Une société cinématographique saoudienne apporte de nouvelles méthodes de production aux écrans du Royaume

La société de production saoudienne Obad Films cherche à présenter des produits à son public par le biais d'histoires et de méthodes de production de haute qualité. (Photo fournie)
La société de production saoudienne Obad Films cherche à présenter des produits à son public par le biais d'histoires et de méthodes de production de haute qualité. (Photo fournie)
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Publié le Lundi 09 mai 2022

Une société cinématographique saoudienne apporte de nouvelles méthodes de production aux écrans du Royaume

  • Le duo créatif veut apporter « la perspective des jeunes au monde »
  • Les compétences et la passion des jeunes réalisateurs leur permettent de pivoter rapidement vers des industries plus créatives en accord avec leur vision, comme la mode et la musique

RIYAD : Il y a quelques années, les campagnes et les créations des marques de mode locales étaient généralement promues par des mannequins sans visage ou indifférenciés sur un fond blanc uni et se concentraient sur les vêtements.

Obad Films veut présenter au public une gamme de vêtements de manière dynamique à travers une histoire.

L'entreprise a été cofondée par le duo saoudien Faisal Shaath, 20 ans, et Ahmed Obad, 22 ans, qui ont transformé leur passion pour la photographie en réalité.

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Leur objectif était et reste d'apporter une perspective fraîche et jeune à l'industrie cinématographique saoudienne. La société s'est imposée dans le secteur des médias de Riyad grâce à des méthodes de production vidéo non conventionnelles, animée par la volonté d'être entendue et vue par l'ancienne génération.

« Nous nous sommes lassés de la façon dont les choses sont présentées. C'est toujours la même chose. Si c'est une marque de mode, c'est toujours filmé dans un parking, c'est toujours filmé dans un désert », a confié Obad à Arab News. « Ce qui nous différencie, c'est que nous allons vraiment au-delà de ce que vous voyez sur le marché. »

Bien qu'ils aient qualifié ces lieux de génériques, ils ont pourtant eu recours aux mêmes décors pour la campagne vidéo de la marque de mode Whyos. « Nous avons utilisé un skate park, un parking et un désert. La façon dont nous les avons montrés tous ensemble était vraiment différente du fait du choix de la musique, de la façon dont elle était séquencée, et de l'histoire qui était racontée à travers la vidéo », a expliqué Obad.

La société compte parmi ses clients des marques et des entreprises de différents secteurs. Elle travaille notamment avec la marque de vêtements et de style de vie Proud Angeles, le magasin de streetwear et de mode Urbn Lot, le plus grand festival de musique d'Arabie saoudite soutenu par le gouvernement, Soundstorm by MDLBEAST, AlMashtal Creative Space, Huawei, etc.

Nous nous sommes lassés de la façon dont les choses sont présentées. C'est toujours la même chose. Si c'est une marque de mode, c'est toujours filmé dans un parking, c'est toujours filmé dans un désert. Ce qui nous différencie, c'est que nous allons vraiment au-delà de ce que vous voyez sur le marché.

Ahmed Obad, cofondateur d'Obad Films

L'objectif est de rendre les contenus de haute qualité accessibles aux entreprises en développement et aux startups. « Nous travaillons avec des clients qui connaissent leur public cible et leur mission, mais qui ont simplement besoin d'un coup de pouce visuel pour lancer leur activité de manière précise et efficace », a expliqué Shaath à Arab News.

Le duo a créé l'entreprise pour apporter « la perspective des jeunes au monde », en comblant les fossés générationnels dans la société saoudienne qui peuvent parfois agir comme des barrières de valeur. « L'objectif de la jeunesse est principalement la créativité éternelle, c'est-à-dire que nous nous efforçons toujours d'apporter des visuels nouveaux et non démodés au niveau local et de tout orienter principalement vers la jeunesse en termes de marché », a déclaré Shaath.

Le terme « jeunesse » ne fait pas référence à une certaine tranche d'âge, mais plutôt à un état d'esprit. « C'est au-delà de la jeunesse. C'est destiné aux jeunes d'aujourd'hui, et quand ils grandissent, pour comprendre ce qui donne vraiment de la valeur à quelque chose au niveau de la créativité », a-t-il ajouté.

« Rien que par la façon dont nous filmons, les effets que nous utilisons, les sentiments que nous transmettons dans nos vidéos, on nous pose souvent la même question. Les gens ne croient pas que cela soit fait localement. Ils demandent : "C'est à Riyad ?" »

Le pays prend vie différemment pour leur public à travers leur objectif créatif et leur vision axée sur la jeunesse.

Les deux réalisateurs sont autodidactes et n'ont pas de formation académique dans le domaine du cinéma. Ils n'ont pas non plus reçu de formation sur une méthode de travail spécifique. Leurs connaissances en matière de production vidéo proviennent de leurs recherches, de l'analyse de contenu et de la réaction du public à leur travail. Ils estiment que cela leur a donné la liberté d'expérimenter et de tester les limites de ce que signifie la réalisation de films ou de ce à quoi elle pourrait ressembler dans un contexte professionnel ou d'entreprise.

Après deux ans passés à développer leurs compétences et à tourner du contenu promotionnel pour des showrooms automobiles depuis sa création, Obad Films a connu une « percée ». Les compétences et la passion des jeunes réalisateurs leur permettent de pivoter rapidement vers des industries plus créatives en accord avec leur vision, comme la mode et la musique.

Obad a d'abord acquis ses compétences en matière de montage en créant des montages de jeux vidéo téléchargés sur YouTube, ce qui lui a permis d'accumuler de l'expérience dans le domaine. Shaath a cultivé sa vision créative en essayant de développer son portfolio de vidéographie en tant que cinéaste et les portfolios de mannequins de ses amis, en les utilisant comme modèles. « (Notre style) n'a cessé de se développer depuis », a-t-il affirmé.

Shaath suivait les projets de montage d'Obad et ils se sont rencontrés par l'intermédiaire d'un ami commun dans l'école internationale fréquentée par Obad. Un mois plus tard, Obad Films est née dans le quartier Olaya de Riyad, lorsque Shaath, 14 ans, et Obad, 16 ans, ont décidé de réaliser leur rêve en se dotant d’un Nikon D750 emprunté au magasin de photographie du père d'Obad il y a six ans.

La communauté des cinéastes saoudiens est capable de beaucoup plus, affirment-ils.

« Ils sont limités à ce qu'ils ont étudié et pensent que ce qu'ils ont étudié est la voie à suivre. Leur créativité se limite à ce qu'ils ont déjà fait l'année dernière. Elle n'est pas développée ou élevée », a déclaré Obad. « Ce n'est pas ce que vous avez mangé, c'est ce que vous pourriez manger. »

L'entreprise veut faire appel aux talents locaux plutôt que de devoir regarder de l'autre côté de la frontière pour obtenir des conseils. « Nous pouvons élever tout cela et être sur ce marché afin que le client n'ait pas à chercher (une expertise) à l'extérieur. Nous avons cela ici », a insisté Obad. « Si nous nous mettons à créer ce que le marché a déjà créé, nous ne nous développerons pas vraiment. Nous nous fixons des attentes en fonction de ce que nous voyons à l'extérieur du Royaume. »

À travers leurs caméras, la réalisation de films devient un art qui ne devrait pas être verrouillé. Les règles traditionnelles qui l'accompagnent sont adaptées à la vision artistique elle-même, et non aux normes conventionnelles de ce qu'elle devrait être.

Alors qu'il y a quelques années, le secteur n'était pas aussi sensible aux divergences, les mentalités évoluent lentement. Ils se souviennent du temps où une personne issue d'un milieu non artistique était intéressée par une certaine publicité. « Ils ont fini par voir ce fossé entre la production cinématographique internationale et locale se réduire considérablement. C'est quelque chose que les gens savent, mais l'industrie cinématographique ne lui permet pas de s'épanouir localement. Nous brisons les principes de base », a expliqué Shaath. « Nous ne restons pas bloqués sur une norme spécifique. Nous nous efforçons toujours d'aller plus loin. Quelle sera la prochaine étape ? Comment pouvons-nous nous développer ? Comment pouvons-nous présenter quelque chose de manière différente ?  Je ne suis pas ici pour faire ce que j'ai fait l'année dernière, je suis ici pour faire ce qui doit être présenté plus tard, en 2025, en 2030. »

L'influence du prince héritier Mohammed ben Salmane sur la communauté saoudienne étant profondément ancrée dans l'aide apportée à l'épanouissement des capacités des jeunes, Obad Films est un exemple de la manière dont ce concept se manifeste au sein du Royaume sur le plan culturel. La société offre une perspective nouvelle sur la façon dont les efforts saoudiens étaient autrefois mis en valeur et sur la façon dont ils pourraient l'être.

Mais Obad Films n'est pas le bout du chemin pour ses créateurs, et leurs ambitions sont loin d'être terminées. « Nous cherchons à faire davantage de ce que nous faisons actuellement, mais à plus grande échelle et avec un budget plus élevé », a affirmé Shaath.

Bien que l'expansion de leur inventaire d'équipement soit certainement envisagée, ils ont également l'intention d'enfreindre toutes les règles. Ils veulent devenir les créateurs haut de gamme qu'ils savent être capables d'être. « Même si le cadre n'est pas bon. Même si le schéma de couleurs n'est pas correct. C'est bon », a ajouté Obad.

 


« Arduna » à AlUla : quand l’art contemporain scelle une coopération culturelle historique entre la France et l’Arabie saoudite

Présent lors de l’inauguration, Jean-Yves Le Drian, président d’AFALULA, a souligné la portée symbolique et politique de l’événement. (AFALULA)
Présent lors de l’inauguration, Jean-Yves Le Drian, président d’AFALULA, a souligné la portée symbolique et politique de l’événement. (AFALULA)
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  • Présentée comme un geste artistique fort autant qu’un acte de confiance entre deux nations, Arduna s’inscrit dans la continuité de l’accord intergouvernemental signé en 2018
  • « Cette décision de nos chefs d’État s’inscrivait dans une vision partagée : celle du soutien de la France à la transformation de l’Arabie saoudite, initiée par le Prince héritier dans Vision 2030»

ALULA: L’inauguration de l’exposition Arduna marque une étape fondatrice dans le développement culturel de l’Arabie saoudite et dans la coopération franco-saoudienne. Inédite par son ampleur et première du genre en Arabie saoudite et au Moyen-Orient, cette exposition est le fruit d’un commissariat conjoint entre le futur Musée d’Art Contemporain d’AlUla et le Centre Pompidou, avec le soutien de l’Agence française pour le développement d’AlUla (AFALULA).

Présent lors de l’inauguration, Jean-Yves Le Drian, président d’AFALULA, a souligné la portée symbolique et politique de l’événement :

« C’est un grand honneur d’être à vos côtés ici ce soir pour inaugurer “Arduna”, exposition fondatrice et inédite dans son ampleur. Je dis fondatrice, parce qu’elle est à la fois un geste artistique majeur, et un geste de confiance entre nos deux pays. »

Un jalon issu de l’accord intergouvernemental de 2018

L’exposition s’inscrit directement dans le prolongement de l’accord intergouvernemental signé en 2018 par la France et l’Arabie saoudite, en présence du Président Emmanuel Macron et de Son Altesse Royale le Prince héritier Mohammed ben Salmane. Cet accord a ouvert une coopération ambitieuse autour du développement culturel, patrimonial, environnemental et humain d’AlUla, en cohérence avec la Vision 2030 du Royaume.

Jean-Yves Le Drian a rappelé la vision commune à l’origine de cet engagement :

« Cette décision de nos chefs d’État s’inscrivait dans une vision partagée : celle du soutien de la France à la transformation de l’Arabie saoudite, initiée par le Prince héritier dans Vision 2030. L’art et la culture, la valorisation du patrimoine comme l’élan de la création y jouent un rôle majeur. »

Aujourd’hui, les résultats de cette coopération sont visibles et concrets, notamment à travers l’inauguration du pavillon d’exposition, première étape vers le futur Musée d’Art Contemporain d’AlUla prévu à l’horizon 2030.

« Arduna », une exposition ancrée dans son territoire

Intitulée Arduna – « Notre Terre » –, l’exposition revendique un lien étroit avec l’identité d’AlUla. Une approche que Jean-Yves Le Drian a tenu à distinguer de modèles d’expositions décontextualisées :

« “Arduna” n’est pas une exposition “posée” sur un territoire, hors sol. C’est un modèle de programmation à l’écoute de son temps et surtout à l’écoute d’AlUla et de son identité très singulière, celle d’un territoire où la nature, l’archéologie, la mémoire et l’avenir se répondent à chaque instant. »

Il insiste également sur la démarche de co-construction :

« L’idée n’était pas d’importer un récit, mais de co-développer une exposition et, au-delà, une vision, ancrée dans l’exceptionnelle magie de ce lieu. »

Les commissaires de l’exposition, Candida Pestana et Anne Hiddleston Galloni, ont été saluées pour leur travail approfondi et leur implication tout au long de la préparation de cet événement.

Une première concrétisation du futur musée d’art contemporain d’AlUla

Au-delà de l’exposition, Arduna constitue la première réalisation tangible du partenariat stratégique conclu en 2023 entre la Commission Royale pour AlUla et le Centre Pompidou. Ce partenariat vise à accompagner la création du futur Musée d’Art Contemporain d’AlUla, appelé à devenir une institution de référence internationale.

Jean-Yves Le Drian a souligné l’engagement global du Centre Pompidou :

« Je suis reconnaissant au Centre Pompidou d’avoir mobilisé son expertise dans tous les domaines : le commissariat, la scénographie, la production, la médiation, l’édition, mais aussi l’accompagnement architectural du pavillon, ainsi que les actions de formation et de mentorat de la future équipe du musée. »

Le futur musée, conçu par l’architecte Lina Gotmeh, se veut à la fois international et profondément enraciné dans son environnement local, notamment à travers son dialogue avec l’espace voisin de Daïmumah.

Une dynamique culturelle franco-saoudienne durable

L’inauguration de Arduna s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération culturelle entre la France et l’Arabie saoudite à AlUla. Jean-Yves Le Drian a rappelé l’ouverture récente de la Villa Hégra, autre jalon majeur de ce partenariat :

« La Villa Hégra témoigne de ce que nous sommes en mesure de construire ensemble : un lieu de création, de recherche, de résidence et de transmission, où les scènes françaises, francophones et saoudiennes se rencontrent et projettent des coopérations fortes. »

La culture comme langage commun

En conclusion, le président d’AFALULA a résumé l’esprit de cette coopération :

« Ce soir, nous inaugurons une exposition. Mais plus profondément, nous célébrons une belle histoire : celle d’un partenariat qui se construit dans la durée, qui investit dans la confiance, et qui choisit la culture comme langage commun. »

L’exposition Arduna illustre ainsi l’ambition partagée de faire d’AlUla un pôle culturel majeur, où le patrimoine exceptionnel du territoire dialogue avec la création contemporaine, au cœur d’un partenariat stratégique entre le Royaume d’Arabie saoudite et la France.


AlUla: l’exposition « Arduna », fonde un socle de dialogue et de culture

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  • AlUla s’étend sur 22 561 km², mêlant vallée fertile, formations rocheuses monumentales et vestiges historiques uniques, dont Hegra, premier site saoudien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO
  • Carrefour de routes commerciales antiques, la région fut pendant des siècles un lieu de circulation, d’échanges et de dialogue entre les cultures

PARIS: Au cœur du nord-ouest de l’Arabie saoudite, à plus de 1 100 kilomètres de Riyad, l’oasis d’AlUla s’impose progressivement comme l’un des laboratoires culturels les plus ambitieux du Moyen-Orient.

Territoire aux paysages spectaculaires et au patrimoine plurimillénaire, marqué par les civilisations lihyanite et nabatéenne, AlUla n’est plus seulement un site archéologique d’exception, mais devient un véritable projet de civilisation.

arduna

L’exposition « Arduna » (Notre terre), présentée dans le cadre de la 5ᵉ édition du Festival des arts d’AlUla, en est aujourd’hui l’une des expressions les plus abouties.

Organisée dans les espaces préfigurateurs du futur musée d’art contemporain saoudien, l’exposition incarne une coopération culturelle structurante entre la France et l’Arabie saoudite, portée conjointement par l’Agence française pour le développement d’AlUla (AFALULA) et la Commission royale pour AlUla (RCU), avec le concours du Centre Pompidou.

Plus qu’un événement artistique, « Arduna » s’inscrit dans une stratégie de long terme visant à faire de l’art un pilier du développement territorial, social et symbolique d’AlUla.

Un dialogue entre patrimoine et création contemporaine

AlUla s’étend sur 22 561 km², mêlant vallée fertile, formations rocheuses monumentales et vestiges historiques uniques, dont Hegra, premier site saoudien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Carrefour de routes commerciales antiques, la région fut pendant des siècles un lieu de circulation, d’échanges et de dialogue entre les cultures.

C’est dans le cadre de cet héritage que s’inscrit aujourd’hui la politique culturelle conduite par la Commission royale pour AlUla, en lien étroit avec AFALULA, fer de lance de la coopération franco-saoudienne.

L’objectif est clair : préserver le patrimoine tout en l’inscrivant dans le présent, relier l’histoire longue du territoire à la création contemporaine internationale et faire d’AlUla un espace vivant, habité et partagé.

Depuis cinq ans, le Festival des arts d’AlUla joue un rôle central dans cette transformation. Il a progressivement installé la région comme un foyer de création et de rencontres artistiques, en dialogue constant avec le paysage, les habitants et l’histoire du lieu.

Dans ce contexte, l’exposition « Arduna » marque une étape décisive. Conçue par deux commissaires — Anna Hiddleston, du Centre Pompidou, et Candida Pestana, cheffe des commissaires pour les arts contemporains à la RCU —, elle repose sur un principe fort : le dialogue entre les œuvres, les cultures et les récits.

L’exposition est structurée en six sections, chacune mettant en regard des artistes d’horizons différents.

Ainsi, une œuvre de Vassily Kandinsky dialogue avec celles de l’artiste syro-libanaise Etel Adnan, tandis qu’un échange visuel et conceptuel s’opère entre le photographe palestinien Tarek Al-Ghoussein et l’artiste français Cyprien Gaillard.

À ces confrontations s’ajoutent des installations créées spécifiquement pour AlUla par cinq artistes contemporains : Renaud Auguste-Dormeuil, Dana Awartani, Tarek Atoui, Tavares Strachan et Ayman Zedani.

Ces œuvres inédites ancrent l’exposition dans le territoire même d’AlUla, renforçant son caractère non itinérant et profondément contextuel.

« Arduna » constitue une première majeure à plusieurs titres : il s’agit de la première exposition de cette ampleur organisée à AlUla en co-commissariat avec une grande institution internationale, et de la première exportation temporaire d’un ensemble significatif d’œuvres du Centre Pompidou depuis sa fermeture pour rénovation.

Un modèle culturel fondé sur la co-construction

Contrairement à de nombreux projets culturels dans le Golfe fondés sur la simple importation de contenus occidentaux, le modèle retenu ici privilégie la co-construction.

Sur les 75 œuvres présentées, une partie provient de prêts internationaux, tandis qu’une autre appartient à la collection constituée ces dernières années par la Commission royale pour AlUla, reflétant une politique affirmée d’acquisition et de souveraineté culturelle.

La durée de trois mois (du 31 janvier au 15 avril), conforme aux standards internationaux, permet de toucher un public local, régional et international, dans un territoire encore en phase de montée en puissance touristique, mais dont la fréquentation progresse rapidement, notamment grâce à des équipements culturels et de loisirs déjà largement fréquentés par les habitants.

Au-delà de l’exposition elle-même, « Arduna » s’inscrit dans une compétition culturelle internationale intense, alors que des artistes américains, britanniques, italiens, mais aussi de plus en plus chinois, déploient des moyens considérables en Arabie saoudite.

Pour les responsables du projet, l’horizon est clairement fixé à 2030, en cohérence avec les grandes échéances saoudiennes, dont l’Exposition universelle de Riyad. Leur ambition est de créer un pont entre AlUla, les grands sites patrimoniaux, le futur musée d’art contemporain et les grands rendez-vous internationaux, afin de faire rayonner l’oasis bien au-delà de ses frontières.

En préfigurant le futur musée d’art contemporain, « Arduna » dépasse ainsi le cadre d’une exposition temporaire et propose un nouveau modèle culturel, fondé sur le temps long, la création partagée et l’ancrage territorial.

Ce modèle fait de l’art non pas un simple outil d’attractivité touristique, mais un vecteur de sens, de dialogue et de transformation sociale.


Haute couture: ode à la nature pour les premiers pas de Matthieu Blazy chez Chanel

Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
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  • Débuts très attendus de Matthieu Blazy chez Chanel : une première collection haute couture poétique et aérienne, célébrant la nature à travers transparences, plumes et motifs de champignons, sous la verrière du Grand Palais
  • Une semaine marquée par le renouveau des grandes maisons : Jonathan Anderson chez Dior, Armani sans Giorgio pour la première fois, et des défilés spectaculaires signés Rolland et Fournié, illustrant un vaste mercato qui redessine la haute couture

PARIS: Des oiseaux, des champignons et beaucoup de légèreté: Matthieu Blazy a fait mardi à Paris ses débuts en haute couture chez Chanel avec une collection toute en transparence, délicatesse et plumes, véritable ode à la nature et à la poésie.

Sous la verrière du Grand Palais, métamorphosée pour l'occasion en une forêt onirique peuplée de champignons géants et de saules pleureurs roses, le créateur franco-belge de 41 ans a voulu, à travers ce premier vestiaire, "sonder et explorer le coeur de Chanel", explique un communiqué.

Matthieu Blazy réinvente ainsi une nouvelle fois l'emblématique tailleur de la maison dans une superposition de mousseline de soie transparente aux couleurs pastel et aux broderies en forme de champignons, sous laquelle se dessinent d'élégants sous-vêtements.

Le champignon, envoyé sous forme de pendentif en guise d'invitation, se décline dans les talons de certains escarpins.

La transparence et la légèreté s'invitent également dans des robes vaporeuses et des ensembles débardeurs et jupes, assortis d'écharpes qui traînent jusqu'au sol, et même sur un pantalon en jean.

Progressivement, les matières gagnent en densité: les tissus s’épaississent, se structurent, et la collection bascule vers des tailleurs et des manteaux en tweed, dont les extrémités s'ornent de plumes légères.

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Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)

Ces plumes, d'abord discrètes, finissent par s'imposer. Elles encerclent les ourlets des robes, soulignent les lignes d'une jupe ou d'un top, avant d'envahir entièrement certains tailleurs et silhouettes du soir, transformant les mannequins en femmes-oiseaux.

Le défilé s'est conclu par la traditionnelle mariée en ensemble jupe et haut à manches longues, entièrement rebrodé comme une nuée de minuscules plumes blanches.

Une première incursion dans la haute couture qui a attiré un parterre de stars, de Nicole Kidman à Dua Lipa, en passant par Penelope Cruz et Tilda Swinton.

- Mercato -

Ce premier défilé était l'un des plus attendus de cette semaine de la haute couture, avec celui de Jonathan Anderson lundi chez Dior.

Le créateur nord-irlandais de 41 ans avait également mis la nature à l'honneur, mais à travers des silhouettes très fleuries à la fois sculpturales et aériennes.

La nomination, ces derniers mois, de ces deux quadragénaires à la tête de deux des plus prestigieuses maisons a été le point d'orgue du vaste mercato qui agite la mode depuis près de deux ans.

Débauché de Bottega Veneta en décembre 2024, Matthieu Blazy avait déjà créé l’événement. Lors de son premier défilé de prêt‑à‑porter en octobre, le créateur avait revisité les codes fondateurs de Chanel en jouant sur les contrastes — tweeds effilochés, mailles colorées, tailleurs déhanchés et jupes en plumes — un passage ovationné et salué par une critique unanime.

- Armani sans Giorgio -

Autre temps fort de cette journée, Armani a présenté en début de soirée la première collection haute couture de la maison italienne sans la supervision de son fondateur Giorgio, décédé début septembre à l'âge de 91 ans.

Cette collection est signée par sa nièce Silvana Armani, qui avait travaillé à ses côtés sur le prêt-à-porter féminin et signe ses premiers pas en haute couture.

Un premier vestiaire, que l'Italienne a voulu "comme du Armani classique, mais avec une touche d'originalité", dans lequel se déclinaient de nombreux tailleurs pantalons souples et satinés, de somptueuses robes du soir scintillantes et des blouses rebrodées de perles, dans une palette noire, blanche, rose nude et vert d'eau.

De son côté, le couturier Stéphane Rolland a investi le Cirque d'hiver pour présenter une nouvelle collection aux silhouettes toujours très structurées, entre robes de soirée, combinaisons ajustées ou aux pantalons bouffants, dans ses couleurs fétiches que sont le rouge, le noir et le blanc.

Incarné par les mannequins Adriana Karembeu et Coco Rocha, le show s'est achevé par un lâcher de colombes et la performance aérienne d'une acrobate, le tout sous le regard de la première dame Brigitte Macron, du chanteur Marc Lavoine et du cinéaste Claude Lelouch.

Julien Fournié a de son côté dévoilé un vestiaire mêlant robes de soirée aux jupes volumineuses, pièces richement ornées de strass et de broderies – parfois inspirées du graffiti, des mangas ou du cinéma de genre – ainsi que des ensembles associant vestes en jean et transparences constellées de strass façon tatouage.