Tunisie: un référendum crucial pour l'avenir de cette jeune démocratie

Une photo prise le 21 juillet 2022 montre un panneau d'affichage dans la capitale Tunis, encourageant les Tunisiens à voter sur le prochain référendum constitutionnel prévu le 25 juillet. (AFP)
Une photo prise le 21 juillet 2022 montre un panneau d'affichage dans la capitale Tunis, encourageant les Tunisiens à voter sur le prochain référendum constitutionnel prévu le 25 juillet. (AFP)
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Publié le Vendredi 22 juillet 2022

Tunisie: un référendum crucial pour l'avenir de cette jeune démocratie

  • Ce référendum a de fortes chances d'être adopté et marquera un tournant pour cette jeune démocratie en la faisant rebasculer vers un régime ultra-présidentiel, au risque d'une dérive dictatoriale
  • La Tunisie va «vers une dictature, au sens latin du terme où le président dicte tout», estime l'expert pour qui le pays «ne deviendra jamais comme la Chine ni comme l'Egypte d'al-Sissi»

TUNIS: Les Tunisiens se prononcent lundi sur une nouvelle Constitution lors d'un référendum qui a de fortes chances d'être adopté et marquera un tournant pour cette jeune démocratie en la faisant rebasculer vers un régime ultra-présidentiel, au risque d'une dérive dictatoriale.

Ce pays de 12 millions d'habitants est en proie à une grave crise politique depuis que le président Kais Saied s'est octroyé il y a un an l'ensemble des pouvoirs et le dirige par décrets, arguant d'une situation ingérable. "Un coup d'Etat", selon ses opposants, "une concentration excessive du pouvoir", selon les défenseurs des droits.

L'opposition à Kais Saied, élu à une large majorité en 2019, principalement le parti d'inspiration islamiste Ennahdha, a appelé au boycott du scrutin, invoquant un "processus illégal" et une absence de concertation. L'influente centrale syndicale UGTT n'a pas donné de consignes de vote.

Drôle de campagne: peu de meetings et publicités électorales à part des banderoles "pour une nouvelle République", 144 intervenants pour, sept contre qui se partagent quelques plateaux télés.

"La grande inconnue sera le taux de participation, à savoir s'il sera faible ou très faible. Car beaucoup de gens ne savent pas sur quoi ils vont voter, ni pourquoi", explique à l'AFP le chercheur Youssef Cherif, convaincu comme une majorité d'observateurs que le oui l'emportera.

"Très peu de gens s'intéressent à la politique aujourd'hui en Tunisie", ajoute M. Cherif.

Près de 9,3 millions d'électeurs sont inscrits. Mais rien ne garantit qu'ils se déplaceront en nombre lundi, jour férié prolongeant un weekend, même si les bureaux de vote seront ouverts de 06H00 (05H00 GMT) à 22H00 (21H00 GMT).

Ceux qui voteront oui le feront "parce qu'ils apprécient le président ou haïssent ceux qui ont gouverné la Tunisie depuis (la Révolution de) 2011 -- Ennahdha et ses alliés -- mais on parle de quelques centaines de milliers de gens", selon M. Cherif.

La Tunisie, berceau du Printemps arabe et fragile démocratie

La Tunisie, berceau du printemps arabe en 2010, a fait figure de modèle de transition démocratique réussie jusqu'au coup de force opéré il y a un an par le président Kais Saied.

Ancien protectorat français

En mars 1956, ce protectorat français obtient son indépendance. Un an plus tard, la République est proclamée, la dynastie des beys destituée et le père de l'indépendance Habib Bourguiba devient son premier président.

Malade et âgé, celui-ci est écarté en 1987, après une longue dérive autoritaire, par son Premier ministre Zine el Abidine Ben Ali, qui se fait ensuite élire puis réélire lors de scrutins controversés.

Révolution

Le 17 décembre 2010, un jeune vendeur ambulant, excédé par la misère et les brimades policières, s'immole par le feu à Sidi Bouzid (centre), déclenchant un mouvement de contestation contre le chômage et la vie chère. Les manifestations, marquées par des émeutes sanglantes, s'étendent à tout le pays.

Le 14 janvier 2011, Ben Ali fuit et meurt en septembre 2019. D'autres pays arabes vont être gagnés par une contestation populaire.

Transition démocratique

En octobre 2011, le mouvement islamiste Ennahdha, légalisé en mars, est vainqueur du premier scrutin libre de l'histoire du pays.

En 2014, la Tunisie adopte une nouvelle Constitution, puis organise des législatives, remportées par le parti anti-islamiste Nidaa Tounes devant Ennahdha. Béji Caïd Essebsi est élu président au suffrage universel.

En 2019, Ennahdha redevient le premier groupe à l'Assemblée, lors des troisièmes législatives depuis la Révolution, mais avec seulement un quart des sièges. Un universitaire à la retraite, Kais Saied, est élu président.

Crises multiples

Après avoir été sévèrement touchée par la pandémie de Covid-19, qui a entraîné un repli du PIB de 8,7% en 2020, l'économie tunisienne a progressé de 3,3% en 2021, selon la Banque mondiale.

Les problèmes du chômage (16,8% en 2021, Banque mondiale) et de la dégradation des infrastructures publiques, à l'origine du soulèvement en 2010, n'ont pas été résolus. Et la production de phosphates, une ressource stratégique, a été plusieurs fois entravée en raison d'un manque d'investissements et de troubles sociaux à répétition.

Le pays de presque 12 millions d'habitants, déjà paralysé par des blocages politiques, est plongé dans une nouvelle crise depuis le coup de force du président Saied en juillet 2021.

Le chef de l'Etat, qui s'est octroyé les pleins pouvoirs avant de dissoudre le Parlement, va soumettre à référendum le 25 juillet un projet de Constitution marquant une rupture radicale avec le système parlementaire en place depuis 2014.

Pionnière pour les femmes

La Tunisie est considérée comme pionnière en Afrique du Nord et au Moyen-Orient en matière de droits des femmes depuis l'adoption en 1956 du Code du statut personnel, qui accorde aux Tunisiennes des droits sans précédent.

Le code abolit la polygamie, institue le divorce judiciaire et fixe l'âge minimum du mariage à 17 ans pour la femme, "sous réserve de son consentement". Il ouvre également la voie à l'instruction, à la liberté de choix du conjoint et au mariage civil.

La Constitution de 2014 a introduit un objectif de parité dans les assemblées élues. En 2017, le Parlement a voté une loi pour lutter contre les violences faites aux femmes.

Attentats meurtriers

En 2015, trois attentats font 72 morts --des touristes étrangers et des membres des forces de l'ordre-- au musée du Bardo à Tunis, dans un hôtel de Sousse (centre-est) et contre un bus de la garde présidentielle à Tunis. Ils sont revendiqués par le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

En 2016, des jihadistes attaquent des installations sécuritaires à Ben Guerdane (sud), tuant 13 membres des forces de l'ordre et sept civils.

La sécurité s'est améliorée depuis, mais l'état d'urgence est maintenu.

Patrimoine culturel

Ce pays du Maghreb, ouvert au nord et à l'est sur la Méditerranée avec 1 300 km de côtes, limitrophe de l'Algérie à l'ouest et de la Libye à l'est, compte plusieurs sites classés au patrimoine mondial de l'Unesco, dont les médinas de Tunis et Sousse ou encore le site archéologique de Carthage (nord), la cité qui s'opposa à Rome dans l'Antiquité.

Kairouan (centre), capitale de la Tunisie au VIIIe siècle et haut lieu de l'islam, est également classée.

El Jem (centre) est l'un des plus imposants amphithéâtres romains au monde.

Pourquoi un tel désintérêt ?

"Contrairement à la Constitution de 2014, il n'y a eu ni débat contradictoire ni délibération publique sur le projet", dénonce le politologue Hamadi Redissi, critiquant une élaboration "hâtive, en quelques semaines".

La dernière version, écrite par Kais Saied en personne, est "à des années-lumière du projet laïc et démocratique" proposé par la commission qu'il avait chargée de sa préparation, selon M. Redissi. Le juriste à sa tête, Sadok Belaïd, s'est dissocié du texte final, susceptible d'"ouvrir la voie à un régime dictatorial", selon lui.

Opposants et experts s'inquiètent du retour prévu à un régime ultra-présidentiel, en rupture avec le système parlementaire instauré après la chute du dictateur Ben Ali en 2011, qui faisait du pays la seule démocratie issue du Printemps arabe.

Pour M. Redissi, "il y a une dérive autoritaire: tous les pouvoirs seront entre les mains du président, qui nomme le gouvernement. L'exécutif n'aura pas besoin de la confiance du Parlement". Le chef de l'Etat ne sera redevable à personne, impossible à chasser.

La Tunisie depuis le coup de force du président Saied

Les principaux développements en Tunisie depuis le coup de force opéré il y a un an par le président Kais Saied, dont un projet de Constitution soumis à référendum le 25 juillet doit encore renforcer le pouvoir.

Pleins pouvoirs

Le 25 juillet 2021, M. Saied annonce la suspension des travaux du Parlement et le limogeage du Premier ministre Hichem Mechichi, affirmant vouloir "sauver" le pays, rongé par des mois de blocages politiques et un nouveau pic meurtrier de la pandémie de Covid-19.

Le président, également chef de l'armée, s'octroie le pouvoir exécutif, en annonçant vouloir désigner un nouveau Premier ministre.

«Coup d'Etat»

Le parti d'inspiration islamiste Ennahdha, qui disposait du plus grand nombre de sièges au Parlement, fustige "un coup d'Etat".

L'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), influente centrale syndicale, co-lauréate du Prix Nobel de la Paix en 2015, estime que les décisions de Kais Saied sont "conformes" à la Constitution, tout en appelant à la poursuite du processus démocratique.

Le 28, M. Saied lance une offensive anti-corruption, réclamant des comptes à 460 hommes d'affaires accusés de détournement de fonds sous le régime de Zine el Abidine Ben Ali (1987-2011) renversé par la Révolution de 2011.

Mesures exceptionnelles

Le 24 août, le président prolonge "jusqu'à nouvel ordre" le gel du Parlement.

Le 22 septembre, il officialise ses pleins pouvoirs en promulguant des dispositions exceptionnelles l'autorisant notamment à légiférer par décrets.

Le chef d'Ennahdha Rached Ghannouchi appelle à la "lutte pacifique" contre "le pouvoir absolu d'un seul homme". L'UGTT met en garde "contre le danger d'une accumulation de tous les pouvoirs entre les mains du chef de l'Etat".

Une vingtaine d'organisations de défense des droits humains, tunisiennes et internationales, fustigent "l'accaparement du pouvoir" par le président.

Najla Bouden, Première ministre

Le 11 octobre, la Tunisie se dote d'un nouveau gouvernement dirigé pour la première fois par une femme, l'universitaire Najla Bouden. Mais celle-ci ainsi que son équipe jouissent de prérogatives considérablement réduites.

Justice sous tutelle

Le 5 février 2022, Kais Saied annonce la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), une instance indépendante créée en 2016 pour nommer les juges, qu'il accuse de "partialité" et d'être sous l'influence du parti Ennahdha.

Le 13, il annonce l'avoir remplacé par un autre organe "temporaire" et se donne le pouvoir de limoger des juges et de leur interdire de faire la grève. Près de 60 magistrats seront révoqués en juin.

Dissolution du Parlement

Le 30 mars, Kais Saied annonce la dissolution du Parlement, quelques heures après que des députés ont bravé sa suspension en organisant une séance virtuelle, au cours de laquelle ils ont voté pour annuler les mesures exceptionnelles décidées par le président.

Le 22 avril, le président s'arroge le droit de nommer le chef de l'Autorité électorale Isie et ses membres.

Nouvelle Constitution

Le 20 mai, le président nomme Sadok Belaïd, un juriste proche de lui, à la tête d'une commission chargée d'élaborer une Constitution pour "une nouvelle République".

Le projet, remis un mois plus tard au président, doit être soumis à référendum le 25 juillet, avant des législatives anticipées annoncées pour le 17 décembre.

Le 3 juillet, Sadok Belaïd désavoue le texte publié par la présidence, estimant que le projet ne correspond pas à celui élaboré par la commission et que son adoption pourrait "ouvrir la voie à un régime dictatorial".

Dans la nuit du 8 au 9, Kais Saied fait publier une version amendée du texte qui modifie deux articles controversés sur la place de l'islam et les possibles restrictions aux libertés.

«Le filet se resserre»

La Tunisie va "vers une dictature, au sens latin du terme où le président dicte tout", estime l'expert pour qui le pays "ne deviendra jamais comme la Chine ni comme l'Egypte d'al-Sissi. Mais elle peut évoluer vers un +autoritarisme compétitif+, comme la Turquie d'Erdogan et la Russie de Poutine, avec des élections, des associations, mais pas une vraie démocratie".

Ce risque est présent, mais peut-être pas immédiat, aux yeux d'autres analystes.

"Le cadre juridique est posé. Si on prend le démantèlement entamé des institutions de surveillance des libertés et de la démocratie, et les nouvelles règles, c'est comme un filet qui se resserre", décrypte Isabelle Werenfels, chercheuse de l'institut allemand SWP.

Pour M. Cherif, "le fait que les gens puissent encore s'exprimer librement, qu'ils puissent aller voter non (au référendum) sans aller en prison montre que nous ne sommes pas dans le schéma traditionnel de la dictature".

La question se posera plutôt dans l'après-Saied, avec une Constitution qui "pourrait construire un régime autoritaire ressemblant aux régimes que la Tunisie a connus avant 2011", selon lui.

Au lendemain du référendum, le principal défi du président restera une économie en déconfiture avec un chômage élevé (40% chez les jeunes), une inflation accentuée par la guerre en Ukraine et 4 millions de pauvres.

Au bord de la banqueroute, la Tunisie négocie depuis des mois un nouveau prêt avec le FMI qui a fait état, avant le référendum, de "progrès satisfaisants" en vue d'un accord.

Mais nombre d'experts redoutent que les sacrifices demandés n'aggravent les difficultés du pays.


Liban: sept morts dans des frappes israéliennes sur Tyr, selon la défense civile

Un médecin dans un laboratoire endommagé de l’hôpital Jabal Amel, à la suite de la frappe aérienne israélienne de lundi qui a touché un bâtiment voisin, dans la ville portuaire de Tyr, au sud du Liban. (AP)
Un médecin dans un laboratoire endommagé de l’hôpital Jabal Amel, à la suite de la frappe aérienne israélienne de lundi qui a touché un bâtiment voisin, dans la ville portuaire de Tyr, au sud du Liban. (AP)
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  • Des frappes israéliennes nocturnes à Tyr, dans le sud du Liban, ont fait au moins sept morts et plusieurs blessés, touchant notamment des zones proches d’un hôpital et des quartiers résidentiels
  • Israël annonce de nouvelles attaques contre le Hezbollah au nord du fleuve Litani et ordonne des évacuations, tandis que le conflit continue de provoquer de lourdes pertes civiles et des déplacements massifs

BEYROUTH: Des frappes nocturnes israéliennes sur la ville millénaire de Tyr, dans le sud du Liban, dont l'une près d'un hôpital, ont tué sept personnes, a indiqué vendredi à l'AFP une source au sein de la défense civile.

L'armée israélienne a annoncé de son côté qu'elle allait attaquer le Hezbollah dans trois localités au nord du fleuve Litani, à une quarantaine de km de la frontière, ordonnant à leur population d'évacuer.

Le mouvement pro-iranien avait rejeté jeudi un accord de cessez-le-feu annoncé la veille à Washington après des négociations entre le Liban et Israël, réclamant un retrait total des forces israéliennes qui occupent une partie du sud du pays.

A Tyr, une frappe tard jeudi soir a fait quatre morts et sept blessés, selon la Défense civile. Elle a dévasté le siège d'une banque et endommagé légèrement l'hôpital Jabal Amel, l'un des trois que compte la ville, a constaté le correspondant de l'AFP.

Une autre frappe sur un quartier résidentiel de la ville a tué trois personnes et en a blessé cinq autres dont deux enfants, selon la Défense civile.

Lundi, une frappe près de l'hôpital Jabal Amel avait tué quatre personnes et blessé 127 autres, dont 39 membres du personnel, selon le ministère de la Santé.

La ville côtière, qu'une partie de ses habitants refuse d'évacuer malgré les avertissements israéliens, est régulièrement pilonnée.

Des habitants s'étaient réfugiés dans le quartier chrétien exigu de la Vieille ville, épargné par les avertissements isaréliens, dormant dans leurs voitures ou sous des tentes.

Mais ils l'ont fui après qu'Israël a menacé mardi le quartier, accusant des membres du Hezbollah de s'y cacher, selon le correspondant de l'AFP.

Une frappe avait également visé mercredi soir les abords d'un parc où campent des dizaines de réfugiés syriens, selon le correspondant de l'AFP qui n'a pas fait état de victime.

Dans ce contexte, une pétition, appelant à exclure toute présence armée à Tyr - où le Hezbollah est fortement implanté - autre que celle de l'armée libanaise, a recueilli près de 250 signatures selon les organisateurs.

Une pétition similaire concernant Nabatiyé - autre grande ville du sud à majorité chiite - pratiquement désertée du fait des bombardements israéliens, a recueilli plus de 500 signatures.

Les frappes israéliennes sur le Liban ont fait 3.526 morts depuis le début du conflit le 2 mars, et ont déplacé plus d'un million de personnes, selon les autorités. Côté israélien, 27 soldats et un contractuel civil ont été tués au Liban.


Le Hezbollah rejette le dernier exutoire négocié par les Etats-Unis, Aoun exige l'application du cessez-le-feu

Une photo prise depuis la zone sud de Nabatieh montre de la fumée s'élevant du site d'une frappe aérienne israélienne dans le village de kfar Tibnit, le 4 juin 2026. (AFP)
Une photo prise depuis la zone sud de Nabatieh montre de la fumée s'élevant du site d'une frappe aérienne israélienne dans le village de kfar Tibnit, le 4 juin 2026. (AFP)
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  • Une déclaration conjointe libano-israélienne, publiée à l'aube du jeudi, heure de Beyrouth, indique qu'"Israël et le Liban ont, sous l'égide des États-Unis, accepté de mettre en œuvre un cessez-le-feu"
  • Le secrétaire général du Hezbollah, Naim Qassem, a déclaré que "le résultat des négociations directes absurdes, humiliantes et honteuses est reflété dans l'annonce de Washington"

BEYROUTH : Le président libanais Joseph Aoun a déclaré jeudi que la déclaration commune issue du quatrième cycle de négociations israélo-libanaises sous l'égide des États-Unis comportait "des points très importants en faveur du Liban et représentait la dernière occasion de passer à un cessez-le-feu définitif et global, étant entendu que chaque partie assumerait la responsabilité si elle ne répondait pas".

Un responsable libanais a confirmé à Arab News que le président attendait la réponse du Hezbollah, qui devrait arriver par l'intermédiaire du président du Parlement, Nabih Berri.

"Toutes les parties ont été informées du résultat de la session de négociation", a déclaré le fonctionnaire. "Ce qui a été publié n'est pas un accord de cessez-le-feu. Il s'agit d'une déclaration dont Israël a accepté intégralement le contenu et les conditions. Ce qui reste, c'est la réponse du Hezbollah".

Une fois cette réponse donnée, a ajouté le fonctionnaire, Washington sera informé et les prochaines étapes seront déterminées.

S'adressant de manière informelle aux journalistes au palais de Baabda, M. Aoun a déclaré que Washington "déterminerait le calendrier et le mécanisme de mise en œuvre du cessez-le-feu, qui pourrait commencer 24 heures après la notification de l'approbation et une fois que les garanties nécessaires auront été fournies." Le président américain Donald Trump serait le garant direct de la mise en œuvre.

Le président a déclaré que "la délégation libanaise de négociation, dirigée par l'ambassadeur Simon Karam, a tenu bon tout au long des deux sessions convoquées au cours des deux derniers jours".

La session de mercredi a été difficile : M. Karam a été poussé à suspendre le cycle de négociations et a insisté pour refuser d'aborder toute autre question tant qu'un cessez-le-feu global n'aurait pas été mis en place. Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a été invité à relancer les pourparlers, qui se sont conclus par l'acceptation de la demande libanaise d'un cessez-le-feu global.

M. Aoun a déclaré que "de mercredi matin jusqu'aux petites heures de jeudi, nous sommes restés en contact avec les acteurs internationaux et nationaux pour verrouiller le cessez-le-feu global, et un certain nombre d'États frères et amis ont également joué un rôle en exerçant des pressions au nom du Liban".

La déclaration conjointe israélo-libanaise, publiée jeudi à l'aube, heure de Beyrouth, précise que "tant Israël que le Liban ont accepté, sous l'égide des États-Unis, de mettre en œuvre un cessez-le-feu. Son entrée en vigueur est subordonnée à une cessation totale des tirs du Hezbollah et au retrait de tout son personnel de la zone située au sud du Litani. Le Hezbollah doit également permettre l'établissement rapide de zones pilotes où les forces armées libanaises - et uniquement les forces armées libanaises - exercent un contrôle exclusif sur le territoire, tout acteur armé non étatique étant écarté du tableau."

Israël a déclaré que "sa sécurité et le respect de son intégrité territoriale ne peuvent être assurés que par le désarmement du Hezbollah et le démantèlement de son infrastructure sur l'ensemble du territoire libanais".

De son côté, le Liban a souligné "la nécessité d'un respect mutuel des frontières internationalement reconnues et le besoin urgent d'une mise en œuvre complète de la cessation des hostilités, en mettant l'accent sur les principes de l'intégrité territoriale et de la pleine souveraineté de l'État". Le Liban s'est engagé à renforcer les capacités de l'armée libanaise, avec le soutien des États-Unis, afin d'exercer un contrôle effectif sur l'ensemble du pays.

Toutes les parties ont déclaré que "l'avenir des relations entre Israël et le Liban doit être exclusivement décidé par les deux gouvernements souverains". Elles ont rejeté toute tentative, de la part d'un État ou d'un acteur non étatique, de prendre en otage l'avenir du Liban.

Selon la déclaration, "Israël et le Liban ont réaffirmé qu'ils n'avaient aucune intention hostile l'un envers l'autre et se sont engagés à poursuivre les négociations directes afin de renforcer la confiance, de résoudre toutes les questions en suspens et d'œuvrer à la conclusion d'un accord global entre les deux pays".

De leur côté, les États-Unis ont réitéré leur "soutien constant aux deux gouvernements dans l'exercice de leur souveraineté". Ils ont ajouté que "tout accord de cessation des hostilités doit être conclu directement entre les deux gouvernements, sous l'égide des États-Unis, et non par le biais d'une voie distincte".

Les États-Unis ont également souligné leur intention de "soutenir les forces armées libanaises, dans le but d'améliorer leur capacité et de permettre l'exercice effectif de la souveraineté sur l'ensemble du territoire libanais".

S'adressant aux journalistes jeudi, le président Aoun a déclaré que "le Liban a suggéré de commencer la mise en œuvre de "zones pilotes" dans les villes de Zawtar Al-Sharqiya, Zawtar Al-Gharbiya, Yahmar et la zone entourant le château de Beaufort (Qalaat Al-Shaqif), occupé la semaine dernière par Israël, en raison de leur importance symbolique et de leur proximité avec la ville de Nabatieh".

M. Aoun a souligné "la grande importance de l'accord conclu à Washington dans l'intérêt du Liban et de la région. Il représente une véritable occasion de passer de l'escalade à la stabilité. Le succès de ce processus dépend de l'engagement clair de toutes les parties concernées et de la mise en œuvre intégrale des mesures convenues. L'État libanais a entamé ces négociations avec un fort sentiment de responsabilité nationale. L'objectif principal était de protéger le Liban, de garantir la sécurité de ses citoyens et de maintenir la stabilité. Chacun doit aborder les récents développements avec un sens de la responsabilité nationale et saisir cette opportunité pour renforcer la sécurité et la stabilité dans tout le pays".

M. Aoun a également déclaré que les États-Unis avaient joué un rôle de médiateur et de pivot dans ces négociations, contribuant à rapprocher les parties "d'un accord grâce à une approche ferme et à des efforts soutenus pour aplanir les divergences".

Le président libanais a ajouté que "cet accord diffère de celui conclu le 27 novembre 2024, non seulement par sa substance mais aussi par le contexte politique qui l'entoure, ce qui renforce ses perspectives de durabilité et de succès". Cela dépend maintenant du rôle du président américain Donald Trump et de son administration dans l'obtention des garanties nécessaires pour solidifier l'accord et assurer son respect par toutes les parties."

Pendant ce temps, les forces israéliennes se sont retirées de la ville de Dibbin dans le district de Marjayoun, au sud du fleuve Litani, au cours de la matinée, tandis que l'armée libanaise a annoncé son déploiement à la jonction de la ville plus tard dans l'après-midi.

Une source militaire libanaise a déclaré à Arab News que "suite au retrait israélien de Dibbin, l'armée libanaise a levé les barrages routiers, rouvert l'accès à la ville et commencé à dégager les obstructions militaires de la zone".

Quant à savoir si l'entrée dans la ville était basée sur un calendrier de retrait israélien clair, la source militaire a déclaré : "Il n'y a pas de calendrier de retrait.

La source militaire a confirmé que l'armée libanaise restait déployée au sud du fleuve Litani partout où il n'y avait pas de présence de l'armée israélienne, que ce soit à Hasbaya, Marjayoun ou même dans la ville de Tyr.

En ce qui concerne la possibilité de mettre en place des zones pilotes et le calendrier d'une telle initiative, la source a déclaré : "Le commandement de l'armée n'a pas été informé de la mise en place de zones pilotes : "Le commandement de l'armée n'a pas été informé de quoi que ce soit à ce sujet jusqu'à présent.

Le terme "zone pilote" est apparu comme un mécanisme de mise en œuvre progressive visant à démanteler les impasses sécuritaires qui sont géographiquement et politiquement enracinées. Toutefois, son application au Liban pourrait se heurter aux réalités des conditions complexes du terrain au Liban.

Une source militaire libanaise a estimé que l'adoption de ce terme "réduit la probabilité d'un échec global, car il se concentre sur l'essai d'une zone géographique spécifique et limitée dans le secteur au sud du fleuve Litani, servant de laboratoire pour évaluer l'étendue de l'engagement des parties et le sérieux des garanties".

La source a expliqué que les arrangements supposaient que "l'armée israélienne se retirerait complètement, tandis que des unités des forces armées libanaises s'installeraient et assumeraient le contrôle militaire, sécuritaire et administratif exclusif. Aucune autorité parallèle ou arme en dehors du cadre de la légitimité officielle de l'État ne serait autorisée. Cela signifie le retrait de tous les éléments du Hezbollah de la région, le démantèlement de l'infrastructure du parti et l'interdiction de son rétablissement, de sorte que la région soit entièrement démilitarisée de toute présence militaire non affiliée au gouvernement souverain".

Dans un discours prononcé jeudi après-midi, le secrétaire général du Hezbollah, Naim Qassem, a déclaré que "le résultat des négociations directes absurdes, humiliantes et honteuses est reflété dans l'annonce de Washington, qui expose les principes fondamentaux par lesquels les États-Unis et Israël envisagent la soumission du Liban au projet du Grand Israël".

Qassem a déclaré que "le résultat des négociations est rejeté dans son intégralité par de larges segments du peuple libanais".

Mahmoud Qamati, chef adjoint du conseil politique du Hezbollah, a annoncé que le Hezbollah rejetait "tout accord partiel ou toute formule de compromis en matière de sécurité".

Qamati a déclaré que "les zones pilotes et le projet de désarmement constituent un recul stratégique".

Alors que le Hezbollah insiste sur la condition d'un retrait israélien complet du Sud-Liban, le négociateur libanais, selon la source officielle, estime que "le Liban considère les zones pilotes comme une occasion de garantir des retraits israéliens progressifs et de restaurer la souveraineté sur certains secteurs".

Entre-temps, jeudi, l'armée israélienne a demandé aux citoyens libanais de ne pas se rendre au sud de la rivière Zahrani "pour leur propre sécurité". Elle a également continué à cibler des véhicules et des individus dans le sud du Liban.

Les parties libanaise et israélienne doivent tenir un nouveau cycle de négociations le 22 juin, "en vue de parvenir à un accord global". Les États-Unis ont accepté de continuer à faciliter la communication entre les parties dans l'intervalle", selon la déclaration commune.


Libye: des centaines de manifestants contre la présence de migrants dans leurs quartiers

Des centaines de Libyens ont manifesté jeudi à Tripoli devant le siège du Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) contre la présence de migrants en situation irrégulière dans leurs quartiers, appelant à leur expulsion du pays. (AFP)
Des centaines de Libyens ont manifesté jeudi à Tripoli devant le siège du Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) contre la présence de migrants en situation irrégulière dans leurs quartiers, appelant à leur expulsion du pays. (AFP)
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  • "Non à l'installation des migrants et des réfugiés", "La Libye appartient aux Libyens"
  • De son côté, la Mission d'appui de l'ONU en Libye (Manul) a réaffirmé "qu'aucune de ses agences, y compris le HCR, ne met en œuvre de programme de réinstallation" dans le pays

TRIPOLI: Des centaines de Libyens ont manifesté jeudi à Tripoli devant le siège du Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) contre la présence de migrants en situation irrégulière dans leurs quartiers, appelant à leur expulsion du pays.

Après une campagne sur les réseaux sociaux, des centaines de Libyens, cartons rouges à la main symbolisant une demande "d'expulsion", s'étaient donné rendez-vous devant le siège du HCR.

"Non à l'installation des migrants et des réfugiés", "La Libye appartient aux Libyens", ont-ils scandé, appelant aussi à la fermeture des bureaux du HCR qu'ils considèrent responsable de leur présence sur le territoire.

Des pancartes dénonçaient la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni accusée de vouloir obliger la Libye à garder les candidats à l'émigration illégale sur son territoire. "Non à la signature de conventions pour l'installation (de migrants) avec l'Italie", était-il écrit en arabe à côté d'un portrait de Mme Meloni barré d'une croix rouge.

De son côté, la Mission d'appui de l'ONU en Libye (Manul) a réaffirmé "qu'aucune de ses agences, y compris le HCR, ne met en œuvre de programme de réinstallation" dans le pays. "Les allégations contraires sont catégoriquement fausses", a-t-elle souligné dans un communiqué jeudi soir, se disant "préoccupée par la propagation de fausses informations, de désinformation et de discours haineux concernant le travail de l'ONU" dans le pays.

Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye peine à retrouver sa stabilité. Elle est gérée par deux gouvernements rivaux: celui reconnu par l'ONU basé à Tripoli (ouest) et dirigé par Abdelhamid Dbeibah, et un exécutif à Benghazi (est) contrôlé par le maréchal Khalifa Haftar et ses fils.

"Désinformation" 

Dans ce contexte, passeurs et trafiquants ont profité du climat d'instabilité qui y règne pour développer des réseaux clandestins pour des migrants d'Afrique subsaharienne et de pays asiatiques souhaitant émigrer en Europe par la mer.

A la mi-2024, le Portail sur les données migratoires géré par l'OIM (Organisation internationale pour les migrations, ONU) recensait environ 900.000 migrants et réfugiés en Libye.

La question migratoire provoque souvent des remous dans le pays, alimentés par un discours xénophobe sur les réseaux sociaux.

"L'amour de la patrie n'est pas du racisme!" ou encore "la Libye n'est pas la poubelle du monde", lisait-on sur des pancartes lors du rassemblement jeudi.

Des manifestants faisaient au passage l'amalgame entre les migrants et les réfugiés dont une majorité de Soudanais dont le pays est en proie à une guerre civile.

Les autorités libyennes avaient indiqué en décembre avoir prévu un traitement différencié pour les Soudanais. Le ministre de l'Intérieur, Imad Trabelsi, avait assuré qu'ils bénéficieraient d'un "accès aux soins et aux écoles".

Lundi, le bureau de l'ONU en Libye avait déjà dit noter "avec inquiétude la nouvelle propagation de la désinformation et de discours incendiaires sur les réseaux sociaux", dans un communiqué sur Facebook.

"De tels récits risquent d'alimenter les tensions, la méfiance, la discrimination et la violence, portant ainsi atteinte à la dignité, à la sécurité et au bien-être de la population libyenne", a-t-il ajouté.