Comment les états du Golfe relèvent le défi de la transition énergétique

Les pays arabes du Golfe cherchent un modèle qui concilie protection environnementale et qualité de vie à long terme. (Photo, AFP)
Les pays arabes du Golfe cherchent un modèle qui concilie protection environnementale et qualité de vie à long terme. (Photo, AFP)
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Publié le Lundi 25 avril 2022

Comment les états du Golfe relèvent le défi de la transition énergétique

  • Au cours de l’année précédente, l’Arabie saoudite et les EAU ont effectué un progrès notable en matière d’énergie renouvelable solaire, éolienne et hydrogène
  • Les pays du Golfe peuvent assurer à la fois une économie florissante et un environnement favorisant une qualité de vie élevée

DUBAÏ : Avant même le début de la guerre en Ukraine, une chose est rapidement devenue claire: la demande en énergie conventionnelle ne disparaîtra pas. Aujourd’hui, alors que le baril de Brent oscille aux alentours de 107 dollars (1 dollar américain = 0,93 euro) et que le gaz naturel coûte 6,95 dollars par MMBTu, dans le contexte de risques accrus de rupture d’approvisionnement, les retombées fiscales imminentes donnent aux États arabes du Golfe des ressources supplémentaires pour accélérer leur transformation en «économies vertes».

Qu’il s’agisse d’engagements ambitieux en matière d’«économie circulaire du carbone» et d’émissions nettes nulles, ou d’investissements dans les énergies renouvelables et la production de véhicules électriques, l’année dernière a déjà connu le lancement de plusieurs initiatives par ces pays exportateurs d’énergie, en réponse aux appels à une action accélérée pour lutter contre le changement climatique.

Dans le même temps, la région du Golfe a effectué des progrès notables dans le développement de l’énergie solaire et éolienne à l’échelle des services publics, notamment la phase trois du projet solaire Mohammed ben Rachid à Dubaï, achevée l’année dernière, et l’inauguration du premier parc éolien d’Arabie saoudite à Dumat al-Jandal.

«Ce sont des moments de percée qui créent une dynamique à travers les connaissances et l’expérience», a déclaré à Arab News Francesco La Camera, directeur général de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, plus connue sous le nom d’Irena.

«Ces projets renouvelables à faible coût ouvrent également la voie à la production d’hydrogène vert à un prix compétitif. Nous pensons que l’hydrogène aura un rôle central à jouer dans la décarbonisation du système énergétique.»

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Le Golfe bénéficie d’un climat idéal pour l’expansion de l’énergie solaire. (Photo, Shutterstock)

Les «Perspectives des transitions énergétiques mondiales» d’Irena montrent que l’hydrogène pourrait représenter 12% de la consommation totale d’énergie dans le monde d’ici le milieu du siècle, contre des niveaux marginaux aujourd’hui.

«Il existe déjà des signaux clairs que l’intention de la région de saisir ces opportunités de marché, qui pourraient s’avérer être un nouvel aspect important de la transition auquel la région peut appliquer son expertise et son expérience en matière d’hydrocarbures», a déclaré La Camera.

À l’approche de la conférence des Nations unies sur le changement climatique, la COP26, qui s’est tenue à Glasgow en novembre dernier, les Émirats arabes unis se sont engagés à atteindre des émissions nettes de carbone nulles d’ici 2050 et à investir jusqu’à 160 milliards de dollars dans des solutions d’énergie propre et renouvelable.

Le mois précédent, l’Arabie saoudite a lancé les initiatives «Saudi Green» et «Middle East Green», engageant le Royaume à attendre des émissions nettes de gaz à effet de serre nulles d’ici 2060 et à planter 10 milliards d’arbres au cours des prochaines décennies, à réhabiliter 8 millions d’hectares de terres dégradées et à attribuer de nouvelles zones protégées.

Plus récemment, la Compagnie pétrolière nationale d’Abu Dhabi et la Compagnie nationale d’énergie d’Abu Dhabi ont annoncé qu’elles rejoindront la holding publique des EAU Mubadala en tant qu’actionnaires de la société d’énergie propre Masdar. 

Ce partenariat vise à porter la capacité d’énergie renouvelable de Masdar à 50 gigawatts d’ici 2030 et à créer une centrale mondiale d’énergie propre, en mettant l’accent sur des domaines tels que l’hydrogène vert et les énergies renouvelables.

Des développements similaires sont en cours en Arabie saoudite, notamment plusieurs projets à Neom, la ville intelligente du Royaume sur la côte de la mer Rouge, et plus particulièrement le lancement d’Oxagon, le plus grand complexe industriel flottant du monde.

«Le projet Oxagon est une idée révolutionnaire cherchant à remodeler la façon dont les industries travaillent à la porte du canal de navigation le plus populaire au monde, alimenté à 100% par de l’énergie renouvelable et nécessitant des niveaux de symbiose importants entre diverses industries», a déclaré à Arab News Daniel Gribbin, responsable du développement durable chez WSP Middle East.

«La volonté de la région de s’engager dans un avenir plus durable n’est pas un secret. Les niveaux de transparence et les comportements individuels des consommateurs, ainsi que la vision des dirigeants régionaux, ont accéléré la nécessité de répondre et d’agir, afin qu’ils puissent avoir un siège à la table mondiale.

«La demande de considérations de durabilité de la part des investisseurs internationaux a également servi de force propulsive pour accroître la sensibilisation aux ESG sur le marché régional, contribuant ainsi à la valorisation et à la réputation.»

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Une vue de l’usine de dessalement de Jubail, dans la zone industrielle de Jubail, à environ 95 kilomètres au nord de Dammam, dans la province orientale de l’Arabie saoudite. (Photo, AFP/Archives)

Selon Nawal al-Hosany, la représentante permanente des EAU auprès de l’Irena, l’année écoulée a été marquée par un changement radical dans l’approche régionale vis-à-vis de l’action climatique.

Lors de la COP26, par exemple, les EAU ont annoncé certains engagements et partenariats historiques pour relever les ambitions, notamment la plate-forme de financement UAE-IRENA Energy Transition Accelerator, qui vise à réunir 1 milliard de dollars pour accélérer la transition vers les énergies renouvelables dans les pays en développement. 

Les EAU, par l’intermédiaire du Fond d’Abu Dhabi pour le développement, ont déjà promis 400 millions de dollars de financement d’ancrage à la plate-forme.

«Nous avons également annoncé la feuille de route pour le leadership en matière d’hydrogène, qui vise à faire du pays un exportateur mondial d’hydrogène compétitif», a déclaré Al-Hosany à Arab News.

«Dans la perspective de la COP27 en Égypte et de la COP28 aux EAU en 2023, l’élan en faveur de l’action climatique continuera de créer un effet d’entraînement à travers le Moyen-Orient.»

EN CHIFFRES

  • Le prix projeté du pétrole est de 120 dollars par baril si le flux de pétrole russe est perturbé
  • Le prix actuel du gaz naturel est de 6,95 dollars par MMBTu

La Camera décrit la transition énergétique comme une mégatendance imparable, soutenue par l’innovation et motivée par la poursuite de la prospérité à long terme et de l’action climatique.

«Les pays du CCG reconnaissent cette opportunité et agissent en conséquence», a-t-il déclaré à Arab News.

«Il est également important de reconnaitre que la région du Golfe se positionne comme un acteur sérieux dans la transition énergétique mondiale parce que ses dirigeants comprennent que leur richesse en ressources d’hydrocarbures et leur grand potentiel d’énergie propre leur offre l’opportunité de construire une économie résiliente autour de la connaissance, des technologies et du leadership énergétique à long terme.»

Al-Hosany pense que les hydrocarbures continueront à jouer un rôle essentiel dans le système énergétique pendant les décennies à venir, car la gestion d’une transition énergétique équitable et inclusive sera cruciale pour inverser le cours du changement climatique.

«Nous devons repenser l’équilibre entre la croissance économique et le développement durable», a-t-elle déclaré.

«Mais cette transition ne se fera pas du jour au lendemain. Nous devons nous orienter vers un mélange énergétique faisant appel aux sources d’énergie renouvelables et propres. Si nous devons évoluer vers le système énergétique de demain, nous ne pouvons pas simplement nous débrancher du système énergétique d’aujourd’hui. Ce n’est pas aussi simple que d’appuyer sur un interrupteur.»

De la désertification aux sécheresses, le Moyen-Orient est particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique. Selon La Camera, bien que chaque pays ait ses propres raisons d’abandonner les combustibles fossiles au profit des énergies renouvelables, la région du Golfe a beaucoup à gagner de cette transition, même s’il existe des incertitudes quant à l’avenir à long terme des exportations d’hydrocarbures.

«L’exploitation de ses vastes sources énergétiques propres offre une croissance diversifiée et la création de nouveaux emplois pour une bonne partie du XXIe siècle», a-t-il déclaré. «N’oublions pas non plus la situation périlleuse dans laquelle cette région pourrait se trouver si les températures globales continuaient à augmenter sans relâche.»

La Camera a affirmé que la crise climatique «est susceptible de faire passer les températures régionales moyennes à environ le double de la moyenne mondiale au cours du siècle actuel, tout en augmentant la pression sur des réserves d’eau déjà rares. Il s’agit d’une menace profonde et très réelle que la région ne peut pas résoudre seule. Elle doit cependant faire partie de la solution».

Gribbin estime qu’il n’existe pas de «solution miracle» pour relever le défi auquel l’humanité est confrontée. En tant que tels, les décideurs politiques, les entreprises et les individus doivent travailler main dans la main pour trouver des solutions communes.

«Investir dans des solutions aux défis auxquels nous sommes confrontés avec le changement climatique n’est pas seulement bon pour l’humanité, mais est aussi une affaire intelligente», a-t-il ajouté.

«Les moteurs individuels et le comportement des consommateurs ont changé, et la demande de produits “verts” et durables ne fera qu’augmenter. En tant que région extrêmement dépendante des importations, notamment pour l’alimentation, et qui a contribué à la prolifération des hydrocarbures, un investissement précoce est primordial pour garantir que nous faisons partie de la solution.» 

En agissant maintenant, a indiqué Gribbin, la région s’assurera d’avoir à la fois une économie et un environnement capables de soutenir une qualité de vie élevée pour les générations à venir.

L’invasion de l’Ukraine a le potentiel d’accélérer la tendance mondiale en faveur des énergies renouvelables, l’Europe devant réduire considérablement sa dépendance à l’approvisionnement en gaz naturel russe. Si les pays du Golfe utilisent leurs excédents budgétaires pour accélérer le développement des énergies renouvelables, de l’hydrogène, de l’exportation d’ammoniac et des projets de captage du carbone, ils seront bien préparés pour l’ère post-pétrolière.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Expulsion de l'ambassadeur d'Iran: le Hezbollah boycotte une réunion du gouvernement 

Les ministres du Hezbollah pro-iranien et d'un mouvement allié ont boycotté une réunion jeudi du gouvernement libanais pour protester contre la décision d'expulser l'ambassadeur d'Iran, auquel des dizaines de personnes ont manifesté leur soutien devant l'ambassade près de Beyrouth. (AFP)
Les ministres du Hezbollah pro-iranien et d'un mouvement allié ont boycotté une réunion jeudi du gouvernement libanais pour protester contre la décision d'expulser l'ambassadeur d'Iran, auquel des dizaines de personnes ont manifesté leur soutien devant l'ambassade près de Beyrouth. (AFP)
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  • Un cinquième ministre chiite indépendant a pour sa part annoncé dans un communiqué avoir choisi d'y participer
  • Devant l'ambassade d'Iran, des dizaines de partisans du Hezbollah ont manifesté jeudi après-midi, brandissant des drapeaux iraniens et de la formation chiite, scandant "Mort à l'Amérique, Mort à Israël!"

BEYROUTH: Les ministres du Hezbollah pro-iranien et d'un mouvement allié ont boycotté une réunion jeudi du gouvernement libanais pour protester contre la décision d'expulser l'ambassadeur d'Iran, auquel des dizaines de personnes ont manifesté leur soutien devant l'ambassade près de Beyrouth.

Le Hezbollah et son allié chiite, le mouvement Amal, ont fustigé la décision inédite des autorités sommant l'ambassadeur de partir d'ici dimanche, et lui ont demandé de demeurer dans le pays.

En signe de mécontentement, les deux ministres représentant le Hezbollah et les deux autres représentant Amal, dirigé par le président du Parlement Nabih Berri, ont décidé de ne pas se rendre à la réunion du gouvernement, a indiqué à l'AFP un responsable libanais sous couvert d'anonymat.

Un cinquième ministre chiite indépendant a pour sa part annoncé dans un communiqué avoir choisi d'y participer.

Devant l'ambassade d'Iran, des dizaines de partisans du Hezbollah ont manifesté jeudi après-midi, brandissant des drapeaux iraniens et de la formation chiite, scandant "Mort à l'Amérique, Mort à Israël!", selon une équipe de l'AFP.

"Nous sommes contre cette décision du gouvernement, qui ne passera pas", dit à l'AFP Elham al-Mokdad, une des protestataires, devant le bâtiment situé à la lisière de la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah bombardé par Israël.

Le ministre des Affaires étrangères Youssef Raggi a pris la décision d'expulser l'ambassadeur pour "ingérence" dans les affaires intérieures libanaises.

"Nous réclamons que l'ambassadeur américain soit expulsé, ainsi que le ministre des Affaires étrangères", affirme une autre manifestante, Farida Noureddine, 43 ans.

La décision d'expulser l'émissaire iranien intervient dans le cadre des pressions des autorités libanaises sur le Hezbollah et son parrain iranien.

Elles ont interdit les activités militaires du Hezbollah, seul groupe non-étatique armé, ainsi que la présence et l'action des Gardiens de la Révolution iraniens qui, selon le Premier ministre Nawaf Salam, dirigent les opérations du groupe contre Israël.

Le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, après une attaque du Hezbollah contre Israël en solidarité avec l'Iran. L'armée israélienne mène depuis une campagne de frappes aériennes qui a fait plus de 1.000 morts et un million de déplacés.


Le Conseil du Golfe veut participer à toutes les discussions sur la guerre avec l’Iran

Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jasem Mohamed Al-Budaiwi. (Archive/AFP)
Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jasem Mohamed Al-Budaiwi. (Archive/AFP)
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  • Le chef du CCG a appelé à un arrêt immédiat des attaques visant les infrastructures énergétiques dans le Golfe
  • Le Conseil du Golfe a indiqué que ses membres souhaitent être impliqués dans toute discussion sur la guerre avec l’Iran

DUBAÏ : Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jasem Mohamed Al-Budaiwi, a accusé jeudi l’Iran d’alimenter l’escalade régionale et a appelé à un arrêt immédiat des attaques visant les infrastructures énergétiques dans le Golfe, tout en exhortant à inclure les États du Golfe dans tout effort diplomatique visant à résoudre la crise.

Dans une série de déclarations, Jasem Mohamed Al-Budaiwi a affirmé que l’Iran était responsable de la récente escalade et a averti que ses actions constituaient une menace directe pour la stabilité régionale.

Il a indiqué que des attaques iraniennes avaient visé des raffineries de pétrole en Arabie saoudite, au Qatar, aux Émirats arabes unis et au Koweït, qualifiant ces frappes de « systématiques » et dirigées contre des installations énergétiques critiques.

« Nous insistons sur la nécessité d’impliquer les pays du CCG dans toute discussion ou accord visant à résoudre cette crise, de manière à renforcer leur sécurité et leur stabilité », a déclaré Al-Budaiwi dans une allocution télévisée, ajoutant que si les États du Golfe ont le droit de se défendre, ils privilégient la voie diplomatique.

« La communauté internationale doit adresser un message unifié à l’Iran pour qu’il mette fin à ses attaques », a-t-il ajouté, appelant à une pression mondiale coordonnée pour éviter une nouvelle escalade.

Le secrétaire général a également rejeté toute tentative de redessiner la carte de la région après le conflit, mettant en garde contre toute modification des frontières géopolitiques une fois la crise terminée.

Al-Budaiwi a en outre accusé l’Iran d’exiger des paiements de la part des navires transitant par le détroit d’Ormuz, une voie maritime essentielle par laquelle transite une part importante du pétrole mondial.

Le chef du CCG est le premier haut responsable régional à formuler publiquement une telle accusation.

Al-Budaiwi, qui dirige le bloc composé de Bahreïn, du Koweït, d’Oman, du Qatar, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, a fait ces déclarations lors d’une conférence de presse à Riyad. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Pourquoi Israël bombarde-t-il des ponts strategiques dans le sud du Liban ?

Après une frappe aérienne israélienne qui a visé le pont de Qasmiyeh, situé sur une route principale reliant des villages du district de Tyr à d'autres plus au nord, Israël ayant déclaré que le pont était utilisé par le Hezbollah, dans le sud du Liban. (AFP)
Après une frappe aérienne israélienne qui a visé le pont de Qasmiyeh, situé sur une route principale reliant des villages du district de Tyr à d'autres plus au nord, Israël ayant déclaré que le pont était utilisé par le Hezbollah, dans le sud du Liban. (AFP)
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  • Des responsables libanais et des sources militaires estiment que les frappes sur les principaux points de passage visent à créer une division géographique qui isolerait une grande partie du sud du pays
  • Ces dernières semaines, les opérations israéliennes sont passées de l'émission d'ordres d'évacuation pour les villages situés au sud du Litani à l'avertissement des résidents avant les frappes sur les ponts et les routes principales

BEYROUTH : Le ciblage systématique par Israël des ponts sur le Litani marque une escalade significative dans sa campagne militaire au Liban, qui passe des frappes aériennes et des avertissements d'évacuation à la coupure délibérée du Sud-Liban du reste du pays.

Des responsables libanais et des sources militaires estiment que les frappes sur les principaux points de passage reliant les zones situées au nord et au sud du Litani visaient à créer une division géographique qui isolerait de grandes parties du sud, perturberait les opérations d'aide et de secours et restreindrait les déplacements dans la région.

Ces dernières semaines, les opérations israéliennes sont passées de l'émission d'ordres d'évacuation pour les villages situés au sud du Litani à l'avertissement des résidents avant les frappes sur les ponts et les routes principales.

Le ministre israélien de la défense, Israël Katz, a déclaré qu'il avait ordonné à l'armée de détruire tous les ponts qui enjambent le fleuve reliant le sud à Beyrouth et à la région de la Bekaa, car ils étaient utilisés pour transporter des armes vers le Hezbollah.

Pourquoi les ponts sont-ils si importants ?

Le Litani, le plus long fleuve du Liban (environ 170 km), prend sa source à l'ouest de Baalbek et traverse la vallée de la Bekaa. Il se situe entre 6 et 30 km de la frontière israélo-libanaise, ses points les plus proches se trouvant dans le secteur oriental et le district de Nabatieh.

Les zones situées au sud de la rivière sont connues sous le nom de "frontière sud". Elles comprennent des parties des gouvernorats du Sud et de Nabatieh, notamment les districts de Tyr, de Bint Jbeil et de Marjayoun.

L'armée israélienne a identifié au moins 15 ponts et ponceaux, s'étendant de la région côtière à la Bekaa occidentale, comme cibles à détruire.

Parmi les plus importants figurent les ponts de Qasmiyeh, Tayr Falsay et Khardali, dont la perte couperait des voies de transport essentielles reliant le Sud-Liban au reste du pays et isolerait effectivement les régions situées au sud du fleuve.

Les frappes sur les ponts interviennent dans un contexte d'intensification des combats entre Israël et le Hezbollah dans des villes frontalières comme Khiam et Naqoura et d'une augmentation des démolitions, par les forces israéliennes, de maisons dans les villages de la ligne de front - des mesures qui, selon les observateurs, pourraient préparer le terrain pour une incursion terrestre plus large.

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre contre l'Iran le 2 mars en lançant six roquettes sur un site militaire dans le nord d'Israël. Cette action répondait à ce que le groupe militant décrit comme la poursuite des attaques israéliennes contre le Liban, malgré l'accord de cessez-le-feu de novembre 2024 et l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei.

Le même jour, Israël a lancé une nouvelle offensive contre le Liban, menant des frappes aériennes sur la banlieue sud de Beyrouth ainsi que sur des zones situées au sud et à l'est du Liban. Le lendemain, il entame une incursion terrestre limitée dans le sud.

Quel est l'impact des bombardements sur les ponts ?

Le pont d'Al-Qasmiyeh, qui a été visé dimanche par des frappes aériennes israéliennes intensives, est l'un des points de passage les plus importants. Situé près de l'endroit où le fleuve rencontre la mer Méditerranée, il fait partie de la principale route côtière reliant Sidon et Tyr et est utilisé par les piétons, les voitures et les camions.

Sa destruction a gravement perturbé la principale artère reliant le sud du pays à la capitale.

Le président libanais Joseph Aoun a qualifié le bombardement des ponts d'"escalade dangereuse et de violation flagrante de la souveraineté libanaise", de "prélude à une invasion terrestre" et de "tentative de rompre le lien géographique entre la région méridionale du Litani et le reste du territoire libanais".

Une source militaire a déclaré à Arab News qu'Israël avait jusqu'à présent visé 70 % des ponts.

"D'un point de vue militaire, l'objectif est de couper les lignes d'approvisionnement du Hezbollah.

Pourquoi Israël veut-il isoler le Sud-Liban ?

La source a déclaré que l'incursion dans le Sud-Liban et l'isolement de cette région avaient pour but d'accroître les gains d'Israël sur le terrain afin de renforcer sa position dans les négociations.

"L'impact que la supériorité israélienne imposera au Liban dans les étapes à venir reste incertain", a déclaré la source.

"Nous savons seulement qu'elle possède des capacités militaires supérieures et redoutables, inégalées par toute autre force au Moyen-Orient, ainsi qu'une importante supériorité aérienne et technologique.

"En revanche, le Hezbollah ne dispose d'aucune ligne de ravitaillement, ni depuis la Syrie ni depuis l'Irak, et l'armée libanaise est confrontée à d'importantes limitations en termes de capacités et de ressources, s'efforçant de maintenir sa présence militaire par tous les moyens possibles."

La source a indiqué que, sur la base d'informations fournies par des unités de l'armée libanaise stationnées au sud du Litani, à environ 10 km de la frontière, les forces israéliennes étaient entrées dans la ville de Khiam, sans que l'on connaisse l'ampleur de l'incursion.

L'analyste politique Ali Al-Amin a déclaré à Arab News que les opérations menées par le Hezbollah dans le sud du Liban n'empêcheraient pas les Israéliens d'avancer, mais qu'elles en augmenteraient le coût.

"L'objectif d'Israël était d'établir une zone tampon, ce dont il avait déjà discuté lors de la dernière guerre, sur une région vidée de sa population, de ses installations résidentielles et agricoles et de ses infrastructures.

La zone tampon s'étendrait probablement sur une profondeur de 3 à 5 km.

"L'armée israélienne pourrait pénétrer plus loin, mais je pense que l'opération se limitera à des incursions et à des retraits sans maintenir une présence permanente.

Sur la base de ses précédentes guerres au Sud-Liban, Israël a compris qu'une occupation terrestre serait coûteuse, a déclaré M. Al-Amin.

"Grâce à sa supériorité technologique, il n'a pas besoin d'occuper un territoire. Il a déjà forcé des gens à quitter leurs maisons par des menaces et des barrages routiers aériens, sans avoir besoin de troupes au sol."

Il a ajouté qu'il pensait que les Israéliens poursuivraient leurs destructions et chercheraient à relier les zones méridionales à Hasbaya, Arqoub et aux villages chrétiens - des zones qui n'ont pas été détruites, contrairement aux villages chiites.

Les habitants de ces zones pourraient être contraints d'évacuer après avoir perdu l'accès aux routes d'approvisionnement en nourriture ou de recourir aux provisions israéliennes, a-t-il ajouté.

"Toutefois, cela ne signifie pas un retour à la bande frontalière que le Liban a connue dans les années 1970. Elle pourrait au contraire devenir une bande frontalière sans chiites, car ceux-ci seraient empêchés de reconstruire leurs villages ou d'y retourner.

"Si des négociations devaient s'ouvrir entre le Liban et Israël, la situation changerait alors, car Israël, disposant d'un levier important, serait en mesure d'imposer ses conditions", a-t-il ajouté.

Quel est le coût de cette nouvelle escalade ?

Il n'existe pas encore d'estimation officielle des pertes résultant de la destruction des ponts dans le sud du Liban.

La Banque mondiale a déjà estimé le coût de la réhabilitation des infrastructures libanaises à plusieurs milliards de dollars. La reconstruction des ponts ne ferait qu'alourdir les dépenses.

Le bilan humanitaire est également lourd : plus de 1 070 personnes ont été tuées et plus d'un million ont été déplacées, soit environ 14 % de la population, selon l'unité de gestion des risques de catastrophes du bureau du Premier ministre et du ministère des Affaires sociales.