Soudan: Les civils appellent à plus de manifestations

Des manifestants se rassemblent lors d'un sit-in devant l'hôpital al-Jawda à Khartoum (Photo, AFP).
Des manifestants se rassemblent lors d'un sit-in devant l'hôpital al-Jawda à Khartoum (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 06 juillet 2022

Soudan: Les civils appellent à plus de manifestations

  • Le putsch du général Burhane a brutalement changé la donne en octobre
  • Le mouvement gagne désormais d'autres villes

KHARTOUM: Le principal bloc civil du Soudan a rejeté mardi la proposition du général putschiste Abdel Fattah al-Burhane de laisser la place à un gouvernement civil, dénonçant un "retrait tactique" destiné à maintenir l'influence de l'armée dans le pays.

Les Forces pour la liberté et le changement (FLC), colonne vertébrale du gouvernement civil limogé lors du putsch mené par le chef de l'armée le 25 octobre 2021, ont appelé à "maintenir la pression populaire" contre le pouvoir militaire, au sixième jour de sit-in anti-putsch dans la capitale et ses banlieues.

Lors de la "révolution" qui a renversé en 2019 un autre militaire, le dictateur Omar el-Béchir, les manifestants avaient maintenu leurs sit-in huit mois durant. Ils avaient alors obtenu de l'armée qu'elle partage le pouvoir avec les civils des FLC pour mener le pays vers ses premières élections démocratiques.

Le putsch du général Burhane a brutalement changé la donne en octobre.

Son annonce de laisser la place à un gouvernement civil - de fait un retour au statu quo d'avant son coup de force - n'a pas convaincu dans la capitale et ses banlieues où de nouvelles barricades ont été montées après son discours lundi soir.

Le mouvement gagne désormais d'autres villes. Mardi, des centaines de manifestants ont lancé un nouveau sit-in à 200 km plus au sud, à Wad Madani, ont rapporté des témoins.

"Nous ne partirons pas d'ici avant d'obtenir un gouvernement civil", déclare l'un d'eux à l'AFP, Mahmoud Mirghani.

«Pression sur les civils»

"On a lancé ce sit-in en réponse au discours de Burhane le putschiste, on veut la liberté, la paix, la justice et un gouvernement civil", renchérit une autre manifestante, Safa Abderrahim.

Les FLC, elles, ont vu dans l'annonce du général Burhane "une trahison" et un moyen pour l'armée - aux commandes du Soudan quasiment sans interruption depuis l'indépendance en 1956 - de garder la haute main sur la politique et l'économie.

Car le général Burhane a annoncé qu'aux côtés du gouvernement civil siègerait un Conseil suprême des forces armées dont il n'a pas défini les prérogatives.

"C'est une façon pour Burhane de rester au pouvoir pour toujours", affirme un manifestant à Khartoum qui a requis l'anonymat.

Pour Kholood Khair, spécialiste du Soudan pour Insight Strategy partners, "Burhane déplace désormais la pression sur les civils", alors que le pays est privé de l'aide internationale depuis le putsch et pris entre dévaluation exponentielle et inflation à plus de 200%.

Et surtout, ajoute-t-elle, son Conseil suprême lui "permettra de maintenir les privilèges économiques" des militaires et paramilitaires.

"Tout le peuple soudanais a vu l'économie s'écrouler depuis le coup d'État", lance un manifestant à Khartoum alors qu'aujourd'hui encore 80% des ressources échappent au contrôle du ministère des Finances.

On ignore quelle est la part des militaires dans l'économie, mais ils tiennent de nombreuses entreprises allant de l'élevage de volailles au BTP.

L'armée aura les mains d'autant plus libres que le pouvoir militaire a "rétabli dans leurs fonctions des islamistes" du régime Béchir, écartés sous le gouvernement civil limogé par le putsch, assure Mme Khair.

«Pas confiance»

La rue, elle, veut la justice pour les 114 morts et les milliers de blessés de la répression du mouvement pro-démocratie, selon des médecins. Or, décrypte Mme Khair, le général Burhane "n'évoque pas la question de la responsabilité juridique ou financière" pour les victimes de la répression.

"Burhane doit remettre à la justice tous ceux qui ont tué (des manifestants) et il est le premier d'entre eux", affirme un manifestant à Khartoum qui veut conserver l'anonymat.

Des centaines de manifestants sont restés dans la rue malgré des tentatives de dispersion des forces de l'ordre, ont rapporté des médecins prodémocratie.

"On ne fait pas confiance à (Burhane), on veut seulement qu'il parte une fois pour toutes", affirme de son côté à l'AFP Mohannad Othmane, juché sur l'une des barricades à Khartoum.

Les capitales étrangères poussent depuis des mois civils et militaires à négocier un retour vers la transition démocratique, lancée en 2019 et interrompue par le putsch.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a dit espérer que l'annonce du général Burhane "crée une opportunité pour obtenir un accord", tout en appelant à "une enquête indépendante sur les violences", dans un communiqué publié mardi.

Les Etats-Unis ont jugé qu'il était "trop tôt" pour en évaluer l'impact, le porte-parole du département d'Etat, Ned Price, exhortant toutes les parties à chercher un accord vers "un gouvernement dirigé par des civils" avec des "élections libres et régulières".


Liban: les négociations visent à mettre fin aux hostilités et à l'occupation israélienne dans le sud affirme Aoun

Le président libanais Joseph Aoun a déclaré lundi que les négociations directes avec Israël visaient à mettre fin aux hostilités et à l'occupation israélienne dans le sud du Liban. (AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a déclaré lundi que les négociations directes avec Israël visaient à mettre fin aux hostilités et à l'occupation israélienne dans le sud du Liban. (AFP)
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  • "Le choix des négociations a pour objectif de mettre fin aux hostilités et à l'occupation israélienne dans des régions du sud du Liban, et de déployer l'armée jusqu'aux frontières internationales"
  • Selon un communiqué de la présidence, il a également précisé que l'ancien ambassadeur du Liban à Washington, Simon Karam, présidera la délégation libanaise

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a déclaré lundi que les négociations directes avec Israël visaient à mettre fin aux hostilités et à l'occupation israélienne dans le sud du Liban.

"Le choix des négociations a pour objectif de mettre fin aux hostilités et à l'occupation israélienne dans des régions du sud du Liban, et de déployer l'armée jusqu'aux frontières internationales", a-t-il indiqué.

Selon un communiqué de la présidence, il a également précisé que l'ancien ambassadeur du Liban à Washington, Simon Karam, présidera la délégation libanaise "dans les négociations bilatérales", qui seront "séparées" d'autres discussions en cours, en référence aux pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis.

 

 


L'armée israélienne confirme que le soldat photographié frappant une statue de Jésus est israélien

Israël a pris le contrôle de plusieurs secteurs dans le sud du Liban, fief du Hezbollah, après que le mouvement pro-iranien a attaqué Israël le 2 mars en représailles à l'offensive israélo-américaine contre l'Iran. Un cessez-le-feu est entré en vigueur vendredi au Liban. (AFP)
Israël a pris le contrôle de plusieurs secteurs dans le sud du Liban, fief du Hezbollah, après que le mouvement pro-iranien a attaqué Israël le 2 mars en représailles à l'offensive israélo-américaine contre l'Iran. Un cessez-le-feu est entré en vigueur vendredi au Liban. (AFP)
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  • "Des mesures appropriées seront prises à l'encontre des personnes impliquées, conformément aux conclusions de l'enquête", a ajouté l'armée, assurant traiter l'affaire avec "la plus grande sévérité"
  • Le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a condamné un acte "honteux et dégradant"

JERUSALEM: Le soldat pris en photo soulevant une masse pour frapper une statue de Jésus dans le sud du Liban fait partie de l'armée israélienne, a confirmé celle-ci dans la nuit après l'ouverture d'une enquête dimanche.

"À l'issue d'un premier examen (...) il a été établi que cette photographie montre un soldat des forces israéliennes en mission dans le sud du Liban", a écrit l'armée lundi peu après minuit sur son compte X, alors que le cliché circule largement sur les réseaux sociaux.

Israël a pris le contrôle de plusieurs secteurs dans le sud du Liban, fief du Hezbollah, après que le mouvement pro-iranien a attaqué Israël le 2 mars en représailles à l'offensive israélo-américaine contre l'Iran. Un cessez-le-feu est entré en vigueur vendredi au Liban.

"Des mesures appropriées seront prises à l'encontre des personnes impliquées, conformément aux conclusions de l'enquête", a ajouté l'armée, assurant traiter l'affaire avec "la plus grande sévérité".

Le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a condamné un acte "honteux et dégradant".

"Je suis convaincu que des mesures sévères nécessaires seront prises contre les auteurs de cet acte ignoble", a-t-il écrit sur X.

"Nous présentons nos excuses pour cet incident et à tous les chrétiens dont les sentiments ont été blessés".

Plus tôt dimanche, le porte-parole militaire israélien Nadav Shoshani avait annoncé que l'armée examinait l'authenticité du cliché.

L'image montre un soldat israélien utilisant une masse pour frapper la tête d'une statue de Jésus crucifié tombée de sa croix.

Des médias arabes ont affirmé que la statue se trouvait dans le village chrétien de Debl, dans le sud du Liban, près de la frontière avec Israël.

La municipalité de Debl a indiqué à l'AFP que la statue se trouvait bien dans le village, mais n'a pas pu confirmer qu'elle avait été endommagée.

L'armée israélienne a encore assuré "aider la communauté à remettre la statue en place" et indiqué n'avoir "aucune intention de porter atteinte aux infrastructures civiles, y compris aux édifices religieux ou aux symboles religieux".

Les troupes israéliennes sont restées dans la zone et ont démoli dimanche de nouvelles maisons, selon l'agence de presse officielle libanaise, ANI.


En pleine trêve, Israël poursuit les démolitions dans le sud du Liban

 L'armée israélienne, qui a reçu pour ordre d'user de "toute sa force" en cas de menace malgré la trêve avec le Hezbollah pro-iranien, a démoli dimanche de nouvelles maisons dans le sud du Liban, selon un média d'Etat. (AFP)
L'armée israélienne, qui a reçu pour ordre d'user de "toute sa force" en cas de menace malgré la trêve avec le Hezbollah pro-iranien, a démoli dimanche de nouvelles maisons dans le sud du Liban, selon un média d'Etat. (AFP)
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  • L'objectif est "de détruire les maisons dans les villages proches de la frontière qui servaient, à tous égards, de postes avancés terroristes du Hezbollah et menaçaient les communautés israéliennes"
  • L'armée israélienne a par ailleurs déclaré avoir tué un "terroriste armé" qui "avait violé les modalités du cessez-le-feu" en s'approchant de soldats et qui avait représenté "une menace immédiate"

BEYROUTH: L'armée israélienne, qui a reçu pour ordre d'user de "toute sa force" en cas de menace malgré la trêve avec le Hezbollah pro-iranien, a démoli dimanche de nouvelles maisons dans le sud du Liban, selon un média d'Etat.

"Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et moi avons donné pour instruction aux forces de défense israéliennes d'agir avec toute leur force, tant au sol que dans les airs, y compris pendant le cessez-le-feu, afin de protéger nos soldats au Liban contre toute menace", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz.

Il a ajouté que l'armée avait également reçu l'ordre de démolir toute structure ou route qui était "piégée" et menaçait les soldats.

L'objectif est "de détruire les maisons dans les villages proches de la frontière qui servaient, à tous égards, de postes avancés terroristes du Hezbollah et menaçaient les communautés israéliennes", a-t-il dit.

L'armée israélienne a par ailleurs déclaré avoir tué un "terroriste armé" qui "avait violé les modalités du cessez-le-feu" en s'approchant de soldats et qui avait représenté "une menace immédiate".

"Fait accompli" 

Israël "continue de détruire ce qu'il reste des maisons dans la ville de Bint Jbeil", a indiqué l'Agence de presse officielle libanaise (ANI).

Située à près de cinq kilomètres de la frontière, elle a été le théâtre de violents combats entre l'armée israélienne et le Hezbollah avant le cessez-le-feu, entré en vigueur vendredi.

Des opérations israéliennes similaires de ratissage et de destruction de maisons à l'explosif ont eu lieu dans plusieurs autres localités frontalières, selon l'agence, qui a aussi fait état "de tirs d'artillerie" israéliens dans un cas.

Elles sont toutes situées derrière la "ligne jaune" de démarcation que l'armée israélienne dit avoir établie, comme dans la bande de Gaza.

Elle a publié dimanche une carte montrant sa "ligne de défense avancée" et une zone en rouge le long de la frontière, où ses forces opèrent pour démanteler les sites du Hezbollah et "prévenir les menaces directes" contre les populations du nord d'Israël.

La Turquie a accusé Israël de chercher à créer un "fait accompli" au Liban et dénoncé, par la voix de son chef de la diplomatie Hakan Fidan, "l'expansionnisme" israélien.

Le Liban a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient le 2 mars, lorsque le Hezbollah a attaqué Israël en représailles à l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.

Israël a répondu par des frappes massives, qui ont fait plus de 2.300 morts et un million de déplacés, et par une invasion dans le sud du pays.

Routes et ponts réparés 

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam doit être reçu mardi à Paris, une visite qui intervient après la mort samedi d'un Casque bleu français dans une embuscade attribuée au Hezbollah, qui a démenti être responsable.

Dénonçant une "attaque inacceptable", le président français Emmanuel Macron "appellera les autorités libanaises à faire toute la lumière sur celle-ci, à identifier et poursuivre sans délai les responsables", selon l'Elysée.

Une cérémonie a été organisée à l'aéroport de Beyrouth avant le rapatriement de la dépouille du sergent-chef Florian Montorio.

Il a été "décoré à titre posthume de médailles de l'ONU et de l'armée libanaise en signe de reconnaissance de son dévouement en faveur de la paix dans le sud du Liban", a indiqué un communiqué de la Finul (Force intérimaire des Nations unies au Liban).

Si la situation reste très instable dans le pays, l'armée libanaise profite de l'arrêt des hostilités pour réparer des infrastructures endommagées. Elle a annoncé avoir rouvert une route et réparé des ponts auparavant rendus impraticables par des frappes israéliennes sur le sud.

Des frappes de l'armée israélienne sur des ponts franchissant le fleuve Litani, à environ 30 km au nord de la frontière, avaient quasiment isolé le sud du Liban du reste du pays.

Si des déplacés se sont empressés de rentrer chez eux, nombreux sont ceux qui hésitent à revenir au vu de la fragilité du cessez-le-feu ayant suspendu les hostilités en cours depuis le 2 mars.

Dans le village de Debbine, un homme inspectait les dégâts causés à sa maison et des personnes déambulaient près des décombres de bâtiments détruits, a constaté un correspondant de l'AFP.

Plus au sud, des habitants de Srifa ont déchargé leurs affaires, matelas et machine à laver, mais ailleurs d'autres sont venus récupérer leurs effets personnels avant de repartir.