A la frontière, les insulaires taïwanais imperturbables face aux tambours de guerre chinois

Cette photo prise le 11 août 2022 montre le vétéran taïwanais Yang Yin-shih s'exprimant lors d'un entretien avec l'AFP sur les îles Kinmen. (AFP)
Cette photo prise le 11 août 2022 montre le vétéran taïwanais Yang Yin-shih s'exprimant lors d'un entretien avec l'AFP sur les îles Kinmen. (AFP)
Short Url
Publié le Samedi 13 août 2022

A la frontière, les insulaires taïwanais imperturbables face aux tambours de guerre chinois

  • Le nonagénaire, qui a assisté au bombardement le plus meurtrier des îles proches du continent il y a plus de 60 ans, estime que ces dernières alertes n'étaient que du menu fretin
  • En 1958, la Chine a tiré plus d'un million d'obus sur Kinmen et les îles à proximité, tuant 618 personnes et blessant plus de 2 600 autres

KINMEN: Non loin des chars rouillés et des piques anti-débarquement qui parsèment la plage d'une île taïwanaise tout près de la Chine continentale, Yang Yin-shih, ancien combattant de 92 ans, lit son journal à portée de missile de l'ennemi.

La maison de M. Yang se trouve à quelques kilomètres de la côte chinoise, dans les îles Kinmen, où les habitants peuvent observer de leurs propres yeux la puissance militaire qui les menace.

Le régime communiste a mené des exercices militaires sans précédent autour de Taïwan, île démocratique qu'il revendique, après la visite début août à Taipei de Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis.

Avec les vaisseaux chinois dans le détroit de Taïwan et les missiles tirés dans les eaux entourant l'île, le risque d'une invasion se fait plus pressant. Pékin n'a mis fin à ses exercices qu'après avoir réitéré ses menaces envers Taipei.

M. Yang conserve toute sa placidité, quand bien même son île de 140 000 habitants se trouve à moins de 10 kilomètres de la ville chinoise de Xiamen.

"Je ne suis pas nerveux. Kinmen est calme et tranquille", confie-t-il en esquissant un sourire au milieu de sa routine matinale faite de télévision et de balades dans le quartier.

Le nonagénaire, qui a assisté au bombardement le plus meurtrier des îles proches du continent il y a plus de 60 ans, estime que ces dernières alertes n'étaient que du menu fretin.

En 1958, la Chine a tiré plus d'un million d'obus sur Kinmen et les îles à proximité, tuant 618 personnes et blessant plus de 2 600 autres.

Ce bombardement était "plus éprouvant pour les nerfs, la situation était plus tendue à l'époque", raconte M. Yang.

"Il est difficile d'évaluer la situation - si (la Chine) a l'intention d'intimider ou a des plans d'attaque".

«Joindre les deux bouts»

Malgré les souvenirs douloureux de la guerre et les tensions actuelles, beaucoup d'habitants de Kinmen conservent une opinion favorable de la Chine, après des années d'échanges commerciaux et de voyage à travers l'étroit bras de mer.

Le ferry ne fonctionne plus à cause du Covid-19, mais Yang Shang-lin, un professionnel du tourisme de 34 ans, espère la réouverture prochaine de Kinmen aux visiteurs chinois, malgré les semonces de Pékin.

"Taïwan est plus libre et nous ne voulons pas être gouvernés par la Chine", explique-t-il, "mais nous devons joindre les deux bouts".

Mais l'île est maintenant divisée. D'autres habitants sont prêts à défendre leur terre contre une agression chinoise.

"S'il y a une guerre, je me battrai", clame Huang Zi-chen, un ingénieur civil de 27 ans.

"Je suis né dans ce pays et je dois être là contre vents et marées lorsqu'il a besoin de moi", explique-t-il lors d'une pause en pleine supervision d'un projet de construction.

«Pas peur»

Alors que les îlots de Kinmen avaient pu un temps constituer une barrière naturelle à une invasion, elles pourraient désormais être facilement franchies par Pékin et son puissant arsenal de missiles, d'avions de chasse et de porte-aéronefs.

Pour Yang, employé d'un service de location de voitures, "les disparités des forces armées sont beaucoup trop importantes" pour Taïwan, ce qui laisse peu d'espoir à une contre-offensive, en particulier en raison de la taille réduite de Kinmen et de sa proximité avec le continent.

"Je ne voudrais pas me rendre sur le champ de bataille étant donné qu'il n'y aurait aucune chance de l'emporter", ajoute-t-il.

James Chen, 18 ans, l'un des rares étudiants de son âge à n'avoir pas quitté les lieux pour étudier ou travailler dans les grandes villes de Taïwan, est d'avis que seuls les militaires professionnels devraient combattre.

"Je pense qu'il y a une probabilité de 50% pour que la Chine emploie la force contre Taiwan. Mais nous n'avons aucun contrôle sur la Chine. Alors nous devrions juste être nous-mêmes."

Ainsi, pour l'essentiel, le quotidien se poursuit comme de coutume à Kinmen.

Les habitants ne se pressent ni dans les bunkers pour s'y réfugier, ni dans les supermarchés pour faire leurs réserves, mais plutôt chez eux pour des karaokés ou à l'extérieur pour dîner entre amis.

En pleine partie de cartes avec ses voisines dans une des rues calmes de l'île, Cheng Hsiu-hua, 73 ans, balaie d'un revers de main la possibilité d'un débarquement des troupes de Pékin sur leurs rives.

"Non, nous n'avons pas peur. Elles (les troupes chinoises) ne viendront pas ici", affirme-t-elle.

Yang explique qu'il préférerait une réunification pacifique à un conflit, et adresse un message au gouvernement chinois, enseigné par le bombardement dont il a été témoin il y a plusieurs décennies.

"Ne partez pas en guerre. La guerre apporte souffrances et misère", souligne-t-il. "La mort frappera des deux côtés."


Trump dit que les Etats-Unis pourraient ne pas venir en aide à l'Otan en cas de besoin

Le président américain Donald Trump a à plusieurs reprises exprimé sa frustration face au manque de soutien des alliés occidentaux et à leur réticence à engager des forces pour aider à rouvrir le détroit d’Ormuz dans le contexte de sa guerre avec l’Iran. (Reuters)
Le président américain Donald Trump a à plusieurs reprises exprimé sa frustration face au manque de soutien des alliés occidentaux et à leur réticence à engager des forces pour aider à rouvrir le détroit d’Ormuz dans le contexte de sa guerre avec l’Iran. (Reuters)
Short Url
  • Donald Trump menace que les États-Unis pourraient ne pas soutenir l’OTAN en cas de besoin, critiquant l’Alliance pour ne pas avoir répondu aux demandes américaines pour sécuriser le détroit d’Ormuz
  • Il dénonce le coût élevé de l’OTAN pour les États-Unis et loue l’avancée de l’opération militaire américaine contre l’Iran, alors que le trafic dans le détroit reste fortement perturbé

MIAMI: Donald Trump a déclaré vendredi que les Etats-Unis pourraient ne pas venir en aide à l'Otan en cas de besoin, réitérant ses critiques contre l'Alliance atlantique, lors d'un forum d'affaires à Miami.

"Ils n'étaient tout simplement pas là", a déclaré le président américain, se référant à la demande de Washington - restée lettre morte - de soutien militaire de ses alliés pour sécuriser le détroit d'Ormuz.

"Nous dépensons des centaines de milliards de dollars par an pour l'Otan, des centaines de milliards, pour les protéger, et nous aurions toujours été là pour eux, mais maintenant, au vu de leurs actions, je suppose que nous n'avons plus à l'être, n'est-ce pas ?", a-t-il dit.

Ces dernières semaines, le président américain a multiplié les prises de parole belliqueuses envers l'Otan, la qualifiant notamment sur son réseau Truth Social de "TIGRE DE PAPIER" et de "LACHES". Les Etats-Unis "s'en souviendront", avait-il déjà déclaré jeudi en Conseil des ministres.

Le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas et le Japon s'étaient dit prêts, dans un communiqué conjoint le 19 mars, "à contribuer aux efforts appropriés visant à garantir la sécurité de la traversée du détroit", où transite en temps normal un cinquième de la production de pétrole mondiale. Ils avaient cependant exclu toute participation militaire directe.

Le trafic dans ce passage étroit est pratiquement paralysé, entraînant une flambée des prix de l’énergie.

Lors de sa prise de parole à Miami, devant des chefs d'entreprise et des investisseurs réunis pour le sommet du "FII Priority", Donald Trump a une nouvelle fois assuré que l'opération militaire contre l'Iran, qui va entrer dans sa cinquième semaine, se passait pour le mieux.


La guerre au Moyen-Orient entre dans son deuxième mois, Washington espère la finir sous deux semaines

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio en route vers la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 près de Paris vendredi. (Reuters)
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio en route vers la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 près de Paris vendredi. (Reuters)
Short Url
  • Le conflit entre Israël et l’Iran s’intensifie et s’étend régionalement (Yémen, Liban, Golfe), avec des frappes continues, des victimes civiles croissantes et des risques majeurs (notamment nucléaire et énergétique)
  • Les États-Unis visent une issue rapide sans troupes au sol, tandis que les tensions font grimper les prix du pétrole et aggravent l’instabilité humanitaire et économique mondiale

TEHERAN: La guerre au Moyen-Orient entre samedi dans son deuxième mois sans donner le moindre signe d'apaisement, Israël et l'Iran continuant à se bombarder mutuellement et les Etats-Unis assurant que leurs objectifs seront atteints d'ici deux semaines.

Dans une nouvelle extension d'un conflit qui a fait flamber les prix de l'énergie dans le monde entier, Israël a annoncé avoir été visé pour la première fois depuis le début de la guerre par un missile tiré depuis le Yémen, où les rebelles Houthis soutenus par Téhéran avaient peu de temps plus tôt menacé de se joindre au conflit.

A Téhéran, un journaliste de l'AFP a entendu une dizaine de violentes explosions samedi à l'aube et vu des panaches de fumée noire s'élever depuis l'est de la capitale. Peu de temps plus tard, comme lors des nuits précédentes, l'armée israélienne a annoncé être en train de "frapper des cibles du régime" dans la ville.

La centrale nucléaire de Bouchehr, dans le sud de l'Iran, a été frappée pour la troisième fois en dix jours, selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) citant des responsables iraniens. Même si aucun dégât sur le réacteur actif et aucune fuite radioactive n'ont été signalés, le directeur de l'AIEA Rafael Grossi a de nouveau appelé "à une retenue militaire maximale pour prévenir le risque d'un accident nucléaire".

En Israël, au moins une personne a été tuée et deux autres blessées à Tel-Aviv, selon les services de secours, peu après une alerte de l'armée faisant état de tirs de missiles depuis l'Iran. Deux autres personnes ont été blessées par du shrapnel dans le sud du pays.

Le chef du commandement intérieur de l'armée israélienne, Miki David, a déclaré dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux qu'un missile à sous-munitions avait provoqué des "destructions considérables" dans un immeuble résidentiel.

"L'appartement a été touché par une bombe à sous-munitions (...) qui a traversé le toit, a traversé un étage, puis a explosé au deuxième étage", a-t-il expliqué.

Les armes à sous-munitions sont conçues pour libérer sur une zone des dizaines de petites charges explosives. Outre le fait qu'elles ont un périmètre d'effet étendu, une partie de ces charges n'explose pas lors de l'impact et fait donc souvent des victimes dans la durée parmi la population civile. Ce type d'armes est interdit par une convention de 2008, signée par plus d'une centaine de pays dont ni l'Iran ni Israël ne font partie.

La guerre a été déclenchée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran. Depuis, le conflit touche durement les populations civiles dans la région et entraîne des perturbations sur la distribution de gaz et de pétrole qui bouleversent l'économie mondiale. Des pays du monde entier ont annoncé ces derniers jours des mesures pour répondre à la flambée des prix de l'énergie provoquée par le conflit.

- Espoir de négociations -

Le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio, a déclaré vendredi qu'il s'attendait à ce que les objectifs de guerre de Washington en Iran soient atteints dans "les deux prochaines semaines".

"Quand nous en aurons fini avec eux, dans les deux prochaines semaines, ils seront plus affaiblis qu'ils ne l'ont été dans l'histoire récente", a affirmé le ministre américain à des journalistes à l'issue d'une réunion du G7 près de Paris.

M. Rubio a aussi estimé que les Etats-Unis pouvaient encore atteindre leurs objectifs sans l'envoi de troupes au sol. Alors que, selon le Wall Street Journal et le site d'informations Axios, Washington envisage d'envoyer au moins 10.000 soldats supplémentaires dans la région.

"Posez le pied sur le sol iranien, et 150 dollars deviendra le prix plancher du pétrole", a promis le vice-président iranien Esmael Saghab Esfahani sur X. Le cours du Brent a terminé en hausse vendredi à plus de 112 dollars.

L'émissaire américain Steve Witkoff a quant à lui dit avoir l'espoir de tenir des discussions dans la semaine avec l'Iran, qui continue de riposter.

Selon plusieurs médias américains, au moins 12 soldats américains ont été blessés, dont deux grièvement, dans la nuit de vendredi à samedi par une attaque iranienne contre la base aérienne Prince Sultan, en Arabie saoudite, qui a également endommagé deux avions ravitailleurs.

La République islamique a appelé les civils à se tenir à l'écart des forces américaines présentes au Moyen-Orient, et notamment d'éviter les hôtels de la région accueillant des militaires américains.

Aux Emirats arabes unis, cinq personnes, de nationalité indienne, ont été blessées samedi lors d'un incendie provoqué par des chutes de débris provenant de l'interception d'un missile balistique au-dessus d'une zone industrielle d'Abou Dhabi, selon les autorités.

- "Pris en étau" -

Un mois après le début de la guerre, les civils de tous bords continuent de payer un tribut exorbitant. Comme à Téhéran, où les nuits sont rythmées par les bombardements.

Ensieh, une dentiste de Téhéran, dit "perdre un peu plus espoir chaque jour". Aujourd'hui, "nous sommes pris en étau entre trois puissances devenues folles", soupire cette femme de 46 ans.

"La guerre a arraché une partie de moi", ajoute-t-elle.

La situation empire aussi au Liban, entraîné dans la guerre dès le 2 mars lorsque le mouvement chiite Hezbollah, soutenu par Téhéran, a commencé à tirer des roquettes sur Israël.

L'aviation israélienne a continué vendredi à bombarder le sud du Liban, la plaine de la Bekaa (est) et la banlieue sud de Beyrouth, considérés comme des bastions du Hezbollah, selon les médias officiels libanais qui ont recensé plusieurs morts.

Le Hezbollah a affirmé pour sa part se livrer à des combats "au corps à corps" dans le sud, où Israël mène une profonde incursion en vue d'élargir une "zone tampon" le long de sa frontière.

Selon le dernier bilan officiel vendredi, la guerre a fait 1.142 morts et plus d'un million de déplacés au Liban.


Witkoff voit des «signaux forts» en faveur d'un accord avec l'Iran

Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
Short Url
  • "Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche
  • Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur

WASHINGTON: Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff.

"Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur.