Peut-on empêcher l'Afghanistan en crise de redevenir un refuge pour les extrémistes?

Pays en faillite, instable et isolé sur le plan international, l’Afghanistan pourrait-il redevenir un refuge pour les extrémistes ? (Photo, AFP)
Pays en faillite, instable et isolé sur le plan international, l’Afghanistan pourrait-il redevenir un refuge pour les extrémistes ? (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 25 juin 2022

Peut-on empêcher l'Afghanistan en crise de redevenir un refuge pour les extrémistes?

  • Des inquiétudes croissantes quant à l'avenir d'un pays en faillite, instable et isolé sur le plan international
  • L'État islamique - Province de Khorasan (IS-K) exploite la désunion des talibans sur le choix du pragmatisme ou de la pureté idéologique

LONDRES: Près d'un an après le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan à la suite du retrait militaire américain, on craint de plus en plus que ce pays en faillite, instable et isolé sur le plan international ne redevienne un refuge pour les groupes extrémistes, voire un tremplin pour le terrorisme mondial.

Les États-Unis ont précipitamment battu en retraite d'Afghanistan en août 2021 après avoir conclu un accord de paix peu solide avec les talibans, dont les dirigeants se sont engagés à ne plus jamais offrir de refuge à des groupes extrémistes tels qu'Al-Qaïda, qui avait préparé les attentats du 11 septembre 2001 depuis le sol afghan.

L'espoir était que l'Afghanistan ne devienne pas un foyer de terrorisme international comme il l'avait été en 2001, et qu'un complot pour une attaque de l'ampleur du 11 septembre n'émane plus jamais du pays.

Mais, à l'instar de millions d'Afghans, peu d'observateurs d'Asie du Sud étaient convaincus de la sincérité des talibans et pensaient plutôt que le pays était une fois de plus pris en otage par un groupe fondamentaliste violent et borné.

«Je crois que l'Afghanistan est déjà devenu une ruche du terrorisme», a déclaré à Arab News Ahmad Wali Massoud, ancien ambassadeur d'Afghanistan au Royaume-Uni.

«Nous pouvons déjà voir de nombreux volets du terrorisme, d'Al-Qaïda à Daesh. Ils restent déjà à l'intérieur de l'Afghanistan, ils sont protégés par les talibans, ils sont protégés par le gouvernement des talibans à l'intérieur de l'Afghanistan», a-t-il affirmé.

Massoud est le frère cadet d'Ahmad Shah Massoud, le commandant de la guérilla tadjike qui, jusqu'au retour au pouvoir des talibans l'année dernière, était considéré comme le héros national de l'Afghanistan.

La branche afghane de Daech, IS-K, reste une menace pour l'emprise des talibans sur le pouvoir. (Photo, AFP)

«Le départ des États-Unis d'Afghanistan était très irréaliste, très irresponsable, il n'a pas été correctement coordonné et a complétement ignoré le peuple afghan», a déclaré Ahmad Wali Massoud à Arab News.

«Les États-Unis ont abandonné leurs alliés, le peuple afghan, les forces de sécurité de l'Afghanistan, qu'ils ont aidés pendant près de 20 ans. Ils les ont totalement ignorés. Ils les ont laissés seuls à la merci du terrorisme, des talibans et de l'extrémisme.»

Aujourd'hui, le neveu d'Ahmad Wali Massoud, Ahmad Massoud, dirige le Front national de résistance contre les talibans dans son Panjshir natal, au nord de Kaboul, où son père avait brillamment résisté aux Soviétiques et aux talibans des décennies auparavant.

Les récents combats dans le Panjshir ne représentent pas encore un défi pour le contrôle de l'Afghanistan par les talibans, mais il s'agit de l'opposition armée la plus importante et la plus soutenue à laquelle le groupe a été confronté depuis son retour au pouvoir.

Pour Massoud et d'autres, l'idée de croire qu’une fois au pouvoir, les talibans agiraient moins comme un mouvement d'insurgés et plus comme un gouvernement pour tous les Afghans, n'était pas tout à fait ancrée dans la réalité.

Avec la violence politique qui sévit désormais dans tout le pays, la liberté d'expression réduite et les droits des femmes et des filles qui diminuent progressivement, les Afghans, las de la guerre, sont de plus en plus pessimistes.

En réaction aux événements survenus depuis août dernier, les États-Unis et les institutions financières mondiales ont gelé les avoirs de l'Afghanistan, ont retenu l'aide et les prêts et ont essayé d’isoler le régime des talibans.

Selon un rapport de l'ONU publié récemment, l'IS-K compte entre 1 500 et 4 000 combattants, «concentrés dans des zones éloignées» des provinces de Kunar, Nangarhar et probablement Nuristan. (Photo, AFP)

En conséquence, le gouvernement afghan est perpétuellement au bord de l'effondrement économique et, dans certaines régions du pays, le spectre de la famine plane. Selon un rapport publié en mai sous l'égide des Nations unies, près de la moitié de la population, soit 20 millions de personnes, souffre d'une famine sévère.

Ce mercredi, le pays a été confronté à une nouvelle crise humanitaire lorsqu'un séisme de magnitude 5,9 a frappé l'est du pays, faisant plus de 1 000 morts et 1 500 blessés. La plupart des décès ont eu lieu dans les provinces de Paktika, Khost et Nangarhar.

En outre, les talibans sont aux prises avec une violente insurrection menée par la branche locale de Daesh, l'État islamique au Khorasan, ou l’IS-K, qui, ces derniers mois, a pris pour cible à plusieurs reprises les membres des communautés minoritaires, notamment les chiites, les sikhs et les soufis.

Selon un rapport des Nations unies publié récemment, l'IS-K compte entre 1 500 et 4 000 combattants, «concentrés dans les zones éloignées» des provinces de Kunar, Nangarhar et probablement Nuristan. Selon l'étude, des cellules plus petites et secrètes se trouvent dans les provinces du nord et du nord-est, notamment à Badakhshan, Takhar, Jowzjan, Kunduz et Faryab.

Alors que les talibans se contentent de mettre en place une politique islamique en Afghanistan, l'objectif de l'IS-K est de créer un État unique pour l'ensemble du monde musulman, selon les spécialistes de l'islam politique.

L'IS-K cherche à exploiter les dissensions dans les rangs des talibans pour savoir si le groupe doit adopter le pragmatisme ou la pureté idéologique. Les tensions sont aggravées par le méli-mélo d'organisations présentes en Afghanistan, dont Daesh, les talibans pakistanais et Al-Qaïda.

EN CHIFFRES

* 20 millions d'Afghans souffrent de la faim.

* Plus de 1 000 morts lors du séisme du 22 juin.

* L'ONU estime à plus de 1 500 le nombre de combattants de l'IS-K en Afghanistan.

Le dilemme des talibans, qui tentent de gouverner un pays qui a connu 20 ans de modernisation menée par l'Occident, a été prédit par Kamran Bokhari dans une tribune publiée dans le Wall Street Journal le 27 août 2021.

«Les talibans afghans doivent changer mais ne le peuvent pas, pas sans provoquer une rupture interne», écrit-il. «De tels changements... nécessitent un processus long et tortueux, et même dans ce cas, la transformation reste insaisissable.»

«Le risque de fracture est particulièrement élevé lorsqu'un mouvement doit changer brusquement de comportement pour des raisons géopolitiques», a-t-il averti.

D'une part, le nombre d'attentats à la bombe en Afghanistan a diminué depuis août dernier et les talibans 2.0 ne peuvent être accusés de parrainer directement le terrorisme. D'autre part, l'effondrement de l'autorité de l'État qui s'en est suivi dans certaines zones rurales et la perte du soutien aérien occidental pour les opérations anti-insurrectionnelles ont été une bénédiction pour les groupes extrémistes.

«La prise de pouvoir des talibans a été bénéfique aux groupes militants de plusieurs façons», a déclaré à Arab News, Michael Kugelman, directeur adjoint du programme Asie et associé principal pour l'Asie du Sud au Wilson Center.

«Cette prise de pouvoir a encouragé et dynamisé un réseau extrémiste islamiste pour lequel l'expulsion des troupes américaines du sol musulman et l'élimination des gouvernements alignés sur les États-Unis sont des objectifs fondamentaux. Elle a également porté au pouvoir un groupe ayant des liens idéologiques et opérationnels étroits avec un large éventail de groupes militants», a-t-il ajouté.

«Cela signifie au moins que les talibans n'essaieront pas d'expulser ces groupes du territoire afghan et, dans le cas du seul groupe qu'ils ciblent, l'IS-K, ils n'ont ni la discipline ni la capacité d'entreprendre des tactiques antiterroristes prudentes et efficaces», a avisé Kugelman.

 «Dans le même contexte, les talibans n'ont pas la capacité d'exploiter la puissance aérienne, qui était le principal moyen utilisé par les forces de l'OTAN et l'armée afghane pour gérer la menace de l’IS-K. En outre, les talibans ne sont pas en mesure d'atténuer une crise économique sévère, et les privations généralisées favorisent un environnement propice à la radicalisation, ce qui est avantageux à l'IS-K», a-t-il souligné.

Le 22 juin, l'un des séismes les plus meurtriers depuis des décennies est venu s'ajouter aux malheurs de l'Afghanistan. (Photo, AFP)

Depuis le retrait américain d'Afghanistan, la patience de la communauté internationale a diminué et l'attention s'est portée sur la guerre en Ukraine et la perspective alarmante d'une confrontation directe entre la Russie et les États de l'OTAN.

Kugelman estime que les menaces terroristes émanant de l'Afghanistan ont disparu du radar politique bien avant que la Russie n'envahisse l'Ukraine en février.

«Je dirais que le monde laissait s'envenimer la menace terroriste en Afghanistan bien avant la guerre en Ukraine, principalement parce que les États-Unis avaient du mal à se doter des capacités nécessaires pour surveiller et cibler les menaces terroristes en Afghanistan depuis l'extérieur du pays», a-t-il expliqué à Arab News.

Kugelman a signalé que «cela n'est pas un gros problème actuellement, étant donné que la menace n'est plus ce qu'elle était auparavant. Mais si cette négligence permet à la menace terroriste mondiale de reprendre progressivement de l'ampleur en Afghanistan et que les États-Unis et leurs partenaires n'ont toujours pas de plan, alors tous les paris sont ouverts et il pourrait y avoir de gros problèmes».

Certes, la situation en Afghanistan est encore très différente de celle d'avant 2001, lorsque l'ensemble des dirigeants d'Al-Qaïda étaient installés dans le pays en tant qu'invités du mollah Omar, fondateur et chef des talibans.

Al-Qaïda et son chef de l'époque, Oussama ben Laden, avaient initialement été accueillis en Afghanistan par Abdul Rasul Sayyaf, un chef des moudjahidin, après l'expulsion de ben Laden du Soudan en 1996.

Dans l'isolement politique et géographique de l'Afghanistan hérité des talibans, Al-Qaïda a pu librement préparer ses attaques contre les États-Unis.

En avril 2001, quelques mois à peine avant le 11 septembre et son assassinat aux mains d'agents d'Al-Qaïda, Ahmad Shah Massoud s'était adressé au Parlement européen à Strasbourg, avertissant que l'Occident paierait un lourd tribut s'il continuait à laisser l'extrémisme se développer en Afghanistan.

Ce discours fatidique a-t-il un rapport avec la situation actuelle ?

Des résidents afghans et des membres des familles des victimes se rassemblent à côté d'un véhicule endommagé à l'intérieur d'une maison, au lendemain d'une frappe aérienne de drone américain à Kaboul, le 30 août 2021. (Photo, AFP)

«Bien qu'il ne faille jamais se reposer sur ses lauriers, on peut affirmer que la menace terroriste mondiale émanant de l'Afghanistan n'est pas aussi grave aujourd'hui qu'elle ne l'était lorsque Massoud a lancé son avertissement en 2001», a souligné Kugelman.

Il a poursuivi: «Al-Qaïda s'est considérablement affaibli et le seul autre groupe en Afghanistan ayant des objectifs mondiaux est une section de Daesh qui ne peut actuellement projeter une menace au-delà de la région immédiate.»

Kugelman a ainsi prévenu: «Cela dit, soyons clairs: avec les forces de l'OTAN hors d'Afghanistan et un régime allié d'Al-Qaïda maintenant au pouvoir, le terrain est fertile à moyen terme pour que les groupes terroristes internationaux se reconstituent, surtout si nous voyons de nouveaux afflux de combattants étrangers en Afghanistan qui peuvent fournir des troupes de choc, des armes, de l'argent et une expertise tactique à ces groupes.»

En exil en Europe, Ahmad Wali Massoud est convaincu que les deux administrations Trump et Biden ont commis une grave erreur en décidant de négocier avec les talibans et en se retirant d'Afghanistan.

Selon lui, permettre au groupe de reprendre le pouvoir transformerait inévitablement l'Afghanistan en un foyer de terreur, une évolution dont il est convaincu, tout comme son frère l'avait prévenu, qu'elle reviendrait hanter l'Occident.

«Je crois qu'à présent, elles doivent avoir réalisé, après presque un an, qu'elles ont fait une erreur, car elles savent maintenant que les talibans sont hors de contrôle», a affirmé Massoud à Arab News.

«Je pense que si la situation reste telle quelle, Washington paiera un prix très élevé. Certainement, l'Afghanistan a déjà payé un prix très élevé. Mais je suis presque sûr que les États-Unis paieront aussi un prix très élevé», a-t-il soutenu.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'ONU demande la libération «immédiate» par Israël des militants de la «flottile pour Gaza»

L'ONU a demandé mercredi la libération "immédiate" par Israël du Brésilien Thiago Avila et de l'Espagnol Saïf Abu Keshek, militants pro-palestiniens de la flottille pour Gaza. (AFP)
L'ONU a demandé mercredi la libération "immédiate" par Israël du Brésilien Thiago Avila et de l'Espagnol Saïf Abu Keshek, militants pro-palestiniens de la flottille pour Gaza. (AFP)
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  • L'ONU a demandé mercredi la libération "immédiate" par Israël du Brésilien Thiago Avila et de l'Espagnol Saïf Abu Keshek, militants pro-palestiniens de la flottille pour Gaza
  • "Israël doit libérer immédiatement et sans condition Saïf Abu Keshek et Thiago Avila"

GENEVE: L'ONU a demandé mercredi la libération "immédiate" par Israël du Brésilien Thiago Avila et de l'Espagnol Saïf Abu Keshek, militants pro-palestiniens de la flottille pour Gaza.

"Israël doit libérer immédiatement et sans condition Saïf Abu Keshek et Thiago Avila", a déclaré un porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, Thameen Al-Kheetan, faisant état de témoignages selon lesquels les deux militants subissent "de graves mauvais traitements".


Trump suspend son opération d'escorte de navires à Ormuz, dans l'espoir d'un accord avec l'Iran

Le président des États-Unis Donald Trump. (Reuters)
Le président des États-Unis Donald Trump. (Reuters)
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  • Donald Trump suspend temporairement le “Projet Liberté” dans le détroit d’Ormuz pour favoriser un possible accord avec l’Iran, malgré des tensions persistantes
  • Les négociations avancent, mais la situation reste fragile : incidents militaires récents, menaces iraniennes et préparation américaine à reprendre les combats si nécessair

WASHINGTON: Donald Trump a annoncé la suspension de son "Projet Liberté" d'escorte de navires dans le détroit d'Ormuz, le temps de voir si "un accord peut être finalisé et signé" avec l'Iran, après ce que le président américain a qualifié de "grands progrès" dans les négociations.

"Compte tenu de l'énorme succès militaire" et des "grands progrès accomplis en vue d'un accord complet et définitif avec les dirigeants iraniens", le "Projet Liberté (...) sera suspendu pendant une courte période afin de voir si l'accord peut être finalisé et signé", a écrit mardi le républicain sur son réseau Truth Social.

Il a précisé que cette pause avait été décidée à "la demande du Pakistan et d'autres pays", tout en faisant état du maintien du blocus américain des ports iraniens, entré en vigueur le 13 avril

Le "Projet Liberté", qui doit permettre à des centaines de bateaux bloqués dans le Golfe de franchir le détroit, avait été lancé lundi.

Le chef de la diplomatie américaine a par ailleurs assuré plus tôt mardi que la phase offensive du conflit avec l'Iran était terminée.

"L'opération est finie. +Fureur épique+ (est finie) - comme le président l'a signifié au Congrès. Nous avons passé ce stade", a affirmé Marco Rubio lors d'un point presse à la Maison Blanche, utilisant le nom de code donné par les Etats-Unis à leurs opérations contre l'Iran.

Le chef d'état-major américain, le général Dan Caine, a cependant averti que l'armée était "prête à reprendre des opérations majeures de combats".

Donald Trump a aussi mis en garde Téhéran, au lendemain d'accrochages en mer et d'attaques contre les Emirats arabes unis imputés à l'Iran.

"Ils savent ce qu'ils ont à faire et (...) ce qu'ils ne doivent pas faire", a affirmé le président américain, qui s'est toutefois abstenu d'accuser l'Iran d'avoir violé la trêve en vigueur depuis le 8 avril.

Depuis le début de la guerre le 28 février, Téhéran contrôle le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures.

- Visites en Chine -

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, s'est de son côté entretenu mercredi à Pékin avec son homologue chinois Wang Yi, selon l'agence d'Etat Chine Nouvelle, qui n'a fourni aucune précision sur les discussions.

Cette visite intervient en amont de celle de Donald Trump en Chine, prévue le 14 et 15 mai, où il doit rencontrer son homologue Xi Jinping.

Lundi, l'Iran a tiré des missiles et drones contre des bâtiments militaires américains - interceptés selon le commandement américain pour la région (Centcom). Il a aussi été accusé d'avoir tiré sur les Emirats arabes unis, dans la première attaque contre un pays du Golfe depuis la trêve, ce qu'un haut responsable militaire iranien a démenti mardi soir.

Plus tôt, les Emirats avaient dit avoir à nouveau activé leurs défenses aériennes pour intercepter des missiles et drones tirés, selon eux, depuis l'Iran.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de l'Iran, ont menacé quant à eux d'une "riposte ferme" tout navire qui ne se conformerait pas aux règles de passage imposées par Téhéran dans le détroit d'Ormuz.

Les Etats-Unis ne peuvent pas "laisser l'Iran bloquer une voie de navigation internationale", a insisté pour sa part le ministre américain de la Défense Pete Hegseth.

Dans un communiqué, Marco Rubio a annoncé que les Etats-Unis proposeraient une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU pour "défendre la liberté de navigation et sécuriser le détroit d'Ormuz".

Le projet de résolution, rédigé aux côtés de Bahreïn, de l'Arabie saoudite, des Emirats, du Koweït et du Qatar, "exige que l'Iran cesse les attaques, le minage et tout péage" dans le détroit, précise le secrétaire d'Etat.

- "Prêt au dialogue" -

Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a lui accusé les Etats-Unis et leurs alliés de "mettre en péril" la sécurité du transport maritime.

Le Centcom assure, malgré les démentis iraniens, que deux navires marchands battant pavillon américain ont franchi lundi le détroit d'Ormuz sous escorte militaire.

Le géant danois du transport Maersk a aussi annoncé la sortie lundi d'un de ses bateaux, "accompagné de moyens militaires américains", coincé dans le Golfe depuis le début de la guerre.

Du côté de l'or noir, dont le cours est fortement affecté par la crise au Moyen-Orient, les deux principaux contrats pétroliers reculent mercredi, prolongeant leur repli de la veille après une hausse des cours lundi.

Vers 05H00 GMT, le baril de West Texas Intermediate (WTI) et celui de Brent de la mer du Nord, lâchaient 1,92% et 1,80% respectivement et restaient toujours au-dessus des 100 dollars.

Les tentatives de relancer les pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis sont au point mort depuis une première rencontre directe à Islamabad le 11 avril.

Le président iranien Massoud Pezeshkian a déclaré mardi que son pays était "prêt à tout dialogue".

Mais "il n'a jamais cédé et ne cédera jamais à la force", a-t-il ajouté.


L'UE en sommet avec l'Arménie, pour l'éloigner de la Russie

L'Union européenne et l'Arménie ont tenu mardi leur tout premier sommet, illustrant la volonté des Européens d'aider ce pays du Caucase à s'éloigner prudemment de la Russie, son allié historique. (AFP)
L'Union européenne et l'Arménie ont tenu mardi leur tout premier sommet, illustrant la volonté des Européens d'aider ce pays du Caucase à s'éloigner prudemment de la Russie, son allié historique. (AFP)
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  • Ce sommet est une "occasion de renforcer nos liens et de porter notre partenariat unique à un niveau supérieur", a expliqué Mme von der Leyen
  • Les dirigeants européens et arméniens ont ainsi signé plusieurs accords dans différents domaines comme les transports, l'énergie, la sécurité ou le soutien à l'économie

EREVAN: L'Union européenne et l'Arménie ont tenu mardi leur tout premier sommet, illustrant la volonté des Européens d'aider ce pays du Caucase à s'éloigner prudemment de la Russie, son allié historique.

"Nous vivons tous dans un contexte géopolitique volatil et, dans cet environnement difficile, le tout premier sommet UE–Arménie ne pouvait pas être plus opportun", a déclaré à Erevan la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, lors d'une conférence de presse aux côtés du Premier ministre arménien Nikol Pachinian.

Ce sommet est une "occasion de renforcer nos liens et de porter notre partenariat unique à un niveau supérieur", a expliqué Mme von der Leyen.

Les dirigeants européens et arméniens ont ainsi signé plusieurs accords dans différents domaines comme les transports, l'énergie, la sécurité ou le soutien à l'économie.

"Nous voulons faire de l'Arménie une destination clé pour les investisseurs", a encore affirmé la présidente de la Commission européenne.

Désormais, "l'UE appelle les entreprises à investir en Arménie. C'est aussi un fait historique, car nous n'avions encore jamais entendu un tel appel, un tel message", s'est félicité M. Pachinian.

"L'Arménie peut devenir un hub régional pour les nouvelles routes commerciales mondiales, en particulier dans le domaine crucial des matières premières critiques. Et l'Europe est prête à vous soutenir", a encore assuré Mme von der Leyen.

L'UE veut en outre aider l'Arménie à mieux résister face aux crises et à combattre la désinformation en matière électorale, alors que des élections législatives doivent se tenir dans un mois dans le pays.

L'Arménie espère également des avancées sur la question de l'assouplissement des visas pour ses ressortissants qui se rendent dans l'UE.

Candidate à l'UE ? 

Autre témoignage du soutien des Européens à l'Arménie, Emmanuel Macron, en visite d'Etat dans le pays et qui a reçu un accueil digne d'une star à son arrivée dimanche, a pris part mardi avec Nikol Pachinian à la deuxième édition du "dialogue d'Erevan", un forum consacré à de multiples sujets, de la résilience démocratique aux interconnexions régionales entre Asie et Europe.

"Je crois très profondément que la vocation de l'Arménie est une vocation européenne", a lancé le président français.

"L'Europe est le partenaire le plus naturel de l'Arménie et du Sud Caucase dans le moment que nous vivons", a-t-il insisté.

Lundi, Erevan a accueilli le 8e sommet de la Communauté politique européenne, rendez-vous qui rassemble deux fois par an des dizaines de dirigeants de toute l'Europe, à l'exception de la Russie et du Bélarus.

En toile de fond de cet étalage de soutiens, se pose la question d'une potentielle future demande d'adhésion de l'Arménie à l'UE, sur laquelle les autorités du pays avancent cependant très prudemment.

Interrogé mardi sur une éventuelle candidature, M. Pachinian a expliqué que son pays devait d'abord se mettre au niveau des exigences liées au processus d'adhésion.

L'an dernier, l'Arménie a adopté une loi déclarant officiellement son intention de se porter candidate à l'UE, dans la continuité d'un partenariat noué en 2017.

Mais Erevan n'a pas encore sauté le pas pour le moment, tandis que Moscou a prévenu qu'il serait "impossible" au pays d'adhérer à l'UE, vu ses liens très étroits avec l'économie russe.

Alliée de longue date à la Russie, notamment pour des raisons de sécurité, l'Arménie abrite une base militaire russe et reste membre d'alliances économiques et sécuritaires avec Moscou.

Les relations entre les deux pays se sont cependant refroidies, Erevan s'interrogeant sur la fiabilité de son allié traditionnel, qui n'est pas venu à son secours lors de la guerre avec l'Azerbaïdjan en 2023.

L'Arménie et l'Azerbaïdjan ont signé en août un accord à Washington sous l'égide du président américain Donald Trump en vue de mettre fin au conflit territorial qui les oppose depuis des décennies.

Les Européens ne sont pas les seuls à se rapprocher de l'Arménie. Le vice-président américain J.D Vance a lui aussi fait le voyage à Erevan en février, première visite d'un tel haut responsable américain dans ce pays du Caucase.