Inculpé par un grand jury, le suspect de l'attaque contre Rushdie plaide non coupable

Hadi Matar, l'homme accusé de la tentative de meurtre de l'auteur britannique Salman Rushdie (Photo, AFP).
Hadi Matar, l'homme accusé de la tentative de meurtre de l'auteur britannique Salman Rushdie (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Vendredi 19 août 2022

Inculpé par un grand jury, le suspect de l'attaque contre Rushdie plaide non coupable

  • L'inculpé risque jusqu'à 25 ans de prison pour tentative de meurtre et jusqu'à sept ans de plus pour agression
  • L'ayatollah Khomeiny, fondateur de la République islamique d'Iran, a émis en 1989 une fatwa appelant au meurtre de Salman Rushdie

MAYVILLE: Le suspect de l'attaque contre Salman Rushdie a plaidé jeudi non coupable de tentative de meurtre et d'agression devant un tribunal de l'Etat de New York, lors d'une première comparution après son inculpation par un grand jury, dans une affaire au retentissement international.

Hadi Matar, Américain d'origine libanaise de 24 ans, est accusé d'avoir poignardé le 12 août Salman Rushdie, l'auteur britannique des "Versets sataniques", attaque qui a choqué en Occident mais qui a été saluée par des extrémistes de pays musulmans comme l'Iran ou le Pakistan.

L'écrivain, poursuivi depuis 33 ans par une fatwa du Guide suprême iranien le condamnant à mort, était venu s'exprimer dans la petite ville de Chautauqua, lieu d'un festival littéraire annuel depuis des décennies, tout près du lac Erié qui sépare les Etats-Unis du Canada.

Arrêté immédiatement après les faits, Hadi Matar avait déjà plaidé non coupable lors d'une audience de procédure samedi mais la comparution de ce jeudi, devant le tribunal de Mayville en présence de la presse, laisse augurer d'un procès dans plusieurs mois.

M. Matar, tête baissée, masqué, menotté et habillé d'une tenue de prisonnier aux rayures noires et blanches, s'est exprimé jeudi par la voix de son avocat Nathaniel Barone.

Il n'a pas ouvert la bouche sauf pour répondre deux fois "oui" à des questions de procédure.

Au moins 25 ans de prison

Il risque jusqu'à 25 ans de prison pour tentative de meurtre et jusqu'à sept ans de plus pour agression. Le juge David Foley l'a maintenu en détention, sans possibilité de libération sous caution, et l'accusation a répété que l'attaque était préméditée et "visait" M. Rushdie.

Me Barone a souligné devant la presse que son client avait droit à un "procès équitable" et au respect de la "présomption d'innocence" dans l'"Etat de droit" et la "démocratie" que sont les Etats-Unis. Plus surprenant, l'avocat a regretté que cette affaire hors norme fasse l'objet d'une telle exposition médiatique et d'un "procès public".

De fait, Hadi Matar a donné mercredi un entretien vidéo depuis sa prison au tabloïd New York Post, qui a beaucoup choqué le tribunal de Mayville. M. Matar s'y est dit "surpris" que Salman Rushdie ait survécu à l'attaque.

L'auteur britannique de 75 ans, poignardé une dizaine de fois au cou et à l'abdomen et évacué en hélicoptère vers un hôpital, avait brièvement dû être placé sous respirateur avant que son état ne s'améliore.

Hadi Matar n'a pas dit s'il avait été inspiré par la fatwa lancée par l'ayatollah Khomeiny en 1989 et appelant à la mort de l'écrivain, son livre "Les versets sataniques" ayant été jugé blasphématoire par le Guide suprême iranien.

Tout juste a-t-il expliqué au New York Post avoir "de l'estime pour l'ayatollah", quelqu'un de "remarquable".

Quant à Salman Rushdie, M. Matar a affirmé qu'il n'était pas "un homme bien" et qu'il avait "attaqué l'islam".

Ce jeune Américain du New Jersey était revenu "changé" et davantage religieux après un voyage en 2018 au Liban, pays d'origine de ses parents, avait affirmé lundi sa mère au Daily Mail.

Protection policière

Salman Rushdie, né en 1947 en Inde dans une famille d'intellectuels musulmans non pratiquants, avait provoqué la colère d'une partie du monde musulman avec la publication en 1988 des "Versets sataniques", roman jugé par les plus rigoristes comme blasphématoire à l'égard du Coran et du prophète Mahomet.

L'ayatollah Khomeiny, fondateur de la République islamique d'Iran, a émis en 1989 une fatwa appelant au meurtre de Salman Rushdie, qui a vécu des années sous protection policière.

La fatwa n'a jamais été levée et beaucoup de ses traducteurs ont subi des attaques.

Mais Téhéran a nié lundi toute implication dans l'attaque, faisant porter la responsabilité à Salman Rushdie lui-même.

L'écrivain de renommée mondiale vivait à New York depuis vingt ans et était devenu citoyen américain en 2016. En dépit de la menace, il était apparu de plus en plus fréquemment en public, souvent sans protection visible, tout en continuant de défendre dans ses livres la satire et l'irrévérence.

Lors d'un entretien donné au magazine allemand Stern quelques jours avant l'attaque, il s'était dit "optimiste" et avait confié: "Depuis que je vis aux Etats-Unis, je n'ai plus de problèmes (...) Ma vie est de nouveau normale."

Hadi Matar doit de nouveau comparaître devant la justice les 7 et 22 septembre, selon le juge Foley.

Mais le procureur du comté de Chautauqua, Jason Schmidt, a reconnu devant la presse que sa "petite" juridiction n'était pas préparée au choc d'une telle affaire. Des enquêteurs de la police fédérale, le FBI, enquêtent également et rien n'exclut que l'affaire soit un jour jugée à l'échelon fédéral.


Nord Stream: La police allemande mobilise en mer «toutes les forces disponibles»

Le ministre allemand de l'Économie et de la Protection du climat Robert Habeck, le ministre des Finances Christian Lindner lors d'une conférence de presse sur l'approvisionnement énergétique avec la participation du chancelier allemand Olaf Scholz par vidéo (Photo, AFP).
Le ministre allemand de l'Économie et de la Protection du climat Robert Habeck, le ministre des Finances Christian Lindner lors d'une conférence de presse sur l'approvisionnement énergétique avec la participation du chancelier allemand Olaf Scholz par vidéo (Photo, AFP).
Short Url
  • «Nous prenons les menaces actuelles au sérieux et nous nous protégeons»
  • La Norvège a déclaré qu'elle acceptait les contributions militaires de la France et de la Grande-Bretagne pour sécuriser ses secteurs gazier

FRANCFORT: La police allemande patrouille la mer du Nord et la mer Baltique avec "toutes les forces disponibles" après les explosions qui ont endommagé les gazoducs sous-marins Nord Stream provenant de Russie, a assuré vendredi la ministre de l'Intérieur.

"Nous prenons les menaces actuelles au sérieux et nous nous protégeons", a déclaré Nancy Faeser au journal Sueddeutsche Zeitung.

Les unités de police, avec notamment des hélicoptères et les forces spéciales maritimes, disposent "de capacités spéciales afin d'intervenir dans les situations dangereuses", a ajouté la ministre.

Les gazoducs Nord Stream, qui sont fermés depuis la fin du mois d'août, étaient des artères cruciales assurant la livraison du gaz russe à l'Allemagne. L'origine des explosions est pour l'instant inconnue.

L'Allemagne "soutiendra l'enquête conjointe" sur l'incident avec le Danemark et la Suède, a déclaré le chancelier Olaf Scholz à ses homologues des deux pays lors d'un appel vidéo vendredi.

Tout porte à croire qu'il s'agit d'un "acte délibéré de sabotage", a déclaré le porte-parole du chancelier, Steffen Hebestreit.

Avec ses partenaires de l'Union européenne et de l'OTAN, l'Allemagne va "renforcer la préparation et la protection contre le sabotage des infrastructures critiques", a-t-il déclaré.

La Norvège, qui est devenue le principal fournisseur de gaz naturel d'Europe, a déclaré vendredi qu'elle acceptait les contributions militaires de la France et de la Grande-Bretagne pour sécuriser ses secteurs gazier et pétrolier.


Cuba: La lenteur du retour du courant nourrit le mécontentement

Un homme utilise le flash d'un téléphone portable lors d'une panne d'électricité à la suite de l'ouragan Ian à La Havane, Cuba, le 29 septembre 2022 (Photo, Reuters).
Un homme utilise le flash d'un téléphone portable lors d'une panne d'électricité à la suite de l'ouragan Ian à La Havane, Cuba, le 29 septembre 2022 (Photo, Reuters).
Les Cubains travaillent pour rétablir le courant après l'ouragan Ian à La Havane le 30 septembre 2022 (Photo, Reuters).
Les Cubains travaillent pour rétablir le courant après l'ouragan Ian à La Havane le 30 septembre 2022 (Photo, Reuters).
Short Url
  • Vendredi, 60% des 856 000 usagers de la capitale avaient à nouveau l'électricité
  • Les habitants s'étaient rassemblés dans la rue, allumant parfois des feux sur la chaussée

LA HAVANE: La lenteur du rétablissement de l'électricité à Cuba, après la panne généralisée due au passage de l'ouragan Ian, nourrissait le mécontentement de la population vendredi à La Havane, après des manifestations la veille dans plusieurs quartiers de la capitale.

"Les gens sont fatigués", a déclaré à l'AFP la dissidente Martha Beatriz Roque, qui n'a pas exclu que les protestations se poursuivent "si l'électricité n'est pas rétablie dans tout le pays, car les gens manifestent aussi pour l'eau".

L'absence de courant met en péril les réserves alimentaires que les Cubains stockent dans leurs congélateurs et empêche le pompage de l'eau depuis les sources qui approvisionnent la capitale.

Mme Roque a indiqué que dans plusieurs quartiers de la capitale de 2,1 millions d'habitants, tels que Bacuranao, Cerro, Alamar et Parraga, les habitants s'étaient rassemblés dans la rue, allumant parfois des feux sur la chaussée.

Le premier secrétaire du Parti communiste cubain (PCC, parti unique) à La Havane, Luis Antonio Torres, a reconnu qu'il y avait eu des manifestations dans plusieurs quartiers de la capitale.

"Manifester est un droit, mais c'est un droit quand les responsables de l'Etat et du gouvernement ne font pas ce qu'ils doivent faire", a déclaré le responsable à la télévision.

Les manifestations, "au lieu d'aider, ralentissent l'accomplissement de notre mission" qui consiste à "obtenir un retour complet (à la normale) dans les plus brefs délais", a déclaré M. Torres, indiquant que les responsables du PCC ont dû se rendre auprès des manifestants pour leur expliquer la situation, ce qui les a empêchés d'accomplir d'autres tâches.

Aide du Mexique 

A partir de jeudi soir et au cours de la nuit, internet a été inaccessible pendant environ sept heures, notamment sur les téléphones portables.

"Alors que nous suivons les informations faisant état de manifestations pacifiques à Cuba ce soir et de coupures d'internet, nous insistons pour que le régime respecte les droits constitutionnels de ses citoyens à se réunir pacifiquement", a déclaré l'ambassade américaine sur son compte Twitter.

NetBlocks, un site basé à Londres qui observe les blocages d'internet à travers le monde, indiquait jeudi soir que "les mesures montrent une quasi-disparition du trafic sur internet à Cuba". Mais vendredi matin, le site a souligné que "la connexion était en train d’être restaurée" dans l'île.

Ian, un puissant ouragan de catégorie 3, a fait trois morts et d'importants dégâts dans l'ouest du pays. Il a aussi provoqué une panne généralisée dans le système électrique, plongeant les 11,2 millions de Cubains dans le noir.

"Il n'y a pas de capacité de production suffisante pour couvrir la demande", a reconnu vendredi Lazaro Guerra, un des responsables de la compagnie publique d'électricité, Union Electrica (UNE).

Vendredi, 60% des 856.000 usagers de la capitale avaient à nouveau l'électricité, selon l'entreprise, contre 37% la veille.

"Tout ne va pas se résoudre d'un coup, mais tout sera pris en charge et personne ne sera laissé de côté", a déclaré jeudi le président Miguel Diaz-Canel.

"Les manifestations reflètent la double lassitude de la société face à l'incompétence du gouvernement et l'épuisement du régime. Ce qui en fait des protestations politiques", a déclaré à l'AFP l'opposant Manuel Cuesta Morua.

Deux avions militaires mexicains sont arrivés vendredi à La Havane avec des câbles et du matériel électrique pour fournir une assistance aux autorités cubaines. Un total de 10 vols sont prévus pour acheminer du matériel, selon la télévision cubaine.


Pyongyang tire des missiles balistiques pour la quatrième fois en une semaine

Un journal télévisé montre des images d'archives du dirigeant nord-coréen Kim Jong Un (Photo, AFP).
Un journal télévisé montre des images d'archives du dirigeant nord-coréen Kim Jong Un (Photo, AFP).
Short Url
  • La Corée du Nord a conduit un nombre record de tests d'armements cette année, notamment de missiles balistiques
  • Les responsables sud-coréens et américains avertissent que la Corée du Nord se prépare à effectuer un nouvel essai nucléaire

SÉOUL: La Corée du Nord a procédé samedi au tir de deux missiles balistiques selon l'armée sud-coréenne, le quatrième lancement de ce genre en une semaine, après la tenue vendredi d'exercices trilatéraux anti-sous-marins par Séoul, Tokyo et Washington.

Les forces armées sud-coréennes ont déclaré avoir "détecté deux missiles de courte portée entre 06H45 et 07H03 tirés depuis la zone de Sunan, à Pyongyang" vers la mer du Japon.

Les deux engins "ont volé (sur une distance) d'environ 350 km, à une altitude de 30 km (et) à la vitesse de Mach 6", selon un communiqué du chef d'état-major interarmées sud-coréen, qualifiant ces tirs de "grave provocation".

Le Japon a également fait état du lancement manifeste de deux missiles balistiques, précisant qu'ils semblaient avoir terminé leur course hors des zones économiques exclusives du Japon.

Selon le vice-ministre japonais de la Défense Toshiro Ino, les missiles "paraissent avoir suivi des trajectoires irrégulières".

"La Corée du Nord a multiplié ses tirs de missiles à un rythme sans précédent", a-t-il relevé.

Selon des experts, des trajectoires irrégulières indiquent que les missiles sont capables de manoeuvrer en vol, ce qui les rend plus difficiles à suivre et à intercepter.

Le commandement américain dans la région a estimé dans un communiqué que ces derniers tirs de missiles mettaient "en évidence la capacité de déstabilisation des programmes illégaux d'armes de destruction massive et de missiles balistiques" de la Corée du Nord.

Séoul, Tokyo et Washington ont mené vendredi des exercices trilatéraux anti-sous-marins pour la première fois en cinq ans, quelques jours après que les forces navales américaines et sud-coréennes ont conduit des manoeuvres à grande échelle au large de la péninsule.

La vice-présidente américaine Kamala Harris se trouvait jeudi à Séoul et a visité la zone démilitarisée (DMZ) entre les deux Corée, lors d'un voyage visant à souligner l'engagement "inébranlable" de Washington à défendre la Corée du Sud contre le Nord.

Pyongyang a intensifié ses programmes d'armements interdits alors que les négociations sont depuis longtemps dans l'impasse, conduisant un nombre record de tests d'armes cette année et revoyant sa législation pour rendre "irréversible" son statut de puissance nucléaire.

Visite de Kamala Harris

La Corée du Nord a accompagné le voyage à Séoul de Mme Harris de plusieurs tirs de missiles, lançant des missiles balistiques de courte portée dimanche, mercredi et jeudi, quelques heures seulement après le départ de la vice-présidente.

Les Etats-Unis ont quelque 28.500 soldats en Corée du Sud pour l'aider face à la menace d'une attaque de son voisin du Nord.

Depuis la prise de fonction en mai du président sud-coréen Yoon Suk-yeol, les deux pays ont intensifié leurs exercices conjoints, dont ils soulignent le caractère purement défensif, mais que Pyongyang considère comme des répétitions d'une invasion.

Peu avant l'arrivée à Séoul de Mme Harris, un porte-avions américain a accosté en Corée du Sud pour effectuer un exercice naval commun, dans une démonstration de force à l'égard de Pyongyang.

"Les tests de missiles balistiques de courte portée par la Corée du Nord sont moins importants qu'un essai nucléaire mais ils violent tout de même les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies", observe Leif-Eric Easley, professeur à l'université Ewha de Séoul, ajoutant que le calendrier choisi était "provocateur".

Pyongyang "modernise rapidement ses armes et tire profit d'un monde divisé par la rivalité entre les Etats-Unis et la Chine et l'annexion par la Russie de nouveaux territoires ukrainiens", ajoute-t-il.

"Les actions de Pyongyang démontrent à nouveau clairement la nécessité pour Washington et Séoul de renforcer leur dissuasion militaire, de durcir les sanctions économiques et d'accroître la coordination (stratégique) avec Tokyo", estime-t-il.

Un nouvel essai nucléaire? 

Des responsables américains et sud-coréens ont averti de manière répétée que le leader nord-coréen Kim Jong Un se préparait à conduire un nouvel essai nucléaire.

Mercredi, les renseignements sud-coréens ont estimé qu'il pourrait avoir lieu entre le prochain congrès du Parti communiste chinois le 16 octobre et les élections de mi-mandat aux Etats-Unis le 7 novembre.

La Corée du Nord, qui fait l'objet de sanctions de l'ONU pour ses programmes d'armement, cherche généralement à maximiser l'impact géopolitique de ses essais en choisissant le moment qui lui semble le plus opportun.

Le régime isolé a testé des armes nucléaires à six reprises depuis 2006, le plus récent remontant à 2017.