Borne: le système éducatif français, «l'un de ceux qui reproduit le plus les inégalités»

La Première ministre Élisabeth Borne (Photo, AFP).
La Première ministre Élisabeth Borne (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 09 juillet 2022

Borne: le système éducatif français, «l'un de ceux qui reproduit le plus les inégalités»

  • En 2017, Emmanuel Macron avait insisté sur la lutte contre la reproduction des «inégalités sociales» à l'école, en ciblant «les premiers âges» avec le dédoublement des classes de CP et de CE1 en éducation prioritaire
  • Durant sa campagne 2022, il a annoncé vouloir étendre ces classes dédoublées

AIX-EN-PROVENCE: Le système éducatif français "sait produire l'excellence" mais "est sans doute l'un de ceux qui reproduit le plus les inégalités", a estimé la Première ministre Élisabeth Borne samedi lors d'une intervention aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

Dans un discours d'une quinzaine de minutes consacré aux "transformations" mondiales, Mme Borne a présenté l'éducation comme "notre premier bien commun", avec des "défis considérables" pour la France.

"Je pense qu'on a en France un système qui sait produire l'excellence et on a vu encore la semaine dernière la médaille Fields, qui a été obtenue par Hugo Duminil-Copin", mais "un des principaux défis que connaît notre système éducatif, c'est qu'il est sans doute l'un de ceux qui reproduit le plus les inégalités", a-t-elle jugé.

Selon la Première ministre, "on a aussi un paradoxe d'avoir encore un taux de chômage qui n'est pas celui du plein emploi et néanmoins des entreprises qui éprouvent de très grandes difficultés à recruter. Donc ça veut dire que notre système éducatif, notre système de formation, manifestement ne forment pas les compétences dont notre économie a besoin".

Elle s'est dite "convaincue qu'on a une transformation profonde à faire de notre système éducatif pour permettre à chacun de révéler ses talents".

"C'est évidemment les enseignants qui sont au cœur de ce défi considérable", "il y a une énorme démarche de revalorisation du métier d'enseignant qui est indispensable, et il faut sans doute aussi repenser ce métier d'enseignant et le faire bien sûr avec ceux qui sont les premiers concernés, c'est-à-dire les enseignants eux-mêmes", a souligné Élisabeth Borne.

Dans sa déclaration de politique générale mercredi, la Première ministre avait dit vouloir "continuer la refondation de l'école", pour qu'elle "conforte les savoirs fondamentaux" et "s'empare des nouveaux savoirs comme le codage informatique".

Elle avait évoqué la revalorisation des enseignants et un "nouveau pacte" à bâtir avec eux lors de la "concertation" prévue à partir de septembre.

Dans la lignée du plan "Marseille en grand" et des annonces du chef de l’État pour davantage d'autonomie, Élisabeth Borne veut donner "des marges de manœuvre" aux établissements pour s'adapter aux "situations locales et aux besoins des élèves".

En 2017, Emmanuel Macron avait insisté sur la lutte contre la reproduction des "inégalités sociales" à l'école, en ciblant "les premiers âges" avec le dédoublement des classes de CP et de CE1 en éducation prioritaire.

Durant sa campagne 2022, il a annoncé vouloir étendre ces classes dédoublées.


JO-2024: Paris-Versailles-Paris, un marathon olympique riche en symboles

Le PDG de World Athletics, Jon Ridgeon, à gauche, et le directeur des Jeux de Paris 2024, Tony Estanguet, assistent mercredi à une conférence de presse à l'hôtel de ville de Paris. (PA)
Le PDG de World Athletics, Jon Ridgeon, à gauche, et le directeur des Jeux de Paris 2024, Tony Estanguet, assistent mercredi à une conférence de presse à l'hôtel de ville de Paris. (PA)
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  • Après un départ depuis l'Hôtel de Ville de Paris et plusieurs kilomètres le long des quais de Seine, le parcours traversera le département des Hauts-de-Seine jusqu'au château de Versailles
  • Les organisateurs expliquent s'être inspirés de la «marche des femmes» d'octobre 1789, événement de la Révolution française

PARIS: Ouvert aux amateurs et inspiré de la marche des femmes de 1789, le marathon des Jeux olympiques de Paris en 2024 charrie de nombreux symboles, selon les organisateurs qui ont révélé mercredi un parcours exigeant qui passera devant le château de Versailles.

"Le marathon occupe une place à part, qui nous relie aux Jeux antiques, on a voulu en faire un temps fort des Jeux olympiques", a indiqué l'ex-pongiste Jean-Philippe Gatien, directeur des sports du Comité d'organisation des JO de Paris 2024 (Cojo).

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Le tracé, qui fait la part belle à l'ouest francilien, est complètement différent du marathon de Paris disputé chaque année.

Après un départ depuis l'Hôtel de Ville de Paris et plusieurs kilomètres le long des quais de Seine, le parcours traversera le département des Hauts-de-Seine (Boulogne-Billancourt, Sèvres, Ville-d'Avray) jusqu'au château de Versailles (Yvelines). Les coureurs repasseront ensuite par les Hauts-de-Seine (Viroflay, Chaville, Meudon, Issy-les-Moulineaux) pour retrouver la Seine et Paris jusqu'à l'arrivée esplanade des Invalides.

Les organisateurs expliquent s'être inspirés de la "marche des femmes" d'octobre 1789, événement de la Révolution française, lorsque plusieurs milliers de parisiennes avaient marché sur Versailles et le roi Louis XVI depuis l'Hôtel de Ville, dans un contexte de famine. Sous pression, le monarque avait fini par ratifier la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen.

«Casser les jambes»

"Nous avons voulu connecter ce marqueur des Jeux à un défi majeur de l'époque, l'égalité entre les femmes et les hommes", a indiqué lors d'une conférence de presse à Paris le président du comité d'organisation Tony Estanguet.

"La place des femmes sera un élément central des Jeux et du marathon", a salué la maire de Paris Anne Hidalgo.

Le marathon olympique féminin sera ainsi mis à l'honneur à la toute fin du programme de l'athlétisme, à quelques heures de la cérémonie de clôture des Jeux, à la place habituelle de la course hommes. Un autre symbole alors que les femmes n'ont eu accès au marathon des JO qu'à partir de 1984 à Los Angeles, après un combat de quelques pionnières pour l'accès aux courses de longue distance.

Du point de vue sportif, le parcours, exigeant, va "casser les codes mais surtout casser les jambes", a lancé avec humour le spécialiste de l'équipe de France Yohan Durand.

Avec un dénivelé positif de 438 m, plus important que la plupart des grands marathons actuels, il devrait être impossible pour le Kényan Eliud Kipchoge, qui visera à Paris un 3e titre olympique consécutif, d'améliorer le record du monde qu'il a porté à 2h 01 min 09 sec il y a dix jours à Berlin.

Plusieurs côtes mèneront la vie dure aux coureurs, en plus de descentes avec quelques passages raides et techniques. Le tracé emprunte par exemple dans le sens descendant la Côte des Gardes à Meudon, redoutée des habitués de la course populaire Paris-Versailles.

Cet itinéraire inédit intéressera les champions mais aussi les amateurs, qui auront droit pendant les Jeux au "marathon pour tous". Comme annoncé depuis plusieurs mois, une course de 42,195 km et une autre de 10 km seront proposées par le Cojo: environ 3 000 dossards ont déjà été attribués sur plus de 40 000 (20 024 participants par course).

"On s'était engagé à ce que ce soit le même jour (que le marathon olympique), donc le 10 ou le 11 août 2024", a rappelé M. Estanguet à propos de l'épreuve "pour tous", qui n'établira pas de classement.

Déjà cerné par les problématiques de sécurité, le comité d'organisation n'envisage pas d'autre épreuve populaire de masse pendant les JO malgré "beaucoup de demandes", mais réfléchit à une épreuve cycliste pendant les Jeux Paralympiques.


Environ 300 mineurs ayant séjourné en zone irako-syrienne sont rentrés en France

Ces enfants sont pour la plupart rentrés avec leurs parents, soit parce que ceux-ci étaient expulsés vers la France notamment depuis la Turquie, soit parce qu'ils rentraient spontanément en France, a précisé le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti (Photo, AFP).
Ces enfants sont pour la plupart rentrés avec leurs parents, soit parce que ceux-ci étaient expulsés vers la France notamment depuis la Turquie, soit parce qu'ils rentraient spontanément en France, a précisé le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti (Photo, AFP).
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  • Dupond-Moretti a expliqué que tous les mineurs faisaient l'objet d'une prise en charge judiciaire
  • Le ministre a précisé que 11 de ces mineurs, devenus depuis majeurs, faisaient l'objet d'une inculpation pour association de malfaiteurs terroriste

PARIS: Environ 300 mineurs français ayant séjourné dans des zones d'opération de groupes terroristes sont rentrés en France, dont 77 par rapatriement, a indiqué mercredi le ministre de la Justice français lors d'une audition devant le Sénat.

"La France accueille 225 mineurs ayant séjourné dans des zones d'opération de groupes terroristes", a déclaré Éric Dupond-Moretti lors de cette audition sur les "revenantes du djihad".

Il a précisé que 217 d'entre eux avaient séjourné en zone irako-syrienne et les huit autres dans d'autres zones de conflit telles que l'Afghanistan, la Libye et le Yémen.

Ces enfants sont pour la plupart rentrés avec leurs parents, soit parce que ceux-ci étaient expulsés vers la France notamment depuis la Turquie, soit parce qu'ils rentraient spontanément en France, a-t-il expliqué.

"Par ailleurs, 77 mineurs ont été rapatriés par les autorités françaises, dont 71 depuis les camps du Rojava (dans le nord-est de la Syrie, NDLR) en sept opérations, entre le 15 mars 2019 et le 4 octobre 2022, et six autres depuis l'Irak", a-t-il ajouté.

Lundi, une femme et ses deux enfants retenus dans le camp de Roj ont été rapatriés en France, trois mois après que 35 mineurs et 16 femmes l'avaient déjà été.

M. Dupond-Moretti a expliqué que tous les mineurs faisaient l'objet d'une prise en charge judiciaire.

"Il s'agit souvent d’enfants très jeunes:  les deux tiers ont moins de 10 ans", a-t-il indiqué, précisant que 22 de ces enfants étaient orphelins et que 77 d'entre eux étaient nés sur zone et ne connaissaient "rien de la France".

Le ministre a précisé que 11 de ces mineurs, devenus depuis majeurs, faisaient l'objet d'une inculpation pour association de malfaiteurs terroriste.


Affaire des fuites au 36: La défense demande au tribunal de «rendre leur honneur» aux prévenus

La 11e chambre correctionnelle du tribunal de Paris examinait depuis le 12 septembre une affaire touffue, à trois volets, qui amène sur le banc des prévenus des profils hétéroclites: anciens grands flics, ex-ministre, notaire, avocat, entrepreneur ou encore restaurateurs (Photo, AFP).
La 11e chambre correctionnelle du tribunal de Paris examinait depuis le 12 septembre une affaire touffue, à trois volets, qui amène sur le banc des prévenus des profils hétéroclites: anciens grands flics, ex-ministre, notaire, avocat, entrepreneur ou encore restaurateurs (Photo, AFP).
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  • Le jugement a été mis en délibéré au 6 décembre
  • Chose rare, le parquet a requis une relaxe générale dans le deuxième volet du dossier

PARIS: Au dernier jour du procès à Paris, la défense a demandé au tribunal de "rendre" leur "honneur" à l'ancien patron de la police judiciaire parisienne Bernard Petit et son ex-chef de cabinet, soupçonnés d'entrave à la justice mais dont la relaxe a été requise par le parquet.

Le jugement a été mis en délibéré au 6 décembre.

La 11e chambre correctionnelle du tribunal de Paris examinait depuis le 12 septembre une affaire touffue, à trois volets, qui amène sur le banc des prévenus des profils hétéroclites: anciens grands flics, ex-ministre, notaire, avocat, entrepreneur ou encore restaurateurs.

Chose rare, le parquet a requis une relaxe générale dans le deuxième volet du dossier.

Bernard Petit y est soupçonné, comme son chef de cabinet d'alors Richard Atlan, d'avoir transmis en octobre 2014 des informations confidentielles, via le fonctionnaire Philippe Lemaître, au fondateur du GIGN Christian Prouteau, sur une enquête le visant.

Les déclarations de Philippe Lemaître, qui avait affirmé avoir agi sur ordre de son patron, le président de l'Association des œuvres sociales de la police (Anas) Joaquin Masanet, avaient joué un rôle décisif dans l'enquête.

Mercredi, chose assez rare à un procès, la défense a abondé dans le sens du parquet.

"Une fois qu'on fait la part entre le louvoiement, (...) les gros mensonges de Philippe Lemaître, et les éléments objectifs, il ne reste rien", a plaidé l'avocat de Bernard Petit.

"On ne lui rendra pas sa carte de police, mais vous pouvez lui rendre son honneur", a soutenu Me Arthur Dethomas, rappelant que M. Petit avait été limogé juste après sa mise en examen en février 2015.

Saluant "l'honnêteté intellectuelle" du parquet, Me Jean-Christophe Ramadier a soutenu que Richard Atlan était arrivé au printemps 2014 au poste de chef de cabinet et qu'il n'avait, du fait de son poste, "pas accès aux enquêtes en cours".

"Oui il y a eu des fuites" mais "elles ne venaient pas du 36, et vous devrez en tirer les conséquences", a-t-il insisté, demandant la relaxe pour un homme à la "carrière exemplaire" qui, "du jour au lendemain", "n'était plus flic, n'était plus rien".

«Au-dessus de tout soupçon»

L'enquête qui aurait été menacée par ces fuites constitue le premier volet de l'affaire.

Le célèbre "escroc des stars" Christophe Rocancourt est notamment soupçonné d'avoir, avec l'avocat Marcel Ceccaldi, tenté de faire régulariser deux Marocaines en demandant l'intervention rémunérée de Christian Prouteau et de l'ex-secrétaire d'État Kofi Yamgnane.

Me Christian Charrière-Bournazel a plaidé "fermement" la relaxe de Kofi Yamgnane, réfutant tout trafic d'influence de la part de cet ancien député, "au-dessus de tout soupçon", a-t-il dit.

Il a assuré que l'élu était intervenu brièvement, "de manière tout à fait régulière" et que les 3 000 euros reçus de la part d'une des deux Marocaines n'étaient pas une rétribution mais un financement politique.

Le parquet a requis lundi dans ce pan du dossier, qui concerne aussi un notaire et la compagne de Christophe Rocancourt, des peines allant jusqu'à quatre ans dont deux ferme, ainsi que des amendes jusqu'à 50 000 euros.

Le troisième volet du dossier concerne au premier chef Joaquin Masanet, soupçonné d'avoir détourné les moyens de l'Anas dans son intérêt privé.

Le parquet a requis cinq ans dont deux ferme et 30 000 euros d'amende à son encontre, demandant au tribunal de le condamner pour des interventions rémunérées dans des dossiers administratifs, des frais de bouche fictifs et la surfacturation de travaux payés par l'association.

Comme lorsqu'il était syndicaliste, M. Masanet est bien "intervenu" mais "à part des pots de confiture, des bouteilles de vin algérien, des chocolats", il n'y a aucune preuve de rémunération, a plaidé Me Marlène Viallet.

L'avocate a affirmé que les poursuites concernant les notes de frais n'étaient pas fondées juridiquement et qu'elles étaient largement surestimées. Elle a en outre contesté toute "surfacturation", parlant de "dépassements" habituels dans la construction.

La défense a plaidé la relaxe pour les neuf autres prévenus de ce volet, pour lesquels la relaxe ou du sursis ont été requis.