France : des fouilles pour éclairer le travail forcé du camp de concentration du Struthof

Sur cette photo d'archives prise le 26 juin 2011, une vue générale de l'entrée du seul camp de la mort nazi sur le sol français, le camp de concentration du Struthof datant de la Seconde Guerre mondiale, à Natzwiller, dans l'est de la France. (AFP).
Sur cette photo d'archives prise le 26 juin 2011, une vue générale de l'entrée du seul camp de la mort nazi sur le sol français, le camp de concentration du Struthof datant de la Seconde Guerre mondiale, à Natzwiller, dans l'est de la France. (AFP).
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Publié le Jeudi 18 août 2022

France : des fouilles pour éclairer le travail forcé du camp de concentration du Struthof

  • «Cette partie du Struthof avait été un peu délaissée, alors que la carrière a précédé la construction du camp»
  • A partir de mai 1941, sur ce promontoire à 800 mètres d'altitude, des milliers de prisonniers se sont succédé pour extraire la pierre, destinée à l'origine aux grandes constructions du Reich

NATZWILLER : Son granit rose était convoité par Albert Speer, l'architecte d’Hitler, et ses vestiges sont aujourd'hui exhumés: la carrière du Struthof fait l'objet de fouilles inédites, 80 ans après l'ouverture du seul camp de concentration nazi en territoire français, où des milliers de déportés ont été soumis au travail forcé.

"Cette partie du Struthof avait été un peu délaissée, alors que la carrière a précédé la construction du camp", relève Juliette Brangé, responsable de ce chantier dans l'est de la France, en parcourant la vaste terrasse artificielle à flanc de montagne. N'y subsistent que neuf bâtiments ou ce qu'il reste de leurs fondations, sur la vingtaine construits sous la férule des nazis.

Pour se représenter le lieu tel qu'il était à l'époque, cerné de miradors, "on a moins d’une dizaine de photographies d’archives, c’est peu", regrette la jeune archéologue.

A partir de mai 1941, sur ce promontoire à 800 mètres d'altitude, des milliers de prisonniers se sont succédé pour extraire la pierre, destinée à l'origine aux grandes constructions du Reich. Les premiers ont également dû bâtir eux-mêmes le camp de concentration de Natzweiler-Struthof, situé 500 mètres plus au nord, et les routes qui y mènent.

Pendant la guerre, 17 000 déportés venus de toute l'Europe passeront par le Struthof construit dans l'Alsace annexée, 52 000 en comptant la nébuleuse de camps satellites de part et d’autre du Rhin. Il s'agissait principalement de résistants et de prisonniers politiques mais aussi des déportés juifs ou tziganes, d'homosexuels et de Témoins de Jéhovah. 22 000 y mourront.

Les fouilles doivent permettre de mieux comprendre la nature du travail forcé qui n'avait "pas du tout été étudié", selon Mme Brangé.

«Espace industriel»

En 1943, au tournant du conflit, "la carrière se transforme en espace industriel", explique-t-elle. Des moteurs d’avions allemands Junkers y sont démontés dans des halles, les pièces détachées étant réintroduites dans l'industrie pour soutenir la machine de guerre nazie.

Limes, outils à métaux ainsi qu'une forge pour démonter les pièces de moteurs… Les premiers objets découverts par les fouilles en témoignent, confirmant qu'il ne s'agissait pas seulement d'extraire du granit. "On peut parler de travail qualifié", observe l'archéologue.

La carrière était gérée par la DEST, la société allemande de travaux de terrassement et de carrière, une entreprise appartenant à la SS, le camp lui facturant cette main d'œuvre gratuite. Les registres de la DEST révèlent que plus de 1 000 personnes se relayaient chaque jour à la carrière.

"Les déportés travaillaient 60 heures par semaine, dès 06Hh30 le matin en hiver, et n'étaient nourris qu'avec 1 500 calories par jour quand il en faut trois fois plus pour un travailleur de force", complète Guillaume d’Andlau, directeur du Centre européen du résistant déporté-Struthof (CERD), le mémorial de l’ancien camp de concentration qui accueille 200 000 visiteurs chaque année.

«Lieu de terreur»

31 nationalités sont passées par le Struthof, mais selon Michaël Landolt, archéologue pour la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) Grand Est, qui finance le chantier, "la plupart des travailleurs forcés étaient des Polonais ou des Soviétiques".

"Il y avait peu de Français, pour éviter qu'ils ne communiquent avec certains civils de la vallée de la Bruche qui venaient travailler à la carrière, sans doute pour des travaux de taille", explique-t-il.

À ses côtés, une dizaine étudiants bénévoles participent aux fouilles qui doivent se répéter chaque mois d’août jusqu’en 2024. Des descendants de déportés ont également pris part à l'important travail de débroussaillage préalable, comme Alain Salomon, administrateur de l'amicale Natzweiler-Struthof, histoire et mémoire, dont le père Robert est passé par le Struthof.

Quelques mois avant sa disparition en 2015, l’ancien résistant avait décrit dans un discours vibrant "un haut lieu de terreur, de pleurs, de douleurs, de travail exténuant par tous les temps". "Face à l'insupportable négationnisme, il est important de faire remonter cette réalité à la surface", commente aujourd’hui son fils à propos de cet endroit où la nature avait repris ses droits.

"On n’avait pas les moyens de mettre ça en valeur", concède André Woock, 62 ans, maire de la petite commune rurale de Natzwiller située en contrebas, qui a récupéré la propriété de la carrière après-guerre. "Et puis pour les anciens d’ici, cette histoire était encore compliquée", ajoute l'élu.


Conférence au sommet à Paris pour la sécurisation du détroit d'Ormuz

Le général Dan Caine, chef d'état-major interarmées des États-Unis, s'exprime devant une carte du détroit d'Ormuz projetée à l'écran lors d'une conférence de presse au Pentagone, à Washington, le 16 avril 2026. (AFP)
Le général Dan Caine, chef d'état-major interarmées des États-Unis, s'exprime devant une carte du détroit d'Ormuz projetée à l'écran lors d'une conférence de presse au Pentagone, à Washington, le 16 avril 2026. (AFP)
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  • Cette conférence réunira, outre MM. Macron et Starmer, le chancelier allemand, Friedrich Merz, et la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, à l'Elysée
  • Le reste des participants, "européens, moyen-orientaux, asiatiques et même latino-américains", s'y joindront en visioconférence, a précisé la présidence française

PARIS: Le président français, Emmanuel Macron, et le Premier ministre britannique, Keir Starmer, vont travailler vendredi à Paris avec une "trentaine de participants" à la mise en place d'une mission de sécurisation de la navigation dans le détroit d'Ormuz, une fois que le fragile cessez-le-feu irano-américain sera consolidé.

Cette conférence réunira, outre MM. Macron et Starmer, le chancelier allemand, Friedrich Merz, et la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, à l'Elysée. Le reste des participants, "européens, moyen-orientaux, asiatiques et même latino-américains", s'y joindront en visioconférence, a précisé la présidence française.

La réunion, qui n'est pas sans rappeler le format de la coalition des volontaires en soutien à l'Ukraine, doit commencer à 14H00 (12H00 GMT). Elle sera suivie d'une déclaration conjointe du président français et du Premier ministre britannique.

Emmanuel Macron avait lancé dès le 9 mars l'idée d'une mission pour accompagner la réouverture du détroit, une fois que les armes se seront tues. La France et le Royaume-Uni assurent avoir entamé les travaux de planification avec les pays volontaires.

"La liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz constitue une priorité immédiate, notamment au regard des conséquences économiques mondiales suscitées par ce conflit", souligne l'Elysée.

Keir Starmer va aussi mettre en avant la nécessité de "rassurer le secteur du transport maritime commercial et soutenir les opérations de déminage, afin de garantir le retour à la stabilité et à la sécurité mondiales", d'après Downing Street.

Sans les Américains 

Depuis le déclenchement de la guerre en Iran et l'embrasement du Moyen-Orient le 28 février, le blocus du détroit d'Ormuz, par lequel transite 20% du pétrole et du gaz consommés dans le monde, a conduit à une envolée des prix de l'énergie qui pèse lourdement sur l'économie mondiale.

Si un cessez-le-feu de deux semaines est entré en vigueur le 8 avril, la situation reste fragile après l'échec dimanche de négociations irano-américaines pour le consolider.

Téhéran verrouille toujours ce passage stratégique et Washington impose depuis lundi un blocus sur les navires en provenance ou à destination des ports iraniens.

Il faut "une troisième voie entre la pression maximale pratiquée précédemment par les Etats-Unis sur l'Iran et la reprise de la guerre, y compris les destructions iraniennes contre les pays du Golfe", pointe l'Elysée.

Les Etats-Unis ne seront pas associés à cette mission et n'assisteront d'ailleurs pas vendredi à la conférence, a souligné la présidence française.

"Nous le ferons certainement en bonne intelligence avec les Américains mais nous n'entrerons pas dans une coalition avec les Américains tout simplement parce que nous ne sommes pas parties au conflit", a relevé l'Elysée, qui n'entend associer à la mission que des pays non belligérants.

Le chancelier Merz souhaitait au contraire la participation de Washington.

"Pas de mines, pas de péage" 

Cette mission, "strictement défensive", suppose en tous cas un arrêt effectif des hostilités entre les Etats-Unis et Israël d'un côté et l'Iran de l'autre, martèle Paris.

"Pour l'instant nous avons un cessez-le-feu informel et dont la durabilité n'est pas établie", a relevé l'Elysée, alors que des discussions sont en cours pour une possible reprise des négociations irano-américaines.

"Nous avons besoin d’être sûrs que nous avons un engagement iranien de ne pas tirer sur les bateaux qui passent et des Etats-Unis de ne bloquer aucun bateau qui sorte ou qui rentre dans le détroit d'Ormuz", a insisté le conseiller élyséen.

Le détroit d'Ormuz ne devra pas être miné, "aucun péage ne sera accepté" --cette possibilité a été évoquée par les Iraniens-- et le statu quo antérieur à la guerre doit y être rétabli.

Chaque pays candidat à la mission s'engagera "selon ses moyens". La France dispose pour sa part d'un porte-avions, d'une dizaine de bateaux et d'une cinquantaine d'avions dans la région, a rappelé l'Elysée.

Berlin pourrait de son côté contribuer au "déminage ou la reconnaissance maritime à longue distance", selon une source gouvernementale allemande.

La conférence de vendredi sera suivie la semaine prochaine d'un "sommet international" au quartier général interarmées permanent de Northwood, au nord-ouest de Londres, toujours sur la question du détroit d'Ormuz, a fait savoir Downing Street.


Liban: Barrot réplique à l'ambassadeur israélien à Washington

Le chef de la diplomatie française a répliqué mercredi aux commentaires acerbes envers Paris de l'ambassadeur israélien aux Etats-Unis, impliqué dans les négociations avec le Liban, lui "suggérant" de rester "le plus éloigné que possible" des médias. (AFP)
Le chef de la diplomatie française a répliqué mercredi aux commentaires acerbes envers Paris de l'ambassadeur israélien aux Etats-Unis, impliqué dans les négociations avec le Liban, lui "suggérant" de rester "le plus éloigné que possible" des médias. (AFP)
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  • S'exprimant mardi devant la presse à l'issue de pourparlers directs entre Israël et le Liban à Washington, Yechiel Leiter avait affirmé: "Il est certain que nous ne voulons pas voir les Français s'immiscer dans ces négociations"
  • Des termes qui lui ont valu une réplique du ministre français, Jean-Noël Barrot ironisant mercredi sur M. Leiter, "un homme qui apparemment est très diplomate, très fin et très subtil"

BERLIN: Le chef de la diplomatie française a répliqué mercredi aux commentaires acerbes envers Paris de l'ambassadeur israélien aux Etats-Unis, impliqué dans les négociations avec le Liban, lui "suggérant" de rester "le plus éloigné que possible" des médias.

S'exprimant mardi devant la presse à l'issue de pourparlers directs entre Israël et le Liban à Washington, Yechiel Leiter avait affirmé: "Il est certain que nous ne voulons pas voir les Français s'immiscer dans ces négociations".

"Nous aimerions garder les Français aussi loin que possible de pratiquement tout, mais surtout lorsqu'il s'agit de négociations de paix", a poursuivi le représentant israélien.

Des termes qui lui ont valu une réplique du ministre français, Jean-Noël Barrot ironisant mercredi sur M. Leiter, "un homme qui apparemment est très diplomate, très fin et très subtil"

"Il est apparemment déterminé à réduire au maximum le nombre de pays partenaires dont le Liban aura besoin pour se redresser", a-t-il encore grincé, en marge de la conférence internationale sur le Soudan à Berlin.

Il a aussi suggéré au diplomate israélien de se tenir éloigné "des micros et des caméras de télévision".

Sur le fond, il s'est dit "satisfait" que le gouvernement israélien ait répondu  "à la demande de la France" en saisissant "la main tendue" par Beyrouth afin de "parvenir à consolider un cessez-le-feu, à engager de manière coordonnée un processus de désarmement du Hezbollah, puis à régler le différend qui oppose les deux pays depuis des décennies".

Les relations entre le président Emmanuel Macron et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sont notoirement tendues, en particulier depuis que la France a reconnu un Etat palestinien.

 

 


Interpellation en Espagne de Walid Bara, condamné mardi en France pour un double assassinat

Le narcotrafiquant Walid Bara, condamné mardi en France pour un double assassinat, a été interpellé à Madrid quelques heures après la fin du procès dans lequel il était jugé avec deux chefs présumés de la DZ Mafia, a-t-on appris mercredi de source judiciaire, confirmant une information du journal Le Monde. (AFP)
Le narcotrafiquant Walid Bara, condamné mardi en France pour un double assassinat, a été interpellé à Madrid quelques heures après la fin du procès dans lequel il était jugé avec deux chefs présumés de la DZ Mafia, a-t-on appris mercredi de source judiciaire, confirmant une information du journal Le Monde. (AFP)
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  • Walid Bara, alias Fondu, est considéré comme l'un des commanditaires du "double homicide du Formule 1" jugé durant plus de trois semaines à Aix
  • Dans le procès, émaillé d'incidents, les juges ont prononcé les condamnations de cinq hommes, dont un des chefs présumés du gang criminel DZ Mafia, Gabriel Ory, tandis qu'un autre chef présumé de cette organisation issue de Marseille

MARSEILLE: Le narcotrafiquant Walid Bara, condamné mardi en France pour un double assassinat, a été interpellé à Madrid quelques heures après la fin du procès dans lequel il était jugé avec deux chefs présumés de la DZ Mafia, a-t-on appris mercredi de source judiciaire, confirmant une information du journal Le Monde.

L'homme de 39 ans, au lourd cursus délinquant, était en fuite et a été condamné en son absence par la cour d'assises d'Aix-en-Provence à une peine de 25 ans de réclusion pour son implication dans un double assassinat commis en 2019 sur fond de rivalités entre trafiquants de drogue.

Les circonstances de son interpellation n'ont pas été précisées.

Walid Bara, alias Fondu, est considéré comme l'un des commanditaires du "double homicide du Formule 1" jugé durant plus de trois semaines à Aix.

Dans le procès, émaillé d'incidents, les juges ont prononcé les condamnations de cinq hommes, dont un des chefs présumés du gang criminel DZ Mafia, Gabriel Ory, tandis qu'un autre chef présumé de cette organisation issue de Marseille mais qui a progressivement étendu son influence, Amine Oualane, a bénéficié d'un acquittement.

Le quotidien La Provence rapportait par ailleurs fin 2024 l'implication de Walid Bara dans un trafic de stupéfiants implanté dans le 15e arrondissement de Marseille. Identifié comme le "patron" de ce trafic, le cas de Walid Bara avait néanmoins été disjoint d'un procès fin 2024.

Interpellé en juillet 2021 et mis en examen dans quatre affaires dont trois de règlements de comptes, il avait été remis en liberté en mai 2024 après une succession de vices de procédure, selon le quotidien.