Pourquoi le complot qui visait à tuer John Bolton fait partie de l’ADN du régime iranien

John Bolton (à gauche), Mike Pompeo et Adel al-Joubeir sont les dernières cibles dans le viseur du Corps des gardiens de la révolution islamique. (AFP)
John Bolton (à gauche), Mike Pompeo et Adel al-Joubeir sont les dernières cibles dans le viseur du Corps des gardiens de la révolution islamique. (AFP)
Short Url
Publié le Vendredi 12 août 2022

Pourquoi le complot qui visait à tuer John Bolton fait partie de l’ADN du régime iranien

  • Depuis 1979, des individus soupçonnés d’être affiliés au gouvernement iranien ont mené des attaques contre des dissidents et des personnalités de l’opposition dans plus d’une douzaine de pays
  • Les analystes avertissent que l’absence de conséquences graves pourrait être à l’origine des tentatives audacieuses de l’Iran d’assassiner des dissidents et des ennemis à l’étranger

KAMESHLI (Syrie)/DJEDDAH: Au cours de cette dernière année, et à l’insu des citoyens de Washington, un assassin aurait rôdé dans les rues de la capitale américaine à la recherche d’une cible principale: un ancien haut responsable américain, dont le meurtre allait secouer le monde et représenter un symbole de vengeance contre l’Occident.
Ce plan aurait été déjoué mercredi dernier, lorsque le ministère américain de la Justice a officiellement accusé un citoyen iranien d’avoir comploté pour tuer John Bolton, conseiller principal à la sécurité nationale sous les administrations Bush et Trump.
Shahram Poursafi est accusé d’avoir recouru à des installations commerciales interétatiques pour commettre un meurtre contre rémunération et d’avoir fourni – et tenté de fournir – un soutien matériel à des terroristes.

iran
L’avis de recherche émis par le FBI contre Shahram Poursafi. (AFP)

Selon l’acte d’accusation du ministère de la Justice, M. Poursafi a tenté d’embaucher des criminels aux États-Unis pour commettre le meurtre à Washington, D.C. ou dans le Maryland contre la somme de 300 000 dollars (1 dollar = 0,97 euro). M. Poursafi serait entré en contact avec une source confidentielle le 9 novembre dernier.
Le FBI affirme que M. Poursafi est membre du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), qui est désigné comme organisation terroriste par l’Arabie saoudite, Bahreïn et les États-Unis. Il agissait au nom de la force Al-Qods, branche d’élite du CGRI. M. Poursafi, qui est toujours en liberté, est armé et considéré comme dangereux.

 

Biographie

Nom: Shahram Poursafi
Lieu de naissance: Iran
Date de naissance: 21 septembre 1976
Affiliation: Force Al-Qods, Corps des gardiens de la révolution islamique
Accusations pénales: soutien matériel au terrorisme, tentative de meurtre d’un haut responsable américain en échange d’une rémunération
Statut: en liberté

Nasser Kanaani, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, a vigoureusement nié que le gouvernement iranien prévoyait d’assassiner M. Bolton; il a soutenu que les accusations étaient «sans fondement». Mais le long passé du régime montre qu’il a l’habitude de prendre pour cible les critiques et les dissidents à l’étranger et rend peu crédible sa protestation d’innocence.
Depuis la révolution iranienne de 1979, Téhéran a perpétré des assassinats et des attaques contre des dissidents iraniens et des responsables étrangers dans le monde entier. C’est pour cette raison que le Dr Mohammed al-Sulami, expert en affaires iraniennes, n’est pas surpris par l’annonce de ce récent complot.
«L’Iran adopte cette stratégie depuis des décennies», explique M. Al-Sulami, fondateur et président de l’Institut international d’études iraniennes à Riyad (Rasanah) dans un entretien accordé à Arab News. «Plus de deux douzaines d’opérations d’assassinat réussies ont été menées par le régime iranien à travers le monde.»

iran
L’agent iranien Ali Vakili Rad (au centre) quitte la prison de Poissy, en France, le 18 mai 2010, après sa libération. Il est accusé du meurtre du dernier Premier ministre du chah, Chapour Bakhtiar. (AFP)


Depuis 1979, des individus soupçonnés d’être affiliés au gouvernement iranien ont mené des attaques contre des dissidents et des personnalités de l’opposition dans plus d’une douzaine de pays, dont la France, les États-Unis, l’Autriche, la Suisse, le Royaume-Uni, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Albanie, la Thaïlande, le Danemark et la Turquie. Des individus liés au gouvernement iranien ont également détourné des avions et bombardé des bureaux gouvernementaux ainsi que des installations militaires dans le monde entier.
«Les évaluations de la menace mondiale, menées par la communauté du renseignement des États-Unis, avertissent depuis des années que l’Iran tente de développer des réseaux à l’intérieur des États-Unis pour la mise en œuvre de telles opérations», confie à Arab News Jason Brodsky, directeur des politiques chez United Against Nuclear Iran.
«Ces opérations sont choquantes, mais pas surprenantes. Elles remontent au début de la révolution islamique», précise-t-il en citant l’assassinat de l’exilé iranien et ancien attaché de presse auprès de l’ambassade d’Iran aux États-Unis, Ali Akbar Tabatabaei, dans le Maryland en 1980.

Les complots iraniens en chiffres

21 dissidents iraniens pris pour cible.
21 cibles arabes ou occidentales.
19 cibles israéliennes ou juives.

M. Brodsky souligne que, en 2011, le ministère américain de la Justice avait accusé deux citoyens iraniens, dont l’un était commandant de la force Al-Qods, d’avoir planifié un meurtre contre rémunération contre l’ambassadeur saoudien de l’époque, Adel al-Joubeir, dans un restaurant situé en plein cœur de la capitale américaine.
Les enquêtes du FBI révèlent que de l’argent avait été transféré à Mansour Arbabsiar, l’un des assassins potentiels, qui possède la double nationalité iranienne et américaine, à partir d’un compte bancaire connu de la force Al-Qods, et que les frais d’assassinat s’élevaient à 1,5 million de dollars.
La plainte pénale déposée en 2011 par le ministère de la Justice indique que «la force Al-Qods mène des opérations secrètes sensibles à l’étranger, y compris des attaques terroristes, des assassinats et des enlèvements. Par ailleurs, elle est soupçonnée de parrainer des attaques contre les forces de la coalition en Irak».
Eric Holder, procureur général des États-Unis à l’époque, ajoute: «La plainte pénale dévoilée aujourd’hui révèle un complot meurtrier dirigé par des factions du gouvernement iranien pour assassiner un ambassadeur étranger sur le sol américain au moyen d’explosifs.»

iran
Mansour Arbabsiar a été condamné par un tribunal américain en 2013 pour avoir fait partie d’un complot destiné à assassiner Adel al-Joubeir, alors ambassadeur du royaume d’Arabie saoudite aux États-Unis. (Photo Twitter)

Finalement, le complot, qui consistait à embaucher un cartel de la drogue au Mexique pour assassiner M. Al-Joubeir – aujourd’hui ministre d’État saoudien aux Affaires étrangères – a échoué en raison d’une mauvaise planification et du recours à des agents non compétents. M. Arbabsiar, qui travaillait comme vendeur de voitures d’occasion au Texas, a été condamné à vingt-cinq ans de prison en 2013.
«L’Iran a parrainé le terrorisme international hors de tout doute raisonnable», déclare à Arab News le Dr Hamdan al-Shehri, analyste politique saoudien et spécialiste des relations internationales.
«Le pays le fait par l’intermédiaire de ses agents et de ses mandataires, créant le chaos dans la région et ailleurs. Ils constituent désormais une menace non seulement pour la région, mais aussi pour les États-Unis, en attaquant des missions et des bases militaires américaines.»
De telles attaques imputées à l’Iran ne se limitent pas seulement aux personnalités politiques. Masih Alinejad, journaliste irano-américaine et militante des droits des femmes, a été la cible d’un complot d’enlèvement en juillet de l’année dernière. Le mois dernier, un homme armé d’un fusil AK-47 chargé a été arrêté devant son domicile, à New York.
M. Brodsky affirme que, dans le cadre du complot mené contre cette militante, ce sont des agents des renseignements iraniens qui sont directement impliqués, et non la force d’élite internationale Al-Qods.

iran
La journaliste irano-américaine et militante des droits des femmes, Masih Alinejad, a été la cible d’une tentative d’enlèvement à Téhéran l’année dernière. (AFP)

«La force Al-Qods du CGRI n’est pas la seule à mener des opérations pour nuire à des citoyens américains aux États-Unis. Le ministère iranien du Renseignement a également entrepris des opérations similaires», poursuit-il. «Cela montre que nous avons différentes parties du système iranien qui essaient toutes de pénétrer aux États-Unis, ce qui, bien sûr, constitue une source de préoccupation.»
Des sources proches de Mike Pompeo, l’ancien secrétaire d’État américain, ont déclaré à CNN que M. Bolton n’était pas la seule cible du dernier complot iranien. M. Pompeo aurait été l’une des deux personnes que M. Poursafi avait cherché à assassiner par l’intermédiaire d’un tiers. La récompense aurait été fixée à un million de dollars.

 

Principaux complots terroristes iraniens sur le sol étranger

7 décembre 1979: un assassin tue Shahriar Shafiq, neveu de l’ancien chah, devant son domicile à Paris.
13 juillet 1989: des agents iraniens tuent le chef du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran, Abdelrahmane Ghassemlou, à Vienne.
24 avril 1990: Kazem Radjavi, universitaire et opposant iranien, est abattu dans sa voiture aux environs de Genève.
6 août 1991: des agents tuent l’ancien Premier ministre iranien, Chapour Bakhtiar, à son domicile, près de Paris, où il s’était réfugié après la révolution de 1979.
24 juillet 1992: le Royaume-Uni ordonne à trois Iraniens de quitter le pays après avoir découvert leur implication dans un complot qui visait à éliminer le romancier Salman Rushdie.
8 août 1992: le chanteur et artiste iranien Fereydoun Farrokhzad est retrouvé mort dans son appartement à Bonn.
17 septembre 1992: trois dirigeants irano-kurdes sont tués dans un restaurant grec de Berlin lors d’une attaque à la mitrailleuse surnommée «les assassinats du restaurant Mykonos».
20 février 1996: Zahra Rajabi, éminente membre de l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien, basée en Turquie, est abattue dans son appartement d’Istanbul.
11 octobre 2011: des responsables américains découvrent un complot iranien qui a pour but à tuer Adel al-Joubeir, ambassadeur d’Arabie saoudite aux États-Unis. Le ressortissant iranien Mansour Arbabsiar est coupable d’avoir planifié l’attentat.
30 juin 2018: un complot terroriste vise un rassemblement du Conseil national de la résistance iranienne à Paris. Les procureurs accusent le diplomate iranien Assadolah Assadi et trois autres personnes d’avoir planifié l’attaque.
14 novembre 2019: le scientifique et dissident iranien Masoud Molavi Vardanjani est abattu dans une rue d’Istanbul par des agents iraniens.
Juillet 2020: l’Iran déclare avoir capturé Jamshid Sharmahd, un membre de l’opposition, qui résidait aux États-Unis. Les détails de sa détention et de son expulsion ultérieure vers l’Iran demeurent un mystère.
Juillet 2021: des responsables américains affirment que des agents iraniens envisagent de kidnapper la journaliste et critique iranienne Masih Alinejad, qui habite à New York, ainsi que quatre autres personnes au Canada et au Royaume-Uni.

Les complots de l’Iran contre des responsables et des citoyens américains surviennent après la frappe du 1er janvier 2020 qui a tué Qassem Soleimani, commandant de la force Al-Qods. Après cette action, les responsables politiques et militaires iraniens ont juré de venger la mort de Soleimani.
Cependant, selon M. Al-Sulami, le régime a complètement échoué en termes de vengeance et il a terni son image auprès des partisans de la région, et au-delà.
«Soleimani n’est pas un commandant militaire remplaçable en termes de gestion des milices du CGRI en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen; c’est une grande perte au niveau de la gestion du dossier régional de l’Iran», déclare à Arab News M. Al-Sulami. Ce dernier ajoute que l’Iran a eu recours aux assassinats lorsqu’il a pris conscience du fait que sa propagande n’avait pas réussi à convaincre les Iraniens ni les milices soutenues par l’Iran qu’il avait vengé la mort de Soleimani.

iran
Feu le général Qassem Soleimani, ancien commandant de la célèbre force iranienne Al-Qods. (AFP)

Au mois de janvier dernier, deux ans après le meurtre de Soleimani, le président iranien, Ebrahim Raïssi, a juré de se venger des responsables si le président américain Donald Trump n’était pas jugé pour avoir ordonné la frappe.
M. Pompeo occupait le poste de secrétaire d’État au moment du meurtre de Soleimani et M. Bolton avait incité à la fois au changement de régime en Iran et au retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien.
M. Al-Shehri explique que la dernière révélation conduit à se demander comment les relations américano-iraniennes seront affectées, le cas échéant. «Depuis que l’ayatollah Khomeini a dénoncé les États-Unis comme le “grand Satan” et qu’il a approuvé la prise d’assaut de l’ambassade américaine à Téhéran, en novembre 1979, les États-Unis traitent l’Iran comme l’un des gouvernements les plus extrêmes, les plus irrationnels et les plus dangereux au monde», affirme-t-il à Arab News.

iran
Sur cette photo du 7 février 2019, le conseiller américain à la sécurité nationale John Bolton (à gauche) et le secrétaire d’État Mike Pompeo (à droite) écoutent le discours du président Donald Trump à Washington, D.C. (Images Getty via l’AFP)

 

Après l’attentat contre MM. Bolton et Pompeo, il s’interroge: «Les États-Unis permettront-ils toujours à l’Iran de poursuivre son programme d’enrichissement? Permettront-ils à l’Iran de se doter de l’arme nucléaire?»
Avec la découverte du complot présumé, les commentateurs politiques se sont tournés vers les réseaux sociaux pour critiquer l’approche de l’administration Biden en matière de relations avec l’Iran.
«L’intention d’assassiner un ancien haut responsable américain ne suffit pas à dissuader cette administration de négocier avec l’Iran», publie quant à elle sur Twitter Simone Ledeen, ancienne sous-secrétaire adjointe à la défense pour le Moyen-Orient.
Réagissant sur Twitter, Morgan Ortagus, un ancien porte-parole du département d’État, écrit: «Il est clair que le régime iranien fera tout pour tuer Mike Pompeo. Le coup de grâce dont l’administration Biden a apparemment besoin pour repousser l’Iran ne devrait pas faire de nombreuses victimes, parmi lesquelles notre ancien secrétaire d’État.»

Les analystes avertissent que l’absence de conséquences graves pourrait être à l’origine des tentatives audacieuses de l’Iran d’assassiner des dissidents et des ennemis à l’étranger. M. Brodsky estime que pour l’Iran, les récompenses potentielles associées à l’assassinat d’un haut responsable américain l’emportent largement sur les risques, en partie en raison du manque de mobilisation de la part des États-Unis.
«Au niveau de leur politique envers le régime iranien, les États-Unis affirment qu’il y aura de graves conséquences en cas d’attentat contre des responsables américains. Mais qu’en est-il d’une tentative d’attentat? Il s’agit d'une tentative d’assassinat d’un ancien conseiller américain à  la sécurité nationale et secrétaire d’État. C’est quelque chose d’énorme», insiste-t-il.
«Par conséquent, s’il n’y a pas de conséquences lorsqu’il y a une tentative d’attentat, les Iraniens poursuivront leurs manœuvres.»
Se tournant vers l’avenir, M. Al-Sulami déclare: «Le système politique iranien continuera de cibler d’autres pays de la région et au-delà, ainsi que des responsables des États-Unis et d’Arabie saoudite en particulier, à moins que les négociations politiques et sécuritaires, ainsi que les engagements avec Téhéran, ne s'attaquent à ce comportement belliqueux et terroriste.»
«Dans le cas contraire, l’Iran poursuivra sa politique d’assassinats qui consiste à prendre pour cible des responsables américains et arabes.»
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Syrie: deux explosions près de l'hôtel de Damas où Macron a passé la nuit

  • Emmanuel Macron est arrivé lundi soir en Syrie, la première visite d'un dirigeant d'une puissance occidentale dans le pays depuis l'arrivée au pouvoir d'une coalition islamiste
  • Sa visite est intervenue alors que dix personnes ont été tuées jeudi dans un attentat à la bombe contre un café du centre de Damas

DAMAS: Une explosion a secoué mardi matin Damas, selon des journalistes de l'AFP, dans un secteur proche de l'hôtel du centre de la capitale syrienne où le président français Emmanuel Macron a passé la nuit.

Des témoins ont vu de la fumée s'élevant du quartier, alors que le dirigeant avait quitté l'hôtel Four Seasons et était arrivé au palais présidentiel pour un entretien avec son homologue Ahmad al-Chareh.

Des ambulances, sirènes hurlantes, se sont dirigées vers les lieux alors que les forces de sécurité ont bloqué plusieurs issues menant au secteur.

Emmanuel Macron est arrivé lundi soir en Syrie, la première visite d'un dirigeant d'une puissance occidentale dans le pays depuis l'arrivée au pouvoir d'une coalition islamiste.

Sa visite est intervenue alors que dix personnes ont été tuées jeudi dans un attentat à la bombe contre un café du centre de Damas.

Lundi soir, Emmanuel Macron avait dîné avec le président syrien dans un restaurant du centre de Damas avant de se rendre avec lui à la célèbre mosquée des Omeyyades au cœur de la ville.


Israël: le Parlement adopte en première lecture la création d'une commission d'enquête sur le 7-Octobre défendue par Netanyahu

Le Parlement israélien a approuvé lundi en première lecture une loi établissant une commission d'enquête, défendue par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur les défaillances sécuritaires ayant conduit à l'attaque du 7 octobre 2023 perpétrée par le mouvement islamiste palestinien Hamas. (AFP)
Le Parlement israélien a approuvé lundi en première lecture une loi établissant une commission d'enquête, défendue par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur les défaillances sécuritaires ayant conduit à l'attaque du 7 octobre 2023 perpétrée par le mouvement islamiste palestinien Hamas. (AFP)
  • "Le principe de cette proposition de loi est de permettre de mener, en toute indépendance, des investigations poussées sur les évènements du (...) massacre du 7 octobre", précise une note explicative jointe à la proposition de loi
  • Celle-ci a été adoptée avec 59 voix en sa faveur, sur les 120 sièges que compte la Knesset, Parlement israélien, sans voix contre ni abstention

JERUSALEM: Le Parlement israélien a approuvé lundi en première lecture une loi établissant une commission d'enquête, défendue par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur les défaillances sécuritaires ayant conduit à l'attaque du 7 octobre 2023 perpétrée par le mouvement islamiste palestinien Hamas.

Le vote a été boycotté par l'opposition qui estime que la commission proposée sera à la botte du gouvernement.

"Le principe de cette proposition de loi est de permettre de mener, en toute indépendance, des investigations poussées sur les évènements du (...) massacre du 7 octobre", précise une note explicative jointe à la proposition de loi.

Celle-ci a été adoptée avec 59 voix en sa faveur, sur les 120 sièges que compte la Knesset, Parlement israélien, sans voix contre ni abstention.

Telle que définie par cette loi, les six membres de la commission seraient nommés par la Knesset, à la majorité des deux tiers. En l'absence d'un consensus, trois membres seraient désignés par la coalition au pouvoir et trois par l'opposition.

D'anciens otages, enlevés par le Hamas lors du 7-Octobre, ou des membres de familles endeuillées auraient un rôle d'observateurs, tandis que les délibérations de la commission seraient diffusées et accessibles au grand public.

Ariel Kallner, parlementaire à l'initiative de la loi, a défendu la composition bipartisane de la commission.

"Seule une commission formée de façon égalitaire nous permettra de découvrir la vérité et de préserver la confiance de l'opinion publique. Cette commission pourra enquêter sur n'importe quelle entité qui a profondément influencé la politique sécuritaire d'Israël", a-t-il déclaré dans un communiqué publié par la Knesset.

Le 7 octobre 2023, des commandos du mouvement islamiste palestinien Hamas ont lancé une attaque surprise en Israël qui a entraîné la mort de plus de 1.200 personnes, en majorité des civils, selon des données officielles.

En riposte, Israël a lancé une offensive dans la bande de Gaza, faisant plus de 73.000 morts en deux ans, d'après les chiffres du ministère de la Santé de Gaza, placé sous l'autorité du Hamas, jugés fiables par l'ONU. Un cessez-le-feu fragile est en vigueur depuis octobre.

Des personnalités d'opposition ont fait savoir qu'elles boycotteraient toute commission nommée par des hommes politiques.

Dans ce cas, le pouvoir de désigner des membres échoirait en dernière instance au président du Parlement, ce qui reviendrait à confier le contrôle du processus à la coalition au pouvoir.

L'opposition appelle depuis longtemps de ses voeux l'établissement d'une commission d'enquête nationale indépendante, mécanisme fréquemment mis en place par le passé lors de fiascos majeurs.

Les sondages indiquent qu'une majorité d'Israéliens, quelle que soit leur sensibilité politique, soutiennent un tel mécanisme pour conduire l'enquête.

Les membres de la commission seraient alors nommés par le président de la Cour suprême, actuellement en désaccord avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur plusieurs sujets.

"L'opposition ne prendra pas part à une comédie dont le seul but est de blanchir et d'empêcher une réelle enquête sur le plus grand désastre qu'a connu le peuple juif depuis l'Holocauste", a expliqué le  chef de l'opposition Yaïr Lapid sur X.

La proposition de loi doit maintenant être examinée par la commission de la Constitution de la Knesset pour de plus amples débats, avant les lectures finales, qui devraient se tenir la semaine prochaine.

Mardi, des milliers de personnes ont manifesté dans les rues de Tel-Aviv et ailleurs dans le pays pour commémorer les 1.000 jours depuis l'attaque du 7-Octobre, exigeant la création d'une commission nationale d'enquête.

glp/cgc/vl

 


Un tanker touché par un projectile non-identifié dans la région du détroit d'Ormuz

Un tanker a été atteint lundi par un projectile non-identifié au large d'Oman, dans la région du détroit d'Ormuz, a rapporté l'agence maritime britannique UKMTO. (AFP)
Un tanker a été atteint lundi par un projectile non-identifié au large d'Oman, dans la région du détroit d'Ormuz, a rapporté l'agence maritime britannique UKMTO. (AFP)
  • L'attaque a eu lieu à 8 milles nautiques à l'est de Limah, dans le sultanat d'Oman
  • Le site américain Axios a rapporté lundi soir que l'Iran avait "tiré au moins deux missiles sur des navires commerciaux", citant deux responsables américains. Selon l'un de ces responsables, un deuxième bateau a été touché

LONDRES: Un tanker a été atteint lundi par un projectile non-identifié au large d'Oman, dans la région du détroit d'Ormuz, a rapporté l'agence maritime britannique UKMTO.

"Un tanker a indiqué avoir été touché par un projectile inconnu sur le côté bâbord, provoquant un incendie, alors qu'il naviguait vers le sud", a écrit l'UKMTO dans un communiqué, ajoutant que l'incident n'avait pas fait de blessé ni causé de dommage à l'environnement.

L'attaque a eu lieu à 8 milles nautiques à l'est de Limah, dans le sultanat d'Oman.

Le site américain Axios a rapporté lundi soir que l'Iran avait "tiré au moins deux missiles sur des navires commerciaux", citant deux responsables américains. Selon l'un de ces responsables, un deuxième bateau a été touché et présente des dégâts importants.

L'AFP n'a pas été en mesure de confirmer ces informations de manière indépendante.

Les navires marchands ont été fortement affectés par le conflit au Moyen-Orient depuis le 1er mars, lorsque l'Iran a fermé ce passage vital en représailles à des frappes américaines et israéliennes, les Etats-Unis imposant pour leur part un blocus des ports iraniens.

Le trafic maritime a repris après la signature d'un protocole d'accord entre Washington et Téhéran le 17 juin pour mettre fin au conflit. Mais l'Iran répète, en dépit de l'opposition des Etats-Unis, qu'il n'y aura pas de retour à la situation d'avant-guerre, quand le passage du détroit était gratuit, et menace les navires tentés de contourner le seul itinéraire qu'il a autorisé, le long de ses côtes.

Fin juin, accusant Téhéran d'avoir ciblé deux navires, les Etats-Unis avaient bombardé le pays en retour, et l'Iran avait ciblé en représailles ses voisins du Golfe, Koweït et Bahreïn. Iran et Etats-Unis s'étaient ensuite mis d'accord sur une pause des hostilités.

Le détroit d'Ormuz constitue la principale voie maritime connectant les riches pays pétroliers du Moyen-Orient au reste du monde, en particulier aux marchés asiatiques.

En 2024, environ 20 millions de barils de brut y circulaient quotidiennement, l'équivalent de près de 20% de la consommation mondiale de pétrole liquide, selon l'Agence américaine de l'Energie (EIA).