Algérie: d'anciens combattants racontent le jour du référendum pour l'indépendance

Sur cette photo d'archive prise le 3 juillet 1962, les troupes algériennes de l'Armée de libération nationale (ALN) défilent devant le Palais des Sports d'Oran, lors d'une cérémonie célébrant l'indépendance de l'Algérie. (AFP)
Sur cette photo d'archive prise le 3 juillet 1962, les troupes algériennes de l'Armée de libération nationale (ALN) défilent devant le Palais des Sports d'Oran, lors d'une cérémonie célébrant l'indépendance de l'Algérie. (AFP)
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Publié le Samedi 02 juillet 2022

Algérie: d'anciens combattants racontent le jour du référendum pour l'indépendance

  • Ibrahim Ould Mohamed, 85 ans, ancien résistant pendant la guerre de libération algérienne, se remémore avec émotion sa participation le 1er juillet 1962
  • Il avait rejoint la lutte pour la libération du pays dans le village Kalâa Beni Abbès, à Béjaia (est), avant d'être contraint de partir vers Alger avec sa famille après des bombardements français en 1959

ALGER: Ibrahim Ould Mohamed, 85 ans, ancien résistant pendant la guerre de libération algérienne, se remémore avec émotion sa participation le 1er juillet 1962 et son "oui" au référendum pour l'indépendance de l'Algérie.

Il avait rejoint la lutte pour la libération du pays dans le village Kalâa Beni Abbès, à Béjaia (est), avant d'être contraint de partir vers Alger avec sa famille après des bombardements français en 1959.

M. Ould Mohamed a poursuivi le combat à El Harrach, dans la banlieue ouest de la capitale, en tant que +moussabil+ (militaire en tenue civile) en collectant argent et armes pour les combattants dans les montagnes.

Après près de huit ans de guerre, les armes se sont tues en mars 1962 aux termes des Accords d'Evian, ouvrant la voie à la proclamation d'indépendance de l'Algérie le 5 juillet de la même année, approuvée le 1er juillet par 99,72% des voix lors d'un référendum.

Soixante ans plus tard, l'octogénaire n'a pas oublié ce scrutin historique. Il a voté, par un "oui" évidemment, dans la circonscription d'El Harrach, où il était chargé de surveiller le déroulement du scrutin supervisé par l'exécutif provisoire issu des Accords d'Evian.

"Il était impossible que les Algériens votent non. Nous étions tout à fait à l'aise", se rappelle-t-il. "Même si l'enjeu était important, nous n'avions même pas besoin de propagande pour le référendum sur l'indépendance. Tous les Algériens étaient mobilisés pour le vote".

«Deux jours de plus»

"Nous étions persuadés que le peuple qui avait subi les affres du colonialisme ne pouvait pas choisir de rester sous son joug", ajoute-il.

Après les Accords d'Evian, un autre référendum sur l'indépendance de l'Algérie a été organisé le 8 avril 1962 sur le territoire français. Les Français ont voté "oui" à 90%.

Pour M. Ould Mohamed, l'indépendance de l'Algérie s'est dessinée dès le déclenchement de la guerre de libération le 1er novembre 1954.

"En déclarant la guerre à la France, nous avons annoncé le rejet de sa présence dans notre pays", estime-t-il. "Le référendum a permis à la France de quitter l'Algérie en sauvant les apparences car elle savait que lorsque le peuple se révolte, personne ne peut l'arrêter".

Avec l'annonce du résultat du référendum le 3 juillet 1962, l'Algérie devient indépendante. Mais c'est la date symbolique du 5 juillet qui a été retenue officiellement car elle coïncide avec la reddition du Dey d'Alger Hussein Pacha à la même date en 1830.

"Ahmed Ben Bella (premier président de l'Algérie indépendante, ndlr) a choisi cette date et nous a, du coup, ajouté deux jours de colonisation", dit M. Ould Mohamed sur un ton mi-sérieux mi-taquin.

Pour Hussein Taher, soldat de l'Armée de libération nationale à l'époque, l'indépendance a commencé sitôt les résultats du référendum annoncés et la levée du drapeau algérien sur le siège de l'exécutif provisoire dirigé par Abderrahmane Farès au Rocher noir (aujourd'hui Boumerdes), à 45 km à l'est de la capitale.

«Une Algérie meilleure»

M. Taher, 84 ans, se souvient de sa participation le 5 juillet 1962 au premier défilé militaire "avec 1.200 soldats qui ont paradé du stade municipal jusqu'à la Place du gouvernement (rebaptisé Place des Martyrs)", sur un parcours de près de 8 km.

Le même jour, le monument érigé par la France pour marquer le 100e anniversaire de la colonisation de l'Algérie en 1930 a été détruit et le drapeau national a été hissé sur la plage de Sidi Fredj, à l'ouest de la capitale, là où l'invasion française avait commencé.

"Nous, dans les montagnes, n'avons pas participé au référendum. Mais tous les Algériens ont voté en faveur de l'indépendance car ils n'avaient rien vu de bon dans la colonisation", raconte à l'AFP un autre ancien soldat, Abdellah Sid Ahmed, 82 ans.

Ibrahim Ould Mohamed, l'ancien résistant, dit avoir voté seulement deux fois dans sa vie. S'il a dit "oui" au référendum de 1962, il a voté l'année suivante contre l'élection d'Ahmed Ben Bella comme premier président de l'Algérie indépendante, seul candidat d'un régime qui était à l'époque à parti unique, le Front de libération nationale (FLN), toujours au pouvoir.

"Ce n'était pas contre sa personne mais parce que je voulais des élections pluralistes. Je rêvais d'une Algérie meilleure à la hauteur des sacrifices du peuple", explique-t-il.


Les femmes afghanes qui continuent à travailler sous les talibans

Cette combinaison de photos créée le 9 août 2022 montre des femmes posant pour des portraits dans différentes villes d'Afghanistan. (AFP).
Cette combinaison de photos créée le 9 août 2022 montre des femmes posant pour des portraits dans différentes villes d'Afghanistan. (AFP).
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  • Rares sont les femmes dans le pays à n'avoir perdu aucun parent de sexe masculin dans les guerres successives
  • Les femmes ont été exclues de la plupart des emplois publics. Ou bien elles ont vu leur salaire amputé et ont été sommées de rester à la maison

HERAT : Ecartées de la vie publique par des restrictions étouffantes concernant leurs lieux de travail, leurs déplacements et les vêtements qu'elles peuvent porter, les femmes afghanes sont celles qui ont le plus souffert depuis la prise du pouvoir par les talibans, il y a un an.

Rares sont les femmes dans le pays à n'avoir perdu aucun parent de sexe masculin dans les guerres successives. Et nombre de maris, pères, fils et frères ont perdu leur emploi ou vu leurs revenus s'effondrer en raison d'une crise économique de plus en plus profonde.

L'AFP a réalisé dans les grandes villes afghanes - Kaboul, Herat et Kandahar - une série de portraits de femmes qui tentent par tous les moyens de maintenir leurs ménages à flot en travaillant.

"En ces temps difficiles, c'est mon travail qui m'a rendu heureuse", explique à l'AFP Shafari Shapari, 40 ans, boulangère. "Mon mari est sans emploi et reste à la maison. Je suis capable de nourrir mes enfants", dit-elle.

Les femmes ont été exclues de la plupart des emplois publics. Ou bien elles ont vu leur salaire amputé et ont été sommées de rester à la maison.

Elles sont aussi souvent les premières à être licenciées des entreprises privées en difficulté, en particulier celles qui ne sont pas en mesure d'assurer la ségrégation sur le lieu de travail comme l'exigent les talibans.

Mais certains emplois leurs restent ouverts.

Rozina Sherzad, 19 ans, est l'une des rares femmes journalistes à pouvoir continuer à travailler, malgré les restrictions croissantes imposées aux femmes dans la profession.

"Mais ma famille est avec moi. Si ma famille était contre mon travail, je ne pense pas que la vie continuerait à avoir le moindre sens en Afghanistan", dit-elle.

Une femme photographiée par l'AFP s'est lancée dans l'apiculture après que son mari a perdu son emploi.

Même avant la prise de pouvoir par les talibans, l'Afghanistan était un pays profondément conservateur et patriarcal. Les progrès en matière de droits des femmes au cours des deux dernières décennies se sont limités essentiellement aux villes.

Les femmes se couvrent généralement les cheveux avec des foulards. La burqa - obligatoire sous le premier régime des talibans, de 1996 à 2001 - continuait d'être largement portée, notamment en dehors de la capitale, Kaboul.

Au début de l'année, cependant, la police religieuse a ordonné aux femmes de se couvrir complètement en public, y compris le visage.


Le Cabinet saoudien appelle la communauté internationale à mettre fin aux attaques d’Israël contre les Palestiniens

Le roi Salmane d’Arabie saoudite présidait la réunion du Cabinet au palais Al-Salam à Djeddah. (SPA)
Le roi Salmane d’Arabie saoudite présidait la réunion du Cabinet au palais Al-Salam à Djeddah. (SPA)
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  • Lors d’une réunion présidée par le roi Salmane, les ministres ont réitéré le soutien du Royaume à toute action pouvant contribuer à garantir la sécurité et la stabilité du Yémen
  • Le roi Salmane, qui présidait la réunion du Cabinet au palais Al-Salam à Djeddah, a réaffirmé le soutien continu du Royaume à la Palestine et a condamné les attaques récentes d’Israël contre le peuple palestinien

DJEDDAH: Mardi, le Conseil des ministres d’Arabie saoudite a appelé la communauté internationale à agir pour mettre fin aux attaques répétées d’Israël contre les Palestiniens et aux autres violations de leurs droits, et à faire tout son possible pour contribuer à la résolution de ce conflit de longue date.

Le roi Salmane, qui présidait la réunion du Cabinet au palais Al-Salam à Djeddah, a réaffirmé le soutien continu du Royaume à la Palestine et a condamné les attaques récentes d’Israël contre le peuple palestinien.

Les ministres ont passé en revue les derniers développements régionaux et internationaux. Selon le ministre chargé des affaires de l’Assemblée consultative et ministre des Médias par intérim, Issam ben Saad ben Saïd, le Cabinet a réitéré le soutien ferme du Royaume à toute action pouvant contribuer à garantir la sécurité et la stabilité du Yémen et de son peuple.

Les membres du Cabinet ont salué les efforts déployés par l’ONU visant à faire respecter le cessez-le-feu au Yémen, conformément à l’initiative saoudienne, annoncée en mars dernier, pour mettre fin à la crise dans le pays et parvenir à une résolution politique globale.

Les ministres ont par ailleurs confirmé le soutien du Royaume, exprimé ce mois-ci lors de la 10e Conférence des Parties chargée d’examiner le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, aux efforts internationaux visant à empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire et à soumettre ses installations nucléaires à un système complet de garanties sous les auspices de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Le Conseil a affirmé qu’il considérait la stabilité et l’équilibre des marchés pétroliers comme l’un des piliers de la stratégie énergétique du Royaume. Selon lui, le pétrole est essentiel pour soutenir la croissance de l’économie mondiale, comme en témoigne le rôle central de l’Arabie saoudite dans l’établissement et le maintien de l’accord de l’Opep+ sur les quotas de production. Les ministres ont également souligné l’importance du respect total de ces quotas par tous les pays membres de l’Opep+.

En outre, les ministres espèrent que le Forum humanitaire international de Riyad, organisé par le Centre d’aide humanitaire et de secours du roi Salmane en partenariat avec l’ONU et qui aura lieu en février, contribuera aux efforts visant à trouver des solutions innovantes et pratiques permettant de fournir une aide humanitaire répondant aux normes les plus élevées et de réaliser les objectifs de développement durable de l’ONU.

La réunion du Conseil s’est terminée par l’approbation de plusieurs décisions. Le président du conseil d’administration de l’Autorité saoudienne des données et de l’intelligence artificielle a été chargé de négocier avec la Banque internationale pour la reconstruction et le développement un projet d’accord administratif entre l’Arabie saoudite et la banque sur un fonds fiduciaire multidonateurs pour un partenariat de développement numérique.

De plus, il a été demandé au ministre de l’Énergie et au ministre du Tourisme de rédiger et de conclure un accord de coopération entre leurs ministères et leurs homologues en Thaïlande dans les domaines de l’énergie et du tourisme.

Un mémorandum d’entente pour la coopération en matière de travail entre le ministère saoudien des Ressources humaines et du Développement social et le ministère azerbaïdjanais du Travail et de la Protection sociale de la population a été approuvé, de même que deux mémorandums d’entente pour la coopération dans le secteur des transports et de la logistique entre le ministère saoudien des Transports et des Services logistiques et le ministère français de la Transition écologique. Les ministres ont également approuvé un mémorandum pour la coopération entre l’Autorité générale des statistiques du Royaume et l’Office for National Statistics britannique. 

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 

 


Un an de régime taliban en Afghanistan

Cette photo prise le 25 juillet 2022 montre des filles étudiant dans une école dans un lieu tenu secret en Afghanistan. (AFP).
Cette photo prise le 25 juillet 2022 montre des filles étudiant dans une école dans un lieu tenu secret en Afghanistan. (AFP).
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  • Les talibans, en dépit de leur promesse initiale d'un régime plus souple que lors de leur passage au pouvoir entre 1996 et 2001, imposent aux femmes des restrictions drastiques
  • Les interdictions pleuvent: musique non-religieuse, représentation de visages humains sur des publicités, diffusion à la télé de films ou séries montrant des femmes non voilées sont bannies

KABOUL : Recul des droits humains, en particulier ceux des femmes, effondrement économique et attentats: un an depuis le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan en quelques moments clés.

Talibans à Kaboul

Le 15 août 2021, les talibans investissent le palais présidentiel de Kaboul à l'issue d'une offensive fulgurante entamée en mai à la faveur du début du retrait d'Afghanistan des forces américaines et de l'Otan.

Le président afghan Ashraf Ghani, en fuite à l'étranger, admet que "les talibans ont gagné".

Washington gèle près de 9,5 milliards de dollars de la Banque centrale afghane et la Banque mondiale suspend ses aides à l'Afghanistan, dont 60% de la population dépend de l'aide internationale.

Evacuation chaotique

L'effondrement de l'armée et du gouvernement afghan précipite les opérations de retrait des militaires américains et de leurs alliés civils afghans, marquées le 26 août par un attentat revendiqué par le groupe Etat islamique à l'aéroport de Kaboul, qui fait plus de 100 morts.

Le 30 août, l'armée américaine quitte l'Afghanistan, mettant fin à deux décennies de présence dans le pays.

Gouvernement

Les 7 et 8 septembre, est nommé un gouvernement, largement trusté par des responsables historiques du mouvement dans les années 1990 et qui ne comprend aucune femme ministre.

Les Occidentaux déplorent un gouvernement ni "inclusif", ni "représentatif" de la diversité ethnique et religieuse du pays, comme le nouveau régime s'y était engagé, et font du respect des droits humains, particulièrement pour les femmes, un prérequis dans les négociations sur l'aide et la reconnaissance du régime islamiste.

Liberté des femmes restreinte

Les talibans, en dépit de leur promesse initiale d'un régime plus souple que lors de leur passage au pouvoir entre 1996 et 2001, imposent aux femmes des restrictions drastiques.

Le 23 mars 2022, ils font refermer aux filles les lycées et collèges, quelques heures à peine après leur réouverture pourtant annoncée de longue date.

Début mai, le chef suprême des talibans ordonne aux femmes de porter un voile intégral en public, de préférence la burqa.

Les femmes se voient aussi exclues de nombreux emplois publics et interdites de voyager seules en dehors de leur ville.

Autres droits humains amputés

Le 17 mai, le régime annonce la dissolution de la Commission des droits de l'Homme (AIHRC), un organisme qui surveillait notamment les violences commises contre la population. La Commission électorale et le Haut conseil national pour la réconciliation, chargé de promouvoir la paix dans le pays, ont subi le même sort.

Les interdictions pleuvent: musique non-religieuse, représentation de visages humains sur des publicités, diffusion à la télé de films ou séries montrant des femmes non voilées sont bannies. Les fondamentalistes demandent aux hommes de porter le vêtement traditionnel et de laisser pousser leur barbe.

Crise humanitaire et économique

L'Afghanistan, privé de l'aide internationale qui portait le pays à bout de bras, plonge dans une grave crise financière et humanitaire et voit son chômage exploser. Selon l'ONU, plus de la moitié de la population, soit environ 24 millions d'Afghans, sont menacés d'insécurité alimentaire.

Le 31 mars, l'ONU saisit la communauté internationale du plus grand appel de fonds jamais lancé pour un seul pays. L'initiative ne mobilise que 2,44 milliards de dollars, loin des 4,4 milliards espérés.

Des négociations sont en cours entre Washington et les talibans sur le déblocage de fonds après un tremblement de terre ayant fait plus de 1 000 morts et des milliers de sans-abri fin juin, dans l'est du pays.

Attentats de l'EI

En octobre 2021, un attentat contre la communauté chiite, persécutée de longue date dans ce pays à majorité sunnite, fait 60 morts, le plus meurtrier depuis le départ des troupes américaines.

L'attaque est revendiquée par l'Etat islamique au Khorasan (EI-K), la branche régionale de l'EI contre laquelle les talibans mènent depuis des années une lutte sans pitié.

Au printemps 2022, des dizaines de personnes sont tuées dans une série d'attaques à la bombe, dont la plupart est revendiquée par l'EI-K.

Les talibans assurent avoir vaincu l'EI-K, mais les analystes estiment que le groupe extrémiste constitue toujours le principal défi sécuritaire pour le nouveau pouvoir afghan.

Le chef d'Al-Qaïda tué par un drone américain

Dans la soirée du 1er août, le président américain Joe Biden annonce que les Etats-Unis ont tué dans une frappe de drone à Kaboul le chef d'Al-Qaïda Ayman al-Zawahiri, recherché depuis des années par les services secrets américains.

Zawahiri, successeur d'Oussama Ben Laden à la tête de la nébuleuse djihadiste, était considéré comme un des cerveaux des attentats du 11 septembre 2001, qui avaient fait près de 3 000 morts aux Etats-Unis.

Les talibans condamnent l'attaque mais ne confirment pas la mort de Zawahiri, ni même sa venue ou sa présence à Kaboul.