A Matignon, Elisabeth Borne devra planifier la transition, un impératif face à l'urgence climatique

La nouvelle Première ministre française Elisabeth Borne assiste à une cérémonie de passation de pouvoir dans la cour de l'hôtel Matignon, à Paris le 16 mai 2022. CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP
La nouvelle Première ministre française Elisabeth Borne assiste à une cérémonie de passation de pouvoir dans la cour de l'hôtel Matignon, à Paris le 16 mai 2022. CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP
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Publié le Mardi 17 mai 2022

A Matignon, Elisabeth Borne devra planifier la transition, un impératif face à l'urgence climatique

  • Dès sa prise de fonctions la nouvelle Première ministre s'est inscrite dans les pas d'Emmanuel Macron, qui a promis de nommer un chef de gouvernement «directement chargé de la planification écologique»
  • Un concept qui fait beaucoup parler alors que la justice a reproché à l'Etat de ne pas en faire assez pour réduire les émissions de gaz à effet de serre responsables du changement climatique

PARIS: A Matignon, Elisabeth Borne devra mettre en oeuvre la "planification écologique" promise par le président. Entre objectifs ambitieux à court et long terme et leadership, la transition vers une économie bas-carbone nécessite une orchestration, notent les experts.
"Il faut agir plus vite et plus fort" face au "défi climatique et écologique" en suivant "la nouvelle méthode voulue par le président de la République", "au plus près des Français": dès sa prise de fonctions la nouvelle Première ministre s'est inscrite dans les pas d'Emmanuel Macron, qui a promis de nommer un chef de gouvernement "directement chargé de la planification écologique".
Un concept qui fait beaucoup parler alors que la justice a reproché à l'Etat de ne pas en faire assez pour réduire les émissions de gaz à effet de serre responsables du changement climatique.

Mais pour les experts, c'est évident depuis longtemps: la transformation radicale et rapide des économies et des modes de vie, nécessaire pour limiter le réchauffement sous +2°C, si possible +1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle, passe forcément par des objectifs ambitieux et une forme de programmation pour les atteindre.
"Le Giec (experts climat de l'ONU, ndlr) nous rappelle régulièrement qu'il faut aller vite. Il faut déployer toutes les solutions disponibles rapidement", note Marie Le Mouel, analyste à l'Institut Bruegel.
"Avec l'idée d'avoir une vision à long terme, de comprendre les enjeux, les domaines où il faut vraiment investir, le concept de planification prend tout son sens", indique-t-elle à l'AFP.
Pour Sébastien Treyer, patron de l'IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales), cette planification comporte plusieurs "points clé": des objectifs de moyen et long terme couplés à une "grande priorité politique qui crédibilise ces objectifs", des investissements pour déployer les politiques nécessaires, une "mobilisation" de tous, y compris les citoyens, et une évaluation "en cours de route" pour rectifier la trajectoire si besoin en prenant des mesures plus restrictives.
Mais "ce n'est pas nécessaire d'appeler ça +planification écologique+ à partir du moment où les quatre points sont présents", explique-t-il à l'AFP, estimant que le "meilleur exemple" en est la politique climatique de l'Union européenne.
L'UE dispose ainsi d'"objectifs extrêmement ambitieux à 2030 et 2050" et "d'investissements publics importants", avec une "logique de mobilisation/concertation" avec les Etats membres et une possibilité d'amendes si les règles ne sont pas respectées, souligne-t-il.
Sans y coller d'étiquette, d'autres pays s'en servent aussi.
"La programmation fait partie intégrante" de la politique climatique britannique, explique ainsi à l'AFP Thomas Muinzer, co-directeur du Center for Energy Law de l'université d'Aberdeen, en référence au Climate Change Act de 2008.

Incarnation

Cette loi, pionnière en la matière, fixait notamment un objectif de baisse des émissions de 80% d'ici 2050 par rapport à 1990 (renforcé depuis) avec la mise en place de budgets carbone légalement contraignants pour chaque période de cinq ans.
Et même si "on pourrait faire plus", ce processus de planification "a été un succès", estime Thomas Muinzer. Avec une baisse des émissions de 40% entre 1990 et 2019.
A l'opposé selon lui, l'Irlande: avec un plan climat en 2015 "sans objectif contraignant ni budgets carbone sur cinq ans", elle "a repoussé le problème à plus tard" et n'a pas tenu ses objectifs pour 2020.
Qu'en est-il d'une incarnation claire de cette politique climat, vue par certains experts comme une composante importante d'une planification réussie ?
Au Royaume-Uni ces dernières années, le Premier ministre Boris Johnson a été "le visage de la transition", même si la charge est officiellement celle du ministre des Entreprises et de l'Energie, note Thomas Muinzer, s'interrogeant sur la marge de manoeuvre de la Première ministre française face à un président qui a déjà "dessiné sa vision politique" sur le sujet.
Mais dans un contexte français où les ministres successifs chargés de l'environnement et du climat ont perdu nombre d'arbitrages contre Bercy ou l'Agriculture, confier cette stratégie à la cheffe du gouvernement "est la meilleure solution", estime Sébastien Treyer.
En Allemagne, Robert Habek, "le ministre de l'Economie est aussi en charge du climat", avec rang de vice-chancelier, élevant la neutralité carbone au rang de "stratégie économique de l'Allemagne", insiste-t-il.
Dans tous les cas, il ne faut pas négliger un élément capital d'une planification climatique réussie: "embarquer tout le monde" dans ces bouleversements majeurs, poursuit-il.
"La principale difficulté de cette transition, c'est le sentiment de justice", renchérit Marie Le Mouel.
"Les solutions à adopter, par exemple augmenter le prix des énergies fossiles, ont un impact sur la qualité de vie des gens", note-t-elle, mettant en garde contre une politique "uniforme" qui "ne peut pas marcher".


Covid: le spectre d'une neuvième vague avant Noël en France

Une femme reçoit une injection de vaccin Covid-19 dans une pharmacie à Paris, le 19 octobre 2022. (AFP).
Une femme reçoit une injection de vaccin Covid-19 dans une pharmacie à Paris, le 19 octobre 2022. (AFP).
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  • Pour certains experts, pas de doute: «Une neuvième vague est en train de se former en France et plus généralement en Europe, en Asie du sud-est, et en Amérique du Nord»
  • Une vague «mue en France par le sous-variant BQ.1.1 d'Omicron, responsable de l'augmentation récente des contaminations mais aussi des hospitalisations»

PARIS : L'épidémie de Covid-19, qui a connu en France une brève accalmie après une vague au début de l'automne, est en train de repartir avec une remontée des cas et des hospitalisations à la faveur de la baisse des températures et d'un nouveau variant, relançant les craintes pour les plus à risque.

Vendredi, 48 629 nouveaux cas ont été enregistrés dans l'Hexagone, contre 33 177 nouveaux cas le vendredi précédent, soit une hausse de 46%.


Mondial: Benzema «n'occupe pas l'esprit» de Deschamps

Le vainqueur du Ballon d'Or s'est blessé à la cuisse gauche à l'entraînement le 19 novembre 2022, ce qui a porté un coup fatal aux espoirs de la France de conserver le trophée au Qatar. (AFP).
Le vainqueur du Ballon d'Or s'est blessé à la cuisse gauche à l'entraînement le 19 novembre 2022, ce qui a porté un coup fatal aux espoirs de la France de conserver le trophée au Qatar. (AFP).
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  • Forfait pour la Coupe du monde après une blessure au Qatar contractée à la veille du match d'ouverture, Benzema est arrivé mardi matin vers 09h20 (06h20 à Paris) à La Réunion
  • La présence du joueur à la Réunion affaiblit l'hypothèse d'un retour à l'entraînement du Real Madrid dès jeudi, avancée lundi par quelques médias espagnols, qui spéculaient sur un retour possible de Benzema en équipe de France pendant le Mondial

DOHA : La situation de Karim Benzema, forfait pour le Mondial et arrivé mardi sur l'île de La Réunion, ne fait pas partie "des choses qui occupent mon esprit", a balayé le sélectionneur Didier Deschamps, préférant s'"occuper des 24 joueurs qui sont là" avec l'équipe de France.

La présence du joueur à la Réunion affaiblit l'hypothèse d'un retour à l'entraînement du Real Madrid dès jeudi, avancée lundi par quelques médias espagnols, qui spéculaient sur un retour possible de Benzema en équipe de France pendant le Mondial.

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Le footballeur français Karim Benzema (C) arrive à l'aéroport Roland-Garros de La Réunion, à Sainte-Marie, le 29 novembre 2022. (AFP). 

Forfait pour la Coupe du monde après une blessure au Qatar contractée à la veille du match d'ouverture, Benzema est arrivé mardi matin vers 09h20 (06h20 à Paris) à La Réunion, selon un correspondant de l'AFP.

Le Ballon d'Or 2022, en visite privée, doit séjourner une semaine dans l'océan Indien, a-t-on appris auprès d'un proche du joueur. Il est arrivé à l'aéroport international Roland-Garros à Sainte-Marie sans faire de déclaration. En tenue décontractée et casquette rouge, il s'est directement engouffré dans un SUV.

Interrogé sur le cas du Madrilène, toujours présent administrativement dans la liste officielle des Bleus à la Coupe du monde, Didier Deschamps a évacué la question. "Vous cherchez des trucs là...", a-t-il répondu en conférence de presse avant Tunisie-France, mercredi en clôture du premier tour. "Ce ne sont pas des choses qui occupent mon esprit, je ne sais pas qui dit quoi, où, comment".

"J'ai échangé avec Karim après son départ, vous savez sa situation et le délai pour qu'il se rétablisse. Je m'occupe des 24 joueurs qui sont là. Je vous laisse ça si vous voulez en parler, débattre, imaginer. Je ne vais pas commenter des trucs qui ne concernent pas notre quotidien", a-t-il ajouté.


A Roquefort, un fromage ancestral dans l'oeil de l'agro-industrie

Christian Cros se promène avec son troupeau de brebis qui produisent du lait pour la fabrication du Roquefort, à Saint-Rome-de-Cernon, dans le sud de la France, le 16 novembre 2022. (Photo de Charly TRIBALLEAU / AFP)
Christian Cros se promène avec son troupeau de brebis qui produisent du lait pour la fabrication du Roquefort, à Saint-Rome-de-Cernon, dans le sud de la France, le 16 novembre 2022. (Photo de Charly TRIBALLEAU / AFP)
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  • Au milieu de ses brebis, Christian Cros ne décolère pas face à ce qu'il décrit comme «l'érosion» d'un savoir-faire de plusieurs siècles.
  • Derrière lui, une immense inscription «Société tu m'auras pas» est peinte sur le mur de son bâtiment agricole, allusion à une chanson de Renaud et à Société des caves, filiale de Lactalis, principal industriel de la filière

ROQUEFORT-SUR-SOULZON: La production du roquefort, fromage emblématique affiné dans de mythiques caves du sud de l'Aveyron, est dominée par l'industrie agroalimentaire, mainmise que certains voient comme une menace pour une AOP bientôt centenaire mais ne comptant plus que de rares fabricants indépendants.

Au milieu de ses brebis, Christian Cros ne décolère pas face à ce qu'il décrit comme "l'érosion" d'un savoir-faire de plusieurs siècles.

"Quand j'avais une dizaine d'années, il y avait 4.000 fermes, aujourd'hui c'est 1.300!", dénonce cet éleveur de 56 ans installé à Saint-Rome-de-Cernon, près de Roquefort-sur- Soulzon, où sont affinées les tomes du premier fromage à avoir obtenu l'appellation d'origine contrôlée (AOP), en 1925.

Derrière lui, une immense inscription "Société tu m'auras pas" est peinte sur le mur de son bâtiment agricole, allusion à une chanson de Renaud et à Société des caves, filiale de Lactalis, principal industriel de la filière.

Fort d'un cheptel de 380 bêtes, Christian Cros représente la Confédération paysanne au sein de la Confédération générale de Roquefort (CGR), où siègent les producteurs de lait et les sept fabricants, trois industriels et quatre indépendants.

Il dénonce une "baisse du prix du lait" et du nombre de producteurs "depuis que Lactalis a acheté Société des caves en 1992".

Effritement de la consommation

Le secrétaire général de la CGR Sébastien Vignette parle plutôt d'"effritement de la consommation depuis plusieurs années", de 1% par an, diminution comparable à celle des fermes dédiées au roquefort.

Quant à la multinationale laitière, qui déclare produire "52% des 15.885 tonnes du volume total du roquefort", elle précise avoir "sensiblement revalorisé" le prix du lait en octobre.

Le groupe aux 22 milliards d'euros de chiffre d'affaires, dont 120 millions issus du roquefort, estime en outre générer 5.000 emplois directs et indirects dans la région.

Un poids gigantesque, particulièrement à Roquefort-sur-Soulzon où Lactalis possède 80% du bâti et du foncier, dont la majorité des caves, grandes grottes naturelles où les tomes sont alignées sur des travées de bois pour un affinage unique.

Hugues Meaudre, directeur général de la division Lactalis AOP et terroir, affirme à l'AFP que le groupe joue "le rôle de locomotive pour tirer cette AOP".

"La filière est dans une posture légèrement négative. Notre premier axe de travail c'est de stabiliser ses volumes et, une fois stabilisés, il faudra repartir dans la croissance", explique-t-il.

Mais pour Véronique Richez-Lerouge, présidente-fondatrice de l'association Fromage de terroirs, la présence de tels acteurs dans une filière aussi typique est "toxique".

"Les fromages industriels représentent 90% du plateau de fromage français. Ils ont de quoi s'exprimer. Pourquoi viennent-ils dans les AOP? C'est pour l'image", estime-t-elle.

Hugues Meaudre préfère évoquer "l'amour du produit des actionnaires de Lactalis".

"Dans les AOP, un segment haut de gamme comparable à celui de la haute couture, on devrait limiter la présence des multinationales pour permettre à une filière d'éclore de manière harmonieuse", rétorque Mme Richez-Lerouge.

Haute couture ou industrie

Pour Vincent Combes, patron de la maison Combes qui fabrique manuellement 180 tonnes par an de roquefort Vieux Berger, "l'avantage c'est que chacun a sa place, son marché, sa qualité".

"On respecte le cahier des charges, mais on se donne d'autres contraintes pour avoir un produit d'excellence", souligne ce maître-artisan fromager, plus petit fabricant de l'AOP.

Mais selon Christian Cros, avec Société des caves, que sa famille fournit depuis trois générations, l'écueil se situe au niveau du prix du lait et de la proportion transformée.

"Le roquefort est très bien payé. Mais on demande à l'industriel qu'il nous transforme au moins 50% de la production en roquefort, et c'est à peine 10%", déplore ce paysan qui vend son lait à un prix moyen de 1,17€ le litre.

"Dans le bassin de Roquefort, on collecte 117 millions de litres de lait de brebis, un tiers de ce lait est consacré au roquefort", assure de son côté Hugues Meaudre, les deux autres tiers servant à la "diversification", autrement dit des fromages de brebis industriels.

Sébastien Vignette se réjouit toutefois d'un collectif qui "vit bien" et où tous les acteurs, industriels comme petits producteurs, travaillent sur "Roquefort Demain", un "vaste projet d'aménagement touristique" censé voir le jour en 2025, pour le centenaire de l'AOP.