Les victimes non reconnues des attentats du 13 novembre 2015 en France

Les réactions des accusés sont maintes fois restées inaudibles. Leurs expressions imperceptibles. (Photo, AFP)
Les réactions des accusés sont maintes fois restées inaudibles. Leurs expressions imperceptibles. (Photo, AFP)
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Publié le Dimanche 26 juin 2022

Les victimes non reconnues des attentats du 13 novembre 2015 en France

Les réactions des accusés sont maintes fois restées inaudibles. Leurs expressions imperceptibles. (Photo, AFP)
  • Guillaume V., rescapé du Bataclan, avait 31 ans. Il s'est suicidé en 2017 dans une clinique psychiatrique où il était hospitalisé pour délire hypocondriaque et dépression sévère
  • «Le terrorisme ne l'a pas tué le 13 novembre 2015, le terrorisme l'a tué à petit feu», avait soutenu sa mère dans une lettre lue devant la cour

PARIS: Les attentats jihadistes du 13 novembre 2015, les plus meurtriers ayant jamais frappé la France, ont officiellement fait 130 morts, mais de nombreux avocats parlent de 132 victimes. 

Depuis les attaques, deux rescapés souffrant de stress post-traumatique ont mis fin à leur jour. 

Pour leur famille et leurs avocats le décès de ces deux jeunes gens est lié au traumatisme du 13-Novembre, et ils doivent être comptabilisés au côté des morts de la salle de spectacles du Bataclan (90), des terrasses de cafés et restaurants (39) et des abords du Stade de France (1). 

Au cours de son réquisitoire, l'avocat général Nicolas le Bris n'a pas hésité à stigmatiser le « cauchemar du 13-Novembre qui a fait 132 morts ». 

Guillaume V. et France-Élodie B. seront-ils officiellement considérés comme les 131e et 132e victimes des attentats du 13-Novembre ? C'est à la cour d'assises spéciale présidée par Jean-Louis Périès d'apporter une réponse définitive. 

« Les balles invisibles »  

Guillaume V., rescapé du Bataclan, avait 31 ans. Il s'est suicidé en 2017 dans une clinique psychiatrique où il était hospitalisé pour délire hypocondriaque et dépression sévère. 

« Guillaume n'a pas reçu de balles dans le corps, mais des balles invisibles, qui l'ont tué, doucement mais sûrement », avait témoigné son père Alain en octobre devant la cour. 

« Guillaume détestait la violence, mais elle l'a rattrapé le soir du 13 novembre (...). Notre fils qui aimait tant la vie a été envahi et débordé par ce stress post-traumatique, au point de mettre fin à ses jours le 19 novembre 2017 », a raconté le septuagénaire. 

Le lendemain de l'attentat, Guillaume avait confié à ses parents: « Ma vie ne sera jamais plus la même ». 

Comme nombre de rescapés, Guillaume a souffert d'un syndrome de stress post-traumatique et de ce que les experts appellent « la culpabilité du survivant ». Son état s'est aggravé à partir de juillet 2017. »Le stress post-traumatique s’est transformé en délire hypocondriaque et dépression majeure », avait dit Alain. 

Malgré l'amour des siens, les soins des médecins, son état psychique s'est inexorablement dégradé. 

Le 13 novembre 2016, Guillaume a parlé pour la première fois des attentats. « Je n'oublierai jamais le bruit des mitraillettes », a-t-il dit en pleurant. « C'était la première fois qu'il nous reparlait de ces attentats. Ça a duré 30 secondes, et il s'est refermé », a dit son père. 

En juillet 2017, les crises d'angoisse de Guillaume s'accélèrent. Il est hospitalisé en psychiatrie en août. Personne ne pourra empêcher son suicide le 19 novembre 2017, six jours après le deuxième anniversaire des attentats. 

« Guillaume s'est suicidé non pas parce qu'il était faible, mais parce qu'il avait été blessé sur le plan psychiatrique. Guillaume ne voulait pas arrêter de vivre, il voulait arrêter de souffrir », avait déclaré son frère Christophe venu également témoigner. 

« Le terrorisme ne l'a pas tué le 13 novembre 2015, le terrorisme l'a tué à petit feu », avait soutenu sa mère dans une lettre lue devant la cour. 

Séquelles aggravées par le procès 

France-Élodie B. avait survécu à la fusillade à la terrasse du Carillon, le bar en bas de chez elle. Mais elle n'avait pas surmonté sa détresse. Cette mère de deux enfants a mis fin à ses jours le 6 novembre 2021, en plein procès du 13-Novembre. Elle avait 35 ans. 

« Depuis les attentats, France-Élodie B. conservait des séquelles psychologiques considérables. Elle n'a jamais réussi à surmonter ce retentissement psychologique et l'ouverture du procès en septembre a aggravé ses séquelles », a expliqué pudiquement à la cour son avocat, Me Pierre Thevenet. 

La détresse psychologique dont souffrait la jeune femme l'avait contrainte à abandonner son travail et lui avait valu d'être indemnisée par le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme (FGTI). 

Comme Guillaume et des centaines d'autres rescapés elle était suivie sur le plan psychologique mais la douleur est devenue insupportable. 

« Je vous demande d'accepter la constitution de partie civile pour les quatre proches (ses deux enfants mineurs et ses deux parents, ndlr) de Mme France-Élodie B., 132e victime des attentats du 13-Novembre », avait dit à la cour Me Thevenet. 

Procès des attentats du 13 novembre en France: les moments marquants de près de dix mois d'audience

Des récits de victimes éprouvants, un principal accusé qui pleure et s'excuse, quelques images diffusées. Voici les moments marquants des près de dix mois d'audience du procès « historique » à Paris des attentats jihadistes du 13 novembre 2015, avant le verdict attendu mercredi. 

Le récit collectif des rescapés 

Jamais une audience criminelle n'avait autant laissé place à la parole des victimes. Une place en deux temps, au début et à la fin du procès, ce qui est sans précédent. 

Au total, environ 400 parties civiles sur les plus de 2 500 constituées - rescapés et proches des 130 victimes décédées - ont défilé à la barre pour raconter « leur 13-Novembre » et reconstituer pièce par pièce le puzzle des attaques jihadistes et de leurs vies brisées. 

De ces histoires singulières est né le récit collectif de l'insouciance perdue, la culpabilité intacte et la difficile voire impossible reconstruction. 

A l'automne, puis début mai, un même rituel s'est installé: un micro qu'on règle, des feuilles que l'on pose devant soi, la voix qui tremble, et à la fin de longues accolades avec d'autres parties civiles. 

Pas d'images « inutilement choquantes » 

Il aura fallu attendre près de sept mois d'audience pour que soient finalement diffusés le son et les images de l'attaque du Bataclan. Et une partie seulement. « Pas d'images inutilement choquantes », avait dit la cour. 

Cette précaution rarissime aux assises tranche avec le procès des attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher, où la brutalité avait surgi sans ménagement sur grand écran. 

Quelques plans larges des tueries sur les terrasses parisiennes et des explosions au Stade de France ont été projetés au début du procès, rien pour le Bataclan. Il y eut aussi des vidéos de propagande du groupe Etat islamique, mais expurgées des scènes les plus atroces. 

Cette « aseptisation » fait débat, y compris au sein des associations de victimes. 

Le 1er avril, la cour d'assises spéciale de Paris a finalement fait droit à la demande répétée de l'une d'elles, Life for Paris. 

Elle diffuse alors une trentaine de photos et des extraits d'un enregistrement sonore. Le silence est lourd quand, dans la salle, résonne la ferveur du concert des Eagles of Death Metal, brusquement interrompu par les tirs des kalachnikov, les cris de peur et les hurlements de douleur. 

Un procès sur écrans plats 

Un bloc de 45 mètres de long pour 15 mètres de large, 550 places: bâtie de toutes pièces pour ce procès dans l'historique palais de justice de Paris, sur l'île de la Cité, la salle d'audience est lumineuse, moderne et... gigantesque. 

Depuis l'ouverture du procès, le 8 septembre, les cous se tordent depuis les bancs de bois pour tenter d'apercevoir, à travers une forêt de robes noires, la cour, les avocats généraux, les accusés et le principal d'entre eux, Salah Abdeslam, placé tout au bout d'un long box vitré. 

Les réactions des accusés sont maintes fois restées inaudibles. Leurs expressions imperceptibles. 

Pour suivre les débats ne sont souvent restés que les écrans plats disséminés dans les rangées. 

« Le planning, le planning » 

« Ca va durer neuf mois », « il va falloir vous armer de patience », lançait Jean-Louis Périès à un Salah Abdeslam réclamant le micro au cinquième jour du procès et vitupérant dans son box: « c'est quand qu'on aura la parole ? »  

Pour cette audience criminelle inédite par sa durée, qui a paru s'éterniser, le président a opté pour un séquençage qui n'a pas facilité la fluidité des débats. 

Les accusés n'auront été interrogés pour la première fois sur le fond du dossier que quatre mois après l'ouverture du procès, après les parties civiles, de nombreux témoins dits « de contexte » et une série d'enquêteurs français et belges. 

Et gare à celui qui s'aventurait sur une période des faits sortie du calendrier prévu, « saucissonné » en plusieurs phases: avant août 2015, d'août à début novembre, de début novembre au 13-Novembre, après les attentats... 

Un « manque de souplesse », diront certains, une obsession « gestionnaire » du planning, fustigeront d'autres. 

La Covid, hôte tenace 

La Covid s'est invité tardivement au procès, début 2022, mais de manière tenace: à quatre reprises, l'audience a été suspendue pendant une semaine, repoussant d'un mois la fin prévue de l'audience. 

Au total, six des onze accusés comparaissant détenus, serrés dans le box, ont été atteints par le Covid. 

Les trois avocats généraux l'ont aussi contracté, l'un d'eux lors des explications très attendues de Salah Abdeslam sur sa soirée du 13-Novembre. Loin de la salle, il a envoyé ses questions par messages à ses collègues. 

« Le seul participant connecté » 

L'absence physique à la barre et l'anonymat des enquêteurs belges cités comme témoins a fait l'objet d'un bras de fer entre la cour et les avocats de la défense. 

Elle a entraîné une « grève du box » de plusieurs accusés, l'un d'eux, le Suédois Osama Krayem, s'absentant même pendant plusieurs mois. Ce refus de comparaître a institué une pause rituelle à chaque début d'audience, le temps que les sommations d'usage par huissier lui soient faites. 

Lors des auditions menées depuis le parquet fédéral belge, les connexions avec Bruxelles ont viré au mauvais gag, entre réponses fuyantes des policiers et couacs techniques récurrents. 

« Ah ben, il est parti », désespère Me Olivia Ronen, l'une des avocates de Salah Abdeslam, un jour où elle presse de questions un enquêteur. Son visage a disparu des écrans, remplacé par un message et une voix de robot: « vous êtes le seul participant connecté ». 

« Bonjour M. le président » 

On n'avait pas vu une telle affluence et effervescence au procès depuis son ouverture: l'ambiance est solennelle ce 10 novembre quand l'ancien président François Hollande s'avance à la barre. C'est la première fois qu'un ex chef de l'Etat témoigne aux assises. 

« Bonjour Monsieur le président », lui dit Jean-Louis Périès. « Bonjour Monsieur le président », répond le témoin, sourire en coin. Rires dans la salle. 

François Hollande ne prononcera pas le nom du principal accusé et ne regardera pas le box, mais ses mots sonnent comme une réponse à ceux de Salah Abdeslam, qui avait affirmé qu'il « n'y avait rien de personnel » dans les attaques. « Ce groupe nous a frappés non pas pour nos modes d'action à l'étranger mais pour nos modes de vie ici-même », martèle François Hollande. « On nous a fait la guerre, nous avons répondu ». 

Les larmes d'Abdeslam 

Est-ce la même personne ? « Combattant » autoproclamé du groupe Etat islamique au premier jour du procès, Salah Abdeslam verse des larmes lors de son dernier interrogatoire en avril et présente ses excuses »à toutes les victimes ». 

« Cette histoire du 13-Novembre s'est écrite avec le sang des victimes. C'est leur histoire, et moi j'en ai fait partie. Elles sont liées à moi et moi à elles », déclare-t-il la voix tremblante. 

« Je vous demande de me pardonner. Je sais que la haine subsiste (...) je vous demande aujourd'hui de me détester avec modération ». 

Auparavant, il a raconté pour la première fois qu'il avait pour mission de se faire exploser dans un bar du XVIIIe arrondissement de Paris mais qu'il y avait renoncé par « humanité ». A-t-il dit la vérité? Une autre thèse voudrait qu'il ait tenté d'actionner le gilet, mais qu'il était défectueux.


Fête de la fondation: l’ambassadeur saoudien à Paris souligne trois siècles de continuité

À l’occasion de la célébration du Jour de la Fondation, l’ambassadeur du Royaume d’Arabie saoudite en France, Fahd Alruwaily, a rappelé avec solennité la profondeur historique et la dynamique contemporaine d’un État dont les racines remontent à près de trois siècles. (Arlette Khouri)
À l’occasion de la célébration du Jour de la Fondation, l’ambassadeur du Royaume d’Arabie saoudite en France, Fahd Alruwaily, a rappelé avec solennité la profondeur historique et la dynamique contemporaine d’un État dont les racines remontent à près de trois siècles. (Arlette Khouri)
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  • Le Jour de la Fondation, célébré chaque 22 février, marque la naissance du premier État saoudien en 1727, une date qui renvoie à l’accession au pouvoir de l’imam Mohammed ben Saoud et à l’établissement de son autorité dans la ville historique de Diriyah
  • Le premier État saoudien s’est imposé comme une entité stable et prospère, décrite par de nombreux voyageurs et observateurs européens de l’époque

PARIS: À l’occasion de la célébration du Jour de la Fondation, l’ambassadeur du Royaume d’Arabie saoudite en France, Fahd Alruwaily, a rappelé avec solennité la profondeur historique et la dynamique contemporaine d’un État dont les racines remontent à près de trois siècles.

Accueillant ses invités à sa résidence à Paris, il a présenté cette journée comme non seulement une commémoration, mais aussi une affirmation de continuité, d’identité et de projection vers l’avenir.

Le Jour de la Fondation, célébré chaque 22 février, marque la naissance du premier État saoudien en 1727, une date qui renvoie à l’accession au pouvoir de l’imam Mohammed ben Saoud et à l’établissement de son autorité dans la ville historique de Diriyah, première capitale de l’État saoudien et aujourd’hui inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.

arabie saoudite
L’ambassadeur Fahd Alruwaily et le directeur Afrique du Nord Moyen-Orient au ministère des affaires étrangère Romaric Roignan devant une carte historique de Diriyah. (Arlette Khouri)

Pour l’ambassadeur, cette fondation représente le point de départ d’une trajectoire nationale singulière, caractérisée par la stabilité, la cohésion et la continuité institutionnelle.

Le premier État saoudien s’est imposé comme une entité stable et prospère, décrite par de nombreux voyageurs et observateurs européens de l’époque.

Continuité historique

Parmi eux figure le diplomate et orientaliste français Joseph Rousseau, dont les mémoires et les cartes du début du XIXe siècle témoignent de l’organisation politique et sociale de cette première formation étatique.

Ces documents, dont une carte exposée lors de la réception, sont évoqués dans le discours de l’ambassadeur et rappellent que l’histoire saoudienne s’inscrit aussi dans un regard international ancien.

Pour Alruwaily, la Fondation est avant tout un symbole, « celui d’un engagement durable envers l’unité nationale et le progrès partagé ». Elle incarne des valeurs qui demeurent centrales dans la construction du Royaume contemporain : la cohésion, la justice, la solidarité et la responsabilité collective.

Cette continuité historique trouve aujourd’hui une expression majeure dans le programme de transformation du pays, la Vision 2030, lancée en 2016 par le prince héritier Mohammed ben Salmane.

arabie saoudite

Structurée autour de trois piliers — une société dynamique, une économie prospère et une nation ambitieuse —, cette stratégie vise à renforcer la diversification économique, investir dans la jeunesse et promouvoir la culture ainsi que l’innovation.

L’ambassadeur a insisté sur le fait que cette vision ne constitue pas une rupture avec le passé, mais l’aboutissement naturel d’une évolution historique engagée depuis la fondation du premier État.

Les réformes engagées dans ce cadre ont touché de nombreux domaines, dont la modernisation des infrastructures, la transformation numérique, le développement culturel, l’adaptation des cadres législatifs et le renforcement des politiques environnementales.

L’accent est également mis sur le développement du capital humain, l’amélioration des systèmes éducatifs, l’autonomisation des femmes et les initiatives environnementales, telles que les programmes « Arabie saoudite verte » et « Moyen-Orient vert », qui illustrent la volonté du Royaume de jouer un rôle actif dans la transition énergétique et la protection de l’environnement.

Sur la scène internationale, le Royaume affirme son rôle dans la promotion de la stabilité. À ce niveau, l’ambassadeur a souligné que la diplomatie saoudienne s’appuie sur la promotion des valeurs de tolérance, de dialogue et de fraternité.

Les relations bilatérales avec la France occupent une place particulière dans cette dynamique. Le partenariat stratégique entre les deux pays s’est intensifié ces dernières années dans les domaines politique, économique et culturel.

La visite d’État du président Emmanuel Macron en Arabie saoudite en décembre 2024 a marqué une étape importante, avec la signature de nombreux accords de coopération, et son déplacement à AlUla, site patrimonial majeur et projet phare de la Vision 2030, a symbolisé la profondeur du partenariat culturel et touristique franco-saoudien.

Les échanges de délégations et les collaborations industrielles se multiplient, témoignant d’un contexte favorable à l’approfondissement des relations, a souligné Alruwaily.

Au-delà du discours diplomatique, la signification du Jour de la Fondation s’enracine dans une démarche mémorielle et identitaire.

Bien que la date du 22 février soit reconnue depuis longtemps dans les sources historiques du Royaume comme celle de la fondation, sa célébration officielle a été instituée par décret royal le 27 janvier 2022, faisant de cette journée un jour férié national.

La commémoration vise à rappeler le rôle des souverains successifs, descendants du roi Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud, dans l’unification et le développement du pays, et met en valeur la fierté nationale, la stabilité politique et l’unité territoriale qui caractérisent l’histoire saoudienne.

En célébrant le Jour de la Fondation, l’Arabie saoudite affirme ainsi la continuité d’une histoire commencée en 1727 et toujours en mouvement, comme l’a souligné Alruwaily : « il s’agit d’un moment de mémoire, mais aussi d’engagement », qui consiste à préserver un héritage profondément enraciné tout en construisant l’avenir avec confiance, ouverture et coopération internationale.


Municipales à Paris: dans le chic 8e arrondissement, dissidence et «trahisons» à droite

Des parisiens font du vélo sur la place de la Concorde à Paris, le 28 août 2023. (AFP)
Des parisiens font du vélo sur la place de la Concorde à Paris, le 28 août 2023. (AFP)
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  • La scène symbolise les relations exécrables qu'entretient Jeanne d'Hauteserre, qui dirige l'arrondissement depuis 2014, avec la candidate LR et MoDem à l'Hôtel de ville et sa tête de liste dans le VIIIe
  • Une rencontre fortuite aussi froide que la température extérieure: ce matin-là à Paris, la maire sortante du très chic VIIIe arrondissement, Jeanne d'Hauteserre, et sa principale rivale, Catherine Lécuyer, investie par Rachida Dati, s'ignorent

PARIS: Une rencontre fortuite aussi froide que la température extérieure: ce matin-là à Paris, la maire sortante du très chic VIIIe arrondissement, Jeanne d'Hauteserre, et sa principale rivale, Catherine Lécuyer, investie par Rachida Dati, s'ignorent.

La scène symbolise les relations exécrables qu'entretient Jeanne d'Hauteserre, qui dirige l'arrondissement depuis 2014, avec la candidate LR et MoDem à l'Hôtel de ville et sa tête de liste dans le VIIIe.

Devant le marché bio des Batignolles, tracts à la main, Jeanne d'Hauteserre, 72 ans, en élégante doudoune blanche, dit ressentir la "loyauté" de ses administrés. Une valeur qui fait défaut, à en croire cette "gaulliste sociale", à sa concurrente Catherine Lécuyer, 53 ans.

En 2014, "j'ai accepté de la prendre sur ma liste et six mois après, elle voulait être à ma place !", raconte à l'AFP la maire, qui s'estime "trahie".

"On ne peut pas dire qu'il y ait une grande cordialité entre nous", euphémise Catherine Lécuyer, qui rappelle s'être vu retirer une délégation. En 2020 déjà, elle se présente, sans étiquette, contre la maire sortante. Sans succès.

Six ans plus tard, les rôles s'inversent. Jeanne d'Hauteserre apprend "par la presse" le choix  de Rachida Dati d'investir sa rivale.

"Elle habite dans le XVIIIe arrondissement", attaque la désormais dissidente. "Cela relève de ma vie privée", rétorque Catherine Lécuyer: "Je suis de droite et je considère que les habitants du VIIIe n'avaient pas à être trahis par leur édile". Une allusion à, selon elle, la "proximité" entre la maire sortante PS de la capitale Anne Hidalgo et Jeanne d'Hauteserre.

Ancien adjoint au Logement, le communiste Ian Brossat confirme "une bonne relation de travail" avec Mme d'Hauteserre, "la seule maire d'arrondissement de droite qui ne s'opposait pas systématiquement à la construction de logements sociaux".

"Bien sapée" 

Jeanne d'Hauteserre, elle, revendique ce recours aux logements sociaux pour aider les habitants travaillant dans l'arrondissement et ses grands hôtels, "les familles monoparentales, les femmes qui ont subi des violences conjugales".

"On peut être de droite et faire du social", plaide l'aînée d'une fratrie de 13 frères et sœurs, qui voulait être "bonne sœur" quand elle était "gamine".

"C'est une femme qui sait à quel point un logement social, ça peut changer la vie de quelqu'un", glisse Athénaïs Michel, seule élue de gauche du VIIIe.

Autre défi pour la maire sortante, née en ex-Indochine devenue Vietnam: "repeupler l'arrondissement" d'environ 35.000 habitants, un chiffre presque divisé par deux depuis 1968.

"A chaque mariage, j'incite la jeune génération à faire des enfants", sourit cette fille d'un militaire français et d'une infirmière d'origine chinoise.

Mais en se présentant contre la liste LR-MoDem, un nouveau mandat n'est-il pas compromis ? "Ça ne change pas du tout ma vie et surtout pas celle de mes habitants", balaye celle qui affirme n'avoir "aucune" relation avec la ministre de la Culture.

Elle déclare à l'AFP que Rachida Dati lui a écrit pour lui demander d'"aider une de ses sœurs à obtenir un logement", ce qu'a démenti la maire du VIIe.

Sa franchise a laissé des traces. Début octobre, en pleine polémique sur les notes de frais d'Anne Hidalgo et de certains maires d'arrondissement, Jeanne d'Hauteserre assume sur un plateau télé son "image" d'édile qui veut s'acheter "des fringues pour être bien sapée". Une manière de justifier ses quelque 35.000 euros de frais de représentation dépensés pour sa garde-robe, des avantages qu'elle appelle aujourd'hui à supprimer.

La septuagénaire dit regretter cette séquence devenue virale et avoir remboursé la somme. Mais plusieurs habitants du VIIIe interrogés par l'AFP s'en souviennent.

"C'est cohérent avec l'idée que je me faisais d'elle", estime Laurent Gautreau, retraité de 62 ans, "ce côté bling-bling du VIIIe, Champs-Elysées..."

D'autres la défendent bec et ongles, comme Régis Colinet. "Ces histoires de vêtements, je m'en fiche", dit ce commerçant, qui dit la voir "très souvent" sur le terrain.

Sur le marché des Batignolles, Jeanne d'Hauteserre échange des "salutations républicaines" avec sa rivale de gauche, Théa Fourdrinier (Place publique), qui appelle au "changement" dans ce bastion de la droite parisienne.


Le budget de l'Etat pour 2026 promulgué au Journal officiel

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (C) fait un geste en s’exprimant lors d’un débat sur les motions de censure contre le projet de loi de finances 2026, adopté sans vote après que le gouvernement a déclenché l’article 49.3 de la Constitution, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (C) fait un geste en s’exprimant lors d’un débat sur les motions de censure contre le projet de loi de finances 2026, adopté sans vote après que le gouvernement a déclenché l’article 49.3 de la Constitution, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
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  • Le budget 2026 de l’État a été promulgué après validation quasi totale par le Conseil constitutionnel, mettant fin à plus de quatre mois de tensions parlementaires et à la loi spéciale reconduisant provisoirement le budget 2025
  • Adopté après trois recours au 49.3 par le gouvernement de Sébastien Lecornu, il prévoit un déficit public ramené à 5% du PIB, une hausse de 6,5 milliards d’euros pour la défense et des ajustements fiscaux pour les entreprises

PARIS: Le budget de l'Etat pour 2026, dont la quasi-totalité a été validée jeudi par le Conseil constitutionnel, a été promulgué vendredi au Journal officiel, marquant le point final de plus de quatre mois de feuilleton parlementaire et de débats houleux.

Le texte avait été adopté définitivement par le Parlement le 2 février après le rejet des motions de censure consécutives à un ultime 49.3 utilisé par le gouvernement.

Cette promulgation met fin à la loi spéciale qui reconduisait temporairement le budget 2025 et avait été votée fin décembre faute d'accord parlementaire pour assurer la continuité de l’État.

C'est le deuxième budget de l'État consécutif adopté à la suite d'un difficile compromis, dans un paysage politique très fracturé depuis la dissolution de l'Assemblée nationale décidée par le président Emmanuel Macron en 2024.

Pour y parvenir, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dû accepter d'importantes concessions en direction de la gauche et renier sa promesse de ne pas passer en force en engageant la responsabilité du gouvernement. Il aura finalement dégainé trois 49.3.

Ce budget adopté prévoit de réduire le déficit public à 5% du PIB en 2026, contre 5,4% en 2025. Il visait 4,7% dans sa copie initiale.

Côté impôts, le gouvernement a plaidé la stabilité du cadre fiscal, même si les entreprises peuvent regretter plusieurs hausses d'impôts par rapport à la version initiale.

Le budget entérine aussi des coupes sélectives dans les dépenses. Les crédits de la défense augmentent de 6,5 milliards, quand d'autres missions voient leur budget stagner voire diminuer, hors ministères régaliens.