Un ancien détenu de Guantanamo nie être à l'origine de départs en Irak ou en Syrie

L'ex-détenu algérien de Guantanamo Saber Lahmar lors d'un entretien le 23 mai 2011 à Bordeaux (Photo, AFP).
L'ex-détenu algérien de Guantanamo Saber Lahmar lors d'un entretien le 23 mai 2011 à Bordeaux (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 13 mai 2022

Un ancien détenu de Guantanamo nie être à l'origine de départs en Irak ou en Syrie

  • L'algérien de 52 ans innocenté de Guantanamo et jugé pour de la propagande djihadiste en France
  • Sept départs sont mis à son passif, par la justice et par des proches des partants

PARIS: Saber Lahmar, Algérien de 52 ans innocenté de Guantanamo et jugé pour de la propagande djihadiste en France, a assuré jeudi qu'il ne "pensait pas" avoir incité à des départs en Syrie ou en Irak en 2015.

La troisième demi-journée d'audience, sur quatre prévues, touche à sa fin lorsque la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris finit par aborder le cœur du dossier d'association de malfaiteurs terroriste.

La présidente plonge dans les retranscriptions d'enregistrements de prêches de M. Lahmar. Auréolé de son statut d'ancien de Guantanamo et d'études théologiques poussées, notamment en Arabie saoudite, il avait fini par officier régulièrement au début des années 2010 comme imam, à Bordeaux puis à Saint-André-de-Cubzac (Gironde).

Si tous les prêches "n'appellent pas de commentaires négatifs", la présidente égrène ceux qui ont attiré l'attention: dans l'un, il "s'en prend aux Juifs et à leur tactique rusée", dans un autre "il cite le Prophète en disant que l'apostat doit être tué", dans un troisième il dit que le Prophète "prescrit" un martyr.

D'après l'enquête, ces prêches datent de "mars à juillet 2015", juste avant le départ de plusieurs fidèles en Syrie. Après les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher, avant ceux du 13-Novembre à Paris et Saint-Denis.

Sept départs sont mis à son passif, par la justice et par des proches des partants: Othman Yekhlef est considéré comme "mort sur zone" depuis la fin 2015, tandis que Salim Machou, parti avec sa femme et ses quatre enfants, a été condamné à mort en 2019 par la justice irakienne pour son appartenance au groupe Etat islamique.

"Ne pensez-vous pas que vous avez pu inciter des personnes à partir faire le jihad armé offensif" en Irak ou en Syrie ?, interroge la magistrate.

Tee-shirt vert, main sur la vitre du box des prévenus, oreille attentive à son interprète en langue arabe, Saber Lahmar remue la tête négativement: "je ne le pense pas".

Criminel

Il conteste d'abord la "sélection" d'"extraits" tirés de ses prêches, puis minimise leur portée.

D'après cet homme né à Constantine (Algérie), seuls "les blédards", nés et ayant grandi au Maghreb, maîtrisant l'arabe classique, les comprennent. "Le reste", dans lequel il classe notamment Othman Yekhlef qu'il a assuré ne pas connaître, "ne pouvait comprendre qu'une infime partie de mes propos".

La présidente s'étonne aussi d'une conversation téléphonique du prévenu avec l'autre partant, Salim Machou, après son départ dans les zones djihadistes: "vous passez votre temps à faire des cours de théologie, des prêches où vous dites aux gens comment se comporter (...) et vous ne pouvez pas dire à ces deux hommes que c'est criminel d'être parti avec ces quatre enfants mineurs en Irak ?"

Saber Lahmar, qui vient de dire sa fatigue, s'anime: "je suis le père de personne, ni de Salim, ni de l'autre (Othman Yekhlef). Je ne suis pas là pour empêcher les gens de partir, c'est le rôle de la police".

Il évoque sa détention passée à Guantanamo de 2002 jusqu'à ce que la justice américaine le reconnaisse innocent, en 2008. D'après lui, ce passé aurait pu amener la justice à lui "coller" ces départs "sur le dos". 

"C'est pour ça que (Salim Machou) n'a pas évoqué le sujet avec moi et qu'il ne m'a pas tenu informé, je l'aurais empêché !" 

"C'est curieux, vous ne lui dites pas ça au téléphone", grince la présidente. "Qu'est-ce qu'il restait à dire ? Il est passé à l'acte, parti. Il n'y a plus rien à dire", répond Saber Lahmar.

Son co-prévenu, Mohamed H., considéré par la justice comme le "second" de M. Lahmar mais qui s'en est dissocié à plusieurs reprises, tranche peu après: "jamais de la vie j'aurais influencé ou incité une personne à partir."

Ce restaurateur prend l'exemple de son ex-compagne, radicalisée comme lui à l'époque et qui exprimait le désir de partir en Irak ou en Syrie: "je ne l'ai pas incitée à partir, j'ai fait le contraire." 

Réquisitions et plaidoiries en défense vendredi.


France: un défilé du 14-Juillet "massif", l'Ukraine à l'honneur

Des membres du 35e Régiment d’Infanterie (35e RI) "l’As de Trèfle" (à gauche) et du 1er Régiment de Tirailleurs (1er RTir) défilent lors du traditionnel défilé militaire de la Fête nationale du 14 Juillet sur l’avenue des Champs-Élysées, avec l’Arc de Triomphe en arrière-plan, à Paris, le 14 juillet 2025. (AFP)
Des membres du 35e Régiment d’Infanterie (35e RI) "l’As de Trèfle" (à gauche) et du 1er Régiment de Tirailleurs (1er RTir) défilent lors du traditionnel défilé militaire de la Fête nationale du 14 Juillet sur l’avenue des Champs-Élysées, avec l’Arc de Triomphe en arrière-plan, à Paris, le 14 juillet 2025. (AFP)
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  • Le défilé du 14 Juillet mettra en avant le renforcement de la défense française et européenne, avec un format plus important et moderne
  • L’Ukraine sera à l’honneur, tandis que les alliés européens et de l’OTAN afficheront leur soutien et leur unité

PARIS: Des pilotes ukrainiens et français, un défilé "plus massif": la parade militaire du 14 Juillet sur les Champs Elysées aura cette année pour thème "le réveil stratégique de l'Europe" et s'attachera à montrer que la France est "déterminée" et "n'est pas seule", a annoncé lundi le gouverneur militaire de Paris.

"Nous allons avoir un défilé plus massif, plus puissant, plus moderne", a déclaré le général Loïc Mizon lors d'une conférence de presse.

La parade mobilisera près de 8.500 participants, dont 6.500 défileront à pied. Près de 300 véhicules, dont une centaine de motos, 95 avions, 35 hélicoptères, ainsi que 193 chevaux de la Garde Républicaine participeront également.

L'Ukraine, entrée dans sa cinquième année de guerre déclenchée par la Russie en 2022, sera mise à l'honneur. La Patrouille de France ouvrira le défilé aérien, accompagnée de deux Mirage 2000 pilotés par des équipages franco-ukrainiens.

Les 35 pays de la Coalition des volontaires, prêts à fournir des garanties de sécurité à l'Ukraine une fois conclu un cessez-le-feu, ont été invités à participer par le président Emmanuel Macron, qui assistera à son 10e et dernier défilé en tant que chef d'Etat.

La présidente de la Commission européenne Ursula Von Der Leyen et le général Grynkewich, commandant suprême de l'OTAN, ont aussi été conviés.

Les soldats français des bataillons multinationaux de l'Otan déployés sur le flanc Est de l'Europe (Roumanie, Estonie) descendront la célèbre avenue parisienne.

La présence des alliés et des partenaires doit ainsi témoigner que "l'Europe n'est pas seule", a dit le général Mizon.

Le but de ce défilé est aussi de concrétiser aux yeux des Français les "efforts budgétaires consacrés depuis 10 ans aux forces armées", a fait-t-il valoir.

Le commissariat numérique de Défense défilera pour la première fois, pour "souligner la transformation numérique du ministère des Armées".

Deux blocs de réservistes défileront également: l'un composé de réservistes de la SNCF et un un autre de réservistes d'Airbus France.

La Marine nationale, qui fête cette année ses 400 ans d'existence clôturera le défilé au son du bagad de Lann-Bihoué, basé près de Lorient (Morbihan).

La parade militaire durera 2 heures et se terminera par l'hymne européen, "l'Ode à la joie".


Merz et Macron se sont entendus pour arrêter le projet d'avion de combat commun SCAF, selon Berlin

Une maquette grandeur nature du « New Generation Fighter » (NGF), qui fait partie du Future Combat Air System (FCAS) en cours de développement par Dassault Aviation, Airbus et Indra Sistemas, est présentée à l’aéroport de Paris-Le Bourget le 20 juin 2023. (AFP)
Une maquette grandeur nature du « New Generation Fighter » (NGF), qui fait partie du Future Combat Air System (FCAS) en cours de développement par Dassault Aviation, Airbus et Indra Sistemas, est présentée à l’aéroport de Paris-Le Bourget le 20 juin 2023. (AFP)
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  • Friedrich Merz et Emmanuel Macron ont constaté l’échec du projet SCAF en raison des désaccords persistants entre Airbus et Dassault Aviation sur le développement de l’avion de combat commun
  • Le programme d’avion de combat est abandonné, mais les deux pays souhaitent maintenir la coopération sur les technologies clés du FCAS, notamment le réseau numérique reliant avions, drones et autres systèmes de défense européens

BERLIN: Friedrich Merz et Emmanuel Macron se sont entendus pour "ne plus poursuivre la construction d'un avion de combat commun", le SCAF, a appris l'AFP lundi auprès du gouvernement allemand.

Depuis des mois, le projet d'avion de combat franco-germano-espagnol, le SCAF, était en panne sur fond de tensions germano-françaises et entre Airbus et Dassault. En février, le chancelier allemand Friedrich Merz avait déjà ouvertement douté de son avenir.

Cette fois, il semble enterré définitivement.

"Le président français et le chancelier allemand sont arrivés au constat partagé que les entreprises (Airbus et Dassault Aviation, ndlr) ne parviennent pas à s'entendre sur la construction d'un avion de combat commun", indique le gouvernement allemand.

"Ils reconnaissent cette réalité. Le chancelier fédéral Merz a donc suggéré au président Macron de ne plus poursuivre la construction d’un avion de combat commun", ajoute-t-il.

Lancé en 2017 par M. Macron et la chancelière Angela Merkel, rejoint par l'Espagne deux ans plus tard, le SCAF est un système qui comprend non seulement un avion mais aussi des drones reliés entre eux par un système de communication numérique innovant, "un cloud de combat".

Selon le gouvernement allemand, "le véritable noyau du FCAS doit être poursuivi en tant que système de systèmes européen".

"Il s’agit en quelque sorte du système nerveux qui relie les avions, les drones et d’autres composants pour former un ensemble intégré", ajoute-t-il.

Il précise que les ministères français et allemand de la Défense "doivent formuler un plan de travail commun et contemporain pour la coopération dans l’industrie de défense, concentré sur quelques projets réalistes et pertinents", lors du conseil des ministres franco-allemand en Allemagne en juin.


G7: les ministres de l'Agriculture réunis à Paris sur la «sécurité des approvisionnements en engrais»

La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, s'adresse au 59e congrès du syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA) au parc des expositions Ainterexpo de Bourg-en-Bresse, dans le centre de la France, le 4 juin 2026. (Photo : OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP)
La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, s'adresse au 59e congrès du syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA) au parc des expositions Ainterexpo de Bourg-en-Bresse, dans le centre de la France, le 4 juin 2026. (Photo : OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP)
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  • La France, qui importe plus de 60% de ses engrais, planche depuis des mois sur un "plan engrais", annoncé par la ministre qui n'en a toutefois pas dévoilé les contours
  • Pour Paris comme l'Europe, l'enjeu est de réduire sa dépendance en diversifiant ses approvisionnements, en réduisant sa consommation et consommant davantage d'engrais organiques (lisiers, purins d'orties...)

PARIS: La France réunit lundi les ministres de l'Agriculture du G7 pour une réunion consacrée aux engrais et à la question de la "sécurité des approvisionnements" en fertilisants dans le contexte du conflit au Moyen-Orient.

Cette réunion est destinée à dresser un bilan des difficultés actuelles des agriculteurs et à identifier "des actions communes" dans un contexte de flambée des cours des fertilisants  depuis le début de la guerre en Iran fin février et la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transitent environ 30% des engrais mondiaux.

Cette rencontre, qui se tient dans le cadre de la présidence française du groupe des sept puissances économiques, vise à définir comment "sécuriser les approvisionnements", "améliorer le partage d'informations et la transparence des marchés" et "renforcer la résilience des filières agricoles face aux chocs économiques et géopolitiques", selon un communiqué du ministère français.

La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, réunit à midi ses homologues des États-Unis, du Royaume-Uni, de l'Allemagne, de l'Italie, du Canada et du Japon, ainsi que des représentants de l'Union européenne, de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et du Système d'information sur les marchés agricoles (AMIS).

Il n'est pas prévu pour l'heure de point presse à l'issue de cette rencontre.

La France, qui importe plus de 60% de ses engrais, planche depuis des mois sur un "plan engrais", annoncé par la ministre qui n'en a toutefois pas dévoilé les contours.

Pour Paris comme l'Europe, l'enjeu est de réduire sa dépendance en diversifiant ses approvisionnements, en réduisant sa consommation et consommant davantage d'engrais organiques (lisiers, purins d'orties...).

Autre piste envisagée, à court terme, la constitution de stocks stratégiques d'engrais, ce qui pourrait toutefois renforcer la hausse des prix et poserait des questions de sécurité (les engrais sont potentiellement explosifs).

L'Europe et ses partenaires occidentaux sont moins exposés que l'Asie ou l'Afrique aux difficultés d'approvisionnement liées à la guerre en Iran. Mais l'impact sur les prix est global et le coût des fertilisants a augmenté d'environ 50% - et jusqu'à 70% pour l'urée, engrais azoté très consommé produit au Moyen-Orient.

Cela aura des conséquences pour la récolte 2027: si les agriculteurs s'étaient déjà approvisionnés pour leurs semis de 2026, la question se posera dès la fin de l'été pour les semis de céréales d'hiver comme le blé ou l'orge. Avec in fine un risque sur le rendement des récoltes mondiales.