.

«Tant qu’il y aura un embargo politique et économique sur le nord-est de la Syrie, Daech restera», affirme M. Mahmoud.

«Tant que ces autres factions terroristes poursuivront leurs attaques contre nos régions et utiliseront ces zones sous occupation comme base arrière, Daech continuera de saisir l’occasion pour se réorganiser.»

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Plus d’une décennie après que le soulèvement de 2011 contre le régime du président, Bachar al-Assad, a plongé la Syrie dans la guerre civile, de nombreuses régions du pays sont tombées aux mains de groupes armés. (Photo AN/Ali Ali)

Les récentes tentatives de résurgence du groupe terroriste ne se limitent pas à l’incident de la prison d’Al-Sinaa. Dans les jours et les semaines qui ont suivi l’attaque contre la prison, les prisonniers du camp de détention d’Al-Hol, également à Hassaké, ont tenté de s’échapper à plusieurs reprises.  

Qualifié de «bombe à retardement» et de «camp le plus dangereux du monde», Al-Hol abrite près de cinquante-six mille personnes. Plus de la moitié des réfugiés sont Irakiens et près de huit mille sont des ressortissants étrangers ou les épouses et enfants de militants venus d’Europe et d’ailleurs.

La population du camp a rapidement augmenté début 2019 après la défaite territoriale de Daech à Baghouz. Depuis lors, les habitants d’Al-Hol ont tenté à plusieurs reprises de créer une sorte de pseudo-califat au sein du camp.

«Ceux qui se trouvent dans le camp, hommes et femmes, ont essayé à plusieurs reprises d’y déclencher une guerre», explique M. Barakat.

«Ils ont déclenché des soulèvements, brûlé des tentes et tué des membres des Forces de sécurité intérieure. Ils voulaient recréer le scénario à la prison de Ghweiran (Al-Sinaa) dans le camp, mais nos forces sont intervenues et les ont arrêtés. 

De nombreux enfants du camp atteignent désormais l’âge de l’adolescence. Ils ont grandi avec l’idéologie de Daech transmise par leurs mères. Les administrateurs du camp ont peur qu’il s’agisse d’une nouvelle génération de militants rancuniers et très radicalisés.»

De nombreux membres de l’administration locale estiment que ce n’est qu’une question de temps avant qu’une tentative d’évasion majeure n’ait lieu, à moins que la communauté internationale n’agisse immédiatement.

L’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie et les FDS ont appelé à plusieurs reprises les gouvernements occidentaux à rapatrier leurs citoyens du camp et à établir des tribunaux spéciaux pour juger les membres étrangers de Daech afin qu’ils puissent être placés dans des centres de détention appropriés. 

«Ces membres de Daech sont originaires de nombreux pays – près de cinquante nationalités différentes –», précise M. Barakat. «Il ne s’agit pas seulement d’un enjeu syrien. C’est une question d’ordre international. Daech menace de nombreux États à travers le monde.»

Il craint qu’il y ait une forte probabilité d’une montée en puissance de Daech à moins que le monde ne prenne des mesures immédiates.

«La victoire contre Daech est une victoire pour tout le monde», conclut-il.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Moustapha Barghouti : la loi israélienne sur la peine de mort est un permis de tuer des Palestiniens

Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
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  • La nouvelle loi israélienne sur la peine de mort pour les Palestiniens est perçue par Moustapha Barghouti comme un instrument légal autorisant des exécutions extrajudiciaires et approfondissant l’apartheid 
  • Barghouti appelle à la résilience palestinienne et à une pression internationale concrète, notamment sanctions et boycott, pour contrecarrer la politique israélienne 

PARIS : Au milieu du fracas de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, la question palestinienne semble occultée. Pourtant, sur le terrain, aussi bien à Gaza qu’en Cisjordanie, Israël poursuit son entreprise de destruction et de déshumanisation du peuple palestinien, affranchi de toute contrainte.

Profitant du tumulte mondial, le gouvernement israélien a adopté récemment une loi instaurant la peine de mort par pendaison pour des Palestiniens détenus dans ses prisons. Que signifie pratiquement cette loi pour les Palestiniens, et que cherche Israël par son instauration ?

Le secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne, Moustapha Barghouti, explique à Arab News en français que cette loi « marque un tournant d’une gravité historique ».

D’une voix calme, mais empreinte de conviction et de fermeté, le médecin et dirigeant politique palestinien ne mâche pas ses mots : « Cette loi n’est pas seulement un instrument juridique supplémentaire dans l’arsenal israélien, mais l’expression d’une dérive politique profonde qui autorise ouvertement l’élimination des Palestiniens. »

« Ce qui se passe n’est pas simplement l’adoption d’une loi », insiste-t-il. « Ce que nous voyons aujourd’hui est une dérive fasciste en Israël. »

À la tête de l’Initiative nationale palestinienne, qui n’a pas d’aile armée, Barghouti s’est imposé au fil du temps comme le porte-voix de la cause palestinienne, avec comme marque de fabrique une intonation de voix douce et incisive à la fois, souvent déstabilisante pour ses contradicteurs.

Barghouti attribue l’initiative de ce texte de loi au ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite radicale, mais il souligne que « le problème dépasse largement un seul homme. »

Selon ce communiquant hors pair, doublé d’un homme politique d’une profonde connaissance des arcanes de la politique israélienne, la véritable alerte réside dans le soutien massif dont la loi a bénéficié au Parlement israélien.

« Près des deux tiers des députés de la Knesset ont voté en sa faveur, y compris certains représentants de l’opposition, comme Avigdor Lieberman », un consensus qui révèle, selon lui, « une transformation plus profonde de la société israélienne. »

« La loi n’est qu’un symptôme, car la dérive fasciste de la société israélienne est aujourd’hui très avancée », affirme-t-il.

Cette évolution se manifeste à travers plusieurs phénomènes simultanés : la guerre menée à Gaza, l’intensification de la colonisation en Cisjordanie et, désormais, l’adoption d’une législation qui viserait spécifiquement les prisonniers palestiniens.

Pour Barghouti, la portée réelle de la loi dépasse la question de la peine de mort elle-même, car dans les faits, elle institue « une justice fondamentalement discriminatoire ». « Cette loi approfondit le système d’apartheid », affirme-t-il.

Selon cette logique, un Palestinien accusé d’avoir tué un Israélien pourrait être condamné à mort, mais lorsqu’un Israélien tue un Palestinien, affirme Barghouti, « l’impunité est souvent la règle. »

Pour lui, la loi fonctionne comme « un permis de tuer des Palestiniens » et légitime également, selon lui, « les exécutions extrajudiciaires déjà observées sur le terrain. »

Barghouti estime qu’entre mille et deux mille Palestiniens à Gaza ont déjà été victimes d’exécutions extrajudiciaires, de même en Cisjordanie, où il évoque de nombreux cas de tirs mortels sans poursuites judiciaires, dont l’assassinat récent d’une famille civile dans la région de Tubas.

Interrogé sur les détenus concernés par la loi, Barghouti se montre catégorique : « Tous les prisonniers palestiniens sont menacés », affirme-t-il. Même ceux qui ont déjà été jugés pourraient voir leurs dossiers rouverts si « les autorités israéliennes décident de réexaminer certaines affaires. »

Environ 10 000 Palestiniens sont aujourd’hui détenus dans les prisons israéliennes, parmi lesquels 300 enfants et 75 femmes. Un grand nombre d’entre eux sont détenus sous le régime de la détention administrative, qui permet d’emprisonner une personne sans inculpation ni procès, pour des périodes renouvelables.

Les conditions de détention sont particulièrement dures : « Ils sont privés de soins, soumis à la faim, aux abus et à des conditions extrêmement difficiles », explique Barghouti.

Depuis le 7 octobre, affirme-t-il, 90 prisonniers palestiniens seraient morts en détention. Depuis 1967, le nombre total de détenus morts dans les prisons israéliennes atteindrait 322.

La situation dans la bande de Gaza reste, selon Mustafa Barghouti, catastrophique. Il affirme qu’Israël n’a jamais véritablement respecté le cessez-le-feu annoncé.

Depuis son entrée en vigueur, 720 Palestiniens auraient été tués et plus de 2 000 blessés, alors que les bombardements continuent quotidiennement, y compris au cœur de la ville de Gaza.

Mais l’aspect le plus dramatique, selon lui, concerne la situation humanitaire. L’accord de cessez-le-feu prévoyait l’entrée de 600 camions d’aide humanitaire par jour ; or, selon Barghouti, les livraisons restent très en deçà de ce chiffre, puisque certains jours, explique-t-il, à peine 56 camions ont été autorisés à entrer.

Plus grave encore, aucun matériel médical n’aurait été autorisé à entrer depuis le début du cessez-le-feu : « Des hôpitaux entiers risquent de cesser de fonctionner », avertit-il. Même les dentistes, dit-il, ont récemment lancé un appel pour signaler qu’ils ne disposaient plus de matériel de base pour traiter leurs patients.

En Cisjordanie, la situation n’est guère plus réjouissante. Barghouti décrit une situation d’escalade permanente : les raids militaires et les arrestations se poursuivent quotidiennement, et les attaques de colons armés se multiplient.

Barghouti assure que ces groupes agissent avec la protection de l’armée israélienne et affirme que 71 communautés palestiniennes ont déjà été expulsées de leurs terres.

Ces expulsions, souligne-t-il, s’inscrivent dans une stratégie visant à s’emparer progressivement de la Cisjordanie, dont « Israël contrôle désormais plus de 40 % ».

Face à cette situation, Mustafa Barghouti balaye du revers de la main un changement interne en Israël : « Cette société s’est tournée vers le fascisme », affirme-t-il.

Pour lui, deux facteurs seront déterminants pour l’avenir. Le premier est la résilience du peuple palestinien sur sa terre, car « le projet sioniste ne peut réussir que s’il parvient à expulser les Palestiniens de leur terre, comme en 1948. »

Le second facteur est la pression internationale. Barghouti estime que les déclarations et condamnations ne suffisent plus : « Israël ne se laissera pas dissuader par des discours. »

La seule solution, selon lui, serait l’imposition de sanctions internationales et d’un boycott global d’Israël.

Malgré la dureté du contexte, Barghouti affirme ne pas se sentir seul : « Ma relation n’est pas avec les gouvernements », conclut-il, « ma relation est avec les peuples, et je sais que les peuples comprennent ce qui se passe. »


Des débris tombent près d’installations énergétiques saoudiennes après l’interception de missiles balistiques

Tôt mardi matin, heure locale, le ministère n’avait pas précisé quelles installations énergétiques étaient en cours d’évaluation. (AFP/Archives)
Tôt mardi matin, heure locale, le ministère n’avait pas précisé quelles installations énergétiques étaient en cours d’évaluation. (AFP/Archives)
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  • L’Iran poursuit ses attaques contre les pays du Golfe alors que l’ultimatum du président américain Donald Trump approche
  • Les Émirats arabes unis ont activé leur défense aérienne mardi matin, tandis que Bahreïn a déclenché ses sirènes d’alerte missile

RIYAD : L’évaluation des dégâts était toujours en cours tôt mardi, l’Arabie saoudite indiquant que des débris de missiles balistiques interceptés étaient tombés « à proximité » d’installations énergétiques.

« Le porte-parole du ministère de la Défense, le général de division Turki Al-Malki, a déclaré que sept missiles balistiques lancés en direction de la région orientale ont été interceptés et détruits, et que des débris sont tombés à proximité d’installations énergétiques », a rapporté l’agence de presse saoudienne.

Outre ces sept missiles, le ministère de la Défense du royaume a indiqué que trois autres missiles balistiques visant la province orientale avaient également été interceptés, dans un message publié sur les réseaux sociaux.

L’Iran tire des missiles et des drones contre le royaume et d’autres pays arabes du Golfe depuis que Israël et les États-Unis ont lancé des frappes militaires contre Téhéran le 28 février.

Téhéran a partiellement assoupli son blocage du détroit d’Ormuz pour certains trafics, mais ses actions dans cette voie maritime stratégique ont fait grimper les prix de l’énergie, avec des répercussions sur les économies mondiales.

Les pays du Golfe ont condamné les attaques iraniennes contre des infrastructures énergétiques vitales, tandis que de nombreux autres États ont critiqué les méthodes de Téhéran durant le conflit.

L’Iran a également visé Israël ainsi que des intérêts américains dans la région.

Le président américain Donald Trump a fixé un ultimatum à l’Iran pour accepter un accord, menaçant de « représailles sévères » en cas de non-respect de l’échéance fixée à mardi 20h (EDT).

« Nous avons un plan, et grâce à la puissance de notre armée, chaque pont en Iran pourrait être détruit d’ici demain minuit », a-t-il déclaré.

L’Iran a rejeté la pression américaine pour rouvrir rapidement le détroit, tout en affirmant vouloir une solution durable au conflit.

Attaques matinales

Des militants ont signalé de nouvelles frappes visant la capitale iranienne, Téhéran, tôt mardi matin.

Les Émirats arabes unis ont activé leur défense aérienne, tandis que Bahreïn a déclenché ses sirènes d’alerte face à une nouvelle salve de tirs iraniens.

Deux personnes ont été tuées dans la région kurde d’Irak après qu’un drone, que les autorités attribuent à l’Iran, a frappé une habitation.

Le drone a frappé une maison dans le village de Zargazawi, dans la province d’Erbil, tôt mardi, a déclaré la Direction de la lutte contre le terrorisme de la région kurde du nord dans un communiqué. Les autorités ont condamné cette attaque, la qualifiant de violation du droit international.

Cette frappe intervient alors que les forces iraniennes et des milices alliées ciblent plusieurs zones du Kurdistan irakien avec une vague de drones, roquettes et missiles. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Une frappe vise la banlieue sud de Beyrouth après un avertissement israélien

Des personnes déplacées sont assises devant leurs tentes dans un campement informel installé le long du front de mer de Beyrouth, le 6 avril 2026. (AFP)
Des personnes déplacées sont assises devant leurs tentes dans un campement informel installé le long du front de mer de Beyrouth, le 6 avril 2026. (AFP)
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  • Plusieurs immeubles visés par de récentes frappes sont totalement détruits
  • Des employés municipaux balayent les débris de verre sur les trottoirs et d'autres fragments jonchent certaines rues

BEYROUTH: Israël a visé lundi la banlieue sud de Beyrouth, au lendemain de raids meurtriers sur la capitale et ses environs, alors que le bilan humain de la guerre avec le Hezbollah approche des 1.500 morts.

Un épais panache de fumée s'est élevé de la banlieue sud, sous contrôle du Hezbollah et vidée de la quasi-totalité de ses habitants depuis le 2 mars.

L'armée israélienne a affirmé avoir visé "des cibles terroristes du Hezbollah à Beyrouth".

Dans la banlieue sud, seuls quelques commerces restent ouverts, selon une journaliste de l'AFP sur place.

Plusieurs immeubles visés par de récentes frappes sont totalement détruits. Des employés municipaux balayent les débris de verre sur les trottoirs et d'autres fragments jonchent certaines rues.

Une station-service de la compagnie al-Amana, accusée par Israël d'être contrôlée par le Hezbollah, est calcinée.

Des portraits de l'ayatollah Ali Khamenei, tué au début de la guerre dans une frappe américano-israélienne en Iran et présenté comme le "martyr de la nation", ornent les principales artères.

Le long de la route menant à la banlieue sud, des habitants ont installé des tentes où ils dorment, allant inspecter leurs maisons entre deux avertissements israéliens.

Dimanche, Israël avait intensifié ses bombardements sur la banlieue sud et la capitale elle-même. Une frappe en face du principal hôpital public du Liban avait fait cinq morts, selon le ministère de la Santé.

"Force al-Qods" 

Une autre frappe sur un appartement dans une zone à l'est de la capitale, jusque-là épargnée par les violences, a tué trois personnes, dont un responsable local des Forces libanaises (FL), un parti chrétien opposé au Hezbollah, et sa femme.

Le chef des FL Samir Geagea a affirmé que "les Israéliens visaient un membre de la force al-Qods", chargée des opérations extérieures des Gardiens de la Révolution iraniens, qui semble avoir échappé à la frappe.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam avait déclaré que les Gardiens de la Révolution dirigeaient les opérations du Hezbollah dans sa guerre contre Israël.

L'armée israélienne a affirmé lundi qu'elle avait frappé une "cible terroriste" à l'est de Beyrouth et ajouté qu'elle examinait l'incident "après des informations sur des victimes parmi des civils libanais non impliqués dans les combats".

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en menant une attaque contre Israël en représailles à la mort d'Ali Khamenei.

Depuis, Israël mène des frappes massives sur le pays ayant fait 1.497 morts et plus de 4.600 blessées, selon les autorités, et déplacé plus d'un million de personnes.

"Maisons inhabitables" 

Des frappes israéliennes ont également visé le sud et l'est du Liban. Dans le sud, quatre personnes ont été tuées dans un raid sur une voiture à Kfar Roummane, près de Nabatiyeh, a indiqué le ministère de la Santé.

Dans la localité de Bourj Rahal, près de Tyr, un correspondant de l'AFP a vu des immeubles détruits et des débris jonchant les rues.

"Le premier bilan est de 15 maisons endommagées, qui ne sont plus habitables", a dit à l'AFP le maire de la ville Daoud Ezzedine.

"Les habitants veulent revenir chez eux, mais ils ne pourront pas malheureusement", a-t-il ajouté.

Le ministère de la Santé a aussi annoncé que deux secouristes du Comité islamique de la santé, affilié au Hezbollah, avaient été tués par une frappe israélienne dimanche, portant à 57 le nombre de secouristes tués depuis le début de la guerre.

Le chef de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a affirmé sur X que l'OMS avait enregistré "92 attaques contre des établissements de santé, des véhicules médicaux, du personnel soignant et des entrepôts" depuis le début de la guerre.

Par ailleurs, le principal poste-frontière reliant le Liban à la Syrie, point de passage vital entre les deux pays, était toujours fermé lundi, après des menaces israéliennes de le viser samedi soir.

Ce passage "restera fermé, jusqu'à ce qu'on reçoive des garanties qu'il ne sera pas visé", a dit à l'AFP un responsable du ministère libanais des Transports, Ahmad Tamer.