Pourquoi le complot qui visait à tuer John Bolton fait partie de l’ADN du régime iranien

John Bolton (à gauche), Mike Pompeo et Adel al-Joubeir sont les dernières cibles dans le viseur du Corps des gardiens de la révolution islamique. (AFP)
John Bolton (à gauche), Mike Pompeo et Adel al-Joubeir sont les dernières cibles dans le viseur du Corps des gardiens de la révolution islamique. (AFP)
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Publié le Vendredi 12 août 2022

Pourquoi le complot qui visait à tuer John Bolton fait partie de l’ADN du régime iranien

  • Depuis 1979, des individus soupçonnés d’être affiliés au gouvernement iranien ont mené des attaques contre des dissidents et des personnalités de l’opposition dans plus d’une douzaine de pays
  • Les analystes avertissent que l’absence de conséquences graves pourrait être à l’origine des tentatives audacieuses de l’Iran d’assassiner des dissidents et des ennemis à l’étranger

KAMESHLI (Syrie)/DJEDDAH: Au cours de cette dernière année, et à l’insu des citoyens de Washington, un assassin aurait rôdé dans les rues de la capitale américaine à la recherche d’une cible principale: un ancien haut responsable américain, dont le meurtre allait secouer le monde et représenter un symbole de vengeance contre l’Occident.
Ce plan aurait été déjoué mercredi dernier, lorsque le ministère américain de la Justice a officiellement accusé un citoyen iranien d’avoir comploté pour tuer John Bolton, conseiller principal à la sécurité nationale sous les administrations Bush et Trump.
Shahram Poursafi est accusé d’avoir recouru à des installations commerciales interétatiques pour commettre un meurtre contre rémunération et d’avoir fourni – et tenté de fournir – un soutien matériel à des terroristes.

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L’avis de recherche émis par le FBI contre Shahram Poursafi. (AFP)

Selon l’acte d’accusation du ministère de la Justice, M. Poursafi a tenté d’embaucher des criminels aux États-Unis pour commettre le meurtre à Washington, D.C. ou dans le Maryland contre la somme de 300 000 dollars (1 dollar = 0,97 euro). M. Poursafi serait entré en contact avec une source confidentielle le 9 novembre dernier.
Le FBI affirme que M. Poursafi est membre du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), qui est désigné comme organisation terroriste par l’Arabie saoudite, Bahreïn et les États-Unis. Il agissait au nom de la force Al-Qods, branche d’élite du CGRI. M. Poursafi, qui est toujours en liberté, est armé et considéré comme dangereux.

 

Biographie

Nom: Shahram Poursafi
Lieu de naissance: Iran
Date de naissance: 21 septembre 1976
Affiliation: Force Al-Qods, Corps des gardiens de la révolution islamique
Accusations pénales: soutien matériel au terrorisme, tentative de meurtre d’un haut responsable américain en échange d’une rémunération
Statut: en liberté

Nasser Kanaani, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, a vigoureusement nié que le gouvernement iranien prévoyait d’assassiner M. Bolton; il a soutenu que les accusations étaient «sans fondement». Mais le long passé du régime montre qu’il a l’habitude de prendre pour cible les critiques et les dissidents à l’étranger et rend peu crédible sa protestation d’innocence.
Depuis la révolution iranienne de 1979, Téhéran a perpétré des assassinats et des attaques contre des dissidents iraniens et des responsables étrangers dans le monde entier. C’est pour cette raison que le Dr Mohammed al-Sulami, expert en affaires iraniennes, n’est pas surpris par l’annonce de ce récent complot.
«L’Iran adopte cette stratégie depuis des décennies», explique M. Al-Sulami, fondateur et président de l’Institut international d’études iraniennes à Riyad (Rasanah) dans un entretien accordé à Arab News. «Plus de deux douzaines d’opérations d’assassinat réussies ont été menées par le régime iranien à travers le monde.»

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L’agent iranien Ali Vakili Rad (au centre) quitte la prison de Poissy, en France, le 18 mai 2010, après sa libération. Il est accusé du meurtre du dernier Premier ministre du chah, Chapour Bakhtiar. (AFP)


Depuis 1979, des individus soupçonnés d’être affiliés au gouvernement iranien ont mené des attaques contre des dissidents et des personnalités de l’opposition dans plus d’une douzaine de pays, dont la France, les États-Unis, l’Autriche, la Suisse, le Royaume-Uni, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Albanie, la Thaïlande, le Danemark et la Turquie. Des individus liés au gouvernement iranien ont également détourné des avions et bombardé des bureaux gouvernementaux ainsi que des installations militaires dans le monde entier.
«Les évaluations de la menace mondiale, menées par la communauté du renseignement des États-Unis, avertissent depuis des années que l’Iran tente de développer des réseaux à l’intérieur des États-Unis pour la mise en œuvre de telles opérations», confie à Arab News Jason Brodsky, directeur des politiques chez United Against Nuclear Iran.
«Ces opérations sont choquantes, mais pas surprenantes. Elles remontent au début de la révolution islamique», précise-t-il en citant l’assassinat de l’exilé iranien et ancien attaché de presse auprès de l’ambassade d’Iran aux États-Unis, Ali Akbar Tabatabaei, dans le Maryland en 1980.

Les complots iraniens en chiffres

21 dissidents iraniens pris pour cible.
21 cibles arabes ou occidentales.
19 cibles israéliennes ou juives.

M. Brodsky souligne que, en 2011, le ministère américain de la Justice avait accusé deux citoyens iraniens, dont l’un était commandant de la force Al-Qods, d’avoir planifié un meurtre contre rémunération contre l’ambassadeur saoudien de l’époque, Adel al-Joubeir, dans un restaurant situé en plein cœur de la capitale américaine.
Les enquêtes du FBI révèlent que de l’argent avait été transféré à Mansour Arbabsiar, l’un des assassins potentiels, qui possède la double nationalité iranienne et américaine, à partir d’un compte bancaire connu de la force Al-Qods, et que les frais d’assassinat s’élevaient à 1,5 million de dollars.
La plainte pénale déposée en 2011 par le ministère de la Justice indique que «la force Al-Qods mène des opérations secrètes sensibles à l’étranger, y compris des attaques terroristes, des assassinats et des enlèvements. Par ailleurs, elle est soupçonnée de parrainer des attaques contre les forces de la coalition en Irak».
Eric Holder, procureur général des États-Unis à l’époque, ajoute: «La plainte pénale dévoilée aujourd’hui révèle un complot meurtrier dirigé par des factions du gouvernement iranien pour assassiner un ambassadeur étranger sur le sol américain au moyen d’explosifs.»

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Mansour Arbabsiar a été condamné par un tribunal américain en 2013 pour avoir fait partie d’un complot destiné à assassiner Adel al-Joubeir, alors ambassadeur du royaume d’Arabie saoudite aux États-Unis. (Photo Twitter)

Finalement, le complot, qui consistait à embaucher un cartel de la drogue au Mexique pour assassiner M. Al-Joubeir – aujourd’hui ministre d’État saoudien aux Affaires étrangères – a échoué en raison d’une mauvaise planification et du recours à des agents non compétents. M. Arbabsiar, qui travaillait comme vendeur de voitures d’occasion au Texas, a été condamné à vingt-cinq ans de prison en 2013.
«L’Iran a parrainé le terrorisme international hors de tout doute raisonnable», déclare à Arab News le Dr Hamdan al-Shehri, analyste politique saoudien et spécialiste des relations internationales.
«Le pays le fait par l’intermédiaire de ses agents et de ses mandataires, créant le chaos dans la région et ailleurs. Ils constituent désormais une menace non seulement pour la région, mais aussi pour les États-Unis, en attaquant des missions et des bases militaires américaines.»
De telles attaques imputées à l’Iran ne se limitent pas seulement aux personnalités politiques. Masih Alinejad, journaliste irano-américaine et militante des droits des femmes, a été la cible d’un complot d’enlèvement en juillet de l’année dernière. Le mois dernier, un homme armé d’un fusil AK-47 chargé a été arrêté devant son domicile, à New York.
M. Brodsky affirme que, dans le cadre du complot mené contre cette militante, ce sont des agents des renseignements iraniens qui sont directement impliqués, et non la force d’élite internationale Al-Qods.

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La journaliste irano-américaine et militante des droits des femmes, Masih Alinejad, a été la cible d’une tentative d’enlèvement à Téhéran l’année dernière. (AFP)

«La force Al-Qods du CGRI n’est pas la seule à mener des opérations pour nuire à des citoyens américains aux États-Unis. Le ministère iranien du Renseignement a également entrepris des opérations similaires», poursuit-il. «Cela montre que nous avons différentes parties du système iranien qui essaient toutes de pénétrer aux États-Unis, ce qui, bien sûr, constitue une source de préoccupation.»
Des sources proches de Mike Pompeo, l’ancien secrétaire d’État américain, ont déclaré à CNN que M. Bolton n’était pas la seule cible du dernier complot iranien. M. Pompeo aurait été l’une des deux personnes que M. Poursafi avait cherché à assassiner par l’intermédiaire d’un tiers. La récompense aurait été fixée à un million de dollars.

 

Principaux complots terroristes iraniens sur le sol étranger

7 décembre 1979: un assassin tue Shahriar Shafiq, neveu de l’ancien chah, devant son domicile à Paris.
13 juillet 1989: des agents iraniens tuent le chef du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran, Abdelrahmane Ghassemlou, à Vienne.
24 avril 1990: Kazem Radjavi, universitaire et opposant iranien, est abattu dans sa voiture aux environs de Genève.
6 août 1991: des agents tuent l’ancien Premier ministre iranien, Chapour Bakhtiar, à son domicile, près de Paris, où il s’était réfugié après la révolution de 1979.
24 juillet 1992: le Royaume-Uni ordonne à trois Iraniens de quitter le pays après avoir découvert leur implication dans un complot qui visait à éliminer le romancier Salman Rushdie.
8 août 1992: le chanteur et artiste iranien Fereydoun Farrokhzad est retrouvé mort dans son appartement à Bonn.
17 septembre 1992: trois dirigeants irano-kurdes sont tués dans un restaurant grec de Berlin lors d’une attaque à la mitrailleuse surnommée «les assassinats du restaurant Mykonos».
20 février 1996: Zahra Rajabi, éminente membre de l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien, basée en Turquie, est abattue dans son appartement d’Istanbul.
11 octobre 2011: des responsables américains découvrent un complot iranien qui a pour but à tuer Adel al-Joubeir, ambassadeur d’Arabie saoudite aux États-Unis. Le ressortissant iranien Mansour Arbabsiar est coupable d’avoir planifié l’attentat.
30 juin 2018: un complot terroriste vise un rassemblement du Conseil national de la résistance iranienne à Paris. Les procureurs accusent le diplomate iranien Assadolah Assadi et trois autres personnes d’avoir planifié l’attaque.
14 novembre 2019: le scientifique et dissident iranien Masoud Molavi Vardanjani est abattu dans une rue d’Istanbul par des agents iraniens.
Juillet 2020: l’Iran déclare avoir capturé Jamshid Sharmahd, un membre de l’opposition, qui résidait aux États-Unis. Les détails de sa détention et de son expulsion ultérieure vers l’Iran demeurent un mystère.
Juillet 2021: des responsables américains affirment que des agents iraniens envisagent de kidnapper la journaliste et critique iranienne Masih Alinejad, qui habite à New York, ainsi que quatre autres personnes au Canada et au Royaume-Uni.

Les complots de l’Iran contre des responsables et des citoyens américains surviennent après la frappe du 1er janvier 2020 qui a tué Qassem Soleimani, commandant de la force Al-Qods. Après cette action, les responsables politiques et militaires iraniens ont juré de venger la mort de Soleimani.
Cependant, selon M. Al-Sulami, le régime a complètement échoué en termes de vengeance et il a terni son image auprès des partisans de la région, et au-delà.
«Soleimani n’est pas un commandant militaire remplaçable en termes de gestion des milices du CGRI en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen; c’est une grande perte au niveau de la gestion du dossier régional de l’Iran», déclare à Arab News M. Al-Sulami. Ce dernier ajoute que l’Iran a eu recours aux assassinats lorsqu’il a pris conscience du fait que sa propagande n’avait pas réussi à convaincre les Iraniens ni les milices soutenues par l’Iran qu’il avait vengé la mort de Soleimani.

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Feu le général Qassem Soleimani, ancien commandant de la célèbre force iranienne Al-Qods. (AFP)

Au mois de janvier dernier, deux ans après le meurtre de Soleimani, le président iranien, Ebrahim Raïssi, a juré de se venger des responsables si le président américain Donald Trump n’était pas jugé pour avoir ordonné la frappe.
M. Pompeo occupait le poste de secrétaire d’État au moment du meurtre de Soleimani et M. Bolton avait incité à la fois au changement de régime en Iran et au retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien.
M. Al-Shehri explique que la dernière révélation conduit à se demander comment les relations américano-iraniennes seront affectées, le cas échéant. «Depuis que l’ayatollah Khomeini a dénoncé les États-Unis comme le “grand Satan” et qu’il a approuvé la prise d’assaut de l’ambassade américaine à Téhéran, en novembre 1979, les États-Unis traitent l’Iran comme l’un des gouvernements les plus extrêmes, les plus irrationnels et les plus dangereux au monde», affirme-t-il à Arab News.

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Sur cette photo du 7 février 2019, le conseiller américain à la sécurité nationale John Bolton (à gauche) et le secrétaire d’État Mike Pompeo (à droite) écoutent le discours du président Donald Trump à Washington, D.C. (Images Getty via l’AFP)

 

Après l’attentat contre MM. Bolton et Pompeo, il s’interroge: «Les États-Unis permettront-ils toujours à l’Iran de poursuivre son programme d’enrichissement? Permettront-ils à l’Iran de se doter de l’arme nucléaire?»
Avec la découverte du complot présumé, les commentateurs politiques se sont tournés vers les réseaux sociaux pour critiquer l’approche de l’administration Biden en matière de relations avec l’Iran.
«L’intention d’assassiner un ancien haut responsable américain ne suffit pas à dissuader cette administration de négocier avec l’Iran», publie quant à elle sur Twitter Simone Ledeen, ancienne sous-secrétaire adjointe à la défense pour le Moyen-Orient.
Réagissant sur Twitter, Morgan Ortagus, un ancien porte-parole du département d’État, écrit: «Il est clair que le régime iranien fera tout pour tuer Mike Pompeo. Le coup de grâce dont l’administration Biden a apparemment besoin pour repousser l’Iran ne devrait pas faire de nombreuses victimes, parmi lesquelles notre ancien secrétaire d’État.»

Les analystes avertissent que l’absence de conséquences graves pourrait être à l’origine des tentatives audacieuses de l’Iran d’assassiner des dissidents et des ennemis à l’étranger. M. Brodsky estime que pour l’Iran, les récompenses potentielles associées à l’assassinat d’un haut responsable américain l’emportent largement sur les risques, en partie en raison du manque de mobilisation de la part des États-Unis.
«Au niveau de leur politique envers le régime iranien, les États-Unis affirment qu’il y aura de graves conséquences en cas d’attentat contre des responsables américains. Mais qu’en est-il d’une tentative d’attentat? Il s’agit d'une tentative d’assassinat d’un ancien conseiller américain à  la sécurité nationale et secrétaire d’État. C’est quelque chose d’énorme», insiste-t-il.
«Par conséquent, s’il n’y a pas de conséquences lorsqu’il y a une tentative d’attentat, les Iraniens poursuivront leurs manœuvres.»
Se tournant vers l’avenir, M. Al-Sulami déclare: «Le système politique iranien continuera de cibler d’autres pays de la région et au-delà, ainsi que des responsables des États-Unis et d’Arabie saoudite en particulier, à moins que les négociations politiques et sécuritaires, ainsi que les engagements avec Téhéran, ne s'attaquent à ce comportement belliqueux et terroriste.»
«Dans le cas contraire, l’Iran poursuivra sa politique d’assassinats qui consiste à prendre pour cible des responsables américains et arabes.»
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Le ministre libanais des Finances dément tout projet de zone économique dans le sud gérée par Kushner

Le ministre des Finances libanais, Yassine Jaber, s'est entretenu avec Arab News en marge du Forum économique mondial de Davos. (Photo AN)
Le ministre des Finances libanais, Yassine Jaber, s'est entretenu avec Arab News en marge du Forum économique mondial de Davos. (Photo AN)
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  • La proposition aurait été faite par l’émissaire américaine Morgan Ortagus mais a été « rejetée sur-le-champ »
  • La priorité est de rétablir le contrôle de l’État à tous les niveaux, affirme Yassine Jaber à Arab News

DAVOS : Le ministre libanais des Finances a catégoriquement rejeté toute idée de transformer le sud meurtri du Liban en zone économique spéciale, déclarant à Arab News, en marge du Forum économique mondial de Davos, que la proposition avait été rejetée « sur-le-champ ».

Yassine Jaber a expliqué que l’émissaire américaine au Liban, Morgan Ortagus, avait évoqué cette idée en décembre dernier pour cette région, soumise à des frappes aériennes israéliennes quasi quotidiennes, et qu’elle avait immédiatement été écartée.

Les propos de Jaber, tenus à Arab News à Davos, répondaient à des informations parues en décembre dans les médias libanais, selon lesquelles certaines parties du sud du Liban pourraient être transformées en zone économique, dans le cadre d’un plan attribué à Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump.

Par ailleurs, Jaber a également démenti des informations qui ont circulé à Davos ces deux derniers jours au sujet d’une réunion bilatérale entre des ministres libanais, l’émissaire américain pour le Moyen-Orient Steve Witkoff et Jared Kushner.

Le ministre a précisé que la réunion de mardi était en réalité un rassemblement de « tous les ministres arabes des Finances et des Affaires étrangères », au cours duquel Witkoff et Kushner « sont intervenus brièvement pour exposer à l’audience une idée concernant la mise en place d’un conseil pour la paix à Gaza ».

Il a souligné que cela n’avait pas dépassé ce cadre.

Interrogé sur l’attraction des investissements et la relance économique, Jaber a déclaré : « La réalité aujourd’hui, c’est que nous devons parvenir à une situation de stabilité qui permette à l’armée libanaise d’agir — l’agression (israélienne) doit donc cesser. »

Ces dernières années, le Liban a été frappé par une succession de catastrophes : l’une des pires crises économiques au monde, la plus grande explosion non nucléaire survenue dans le port de sa capitale, un Parlement paralysé et une guerre avec Israël.

Un mécanisme officiel a été mis en place entre le Liban et Israël afin de maintenir un cessez-le-feu et de mettre en œuvre le plan de désarmement du Hezbollah dans les zones situées au sud du fleuve Litani.

Mais, selon le ministre, les prochaines étapes d’Israël restent imprévisibles.

« Ils exercent en réalité une pression sur l’ensemble de la région. Beaucoup d’efforts sont donc déployés sur cette question », a-t-il ajouté.

« Il y a toujours des attaques dans le sud du pays. La stabilité est donc une nécessité absolue pour relancer l’économie et rendre les réformes efficaces », a-t-il poursuivi.

Les députés ont également adopté des réformes visant à restructurer le secteur bancaire, réduire l’économie du cash et lever le secret bancaire, parallèlement à un cadre de résolution bancaire.

Jaber a aussi souligné que le gouvernement avait récemment adopté une « loi sur l’écart financier », destinée à aider les déposants à récupérer leurs fonds et à restaurer le fonctionnement du système bancaire.

« L’une de nos priorités est de traiter l’ensemble des pertes causées par la guerre, essentiellement la reconstruction… et nous avons commencé à obtenir des prêts pour reconstruire les infrastructures détruites dans les zones attaquées », a-t-il déclaré.

Alors que le Hezbollah a été durement touché par la guerre, le Liban a connu une percée politique avec l’élection du commandant de l’armée, Joseph Aoun, à la présidence de la République. Il a nommé comme Premier ministre l’ancien président de la Cour internationale de Justice, Nawaf Salam.

Cette année marque la première fois qu’une délégation libanaise solide se rend à Davos, Nawaf Salam étant accompagné de Yassine Jaber, du ministre de l’Économie et du Commerce Amr Bisat, et du ministre des Télécommunications Charles Al-Hage.

« Notre priorité est de rétablir pleinement le rôle de l’État à tous les niveaux, et en particulier dans la reconstruction des institutions », a conclu Jaber.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Gaza: un collaborateur de l'AFP et deux autres journalistes tués dans une frappe israélienne

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  • Les trois hommes ont été identifiés comme Anas Ghneim, Mohammed Salah et Abdoul Raouf Shaath (aussi orthographié Shaat)
  • Ce dernier, reporter d'images indépendant âgé de 34 ans, collaborait régulièrement avec l'AFP depuis l'évacuation, début 2024, des journalistes employés par l'agence à Gaza

GAZA: Une frappe israélienne a tué mercredi un collaborateur régulier de l'AFP et deux autres journalistes palestiniens dans le centre de la bande de Gaza, l'armée israélienne indiquant avoir ciblé les opérateurs d'un drone jugé suspect.

La frappe a eu lieu dans le secteur d'al-Zahra et trois journalistes ont été tués, indique un communiqué de la Défense civile, organisation de premiers secours opérant sous le contrôle du mouvement islamiste palestinien Hamas.

Les trois hommes ont été identifiés comme Anas Ghneim, Mohammed Salah et Abdoul Raouf Shaath (aussi orthographié Shaat). Ce dernier, reporter d'images indépendant âgé de 34 ans, collaborait régulièrement avec l'AFP depuis l'évacuation, début 2024, des journalistes employés par l'agence à Gaza.

"C'est avec une immense tristesse que nous avons appris la mort d'Abdoul", écrit l'Agence France-Presse dans un communiqué, notant que "ses collègues se souviennent d'un homme généreux, doté d'un engagement journalistique profond".

L'AFP "exige une enquête complète et transparente sur les circonstances de sa mort", notant que "trop de journalistes locaux ont été tués à Gaza au cours des deux dernières années, tandis que l'accès libre pour les journalistes étrangers demeure impossible."

Une trêve précaire est en vigueur depuis le 10 octobre à Gaza entre Israël et le Hamas, que les deux camps s'accusent mutuellement de violer.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, placé sous l'autorité du Hamas, huit autres Palestiniens y ont été tués mercredi dans des frappes israéliennes.

"Crime de guerre" 

Sur la frappe ayant tué le collaborateur de l'AFP, l'armée israélienne a indiqué avoir identifié "plusieurs suspects qui opéraient un drone affilié au Hamas dans le centre de la bande de Gaza", sans plus de détails sur cette affiliation prétendue.

Les forces israéliennes "ont frappé avec précision les suspects qui l'avaient activé", a ajouté l'armée, précisant que les circonstances faisaient l'objet d'un "examen".

Sur place, un témoin a déclaré à l'AFP que les journalistes utilisaient un drone pour filmer une distribution d'aide humanitaire gérée par le Comité égyptien de secours, lorsqu'un véhicule qui les accompagnait a été visé.

"Cette zone est considérée comme sûre et humanitaire", a noté un autre témoin, Mahmoud Azzam, interrogé par l'AFP près du lieu de la frappe, où des hommes en chasuble siglée du logo du Comité égyptien de secours fouillaient la carcasse d'une voiture calcinée.

"Un véhicule appartenant au Comité égyptien a été pris pour cible lors d'une mission humanitaire", a dit Mohammed Mansour, porte-parole de cette organisation à Gaza-ville. Précisant que "tous les véhicules" du Comité portent son logo, il a dénoncé une frappe israélienne "criminelle".

Abdoul Raouf Shaath n'était pas en mission pour l'AFP au moment de la frappe. Son dernier reportage pour l'agence avait été publié lundi.

Dans l'enceinte de l'hôpital Nasser de Khan Younès (sud) où les dépouilles des journalistes ont été amenées, des dizaines de personnes sont venues saluer leur mémoire.

Le Syndicat des journalistes palestiniens a condamné "avec la plus grande fermeté" cette attaque, dénonçant une "politique systématique et délibérée" d'Israël pour "cibler intentionnellement les journalistes palestiniens".

"Cette frappe isolée sur des journalistes identifiables par leurs équipements de reportage pourrait indiquer un ciblage et constituer un crime de guerre", a déclaré dans un communiqué Martin Roux, responsable du desk Crises de l'organisation de défense des journalistes Reporters sans frontières (RSF).

 "Dangers immenses" 

"Cette attaque rappelle avec force les dangers immenses auxquels les journalistes, comme les autres civils, continuent d'être exposés, même pendant le cessez-le-feu en cours", a relevé le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

Le Hamas, qui a pris le pouvoir à Gaza en 2007, a dénoncé un "crime de guerre".

Le fragile cessez-le-feu à Gaza, première étape du plan de Donald Trump visant à mettre fin à la guerre, est émaillé de tirs quotidiens, tandis que la situation humanitaire reste critique.

Près de 470 Palestiniens ont été tués depuis le début de la trêve, selon le ministère de la Santé de Gaza. L'armée israélienne a pour sa part fait état de trois soldats tués, depuis la même date.

Selon RSF, "près de 220 journalistes ont été tués à Gaza par l'armée israélienne depuis le début de son offensive il y a plus de deux ans, dont au moins 71 ciblés ou tués dans l'exercice de leur travail."

L'armée israélienne affirme elle que nombre de professionnels de la presse qu'elle reconnaît avoir éliminé étaient des "terroristes" membres de la branche armée du Hamas ou d'autres groupes armés palestiniens.


L’Arabie saoudite, la Turquie et six autres pays rejoignent le « Conseil de la paix » de Trump

Des véhicules militaires israéliens passent devant les destructions à Gaza, vues depuis le côté israélien de la frontière entre Israël et Gaza, dans le sud d'Israël, le 21 janvier 2026. (Reuters)
Des véhicules militaires israéliens passent devant les destructions à Gaza, vues depuis le côté israélien de la frontière entre Israël et Gaza, dans le sud d'Israël, le 21 janvier 2026. (Reuters)
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  • Les huit pays ont réaffirmé dans leur déclaration commune leur soutien aux efforts de paix menés par Trump et se sont engagés à appuyer la mission du Conseil en tant qu’organe de gouvernance transitoire

DAVOS : Un groupe de pays arabes et islamiques a annoncé mercredi qu’il rejoignait le nouveau « Conseil de la paix » proposé par le président américain Donald Trump, une initiative destinée à stabiliser et reconstruire la bande de Gaza.

Dans une déclaration commune, les ministères des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite, de la Turquie, de l’Égypte, de la Jordanie, de l’Indonésie, du Pakistan, du Qatar et des Émirats arabes unis ont indiqué avoir accueilli favorablement l’invitation de Trump à participer à ce conseil pour la paix à Gaza.

Les huit pays ont réaffirmé leur soutien aux efforts de paix menés par Trump et se sont engagés à soutenir la mission du Conseil en tant qu’organe de gouvernance transitoire, dans le cadre d’un plan plus large visant à mettre fin au conflit à Gaza.

La mission du Conseil vise à « consolider un cessez-le-feu permanent, soutenir la reconstruction de Gaza et promouvoir une paix juste et durable fondée sur le droit du peuple palestinien à l’autodétermination et à la création d’un État, conformément au droit international, ouvrant ainsi la voie à la sécurité et à la stabilité pour tous les pays et peuples de la région », précise le communiqué.

S’exprimant mercredi en marge du Forum économique mondial à Davos, l’envoyé spécial américain pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, a déclaré que la région évoluait dans la bonne direction.

« Je pense que ce qui se passe est remarquable », a-t-il confié à Arab News. « Tout le monde, je crois, travaille ensemble en faveur de la paix. Tous ont adhéré aux idées du président Trump concernant le “Conseil de la paix”, et je suis très optimiste. »

M. Witkoff a également déclaré que Téhéran devait venir s’asseoir à la table des négociations. « Cela doit arriver. C’est essentiel. Si l’Iran avance, alors la région avance aussi, et nous devons clarifier cela », a-t-il affirmé.

Depuis le déclenchement des manifestations antigouvernementales, Trump a exhorté à plusieurs reprises les dirigeants iraniens à mettre fin à la répression violente des manifestants, promettant des « mesures très fortes » si des exécutions avaient lieu. Il a également appelé les Iraniens à poursuivre les manifestations et à « prendre le contrôle des institutions ».

Mardi, les organisateurs du Forum de Davos ont annoncé que l’invitation adressée au ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, avait été retirée, invoquant « la perte tragique de vies civiles en Iran au cours des dernières semaines ».

M. Araghchi a condamné cette décision, accusant le Forum de faire preuve de « doubles standards flagrants ».

Pendant ce temps, les dirigeants européens présents à Davos semblaient plus sceptiques quant à une éventuelle participation au Conseil de la paix pour Gaza, plusieurs d’entre eux réfléchissant à décliner l’invitation.

D’autres annonces concernant la participation sont attendues jeudi, à l’issue d’une nouvelle phase de tractations diplomatiques à Davos, alors que les capitales évaluent l’impact potentiel du Conseil sur les efforts existants menés sous l’égide de l’ONU.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com