Pourquoi le complot qui visait à tuer John Bolton fait partie de l’ADN du régime iranien

John Bolton (à gauche), Mike Pompeo et Adel al-Joubeir sont les dernières cibles dans le viseur du Corps des gardiens de la révolution islamique. (AFP)
John Bolton (à gauche), Mike Pompeo et Adel al-Joubeir sont les dernières cibles dans le viseur du Corps des gardiens de la révolution islamique. (AFP)
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Publié le Vendredi 12 août 2022

Pourquoi le complot qui visait à tuer John Bolton fait partie de l’ADN du régime iranien

  • Depuis 1979, des individus soupçonnés d’être affiliés au gouvernement iranien ont mené des attaques contre des dissidents et des personnalités de l’opposition dans plus d’une douzaine de pays
  • Les analystes avertissent que l’absence de conséquences graves pourrait être à l’origine des tentatives audacieuses de l’Iran d’assassiner des dissidents et des ennemis à l’étranger

KAMESHLI (Syrie)/DJEDDAH: Au cours de cette dernière année, et à l’insu des citoyens de Washington, un assassin aurait rôdé dans les rues de la capitale américaine à la recherche d’une cible principale: un ancien haut responsable américain, dont le meurtre allait secouer le monde et représenter un symbole de vengeance contre l’Occident.
Ce plan aurait été déjoué mercredi dernier, lorsque le ministère américain de la Justice a officiellement accusé un citoyen iranien d’avoir comploté pour tuer John Bolton, conseiller principal à la sécurité nationale sous les administrations Bush et Trump.
Shahram Poursafi est accusé d’avoir recouru à des installations commerciales interétatiques pour commettre un meurtre contre rémunération et d’avoir fourni – et tenté de fournir – un soutien matériel à des terroristes.

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L’avis de recherche émis par le FBI contre Shahram Poursafi. (AFP)

Selon l’acte d’accusation du ministère de la Justice, M. Poursafi a tenté d’embaucher des criminels aux États-Unis pour commettre le meurtre à Washington, D.C. ou dans le Maryland contre la somme de 300 000 dollars (1 dollar = 0,97 euro). M. Poursafi serait entré en contact avec une source confidentielle le 9 novembre dernier.
Le FBI affirme que M. Poursafi est membre du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), qui est désigné comme organisation terroriste par l’Arabie saoudite, Bahreïn et les États-Unis. Il agissait au nom de la force Al-Qods, branche d’élite du CGRI. M. Poursafi, qui est toujours en liberté, est armé et considéré comme dangereux.

 

Biographie

Nom: Shahram Poursafi
Lieu de naissance: Iran
Date de naissance: 21 septembre 1976
Affiliation: Force Al-Qods, Corps des gardiens de la révolution islamique
Accusations pénales: soutien matériel au terrorisme, tentative de meurtre d’un haut responsable américain en échange d’une rémunération
Statut: en liberté

Nasser Kanaani, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, a vigoureusement nié que le gouvernement iranien prévoyait d’assassiner M. Bolton; il a soutenu que les accusations étaient «sans fondement». Mais le long passé du régime montre qu’il a l’habitude de prendre pour cible les critiques et les dissidents à l’étranger et rend peu crédible sa protestation d’innocence.
Depuis la révolution iranienne de 1979, Téhéran a perpétré des assassinats et des attaques contre des dissidents iraniens et des responsables étrangers dans le monde entier. C’est pour cette raison que le Dr Mohammed al-Sulami, expert en affaires iraniennes, n’est pas surpris par l’annonce de ce récent complot.
«L’Iran adopte cette stratégie depuis des décennies», explique M. Al-Sulami, fondateur et président de l’Institut international d’études iraniennes à Riyad (Rasanah) dans un entretien accordé à Arab News. «Plus de deux douzaines d’opérations d’assassinat réussies ont été menées par le régime iranien à travers le monde.»

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L’agent iranien Ali Vakili Rad (au centre) quitte la prison de Poissy, en France, le 18 mai 2010, après sa libération. Il est accusé du meurtre du dernier Premier ministre du chah, Chapour Bakhtiar. (AFP)


Depuis 1979, des individus soupçonnés d’être affiliés au gouvernement iranien ont mené des attaques contre des dissidents et des personnalités de l’opposition dans plus d’une douzaine de pays, dont la France, les États-Unis, l’Autriche, la Suisse, le Royaume-Uni, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Albanie, la Thaïlande, le Danemark et la Turquie. Des individus liés au gouvernement iranien ont également détourné des avions et bombardé des bureaux gouvernementaux ainsi que des installations militaires dans le monde entier.
«Les évaluations de la menace mondiale, menées par la communauté du renseignement des États-Unis, avertissent depuis des années que l’Iran tente de développer des réseaux à l’intérieur des États-Unis pour la mise en œuvre de telles opérations», confie à Arab News Jason Brodsky, directeur des politiques chez United Against Nuclear Iran.
«Ces opérations sont choquantes, mais pas surprenantes. Elles remontent au début de la révolution islamique», précise-t-il en citant l’assassinat de l’exilé iranien et ancien attaché de presse auprès de l’ambassade d’Iran aux États-Unis, Ali Akbar Tabatabaei, dans le Maryland en 1980.

Les complots iraniens en chiffres

21 dissidents iraniens pris pour cible.
21 cibles arabes ou occidentales.
19 cibles israéliennes ou juives.

M. Brodsky souligne que, en 2011, le ministère américain de la Justice avait accusé deux citoyens iraniens, dont l’un était commandant de la force Al-Qods, d’avoir planifié un meurtre contre rémunération contre l’ambassadeur saoudien de l’époque, Adel al-Joubeir, dans un restaurant situé en plein cœur de la capitale américaine.
Les enquêtes du FBI révèlent que de l’argent avait été transféré à Mansour Arbabsiar, l’un des assassins potentiels, qui possède la double nationalité iranienne et américaine, à partir d’un compte bancaire connu de la force Al-Qods, et que les frais d’assassinat s’élevaient à 1,5 million de dollars.
La plainte pénale déposée en 2011 par le ministère de la Justice indique que «la force Al-Qods mène des opérations secrètes sensibles à l’étranger, y compris des attaques terroristes, des assassinats et des enlèvements. Par ailleurs, elle est soupçonnée de parrainer des attaques contre les forces de la coalition en Irak».
Eric Holder, procureur général des États-Unis à l’époque, ajoute: «La plainte pénale dévoilée aujourd’hui révèle un complot meurtrier dirigé par des factions du gouvernement iranien pour assassiner un ambassadeur étranger sur le sol américain au moyen d’explosifs.»

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Mansour Arbabsiar a été condamné par un tribunal américain en 2013 pour avoir fait partie d’un complot destiné à assassiner Adel al-Joubeir, alors ambassadeur du royaume d’Arabie saoudite aux États-Unis. (Photo Twitter)

Finalement, le complot, qui consistait à embaucher un cartel de la drogue au Mexique pour assassiner M. Al-Joubeir – aujourd’hui ministre d’État saoudien aux Affaires étrangères – a échoué en raison d’une mauvaise planification et du recours à des agents non compétents. M. Arbabsiar, qui travaillait comme vendeur de voitures d’occasion au Texas, a été condamné à vingt-cinq ans de prison en 2013.
«L’Iran a parrainé le terrorisme international hors de tout doute raisonnable», déclare à Arab News le Dr Hamdan al-Shehri, analyste politique saoudien et spécialiste des relations internationales.
«Le pays le fait par l’intermédiaire de ses agents et de ses mandataires, créant le chaos dans la région et ailleurs. Ils constituent désormais une menace non seulement pour la région, mais aussi pour les États-Unis, en attaquant des missions et des bases militaires américaines.»
De telles attaques imputées à l’Iran ne se limitent pas seulement aux personnalités politiques. Masih Alinejad, journaliste irano-américaine et militante des droits des femmes, a été la cible d’un complot d’enlèvement en juillet de l’année dernière. Le mois dernier, un homme armé d’un fusil AK-47 chargé a été arrêté devant son domicile, à New York.
M. Brodsky affirme que, dans le cadre du complot mené contre cette militante, ce sont des agents des renseignements iraniens qui sont directement impliqués, et non la force d’élite internationale Al-Qods.

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La journaliste irano-américaine et militante des droits des femmes, Masih Alinejad, a été la cible d’une tentative d’enlèvement à Téhéran l’année dernière. (AFP)

«La force Al-Qods du CGRI n’est pas la seule à mener des opérations pour nuire à des citoyens américains aux États-Unis. Le ministère iranien du Renseignement a également entrepris des opérations similaires», poursuit-il. «Cela montre que nous avons différentes parties du système iranien qui essaient toutes de pénétrer aux États-Unis, ce qui, bien sûr, constitue une source de préoccupation.»
Des sources proches de Mike Pompeo, l’ancien secrétaire d’État américain, ont déclaré à CNN que M. Bolton n’était pas la seule cible du dernier complot iranien. M. Pompeo aurait été l’une des deux personnes que M. Poursafi avait cherché à assassiner par l’intermédiaire d’un tiers. La récompense aurait été fixée à un million de dollars.

 

Principaux complots terroristes iraniens sur le sol étranger

7 décembre 1979: un assassin tue Shahriar Shafiq, neveu de l’ancien chah, devant son domicile à Paris.
13 juillet 1989: des agents iraniens tuent le chef du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran, Abdelrahmane Ghassemlou, à Vienne.
24 avril 1990: Kazem Radjavi, universitaire et opposant iranien, est abattu dans sa voiture aux environs de Genève.
6 août 1991: des agents tuent l’ancien Premier ministre iranien, Chapour Bakhtiar, à son domicile, près de Paris, où il s’était réfugié après la révolution de 1979.
24 juillet 1992: le Royaume-Uni ordonne à trois Iraniens de quitter le pays après avoir découvert leur implication dans un complot qui visait à éliminer le romancier Salman Rushdie.
8 août 1992: le chanteur et artiste iranien Fereydoun Farrokhzad est retrouvé mort dans son appartement à Bonn.
17 septembre 1992: trois dirigeants irano-kurdes sont tués dans un restaurant grec de Berlin lors d’une attaque à la mitrailleuse surnommée «les assassinats du restaurant Mykonos».
20 février 1996: Zahra Rajabi, éminente membre de l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien, basée en Turquie, est abattue dans son appartement d’Istanbul.
11 octobre 2011: des responsables américains découvrent un complot iranien qui a pour but à tuer Adel al-Joubeir, ambassadeur d’Arabie saoudite aux États-Unis. Le ressortissant iranien Mansour Arbabsiar est coupable d’avoir planifié l’attentat.
30 juin 2018: un complot terroriste vise un rassemblement du Conseil national de la résistance iranienne à Paris. Les procureurs accusent le diplomate iranien Assadolah Assadi et trois autres personnes d’avoir planifié l’attaque.
14 novembre 2019: le scientifique et dissident iranien Masoud Molavi Vardanjani est abattu dans une rue d’Istanbul par des agents iraniens.
Juillet 2020: l’Iran déclare avoir capturé Jamshid Sharmahd, un membre de l’opposition, qui résidait aux États-Unis. Les détails de sa détention et de son expulsion ultérieure vers l’Iran demeurent un mystère.
Juillet 2021: des responsables américains affirment que des agents iraniens envisagent de kidnapper la journaliste et critique iranienne Masih Alinejad, qui habite à New York, ainsi que quatre autres personnes au Canada et au Royaume-Uni.

Les complots de l’Iran contre des responsables et des citoyens américains surviennent après la frappe du 1er janvier 2020 qui a tué Qassem Soleimani, commandant de la force Al-Qods. Après cette action, les responsables politiques et militaires iraniens ont juré de venger la mort de Soleimani.
Cependant, selon M. Al-Sulami, le régime a complètement échoué en termes de vengeance et il a terni son image auprès des partisans de la région, et au-delà.
«Soleimani n’est pas un commandant militaire remplaçable en termes de gestion des milices du CGRI en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen; c’est une grande perte au niveau de la gestion du dossier régional de l’Iran», déclare à Arab News M. Al-Sulami. Ce dernier ajoute que l’Iran a eu recours aux assassinats lorsqu’il a pris conscience du fait que sa propagande n’avait pas réussi à convaincre les Iraniens ni les milices soutenues par l’Iran qu’il avait vengé la mort de Soleimani.

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Feu le général Qassem Soleimani, ancien commandant de la célèbre force iranienne Al-Qods. (AFP)

Au mois de janvier dernier, deux ans après le meurtre de Soleimani, le président iranien, Ebrahim Raïssi, a juré de se venger des responsables si le président américain Donald Trump n’était pas jugé pour avoir ordonné la frappe.
M. Pompeo occupait le poste de secrétaire d’État au moment du meurtre de Soleimani et M. Bolton avait incité à la fois au changement de régime en Iran et au retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien.
M. Al-Shehri explique que la dernière révélation conduit à se demander comment les relations américano-iraniennes seront affectées, le cas échéant. «Depuis que l’ayatollah Khomeini a dénoncé les États-Unis comme le “grand Satan” et qu’il a approuvé la prise d’assaut de l’ambassade américaine à Téhéran, en novembre 1979, les États-Unis traitent l’Iran comme l’un des gouvernements les plus extrêmes, les plus irrationnels et les plus dangereux au monde», affirme-t-il à Arab News.

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Sur cette photo du 7 février 2019, le conseiller américain à la sécurité nationale John Bolton (à gauche) et le secrétaire d’État Mike Pompeo (à droite) écoutent le discours du président Donald Trump à Washington, D.C. (Images Getty via l’AFP)

 

Après l’attentat contre MM. Bolton et Pompeo, il s’interroge: «Les États-Unis permettront-ils toujours à l’Iran de poursuivre son programme d’enrichissement? Permettront-ils à l’Iran de se doter de l’arme nucléaire?»
Avec la découverte du complot présumé, les commentateurs politiques se sont tournés vers les réseaux sociaux pour critiquer l’approche de l’administration Biden en matière de relations avec l’Iran.
«L’intention d’assassiner un ancien haut responsable américain ne suffit pas à dissuader cette administration de négocier avec l’Iran», publie quant à elle sur Twitter Simone Ledeen, ancienne sous-secrétaire adjointe à la défense pour le Moyen-Orient.
Réagissant sur Twitter, Morgan Ortagus, un ancien porte-parole du département d’État, écrit: «Il est clair que le régime iranien fera tout pour tuer Mike Pompeo. Le coup de grâce dont l’administration Biden a apparemment besoin pour repousser l’Iran ne devrait pas faire de nombreuses victimes, parmi lesquelles notre ancien secrétaire d’État.»

Les analystes avertissent que l’absence de conséquences graves pourrait être à l’origine des tentatives audacieuses de l’Iran d’assassiner des dissidents et des ennemis à l’étranger. M. Brodsky estime que pour l’Iran, les récompenses potentielles associées à l’assassinat d’un haut responsable américain l’emportent largement sur les risques, en partie en raison du manque de mobilisation de la part des États-Unis.
«Au niveau de leur politique envers le régime iranien, les États-Unis affirment qu’il y aura de graves conséquences en cas d’attentat contre des responsables américains. Mais qu’en est-il d’une tentative d’attentat? Il s’agit d'une tentative d’assassinat d’un ancien conseiller américain à  la sécurité nationale et secrétaire d’État. C’est quelque chose d’énorme», insiste-t-il.
«Par conséquent, s’il n’y a pas de conséquences lorsqu’il y a une tentative d’attentat, les Iraniens poursuivront leurs manœuvres.»
Se tournant vers l’avenir, M. Al-Sulami déclare: «Le système politique iranien continuera de cibler d’autres pays de la région et au-delà, ainsi que des responsables des États-Unis et d’Arabie saoudite en particulier, à moins que les négociations politiques et sécuritaires, ainsi que les engagements avec Téhéran, ne s'attaquent à ce comportement belliqueux et terroriste.»
«Dans le cas contraire, l’Iran poursuivra sa politique d’assassinats qui consiste à prendre pour cible des responsables américains et arabes.»
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Le Liban fait état de huit morts dans une frappe israélienne à Saïda

Des secouristes se rassemblent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé un véhicule à Saïda, au Liban, le 8 avril 2026. (AFP)
Des secouristes se rassemblent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé un véhicule à Saïda, au Liban, le 8 avril 2026. (AFP)
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  • Une frappe israélienne à Saïda, au Liban, a fait au moins 8 morts et 22 blessés parmi les civils, causant d’importants dégâts sur le front de mer
  • L’attaque survient malgré l’annonce d’un cessez-le-feu entre les États-Unis, l’Iran et leurs alliés, dont l’application au Liban reste floue et contestée

BEYROUTH: Une frappe israélienne a fait huit morts dans la ville libanaise de Saïda, a annoncé mercredi le ministère libanais de la Santé, alors que Washington et ses alliés se sont mis d'accord pour un cessez-le-feu avec l'Iran.

"La frappe de l'ennemi israélien sur Saïda, dans le sud du Liban, a fait, selon un bilan provisoire, huit morts parmi la population civile et 22 blessés", a indiqué le ministère dans un communiqué.

Un photographe de l'AFP présent sur les lieux de l'attaque, qui a touché le front de mer de cette ville côtière, a vu des flammes s'élever d'un café aux vitres brisées qui jonchaient la chaussée.

Les pompiers s'efforçaient d'éteindre l'incendie tandis que l'armée bouclait le secteur. Des voitures stationnées à proximité ont également été endommagées.

"Nous avons été informés d'une frappe sur la route du front de mer à Saïda. Nous avons envoyé deux équipes, mais celles-ci ont demandé des renforts en raison du nombre élevé de victimes", a indiqué à l'AFP Louay Sabeh, secouriste au sein d'une association locale.

Les équipes de secours ont transporté au moins six blessés depuis les lieux de l'attaque, a-t-il précisé.

Cette frappe est survenue peu avant que le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif affirme que les Etats-Unis, l'Iran et leurs alliés avaient accepté un cessez-le-feu de deux semaines "partout", y compris au Liban.

Le Pakistan a joué le rôle de médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran dans le but de mettre fin à plus de cinq semaines de guerre au Moyen-Orient.


Moustapha Barghouti : la loi israélienne sur la peine de mort est un permis de tuer des Palestiniens

Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
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  • La nouvelle loi israélienne sur la peine de mort pour les Palestiniens est perçue par Moustapha Barghouti comme un instrument légal autorisant des exécutions extrajudiciaires et approfondissant l’apartheid 
  • Barghouti appelle à la résilience palestinienne et à une pression internationale concrète, notamment sanctions et boycott, pour contrecarrer la politique israélienne 

PARIS : Au milieu du fracas de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, la question palestinienne semble occultée. Pourtant, sur le terrain, aussi bien à Gaza qu’en Cisjordanie, Israël poursuit son entreprise de destruction et de déshumanisation du peuple palestinien, affranchi de toute contrainte.

Profitant du tumulte mondial, le gouvernement israélien a adopté récemment une loi instaurant la peine de mort par pendaison pour des Palestiniens détenus dans ses prisons. Que signifie pratiquement cette loi pour les Palestiniens, et que cherche Israël par son instauration ?

Le secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne, Moustapha Barghouti, explique à Arab News en français que cette loi « marque un tournant d’une gravité historique ».

D’une voix calme, mais empreinte de conviction et de fermeté, le médecin et dirigeant politique palestinien ne mâche pas ses mots : « Cette loi n’est pas seulement un instrument juridique supplémentaire dans l’arsenal israélien, mais l’expression d’une dérive politique profonde qui autorise ouvertement l’élimination des Palestiniens. »

« Ce qui se passe n’est pas simplement l’adoption d’une loi », insiste-t-il. « Ce que nous voyons aujourd’hui est une dérive fasciste en Israël. »

À la tête de l’Initiative nationale palestinienne, qui n’a pas d’aile armée, Barghouti s’est imposé au fil du temps comme le porte-voix de la cause palestinienne, avec comme marque de fabrique une intonation de voix douce et incisive à la fois, souvent déstabilisante pour ses contradicteurs.

Barghouti attribue l’initiative de ce texte de loi au ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite radicale, mais il souligne que « le problème dépasse largement un seul homme. »

Selon ce communiquant hors pair, doublé d’un homme politique d’une profonde connaissance des arcanes de la politique israélienne, la véritable alerte réside dans le soutien massif dont la loi a bénéficié au Parlement israélien.

« Près des deux tiers des députés de la Knesset ont voté en sa faveur, y compris certains représentants de l’opposition, comme Avigdor Lieberman », un consensus qui révèle, selon lui, « une transformation plus profonde de la société israélienne. »

« La loi n’est qu’un symptôme, car la dérive fasciste de la société israélienne est aujourd’hui très avancée », affirme-t-il.

Cette évolution se manifeste à travers plusieurs phénomènes simultanés : la guerre menée à Gaza, l’intensification de la colonisation en Cisjordanie et, désormais, l’adoption d’une législation qui viserait spécifiquement les prisonniers palestiniens.

Pour Barghouti, la portée réelle de la loi dépasse la question de la peine de mort elle-même, car dans les faits, elle institue « une justice fondamentalement discriminatoire ». « Cette loi approfondit le système d’apartheid », affirme-t-il.

Selon cette logique, un Palestinien accusé d’avoir tué un Israélien pourrait être condamné à mort, mais lorsqu’un Israélien tue un Palestinien, affirme Barghouti, « l’impunité est souvent la règle. »

Pour lui, la loi fonctionne comme « un permis de tuer des Palestiniens » et légitime également, selon lui, « les exécutions extrajudiciaires déjà observées sur le terrain. »

Barghouti estime qu’entre mille et deux mille Palestiniens à Gaza ont déjà été victimes d’exécutions extrajudiciaires, de même en Cisjordanie, où il évoque de nombreux cas de tirs mortels sans poursuites judiciaires, dont l’assassinat récent d’une famille civile dans la région de Tubas.

Interrogé sur les détenus concernés par la loi, Barghouti se montre catégorique : « Tous les prisonniers palestiniens sont menacés », affirme-t-il. Même ceux qui ont déjà été jugés pourraient voir leurs dossiers rouverts si « les autorités israéliennes décident de réexaminer certaines affaires. »

Environ 10 000 Palestiniens sont aujourd’hui détenus dans les prisons israéliennes, parmi lesquels 300 enfants et 75 femmes. Un grand nombre d’entre eux sont détenus sous le régime de la détention administrative, qui permet d’emprisonner une personne sans inculpation ni procès, pour des périodes renouvelables.

Les conditions de détention sont particulièrement dures : « Ils sont privés de soins, soumis à la faim, aux abus et à des conditions extrêmement difficiles », explique Barghouti.

Depuis le 7 octobre, affirme-t-il, 90 prisonniers palestiniens seraient morts en détention. Depuis 1967, le nombre total de détenus morts dans les prisons israéliennes atteindrait 322.

La situation dans la bande de Gaza reste, selon Mustafa Barghouti, catastrophique. Il affirme qu’Israël n’a jamais véritablement respecté le cessez-le-feu annoncé.

Depuis son entrée en vigueur, 720 Palestiniens auraient été tués et plus de 2 000 blessés, alors que les bombardements continuent quotidiennement, y compris au cœur de la ville de Gaza.

Mais l’aspect le plus dramatique, selon lui, concerne la situation humanitaire. L’accord de cessez-le-feu prévoyait l’entrée de 600 camions d’aide humanitaire par jour ; or, selon Barghouti, les livraisons restent très en deçà de ce chiffre, puisque certains jours, explique-t-il, à peine 56 camions ont été autorisés à entrer.

Plus grave encore, aucun matériel médical n’aurait été autorisé à entrer depuis le début du cessez-le-feu : « Des hôpitaux entiers risquent de cesser de fonctionner », avertit-il. Même les dentistes, dit-il, ont récemment lancé un appel pour signaler qu’ils ne disposaient plus de matériel de base pour traiter leurs patients.

En Cisjordanie, la situation n’est guère plus réjouissante. Barghouti décrit une situation d’escalade permanente : les raids militaires et les arrestations se poursuivent quotidiennement, et les attaques de colons armés se multiplient.

Barghouti assure que ces groupes agissent avec la protection de l’armée israélienne et affirme que 71 communautés palestiniennes ont déjà été expulsées de leurs terres.

Ces expulsions, souligne-t-il, s’inscrivent dans une stratégie visant à s’emparer progressivement de la Cisjordanie, dont « Israël contrôle désormais plus de 40 % ».

Face à cette situation, Mustafa Barghouti balaye du revers de la main un changement interne en Israël : « Cette société s’est tournée vers le fascisme », affirme-t-il.

Pour lui, deux facteurs seront déterminants pour l’avenir. Le premier est la résilience du peuple palestinien sur sa terre, car « le projet sioniste ne peut réussir que s’il parvient à expulser les Palestiniens de leur terre, comme en 1948. »

Le second facteur est la pression internationale. Barghouti estime que les déclarations et condamnations ne suffisent plus : « Israël ne se laissera pas dissuader par des discours. »

La seule solution, selon lui, serait l’imposition de sanctions internationales et d’un boycott global d’Israël.

Malgré la dureté du contexte, Barghouti affirme ne pas se sentir seul : « Ma relation n’est pas avec les gouvernements », conclut-il, « ma relation est avec les peuples, et je sais que les peuples comprennent ce qui se passe. »


Des débris tombent près d’installations énergétiques saoudiennes après l’interception de missiles balistiques

Tôt mardi matin, heure locale, le ministère n’avait pas précisé quelles installations énergétiques étaient en cours d’évaluation. (AFP/Archives)
Tôt mardi matin, heure locale, le ministère n’avait pas précisé quelles installations énergétiques étaient en cours d’évaluation. (AFP/Archives)
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  • L’Iran poursuit ses attaques contre les pays du Golfe alors que l’ultimatum du président américain Donald Trump approche
  • Les Émirats arabes unis ont activé leur défense aérienne mardi matin, tandis que Bahreïn a déclenché ses sirènes d’alerte missile

RIYAD : L’évaluation des dégâts était toujours en cours tôt mardi, l’Arabie saoudite indiquant que des débris de missiles balistiques interceptés étaient tombés « à proximité » d’installations énergétiques.

« Le porte-parole du ministère de la Défense, le général de division Turki Al-Malki, a déclaré que sept missiles balistiques lancés en direction de la région orientale ont été interceptés et détruits, et que des débris sont tombés à proximité d’installations énergétiques », a rapporté l’agence de presse saoudienne.

Outre ces sept missiles, le ministère de la Défense du royaume a indiqué que trois autres missiles balistiques visant la province orientale avaient également été interceptés, dans un message publié sur les réseaux sociaux.

L’Iran tire des missiles et des drones contre le royaume et d’autres pays arabes du Golfe depuis que Israël et les États-Unis ont lancé des frappes militaires contre Téhéran le 28 février.

Téhéran a partiellement assoupli son blocage du détroit d’Ormuz pour certains trafics, mais ses actions dans cette voie maritime stratégique ont fait grimper les prix de l’énergie, avec des répercussions sur les économies mondiales.

Les pays du Golfe ont condamné les attaques iraniennes contre des infrastructures énergétiques vitales, tandis que de nombreux autres États ont critiqué les méthodes de Téhéran durant le conflit.

L’Iran a également visé Israël ainsi que des intérêts américains dans la région.

Le président américain Donald Trump a fixé un ultimatum à l’Iran pour accepter un accord, menaçant de « représailles sévères » en cas de non-respect de l’échéance fixée à mardi 20h (EDT).

« Nous avons un plan, et grâce à la puissance de notre armée, chaque pont en Iran pourrait être détruit d’ici demain minuit », a-t-il déclaré.

L’Iran a rejeté la pression américaine pour rouvrir rapidement le détroit, tout en affirmant vouloir une solution durable au conflit.

Attaques matinales

Des militants ont signalé de nouvelles frappes visant la capitale iranienne, Téhéran, tôt mardi matin.

Les Émirats arabes unis ont activé leur défense aérienne, tandis que Bahreïn a déclenché ses sirènes d’alerte face à une nouvelle salve de tirs iraniens.

Deux personnes ont été tuées dans la région kurde d’Irak après qu’un drone, que les autorités attribuent à l’Iran, a frappé une habitation.

Le drone a frappé une maison dans le village de Zargazawi, dans la province d’Erbil, tôt mardi, a déclaré la Direction de la lutte contre le terrorisme de la région kurde du nord dans un communiqué. Les autorités ont condamné cette attaque, la qualifiant de violation du droit international.

Cette frappe intervient alors que les forces iraniennes et des milices alliées ciblent plusieurs zones du Kurdistan irakien avec une vague de drones, roquettes et missiles. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com