Au Pakistan sous les inondations, personne ne sait plus où est son village

Des personnes déplacées pataugent dans les eaux de crue après de fortes pluies de mousson dans le district de Jaffarabad, dans la province du Balouchistan, le 8 septembre 2022. (AFP)
Des personnes déplacées pataugent dans les eaux de crue après de fortes pluies de mousson dans le district de Jaffarabad, dans la province du Balouchistan, le 8 septembre 2022. (AFP)
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Publié le Samedi 10 septembre 2022

Au Pakistan sous les inondations, personne ne sait plus où est son village

  • Dans tout le pays, plus de 33 millions de personnes ont été affectées par les inondations, près de deux millions d'habitations et entreprises détruites, 7 000 km de routes emportés et 256 ponts détruits
  • De nombreux déplacés sont arrivés en ville ces trois dernières semaines, s'installant dans des camps de fortune créés sur des parkings, dans des écoles ou sur des autoroutes

MEHAR: Depuis une digue érigée à la va-vite pour protéger la ville de Mehar, dans le sud du Pakistan, seuls le haut des minarets d'une mosquée et la partie supérieure d'une station d'essence émergent d'un vaste lac créé par les inondations sur des dizaines de kilomètres de long.

Au-delà, des centaines de villages et d'immenses pans de terres agricoles ont disparu sous les eaux, après des inondations déclenchées par des pluies de mousson torrentielles depuis juin et qui ont submergé un tiers du pays.

"Personne ne sait plus où est son village. L'homme de la rue ne peut plus reconnaître sa propre maison", remarque Ayaz Ali, dont le village, dans cette province du Sind, est sous près de sept mètres d'eau.

Le gouvernement provincial estime que plus de 100 000 personnes ont été déplacées par cette étendue d'eau nouvelle, née des pluies record et de la crue en certains endroits du grand fleuve Indus tout proche.

Dans tout le pays, plus de 33 millions de personnes ont été affectées par les inondations, près de deux millions d'habitations et entreprises détruites, 7.000 km de routes emportés et 256 ponts détruits.

Chauffeur de bus de profession, Ayaz guide les volontaires de la Marine pakistanaise, qui naviguent sur ces eaux dans deux canots pneumatiques, pour délivrer de la nourriture aux habitants ou convoyer des personnes ayant besoin de soins vers la ville.

Grâce à son excellente mémoire, Ayaz est capable d'identifier les villages engloutis rien que par la géographie des pylônes électriques ou le contour de la cime des arbres.

Avec son aide, les militaires fouillent les rares bouts de terre restés émergés, où s'abritent certaines familles, qui refusent d'être évacuées quand bien même leur situation s'aggrave avec la chaleur accablante.

«Comment pourrions-nous partir?»

"Leur maison et leurs biens sont tellement précieux pour eux", explique un soldat, qui réclame l'anonymat, en regardant l'immense étendue d'eau qui l'entoure.

"Quand j'ai rejoint la Marine, jamais je n'aurais imaginé faire quelque chose comme ça", avoue-t-il.

Le moteur coupé, l'embarcation avance au ralenti entre les cimes des arbres, et il faut même baisser les têtes pour passer sous des lignes électriques à l'approche d'un petit groupe de maisons à moitié effondrées et encerclées par l'eau.

Des dizaines de personnes attendent là. Beaucoup continuent aussi à refuser de partir, inquiètes que leur bétail - leur dernière richesse - ne meure ou ne soit volé en leur absence, ou alors redoutant la vie dans les camps pour déplacés apparus un peu partout dans le pays.

"Notre vie et notre mort sont liées à notre village. Comment pourrions-nous partir?", demande Aseer Ali, enfoncé dans l'eau jusqu'aux genoux et refusant de laisser partir son épouse, pourtant enceinte de huit mois.

D'autres finissent par céder - des hommes fiévreux, de jeunes enfants ayant la diarrhée, une femme âgée se murant dans le silence par peur - et montent sur le canot, qui emmène désormais vers la ville bien deux fois plus de personnes qu'il n'est censé.

Parmi celles-ci, se trouve une jeune mère qui a eu l'immense douleur de perdre son nouveau-né quand l'eau a monté autour de sa maison la semaine dernière.

«Partis protéger la ville»

Elle chancèle comme sous l'effet d'une insolation, son enfant de deux ans à ses côtés souffrant lui aussi sous le soleil de midi. Un militaire tente de les soulager en les arrosant copieusement d'eau.

La nouvelle digue en boue, de 35 km de long, a pour l'instant empêché le lac de s'étendre et de submerger la ville de Mehar, qui abrite plusieurs centaines de milliers d'habitants.

De nombreux déplacés sont arrivés en ville ces trois dernières semaines, s'installant dans des camps de fortune créés sur des parkings, dans des écoles ou sur des autoroutes.

"Toujours plus de familles arrivent au camp. Elles sont dans un état horrible", observe Muhammad Iqbal, de la fondation Alkhidmat, une organisation humanitaire pakistanaise qui est la seule présente dans le plus grand camp de la ville, lequel accueille environ 400 personnes.

"Il y a un énorme besoin en eau potable et en toilettes", explique-t-il. Mais les déplacés pourraient devoir encore attendre, la priorité du gouvernement étant de drainer l'eau des zones inondées.

La pression de l'eau a augmenté sur les barrages et réservoirs prêts à déborder, obligeant les autorités à creuser des canaux de dérivation pour sauver des endroits densément peuplés, parfois au détriment des zones rurales.

"Ils sont tous partis protéger la ville, mais pas les pauvres des zones rurales", déplore Umaida Solangi, une femme âgée de 30 ans se reposant avec ses enfants sur un lit de cordes tressées dans un camp.


Iran : l'UE désigne les Gardiens de la Révolution comme organisation terroriste

Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
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  • Les 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE ont classé les Gardiens de la Révolution iraniens comme organisation terroriste suite à la répression sanglante des manifestations en Iran
  • L’UE a également sanctionné 21 responsables iraniens, avec interdiction d’entrée sur le territoire et gel de leurs avoirs

BRUXELLES: Les ministres des Affaires étrangères des 27 pays de l'Union européenne sont tombés d'accord jeudi pour désigner les Gardiens de la révolution comme une "organisation terroriste", après la répression sanglante des manifestations en Iran, a annoncé la cheffe de la diplomatie de l'UE Kaja Kallas.

"+Terroriste+, c'est bien ainsi que l'on qualifie un régime qui réprime les manifestations de son propre peuple dans le sang", a aussitôt réagi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

"Tout régime qui tue des milliers de ses propres citoyens travaille à sa propre perte", a assuré de son côté Mme Kallas, en marge d'une réunion ministérielle à Bruxelles.

Ces derniers ont donné leur feu vert à l'inscription des Gardiens iraniens dans la liste de l'UE recensant les organisations terroristes. Les Européens rejoignent ainsi d'autres pays comme les Etats-Unis, le Canada ou l'Australie.

La France avait annoncé dès mercredi être prête à soutenir cette décision, en réponse à la répression "la plus violente" de l'histoire récente iranienne.

Les Européens ont aussi décidé jeudi de sanctionner plusieurs responsables iraniens, dont le ministre de l'Intérieur, le chef de la police et plusieurs dirigeants des Gardiens de la révolution. La liste de ces responsables iraniens a été publiée jeudi au Journal officiel de l'UE.

Au total, quelque 21 entités et individus sont ciblés par ces sanctions, qui prévoient une interdiction d'entrer dans l'UE et le gel de leurs avoirs sur le territoire des Vingt-Sept.


Trump dit qu'il "semble" que le Hamas va se désarmer

Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
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  • Donald Trump affirme que le Hamas « semble » prêt à se désarmer, une étape clé de son plan pour mettre fin à la guerre à Gaza
  • La deuxième phase de la trêve prévoit le désarmement du Hamas, un retrait progressif israélien et le déploiement d’une force internationale

WASHINGTON : Donald Trump a dit jeudi qu'il "semblait" que le mouvement palestinien Hamas allait "se désarmer", ce qui est l'une des étapes cruciales prévues dans son plan de règlement du conflit à Gaza.

"Beaucoup de gens disent qu'ils ne se désarmeront jamais. Il semble qu'ils vont se désarmer", a déclaré le président américain pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Il a également relevé que le Hamas "nous a aidé avec les corps, leur rapatriement et sa famille est très reconnaissante", faisant référence au rapatriement des restes du dernier otage israélien du 7-Octobre, Ran Gvili, à qui Israël a rendu hommage mercredi lors de funérailles nationales.

Pour sa part, l'émissaire spécial Steve Witkoff s'est félicité que "nous ayons chassé les terroristes de là-bas et ils vont se démilitariser".

"Ils le feront parce qu'ils n'ont pas le choix. Ils vont abandonner. Ils vont abandonner les AK-47", a-t-il ajouté.

La veille, le Hamas s'était dit prêt à un "transfert complet de la gouvernance" de la bande de Gaza aussi vite que possible.

Aux termes du plan du président américain pour mettre fin à la guerre de Gaza, un Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG) doit administrer provisoirement le territoire palestinien sous la houlette du "Conseil de paix" présidé par M. Trump lui-même.

La deuxième phase de la trêve entrée en vigueur le 10 octobre dernier prévoit entre autres le désarmement du Hamas, le retrait progressif de l'armée israélienne, qui contrôle encore plus de la moitié du territoire, et le déploiement d'une force internationale de stabilisation.


Ethiopie: combats entre armée fédérale et forces tigréennes, vols supendus vers le Tigré

Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie. (AFP)
Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie. (AFP)
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  • De premiers affrontements directs entre armée fédérale et forces tigréennes avaient eu lieu en novembre 2025 dans la région voisine de l'Afar
  • Des tirs d'armes lourdes et des frappes de drones avaient notamment été dénoncés

ADDIS ABEBA: Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie.

De premiers affrontements directs entre armée fédérale et forces tigréennes avaient eu lieu en novembre 2025 dans la région voisine de l'Afar. Des tirs d'armes lourdes et des frappes de drones avaient notamment été dénoncés.

Ces tensions font planer le risque d'une reprise d'un conflit après la sanglante guerre qui a opposé entre novembre 2020 et novembre 2022 l'armée éthiopienne aux forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Au moins 600.000 personnes étaient mortes, selon l'Union africaine, des estimations que plusieurs experts pensent sous-estimées.

Ces derniers jours, des combats se sont tenus à Tsemlet (ouest du Tigré), une zone revendiquée par des forces de la région voisine de l'Amhara, ont déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat, des sources diplomatique et sécuritaire en poste en Ethiopie.

"Raisons opérationnelles" 

A Tsemlet, face aux forces tigréennes, "ce sont les ENDF (armée éthiopienne, NDLR) avec des milices amharas", a déclaré la source diplomatique, sous couvert d'anonymat. Des affrontements se sont tenus "ces derniers jours", mais "aujourd'hui on ne sait pas encore" s'il se poursuivent, a-t-elle ajouté, sans plus de détails.

Les combats ont été confirmés par une source locale au Tigré, qui a également requis l'anonymat.

"La situation semble dégénérer", a corroboré la source sécuritaire, se montrant "dubitative sur la capacité des TDF (l'armée tigréenne, NDLR), à récupérer par la force Tselemt".

Le porte-parole de l'armée fédérale et des membres du TPLF n'ont pour l'heure pas donné suite aux sollicitations de l'AFP.

Les liaisons aériennes vers le Tigré d'Ethiopian Airlines, compagnie publique et seule à desservir cette région, ont été suspendues, ont également affirmé les sources diplomatique et sécuritaire.

Les vols, tout comme les services de télécommunications et bancaires, avaient été complètement suspendus durant la guerre, avant de reprendre à la suite de l'accord de paix conclu à Pretoria fin 2022. Leur suspension est une première depuis l'accord de paix.

Selon deux responsables d'Ethiopian Airlines, qui ont requis l'anonymat, les vols ont été interrompus pour "raisons opérationnelles", sans donner plus de détails.

L'un d'eux a toutefois déclaré "suspecter" que l'arrêt pour l'instant temporaire du trafic soit lié "aux tensions politiques" entre les autorités fédérales et l'administration au Tigré.

"Escalade militaire" 

Selon un journaliste à Mekele, joint au téléphone par l'AFP et qui a lui aussi requis l'anonymat, une "anxiété croissante" se ressent dans cette ville, capitale du Tigré.

Depuis plusieurs mois, la situation est tendue dans le nord de l'Ethiopie. Des forces amhara et érythréennes sont toujours présentes dans la région, en violation de l'accord de paix de Pretoria - auquel elles n'ont pas participé - qui prévoyait leur retrait.

Début 2025, le chef de l'administration intérimaire au Tigré, institution mise en place par Addis Abeba, avait été contraint de fuir Mekele, la capitale régionale, en raison de divisions croissantes au sein du TPLF.

Ce parti qui a dominé l'Ethiopie pendant presque trois décennies avant de se retrouver marginalisé après l'arrivée au pouvoir en 2018 du Premier ministre Abiy Ahmed et d'être aujourd'hui radié, est accusé par les autorités fédérales de s'être rapproché de l'Erythrée voisine.

Les relations entre les deux voisins de la Corne de l'Afrique, qui s'étaient réchauffées durant la guerre du Tigré, lorsque les troupes érythréennes avaient appuyé les forces fédérales éthiopiennes, sont de nouveau acrimonieuses, nourries de discours belliqueux, faisant planer le risque d'un nouveau conflit.

Pour Kjetil Tronvoll, professeur à Oslo New University College et spécialiste de la zone, cette confrontation entre forces fédérales et tigréennes "n'est pas surprenante". "Le risque d'une escalade militaire est grave, et il est possible que des forces non éthiopiennes viennent appuyer les forces tigréennes", a-t-il confié à l'AFP.