Les femmes arabes occupent désormais des postes ministériels et de direction, mais les stéréotypes persistent

Une Saoudienne parle au téléphone lors du Misk Global Forum, organisé sous le slogan «Relever le défi du changement», à Riyad. (AFP)
Une Saoudienne parle au téléphone lors du Misk Global Forum, organisé sous le slogan «Relever le défi du changement», à Riyad. (AFP)
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Publié le Mercredi 18 mai 2022

Les femmes arabes occupent désormais des postes ministériels et de direction, mais les stéréotypes persistent

  • Suzy Kanoo, qui a écrit un livre sur l’autonomisation des femmes arabes, explique que l’Occident ne parvient pas à comprendre fondamentalement les femmes arabes et leur religion
  • «Une mère mieux éduquée pourra, à son tour, mieux éduquer ses enfants et mettre à leur disposition d’autres possibilités; c’est donc tout un écosystème qui en tirera profit pour évoluer»

DUBAÏ: Les stéréotypes obsolètes et nuisibles sur les femmes arabes faibles et opprimées sont toujours aussi présents dans les médias occidentaux et asiatiques.

Malgré ces notions erronées à leur sujet, les femmes arabes continuent de défier les attentes et de percer dans le monde des affaires, de la politique, de la finance, de la diplomatie et des technologies.

Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour lutter contre les idées fausses sans fondement sur les femmes arabes, leur rôle et leurs compétences aux yeux du monde extérieur.

«Nous vivons dans un monde qui considère notre région comme historiquement traditionnelle où les femmes sont plus présentes dans la famille et le foyer», déclare May Nasrallah, fondatrice et présidente exécutive de DeNovo Corporate Advisers, dans un entretien accordé à Arab News.

Une Saoudienne pose, le temps d’une photo, après avoir suivi une leçon de conduite à Djeddah, le 7 mars 2018. (AFP)
Une Saoudienne pose, le temps d’une photo, après avoir suivi une leçon de conduite à Djeddah, le 7 mars 2018. (AFP)

«Mais la réalité est très différente en termes d’évolution et de manière de procéder dans notre région. Aux Émirats arabes unis (EAU), les femmes occupent des postes ministériels et de direction. Elles sont à la tête de banques et de groupes familiaux. Nous avons donc énormément changé, mais il y a un manque de connaissances à ce sujet.»

Pour changer l’image de la femme arabe à l’étranger, la fondatrice de DeNovo Corporate Advisers exhorte les médias traditionnels, comme les chaînes de télévision, à présenter davantage de dirigeantes dans le monde arabe.

«Plusieurs exemples témoignent du parcours très impressionnant des femmes arabes», précise-t-elle. «Il s’agit d’inciter les femmes à montrer au monde de quoi elles sont capables.»

Un autre domaine d'amélioration potentielle est la remise en question des attentes liées au genre qui persistent au sein de certaines communautés.

May Nasrallah et Suzy Kanoo ont participé à une conférence sur «l’image des femmes arabes» qui s’est tenue au Forum des femmes arabes dans le cadre de la conférence Top CEO à Dubaï le 17 mai. (Photo AN/Zubiya Shaikh)
May Nasrallah et Suzy Kanoo ont participé à une conférence sur «l’image des femmes arabes» qui s’est tenue au Forum des femmes arabes dans le cadre de la conférence Top CEO à Dubaï le 17 mai. (Photo AN/Zubiya Shaikh)

«Nous avons besoin que nos propres images traditionnelles fassent l’objet d’un changement en interne», ajoute-t-elle. «Il y a une évolution au fil des générations et nous y parviendrons. Il suffit de voir les dirigeants de notre région en ce moment. En plus d’être pionniers et ouverts d’esprit, ils valorisent les femmes aux postes de direction. Nous avons été témoins de cette évolution à maintes reprises.»

May Nasrallah estime que le manque de confiance en soi est un autre obstacle que les femmes arabes doivent surmonter. Elle se souvient de l’époque où elle travaillait dans une banque d’investissement. Elle se souvient de ses collègues masculins qui briguaient des promotions ou de nouveaux postes, qu’ils soient ou non à la hauteur.

«Les femmes, en revanche, se remettent davantage en question. C’est inhérent à notre genre et cela doit absolument changer», affirme-t-elle.

Un réseau de soutien à domicile est également crucial. Mme Nasrallah, qui a quatre fils, déclare que son père et son mari l’ont tous deux poussée à poursuivre sa carrière à plein temps.

«S’entourer d’hommes qui nous encouragent à aller de l’avant dans le monde professionnel est un atout énorme.»

De même, mettre à disposition des femmes les bons outils pour réussir et les inciter à ne pas avoir peur d’échouer les doterait du mental nécessaire pour y parvenir. Par ailleurs, le soutien des pairs fournirait également un écosystème important susceptible de les aider à créer leur entreprise.

Pour Suzy Kanoo, PDG de l’entreprise Khalil ben Ebrahim Kanoo et de l’International Motor Trading Agency au royaume de Bahreïn, il est essentiel de parler davantage des exploits des femmes arabes.

«Nous parlons de notre grandeur, mais les femmes sous-estiment leur force – inégalée», déclare-t-elle à Arab News.

Les entrepreneuses saoudiennes Asmaa Alabdallah (à gauche), fondatrice de BitGo, et Reem Dad (à droite), cofondatrice de Taibah VR, posent devant Halcyon House à Washington. (AFP)
Les entrepreneuses saoudiennes Asmaa Alabdallah (à gauche), fondatrice de BitGo, et Reem Dad (à droite), cofondatrice de Taibah VR, posent devant Halcyon House à Washington. (AFP)

«Dans mon entreprise familiale, j’assiste à de nombreuses conférences en Asie. J’ai remarqué que là-bas, on préfère s’adresser aux hommes directeurs, ce qui m’a particulièrement étonnée. J’ai la chance de faire partie de cette région et je suis si fière d’être une femme arabe.»

Suzy Kanoo, qui a écrit un livre sur l’autonomisation des femmes arabes intitulé Écoutez-nous parler: des lettres de femmes arabes, explique que l’Occident ne parvient pas à comprendre fondamentalement les femmes arabes et leur religion.

«Pour l’Occident, être plus modeste ou porter un hijab signifie qu’une femme est nécessairement soumise», précise-t-elle.

«Ce sont leurs préjugés, mais quand ils viennent ici, ils se rendent compte que ce n’est pas vrai du tout. C’est un choix auquel chacun a droit, mais je suis respectée au même titre qu’une femme qui en porte. C’est d’ailleurs ce qui fait la beauté de notre région.»

Selon elle, faire un effort pour comprendre, visiter et en savoir plus sur la région aiderait à éliminer ces idées fausses, car les étrangers prendraient conscience que ce qu’on leur a dit sur le rôle et le statut des femmes arabes est erroné.

Cependant, elle estime qu’un véritable problème se pose lorsque les femmes arabes cherchent à progresser dans leur carrière.

«Je constate qu’il y a un manque réel», affirme-t-elle. «Nous avons besoin de plus d’action avec plus de femmes à bord. Nous sommes tout aussi instruites. Nous avons donc besoin d’un coup de pouce supplémentaire et de plus de démarches positives à ce sujet.»

Elle souhaite que plus de femmes président les tribunaux des affaires familiales à travers le Moyen-Orient. Cette décision permettrait de rééquilibrer le faible taux de femmes juges (8 %).

Des Saoudiennes font du jogging dans les rues du quartier historique d’Al-Balad à Djeddah. (AFP)
Des Saoudiennes font du jogging dans les rues du quartier historique d’Al-Balad à Djeddah. (AFP)

Les femmes arabes doivent également revendiquer plus fermement leurs droits et mettre de côté toute honte, poursuit-elle. «Une fois que nous nous exigerons nous-mêmes nos droits, les gens commenceront à nous respecter.»

La génération Z – les personnes nées entre le milieu et la fin des années 1990 et les années 2010 – remet en question les comportements obsolètes grâce aux réseaux sociaux et à l’évolution des habitudes parentales. «Les réseaux sociaux ont ouvert la voie et les parents constituent une autre grande influence», renchérit-elle.

«Plus que tout, nos gouvernements nous aident à travers les différentes réformes dont nous sommes témoins, en Arabie saoudite et aux EAU. Rien n’empêchera la génération Z d’avancer. Nous n’en sommes pas encore là, mais nous progressons, ce qui est fantastique.»

Poursuivre l’autonomisation des femmes arabes n’est pas seulement une question de réputation ou de bonne action, c’est aussi bon pour l’économie, précise May Nasrallah.

«Une mère mieux éduquée pourra, à son tour, mieux éduquer ses enfants et mettre à leur disposition d’autres possibilités; c’est donc tout un écosystème qui en tirera profit pour évoluer.»

«Plus de division nous décourage en tant que société. Nous devons nous unir et montrer au monde ce dont nous sommes capables.»

May Nasrallah et Suzy Kanoo ont participé à une conférence sur «l’image des femmes arabes» qui s’est tenue au Forum des femmes arabes dans le cadre de la conférence Top CEO à Dubaï le 17 mai.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le président libanais affirme qu'il ne cèdera «pas un pouce» du territoire à Israël

 Le président libanais, Joseph Aoun, a affirmé jeudi que les négociations que le pays mène avec Israël ne constituaient pas une trahison, comme l'accuse le Hezbollah, et assuré qu'il ne cèderait "pas un seul pouce de territoire". (AFP)
Le président libanais, Joseph Aoun, a affirmé jeudi que les négociations que le pays mène avec Israël ne constituaient pas une trahison, comme l'accuse le Hezbollah, et assuré qu'il ne cèderait "pas un seul pouce de territoire". (AFP)
  • Ces négociations directes ne sont pas "une trahison, mais une guerre diplomatique, sans effusion de sang inutile", a insisté Joseph Aoun
  • Le chef de l'Etat a ajouté que le Liban avait décidé d'engager des pourparlers "pour garantir le retrait israélien de son territoire"

BEYROUTH: Le président libanais, Joseph Aoun, a affirmé jeudi que les négociations que le pays mène avec Israël ne constituaient pas une trahison, comme l'accuse le Hezbollah, et assuré qu'il ne cèderait "pas un seul pouce de territoire".

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, avait déclaré la veille que l'armée israélienne resterait "pour une durée indéterminée" dans ce qu'elle qualifie de "zones de sécurité" établies au Liban, en Syrie et dans la bande de Gaza.

Le Liban a signé le 26 juin sous l'égide de Washington un accord-cadre avec Israël en vue de parvenir à une "paix durable", un texte violemment contesté par le Hezbollah pro-iranien.

Ces négociations directes ne sont pas "une trahison, mais une guerre diplomatique, sans effusion de sang inutile", a insisté Joseph Aoun, alors que la nouvelle guerre entre Israël et le Hezbollah a fait depuis le 2 mars plus de 4.200 morts au Liban, selon les autorités.

Le chef de l'Etat a ajouté que le Liban avait décidé d'engager des pourparlers "pour garantir le retrait israélien de son territoire".

"Nous ne cèderons pas un seul pouce du territoire libanais", a-t-il assuré.

L'accord-cadre prévoit que l'armée libanaise rétablisse son autorité dans le sud du pays, sous réserve du désarmement du Hezbollah, à commencer par des "zones pilotes" dont se retirerait l'armée israélienne, mais il ne fixe pas de calendrier.

Le processus doit être détaillé dans une annexe de sécurité, dont le contenu n'a pas été rendu public.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui s'est rendu mardi dans la partie du sud du Liban occupée par Israël, a affirmé que son armée resterait sur place tant que persisterait la menace du Hezbollah.

 


La dépouille du guide suprême Khamenei est arrivée sur le lieu de ses funérailles à Téhéran

  • Les autorités attendent entre 15 et 20 millions de participants rien qu'à Téhéran pour cet hommage national de trois jours
  • La dépouille de l'ayatollah Khamenei, enveloppé dans un drapeau aux couleurs de l'Iran, sera exposée jour et nuit jusqu'à lundi dans l'enceinte de la Grande Mosalla, un vaste complexe auquel l'AFP a obtenu un rare accès

TEHERAN: Le cercueil de l'ancien guide suprême iranien Ali Khamenei est arrivé vendredi dans le complexe religieux de Téhéran où se dérouleront des funérailles d'une ampleur inédite, quatre mois après sa mort dans une frappe israélo-américaine.

Les autorités attendent entre 15 et 20 millions de participants rien qu'à Téhéran pour cet hommage national de trois jours, qui commence samedi et se veut une démonstration de force après la guerre qui a tué de nombreux hauts dirigeants et des milliers de civils.

La dépouille de l'ayatollah Khamenei, enveloppé dans un drapeau aux couleurs de l'Iran, sera exposée jour et nuit jusqu'à lundi dans l'enceinte de la Grande Mosalla, un vaste complexe auquel l'AFP a obtenu un rare accès.

Ses murs sont couverts de grands portraits de celui qui a été guide suprême pendant plus de trois décennies, de drapeaux noirs en signe de deuil et de drapeaux rouges, symbole du martyre et de la vengeance.

Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, l'une des plus puissantes forces militaires du Moyen-Orient, est venu lui rendre hommage, selon des images diffusées par les médias iraniens. Discret depuis le début de la guerre, probablement pour éviter d'être assassiné comme son prédécesseur, il s'agit de sa première apparition publique.

"Les gens vont venir de tout l'Iran. Il y aura énormément de monde", souffle Hossein Moghadassi, un ouvrier de 43 ans s'affairant sur le site, alors que certains devraient commencer à patienter dès vendredi soir en attendant l'ouverture des portes à 06H00 samedi (02H30 GMT).

Affiches et slogans 

Ali Khamenei, le guide suprême à la plus grande longévité depuis l'avènement en 1979 de la République islamique, est mort à 86 ans sous les bombardements contre sa résidence le 28 février de ses deux ennemis jurés, les Etats-Unis et Israël.

Ses obsèques nationales, initialement prévues en mars mais reportées en raison de la guerre, s'annoncent comme les plus grandes de l'histoire en Iran.

En 1989, à la mort de son prédécesseur Rouhollah Khomeini, environ 10 millions de personnes avaient assisté à ses funérailles, selon les chiffres officiels. Des mouvements de foule avaient alors fait plus de dix morts.

Aux côtés du cercueil d'Ali Khamenei, sont exposés ceux de ses proches tués eux aussi au premier jour de la guerre, dont celui d'une de ses filles, d'un gendre, d'une belle-fille et d'une petite-fille.

Un cortège transportant la dépouille de l'ex-guide suprême défilera lundi dans les rues de Téhéran, où nombre d'affiches et de slogans rendent hommage au "martyr", avant de gagner mardi la ville sainte de Qom.

Sous haute surveillance 

La présence du fils d'Ali Khamenei, Mojtaba, qui lui a succédé début mars à la fonction de guide suprême, n'a pas été confirmée. Blessé lors des frappes qui ont tué son père, le dirigeant ne s'exprime que par des communiqués qui lui sont attribués et n'est pas apparu en public.

Côté dignitaires, des dirigeants et responsables d'une trentaine de pays, principalement voisins, sont attendus, dont l'ancien président russe Dmitri Medvedev et le Premier ministre pakistanais Shebaz Sharif. La Chine sera représentée par un haut responsable du Parlement, He Wei.

Aucun dirigeant européen n'a été convié.

"Tous ceux qui assisteront aux funérailles se sont rangés du bon côté de l'histoire", a souligné cette semaine le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, dénonçant le soutien des Occidentaux à Israël et aux Etats-Unis dans leurs deux guerres contre la République islamique, en juin 2025 et cette année.

Ironie du calendrier, le début des obsèques coïncidera avec la fête nationale des Etats-Unis, qui célèbrent ce 4 juillet leurs 250 ans d'existence.

Ces funérailles se déroulent sous tension, dans un contexte de fragile cessez-le-feu entre Téhéran et Washington mais aussi six mois après d'importantes manifestations contre la vie chère et le pouvoir.

Téhéran est depuis vendredi comme une forteresse, avec des forces de sécurité en nombre et un immense périmètre inaccessible en voiture.

L'aéroport de Téhéran est partiellement fermé vendredi et le sera totalement lundi, décrété jour férié dans tout l'Iran. Les centres commerciaux ont baissé le rideau et les entreprises sont mises au repos forcé.

Ali Khamenei sera inhumé le 9 juillet dans la ville sainte de Machhad (nord-est de l'Iran), dont il était originaire. Chef religieux, son cercueil sera présenté mercredi en Irak voisin, où la communauté chiite est aussi majoritaire.

 


Syrie: explosion dans un café dans le centre de Damas

(X.com)
(X.com)
  • Une explosion a frappé un café du centre de Damas, près du Palais de justice, sans que l’origine soit encore confirmée
  • Les autorités syriennes enquêtent, tandis que des ambulances ont été déployées sur place

DAMAS: Une explosion s'est produite jeudi dans un café du centre de Damas, près du Palais de justice, a indiqué une source de sécurité syrienne à l'AFP après que la télévision d'Etat a rapporté une déflagration dans la capitale.

Un correspondant de l'AFP a vu des ambulances se diriger, sirènes hurlantes, vers le secteur, au milieu des embouteillages. L'agence officielle Sana a indiqué que les autorités tentaient de déterminer l'origine de l'explosion.