Le secteur touristique mondial subit les conséquences de la guerre en Ukraine

Les touristes russes ont été bloqués à l’étranger après l’imposition des sanctions (Photo, Getty Images).
Les touristes russes ont été bloqués à l’étranger après l’imposition des sanctions (Photo, Getty Images).
Une touriste ukrainienne pose pour une photo près de la mosquée Hagia Sophia à Sultanahmet à Istanbul, en Turquie, le 9 mai 2021 (Photo, AFP).
Une touriste ukrainienne pose pour une photo près de la mosquée Hagia Sophia à Sultanahmet à Istanbul, en Turquie, le 9 mai 2021 (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 21 avril 2022

Le secteur touristique mondial subit les conséquences de la guerre en Ukraine

  • La chute soudaine du nombre de Russes et d’Ukrainiens qui se rendent à l’étranger depuis le 24 février a nui à la reprise du secteur
  • La flambée des prix des carburants a causé un accroissement de la pression sur les destinations touristiques en difficulté

DUBAÏ: À partir de son bureau situé au centre de Moscou, Vladimir Inyakin, fondateur de l’agence de voyage locale All World, aide les personnes qui tentent de se procurer des billets pour quitter la Russie.
Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, le 24 février, qui a incité les pays occidentaux à interdire l’accès des avions de ligne russes à leur espace aérien, le modèle économique du secteur des voyages russe s’est rapidement transformé.
Alors qu’auparavant, M. Inyakin aidait ses clients à réserver des escapades de luxe aux quatre coins du monde, il les aide aujourd’hui à se rendre dans n’importe quel pays offrant un répit face à l’atmosphère de crise, de conflit et d’isolement international qui prévaut actuellement.
M. Inyakin, qui a créé son agence de voyage en 2008, raconte à Arab News qu’«au début, les Russes avaient peur, paniquaient, pleuraient et étaient prêts à payer une fortune pour quitter le pays». Mais aujourd’hui, près de deux mois après le début de la guerre en Ukraine, certains Russes envisagent de nouveau de voyager et M. Inyakin est là pour organiser leurs itinéraires.
Certes, les sanctions occidentales ont considérablement réduit la liste des pays où les Russes peuvent se rendre sans trop de tracas. Les Bermudes, qui ont suspendu la certification des avions russes qui y sont enregistrés, constituent un extrême. À l’autre extrême, on trouve des pays qui ont longtemps bénéficié du tourisme russe et qui restent ouverts aux visiteurs en provenance de Russie.
«De nombreux pays ont peur de perdre leurs clients russes», explique M. Inyakin. «Nous ne pouvons plus desservir que quinze pays, principalement des pays de l’ex-URSS, ainsi que l’Iran, Israël, la Turquie, le Vietnam, Zanzibar, le Qatar, les Émirats arabes unis (EAU) et la Thaïlande avec certaines compagnies aériennes russes.»
«Ils voyagent là où ils peuvent avec un billet aller simple et de l’argent liquide, comme en Ouzbékistan, en Géorgie, en Arménie et aux EAU», précise M. Inyakin. «Si vous vous rendez à l’étranger, vous devez prendre de l’argent liquide avec vous. Ceux qui peuvent se le permettre vont à Dubaï.»
Lorsque la valeur du rouble russe s’est effondrée au début de la guerre, les épargnants russes se sont précipités pour convertir leur argent dans d’autres monnaies plus stables ou pour le placer dans des comptes et des investissements sûrs à l’étranger.
Cependant, dans un surprenant retournement de situation, le rouble a progressivement rebondi, sa valeur ayant doublé par rapport à celle du 7 mars. Le 8 avril, le dollar a dépassé le seuil des 72 roubles, mais il a depuis perdu une partie de ses gains.
Selon un article de Reuters, l’affaiblissement du rouble s’explique par la possibilité que la Russie assouplisse davantage ses mesures de contrôle temporaires, en réduisant les exigences relatives aux ventes obligatoires de recettes en devises par les entreprises exportatrices.
Les prix du kérosène ont augmenté de façon spectaculaire depuis que les sanctions occidentales ont été imposées à l’économie russe basée sur les hydrocarbures, ce qui a entraîné une hausse générale des prix des billets d’avion. Les billets aller-retour sans escale de Moscou à Dubaï coûtent 609 dollars (1 dollar = 0,93 euro) sur Flydubai, 1359 dollars sur Emirates et 810 dollars sur Turkish Airlines, soit plusieurs centaines de dollars de plus qu’avant le 24 février.
Avant la guerre, indique M. Inyakin, «On pouvait faire un vol aller-retour de Moscou à Dubaï avec Aeroflot pour 300-350 dollars». Aeroflot n’a pas encore repris ses activités.
«Il y a actuellement une inflation et le taux de change dollar-rouble russe est extrêmement élevé», explique à Arab News un citoyen russe vivant dans le Golfe, sous couvert d’anonymat.
Lorsque le service de messagerie Swift, qui relie plus de 11 000 institutions financières dans le monde, a suspendu les services de sept banques russes à la fin du mois de février en raison de la guerre, le système financier du pays a été paralysé et sa capacité à faire du commerce à l’échelle mondiale a été réduite.
Concrètement, cette suspension a rendu presque impossible pour les Russes d’utiliser leurs cartes de crédit et leurs comptes bancaires à l’étranger.
«Aujourd’hui, le principal défi pour les Russes qui souhaitent voyager est que si vous êtes un citoyen russe vivant en Russie, vous ne pouvez pas facilement réserver des billets d’avion ou des hôtels puisque Visa et Mastercard ne sont plus valables en Russie», déplore le résident du Golfe. «Très peu de pays acceptent Mir, le système de paiement national russe.»

Les Russes jouent un rôle essentiel dans la reprise du secteur touristique (Photo, AFP).


La baisse du nombre de Russes qui voyagent à l’étranger a déjà un impact négatif sur au moins cinq pôles touristiques autrefois populaires auprès des Russes et Ukrainiens: la Thaïlande, le Vietnam, la Turquie, l’Égypte et Chypre.
Les secteurs des loisirs et de l’hôtellerie de ces pays ne peuvent guère se permettre de telles perturbations, surtout après les fermetures et les interdictions de voyager imposées pendant la pandémie de Covid-19 qui a décimé le tourisme mondial en 2020 et 2021.
Les sanctions et les boycotts imposés en réponse à la guerre nuisent également au secteur touristique russe. Les voyagistes russes qui misent sur la reprise post-pandémie seront cruellement déçus.

Pour des millions d’hommes encore en Ukraine, le voyage n’est tout simplement pas envisageable (Photo, AFP).


Avant la guerre, les Ukrainiens étaient eux aussi de grands voyageurs. Mais aujourd’hui, étant donné que des millions d’entre eux ont été déplacés à cause des combats, leurs dépenses, comme celles des Russes, ont disparu du marché touristique international.
«Nous, Ukrainiens, aimons généralement voyager», affirme Mariia, une Ukrainienne originaire d’Odessa qui vit désormais à Dubaï. «En ce moment, nous ne pensons même pas au tourisme.»
Pour des millions d’hommes encore en Ukraine, le voyage n’est tout simplement pas envisageable. Ceux âgés de 18 à 60 ans, comme le père et le frère de Mariia, ont l’âge de la conscription. «Ils peuvent être appelés à accomplir leur service militaire à tout moment», dit-elle.
Avec ses villes historiques, sa campagne verdoyante et son littoral pittoresque, l’Ukraine était une destination touristique populaire à part entière. Aujourd’hui, son espace aérien est fermé aux avions de ligne, tandis que ses villes et ses infrastructures sont en ruines.
«Je n’ai jamais pensé dans ma vie que j’entendrais les sirènes d’alerte aérienne par appel vidéo dans ma ville», lance Mariia. «Je ne savais même pas que nous en avions. C’était tellement bouleversant.»
La Turquie est peut-être le pays qui ressentira le plus la diminution du nombre de visiteurs russes et ukrainiens. Les hôtels de luxe, les marinas et les plages chatoyantes de Bodrum et d’Antalya ont longtemps été le terrain de jeu des touristes d’Europe de l’Est.
Avant la pandémie, le tourisme représentait 10% du produit intérieur brut (PIB) de la Turquie. En 2021, après la levée des restrictions de voyage liées à la Covid-19, environ 4,7 millions de Russes et 2,1 millions d’Ukrainiens ont visité le pays, soit un quart de ses 24,7 millions de touristes cette année-là.
L’Association des agences de voyages en Turquie s’attendait à ce que 7 millions de Russes et 2,5 millions d’Ukrainiens visitent le pays cette année et que le secteur enregistre des recettes de 35 milliards de dollars.

Une touriste ukrainienne pose pour une photo près de la mosquée Hagia Sophia à Sultanahmet à Istanbul, en Turquie, le 9 mai 2021 (Photo, AFP).


Bien que la Turquie n’ait pas sanctionné la Russie ni fermé son espace aérien aux compagnies aériennes russes, l’invasion de l’Ukraine a anéanti les espoirs d’une reprise post-pandémie.
Le Vietnam a également revu à la baisse ses estimations pour l’année à venir. La province de Khanh Hoa et l’île de Phu Quoc ont toujours été populaires auprès des touristes russes, tout comme la ville de Phan Thiet, affectueusement appelée «Petit Moscou».
Selon une enquête réalisée par l’Administration nationale du tourisme du Vietnam en 2019, les Russes dépensaient en moyenne 1600 dollars par séjour, contre environ 900 dollars pour le touriste moyen.
Plusieurs agences de voyage vietnamiennes proposant uniquement leurs services aux visiteurs russes ont vu le jour au fil des ans. Toutefois, le 23 mars de cette année, en réponse à la guerre, Vietnam Airlines a annoncé qu’elle suspendait ses vols à destination et en provenance de la Russie.
Les mêmes scénarios se déroulent en Thaïlande. Le 25 mars, le South China Morning Post a rapporté que plus de 7000 touristes russes étaient bloqués dans les destinations de vacances autrefois populaires du pays.

Une photo prise le 29 septembre 2021 montre des touristes russes dans la station balnéaire égyptienne de Charm el-Cheikh, au bord de la mer Rouge (Photo, AFP).


Si l’on regarde le bon côté des choses, de nombreux Russes en détresse ont pu être rapatriés ces dernières semaines. L’agence de presse nationale TASS, citant l’Agence fédérale du tourisme de Russie, a précisé que plus de 85 000 touristes russes avaient été rapatriés en mars. L’article mentionne aussi que l’Égypte a accueilli le plus grand nombre de touristes à forfait, soit environ 4000.
Le processus de rapatriement a néanmoins été compliqué en raison des nouvelles sanctions occidentales visant les avions qui devraient être utilisés pour les vols spéciaux entre l’Égypte et la Russie. Les voyagistes doivent choisir des itinéraires différents pour faire passer les touristes russes bloqués par des pays tiers tels que les EAU, la Turquie, les Maldives et la Thaïlande.
«La guerre en Ukraine pose de nouveaux défis à l’environnement économique mondial et risque de freiner le rétablissement de la confiance dans les voyages internationaux», souligne l’Organisation mondiale du tourisme de l’ONU dans un communiqué le 31 mars.
«La fermeture des espaces aériens ukrainien et russe, ainsi que l’interdiction des compagnies aériennes russes par de nombreux pays européens, affectent les voyages intra-européens. Elle provoque également des détours dans les vols long-courriers entre l’Europe et l’Asie de l’Est, ce qui se traduit par des vols plus longs et des prix plus élevés.»
«La Russie et l’Ukraine représentaient ensemble 3% des dépenses mondiales en tourisme international en 2020 et au moins 14 milliards de dollars de recettes touristiques mondiales pourraient être perdus si le conflit se prolonge.»
En Italie, où les touristes commencent tout juste à revenir après deux ans de restrictions liées à la pandémie, l’absence de touristes ukrainiens et russes est palpable. Le pays a rejoint les autres membres de l’UE en imposant des sanctions à la Russie et a cessé de traiter avec les banques russes.
Selon un article publié dans le quotidien britannique The Guardian, si la Russie ne figure pas parmi les vingt premiers pays en termes de nombre de touristes en Italie, elle occupe la neuvième place en termes de temps passé dans le pays et la deuxième place en termes d’impact économique global, derrière l’Allemagne.
«Habituellement, le touriste russe moyen séjournait en Italie pendant cinq jours ou plus, contre deux ou trois pour la plupart des autres pays, et il dépensait environ 65% d’argent de plus que le touriste moyen par jour», explique M. Costabile. «Je vous assure que l’absence de visiteurs russes dans le secteur se fera sentir.»
Dubaï est un pays où les Russes sont toujours les bienvenus. Longtemps une destination touristique populaire pour les Russes et les Ukrainiens, la capitale commerciale des EAU est toujours aussi chaleureuse et accueillante pour ceux peuvent se permettre de la visiter.

Dubaï a toujours été une destination populaire pour les Russes et les Ukrainiens (Photo, Shutterstock).


«En raison de cette période difficile pour la Russie, aujourd’hui frappée par des sanctions, de plus en plus de Russes cherchent à s’installer à Dubaï», déclare à Arab News Anastasia, une consultante en art russe arrivée à Dubaï il y a deux mois.
D’autres, cependant, s’inquiètent de l’avenir, ne sachant pas où aller, s’il faut rester, ou comment subvenir à leurs besoins à court terme.
«Tout est encore tellement flou», dit à Arab News un expatrié russe qui vit dans le Golfe, sous couvert d’anonymat. «Personne ne sait combien de temps cette guerre va durer et combien de personnes seront touchées. On ne sait pas calculer les risques.»
L’ambassade d’Ukraine aux EAU a récemment annoncé que les touristes ukrainiens arrivés dans le pays du Golfe avant la guerre pouvaient demander un visa de résidence d’un an.
Quant aux plus de 1000 Ukrainiens qui se sont retrouvés bloqués à Dubaï lorsque l’invasion a commencé en février, les organisations humanitaires sont intervenues pour les héberger ou leur réserver des billets pour la Pologne, où sont réfugiés des millions d’Ukrainiens déplacés par la guerre.
«Ils ne pensent plus à voyager maintenant», confie un Ukrainien vivant à Dubaï à Arab News sous couvert d’anonymat, décrivant la situation de sa propre famille.
«Il n’y a pas de vols à destination ou en provenance de l’Ukraine. Les personnes qui ont réussi à fuir très tôt sont en grande partie celles qui pouvaient se le permettre et qui ont alors opté pour des pays comme Dubaï.»
Alors que les négociateurs russes et ukrainiens ne parviennent toujours pas à conclure un accord de paix et que les combats se déroulent désormais dans l’est contesté du pays, rien ne laisse présager un retour à la normale dans un avenir proche.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Iran: Madrid campe sur ses positions et exclut "catégoriquement" toute collaboration avec Washington

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez fait une déclaration au palais de La Moncloa le 4 mars 2026 à Madrid en réponse aux propos de Donald Trump. Pedro Sanchez a rejeté les critiques de Donald Trump sur le refus de l’Espagne de laisser des avions américains utiliser ses bases pour frapper l’Iran, affirmant « non à la guerre ». (AFP)
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez fait une déclaration au palais de La Moncloa le 4 mars 2026 à Madrid en réponse aux propos de Donald Trump. Pedro Sanchez a rejeté les critiques de Donald Trump sur le refus de l’Espagne de laisser des avions américains utiliser ses bases pour frapper l’Iran, affirmant « non à la guerre ». (AFP)
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  • Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez maintient fermement la position de l’Espagne : dire « non à la guerre » contre l’Iran et refuser que les États-Unis utilisent les bases espagnoles, malgré les menaces de Donald Trump
  • Sa position reçoit un soutien européen et international, tandis que sur le plan intérieur, elle peut renforcer son électorat de gauche à un an des législatives de 2027

MADRID: Revendiquant son choix de dire "non à la guerre" contre l'Iran malgré les menaces de Donald Trump, le gouvernement espagnol a campé sur ses positions mercredi et démenti "catégoriquement" toute intention de collaborer avec Washington, après des déclarations de la Maison Blanche annonçant une volte-face espagnole.

Lors d'une allocution solennelle prononcée mercredi matin, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a promis que son pays ne serait "pas complice" des attaques américano-israéliennes menées contre l'Iran "par peur des représailles de certains", une référence directe au dirigeant américain.

Mardi, Donald Trump, déjà agacé depuis plusieurs mois par le refus de l'Espagne de consacrer 5% de son PIB à ses dépenses de défense dans le cadre de l'Otan, avait vertement reproché au gouvernement espagnol de gauche de refuser à l'aviation américaine l'accès à deux bases militaires situées dans le sud du pays pour sa campagne militaire contre l'Iran entamée samedi.

"L'Espagne a été terrible", a cinglé Donald Trump, menaçant directement Madrid de "cesser" complètement les relations commerciales entre les deux pays.

Malgré des difficultés à adopter une position commune très clairement définie face aux attaques menées contre l'Iran, ces tentatives d'intimidation ont valu au chef du gouvernement espagnol une série de marques de soutien de ses homologues européens, du président du Conseil européen Antonio Costa au président français Emmanuel Macron.

- "Pas la moindre idée" -

La prise de position du chef du gouvernement espagnol, qui a pourtant aussi condamné la riposte iranienne et redit son opposition au régime "des ayatollahs", lui a aussi valu un message chaleureux sur X du président iranien, qui a salué la "conduite responsable" de l'Espagne.

Dans la soirée, la porte-parole de la Maison Blanche a cependant semé le doute pendant quelques instants, assurant que l'Espagne avait finalement "accepté de coopérer" avec les forces armées américaines.

"Je pense qu'ils ont entendu haut et fort le message du président hier", a déclaré Karoline Leavitt, avant d'être quasi immédiatement démentie par le ministre des Affaires étrangères espagnol José Manuel Albares.

La position de l'Espagne "n'a absolument pas changé", a assuré le ministre sur la radio Cadena Ser, démentant "catégoriquement" toute intention de coopérer avec les Etats-Unis dans ce conflit. "D'où cela peut-il venir (ces déclarations, ndlr)? Je n'en ai pas la moindre idée", a-t-il asséné, réitérant le refus espagnol de laisser les Etats-Unis utiliser les bases andalouses au coeur d'un traité signé entre les deux pays en 1953, quand Franco dirigeait encore l'Espagne.

Sur le plan intérieur, la prise de position de Pedro Sanchez, dont le gouvernement appelle depuis samedi à une cessation des hostilités et une résolution pacifique du conflit, est vue par certains observateurs comme un moyen de resserrer son électorat autour d'une thématique qui fait consensus au sein de la gauche espagnole.

- "Immense animosité" -

Entre défaites dans des scrutins régionaux, affaires judiciaires visant des proches et accusations de harcèlement sexuel au sein de son Parti socialiste (PSOE), le moment politique est en effet délicat pour le dirigeant socialiste, à un an des prochaines législatives attendues au printemps 2027.

Sur X, le patron du Parti populaire (droite), principal parti d'opposition, Alberto Núñez Feijóo, a exhorté Donald Trump à "respecter" l'Espagne, tout en accusant Pedro Sanchez d'utiliser la politique étrangère à des fins "partisanes".

Même le quotidien El País, réputé proche de la gauche, a mis en garde Pedro Sanchez mercredi matin, avant son intervention, en lui suggérant "d'éviter la tentation (...) d'utiliser l'immense animosité qui existe à l'égard de Trump dans la société espagnole pour gagner en popularité".

Le slogan pacifiste "Non à la guerre" avait été utilisé par la gauche espagnole en 2003 lors de l'intervention militaire des Etats-Unis en Irak, où des troupes de Madrid avaient été déployées un temps, sous le gouvernement de droite de José Maria Aznar, alors très aligné sur les positions américaines.

Les attentats jihadistes qui avaient fait 192 morts le 11 mars 2004 dans quatre trains de banlieue à Madrid avaient dans ce contexte été attribués par de nombreux Espagnols à cette intervention en Irak, et la gauche avait remporté les législatives organisées trois jours plus tard.


Près de 150 disparus dans le naufrage d'une frégate iranienne au large du Sri Lanka

Près de 150 personnes sont portées disparues et plusieurs corps ont été repêchés après le naufrage d'un navire de guerre iranien mercredi au large du Sri Lanka, à la suite de ce que des membres d'équipage ont décrit comme une explosion, ont indiqué les autorités du pays. (AFP)
Près de 150 personnes sont portées disparues et plusieurs corps ont été repêchés après le naufrage d'un navire de guerre iranien mercredi au large du Sri Lanka, à la suite de ce que des membres d'équipage ont décrit comme une explosion, ont indiqué les autorités du pays. (AFP)
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  • La cause de ce qui pourrait être une explosion survenue à bord de la frégate, qui aurait auparavant participé à un exercice militaire dans le port indien de Visakhapatnam, n'est pas encore déterminée
  • Ce naufrage survient en pleine guerre au Moyen-Orient, après le lancement de frappes contre l'Iran par Israël et les Etats-Unis

COLOMBO: Près de 150 personnes sont portées disparues et plusieurs corps ont été repêchés après le naufrage d'un navire de guerre iranien mercredi au large du Sri Lanka, à la suite de ce que des membres d'équipage ont décrit comme une explosion, ont indiqué les autorités du pays.

La marine sri‑lankaise a secouru 32 marins de la frégate IRIS  Dena, mais l'espoir s'amenuise pour les 148 autres membres d'équipage, a indiqué le ministre des Affaires étrangères de l'île et des responsables de l'armée.

La cause de ce qui pourrait être une explosion survenue à bord de la frégate, qui aurait auparavant participé à un exercice militaire dans le port indien de Visakhapatnam, n'est pas encore déterminée.

Ce naufrage survient en pleine guerre au Moyen-Orient, après le lancement de frappes contre l'Iran par Israël et les Etats-Unis.

Le ministre des Affaires étrangères, Vijitha Herath, a indiqué au parlement que les 32 Iraniens secourus, "grièvement blessés", avaient été transportés vers un hôpital situé au sud de l'île.

Deux navires de la marine et un avion ont été déployés pour rechercher d'éventuels survivants.

Un appel de détresse a été lancé mercredi à l'aube depuis la frégate et, moins d'une heure plus tard, un navire est arrivé sur la zone, à environ 40 kilomètres au sud du port méridional de Galle, a précisé le ministre.

La frégate avait complètement coulé et il ne restait plus qu'une nappe d'hydrocarbure lorsque les bateaux de la marine sri-lankaise sont arrivés sur place.

Les recherches se poursuivent 

"Nous poursuivons les recherches, mais nous ne savons pas encore ce qu'il est advenu du reste de l'équipage", a déclaré à l’AFP un responsable de l'armée.

Le directeur de l'hôpital de Karapitiya, à Galle, S. D. Ranga, a indiqué qu'on lui avait signalé qu'il pourrait y avoir des morts, mais que seuls 32 marins blessés avaient été amenés.

Un député de l'opposition a demandé si le navire avait subi un bombardement dans le cadre de la guerre au Moyen-Orient mais il n'y a pas eu de réaction immédiate du gouvernement.

Contacté par l'AFP, l'ambassadeur iranien à Colombo, Alireza Delkhosh, n'était pas immédiatement joignable.

"Nous avons répondu à un appel de détresse conformément à nos obligations internationales étant donné que c'est dans notre zone de recherches et de sauvetage de l'océan Indien", a précisé à l'AFP un porte-parole de la marine sri-lankaise Buddhika Sampath.

"Nous avons retrouvé quelques corps dans la zone où le navire a sombré", a-t-il annoncé un peu plus tard.

Le Sri Lanka est resté neutre depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, appelant au dialogue.

Un peu plus d'un million de Sri-Lankais travaillent au Moyen-Orient, représentant une source cruciale de devises pour ce pays qui se relève à peine de sa pire crise économique survenue en 2022.

La marine et l'armée de l'air sri-lankaises ont toutes deux indiqué qu'elles ne diffuseraient pas d'images des opérations de secours car elles concernaient l'armée d'un autre pays.

 


L'attaque américaine «totalement stupide» en pleine négociation 

Ali Bahreini, chef de la mission diplomatique d'Iran à Genève, a assuré que Téhéran n'avait aucun problème avec ses voisins, mais qu'il ne pouvait tolérer que les bases américaines dans le Golfe servent à des attaques contre l'Iran.  "La guerre n'était pas notre option. La guerre a été imposée à l'Iran", a déclaré M. Bahreini devant l'Association des correspondants de l'ONU (Acanu). (AFP)
Ali Bahreini, chef de la mission diplomatique d'Iran à Genève, a assuré que Téhéran n'avait aucun problème avec ses voisins, mais qu'il ne pouvait tolérer que les bases américaines dans le Golfe servent à des attaques contre l'Iran. "La guerre n'était pas notre option. La guerre a été imposée à l'Iran", a déclaré M. Bahreini devant l'Association des correspondants de l'ONU (Acanu). (AFP)
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  • Le 26 février, Washington et Téhéran ont tenu des négociations indirectes à Genève sur le programme nucléaire iranien. Les médiateurs omanais avaient alors fait état de "progrès significatifs"
  • M. Bahreini, qui a assisté à une partie de ces négociations, a rappelé que "tout le monde était optimiste" et que les États-Unis "avaient accepté de poursuivre les négociations" à Vienne cette semaine

GENEVE: Les États-Unis ont pris une décision "totalement stupide" en attaquant l'Iran, alors que les deux pays menaient des pourparlers, a estimé mardi l'ambassadeur iranien auprès des Nations unies.

Ali Bahreini, chef de la mission diplomatique d'Iran à Genève, a assuré que Téhéran n'avait aucun problème avec ses voisins, mais qu'il ne pouvait tolérer que les bases américaines dans le Golfe servent à des attaques contre l'Iran.

"La guerre n'était pas notre option. La guerre a été imposée à l'Iran", a déclaré M. Bahreini devant l'Association des correspondants de l'ONU (Acanu).

"Personne ne doit s'attendre à ce que l'Iran fasse preuve de retenue face à une agression. Nous poursuivrons notre défense jusqu'à ce que cette agression cesse", a-t-il ajouté.

Le 26 février, Washington et Téhéran ont tenu des négociations indirectes à Genève sur le programme nucléaire iranien. Les médiateurs omanais avaient alors fait état de "progrès significatifs".

M. Bahreini, qui a assisté à une partie de ces négociations, a rappelé que "tout le monde était optimiste" et que les États-Unis "avaient accepté de poursuivre les négociations" à Vienne cette semaine.

Mais selon M. Bahreini, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a convaincu le président américain Donald Trump de sacrifier la diplomatie et d'attaquer l'Iran.

"C'était une décision totalement stupide. Ils comprendront plus tard à quel point cette décision était stupide. Ils le comprendront tous les deux, car l'Iran déterminera fermement le cours et l'issue de cette guerre", a-t-il soutenu.

"Tous nos voisins sont aujourd'hui déçus par la trahison des États-Unis, car tout le monde œuvrait pour la voie diplomatique, en particulier Oman. Les États-Unis ont trahi tout le monde", a encore insisté M. Bahreini.

Quand aux frappes de Téhéran contre des pays de la région abritant des bases américaines, il ne s'agit pas selon lui de représailles. "C'est un acte de légitime défense", a-t-il assuré.

"Nous ne pouvons en aucun cas permettre que ces bases soient utilisées pour mener des opérations militaires contre l'Iran", a ajouté M. Bahreini, assurant que les opérations iraniennes visaient "exclusivement "les installations militaires américaines.

Mardi, Trump a affirmé que les dirigeants iraniens "veulent discuter", mais M. Bahreini a affirmé qu'aucune démarche n'avait été entreprise auprès de Washington : "Il n'y a eu aucun contact de notre côté" depuis le début du conflit, a assuré le diplomate iranien.